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L'Europe sous tensions

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L'Union européenne est embourbée depuis une dizaine d'années dans une crise de légitimité majeure. Ce livre analyse les tensions permanentes qui travaillent le continent unifié. "Objet politique" non identifiable par bon nombre de citoyens ordinaires et loin de susciter une adhésion générale, son mode de fonctionnement et son orientation politique sont souvent contestés par le mouvement altermondialiste, par les organisations syndicales et une frange non négligeable d'élus au Parlement européen. L'intégration à l'Union européenne continue d'être perçue comme un horizon politique désirable.

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Ajouté le 01 janvier 2010
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EAN13 9782336264219
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SOMMAIRE

Liste des auteurs Tableaux et schémas Introduction L’Europe sous tensions : Le processus d’intégration européenne entre appropriation et contestation Amandine Crespy et Mathieu Petithomme Les principales étapes de l’analyse du processus d’intégration européenne Appropriation et contestation : deux mécanismes pour analyser l’européanisation Présentation de l’ouvrage PREMIERE PARTIE : L’APPROPRIATION DE L’EUROPE PAR LES ACTEURS SOCIAUX Chapitre 1 La légitimation de l'Union Européenne à travers la société civile : appropriation ou détournement ? Rosa Sanchez Salgado L'appropriation des initiatives communautaires par les acteurs de la société civile L'Europe par la société civile : la construction de l'Europe à travers le monde associatif L'Europe par l'argent : un succès non dénué d'ambiguïtés La participation au processus politique européen : une appropriation limitée Chapitre 2 L’appropriation imparfaite de l’enjeu européen au sein des sphères publiques nationales Mathieu Petithomme Le dilemme de l’appropriation de l’enjeu européen au sein des sphères publiques nationales L’insertion nationale de l’enjeu européen au prisme de l’analyse de contenu Les formes d’appropriation de l’Europe au sein de la presse nationale Des appropriations inégales en fonction du type d’acteur politique

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Chapitre 3 Se saisir de l’Europe comme (res)source d’action : La carrière militante du droit de vote des immigrés Séverine Lacalmontie Une nouvelle croyance militante : la « citoyenneté européenne » Ajuster et européaniser ses répertoires d’action militante Chapitre 4 Des appropriations ordinaires de l’Europe. L’UE vue de l’ANPE Emmanuelle Reungoat Les représentations de l’Europe L’impossible appropriation : quand l’Europe n’existe pas La pratique politique de l’Europe au travers du vote DEUXIEME PARTIE : LA CONTESTATION DE L’EUROPE, UN PROCESSUS MULTIFORME Chapitre 5 Les difficultés d’une stratégie de contestation de l’Europe à l’échelle européenne : Le cas d’Attac Edouard Morena Une identité altermondialiste à l’échelle européenne Attac et l’Europe : discours communs, actions communes ? Chapitre 6 Les mobilisations sociales contre la directive Bolkestein en Allemagne et en Belgique : européaniser la contestation Amandine Crespy Contester une directive européenne : quels schémas d’interaction entre acteurs ? Des cadres d’interprétation européanisés Discussion et conclusions Chapitre 7 Quelle opposition au sein du Parlement européen? Nathalie Brack Quel modèle théorique d’opposition pour traiter de l’Union européenne ? Les acteurs d’opposition Opposition et attitudes de vote au Parlement européen

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Chapitre 8 Réactions syndicales aux premières heures de l’intégration européenne Nicolas Verschueren La mise sur pied d’un contre-pouvoir européen La difficile appropriation des institutions européennes L’Europe délaissée à défaut d’être contestée Chapitre 9 La politisation épisodique de l’Europe et les dilemmes de la contestation populaire Mathieu Petithomme Des modes de compétition partisane et de gouvernance originaux Une contestation populaire imparfaite au travers de l’opposition parlementaire L’affaiblissement de la fonction d’intermédiation des partis de gouvernement et le renforcement indirect de la contestation populaire TROISIEME PARTIE : APPROPRIATION ET CONTESTATION DE L’EUROPE AUX FRONTIÈRES DE L’UE Chapitre 10 L’appropriation de l’Europe par les minorités : une instrumentalisation bénigne Magdalena Dembinska Modes de gouvernance néo-Westphalien et néo-médiéval en Europe Minorités retenues en vertu de leurs différences Appropriation de l’Europe : les stratégies juxtaposées des minorités Chapitre 11 L’Ukraine incertaine face à l’Union européenne Zbigniew Truchlewski La difficile transition ukrainienne L’incertitude ukrainienne face à l’Europe Chapitre 12 « L’européanisation » des pays successeurs de l’exYougoslavie : la fin d’une conception ethnocentrique de la citoyenneté ? Igor Štiks L’européanisation » des Balkans occidentaux : un processus sans fin ? De l’ingénierie ethnique vers l’inclusion ? La citoyenneté dans les États successeurs de l’ex-Yougoslavie (1991-2008)

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Chapitre 13 Nation et Europe en Moldavie : L’européanité ambivalente de la classe politique moldave Julien Danero Iglesias La République de Moldavie comme État « nationalisant » L’indépendance moldave : le retour à l’Europe La neutralité moldovéniste après 1994 : entre Europe et Russie Le moldovénisme néo-communiste après 2001: un retour à l’européanité ? Conclusion Pour une approche sociologique des tensions au cœur de l’intégration européenne Amandine Crespy et Mathieu Petithomme Une appropriation différenciée et fragmentaire de l’Europe Les paradoxes de la contestation de l’Europe Les marges de l’Union sous tensions

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LISTE DES AUTEURS Nathalie Brack, doctorante/chargée de cours en science politique au Cevipol, Université libre de Bruxelles. Amandine Crespy, doctorante/chercheuse en science politique au Cevipol, Université libre de Bruxelles. Julien Danero Iglesias, doctorant/chargé de cours en science politique au Cevipol, Université libre de Bruxelles. Magdalena Dembinska, chercheuse postdoctorale à l’Université Mac Gill (Montréal), associée au Centre d’études sur les régions en développement (CDAS) et chargée de cours à l’Université de Montréal. Séverine Lacalmontie, doctorante à l’Institut des sciences sociales du politique (ISP)-Paris X Nanterre. Edouard Morena, doctorant en science politique de l’université Kings College à Londres, rattaché à l'institut de recherche des Nations Unies pour le développement social (UNRISD). Mathieu Petithomme, doctorant en science politique à l’institut universitaire européen de Florence. Emmanuelle Reungoat, doctorante en science politique au Centre de recherches politiques de la Sorbonne (CRPS)-Université Paris 1-Panthéon Sorbonne. Rosa Sanchez Salgado, docteure de l’IEP de Paris et chargée de cours dans plusieurs universités françaises. Igor Štiks, docteur en science politique de l’IEP de Paris, chercheur postdoctoral à l’université d’Édimbourg en Écosse. Zbigniew Truchlewski, chargé de mission pour l’OCDE à Copenhague au Danemark. Nicolas Verschueren, doctorant/chercheur en histoire contemporaine au Cevipol, Université libre de Bruxelles.

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TABLEAUX ET SCHEMAS Schéma 1 : Rôle de l’appropriation et de la contestation dans les dynamiques d’intégration européenne et d’européanisation Tableau 1.1 : Aperçu des lignes budgétaires et programmes destinés à promouvoir une « dimension européenne » auprès du monde associatif Tableau 1.2 : Aperçu des procédures de dialogue avec le monde associatif Tableau 2.1 : Distribution générale des actes déclaratifs liés à l’intégration européenne (2005-06) Tableau 2.2 : Jugements de valeurs et distribution des différentes formes d’appropriation de l’Europe (2005-06) Tableau 2.3 : Représentation relative et jugement de valeurs formulés par les acteurs étatiques et de la société civile sur les questions européennes Tableau 2.4 : Positionnement relatif au sein de leurs organisations politiques des acteurs partisans formulant des actes déclaratifs Tableau 4.1 : Croisement du vote aux élections européennes de 2004 et du niveau de diplôme Tableau 5.1 : Points communs et différences constatés entre différents Attac Européens Tableau 5.2 : Résumé des 6 contributions présentées avant la 1ère Convention des Attac d’Europe (décembre 2005) Tableau 6.1 : Typologie des modes d’européanisation de l’action collective Tableau 7.1 : Répartition des opposants par groupe parlementaire Tableau 7.2 : Comportement de vote sur les questions d’intégration européenne Tableau 7.3 : Attitudes de vote

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Schéma 9.1 : Modèles de compétition et de collusion politique Tableau 10.1 : Gouvernance multi-niveaux en Europe Tableau 10.2 : Cas retenus

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Introduction
L’Europe sous tensions : le processus d’intégration européenne entre appropriation et contestation Amandine Crespy et Mathieu Petithomme

out va-t-il plus mal qu’avant en Europe ? Depuis plusieurs années déjà, les secousses et les ratés du processus d’intégration européenne suscitent peu d’enthousiasme et d’espoir, beaucoup d’exaspération et souvent, d’indifférence. Les négociations délétères du Traité de Nice, son rejet par les Irlandais en 2001, l’échec patent de la stratégie de Lisbonne pour relancer la croissance et l’emploi, le désaccord retentissant entre la « vieille » et la « nouvelle » Europe sur la guerre américaine en Irak, et les tristes rebondissements de l’impossible ratification d’un nouveau Traité, rien n’est venu compenser le lourd débit inscrit sur le compte de l’Europe. Pour autant, faut-il y voir une crise inédite et généralisée de l’Union européenne ? Le processus d’intégration a-t-il atteint des limites indépassables ? En termes de coordination de l’action politique, il semble aujourd’hui que les États membres ne soient pas prêts à s’astreindre à de nouvelles règles communes, comme le prouvent les vetos sur des minima d’harmonisation fiscale ou sur la mise en place d’un gouvernement économique capable de mieux orchestrer les politiques macro-économiques. Les mesures permettant de combiner mobilité des travailleurs et hauts niveaux de protection sociale font également du sur place. Quant à la politique étrangère et de défense commune, elle demeure souvent de l’ordre des déclarations d’intentions. Au-delà de sa logique symbolique et historique, l’élargissement permanent de l’Union est enfin considéré par beaucoup en Europe occidentale comme un facteur aggravant, car il rend le consensus et la coordination encore plus difficiles à atteindre, tout en exigeant une plus grande mobilisation financière de l’UE, dont le budget propre reste dérisoire, atteignant seulement 1% du PIB de ses Etats membres. Pour autant, il ne s’agira pas ici de théoriser la grande crise de l’Europe. Si les circonstances actuelles sont par définition inédites dans l’histoire – courte mais dense – de l’Union européenne, le processus d’intégration a souvent connu des à-coups et des blocages, qui ont pu être surmontés par des compromis ou des réorientations parfois discrètes, mais décisives. À l’été 1954, le Traité de la Communauté européenne de défense est rejeté par l’Assemblée nationale française, du fait à la fois des gaullistes et des communistes. C’est alors toute la vision d’une Europe fédérale intégrée politiquement et militairement qui est remise en cause. La réorientation se fait avec les Traités de Rome en 1957, qui prévoient la construction du marché commun par l’abolition des frontières

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économiques, mais se fondent sur un fonctionnement intergouvernemental où les décisions demeurent principalement entre les mains des Etats. Dans les années 1960, la « crise de la chaise vide » provoquée par le Général de Gaulle marque le refus d’abandonner le droit de veto national sur les décisions européennes au profit d’un fonctionnement à la majorité qualifiée. Tandis que les années 1960 et 1970 sont souvent considérées comme des années d’inertie du processus d’intégration, une observation plus attentive a démontré que des évolutions discrètes mais cruciales se sont dessinées durant ces années, par exemple en matière de coordination des politiques monétaires. Avec l’Acte unique européen de 1986, les blocages liés au passage de l’unanimité à la majorité seront finalement dépassés. L’histoire de l’unification du continent est ainsi jalonnée de crises et de stagnations, qui n’ont pas pour autant marqué la « fin de l’histoire » de l’unification européenne. Il s’agira donc ici de comprendre les tensions actuelles qui traversent l’Europe, telles qu’elles résultent de deux évolutions : une intégration politique plus poussée d’une part, et la politisation des enjeux qui lui sont liés, de l’autre. D’un côté, l’Acte unique européen et le Traité de Maastricht ont marqué des étapes décisives de l’intégration économique mais aussi politique, avec la constitution d’un grand marché commun et la mise en place d’une monnaie unique, l’Euro. Ces deux « chantiers européens » auxquels les Etats membres et les institutions européennes ont œuvré tout au long des années 1990 ont fait ressentir leurs pleins effets contraignants sur les sociétés nationales au tournant du siècle. Dans le même temps, les Traités successifs de Maastricht, d’Amsterdam et de Nice, ont visé à accompagner l’intégration politique et économique par une ouverture du processus de décision européen aux citoyens. Cela s’est traduit par la multiplication de référendums de ratification des Traités, par l’accroissement constant des pouvoirs du Parlement européen élu directement, mais aussi par la mise en place d’une multitude de procédures de consultation, de financement, et de coopération avec les associations et groupes d’intérêt, surtout de manière centralisée à Bruxelles, mais aussi en direction des terrains nationaux. Cette conjonction entre des effets toujours plus importants de l’intégration européenne, d’une part, et la possibilité accrue pour les citoyens et les sociétés civiles de faire entendre leur voix (politisation), de l’autre, a conduit à une montée en puissance des critiques à l’égard des carences politiques, économiques et institutionnelles de l’Union européenne. La question est à présent posée de savoir si ces tensions très fortes qui secouent aujourd’hui l’Europe présideront à sa démocratisation, à une longue stagnation, ou à sa remise en cause. Ce chapitre introductif, composé de trois sections, vise à préciser la problématique de l’ouvrage, tout en la replaçant dans le contexte du débat académique sur la nature du processus d’intégration européenne. Dans la première section, on retrace les différentes phases des études sur l’Europe, en soulignant l’évolution de questionnements sur la nature, les modalités puis finalement les effets de l’intégration sur les sociétés politiques nationales. La

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seconde section explique les principaux mécanismes d’appropriation et de contestation de l’« objet » européen, tandis que la dernière partie permet finalement de présenter de manière synthétique la structure et le contenu de l’ouvrage. 1. Les principales étapes de l’analyse du processus d’intégration européenne D’un questionnement originel basé sur l’explication du processus d’intégration européenne (qu’est-ce qui explique l’intégration ?), une seconde génération d’études a peu à peu déplacé la focale principale de l’analyse sur le développement de l’intégration par le droit et de politiques publiques européennes (comment l’intégration se met-elle en place ?). À travers l’agenda de recherche lié à la notion d’européanisation, l’UE est à présent considérée comme un niveau de gouvernance à part entière, dont les effets directs ou indirects se font ressentir sur les systèmes politiques nationaux. La manière avec laquelle différentes générations d’analystes en sciences sociales ont perçu et interprété l’UE a donc évolué en parallèle avec les avancées politiques, les recherches empiriques s’étant progressivement concentrées sur les motivations et la nature, les pratiques et les modalités pour finalement questionner l’impact et les effets de l’intégration européenne. Si ce livre s’inscrit dans cette troisième génération d’études sur l’Europe, nous expliquerons plus loin qu’il cherche également à nourrir une perspective renouvelée sur les phénomènes d’européanisation. 1.1 Expliquer la nature de l’intégration européenne : du néofonctionnalisme à la théorie intergouvernementale Des théories concurrentes appartenant à la première génération d’études européennes ont principalement tenté de déterminer où se situaient le « moteur » de l’intégration, que ce soit dans l’activisme des institutions et des groupes d’intérêts non gouvernementaux au niveau européen, dans les effets de dépendance historique aux décisions passées, ou dans les grandes négociations entre gouvernements défendant leurs intérêts économiques et stratégiques. Les néo-fonctionnalistes analysèrent ainsi l’intégration européenne dans le contexte spécifique de l’après seconde Guerre Mondiale, considérant que le maintien de la paix et la construction d’une nouvelle communauté politique sur le long terme pourraient être favorisés à court terme à travers la promotion d’un marché commun qui renforcerait la coopération économique et la dépendance mutuelle (Haas 1958). Ernest Haas tenta principalement d’expliquer « le processus suivant lequel des acteurs politiques au sein de contextes nationaux distincts sont amenés à changer leurs allégeances, leurs expectatives et leurs activités politiques vers un nouveau centre, dont les institutions procèdent ou demandent juridiction sur les États nationaux préexistants » (Haas 1958 : 16).

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Créer des « intérêts communs » et favoriser l’interdépendance mutuelle au sein du plus grand nombre de secteurs de politiques publiques possibles, permettrait progressivement de construire un espace de souverainetés partagées et de renvoyer aux calendes de l’histoire les conditions passées des affrontements belliqueux. Selon Haas, ces effets d’intégration ont lieu indistinctement, soit en raison des choix volontaires des acteurs sociaux et politiques, soit en raison de « conséquences imprévues » qui favorisent l’intégration sans que celle-ci soit forcément désirée au départ. La limite principale de la théorie néofonctionnaliste réside pourtant dans le fait qu’elle explique pourquoi l’intégration européenne progresse, mais ne semble pas en mesure de rendre compte pourquoi dans certains cas opposés, l’intégration peine à se poursuivre. Tentant de pallier les limites de la théorie néo-fonctionnaliste, le courant d’histoire institutionnelle défend quant à lui que « des choix institutionnels pris dans le passé peuvent devenir bloqués et contraignants, ce qui influence et contraint les préférences des acteurs sociaux plus tard dans le temps » (Pollack 2003 : 139). À l’origine, des choix institutionnels peuvent être rationnels et raisonnés, mais « au cours de nouvelles étapes de négociations intergouvernementales, les gouvernements des États membres peuvent avoir modifié leurs préférences, de même que des conséquences non désirées des décisions précédentes peuvent émerger, de telle sorte qu’elles deviennent difficiles à redresser » (Pierson 1998 : 30-4). Une fois établies, des nouvelles idées et/ou institutions peuvent limiter et contraindre les marges de manœuvres et les capacités d’actions des acteurs politiques nationaux (Pierson 1996 : 123). En ce sens, l’idée force du courant néo-institutionnaliste revient à souligner que lorsqu’une institution est mise en place, il est difficile voire impossible de la démanteler car elle engage des « sentiers de dépendance » ou « dépendance au chemin parcouru » selon une traduction littérale. Suivant cette perspective, les institutions européennes tendent alors à renforcer et à consolider leurs positions respectives au fur et à mesure du temps, de telle sorte qu’il se crée souvent de nouvelles institutions, alors même que les anciennes ne disparaissent que rarement. Le courant d’histoire institutionnelle ne remet donc pas tant en cause l’importance des négociations intergouvernementales et des Traités, mais défend que les acteurs nationaux et supranationaux jouent aussi un rôle parallèle faisant de l’intégration européenne un processus continu plus qu’une suite de conjonctures déterminantes. Enfin, s’inspirant de la théorie du choix rationnel, la théorie « libérale intergouvernementale » se focalise quant à elle sur les « étapes majeures de l’intégration européenne » et les motivations des gouvernements dans les « grandes négociations » (Moravcsik 1998 : 4). Suivant cette approche, les États tendent à se comporter de manière rationnelle dans un contexte de désordre international, de telle sorte que l’UE ne serait qu’un « régime international permettant une coordination des politiques publiques » (Moravcsik 1993 : 480). La formation des préférences nationales des États membres de l’UE est donc centrale selon cette théorie, et seuls les résultats des négociations

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intergouvernementales peuvent expliquer les choix institutionnels des acteurs sociaux. L’intégration européenne est ainsi considérée comme intrinsèquement chaotique, comme un phénomène totalement dépendant de la bonne volonté des gouvernements, qui cherchent principalement à défendre leurs intérêts et à sauvegarder leur souveraineté nationale. Cette théorie se base sur deux fondements épistémologiques, un point de vue réaliste sur les relations internationales et une approche du comportement des acteurs politiques en termes de choix rationnel. Les institutions européennes ne sont pas considérées comme autonomes et légitimes dans les processus décisionnels à l’échelle supranationale (Moravcsik 1993 : 508). Ce serait simplement pour « réduire les coûts et transférer les difficultés de la prise de décision » que la délégation de pouvoirs au niveau européen s’opérerait, permettant une meilleure « gouvernance » au sein de secteurs complexes de politiques publiques où une expertise est requise (Moravcsik & Nicolaïdis 1999 : 59). Les enjeux du moment et les préférences conjoncturelles des gouvernements nationaux détermineraient à eux seuls l’intégration européenne, qui s’apparenterait donc à un processus classique de coopération entre États. D’une manière générale, ces théories sont davantage complémentaires qu’opposées. Les approches néo-fonctionnalistes et néo-institutionnelles expliquent mieux les séquences historiques de la construction européenne sur le long terme, alors que la théorie libérale intergouvernementale présente un plus important pouvoir explicatif pour rendre compte des « conjonctures critiques », du succès ou de l’échec des négociations entre gouvernements. Il est aussi possible de défendre que certaines politiques publiques demeurent aujourd’hui encore très dépendantes des gouvernements nationaux (sécurité, politique étrangère, politique sociale par exemple) et sont donc plus en phase avec la théorie intergouvernementale, tandis que d’autres secteurs témoignent d’une intégration plus poussée, et s’insèrent mieux dans le schéma explicatif fourni par les théories néo-fonctionnalistes et néo-institutionnelles. 1.2 Analyser la complexité et l’essor de la « gouvernance européenne » Là où les travaux originels se focalisèrent principalement sur l’explication de la nature du processus d’intégration européenne, une seconde génération de recherches a déplacé l’attention vers l’essor de la « gouvernance européenne » à travers l’émergence d’un espace européen de politiques publiques (Delcourt et al. 2007; Georgakakis 2007). Le « tournant institutionnel » des études européennes a permis d’associer les travaux issus des relations internationales et de l’étude comparée des politiques publiques (Jupille & Caporaso 1999 : 429-44; Aspinwall & Schneider 2001). Depuis l’Acte Unique européen et surtout depuis les années 1990, l’UE a été perçue de manière croissante comme « un acteur émergeant des politiques publiques » détenant une relative autorité (Börzel 1999 : 514). La mise en place du marché commun et l’essor de projets ambitieux ont rendu nécessaire l’appréhension de

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la complexité de l’intégration, en analysant ce qui se joue dans la définition de nouvelles régulations et normes au niveau européen. Les recherches sur les réseaux de politiques publiques, et les interactions entre différents niveaux de gouvernance se sont ainsi développées à travers la notion de « gouvernance multi-niveaux » (Marks et al. 1996 ; Kohler-Koch & Eising 1999 ; Marks 2001). La formation de nouveaux outils conceptuels a donc cherché à traduire l’expérience de cette nouvelle complexité, dans le sens où « plutôt que d’être remis en cause directement, les États de l’UE se sont trouvés partie prenante de cet ensemble européen à niveaux multiples » (Hooghe & Marks 2001 : 27). De nombreux comparatistes ont forgé l’idée selon laquelle l’UE serait devenue un acteur politique à part entière, qui « produit » du politique, et dont l’analyse pourrait donc être enrichie grâce aux instruments des théories classiques liées aux politiques publiques (Muller 1995 : 14-32; Streeck & Schmitter 1991 : 13352 ; Hassenteufel & Surel 2000: 8-24). De nombreuses études de cas se sont par exemple intéressées au rôle de l’UE dans la définition de politiques sociales, migratoires ou agricoles (Leibfried & Pierson 1998 ; Guiraudon 2000 ; Fouilleux 2003). Le niveau européen est donc de plus en plus considéré comme un espace de gouvernance, voire de gouvernement autonome (Wallace & Wallace 2000). Suivant cette perspective, et au travers du concept de « l’État régulateur », Giandomenico Majone défend qu’en dépit de compétences en matière de politiques publiques et de pouvoirs relativement limités, les institutions européennes peuvent néanmoins favoriser la diffusion de normes cognitives et légales qui contraignent peu à peu les actions et les marges de manœuvres des États membres (Majone 1996). Par exemple, la Cour européenne de justice a graduellement étendu ses compétences sans que cela n’ait été anticipé par les gouvernements (Weiler 1999 ; Stone Sweet 1998 : 195-244 ; 2003 : 18-47). Ne disposant pas de compétences assez fortes pour promouvoir de manière autonome des politiques européennes communes, les institutions européennes favoriseraient donc davantage une « intégration négative », qui reposerait sur la dérégulation des secteurs pilotée au niveau supranational (Scharpf 2000). La conceptualisation de l’UE en tant qu’« acteur décisionnel » a aussi engendré un renouveau des débats normatifs relatifs à la question de la légitimité démocratique du processus d’intégration. L’architecture institutionnelle européenne est tant critiquée pour la faiblesse de sa légitimité populaire par certains, tout en étant saluée par d’autres pour sa légitimité dérivée de sa capacité à résoudre des problèmes politiques complexes (Wessels 1996 : 59 ; Scharpf 1997 : 18-36 ; Altwater 1999 : 41-62 ; Schmidt 2005 : 76583). Finalement, une troisième génération de recherches a récemment émergé, favorisant une évolution de l’agenda de recherche et une certaine « normalisation » de l’objet européen (Hassenteufel & Surel 2000 : 8-24).

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1.3 Comprendre les effets de l’intégration européenne Cette évolution témoigne d’un intérêt croissant pour les effets de l’intégration européenne sur les institutions et les sociétés politiques nationales et s’articule souvent autour de la notion d’européanisation. Celle-ci est généralement utilisée pour décrire l’évolution des comportements des acteurs politiques au niveau national en réponse à un modèle, une logique ou une contrainte européenne. La variable européenne a ainsi été introduite en tant que variable indépendante à même d’influencer la politique des Etats membres. En se distinguant de celle d’intégration européenne, la notion d’européanisation implique de repenser « l’Europe telle qu’elle se fait » en dépassant les hypothèses initiales associées aux études européennes, et en construisant l’objet « politique européenne » afin de définir l’impact différencié de l’UE sur les systèmes nationaux et les interactions entre différents niveaux de gouvernance (Hassenteufel & Surel 2000 : 8-24 ; Pasquier & Baisnée 2007). Pour autant, il est très peu probable qu’il soit possible de formuler une seule définition des processus d’adaptation à l’Europe, de même que des hypothèses compréhensives qui rendraient compte de l’ensemble de ces transformations. Si elle ne constitue pas une théorie, la principale valeur ajoutée de la notion d’européanisation - par rapport à celle d’intégration européenne est de mettre l’accent sur l’adaptation nationale au développement de la construction européenne (Mair 2004 : 340). La notion d’européanisation ainsi vise à spécifier les effets formels et informels induits par l’intégration européenne et les réponses parfois contradictoires en termes d’adaptation ou de résistance des acteurs sociaux, politiques ou institutionnels (Radaelli 2000, Ladrech 2002 : 389). L’objectif est de déterminer quels facteurs et conditions déterminent l’ampleur et la nature des transformations considérées. Bien qu’il n’existe pas de consensus autour d’une définition univoque de l’européanisation, quelques caractéristiques récurrentes se dégagent. Tout d’abord, la définition classique de la perspective par les effets de l’Europe est fournie par T. Börzel qui souligne « le processus au travers duquel des domaines de politiques domestiques deviennent exposés de manière croissante au processus décisionnel européen » (Börzel 1999 : 574). L’européanisation est ici considérée comme un processus « top-down » du haut vers le bas, suivant lequel les acteurs sociaux et les institutions politiques domestiques s’adaptent au cadre régulateur, aux contraintes et aux bénéfices engendrés par l’UE (Ladrech 1994 : 69-88 ; Andeweg 1995 : 58-78 ; Pedersen 1996 : 15-39). Cette acception du terme semble la plus cohérente, afin de le différencier conceptuellement des notions d’élargissement et d’intégration européenne. Il s’agit néanmoins d’y ajouter l’idée d’une « européanisation en interaction », puisque les acteurs domestiques font plus que de seulement réagir et s’adapter aux pressions européennes, pouvant aussi les anticiper ou « européaniser » leurs pratiques sans même l’existence d’une contrainte

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européenne. Plus qu’un processus figé d’effet du niveau européen vers le niveau national et inversement, l’européanisation est considérée dans ce livre comme une « rue à double sens », à travers laquelle les échelons supranationaux et nationaux entrent en interaction (Hanley 2002). Étant donné qu’il n’existe pas de définition partagé de la notion, certains auteurs ont défendu que le concept d’européanisation est inapproprié (Kassim 2000 : 238). On peut cependant considérer que la recherche n’est pas « affaiblie par des définitions concurrentes aussi longtemps que les significations et les phénomènes étudiés sont clarifiés et clairement différenciés » (Olsen 2002 : 921). Cette approche en termes d’européanisation a développé un agenda intellectuel cohérent, avec de nombreuses études traitant de l’impact de l’UE sur les institutions, les politiques des Etats membres et sur les sociétés politiques nationales (Mény et al. 1996 ; Goetz & Dyson 2003 ; Olsen 2002 : 932 ; Baisnée & Pasquier 2007). Au départ, la science politique française n’a que peu participé aux débats autour de la notion d’européanisation. Cependant, une « spécificité française et francophone tend chaque fois plus à se consolider autour de l’approche sociologique de l’intégration européenne » (Balme et al. 2002 ; Jacquot & Woll 2004 ; Pasquier & Weisbein 2004 ; Smith 2004b ; Saurugger 2001, 2008). Nous partageons à ce niveau l’idée que la notion d’européanisation n’est pas tant un concept opératoire, mais plutôt un agenda de recherche qui vise à « normaliser l’objet politique européen ». La question posée est celle de l’impact, qui n’est pas postulé a priori, mais dont l’existence, l’ampleur, les modalités et les implications constituent autant de questions empiriques auxquelles le chercheur tente de répondre. L’approche sociologique constitue ainsi un apport significatif à une compréhension plus fine de l’européanisation conçue comme un ensemble complexe d’interactions entre différents niveaux de gouvernance et les diverses arènes institutionnelles et politiques à travers lesquelles se définissent les stratégies d’acteurs. Un problème central des approches s’étant imposées durant les années 1990 est lié à la tendance de voir partout l’effet de l’Europe. Certains auteurs se sont empressés d’« expliquer » certains changements en référence exclusive aux effets d’une variable « Europe » trop souvent désincarnée. Néanmoins, dans de nombreux cas, l’Europe explique peu (voire pas) les mutations politiques et les changements sociaux à l’œuvre. Les acteurs sociaux peuvent aussi s’adapter à l’Europe par l’inertie, c’est-à-dire qu’ils incorporent les contraintes européennes à leurs modes d’action tout en continuant à reproduire les mêmes logiques. Alors qu’au début des années 1990, certains ont vu en l’Europe la source de toutes les mutations, une approche qui voudrait reconsidérer les effets de l’Europe dans toute leur complexité à partir de l’analyse empirique par le bas semble aujourd’hui tout à fait pertinente. Dans cette perspective, L’Europe sous tensions cherche à analyser les phénomènes d’européanisation à partir de deux postulats. En premier lieu, l’ampleur et les formes de l’européanisation ne dépendent pas exclusivement des politiques ou des institutions européennes, mais en grande partie également de la manière dont les différents acteurs de la vie politique et sociale, des

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citoyens aux élus en passant par les acteurs intermédiaires, se saisissent de l’Europe, soit qu’ils la perçoivent comme une opportunité ou comme une menace. Par ailleurs, ce livre est également guidé par l’idée que l’européanisation recèle nécessairement des formes conflictuelles d’interactions entre acteurs politiques et gouvernance européenne, dans la mesure où, ainsi défini, notre agenda de recherche commande de s’intéresser à l’acceptation partielle ou ambiguë, à l’instrumentalisation ou encore au rejet des règles et contraintes européennes. Cela fait de l’Union européenne un système politique instable et en constante transformation, à la légitimité contestée : un système politique sous tensions. 2. Appropriation et contestation : deux mécanismes pour analyser l’européanisation Au cours des dernières années, les questionnements traditionnels à l’égard de l’institutionnalisation d’un ordre politique « européen », se sont doublés d’un intérêt croissant pour leur impact sur les acteurs politiques et sociaux. Jouant un rôle croissant dans l’« espace du politique », l’Europe crée de nouvelles normes juridiques qui s’imposent aux États membres, elle développe des routines de comportements en agissant sur les cadres normatifs, elle « diffuse » des régulations et de nouveaux modes de gouvernance tels que la « méthode communautaire », mais aussi plus récemment, la « méthode ouverte de coordination », le « mainstreaming » ou encore le « benchmarking » (Dehousse 2004). Ces phénomènes ne sont pas nécessairement nouveaux ni propres à l’UE, mais c’est l’ampleur des changements directs ou indirects sur les sociétés politiques nationales qui suscite une réflexion renouvelée. Il s’agit ainsi de considérer en quoi le processus d’intégration européenne constitue un facteur de changement des « institutions, des idées et des intérêts », de même que des usages institutionnels, « stratégiques, cognitifs et de légitimation » des acteurs sociaux (Jacquot & Woll 2004 ;Palier & Surel 2005 : 7-32). Face à la complexité des tensions à l’œuvre, les notions d’appropriation et de contestation – et leurs possibles combinaisons – constituent une grille de lecture non univoque et suffisamment flexible pour aborder la multiplicité des interactions entre acteurs politiques et sociaux et intégration européenne. 2.1 L’appropriation de l’intégration européenne Deux ouvrages récents en langue française témoignent de la vivacité de la recherche francophone sur les enjeux essentiels liés à l’européanisation, ainsi que de son ancrage dans les dynamiques de recherche sur le plan européen et international. Il s’agit d’une part, de l’ouvrage de 2004 sur Les usages de l’Europe dirigé par Sophie Jacquot et Cornelia Woll, qui propose une approche sociologique de l’européanisation, et d’autre part, du livre intitulé L’Europe contestée dirigé par Laure Neumayer, Antoine Roger et Frédéric Zalewski, qui

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porte sur les manifestations de l’euroscepticisme, y compris dans une perspective critique par rapport à ce label. Centré sur les mécanismes d’appropriation et de contestation de l’Europe, L’Europe sous tensions entend contribuer à lier ces deux problématiques et ainsi à amorcer un dialogue avec les deux précédents ouvrages. En effet, ces deux agendas de recherche sont intimement liés dans la mesure où les résistances diverses à l’Europe supposent une prise de conscience des acteurs et citoyens des effets de l’intégration européenne sur les espaces politiques nationaux (Harmsen 2004). Comme le soulignent Sophie Jacquot et Cornelia Woll, certains travaux mettent en exergue « l’existence d’éléments structurels ou de pressions institutionnelles, sans préciser comment ils opèrent et par quels mécanismes ils induisent le changement » (Jacquot & Woll 2004 : 5). Or, si le présent ouvrage est issu d’un atelier portant sur l’européanisation, ce sont bien les acteurs politiques et sociaux qui ont constitué la porte d’entrée empirique vers cette problématique. A l’instar des deux auteurs, nous pensons donc que l’européanisation peut être abordée de manière plus précise et cohérente par une approche sociologique qui privilégie une focalisation sur les acteurs et leurs motivations. Cette approche « par le bas » implique une conception de l’européanisation comme interaction entre les acteurs et les opportunités politiques structurelles ou conjoncturelles qui s’offrent à eux dans le système politique multi-niveaux de l’Union européenne. Si l’Europe demeure « sous tensions », c’est avant tout parce que l’européanisation « n’est pas simplement une affaire de réaction à des pressions adaptatives, mais qu’elle est aussi un processus interactif », au sein duquel « les acteurs sociaux s’adaptent aux effets de l’Europe, mais prennent aussi part entière aux affaires européennes » (Sanchez Salgado & Woll 2007 : 148). Les acteurs sociaux se « saisissent » des politiques de l’UE tout autant qu’ils les « façonnent » en fonction de leurs visées normatives et stratégiques. Le principal problème conceptuel lié à la notion d’européanisation a trait au dilemme mis en exergue par Giovanni Sartori à travers l’idée de « conceptstretching » (Sartori 1970 : 1033-53). En englobant à la fois un processus et un nom propre, en agrégeant l’idée d’adaptation à celle d’Europe, le concept d’européanisation tend à « aller trop loin », en pouvant être compris comme présupposant l’existence d’une mutation. Or parfois, certains acteurs intègrent une dimension européenne à leur appareillage cognitif et normatif pour néanmoins mieux reproduire des stratégies préexistantes. En écho à la notion d’ « usage » de l’Europe, la notion d’« appropriation » de l’intégration européenne nous semble essentielle pour rendre compte des dilemmes, des changements induits par l’Europe ou des processus de « modernisation conservatrice » mis en place en l’absence même de pressions européennes. Approprier signifie littéralement « rendre propre à un usage », en référence au fait d’adapter, d’accommoder, de conformer. S’approprier l’Europe fait aussi bien référence au fait de « s’emparer », de « se saisir » d’une dimension européenne, que d’« assimiler », de « s’attribuer » cette dimension, voire même

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de l’« usurper » ou de l’« accaparer ». La notion d’appropriation ne préfigure donc pas l’existence même d’un changement contrairement au concept d’européanisation, tout en permettant de mieux saisir les interactions entre les arènes nationales et européennes. 2.2 La contestation de l’intégration européenne Dans un commentaire de deux ouvrages portant sur l’européanisation, Peter Mair a déploré que l’étude de ce phénomène soit trop exclusivement focalisée sur les politiques publiques (policies) et les logiques institutionnelles au détriment des aspects plus politiques et conflictuels (politics, polity) (Mair 2004). À cet égard, l’approche par les acteurs politiques et sociaux privilégiée ici permet de lancer quelques ponts entre les deux grands pans de la recherche sur l’Europe que sont l’européanisation et la contestation de l’intégration européenne, la seconde problématique étant fortement cristallisée sur la notion d’euroscepticisme. En fait, on observe dans le champ académique une forte dichotomie entre les travaux portant sur l’euroscepticisme partisan d’une part, et les recherches sur les mouvements sociaux, de l’autre, alors même que peu d’études s’intéressent directement à la contestation de l’Europe dans son ensemble. Pourtant, en associant réflexions sur le système politique de l’Union, sur l’attitude des responsables politiques, tout en considérant les mobilisations associatives ou syndicales, les contributions du présent ouvrage montrent que tous les acteurs au sein des sociétés politiques nationales témoignent de phénomènes d’appropriation et de contestation de l’Europe, et ce, y compris hors des frontières de l’Union européenne. Depuis la parution de l’article pionnier de Paul Taggart en 1998 proposant une distinction entre euroscepticisme hard et soft, une grande partie des travaux qui lui ont fait suite s’appuient sur la thèse d’un clivage, au sein des systèmes partisans nationaux, entre partis de gouvernement pro-européens, d’une part, et partis périphériques (ou radicaux) eurosceptiques, de l’autre (Ray 1999 ; Kopecky & Mudde 2002 ; Crum 2007). L’euroscepticisme serait donc pour les partis protestataires un élément de distinction dans la compétition électorale vis-à-vis des « partis cartels », un élément appartenant d’ailleurs à un discours « antisystème » plus global (Katz & Mair 1995 ; Harmsen & Spiering 2004). De manière générale, le débat académique s’est beaucoup polarisé autour du couple stratégie versus idéologie comme déterminants de l’euroscepticisme partisan (Aspinwall 2002 ; Heine 2008 ; FitzGibbon 2008). D’autres auteurs se sont par ailleurs intéressés à la façon dont les euroscepticismes sont enracinés dans les contextes nationaux (Harmsen & Spiering 2004, Lacroix & Coman 2007). Là encore, variables institutionnelles et idéologiques sont mises en balance, mais l’attention porte davantage sur les racines historiques et culturelles de l’euroscepticisme, racines propres aux champs politiques nationaux. D’un autre côté, les travaux sur les acteurs sociaux, qu’il s’agisse de mouvements, d’associations ou de syndicats, ont

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abordé la question européenne de manière beaucoup plus oblique. Si la grande majorité des travaux s’interroge avant tout sur le degré d’européanisation des mobilisations (Imig & Tarrow 1999 : 112-34, 2002 : 193-223 ; Rucht 2002 ; Gobin 2002 ; Sommier & Fillieule 2008), certains auteurs se sont intéressés au potentiel de contestation, de légitimation ou de dé-légitimation de l’Europe que recèlent les mouvements altermondialistes, ou encore aux mobilisations syndicales contre certaines politiques européennes (Della Porta 2004, 2006 ; Balme & Chabanet 2008). Dans ce contexte, le récent ouvrage intitutlé L’Europe contestée, s’il aborde principalement les partis et acteurs politiques, s’autorise des ouvertures vers d’autres arènes de l’espace public. Il affiche surtout une distance critique avec la notion d’euroscepticisme, le choix du titre étant à cet égard significatif. Certains contributeurs montrent ainsi comment les discours publics et scientifiques ont pu construire le phénomène eurosceptique comme problème politique, ou encore l’utiliser afin de disqualifier le vote de contestation à l’égard de l’ordre politique européen (Le Boulay 2008 ; Frinault & Guionnet 2008). L’Europe sous tensions tente d’aller plus loin dans cette démarche de décloisonnement disciplinaire et thématique, en incluant des acteurs de nature très diverse, n’étant pas nécessairement étiquetés « eurosceptiques ». Sans se cantonner aux approches souvent normatives portant sur les partis eurosceptiques et « populistes » (face négative) ou sur les mouvements sociaux « progressistes » (face positive), les travaux rassemblés ici montrent comment chaque acteur de la vie politique et sociale est engagé dans des logiques d’appropriation (ou de non appropriation) qui peuvent potentiellement le conduire à la contestation de la légitimité de l’Union européenne en tant que système politique démocratique. D’une manière générale, les processus d’appropriation et de contestation sont appréhendés comme des mécanismes médiatisant les interactions entre les acteurs au niveau national et le système politique européen, comme le montre le schéma ci-dessous.

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Schéma 1 : Rôle de l’appropriation et de la contestation dans les dynamiques d’intégration européenne et d’européanisation
Intégration européenne Union Européenne Conseil Parlement Commission

Projection des préférences des États membres au niveau européen Gouvernements Parlements

Appropriation / contestation

Pressions adaptatives sur les États membres

Partis

Groupes d’intérêts (syndicats, ONG, lobbies) Européanisation

Systèmes politiques nationaux

Sur la face européanisation (à droite du schéma), les États membres sont exposés à des pressions pour s’adapter aux normes et aux politiques décidées au niveau européen. La perception des effets de l’intégration européenne sur les systèmes politiques nationaux enclenche les mécanismes d’appropriation et de contestation selon des modalités et à des degrés variables. Sur la face intégration européenne (côté gauche), ces mécanismes d’appropriation et de contestation agissent d’une part sur les préférences que les États membres s’efforcent de projeter au niveau supranational, d’autre part sur les préférences des institutions européennes elles-mêmes lorsque les divers acteurs entrent en interaction avec elles, que ce soit à travers des mobilisations sociales, des campagnes de lobbying ou par le biais de consultations référendaires ou électorales. Ainsi modelées, les préférences des États membres et des institutions politiques qui interagissent entre des niveaux de gouvernance multiples, déterminent les orientations du processus d’intégration européenne. Les mécanismes d’appropriation et de contestation jouent donc un rôle central dans les dynamiques interdépendantes de l’intégration européenne et de l’européanisation, des dynamiques qui s’expriment d’ailleurs tant au cœur de l’Europe que dans les pays situés à ses marges.

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2.3 Appropriation et contestation de l’intégration européenne à la périphérie de l’Europe En effet, les mécanismes d’appropriation et de contestation de l’« objet » européen et les tensions qu’ils génèrent ne concernent pas simplement les acteurs et les États membres de l’Union européenne, mais se diffusent aussi au sein de ses périphéries. Depuis le milieu des années 1990, la politisation progressive de l’intégration européenne et la « fatigue » de l’élargissement ont contribué à renforcer la problématique des frontières culturelles, géographiques et surtout politiques de l’UE. La mise en œuvre d’initiatives nouvelles à l’égard des espaces voisins de l’Europe telles que la déclaration de Barcelone de 1995, la création de la politique européenne de voisinage et surtout l’élargissement à l’Est de 2004, est allée de pair avec les « non » français et hollandais au Traité constitutionnel en 2005, le rejet du Traité de Lisbonne en Irlande en 2008 et les crispations autour de la candidature de la Turquie à l’adhésion à l’UE. A travers sa relation avec ses voisins, les dynamiques d’appropriation et de contestation de l’Europe s’expriment avec force, puisque entre les injonctions sécuritaires, d’une part, et le leitmotiv de la conditionnalité démocratique, d’autre part, c’est la puissance normative de l’Europe qui est mise en question, sa capacité à influer de l’extérieur sur les logiques politiques internes de ses Etats périphériques. De fait, l’attrait exercé par l’« aimant européen » a nourri des mutations institutionnelles et politiques visant la consolidation des nouvelles démocraties d’Europe centrale et orientale. Pourtant, en exigeant des Etats extérieurs à ses frontières qu’ils s’européanisent sans adhérer à l’UE, l’Europe leur demande « d’être comme nous sans être avec nous ». En voulant européaniser sans intégrer, imposer ses normes sans compensation, l’UE forge aussi de fortes asymétries de pouvoirs dans sa relation avec ses voisins (Matuszewicz 2007 : 103-17). L’Europe suscite ainsi des modalités contradictoires d’appropriation et de contestation au sein de ses espaces de proximité, puisqu’en s’intégrant, en se construisant de l’intérieur, elle contribue indirectement à repenser ses frontières. Penser le voisinage, c’est se doter d’une image de soi en mobilisant une « dynamique rhétorique » autour de cadres cognitifs et de représentations (Hall & Taylor 2007 : 936-57). En tant que figure de proximité, la « reconnaissance » du voisin n’est pas liée à l’éloignement physique, mais demeure une question d’appréciation subjective et de décision politique. On peut être objectivement proche d’un autre et « se sentir » éloigné de lui, on peut être très distant et se considérer comme voisins. Le voisin demeure une déclinaison de l’étranger, n’étant « pas complètement des nôtres, sans être totalement des autres » (Hastings 2007 : 28). En « construisant le voisin », la politique de voisinage de l’UE contribue donc à questionner les limites identitaires d’une Europe qui ne vont pas de soi, mais demeure le fruit d’une volonté historiquement déterminée d’intégration politique (Balzacq 2007 : 7-11). La question centrale que pose ainsi l’approche de l’UE dans son rapport avec son voisinage, est celle de la possibilité d’étendre

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à sa périphérie la logique de gouvernance par les normes à l’œuvre en son sein, ce qui engendre tout autant des processus d’appropriation que des dynamiques de contestation. Englobant à la fois les voisins européens tels que les Balkans occidentaux qui bénéficient du processus de stabilisation et d’association, et les voisins de l’Europe, les relations de l’UE avec ses périphéries suscitent des évolutions adaptatives, des asymétries de pouvoirs et des contestations sociales et politiques. Maniant la carotte et le bâton, la promesse et la frustration avec ses voisins, l’UE impose d’abord ses normes, tentant d’impulser de l’extérieur des évolutions institutionnelles et socioéconomiques. Dans certains cas vertueux, de telles pressions peuvent favoriser l’ancrage de pays en transition à l’Europe. Pour autant, les injonctions normatives s’avèrent quelquefois contreproductives, pouvant à l’opposé engendrer le maintien d’« États sous perfusion internationale » tant au Kosovo qu’en Bosnie, inhibant le développement de la société civile et renforçant un déficit de démocratie au sein d’États fragiles, puisque « les élites politiques issues d’un système de protectorat sont dans les faits d’abord responsables devant la communauté internationale, ensuite devant les milieux qui contrôlent l’économie parallèle et seulement ensuite devant leurs électeurs » (Rupnik 2007 : 127-49). Les relations de l’UE avec ses espaces de proximité tendent ainsi à renforcer les asymétries de pouvoirs, dans la mesure où c’est l’Europe qui dicte les règles du jeu et tente de diffuser sa « puissance structurelle » à son environnement en y imposant ses logiques politiques (Tooze & May 2002). Il est demandé aux États voisins de « s’aligner » sur les valeurs européennes, de telle sorte que l’UE contribue donc indirectement à forger un agenda politique contraignant les choix et les marges de manœuvres des élites politiques et des acteurs sociaux de ses pays voisins (Herdina 2007 : 42). L’Europe engendre donc de nouveaux clivages entre les acteurs qui désirent l’Europe quel qu’en soient le prix et les contraintes, et ceux qui voient l’imposition de l’extérieur de nouvelles logiques politiques comme un « impérialisme » qui ne dit pas son nom. En confinant tel ou tel Etat au statut de « voisin » ou de partenaire plutôt que de celui de « candidat », l’UE engendre des ressentiments, des contestations et des désirs frustrés, pouvant impulser des replis nationalistes et l’essor d’un « euroscepticisme inattendu » comme dans le cas de la Turquie (Cautrès & Monceau 2009 : 573-87). L’importation de la « norme européenne » contribue souvent à renforcer les clivages internes et la polarisation sociale entre des communautés stato-nationales partagées sur l’opportunité d’un rapprochement avec l’ensemble européen. Mais là encore, le facteur Europe ne peut être vu comme une contrainte purement exogène venant modifier, de l’extérieur, les équilibres politiques nationaux. En réalité, ce sont des usages de l’Europe relevant de l’appropriation et/ou de la contestation qui sont en jeu dans les interactions entre acteurs nationaux et « fait européen » au sens large. Même en dehors de ses frontières, et malgré la relation asymétrique entre l’UE et ses voisins, l’européanisation ne va pas sans la médiatisation par les acteurs

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politiques et sociaux et leurs logiques institutionnelles et culturelles déterminées par les histoires de ces territoires. 3. Présentation de l’ouvrage Le présent ouvrage s’articule autour de trois parties cohérentes et complémentaires qui s’intéressent successivement aux processus d’appropriation de l’Europe par les citoyens et acteurs politiques et sociaux européens, puis aux modalités de contestation de l’intégration au sein de l’UE, avant d’appliquer finalement ces perspectives à des pays ou acteurs se situant aux marges de l’UE. Une telle construction de l’ouvrage permet ainsi de confronter et de croiser les logiques politiques d’appropriation et de contestation d’une Europe sous tensions à treize terrains de recherche différents. Le niveau d’analyse porte donc tour à tour sur « l’amont de l’européanisation », sur l’appropriation de l’UE et les tensions sous-jacentes à l’« internalisation » des logiques européennes au niveau national lors de la première partie, puis sur la contestation de l’Europe lors de la seconde partie, en tentant de développer des regards croisés sur les modalités de résistance à l’Europe promues par les mouvements sociaux d’une part, et les stratégies et comportements de contestation des partis politiques d’autre part. Enfin, la troisième partie déplace la focale traditionnelle de l’intérieur vers l’extérieur de l’UE, afin de mieux analyser ce qui se joue dans l’appropriation et la contestation de l’Europe au sein des périphéries de l’Union. La contrainte européenne est ici « saisie », « utilisée » et « ébranlée » selon des configurations spécifiques et contradictoires qui mêlent désirs d’Europe et impositions asymétriques, demandes d’adaptation et engendrement indirect de conflits internes. Au-delà de l’ensemble des études de cas empiriques mobilisées, la conclusion nous permettra de distinguer les lignes de force de l’ouvrage, les analyses récurrentes quant aux processus d’appropriation et de contestation de l’intégration européenne. Nous espérons ainsi participer à une réflexion renouvelée sur les tensions qui traversent l’édification de l’Union européenne en système politique, et plus particulièrement apporter une contribution aux champs de recherche liés à l’européanisation et au conflit qu’elle peut susciter.

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