//img.uscri.be/pth/0ebf2e3a98f4b31d24b262ef9b185a1a5228b392
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 19,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

L'Etat des Frères musulmans

De
112 pages
Ce livre propose une série d'analyses de la structure et de la pensée des Frères musulmans et de leur organisation Internationale. A partir de leurs propres textes, l'auteur présente de l'intérieur de la société arabe et de la culture musulmane une description claire des liens tenus entre la Confrérie des Frères musulmans et le terrorisme depuis sa fondation jusqu'en 2017. Il relate l'histoire de leurs multiples crises et restructurations ainsi que le processus de leur extension à l'extérieur du Moyen-Orient, et dévoile le double discours proféré par leurs dirigeants dans les sociétés occidentales.
Voir plus Voir moins

Abdelrahim Ali








L’Etat des Frères musulmans


L’Europe et l’expansion
de l’Organisation Internationale










































© L’HARMATTAN, 2017
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.editions-harmattan.fr/
EAN Epub : 978-2-336-79958-2

À mon fils Khaled,
Voilà, trente ans durant que j’affronte la pensée extrémiste.
Mes yeux ne se sont jamais fermés et mes mains n’ont jamais tremblé. Je me laissais
toujours guider par cette lueur qui m’aidait à distinguer les vrais visages des visages
masqués.
L’Histoire n’admet pas les faux témoignages, les leurs ne peuvent que les condamner.I n t r o d u c t i o n
Ce livre traite de l’histoire des Frères musulmans sur une période qui s’étale sur
quatrevingt-dix ans. Il décrit comment les Frères ont usé de l’opportunisme et de la violence dès
leurs débuts jusqu’aujourd’hui.
Les Frères ont signé une trêve avec le Parti Al-Wafd avant de se rebeller contre lui. Ils ont
appuyé le roi avant de s’opposer à lui et ont collaboré avec le mouvement des Officiers libres,
en juillet 1952, avant de comploter contre lui. Sadat assassiné et Moubarak destitué, ils
collaborent avec les américains et pourtant ils ne cessent de propager leur discours de haine
contre l’Occident.
Les Frères musulmans réclament la démocratie sur la scène politique et la bannissent au
sein de la Confrérie.
Ce livre relate l’histoire des Frères musulmans, de leur cheminement vers l’abime à la
résurrection couronnée par la prise du pouvoir présidentiel, le 30 juin 2012 et analyse les
perspectives de l’avenir de la Confrérie et de son Organisation Internationale après la
destitution du président Morsi, le 3 juillet 2013.Première partie
La marche vers l’abimeChapitre I
De la fondation au déclin
Depuis la création du mouvement en 1928, jusqu’à la révolution de juillet 1952, les
retournements tactiques ont été la marque de fabrique des rapports des Frères musulmans
avec le palais royal, l’occupant anglais, le parti majoritaire (Al-Wafd) et les autres partis.
Les Frères musulmans et le Palais
Le Palais royal représentait l’un des trois acteurs de la vie politique en Égypte, avant la
révolution du 23 juillet 1952. Les deux autres acteurs sont respectivement, les partis politiques
et les anglais, présents par leur ambassade et leurs troupes.
Le roi Ahmed Fouad tenait à préserver son autorité sur les institutions religieuses non
pour les réformer mais pour exploiter leur prestige et régler ses différends avec ses rivaux
1politiques.
Depuis l’adoption de la constitution de 1923 et les nombreuses réformes qui l’ont suivi, le
pouvoir du roi et ses prérogatives sur l’institution religieuse « Al-Azhar » étaient limités.
Son pouvoir de nomination de l’Imam de cette institution, était partagé avec le parlement.
Cela a offert à Al-Azhar une certaine indépendance et lui a permis certaines interventions
dans le débat politique.
Ainsi, le Cheikh Al-Jizaoui a pris position contre la revendication du roi pour le califat
islamique, après l’abolition du Califat ottoman en 1924.
Lorsque Al-Maraghi, l’un des défenseurs de la politique réformiste de Mohamed Abdou fut
nommé à la tête d’Al-Azhar, il commença à jouer un rôle politique en fondant un observatoire
islamique pour la réconciliation de tous les musulmans sunnites et chiites.
La nomination de son successeur Al-Dhawaheri à ce poste, marque la mise en application
de ces idées et la réorganisation de Al-Azhar qui s’est doté d’universités spécialisées
conformément à la loi 1949 de l’année 1930.
Hassan Al-Banna, le fondateur de la Confrérie des Frères musulmans cherchait l’appui du
2trône et ne ratait pas une occasion pour chanter ses louanges.
Dans une élégie funèbre à la mort du roi Fouad, le journal de la Confrérie rend hommage
au « protecteur de l’Islam » et au « défenseur de sa bannière » pour s’attirer les grâces du
prince-héritier. Il considère le futur roi Farouk comme « un homme à suivre, respectueux des
3devoirs religieux et digne de confiance ». Il écrit dans le journal, le 9 février 1937, un article
intitulé « Le protecteur du Livre Saint » : « Trois cents millions de musulmans dans le monde
ont le cœur orienté vers la figure du roi. Ils veulent le soutenir, se battre et mourir entre ses
bras comme des soldats pour défendre le Coran. Dieu a choisi le roi Faroukpour guider les
musulmans. Dieu vous bénisse grand roi et vos plus fidèles soldats suivront tes pas ».
Al-Maraghi, cheikh d’Al-Azhar et précepteur du roi, demande une cérémonie religieuse à
la Citadelle, pendant laquelle il lui remettrait l’épée de son ancêtre Mohamed Ali Pacha et
invite le roi à diriger la prière à la clôture de la cérémonie.
Le chef du gouvernement, Moustapha Al-Nahhas Pacha, rétorque à cette demande : « Si
le roi prononce le sermon constitutionnel lors d’une cérémonie religieuse, cela voudrait dire
qu’il reçoit ses pouvoirs d’une autre autorité que celle u peuple ». Il condamne les
agissements de ceux qui appellent à l’application de la Charia et considère ces agissements
comme une conspiration contre les projets de réforme politique de son gouvernement.
Hassan Al-Banna condamne ces propos et faits défiler les éclaireurs de la Confrérie pour
4fêter le couronnement du roi et remplacer ainsi la cérémonie religieuse.Lors de la crise entre le Palais et le gouvernement, quand la foule est sortie dans la rue
avec des slogans tel que « Le peuple est avec Al-Nahhas », Al-Banna a incité ses partisans à
manifester avec des slogans comme « Allah avec le roi » et « Farouk est l’Emir des
croyants ».
Dans son livre « Les Frères musulmans », Richard P. Mitchell dit : « Les Frères
musulmans ont joué le rôle de la police du Palais et ont reçu des aides financières des partis
5minoritaires opposés au gouvernement d’Al-Wafd ».
Cette complicité avec le Palais et plus particulièrement, avec Ali Maher Pacha – chef du
cabinet royal et plusieurs fois premier ministre – a été une des causes des démissions de
certains dirigeants en 1939. Ces derniers ont créé le mouvement de la « Jeunesse de
Mohammad », contre l’instrumentalisation de la Confrérie au détriment du gouvernement
d’AlWafd.
En 1940, le premier ministre Hussein Sirri Pacha, proche du roi, a cherché à améliorer
6l’image d’Al-Banna auprès des britanniques. Ces derniers ont vite compris qu’il agissait au
profit du Palais et ils ont arrêté Al-Banna, accusé de préparation d’actions contre des
bâtiments stratégiques britanniques. Libéré après un mois d’emprisonnement, grâce à
l’intervention du Palais, Al-Banna a repris ses activités avec plus d’énergie parcourant le pays
7en toute liberté. L’ambassadeur britannique au Caire affirme : « Le roi a trouvé dans les
Frères musulmans un outil précieux. Il a ordonné aux préfets de ne pas intervenir contre les
8activités de leur mouvement ».
Les Frères et le Parti de la jeune Égypte
Dès la fondation de ce parti en octobre 1933 par un groupe d’étudiants présidé par
9Ahmed Hussein, qui avait à peine 22 ans, Hassan Al-Banna n’as pas hésité à déclarer : « Ils
10ne sont pas qualifiés pour mener une prédication islamique saine ».
Quand des manifestants du Parti de la jeune Égypte « Misr Al-Fataa » criaient « Allah
Akbar » la victoire à l’Égypte et quand ils ont admis l’adhésion des coptes à ce parti, les
journaux des Frères répliquaient : « Il y une confusion dans ce parti entre l’Islam et le
11nationalisme égyptien ».
D’après Al-Sayed Youssef, Misr Al-Fataa avait en commun avec les Frères musulmans
l’activité islamique, la notion du chef unique, la tendance fascisante et la haine de la
12démocratie.
Toutefois, la tendance patriotique nationaliste a triomphé et le parti a évolué vers le
socialisme et vers plus de démocratie après l’échec de ses tentatives de rapprochement avec
les Frères musulmans.
Les Frères et la gauche
La gauche égyptienne avait parmi ses membres plusieurs personnalités religieuses
d’Al13Azhar séduites par le discours communiste sur la justice économique et sociale.
Dans le journal des Frères, le 8 mars 1935, Mohamed Al-Chafeï témoigne de la haine
radicale de la Confrérie à l’égard de la gauche égyptienne : « Les communistes sont plus
dangereux que les missionnaires chrétiens. Leur idéologie menace la société entière et finira
par détruire les mosquées, braver tous les interdits et humilier la religion ».
Les Frères ont accepté l’alliance avec l’Occident contre les bolchéviques. Dans une
réponse à un reporter américain, leur Guide général déclare : « Les Frères doivent s’allier aux
puissances occidentales après l’indépendance pour que les États-Unis contribuent au
14développement et à la formation de l’armée et de l’industrie militaire ».
Les journaux de gauche ne se privent pas de les accuser de conspiration contre la lutte
15des peuples et de collaboration avec les colonialistes.