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L'Iran et les grands acteurs régionaux et globaux

De
488 pages
La République islamique d'Iran fait face à un faisceau de crises dont les dimensions globales et régionales se combinent. La crise nucléaire, le contexte du Printemps arabe perturbent les rapports de force de cette région. Cet ouvrage vise à éclairer les relations entre l'Iran, les principaux acteurs régionaux et les grandes puissances. (Des articles en français et en anglais).
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L’Iranetlesgrandsacteurs
régionauxetglobauxCo LLeCt IonL’Ira ne nt ra ns It Io n
DirigéeparAtaAyati
L’IRAN sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad. Bilan et perspective.
SousladirectiondeDjamshidASSADI,2009.
M.A.ORAIZI, L’Iran:unpuzzle?2010.
eHassanPIROUZDJOU, L’Iran,audébutduXVIsiècle.
PréfaceFrancisRichard,2010.
DavidRIg OUle t- ROZe, L’Iranpuriel.Regardsgéopolitiques.Préfacede
Francisgé ré,2011.
Mélissale VAIll ANt, Lapolitiqueétrangèredel’Indeenversl’Iran.Entre
politique de responsabilité et autonomie stratégique (1993-2010). Préface
deBertrandBADIe,2012.
Bijan gH Al AMKARIPOUR, L’univers mental des Iraniens : Approche
sociologiquedesproverbesetdesmaximespersans,PréfacedeClaudeJaveau,
2012.sousladirectiondeMichelMakinsky
L’Iranetlesgrandsacteurs
régionauxetglobaux
Perceptionsetposturesstratégiquesréciproques©L'HARMATTAN,2012
5-7,ruedel'École-Polytechnique;75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-96602-4
EAN : 9782296966024x
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Introduction
la République Islamique d’Iran ne cesse de faire parler d’elle sur la scène
internationaleen2012.la criseouverteentreelleet lacommunautéinter nationale
depuis plusieursannées surledossierdu programmenucléairemilitaireclandestin
a pris un tourdramatisédanslesderniersjoursdedécembre 2011avecla signature
le 31 décembre par Barack Obama d’un texte incluant l’adoption de nouvelles
sanctions visant à interdire les transactions liées à l’achat de pétrole iranien, et
visantinstitutionsfnancièresétrangères publiqueset privées.la BanqueCentrale
Iranienneestdanslecœurdelacible.Cecipourraitapparaîtrecommeunetentative
d’étranglementéconomiquedupays.l’ob jectifdeWashingtonest-ilvéritablement
ou seulement de contraindre l’Iran à revenir à la table des négociations et à enfn
déférerauxdemandesdel’AgenceInternationalepourl’ÉnergieAtomique(AIeA)
ou la Maison-Blanche a-t-elle succombé aux pressions des lobbys israéliens pour
viser enfait l’efondrementdu régime ? Unefrappe ‘préemptive’israélienneétait-
elledansle plateaudelabalance pourcontraindreàl’approchedes présidentielles
un Barack Obama réticent ? Ces interrogations sont au cœur de la situation
ainsi créée. té héran réagit en menaçant de bloquer le détroit d’Hormuz, déploie
des exercices navals dans cette zone, multiplie déclarations contradictoires. Des
hauts-gradés pasdarans sedéclarent prêts,à la suite d’un parlementaire,àfermer
1le détroit, voire qualifent d’indésirable le retour d’un porte-avions américai n .
1 Cet avertissement est considéré comme un inquiétant signal, un tournant, par Vali Nasr, expert
très réputé et fort bien informésur les centres de pouvoir iraniens, qui a conseillé la présidence
Obama à ses débuts. Nasr perçoit un changement de nature dans cette réaction par rapport aux
attitudes habituelles iraniennes. Il se demande si les dirigeants iraniens ne voient pas les nouvelles
sanctions comme ayant pour véritable objectifun changement de régime. Ce dernier redouterait
que l’efondrement économique et monétaire de la République Islamique n’entraîne d’importants
troubles sociaux dont l’ampleur pourrait le fairechuter. Intervenant après une série d’actes de
défance réciproque, comme le saccage de l’ambassade britannique, la récupération d’un drone
américain, diverses gesticulations militaires, etc, ceci pourrait conduire à la cristallisation des
agressivités mutuelles. Loin de pousser Téhéran au compromis, cet « étranglement « fnancier
pourrait,selonNasr,rendrel’Irandangereusementprovoquant.Voir: «Hard-LineU.S.PolicyTips
IranTowardBelligerence:ValiNasr»,Bloomberg,4janvier 2012.Danslemême temps,desmédias
iraniens prétendent qued’importantsmoyensmilitairesaméricains enhommesetmatériels seront
prépositionnésenIsraëlaucoursdel’année2012envued’uneofensivemilitairedegrandeampleur
contre l’Iran : « US deploys troops forIran war », Press TV,4 janvier 2012.Parallèlement, des
sources israéliennes annoncent que l’Arabie Séoudite et plusieurs pays du Conseil de Coopération
du Golfeont mis en alerte leurs forces armées après que le Parlement iranien ait commencé à
préparer un texte interdisant à tout navire de guerre étranger l’entrée dans les eaux du Golfesans
l’autorisation préalabledeTéhéran ;lesmêmesanalystes soutiennent queRiyad presse Washington
de réagir par la force à toute interdiction de retour du porte-avion USS Stennis dans la zone.
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lD’autres signalent que ce n’est qu’une éventualité, ou qu’inversement l’Iran n’a
aucune intention hostile… le s réactions occidentales oscillent pareillement entre
réponsesmartiales sur une riposte vigoureuse pour rétablirlalibertédenavigation,
etdes propos sereinsassurant quelaRépubliqueislamique pratique unmélangede
«bluf»,deguerredemots.la communautédesanalystesestpartagéeentreceux
quiconsidèrentquelaRépubliqueIslamique,priseàlagorge,estcapablederéactions
suicidaires,oudumoinsde provocationsirresponsables,ceux qui redoutent qu’un
dérapage involontaire dans ce climat anxiogène ne dégénère en une confagration
majeure, ceux qui craignent que les sanctions ne soient considérées par l’Iran
commeun ‘casusbelli’,etceuxquiestimentquel’IrannebloquerajamaisHormuz,
pourlabonneet simple raison quelelibre-passagedes tankersestindispensableà
l’économie iranienne pour pouvoir écouler son pétrole, y compris vers ses clients
chinois. A l’inverse, d’autres observateurs tablent sur un compromis iranien de
dernièreminute,alors qu’une poignéed’idéologisés spéculent surl’opportunité si
longtempsattenduedemettreà terre« l’État terroriste» par unbombardement
massifmaisciblé.Sansparlerdesadmirateursdu‘printempsarabe‘persuadésdeson
inévitablecontagionenIran.le faitquelascèneintérieureiraniennesoitlethéâtre
d’unelutted’uneincroyableâpretéentrelesdiversesfactionsconservatrices qui se
disputent les centres de pouvoir rend encore plus difcile la lecture des attitudes
iraniennes à l’extérieur. la politique internationale iranienne sert aussi de théâtre
à ces afrontements factionnels, à l’image de parties d’échecs simultanées, qui
génèrent contradictions et incohérences, ce qui en complique la compréhension.
Sous l’impulsion de la France, l’Union européenne veut aussi « punir » l’Iran
toutenessayantdene pas pénaliserdes paysimportateursdebrutiraniencomme
2l’Italie .Cesdéveloppements, qui suscitent uneinquiétudecroissanteaudébutde
DEBKAfle, 5 janvier 2012. L’annulation des exercices conjoints israélo- américains « Operation
Austere Challenge 12 », prévus en avril 2012, attribuée contradictoirement à Washington ou Tel-
Aviv,pourdesraisonsd’austéritébudgétaireoud’impréparationenIsraël,ouparcrainteaméricaine
d’une confagration provoquée par l’Etat hébreu, révèle des divergences internes et entre les deux
alliés. L’Amériquedevientméfanteetredoutelestentativesisraéliennesd’impliquerlesUSAmalgré
eux dans un afrontement périlleux.Voir Gareth Porter : « Obama Seeks to Distance from Israeli
Attack»,IPSnews,3janvier2012;GarethPorteretJimLobe,«InSignaltoIsraelandIran,Obama
Delays War Exercise », IPS News, 16 janvier 2012 ; Laura Rozen, » Leaks on delayed U.S. – Israel
War Game reveals fssures », Te Envoy ( Yahoo ! News Foreign Afairs Blog),16 janvier 2012.
Ceci intervient au moment où B.Obama aurait averti par lettre le Guide A .Khamenei que le
bloquage d’Hormuz serait une ligne rouge à ne pas franchir: « U S. Sends TopIranian Leader a
Warning on Strait Treat », New-York Times, 12 janvier 2012.Le message comporterait aussi une
invitation à négocier ; voir : « Details ofObama’s letter to Iran released » Mehr News, 19 janvier
2012;AliAkbarVelayati,conseillerduGuide,areconnularéceptiondecettelettredontilaréservé
la réponse ; voir : Mohammad Reza Yazdanpanah, « Khamenei’s Advisors Respond to Obama’s
Letter», RoozOnline, 17janvier 2011, tandis quelegénéralSafaria revendiquéledroit pourl’Iran
desedéfendrepolitiquementetpard’autresmoyensencasdepéril,sansfaireallusionàunblocage,
la sécuritédudétroitétant selonlui« une sécuritécollective».
2«EUlooksatdelaying sanctions onIranian oil»,RadioZamaneh, 7janvier 2012 ;laRussieessaie
6l’année2012,nonseulementchezlesgrandespuissances,surtoutoccidentales,mais
aussiparmilesvoisinsde t éhéranquiredoutentque cepaysnesedotedelabombe
rapidement (ledernier rapportde l’AIeA, ennovembre,alimenteles craintesdes
alarmistes), montrent à quel point la question de l’identifcation des postures et
objectifsstratégiquesréciproquesestessentielle.
la crise du dossier nucléaire est emblématique des rapports compliqués que
té héranoccupeaveclacommunautéinternationale.Rapportscomplexesenraison
delamultitudeetsurtoutdeladiversitéd’acteursquiinterviennentàuntitreouun
autredanslesenceintesdel’ONUouàl’AIeA ;onytrouvelespuissancesmondiales
reconnuescommetelles,qu’onappellecommodémentles«grands»:USA,Chine,
France, Russie, Royaume-Uni, et ceux qui entendent peser de plus en plus sur les
décisions:l’Allemagne,leBrésil,latur quie,l’Inde.Onpourraitenajouterd’autres.
et puis il y a tous les acteurs régionaux qui entourent l’Iran : les pays du go lfe
regroupésautourdel’ArabieSaoudite,l’Irak,maisaussilePakistan,l’Afghanistan,
la tur quie déjà nommée et le«cousin»azéri. Mais la ‘caissede résonance’(avec
beaucoupdebruit)s’étendaupremierchefàIsraëletauxpays voisins:Égypte,Syrie,
de conserver des échanges commerciaux en dépit des sanctions : « Iran and Russia agree to boost
trade» RadioZamaneh,6janvier2012. L’ArabieSaoudite s’estdéclaréeprêteàcompenserlepétrole
manquant iranien : » Saudi Arabia and Iran Spar over Oil Embargo », IPS News, 16 janvier 2012.
Uneattitudecritiquée parTéhéran quiespéraitlecontraire:« IranCriticizesSaudiComments on
Boosting Oil Exports », VOA , 17 janvier 2012. Touten s’opposant publiquement aux sanctions,
Pékin a réduit ses achats de pétrole iranien et se tourne vers Riyad pour s’approvisionner et
conclure d’importants investissements dans le secteur énergétique du royaume : « Fate OfU.S.
Efort ToIsolate Iran Could Rest With China », McClatchy Newspapers,16 janvier 2012 ; « La
Chine veut préserver un approvisionnement crucial en énergie venant du Golfe», Le Monde, 20
janvier 2012.Au passagelaChine obtientdeTéhérandeforts rabais surle pétroleiranien:«China
GetsCheaperIranOilasU.S.PaysforHormuzPatrols», Bloomberg Businessweek, 18janvier 2012.
Washington essaie de convaincre la Chine, la Corée du Sud, le Japon et la Turquie de s’aligner sur
les mesures américaines. Mais ceci pourrait compromettre la tentative de négociation entre l’Iran
et les 5 membres du Conseil de Sécurité plus l’Allemagne initiée par Ankara mais regardée avec
méfance parles occidentauxenl’absencede réponseauxdemandesdeCatherineAshton:« L’Iran
se dit prêt à reprendre les négociations nucléaires », Le Monde.fr,5 janvier 2012 ; Laura Rozen,
«Amidrisingtensions,preparationsforpossiblenewIrannucleartalks»,TeEnvoy(Yahoo!News)
11 janvier 2012 ; « Statement by the Spokeperson ofHigh Representative Catherine Ashton on
speculation about the possibility ofan imminent resumption oftalks between the E3/EU and
Iran”, avec en annexe le texte de sa lettre du 21 octobre 2011 à Saeed Jalili, EU commission Press
Release 20 janvier 2012.Téhéran s’est même déclaré ouvert à négocier avec l’AIEA : « Iran says
ready to discusss ‘any issue’ with AIEA », Khaleej Times,18 janvier 2012. En décidant d’abord le
23janvier 2012d’interdirela signaturedenouveauxcontratsd’importationdebrutetde produits
erpétroliers iraniens,et la poursuite jusqu’au 1juillet des contrats existants, l’Union Européenne a
voulu adresser un signal fort à Téhéran : « EU Ministers Adopt Iran Oil Embargo, RFE /RL, 23
janvier 2012. Pour parer aux conséquences éventuelles d’une frappeisraélienne sur l’Iran (mais
aussi conforter sa posture à l’égard des républiques de la région, dont la Géorgie et l’Azerbaïdjan),
la Russie annonce un exercice militaire de grande ampleur dans le Caucase, dénommé « Caucase
2012»:«Moscou prépare sesforcesarméesà un risqued’attaquecontrel’Iran», Le Monde, 29/30
janvier 2012.
7li ban,ArabieSaoudite,Émirats,Irak…en regardantde plus près,ondécouvre que
lespectredesinteractionsavec l’Irans’étendbienau-delàdusimpletourrégionalqui
va pourtantjusqu’au Yémen.le Maghreb,maisaussil’Afrique sub-saharienne sont
touchés,toutcommeplusieurspaysd’Amériquel atine.Onpourraitenciterd’autres
commelaMalaisie.Récemmentencore,ledécèsdudirigeantNord–CoréenKim-
Jong-ilnousa rappelé l’importance de la coopérationmilitaire quePyongyanget
té héran,les deux«isolés»célèbres de la planète, entretiennent de longuedate,
enparticulierpourledéveloppementdemissilesàlongueportéepouvantatteindre,
au-delàduseulg olfePersique,Israëletlatur quie.CetinventaireàlaPrévertdonne
letournis.Quelestdoncl’objetdecelivre?Unesuitedechapitresdésordonnésqui
se suivraientsans logiqueniflconducteur? Un lecteur critique pourrait alors se
demanderl’utilitédepareilempilement.
le ‘printemps arabe’ a complètement bouleversé au cours de l’année 2011
toute la scène moyen-orientale : tuni sie, Égypte, li bye, ont changé de régime,
entraînantunemutationmajeuredesrapportsdeforceetdupaysagestratégique.Si
l’Irann’enapasétél’acteur(ilfutcependantdenombreusesfoisaccusédemenées
subversives,commeàBahreinetauYémen),iln’enapasmoinsétéconsidérablement
afecté. Au début de 2012, on peut dire que la posture iranienne, dont on aurait
pu penser qu’elle s’était renforcée du fait de l’afaissement de régimes qui lui
étaient soit hostiles soit concurrents, connaît un isolement sans précédent avec la
montée de coalitions anti- iraniennes autour de Riyad. la répression violente des
manifestations à Bahrein comme dans les communautés chiites saoudiennes a été
l’occasiondemettreenavantle rôle supposéattribuéàl’Irandansles«complots
étrangers»commodémentdénoncéspourignorerlesdemandesdedémocratiedes
populations. la ‘sectarisation’anti-chiite est un dangereux sous-produit de cette
campagne;l’interventionbienvenuedel’OtanetdelaFranceenparticulier,abrisé
untabou.Ceprintempsarabepermetuneredistributiondescartesrégionalesoùdes
puissancesenémergenceentendentoccuperuneplaceéminente,commelatur quie
qui profteaussi de l’espace qui lui est laissée pour occuper le terrain stratégique,
notammentenIrakdanslaperspectiveduretraitaméricain.
CeséismerégionalpoursuitsonœuvreenSyrie,etmodifelesrapportsdeforce
auli ban.en Asie,leretraitprogressifd’Afghanistandesforcesétrangèreschargées
d’en faciliter la stabilisation s’accompagne d’une profonde modifcation des
équilibresdeforceentrelespartenairesasiatiquesdel’Irancommeaveclui,ainsiqu’
onlevoitàtraversl’évolutiondesrapportsindo-irano-pakistanais,etsino-iraniens.
l’Afghanistanrestantunobjetdeconvoitisesdisputé.
le s enjeux régionaux et globaux se mêlent : aux appétits prêtés à l’Iran sur
son voisinage, se combinent les craintes que causent dans cette zone la crise liée
au programme nucléaire militaire de té héran. Sont non seulement redoutées les
pressions que l’Iran pourrait y exercer, mais aussi les dangers liés aux incertitudes
quant à la sûreté des installations nucléaires, syndrome alimenté par le spectre
8du séisme et le tsunami japonais. Syndrôme qui en nourrit un autre: le risque
régulièrement brandi par Israël de lancer des ‘frapes préventives’contre les sites
nucléaires iraniens afn de porter un coup sévère à ce programme ; ceci,alors que
nombrede voix s’accordent pour reconnaître qu’il seraillusoired’espérerdétruire
l’ensembledecesinstallations,toutesn’étantpasconnues,maisaussidufaitqu’une
telle initiative risquerait d’embraser la région, avec une ‘opinion arabe’ stimulée
par des islamistes, qui passerait au-dessus de la tête des monarques du go lfe
qui ne seraient pas tristes de voir disparaître le régime d’un voisin qu’il jugent
dangereusement imprévisible On avait appris avec une certaine surprise par les
câblesdivulgués parWikil eaks que plusieurs souverainsappelaientdeleurs vœux
desmesures vigoureuses (ycomprismilitaires sinécessaire) pourécarterlamenace
nucléaire iranienne. Ces révélations contrastent avec les positions habituelles de
ces dirigeants plaidant pour un apaisement par ailleurs conforme à leurs intérêts
commerciaux. le spectre de la course au nucléaire au Moyen-Orient est bel et
bien présent,avec un Iranaccélérant son programme d’uncôtéetde l’autre Israël
pratiquant une dissuasion nucléaire qui ne veut pas dire son nom .On le voit à
traverslestentationsquiexistentdedoterd’autresgroupesd’Étatsd’untelarsenal.
enjeux régionaux et mondiaux (implication des grandes puissances) se
combinent dès qu’apparaît la menace de coupures de zones d’approvisionnement
pétrolierquenousavonsévoquéeplushaut.
Ainsi,lescrises,tensions,enjeuxsecombinent:nucléaire,printempsarabe,retrait
d’Irak, stabilisation ou contrôle de l’Afghanistan et du Pakistan, hydrocarbures,
sont autant de thèmes où les puissances globales côtoient les pouvoirs régionaux.
Ces acteurs se retrouvent, se confrontent sur ces enjeux. le fait que des épisodes
aussi disparates en apparence se mêlent : Rapports de l’AIeA, sanctions contre
les institutions fnancières, découverte d’un « complot » iranien pour assassiner
l’ambassadeurdeRiyad,émeutesàBahrein, troubleles perceptionsdesdirigeants,
quelquesoitlapuissanceconcernée,etsataille.
3Perception .le motestprononcé.la tâcheconféeauxcontributeursdecelivreest
deprésenteraulecteurunegrilledelecturepouraideràdécrypterl’enchevêtrement
desenjeuxdontnousavonsseulementefeuréci-dessusunesélection.D’autressont
toutaussiimportants;aupremierchef,leséchangescommerciauxetinvestissements,
la sécurité des approvisionnements non seulement en hydrocarbures mais en
matièrespremières.l’exemple delaChineestàcetégardemblématique:l’ampleur
del’interdépendanceentrePékinetté héraninfuesurlesposturesmutuellesdansle
4dossiernucléaire.la Chinemontre qu’elleestconcernéeparlessanctions , touten
3 Nous nous référons explicitement à l’approche de l’ouvrage de William Beeman, « ’Te Great
eSatan’VS. ‘Te Mad Mullahs‘»,Chicago/Londres,TeChicago University Press, 2ed. 2008.
4«ChinaextendsIran oilimportcutas sanctionsmount», Reuters,5janvier 2012.S’agit-ild’une
réduction contrainte ou volontaire ? La dégradation des relations bilatérales se perçoit à travers
maints symptômes. Déjà, le vote par Pékin de la résolution du Conseil de Sécurité de juin 2010
9protestantcontreelles.le s rivalitésentregrandes puissances sontaussiaucœurde
cesenjeux, toutcommelesappétits saoudiens,et turcs ;lacomplexitédes relations
del’Iranetde ses voisins résidedoncàlafoisdanslamultiplicitédesenjeux,mais
aussidel’imbricationd’enjeuxstratégiquesdetailleetdenaturediférentes.
Onvoitbien,àtraverslarevuedecesthèmes,quefnalementdeuxaxesdirecteurs
sedégagentdansl’évaluationdes relationsbilatérales quenousesquissonsdansles
chapitresiciréunis:d’unepartl’analysedesperceptionsstratégiquesdesacteurs,eten
secondlieulaposturestratégiquedechacund’eux.le présentouvragenevisedoncpas
unsimpleexposédesrapportsbilatéraux,maisbeletbienuneanalysedesperceptions
etstratégiesréciproques.la combinaisondesdeuxaxesnoussembledéterminante.
Cetexercice,quidonnesonsensàcelivre,estdestinéàpermettreauxlecteurs,qu’ils
soientchercheurs,analystes,fonctionnaires,décideurspolitiquesouappartenantau
monde de l’entreprise, de se doter de repères par rapport à une série d’échiquiers
où plusieurs parties sejouentenmême temps,à lamode persane.Cesclés visentà
aider les observateurs àéviter–ou du moins tenter d’éviter- certains piègesbéants
bienconnus quenous rencontrons régulièrement.le sexemplesnemanquent pas:
obnubilés par la rhétorique enfammée de M.Ahmadinejad promettant à Israël et
auxjuifs une prochedisparition qu’unholocausteoutrageusement qualiféparlui
d’imaginaire n’a pas encore permis, d’aucuns prédisent de proches apocalypses
suicidaires. Ce faisant, ces inquiets ne se sont pas posés l’unique question qui
importe:à quiétaientdestinésces propos ? très certainement pasàl’Étathébreu
ni à ses habitants. Plus prosaïquement, au corps électoral du président, ce petit
peuple pauvre et religieux. le procédé s’est usé, puisque la population iranienne,
commeonl’a vulorsdes protestations quiont suivilesélections présidentiellesde
juin 2009,estmassivementindiférenteàIsraëletafnipardemanderauprésident
de s’occuper davantage des besoins et problèmes quotidiens (salaires, chômage,
infation….) aggravés par la récente diminution des subventions. De même,
maints commentateurs se sont demandé quelle illumination (folie ?) avait saisi
M.Ahmadinejadquandilprétendêtreaccompagnédehalosmiraculeuxetaccélérer
le retour du Mahdi. le président laisse-t-il entendre par là qu’il va provoquer un
afrontement suicidaire accélérateur du chaos fnal ? là encore, à qui s’adressait,
s’adresse–il ? Oubliant l’essentiel, nos prophètes de malheur se sont abstenus de
regarderlascèneintérieureiranienne.
le dossiernucléaireestemblématique.l’éc hecdesnégociationsengagéesd’abord
dans le cadredeladémarche de la troïka européenne refète très exactement les
problèmesquenous voulonsévoquerdanslesdiversescontributionsdecelivre.le s
trois européens, rappelons-le, s’étaient lancés dansune démarche originaleinédite
dansladiplomatieeuropéenne.CettedernièrevoulaitexisterfaceauxÉtats-Unis.le s
européensvoulaientobtenirlafnalisationdugrandaccordcommercialpratiquement
s’étaitaccompagnéd’unebaisse volontairedesachatschinoisde pétroleiraniencompensée pardes
livraisonsdebrut saoudien.
10conclu; ilspensaientàjuste titret éhéran très motivé parune telle conclusion. Ils
supposaientl’ofresufsammentattractivepourconvaincrelaRépubliqueislamique
de cesser l’enrichissement d’uranium. Ce faisant,l’europe prenaitune revanche
suruneAmériquearrogante.D’abord plus que réticente,cettedernièrelaissafaire.
D’annéeenannéelatroïkafutindéfnimentmanipuléedefaçondilatoireparl’Iran,
quigagnauntempsprécieux.Aufldesrapportsaccablantsdel’AIeA,leseuropéens
durentconstaterqueleursdémarchesétaientvaines;ilsavaientcommisuneerreur
fatale:ilsn’avaientpascomprisquel’europenepouvaitofrirlesseulsélémentsqui
pouvaientintéresserl’Iran: unegarantiedenon-agressionoudenon-ingérence,et
une levée dessanctions. la négociationétait condamnéeàl’impasseabinitio. le s
européens n’avaientplus d’autrechoixquededurcirleurspositionsetde s’aligner
progressivementsurcellesde l’Amérique.erreurde perception,erreur stratégique.
Mais erreurstout aussi partagées. l’Iran escomptaitqueladémarche européenne
parviendraitàcreuserunfosséentrel’Unionet Washington; or, en cultivant
indéfnimentpalinodies,ambiguïtés,jouant le temps,les iraniens ont obtenuun
résultat diamétralement inversedecelui qu’ils escomptaient. Ce calcul supposé
habileaprécipitéleseuropéensdanslecampdeWashington.
Israël, en exerçant une pression inégalée sur les occidentaux, en particulier
l’Amérique,surlethèmedelamenaceexistentiellequ’unebombeatomiqueiranienne
ferait peser sur la survie de ce pays, et ce alors qu’une démonstration stratégique
5élémentaire permetd’encomprendrel’inanité ,chercheàdétournerl’attentionde
lascènepalestinienneoùl’Étathébreupoursuitunecolonisationsuicidairepoursa
survie.Persuadé quel’étranglementdes palestiniensest sa seule planchede salut,il
5 Tamir Pardo, responsabledu Mossad,aconfrmé quenon seulementl’Iran n’est pas unemenace
existentiellecontreIsraël,ilamisengardecontrelesefets d’une ofensive militaire visantl’Iran ;or
son prédécesseur, Meir Dagan, était déjà sorti de sa réserve pour s’inquiéter (à l’instar de Gabi
Ashkenazi, ancien Chefd’État-major des armées, et Yuval Diskin, ancien responsable du Shin
Bet) des tentatives aventuristes de B.Netanyahu: « Mossad Chief: Nuclear Iran not necessarily
existential threat to Israel », Haaretz, 29 décembre 2011. Les craintes de ces militaires sont telles
qu’ils ont pesé de tout leur poids pour contrer cette tentation, un débat public très inhabituel
en Israël: « Can Israel live with the Iranian bomb? », Haaretz, 9 novembre 2011. B.Netanyahu a
lancé une enquête visant les auteurs de ce qu’il considère comme une « fuite» des plans d’attaque
nucléairecontrel’Iran:« IsraeliPMordersinvestigationintoIranleak»,TeGuardian,3novembre
2011.LesUSA redoutentd’êtreentraînésdans unconfitencasd’opération unilatéraleisraélienne
et tentent d’en dissuader B.Netanyahu: « US : Iran has not yet decided to build nuclear bomb »,
AP,8 janvier 2012. Voir aussi , Dalia Dassa Kaye, Alireza Nader , Paria Roshan, « Israel and Iran
Dangerous Rivalry », Santa Monica, Ca, Rand Corporation, 2011. La méfance américaine s’est
renforcée en découvrant que des agents du Mossad qui recrutaient des éléments du Jundollah
pourcommettredesassassinatsen Iran sefaisaientpasser pourdesaméricains: Mark Perry« False
Flag»,ForeignPolicy,13janvier2012.Danslemêmeesprit,Washingtonapubliquementcondamné
l’assassinat d’un scientifque iranien travaillant sur le site de Natanz, meurtre qui pourrait être
d’origine israélienne : « US condemns bomb attack on Iran nuclear scientist », BBC News, 11
janvier 2012. Voiraussi,«AssassinationWithinTwoFeetfrom theMinistry ofIntelligence», Rooz
Online,14janvier 2012.Dec soncôtél’Iranmenacedecesser seslivraisonsde pétrole.
11réemploieen pirele schémade typeapartheid sud-africaindéfnitivementdéfunt.
Alorsqu’Israëlpourraitsanspeineacquérirlerangdepremièrepuissancerégionale
siàl’inverseunestratégiedeco-développementétaitmiseenœuvre.
le serreursde perceptionetdecalculs stratégiquesdesdirigeantsiraniens sont
multiples.Surledossierdeladélimitationdes zonesdelamerCaspienne, té héran
s’aveuglaiten s’imaginant pouvoirobtenir une tranche supérieureauxautresÉtats
riverains,conformémentauxanciens traités signésavecladéfunteURSS.Ilsn’ont
pas perçuladéterminationabsoluedeMoscouà rétablir une zoned’infuence sur
sonfanc sud,àdéfautd’unnouvelempire ; V. Poutinea proftéde sa positionde
force pour conclure des arrangements avec les autres riverains, té héran est isolé.
De même, comment l’Iran peut-il avec une quelconque crédibilité assurer les
monarchies du go lfe de ses intentions pacifques, voire de prétendre participer
au système de sécurité régionale, tout en refusant énergiquement de soumettre à
la Cour Internationale de Justice ou à une instance arbitrale le diférend des ilôts
d’AbuMussa,delaPetiteetgran de to mb ?
lo rsquelaRépubliqueIslamique,imprudemmentsûredesonpartenariatavecla
Chine,croîtpouvoirdicteràPékinsaconduite(frontanti-américain)etsevantedes
mirobolantscontratsd’approvisionnementspétroliersoud’investissementschinois
danslesystèmedeproductiond’hydrocarbures,elledoitdéchanter:Pékinahorreur
de se voir forcer la main ; et té héran fera le douloureux constat des votes chinois
(obtenus par les occidentaux moyennant de très substantielles compensations) en
faveurdessanctions.Payésenyuans,monnaierestéelongtempsinconvertible(mais
dontlestatutserenforceaveclacriseéconomiquemondiale),lesChinoisinondent
le marché iranien de multiples produits qui ruinent les PMe iraniennes. D’où le
recoursaubarter.
le lâchage (notamment à l’AIeA) de l’Iran par l’Inde qui a été sensible aux
pressions américaines nourries de contrats nucléaires civils, a été un épisode
douloureux pour l’Iran, qui ne l’avait pas anticipé, mais les besoins énergétiques
indiens sont tels que ce pays a continué à se fournir en pétrole iranien malgré les
contraintesdessanctionssursesmodesdepaiements.
lessanctionsinternationalessontuneautreoccasiond’illustrercesphénomènes
d’erreursd’analysesstratégiques.Souslevocabledesanctionssontconfondusdeuxtypes
dedispositifs:lessanctionsofciellesprononcéespardesinstancesinternationales,ou
étatiquessupposéesreposersurdesbasesjuridiques:aupremiercheflesrésolutionsdu
ConseildeSécuritédesNations-Unies.ellesvisentlespersonnesetentitésengagées
à un titreouunautredansle programmenucléaireiranien.l‘ob jectifdessanctions
de l’ONUest d’obtenirun respectpar l’Iran des exigences de l’AIeA,etplus
particulièrement l’arrêt de l’enrichissement de l’uranium. Or ceciacomplètement
6échoué. lessanctions de ce type sont en général inefcaces. Ceci ne veut pas dire
6 L’administration Obama, après ses « ouvertures » de 2009 , s’est longtemps persuadée de ce que
les sanctions permettraientd’amener l’Iranàla tabledesnégociationsavantde prendreconscience
12qu’ellessoient sans efets, ce quin’est pas la même chose. la confusion est souvent
entretenue.le sdifcultésénergétiquesetéconomiquesiraniennesensontunexemple.
Mais lestextes législatifs adoptés en 2010 par Washington (CISADA) et l’Union
européenne(règlementdu25octobre2010)montraientdéjà,ensanctionnantpour
l’unlesexportationsd’hydrocaburesrafnésetpourl’autrelesinvestissementsdansce
mêmesecteur,quel’objectifvisépourraitpeut-êtreêtrecompriscommeallantau-delà
duseulprogrammenucléaireiranien.C’estbienlaquestionquenousévoquionsplus
hautàproposdesnouvellesdispositions.
De même, la France s’est-elle interrogée sur la solidité stratégique de l’option
adoptéeparelledepuisplusieursannéessurledossiernucléaireiranien,promouvant
des positions encore plus dures que celles du président g.W. Bush, et appuyant
avec zèleles pressionsdu trésor américain surlesbanquesetentreprisesfrançaises
menacées par lui de représailles commerciales et fnancièresgravissimes, alors que
jusqu’àlaprisedefonctionsdeB.Obama,lecommerce bilatéralaméricano-iranien
était en pleine expansion ? Pourquoi les autorités françaises n’avaient-elles pas
procédéàunequelconqueévaluationpréalableauprèsdesresponsablesconcernés?
Cecialors que depuis 2008 leséchanges commerciaux entre l’Allemagne et l’Iran
ontconnuuneprogressionquin’aétéquetrèsrécemmentbridée….etquelaChine
a conquis sans état d’âme les positions ainsi vacantes. S’est-on aussi demandé si
Washingtonne voulait pasaussi«nettoyer»lemarchéiraniendelaconcurrence
européenne,françaiseenparticulier ?
Parailleursl’autismeiranienresteunvraisujetdontlesdimensionsmériteraient
de plusamples réfexionsdemême quelefactionnalismeexacerbé quenousavons
mentionné au début de cette introduction. Ils alimentent en complexité un
processusdedécisionenmatièredepolitiqueextérieuredéjàsingulièrementmalaisé
àcomprendre.Sansparlerdudélicatproblème(rarementrelevé)del’incompétence
de certains personnels diplomatiques et/ou politiques iraniens recrutés sur des
critèresidéologiquesouclaniques.Ce phénomèneimportantdevrait retenir toute
notre attention et pose non seulement de redoutables problèmes d’interprétation
des positions et attitudes iraniennes, mais compliquent infniment tout processus
denégociation.le s périlleusesimpassesactuellesdoivent requérirdesgouvernants
occidentaux des eforts d’imagination, sans doute en privilégiant des approches
discrètes de type « track 2 ». Parmi les redoutables questions qui se posent, se
présente celle des interlocuteurs, de leur qualité » de décisionnaire, des canaux
pertinents de négociation. l’exp érience de ces dernières années montre qu’en
l’absence d’un minimum d’assurance sur le fait qu’un accord avec l’étranger sera
déjà ‘vendu’ politiquement en interne, toute négociation avec l’Iran est pleine
d’incertitudes. le s élections à venir devraient apporter leurs lots de péripéties
supplémentaires.
de cette impasse et sans avoir lancé de véritables alternatives ; voir : Reza Marashi, «Te Political
Psychology ofObama’sIran Policy», Muftah,6janvier 2012.
13C’estdoncsouslaperspectivequenousvenonsdedécrirequelescontributions
rassembléesdanscevolumeontétérédigées.ellesneprétendentenaucunefaçonen
épuiserlesujetmaisinvitentàexaminercesrapportssousunanglequipermetted’en
mieuxpercerlesmoteursetinteractions.Certainspaysourégions,vularichessede
lamatière,appelaientplusieursanglesd’analyse,desregardscroisés;c’estpourquoi
ilaparfoisétéfaitappelenquelquesoccasionsàplusieurschercheurspourlamême
zone ;c’estlecasdel’IndeetduPakistan,maisaussides relationsavecl’Amérique.
Nousnecroyons pasavoirabusédu privilègefrançais en retenant plusieurs papiers
concernantlaFrance,chacunapportant sa pierreàl’édifce.Nousavonségalement
voulu aborder des zones d’intérêt iranien moins connues, comme l’Afrique sub-
7saharienne,etl’Amériquela tine ,outreleBrésil,importantepuissanceémergente.
-Un premier ensemble régional, l’Iran et ses voisins du monde arabe et
sub-saharien, permet d’embrasser une vaste aire qui comprend d’abord les
monarchiesdugo lfe,puisl’Irak,etensuite,bienentendu,Israël(quin’estpas
arabe!);les rapportsentrel’IranetleMaghreb sontalorsabordés sousl’angle
dela problématiquechiite ;lefanc sudconclutcetensembleavec uneanalyse
desviséesstratégiquesiraniennessurl’Afriquesud-Saharienne.
-Un secondblocde voisins,enl’occurrence unduode«cousins»,inclutles
relationsde té héranavecla tur quieetl’Azerbaïdjan.la placed’Ankaradans
l’échiquier régional est déterminante pour l’Iran, qui, à son tour représente
un acteur essentiel de son entourage. Nous nous trouvons ici au point de
rencontredesdescendantsde troisempires:l’empire russe,l’empireottoman
qui succédaàl’empirebyzantin,l’empire perse.l’in tervention turquedansle
8dossiernucléaireiranienestletémoignage del’implicationdecettepuissance
régionaleàlarecherched’un«néo-ottomanisme»; l’Azerbaïdjanoccupeune
place particulière pourl’Iran,du seulfait que 25%dela populationiranienne
estd’origineazérie,dontleguide lui-même.la posture stratégiqueéquilibrée
deBakouméritelargementd’êtrepeséeàsajustevaleur,notammentdufaitde
9sesliensparticuliersavecIsraël .
7 La tournée sud-Américaine de M.Ahmadinejad en janvier 2012 montre l’importance de cette
région pour Téhéran et s’inscrit dans l’urgente volonté de collecter des appuis et placer des pions
dans l’environnement sud de Washington qu’il s’agit de prendre à revers dans le contexte de la
criseduGolfe.Onnotera qu’uneétapeau Brésiln’était pas prévue,ce qui refètele rapprochement
entre ce pays et les USA sous la nouvelle présidente Dilma Roussef moins proche de l’Iran que
son prédécesseur. Voir « Iran Moves West : Ahmadinejad’s 2012 Latin American Visit-Analysis »,
Heritage Foundation, 7janvier 2012 ;et«Iran’sPresident toTourUSfoesinLatinAmerica», AFP,
7 janvier 2012. Voir aussi, « Iranian Adviser Accuses Brazil ofRuining Relations », Te New York
Times, 23janvier 2012,Ce voyageestaussil’opportunité pourle présidentiraniende s’éloignerdu
Majlis où sesadversaires ultras tententdeleneutraliser politiquement.
8 Voirnotreétude«La Turquieetlenucléaireiranien», Eurorient (numéro spécial surla politique
extérieure turque, sousladirectiond’Emel Parlar),n°35-36,novembre 2011.
9M.Makinsky,«Azerbaïdjan-Israël,desintérêtsbiencompris»,in:«L’Azerbaïdjanaucentred’enjeux
mondiaux», sousladirectiondeMichelMakinskyetLaurentVinatier,Eurorient,n°28,2008.
14-l etroisièmepôled’intérêtstratégique,l’Asie,estundespointsd’appuiauquel
lesdirigeantsdelaRépubliqueIslamique accordentdelonguedateuncaractère
prioritairepourdesraisonspropresàchacundespaysconcernés.la Chinefait
l’objetd’uneanalyseapprofondieenraisondel’importancestratégiquemajeure
qu’elle représente pour l’Iran comme pour la communauté internationale.
Une série de contributions aborde ensuite sous diférents angles les relations
bilatérales, voire trilatéralesentre l’Iran, l’Inde,le Pakistan, l’Afghanistan.la
diversité des enjeux justifelargement que plusieurs chercheurs en explorent
les arcanes. l’im mensité du sujet eût à elle seule mérité d’y consacrer un
ouvrage, mais nous disposons déjà grâce aux chapitres que nous présentons
d’une palette substantielle de réfexions, d’autant plus intéressantes qu’elles
comprennent celles de chercheurs de cette région, outre des universitaires
françaisoueuropéens(Hongrie)spécialisés.
-l’Am ériquela tineconstitueunterrainauquell’Iranavoulus’arrimerpourdes
raisonsstratégiquesmajeures:créerdesalliances avecdespuissanceémergentes
quipèsentsurl’échiquiermondial:c’estlecasdu Brésilquiestd’abordexaminé;
ensuite est abordé le bloc la tino Américain, objet d’attentions particulières
car il comprend aussi bien des partenaires économiques intéressants comme
l’Argentine, mais surtout un allié politique qui est un virulent contestataire
del’infuenceaméricaineetdesintérêtsoccidentaux,leVénézuela,parailleurs
grandproducteurdepétrole.
-Passantenquelquesortedu«régional« au«global»(cecisansfaireinjure
àPékin), sont présentésles rapportsde té héranaveclesdeux«grands».Un
premier développement nous permet de comprendre de fa çon panoramique
lespostures stratégiques réciproquesrusso-iraniennes.Ces relationspétriesde
contradictionssontmisesenperspectivedefaçonàencomprendrelesvéritables
dynamiques au-delà de l’écume des péripéties médiatisées. Nous sommes
en présence de liens soumis à des calculs stratégiques dont l’impact dépasse
le seul cadre régional ou bilatéral. Deux contributions traitent des relations
entre Washington et té héran : l’importance du sujet le justifeamplement ;
outre un rappel des évolutions bilatérales, une analyse fort pertinente
pour le présent ouvrage nous est fournie. elle scrute la problématique des
perceptionsréciproques entrecesdeuxacteurs,quiéclaireànotreavisdefaçon
déterminante maintsaspects des imbroglios passés et actuels étudiés dans les
autres chapitres de ce livre. Nous y avons adjoint un chapitre sur la relation
entrel’AIeA etl’Iran ;ce texteest vitalecarilabordece thème sous unangle
largement inexploré : les perceptions et postures mutuelles ; l’Agence n’est
pas unmonolithe,elleestlejeude rapportsdeforce quiinfuent surlafaçon
dont elle gère l’épineux dossier du programme nucléaire iranien; ainsi, par
exemple,lapolitiqueetlemodedecommunicationsuivissouslemandatdeM.
15el Baradeï présententdesdiférencesavecceuxde son successeur,ce quin’est
passansconséquencepourlapartieiranienne.
-la st,butnotleast,l’europeetlaFranceconstituentlepointd’aboutissement
de ces réfexions. D’abord les approches bilérales entre l’Union européenne
nous sont présentées. Nous comprenons mieux, grâce à ce chapitre, le rôle
original qu’elle a tenté de jouer, alors qu’à présent, avec son nouvel outil
diplomatique sousladirectiondeCatherineAshton,elle s’emploieàoccuper
uneplacespécifquequisoitenharmonie,oudumoinscoordonnéeaveccelle
de ses membres ( qui n’ont pas tous la même vision sur l’Iran, ni les mêmes
intérêts,nilamêmehistoire);lesillusionsstratégiquesréciproquesentrel’Iran
et ce groupe refètent une difculté partagée à bien comprendre le rôle de
chacun.la France,àquinousaurionsdû,encetouvragepubliéàParis,réserver
la première place dans l’ordre des chapitres, reçoit cependant un traitement
10de choix puisque plusieurs textes nous éclairent sur l’étrange lien qui unit
les deux pays. Fait ainsi honneur à cet ensemble la riche réfexion, alimentée
par uneexpérience unique,de F.Nicoullaud,ancienambassadeurdeFranceà
té héran,quicontinuedesuivredeprèsl’évolutioniranie nne.
Mais le présent ouvrage répond aussi à d’autres objectifs, refète une autre
particularité. Aux côtés d’auteurs reconnus, voire célèbres, de jeunes chercheurs
ont été sollicités. Ce choix délibéré s’inscrit dans une volonté résolue de publier
en Francedenouvelles signatures, d’ofrirdenouveauxéclairages,etde permettre
à de nouvelles générations d’universitaires, doctorants, analystes, de s’exprimer et
de présenterleurs travauxàlacommunauté scientifquecommeauxautorités,aux
acteurs économiques, aux analystes, journalistes. l’ob jectifafché est d’élargir en
France, mais aussi ailleurs, l’ofre d’expertise sur ces sujets dont l’extraordinaire
complexitéjustifelerecoursàdenouveauxtalents;danslemêmeordred’idées,un
nombreconséquentd’universitairesetexpertsétrangersontétéretenus,afndesortir
de l’enfermement « hexagonal ». Ainsi, des contributions, pour certaines de très
grande qualité,ontétéobtenuesdechercheursde plusieurs pays, parfoisinconnus
enFrance.l’ouv rageensortgrandementenrichi. l ’absencedechercheursiraniens,
dont certains sont largement compétents pour un tel ouvrage, sera certainement
regrettée ;lecontexteactueln’amalheureusement pas permisdeles sollicitermais
nousespéronspouvoirlefairedanslecadred’autrespublicationsàl’avenir.
10 Voir notamment : Michel Makinsky, « La politique françaiseet les sanctions contre l’Iran » in
Mahmoud Delfani(dir.), « L’Iran et la France malgré les apparences », Paris, Europerse Editions,
2009, p181et s. ; et (du même), « Les entreprises françaiseset les sanctions contre l’Iran » in
Djamshid Assadi(dir.), « L’Iran sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad », Paris, l’Harmattan,
2009p.35ets.Ladiplomatiefrançaise,enpromouvantunrenforcementdessanctions,espèreéviter
une action militaire israélienne pareillement redoutée par B.Obama.En poussant ce dernier à plus
de fermeté,elle espère acculer Téhéran à suspendre son programme nucléaire militaire.Un pari
risqué : « Paris redoute des frappessur l’Iran pendant l’été » Le Monde, 20 janvier 2012. « Sarkozy
WarnsAttackOnIranCould Unleash ‘Chaos’» RFE/RL,20janvier 2012.
16Peut-être sera-t-on surpris de trouver une quantité non négligeable de textes
rédigés en anglais. Jene crois pas avoir trahide la sortemon attachement viscéral
à la langue française ; mais d’une part la quasi-totalité des lecteurs de ce type de
travail comprend l’anglais, d’autre part ont été évités les coûts de traduction qui
auraientcompromiscettepublication;enoutre,l’expériencedémontrequesouvent
la pensée d’un auteur ne sort pas toujours indemne d’une traduction où quelque
chose se perd.Pourcertainscontributeurs,lalangueanglaiseétait requise parleurs
institutionsd’originepourpouvoirêtreréférencéeparmileurstravaux.
enfn, je tiens à remercier tous les auteurs qui ont accepté de participer à ce
projet dont ils sont les véritables artisans. Il ne reste qu’à souhaiter que d’autres
publications poursuivent l’exploration des pistes présentées ici. l’Iran est
durablement un sujetd’actualité.le senjeux stratégiques, politiques,économiques
qu’ilcomporteméritentamplementqued’autrestravauxprennentlasuitedecelui-
ci.Cesentreprises sontfort risquées:elles s’exposentenefetàce quedes viragesà
360 degrés infrment telle ou telle hypothèse, tel diagnostic, ou qu’unévénement
(confitarmé…)nebouleverseladonne.C’estunrisquequ’ilfautassumer;laseule
contrainte qu’il impose est la prudence et l’humilité ; seul celui qui ne fait rien
échappeàce péril.le sautresécueilsentrelesquelsilfautnaviguer sontla paranoïa
(type complot) et la naïveté empathique. A côté de cela, s’impose aussi le devoir
d’honnêteté intellectuelle. la confrontation avec des analyses divergentes est une
voie salutaire pour se prémunirdela pensée u niqueetde lanon- priseencompte
defacteurs ignorés à tort. Au total, le renouvellement des grilles de lecture est un
bonmoyendeprogresser.le sauteursetpromoteursdecetouvrageespèrentyavoir
contribué.
11MichelMakinsky
Paris, janvier 2012
11 Chargé d’Enseignement, École Supérieure de Commerce et de Management de Poitiers
(ESCEM),CollaborateurScientifque, UniversitédeLiège.
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L’IranetlespaysduGolfePersique, une
crisedeconfancedansunerégionébranlée
1MichelMakinsky
Résumé
LeprintempsarabeabouleversélepaysagegéopolitiqueduGolfePersiqueetrévèledenouveaux
rapports de force. Le Conseil de Coopération du Golfe, qui lutte prioritairement pour la
survie politique de ses membres, afronte de nouveaux défs face à ce qui est décrit comme la
« menace iranienne », nucléaire ou subversive.Les monarchies essaient de se défendre contre
lesrevendicationspopulairesenmettantenavantle«périlchiite».Lesrelationsdesvoisinsde
l’Iran sont pétries de contradictions : ils veulent éviterles risques d’une intervention militaire
étrangère mais demandent en même temps à Washington de la fermeté, ils manifestent une
forte méfance à l’égard de Téhéran touten essayant de préserverleurs relations commerciales.
L’Iranseréjouitdelachuteoudel’ébranlementdesesrivaux(toutencraignantl’importation
contestatairechezlui)maissetrouvemenacéparunfontantiiranienmenéparRiyadetparles
risquesliésàlapertedel’alliéSyrien.Lecontextedessanctions,desmenacesdefappespréemptives
israéliennes,oudesmenacesiraniennessurHormuz,rendcettesituationimprévisible.
Abstract
Te arab spring has changed the geopolitical landscape ofthe Persian Gulfand is exposing
the new balance ofpower. Te GulfCooperation Council, which has granted a priority to its
members’politicalsurvival,is facingnewchallenges, visà viswhatisdescribedas the“iranian
threat”, either nuclear or subversive.Monarchies are trying to fght against popular demands
through pointing out the shia “threat” .Relations between Iran an its neighbours are shaped
with contradictions: these neighbours want avoiding risks ofa military intervention but are
simultaneously requiring frmness fom Washington; they show a strong distrust towards
Tehran while seeking to maintain their trade relations. Iran is happy with its competitors’fall
or faltering,(while fearingrisksofprotests’imports at home),butis threatenedbyananti Iran
font lead by Riyad, and by risks oflosing the Syrian alliance. A context ofsanctions, risks of
preemptiveisraelistrikesoriranianthreatsagainstHormuz,leadstoanunpredictablesituation.
1 Chargé d’enseignement, École Supérieure de Commerce et de Management de Poitiers.
CollaborateurScientifqueauprèsdel’UniversitédeLiège.
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lIntroduction
l’an née2011,marquéeparlePrintempsarabedontl’ondedechocébranleune
aire qui va du Maghreb jusqu’aux Émirats, a sensiblement afecté tant la posture
stratégique de l’Iran que les perceptions mutuelles de la République Islamique et
de ses voisins. le présent texte tente d’en esquisser les contours mouvants, tout
en s’employant à rappeler le contexte des relations multilatérales et bilatérales de
cet ensemble afn d’éviter les illusions d’optique d’une actualité qui pousse à ne
considérerquelesnovationsetruptures.Pourmieuxcomprendrecesdernières,etles
fracturesqu’ellesrévèlent,ilconvientdenepasoublierd’inscrirecetteanalysedans
une perspective plus longue. le s dirigeants iraniens ont d’ailleurs pris conscience
de la nécessité de se doter d’une véritable vision stratégique régionale, comme on
le voità traversl’élaborationdu« 20-YearsDevelopmentVisionDocument» qui
refète une tentative de réfexion/aggiornamento face aux révisions stratégiques
entreprisesdanslecadreduConseildeCoopérationdugo lfe.
Plusieursfacteurs pèsentlourdement sur les rapportsdel’IranetdesÉtatsdu
go lfe.Unsavantéquilibrerégionals’étaitinstaurédepuislaprésidenceRafsandjani,
oùlesrelationspragmatiquesbaséesàlafoissurdeséchangescommerciauxfructueux
pourlaRépubliqueIslamiqueetsesvoisinspermettaientdecompenserlestensions
alimentées parles vieilles rivalitésentrele pôle saoudienetles royautés soucieuses
de ne pas altérer un climat propice aux afaires qui non seulement procurent des
recettesindispensables,mais,auxÉmirats,nourrissentaussi unediasporairanienne
établiedelonguedate.Or,ledurcissementqu’imposentàlafoislacrisepolitiquenée
des élections présidentielles de juin 2009, les pressions économiques américaines,
le renforcement de la présence militaire occidentale dans le go lfe, les sanctions
prononcées parl’ONU quiautorise pourla premièrefoisla possibilitéd’inspecter
desnaviresiraniens,lesmenacesiraniennesde représailles surledétroitd’Hormuz
(avec les exercices navals ad hoc destinés à frapper les imaginations), les rumeurs
distillées par Israëlde l’urgence d’arrêterle programme nucléaire iranien par tous
lesmoyens, quitteà utiliserl’espaceaérien saoudien,etenfnles textesadoptés par
Washingtonetparl’Unioneuropéenne,lesrapportsdel’AgenceInternationalede
l’Énergie Atomique, refètent et suscitent un changement signifcatifde la scène
2régionale dont il convient d’esquisser les contours. en sus, les inquiétudes des
monarchies du go lfe quant au programme nucléaire et aux ambitions régionales
réelles ou supposées de l’Iran, sont renforcées depuis janvier 2011 par les risques
dedéstabilisationdeleurs régimesdufaitdes soulèvements tunisiensetégyptiens.
De plus,auli ban,lachutedugouvernementHaririetlanominationd’un sunnite
alliéà«la résistance» sousla pressiondu Hezbollahlibanais (etdela Syrie),les
secousses yéménites, jordaniennes, algériennes, libyennes, confortent la position
2 Voirnotreétude:« L’Iranet sonenvironnement régionalaprèsles présidentiellesdejuin 2009»,
Maghreb-Machrek,n°201,automne 2009.
20de té héran au niveau extérieur alors que le régime est aux abois à l’intérieur et
3craintaussiunecontagionchezlui.le paysagestratégiquedelarégion connaît un
bouleversementinéditampliféparlacrainted’unefet‘dominos‘aprèslachutedes
présidentsBenAli,Moubarak,Kadhaf.
LeConseildeCoopérationduGolfeetsesmembresenluttepourleur
stabilitéinterneetleursécuritéextérieure
Undispositifmilitairelourdementafché
la résolution 1929 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies, votée le 9 juin
2010,n’avaitguèrebouleverséla situation,dufait qu’elle s’estcontentéed’étendre
lalistedespersonnesetentités viséesparles résolutions précédentes.elleamarqué
surtout l’isolement de l’Iran, du fait du vote de la Russie et de la Chine, acquis
4moyennant d’importantes concessions . Mais ce qui importe ici, c’est que la
seule véritablenovationdece texteest d’autoriser l’inspectionde navires iraniens
«suspects».Cettedispositionafortementaigri té héranquialaisséentendreque
des actions de « réciprocité » étaient en préparation au cas où une telle mesure
5 6seraitappliquée , voiremêmedes représailles .Danslemêmetemps,laRépublique
7islamique,quinecessederenforcersonpotentielna valdepuis5ans ,procèdeàdes
8déploiementsdeforcesdansleseauxdugo lf e afnd’afchersadéterminationtant
3 Les visionsetambitionsiraniennes sont au premierchefinscritesdans uncadre géostratégique
défni : le GolfePersique : Mahmoud Haidar, «Te Active Role ofthe Iranian Geo-Strategy : the
PersianGulfasagroundforHotDebate», Just PeaceDiplomacy Journal,International PeaceStudies
Centre,n°2, octobre-décembre 2010.
4MichelMakinsky,”Iran:commentgérerdeuxcrisesàlafois?”Le Figaro,8juillet 2010.
5«Iran toinspectGulfShipsifSanctions Used onCargo»,Bloomberg, 11juin 2010.
6 « In responding to West, Iran stresses its naval abilities in Persian Gulf»,PMOI News, 7 juillet
2010,http://www.mojahedin.org/pagesen/printNews.aspx?newsid=8735
7 Voirnotamment:«Iran’sNavalForces,FromGuerillaWarfaretoAModernNavalStrategy»,Ofce
of Naval Intelligence, Suitland, MD, Fall 2009 ;”Blufer’s Guide to Iranian Naval Power »,
Planeman’s Blog, update 21 février2010;http://planemann-blufersguide.blogspot.com/2010/02/
Iraniannavy-update.html, ‘‘IranianbuysBradstoneChallenger-but why?”,MotorboatsMonthly,7
avril 2010;Anthony H.Cordesman & Aram Nerguizian,”Te GulfMilitary Balance in 2010”
(Workingdraft),WashingtonDC,CSIS(CenterforStrategic&InternationalStudies),22avril2010.
8 « Hybrid War at Sea :Iran’s Great Prophet 5 Exercises ( II) », 26 avril 2010,http://defensetech.
org/ 2010/04/26/ hybrid-war-at-sea-irans-great-prophet-5-exercises-ii/;Hossein Aryan,”Iran’s
Navies Flex Teir Muscle”, RFE/RL,11mai 2010 : V.V.Yedseyev, ‘‘Iran’s Sea Power : From Fantasy
to Reality’’, Moscow Institute ofthe Middle East, New Eastern Outlook, 27 mai 2010 ; Nima
Adelkhah, ‘‘Iranian Naval Capabilities and the Security ofthe Hormuz Strait”, Terrorism Monitor,
vol. VIII,n°30, 29 juillet 2010. En lançant la rumeur de la fermeture du détroit d’Hormuz,
(démentie ensuite par le ministère iranien des afaires étrangères),après qu’un parlementaire ait
annoncé que des manœuvres navales sur ce thème se dérouleraient dans cette zone un média
conservateur proche du Guide a suscité un mouvement d’inquiétude : «Iran planning navy drill
to shut Hormuz », Stratfor, 13 décembre 2011 : « Explainer : Iran’s Treat to Blockade Te Strait
ofHormuz », Turkish Weekly,14re 2011: « Iran Says Closing Vital Oil-T ransit Strait Not
on Agenda », RFE/RL, 14 décembre 2011. Ce qui n’empêche pas certains médias conservateurs
21àl’égarddesoccidentaux quedes pays riverainsà quiellelaissecomprendre qu’ils
ne sortiraient pas indemnes d’une quelconque confrontation. la présence navale
iranienne,quis’estencoreaccrueenseptembre2011parl’envoid’unitésdesurface
et sous-marines, s’est aussi afchée par l’annonce d’une opération réussie contre
9une attaque de pirates somaliens au large du Yéme n . elle s’inscrit dans le cadre
dela réorganisationdela stratégienavaledel’Iranlancéeen 2007avec un partage
10des tâchesentrelamarinenationaleetlabranchemarinedes pasdarans. Au-delà,
té héran veutcontesterl’omnipotencedugendarmeaméricain, tenterdepersuader
sesvoisinsquec’estauxseulsÉtatslocauxd’assurerleurpropresécurité,cedontces
derniersne sont pas vraimentconvaincus.le but réeldecesgesticulations,estàla
fois politique (prestige,capacitédemontrerledrapeauauloin)etmilitaire (tester
les capacités des bâtiments et équipages), le caséchéant diviser les monarchies du
ConseildeCoopérationdugo lfemaisnesauraitfaireoublierleslimitesquipèsent
surlamarineiranienne.la tensionactuellequirègnedanslarégionautorisemaints
dérapagesetprovocations.Alorsquedesporte-avionsaméricainspatrouillentdans
cettezone,etqu’unautrepatrouilleenmerd’Oman,queWashingtondisposed’une
baseàBahrein,uneautreauQatar,etlaFranced’uneinstallationpermanenteàAbu
Dhabi,desincidentspassésavecdepetitesunitésiraniennes,quin’ontpasdégénéré,
montrent que le risque d’afrontements existe, surtout depuis que l’Iran afche
clairement une stratégie de « guerre asymétrique » au cas où une intervention
militaireisraélienneet/ouaméricaineseraitlancéecontrelaRépubliqueislamique.
11la nervositéde té héranestpalpable .ellel’estd’autantplusquelego lfepersique
représente un enjeu capital pour l’exportation du pétrole iranien, et pour les
12importationsdenombredemarchandises.
Defaçongénérale,lesroyautésdugo lfesontpartagées:ellessontaussiinquiètes
faceàla perspectived’unIran dotédelabombe quedevant la perspectived’une
interventionmilitairecontret éhéran dont ellessubiraient immanquablement les
contrecoups. Plus fondamentalement,cespays craignentquel’Iran ne brandisse
son«épouvantail»nucléaire pour les forceràadopter desposturesqui servent
ses intérêts propres alors qu’ils aspirentàmaintenirunconfortable statu-quo
politique,àl’abriduparapluie américain pour développer leur prospérité (leur
13rentepétrolière) .le sdiscoursmartiauxsontfacilesàproféreràl’abrideladistance
de délivrer des menaces : Hossein Shariatmadari, « Iran has the legal right to close the Strait of
Hormuz», Kayhan,cité par Iran Diplomacy,14décembre 2011.
9 Hosseyn Aryan, « Iran’s Naval – Gazing More Political Tan Military », RFE/RL, 21 septembre
2011.
10 Joshua C.Himes, « Iran’s Maritime Evolution », GulfAnalysis Paper, Washington DC , CSIS,
juillet 2011.
11DelphineMinoui,«Détroitd’Ormuz:laguerredesnerfs», Le Figaro,9juin 2010.
12 Yoel Guzansky, “The Arab Gulf States and the IranianNuclear Challenge: InThe LineOf
Fire”,Meri a, vol.14, n°4, décembre 2010.
13JamesA.Russell, “StrategicStabilityReconsidered:Prospects forEscalationandNuclear War”
22oferte par l’Atlantique, ilssont beaucoup moins aisémentprononçablesquandle
destinataireest un paysfrontalier,et, pire, quandle territoired’oùl’onémetde tels
propos abritedes minorités amies du ditvoisin. D’où les attitudespassablement
contradictoiresdecesmonarchies.ellesenvoientdes«signauxforts»(déclarations
sur la menace iranienne, hébergement de bases, sanctions économiques…)tout
en essayant de préserver desrelationspaisibles avec l’Iran,de proposer leurs bons-
ofces,detenterdesauvegarderleursprécieuxéchangescommerciauxaveclui(dont
l’importanceestessentielle pourdeséconomiescommeDubaï,les Émirats Arabes
Unis,etdansdesproportionsplusdiversespourleQatar,Bahrein,appréciablepour
14Oman,moinspourleKoweït,etmodestepourl’ArabieSaoudite ).lessensibilités
des dirigeants sont aussicontrastéesqueleniveau desrelations commerciales,et
celuidesperceptionsréciproques. Autrefacteurà prendreencompte:lafragilité
15intrinsèquedecespays,dont l’histoireest récente , surtoutfaceà unIran héritier
delagrandeur perse,dotéd’une traditionétatique séculaireetrelativementàl’abri
des fragmentations en dépit de ses composantespluri-ethniques. Sesvoisins,dont
la naissance découle pour certains duretrait des colonisateurs, sontpartagés entre
sentiments nationalistespastoujoursvigoureux, solidaritéstribales,ethniques,
claniques(açabiya) ,dotés de frontièrespas complètement acceptées,abritant des
minorités(chiites) brimées ou insatisfaites; ilssontvulnérables de l’intérieur.
l’Arab ie Saoudite, elle, doitàlafois organiser de délicatestransitions(dynastie,
femmes,éducation, économie, minorités…), prendrelecontrôle de ses islamistes,
tout en confortantson leadership religieux etpolitique. Finaleme nt,la sécuritéde
chaquepayscommecelledugo lfeentantqu’entitédépendautantdesvulnérabilités
externesquedecellesdesrégimesconcernésenfonctiondeproblématiquesconnues:
rentepétrolière,diversifcation,évolutiondesmœursfaceaupouvoirdesmoyensde
communication sociaux, radicalisme religieux,etc. Autrement dit,la robustessede
tout systèmede sécuritédugo lfedépenddecelledesrégimesdechacundes États
16membres .
àc ela,ilfautajouter lavulnérabilitémilitairedesvoisinsdel’Iran.Cesderniers
ont accumulé au fldes ans un matériel qui fgure parmi les plus sophistiqués du
monde:exempleparmid’autres,lesÉmiratsontacquis80F16(block60F)encore
17plusperfectionnésquelemodèle(block50F)dontestdotéel’USAirForce .Mais
inTheMiddleEast,Paris,IFRIProliferationPapers ,printemps 2009.
14 En dépit de l’augmentation régulière des échanges bilatéraux, ceux-ci n’occupent qu’une part
modeste dans chacun des deux pays ; voir Nader Habibi, “Te Impact ofSanctions on Iran-GCC
EconomicRelations”, Middle East Brief,n°45,novembre 2010.
15 Neil Partrick, « Nationalism in the GulfStates », Research Paper, Kuwait Programme on
Development,Governance,andGlobalizationin the GulfStates,n°5,octobre 2009.
16 Voir Kristian Ulrichsen, « GulfSecurity : changing internal & external dynamics », Working
Paper,Kuwait Programme onDevelopment,GovernanceandGlobalizationin the GulfStates,mai
2009.
17RichardR.Russell,«FutureGulfWar», Joint Forces Quarterly,n°55,4e trimestre 2009.
23ces équipements impressionnants ne dissimulent pas des faiblesses structurelles,
selonlesmêmessourcesquiseréfèrentàKennethPollack,dansplusieursdomaines:
capacités d’organisation tactique, traitementde l’information, utilisation/miseen
service des armements, et entretien. le s personnels d’encadrement ne sont pas
au niveau requis pour une armée moderne. Bien plus, leurs priorités réelles sont
davantage la survie politique des régimes que la défe nse du territoire contre un
belligérantextérieur.le caractèreopérationneldecesforcesarmées,l’expériencedu
combatnesontpasparticulièrementperformants,etl’expériencepasséedesguerres
dugo lfenelaissepasapparaître,surtoutauniveauterrestre,unniveauconvaincant.
l’app ui occidental a été et demeure à horizon durable strictement indispensable.
Pourautant,lapostureiraniennen’est pas supérieure sur touslesplans: si té héran
disposedecontingents terrestresde plusde545.000hommes (de qualitéinégale),
l’arméeiranienneprésenteuncontrastesaisissantquantàsesmatérielsquisoufrent
beaucoup des embargos, sont antédiluviens et hétéroclites (vieux équipements
d’origine américaine, soviétique , adaptations locales rudimentaires) : l’armée
de l’air ne peut aligner que quelques aéronefs, les radars, l’artillerie et les blindés
sont obsolètes. la marine aussi (sous-marins, grosses unités), mais un efort a été
consentipourdisposerd’unefotilledepetitesembarcationsrapidesadaptéesàdes
opérations«coupdepoing»,visiblementdestinéesauDétroitd’Hormuz,etdont
lesmisesenservicesontannoncéesàgrandrenfortsdepublicitéassortiedemenaces
apocalyptiques contre tout « agresseur ». en un mot, en cas de confit faisant
appel à l’aviation,lesforces iraniennes subiraientdelourdes pertes, ycompris du
fait qu’ellesnedisposent pasdecapacitéde transport sufsantes,nidecouverture
efcace pour leurs forces terrestres. Des attaques combinées (air/mer) pourraient
êtrelancéescontrelesilôts delaPetiteetgran de to mb,d’AbuMussa,pourtenter
d’endélogerles pasdaransiraniens,avecl’appuide plusieurs pays.en revanche,on
peutpenserquelesiranienslanceraientdesopérations«éclair»parmer,voiredes
«commandos–suicide»contrelesnavirescivilsetmilitaires,lesinstallationsliées
aux hydrocarbures. Conscients de la vulnérabilité de leurs forces« classiques »,
ils utiliseraient des moyens « non-conventionnels » adaptés à cette fameuse
18stratégie asymétrique . Dans cette panoplie fgure naturellement l’activation
d’agents « dormants » dont plusieurs cellules sont déjà, semble-t-il, en place. Si
18 Voir Eric Gauvrit, “Les forces armées conventionnelles de l’Iran: état des lieux”, Outre-
Terre, n°28, avril 2011. L’auteur évoque le concept de « combinaison hors limites » emprunté
au thème chinois de guerre hors limites, signifant qu’un Iran attaqué se battrait sur de multiples
aires géographiques et aussi sur de multiples terrains ( au-delà du domaine militaire stricto
sensu). Si les chinois ont bien conçu une stratégie globale à l’instar de la défunteURSS, Téhéran
à notre sens construit plutôt sa stratégie en réalité sous formede ripostes tactiques hétérodoxes
incluant le terrorisme, la « cyberguerre » mais sans projet hégémonique global en dépit du rêve de
modèle révolutionnaire islamique (évanoui) parfoisencore sous-jacent, comme on le voit dans les
déclarations imprudemment triomphalistes des dirigeants iraniens devant les révoltes égyptiennes
et tunisiennes.
24ces divers aspects sont connus, car visibles, beaucoup plus difcile à évaluer est la
menacerésultantdelamobilisationnonseulementduHezbollah,maisd’islamistes
detoutesobédiences(AlQaïdaenpassantparlesFrèresMusulmans)ycomprisdans
desuniverssunnites,aunomdelaluttecontre«l’agressionaméricano-sioniste».
Ungroupeenquêtedestratégieetd’organisationcollective
Au-delà des perceptions et postures spécifques propres à chacun des pays du
go lfeseposeleproblèmedelacapacitéd’unestructurerégionaleuniquedesedoter
19d’une vision stratégique ,d’une politiquede sécuritécommunes,etdeconstituer
un véritable système régional. Ceci suppose de ne pas confondre un quelconque
processus de coopération institutionnelle destiné àassurer la pérennité de chacun
20de ses membres et la construction d’un véritable outil de sécurité régionale . le
Conseil de Coopération du go lfe( CCg ), entité dont la vocation est justement
21de remplir cette tâche , y compris au niveau de la défnition des équipements,
de la répartition des contributions en hommes et matériels, n’a pas véritablement
atteint cet objectifalors que la militarisation de ces pays( entendue ici comme la
22priorité accordée aux dépenses d’achats d’équipements militaires) va croissant .
le s politiquesdecoopérationéconomiqueetfnancièreontmanifestementconnu
deplusamplessuccès,àdesdegrésdivers,maisonattendtoujoursquelego lfeparle
d’unevoixàl’égarddel’Iran.le scausesdecetétatdefaitsontmultiplesetobligent
à porter un regard nuancé sur cette situation. le s relations entre les membres du
CCg et la République Islamique sont fort complexes : l’entrelacs de relations
familiales, tribales,claniques,de partetd’autredesfrontières quila séparentde ses
voisins, accompagnée de présence de diasporas et de liens commerciaux parfois
23vitaux ( selonles pays) ,fait quel’onne peut traitercette perception sousl’angle
dela seule problématiquedes«menaces».Ducoup,ces paysontétélongtemps
19 Abdullah Alshayji, « It is time fora prudent GCC stance on Iran », GulfNews 15février
2010.Voiraussi:Abdal-Jalilal-Marhoun “Securityin theGulfRegion:Ageopolitical perspective”,
AMEC, 16juillet 2010.
20 Monica Gariup, “Regionalism and Regionalization: Te State ofthe Art” in : Cilja Harders
and Matteo Legrenzi, ed, “Beyond Regionalism? Regional Cooperation, Regionalism and
Regionalizationin Te Middle East”,Ashgate, 2008 p.82.
21 Unevocationinitialementpluslarge,maisdontladimensionmilitaireobscurcitlesautresvolets:
NabiullahIbrahimi,«Militarismasa Form ofDialogin the Foreign Policy ofPersianGulfLittoral
States», International Peace Studies Centre (IPSC), 27 octobre 2010.
22ElhamRasouliSaniAbadi,«OntologicalSecurityandMilitarisminTePersianGulfCooperation
Council(PGCC)ForeignPolicy,InternationalPeaceStudyCentre,6mai2010.Laforteaugmentation
de ces dépenses chez l’ensemble des membres du CCG pèse sur leurs budgets comme sur les
équilibres locaux ; voir :CarolinaSolmirand etPieter D.Wezeman, «MilitarySpendingandArms
Procurement in theGulf States »,SIPRIFactSheet, octobre 2010.
23 Sur les échanges commerciaux entre les membres du CCG et l’Iran voir: Aruba Khalid,
«Te Consequences ofIntra-Regional Instability and Confict forGulfTradeFlows », in Simon
J.Evenett (dir.) “Will Stabilisation Limit Protectionism ?” Londres, Centre forEconomic Policy
erResearch,(CEPR), 1février2010.
2524accusésdemollesseoud’aveuglement faceàcesdernièresalorsqu’ilspréfèrentune
diplomatiederèglementpacifquedesdiférendsavec un régimequ’ilsconnaissent
malgré son imprévisibilité. Aussi la nature bilatérale des relations prévaut sur
25l’organisationpourtantnécessaired’unsystèmerégional .
Unedesconditionspourcefaireest,àl’évidence,quesesmembresfassentpreuve
26d’unevolontépolitiqued’acquérirunevéritableautonomiededécision dansleurs
orientations stratégiques, tactiques, quittant un rôled’assistés,certesconfortableà
certainségards, mais quiles rend quelque peudépendants d’objectifs stratégiques
qui ne sont pas nécessairement les leurs mais ceux de leurs protecteurs, dont le
« parapluie»a uncoût quin’est pas quefnancier.Au surplus,la raisond’êtredu
Conseil de Coopération du go lfe semble avoir été largement le fruit des projets
américains visantàconstituer un« front»capablede peserfaceàl’Iran plus que
l’ambition de favoriser l’organisation de la région. Mais ceci est contrarié par les
perceptions disparates de ses membres, et par le fait que ceux-ci sont largement
tributaires de la libre et paisible navigation dans le détroit d’Hormuz. Un autre
facteur perturbeles participantsdecegroupe ;ilsne sontguère satisfaitsde l’état
de tension entretenu entre Israël et les palestinie ns et reprochent vivement aux
américainsd’êtreincapablesd’imposeràleurallié unesolutionpacifqueàce confit
dontils subissentd’unecertainefaçonlesconséquencesnégatives.Cette situation
est compliquée du fait de l’émergence sous la présidence Obama d’un fossé entre
WashingtonetIsraël quantàlafaçonde traiter tantlacriseiranienne (encore que
les nouvelles sanctions unilatérales américaines aient été applaudies à Jérusalem),
maisplusencoresurledossierpalestinienoùlesactes(poursuitedesimplantations,
brimades) contredisent les intentions afchées de B. Netanyahu de parvenir à un
accord,pournepasparlerdes«maladresses»commisesàl’égarddelatur quielors
del’arraisonnementd’unnavireturcvoulantforcerleblocusdelabandedega za.le s
ga rdiensdelaRévolutionont proftédel’occasion pour proposer queleurmarine
escortelesbateauxquitenteraientdeforcerceblocus,ofreévidemmentrestéesans
lendemain. l’Iran serait perçu comme moins belliqueux et menaçant si une paix
était conclue sous l’égide de Washington ; les agitations imputées aux minorités
24 Roger Shanahan, «Te GulfStates and Iran, Robust Competitors or Interested Bystanders?”
Perspectives, Lowy Institute,novembre 2009.
25NeilPartrickparled’une«faiblecoalitiond’opportunité»entrepaysquipensentengroslamême
chose mais dépourvus de coordination. L’Arabie Saoudite y exerce un leadership qui entretient
chez plusieurs de ses membres le sentiment de ne pas compter sufsamment ; d’où l’activisme
du Qatar (qui se pose en acteur régional comme on l’a vu en Libye), ou l’attitude diférente
d’Oman par rapport à l’Iran ; mais le CCG est un « parapluie » commode pour donner une
vague teinturecollectiveàdesinitiativesindividuelles,commel’interventionmilitaire saoudienneà
Bahrein;voirN.Partrick,« TeGCC:Gulfstateintegrationorleadershipcooperation?»Research
Paper, Kuwait Programme on Development, Governance and Globalisation in Te GulfStates,
n°19,novembre 2011.
26 Brian Katulis, « Sustainability is Elusive forPersian GulfRegional Security System », World
Politics Review, 29juin 2010.
26chiites perdraient de leur ampleur, pour peu que les États concernés prennent en
compteleursrevendicationssocialesetpolitiques.Ilenestdemêmepourlesactions
clandestinesattribuéesauHezbollah.Assurémentla stabilisationdel’Irak,dontla
robustesse demeure incertaine, joue aussi son rôle dans une telle vision. en outre,
la création d’un front commun anti-iranien, où devraient se retrouver côte à côte
israéliens et pays arabes, n’a guère de chance de matérialisation à horizon visible,
27notamment tant quele problème palestinien n’est pas réglé .Il n’endemeure pas
moins queles paysdugo lfe redoutentlesinitiatives potentiellementaventureuses
28d’Israël jouant « cavalier seul » contre l’Iran sans tenir compte des retombées
négatives sureux,cedontils seraient prémunis sil’Étathébreu faisaitpartied’une
29organisation régionale . On en est loin. On observe malgré tout des tentatives
30d’approches deJérusalemauprèsdesesvoisins,sousformed’ouverturedebureaux
commerciaux, de prestations de services, mais aussi de coopération en matière de
31sécurité où la technologie israélienne est appréciée . Une certaine discrétion est
requise, parfois contrariée par des opérations « spéciales » spectaculaires. Un
hypothétique rapprochement ofciel entre Israël et les pays arabes du go lfe est
tributairedemultiplesfacteurs,àcommencerparl’exigenced’unconsensusausein
duCCg ,maisdépendaussidel’attitudede Washington,del’évolutiondudossier
palestinien.l’épouv antaildela«menace»iraniennepeutcependantcontribuerà
32desterrainsdedialoguediscret.
Néanmoins,conscientsdel’urgentenécessitédeprogresserversuneplusgrande
organisationdeleur sécurité,PatrickKnapp souligne queles 6membresduCCg
27 Néanmoins, un cable diplomatique américain du 19 mars 2009 révélé par WikiLeaks
montre que les pays du Golfeont demandé à Israël de fairepasser des messages à Washington
prié d’entreprendre des actions plus fermescontre l’Iran : « Israel, Gulfstates conducted secret
erdiplomacy», Te WashingtonTimes, 1décembre 2010.
28LefaitqueB.Obamaait«lâché»leprésidentégyptienfaceàlacontestationpopulairesusciteen
Israëldesinterrogations:l’alliéaméricainneserait–ilplusinconditionnel?Aumomentoùl’Egypte
perd son président historique,et le Liban change de premier ministre, l’Etat hébreu pourrait être
tentédelanceruneopérationdestinéeàfairechuterle régimedeTéhérannerveuxet enpleinecrise
économique,sociale, politique, tandis que les négociations sur le nucléaire sont dans l’impasse.A
toutlemoins,Israëlestisoléetdoitfairefaceàunenvironnementrégionalbouleversé;voir:Y.Klein
erHalevi, « Israel, Alone Again ? », Te New York Times, 1février2011, « Netanyahu must prepare
erfora new regional order », Haaretz, 1février2011, Meir Javedanfar,« Israel and Iran : Egyptian
erConcerns and Opportunities », Foreign Policy.com,1février2011; M.K. Bhadrakumar, » Crisis in
erEgypt,Iran wins,Israellosesin turmoil», AsiaTimes Online, 1février2011.
29MarinaOttaway,”Iran, the UnitedStatesand theGulf: theElusiveRegional Policy”,Carnegie
Endowment ForInternational Peace, Carnegie Papers,n°105,novembre 2009.
30BarryRubin,‘‘MotivesandInterestsinIsrael-GulfRelations”MiddleEastReviewofInternational
Afairs (Meria), vol 13 n°3, septembre 2009.
31 Georges Malbrunot,«Le Business secret d’Israëldanslegolfepersique», Le Figaro, 26/27juin
2010.
32 Voir Yoel Guzansky, “Tacit Allies: Israel and the Arab GulfStates”, Israel Journal ofForeign
Afairs, vol5,n°1, 2011.
27ontlancéen 2006legulf SecurityDialogue (gS D)destinéàconstituer uncadre
de travailentreeuxetles États-Unis sur 6 thèmes:»1)lescapacitésdedéfenseet
d’interopérabilitéduCCg ,2)les questionsde sécurité régionale,3)laluttecontre
la prolifération,4) le contre-terrorisme et la sécurité intérieure,5) la protection
33des infrastructures critiques, et 6) l’engagement sur l’Irak ». Si certains experts
,comme Michael Knights, considèrent que les progrès rapides accomplis par
les forces armées de ces pays sont au moins en partie les fruits de ce dialogue, la
34présence croissante de la marine iranienne , les progrès accomplis en matière de
35missiles balistiques , les annonces spectaculaires de lancements de petites unités,
etmêmede sous-marinsdefabricationnationale, sontdestinéesàfaireclairement
comprendre tant aux riverains qu’aux grandes puissances, que la République
Islamique dispose de moyens de pression et de capacités de nuisance tout aussi
36préoccupantsqueceuxd’arméesmodernesmaisclassiques .le sincidentsrecensés
37entreunitésrapidesiraniennesetnaviresaméricainsen2008ensontl’illustration .
le s mêmes sources rappellent que la marine iranienne peut aligner « plus de 40
33 Patrick Knapp, »Te GulfStates in the Shadow ofIran – Iranian Ambitions », Middle East
Quarterly,hiver 2010.
34 Voir W. Jonathan Rue, ‘‘Iran’s Navy Treatens the Security ofthe Persian Gulf”, Foreign
Afairs, 24 octobre 2011.Sur la répartition des tâches entre la marine « classique « et la marine
des pasdarans, voir, Commander Joshua Himes, « Iran’s TwoNavies », Middle East Security Report
N°1,WashingtonDC,Institute For theStudy ofWar, octobre 2011.
35 Michael Elleman, « Iran Primer : Iran’s Ballistic Missiles Program », 20 octobre 2010 ; »Iran
‘mass–producinganti-shipmissiles», AFP,7février 2011.
36 Les risques croissants de « dérapages » vers une crise majeure à partir d’incidents navals ont
poussé l’Amiral Mullen à recommander vivement la mise en service d’un « téléphone rouge »
entre Washington et Téhéran ; cette proposition a suscité un certain intérêt chez M.Ahmadinejad
mais une franchehostilité chez les ofciers supérieurs pasdarans : « Iran’s Ahmadinejad open to
«hotline» withU.S. toavoid PersianGulfConfict», AP, 23 septembre 2011. Une tellemesurea
été inscrite dans le 2011 National DefenseAuthorization Act qui enjoint au Pentagone d’évaluer
la possibilitéd’unaccordnavalentrel’Amérique,l’Iran,etd’autres paysafnde prévenirles risques
d’afrontement armé dans le Golfe.Selon divers experts, un tel outil pourrait être étendu à un
domaine plus large applicable aux autres champs de confictualité : Helia Ighani, « U.S. military
leaders pushfordirectcommunication withIran», NIAC Insight,19 septembre 2011.
37Danslecontextede tensionsaccruesdepuisle printempsarabe,l’Iranmanifestedesdesseinsde
plus en plus spectaculaires via sa présence navale dans le GolfePersique, et au-delà (annonçant se
porterausecoursdesrévoltésdeBahrein,etdescapacitéssanslimites,essentiellementdéclaratoires,
jusqu’auxcôtesaméricaines!quivontau-delàdesescapacitésopérationnelles)voir:BrianMurphy,
«IranLooksToSeaAsRouteToProjectPower»,AssociatedPress,3octobre2011etGeneiveAbdo&
ShayanGhajar:«IranEscalatesTensionswithU.S.OverPersianGulf»,Hufngton Post,6octobre
2011 ; voir aussi « Iran has right to deploy navy near U.S.coasts : Iranian Navy Commander »,
Mehr News Agency, 8 novembre 2011. Les ambitions afchées par Téhéran par le déploiement
de ses forces navales et les progrès en matière de défenseanti-missiles visent à la foisà prévenir
des attaques aériennes américaines,à assurer la sécurité de ses propres navires indispensables à son
économie, et enfn, servent d’outil de communication d’une image forte autour de A.Khamenei
alors que les confits factionnelsfontrage.Voir, « Te Tree Strategies behind Iran’s Projection of
Naval Power», Terrorism Monitor, vol9n°40,4novembre 2011.
28patrouilleurslégers,10patrouilleursdotésdemissilesguidés,5mouilleursdemines,
6sous-marins,26bateauxdesoutien».Un programmedelancementdenouvelles
unités est en cours pour compléter le dispositifactuel dont les composantes sont
38passablement dépassées et surtout fatiguées . Cette vétusté et la modestie (pour
ne pasdire plus)decetoutil, trancheaveclesmoyensmisen place-en particulier
parlamarineaméricaineetlesoccidentaux, tanten surface que sous lamer.Sans
oublierla surveillance permanente par satelliteetd’autresmoyens.Sansdoute pas
vraimentdupesdeleurrhétoriquemartiale,nidesperformancesaussimirobolantes
qu’invérifables attribuées par eux à leurs matériels, les iraniens tablent sur leur
stratégie asymétrique basée sur ces « coups de main » éclairs par mer ou par
terre évoqués plus haut, sans parler des opérations spéciales où ils semblent avoir
acquis un réel savoir-faire. l’exercic e « gran d Prophète 6 », en juillet 2011, où
l’Iran a procédé à des lancements très médiatisés de divers missiles balistiques et
de croisière, visait à montrer à ses voisins comme à Washington que malgré les
pressionsinternationales,té héranpoursuitledéveloppementd’unarsenalnational
capable de riposter à toute attaque, y compris à l’aide de projectiles nucléaires.
le sobservateursestiment que desmissilesbalistiquesà portée régionale ne sont
pas encore opérationnels à fn 2011, en dépit des travaux en cours, et que l’Iran
39développesesmissilesclassiquespourfairefaceàtouteéventualité.
le gsd s’estconcrétiséàpartirde2007,notammentparuneforttrèssubstantiel
de l’administration Bush se traduisant en ventes massives de matériel : l’Arabie
Saouditeacommandépourplus1milliarddedollarsde véhiculesetd’équipement
40radars,leKoweïtaachetéplusde1,3milliarddedollarsdemissilesPatriotPAC 3
et en 2008,rappelle P.Knapp, les Émirats Arabes Unis avaient acheté un système
de missiles de 7 milliards de dollars que l’armée américaine elle-même n’a jamais
possédé.Acetarsenalconsidérables’ajoutentd’autrescommandesvolumineusesqui
ne sont pas prêtesd’êtrelivrées,notammentdansl’attentedufeuvertduCongrès.
Mais,bienau-delàdecescataloguesmassifs,lacohésionetsurtoutl’interopérabilité
de ces forces dépendent étroitement de leur collaboration sur le terrain : à cet
égard, les exercices communs du printemps 2007 constituent une première étape
signifcative en ce sens . le 22 novembre 2011, les ministres de la défense des 6
pays du CCg ont convenu de renforcer leur dispositifcommun de défense, et
ont décidé, face aux menaces pesant sur la circulation maritime dans le go lfe
Persique,lamerRougeetlamerd’Oman,decréer uncentredecoordinationpour
la sécurité maritime à Manama et entendent poursuivre leurs négociations en vue
38 Du faitdes sanctions et embargos, le matériel d’origine américaine est en bonne partie hors-
service,l’Iranne pouvant se procurerdes piècesde rechangeendépitd’un trafcclandestin,malgré
toutinsufsant :«IranSanctionscrippleageingmilitary», BBC, 28juilllet 2010.
39«IranianMissileMessages:ReadingBetweentheLinesof‘GreatProphet6’,ArmsControlToday,
vol 2,n°10,12juillet 2011.
40 Des ofciels iraniens ont mis en garde les pays du Golfecontre tout déploiement de missiles
Patriot:«Iran tellsGulfStatesnot tobuyUSmissiles » AFP,5février2010.
29delaconstitutiond’uneforcenavalecommuneetpourétudierdessystèmesd’alerte
anti-missiles.Ilapparaîtparailleursquel’emploidelaforce«multilatérale»mise
enplaceàBahreinestconsidérécommeuneexpériencepositiveparlesparticipants
41qui veulentimpliquerdavantageRiyaddansceséchangesde vues. en multipliant
les exemples concrets de son engagement aux côtés de ces pays, Washington les
a peu ou prou obligés à « jouer » collectifet à apprendre à acquérir des visions
communes quidépassentlecadreétriquéhabitueldeleur penséeautocentrée vers
la préservation des régimes dynastiques. Barack Obama a déclaré que l’Amérique
entend poursuivre sur la voie de son prédécesseur mais d’aucuns relèvent que la
France, en ouvrant une base aux Émirats le 26 mai 2006 puis en programmant la
créationd’uneAcadémiemilitaireàDohapour2011,montrequel’Amériquen’est
pas seule sur ce terrain. De plus, on perçoit, toujours selon Knapp, des tentatives
de réaménagement des eforts de Washington (notamment dans la Quadriennal
défenseReviewde2010)envued’unplusgrandpartagedestâchesaveclesacteurs
42locaux danslaperspectiveduretraitd’Irak.Maissurleterrainils’avèrequel’Iran
poursuitsoninvestissementdel’Irak–soustoutessesfo rmes-etquelacombinaison
de sanctions et de négociations (Résolution 1929 du Conseil de Sécurité des
Nations-Unies,projetd’accordd’échangesdecombustiblepromuparlatur quieet
leBrésil)n’avaitpas réussiàinterrompresonprogrammenucléairemilitaire.Deux
développementsinédits sontdenatureàchangerladonneet refètent un tournant
41«GCC toboostdefenseinfaceofnew threats», Arab New, 23novembre 2011.
42 Des réfexions sont en cours depuis plusieurs années pour associer l’Otan à la promotion de
l’organisationdela sécuritécollectiveduCCG, oùlaTurquiejoue un rôlede« têtede pont» ; voir
Pierre Razoux, « What future forNato’s Istanbul Cooperation Initiative ? », Nato Research Paper,
n°55,janvier 2010 ;TobiasSchumacher,« TransatlanticCooperationinTeMiddleEastand North
Africaand the Growing Role ofthe GulfStates », Mediterranean Paper Series,Washington, Te
German Marshall Fund ofthe United States, juillet 2010 ; Bruno Tertrais, « Nato and a Nuclear
Iran », Recherches et documents,n°09/2010,Fondation pour la Recherche Stratégique ; Riccardo
Dugulin,»ANeighborhoodPolicyfortheGulfCooperationCouncil»,GulfPaper,GulfResearch
Center,2010.La conférencede Doha visant à renforcer les liens entre l’OTAN et l’ICI (Istanbul
Cooperation Initiative), le15 février2011, a débattu des stratégies de coopération militaire,mais
aussipolitique,eténergétiqueàmettreenplacedansuncontextetroublé:AndersFoghRasmussen
« Nato seeks Gulf GulfSecurity partners », interview ,GulfNews,15 février2011 ; et « Call to
boost cooperation among Nato, ICI States », Qatar Tribune, 16 février2011. Le nouveau champ
d’action de l’Otan pose des problèmes inédits à l’Iran qui doit renouveler sa vision stratégique
en conséquence ; voir : Mahmoud Mohammadi, »Te Impact ofNATO ’s New Missions on the
Interests and National Security ofthe Islamic Republic ofIran », Téhéran, Center forStrategic
Research (CSR, Conseil du Discernement), 2010 (en farsi)analysé par Fahimeh Ghorbani, Book
Review, Iranian Review ofForeign Afairs, vol 1,n°4,hiver 2011.
En octobre 2009, les Emirats Arabes Unis ont entamé des négociations avec l’Otan pour un
accord de stationnement de forces (SOFA) : Mina Al-Oraibi, « An Emirati vision forNato’s Gulf
Strategy », Rusi Analysis, novembre 2009. La mission de coordination confée à l’Otan dans les
opérations menées contre les forces du colonel Khadaf est une des premières manifestationsde ce
rôle.L’implication d’aéronefsémiratis, et qataris, dans ce dispositifdont la Turquie s’est éloignée,
commeensuitelaLigueArabe,contrasteavecl’absencede posturecommuneduCCG.
30erstratégiquemajeur.en signantle 1 juillet 2010leComprehensiveIranSanctions,
Accountability Disvestments Act (CISADA), successeur de l’Iran Sanctions Act
(lo id’Amato), qui sanctionnelesindividusouentreprises quiinvestissentdansle
secteur pétrolieretgazieriranien,mais qui vendentàl’Irandes produits pétroliers
rafnés,cestextes sontdenatureàpénaliserlesentreprisesétrangères.la Décision
du26juillet2010duConseildesMinistresdel’UnioneuropéenneetleRéglement
du 25octobre 2010 pourleur part,interdisentauxentreprisesdes ÉtatsMembres
departiciperauxactivitésdusecteurénergétique,etprohibedésormaislesrelations
avec les banques iraniennes impliquées (toutes les grandes banques ) dans des
transactionsfavorisant laprolifération,viseaussileslignesmaritimesiraniennes.en
plus, de vigoureuses pressions sont exercées par le trésor américain pour que les
paysdugo lfe tarissentleurséchangescommerciauxetfnanciers avec té héran.Si
l’ArabieSaouditene sort pas perdantedecejeu (elleaétéencouragéeàaugmenter
seslivraisonsd’hydrocarburesàPékin pour pousserlaChineà voterlaRésolution
de l’ONU), les autres membres du CCg (qui s’étaient cependant joints à Riyad
43pour inciter russes et chinois à adopter ce texte ) se trouvent ainsi mis devant
le fait accompli face à une stratégie américaine, de « regime change » à laquelle
l’europe se trouveassociée.Cecimodifesensiblementladonne.Si (endehorsde
l’hypothèse d’une opération israélienne) le régime iranien sent qu’au delà de son
programme nucléaire militaire, c’est son existence-même qui est en jeu, il peut
être tentéde prendreen quelque sorte ses voisinsenotageenexerçant sureuxdes
contre-pressions. la panoplie de mesures, en particulier les restrictions apportées
auxopérationsbancaires quel’ensembledesétablissementsdela régiondésormais
contraintsd’appliquercesdernières,sousl’actiondecontrôlesdésormaisstricts,fait
pesersurl’économiedeplusieursmembresduCCg descontraintessévères,etqui
nesontpasanodinespolitiquementtantsurlascèneinternequedansleursrelations
avecleurvoisin.
Oncomprenddonclesmultiples raisons quiavaient pousséleCCgàafche r
un soutien visible au projet turco-brésilien de compromis avec l’Iran signé le 17
mai 2010.Il est intéressant de noter que le CCga ppuie à la fois la conclusion
d’un telaccord,et réafrmeledroitdes paysdela régionde sedoterdunucléaire
à usage pacifque, et insiste pour une dénucléarisation du Moyen-Orient (Israël
44inclus ). Derrière cette façade apparemment unitaire se cachent des perceptions
nettement plus diversifées. le s messages menaçants émis par diférents ofciels
iraniens (l’Ambassadeur de té héran au Qatar, des médias iraniens) mettant en
garde les capitales régionales contre toute tentation d’abriter des bases pour
attaquerl’Iran(oude servirde pointdedépart pourcefaire),exposecesdernières
à représailles et dommages. la réponse collective a été un appui aux négociations
ci-dessus,maisaussi unaccord pour soutenirdes sanctionsencasd’échec.en fait,
43«GCCbacks West to stopIran’snucleardrive», Te Peninsula, 24 septembre 2009.
44«GCCbackseforts to solveIran-Nissue», Arab News.com, 24mai 2010.
31en fonction de l’origine des médias, l’accent est mis sur les craintes qu’inspire le
45programmenucléaire,ousurlarecherched’unevéritableautonomiestratégique .
l’absen cedeclaire visioncommune refètelafaiblesse récurrentede l’Organi-
sation. Celle-ci trouve sa source dans les maux déjà évoqués, liés à l’historique
de ses membres, mais aussi du fait du déséquilibre et du caractère inachevé de sa
composition.Ilmanqueàcetensembledeux poidslourds:l’Iranetl’Irakdontla
vocationàenfaire partieestnaturelle.Saddam Husseindisparu,l’Iraknemenace
plusd’envahirsesvoisins.en revanche,à l’évidence,ilsuscitedesourdesinquiétudes
de natures et d’intensités diverses. Au premier rang, la question de la survie d’un
gouvernementàBagdadaccepté parl’ensembledesfactions.Cegouvernementne
pouvant parnatureêtredominé que parleschiites,appuyé, pourne pasdire plus,
par l’Iran, peine à constituer un pouvoir civil solide, la perspective d’un Irakallié
d’unl’Iran qui proftedescirconstances pour ydévelopper soninfuence,inquiète
46auplushautpointlesmonarchiesdugo lf e ,surtoutl’ArabieSaouditequipersiste
àcultiverlemythedu«croissantchiite»alorsquel’Irakestbeaucoupplusmenacé
pardes risquesd’autrenature:l’impossiblecohabitationintercommunautaire,des
insurgés sunnites quin’ont pasdéposélesarmes,desanciensbaathistes pasencore
intégrés, l’autonomie des kurdes ainsi que le partage des richesses pétrolières et
l’acceptation par la tur quie d’un modus vivendi à condition de bénéfcier d’une
part du «gâteau » économie régionale ; sans oublier l’implantation d’Al Qaïda,
dontl’organisationestafaibliemaisdontlesdiférentesmouvancesetpseudopodes
( comme au Yémen) sont bien vivaces. Quant à l’Iran, de longue date ,il réclame
de pouvoir faire partie du dispositifde sécurité régional, thème inlassablement
véhiculé sous les présidences successives auprès des responsables du CCg, au
nom du droit des pays du go lfe de prendre en charge la défense de leurs intérêts
47qu’onne sauraitlaisseraux« puissancesétrangères » .Sile plaidoyernemanque
pas de quelque pertinence, les dirigeants iraniens semblent ignorer constamment,
manifestant une sorte d’autisme stratégique, qu’une telle participation repose au
premierchefsurlaconfance.CommelesouligneChristianKoch,lespaysduCCg
ont salué les ouvertures de B.Obama à l’égard de té héran, mais sont sceptiques
quant à la capacité de l’Iran à y répondre. Il note les concessions supplémentaires
requises à chaque avancée sur le nucléaire, le refus obstiné de té héran d’accepter
que le diférend qui l’oppose aux Émirats Arabes Unis sur la possession des ilôts
d’AbuMussa,delaPetiteetdelagran de to mb(aunomdesdroitsinaliénablesde
l’Iran)soitdéféréàunejuridictioninternationalecommelaCourInternationalede
45 Pour une sélectiondesdiférentes approchesà partirdesmédias, voir:L.Barkan,«Reactionsin
theGulfto Tension overIranian NuclearIssue», Memri Inquiry and Analysis,n°603,8avril 2010.
46 Stephanie Cronin,and Nur Masalha,” Te Islamic Republic ofIran and the GCC states:
Revolution to realpolitik,”KuwaitProgramme onDevelopment,GovernanceandGlobalizationin
Te GulfStates,Research Papern°17,août 2011.
47 Amir Sajedi, « Geopolitics ofTe Persian GulfSecurity: Iran and the United States », IPRI
Journal,IX,n°2,été 2009.
32Justice,minelacrédibilitéiranienneetlaconfancedontlaRépubliqueIslamique
se prétend injustement privée. De même le refus iranien de se joindre au plan de
paix saoudien dans le confit israélien, tout comme son opposition à participer
48au consortium régional d’enrichissement d’uranium . et pourtant, les voix ne
49manquent pas pourmettreenlumièrel’urgencedecomblerceslacunes. Maisau
total pèse sur toute architecture de sécurité régionale l’hypothèque du niveau de
50confictualitéentre Washingtonet té héran. en prévoyantdebaserauKoweïtdes
troupesdestinéesàassurerunemeilleureprotectiondanslego lfeàl’issueduretrait
américain d’Irak, Washington entend signifer à té héran que l’Iran ne pourra
48« UsOvertures toIranmust Wait–Analysts»,InterpressServices News Agency,9avril 2010.
49 Song Min Soon,ancien ministre sud-Coréen des afaires étrangères et du commerce
extérieur,rappelle cette nécessité pour fairede l’Organisation une structure non seulement forte
mais efcace à l’instar de l’Asean. Le CCG n’est pas encore un acteur important: « GCC should
expand ‘to include Iran and Iraq », GulfNews, 7 juin 2010. Il a invité le Qatar à jouer un plus
grand rôle dans la promotion de ce statut. Le prince Turki Al Faisal,ancien ambassadeur saoudien
à Washington,a adjuré le 21 mars 2011 les membres du CCG de se doter d’une vision stratégique
et d’une organisation (dont une armée commune,voire même de l’arme atomique), adaptée
aux nouveaux bouleversements régionaux. Voir : «Prince Turki Al Faisal urges rethink ofGCC
policies »,Te National,22 mars 2011, et Arnaud de Borchgrave : « Commentary : Saudi nukes in
gulf»,UPI,29mars 2011.Ila renouvelécetappelà l’occasiondelaconférence«Te Gulfand the
Globe » organisée en décembre 2011 pour Riyad : « Saudi Prince Turki urges nuclear option after
Iran» Reuters, 6décembre 2011 ;ila répétécette perspectived’armementnucléairenon seulement
pour Riad mais pour les pays du CCG si les menaces nucléaires iraniennes et israéliennes ne sont
pas résolues,dans deux interviews consécutives : « Riyad n’exclut pas d’acquérir l’arme nucléaire »
Le Figaro International. fr13décembre 2011,et sur France 24le 15décembre suivant.De plus,les
problèmestechniquesrencontrésàlacentralenucléairedeBushehr(situéeenzonesismiqueactive),
etlesinistrequiafectelesinstallationsnucléairesduJaponaprèsleséismeetletsunamidu11mars
2011 inquiètent non seulement des analystes iraniens pour les iraniens eux-mêmes ; voir : Reza
Fiyouzat,« NukePlants ?Please!” Iranian.com, 16mars 2011,HamidKarimianpour:«Bushehr?
Earthquake ? Disaster ?” Iranian.com,16 mars 2011 ; Bahman Aghai Diba, « SafetyofNuclear
Facilities ofIran : A Forgotten Dimension », Pavand News, 17 mars 2011 ; Mohammad Sahimi,
«Japan’sDisaster:SoberingLessonsforIran», Tehran Bureau, 20mars 2011,maisaussiles voisins
de l ’Iran ;voir:R.Tait:«BushehrSetbacks TriggerIranian Nuclear-SafetyConcerns», RFE/RI, 3
mars 2011 ;« Fukushimadisaster promptsGCCfearsover Iranian reactor», Arab News, 18mars
2011etAbbasAl Lawati:«Japan quakea wake-upcallforregion»,Gulfnews.com, 30mars 2011.
Pour un démenti iranien quant aux risques qui peuvent peser sur Bushehr, voir Mark Lynch,”
Irandismisses post-Fukushimanuclear rethink” ISS Strategic Comment, vol 17n°15avril 2011.La
connection de la centrale de Bushehr au réseau électrique iranien le 3 septembre 2011,inaugurée
ofciellement le 12, a été marquée sous le signe de la prudence, la mise en service s’efectuant très
progressivement : « Iran connects Bushehr plant to national electricity grid », Beyrouth, Daily
Star, 5 septembre 2011, mais ceci ne dissipe pas les craintes des pays voisins : Habib Toumi,
«KuwaitigeologistsaysBushehrnuclearplantlocationissourceofdangersforregion»http://www.
habibtoumi, 14 septembre 2011.Frayeursalimentées parles témoignagesd’ingénieurs russes:«D.
Birch&G. Pearch,«Insider sloppy workatIraniannuclear plant » AP, 23 septembre 2011.
50HaidarAliMassoudi,“Iran-USRelationsandItsImpactonPersianGulfSecurity”,International
Peace Studies Centre,31mars 2010.
3351combler un espace vaquant. l’Iran a d’ailleurs fait sa voir à plusieurs pays du
go lfe,dontleKoweït,qu’ilss’exposeraient(endépitdeleursassurancespacifques)
àdesfrappes surleur territoire s’ils prêtaientassistanceàdesforcesaméricainesou
alliées quidéclencheraientdeshostilitésà son encontre.Cette pousséede tension
survientaprèsl’annonce deplansaméricains visantàlivrerauxÉmiratsnotamment
52desbombes«bunkerbuster»visiblementdestinéesauxsitesnucléairesiraniens.
Certainsanalystesiraniens,toutens’employantàdénoncerunestratégieaméricaine
d’encerclement de la République islamique et en brandissant les divers types de
ripostes ( perturbations du détroit d’Hormuz, etc.) à toute menace contre elle,
soulignent que té héranafait preuvede retenueetne s’est pas–seloneux-attaqué
directementàl’AmériqueenIraketdanslego lfe,etnechercherait qu’àdiminuer
sa propre insécurité ; ils plaident pour que soit trouvé un terrain d’entente avec
53Washington,àl’imagedestentativespasséesde coopérationdansledossierafghan .
Évidemment,lavaleurdeces‘ballonsd’essai‘dépendlargementdel’acquiescement
duguide àune telleréductiondestensionsavecle‘gran dSatan’.
Unprésidentmalréélu,unerelationàreconstruire
le premiermandatdu présidentAhmadinejad s’est soldé par unbilandégradé.
Comme le relève Mohammad Hossein Hafezian, membre du Conseil pour la
recherche scientifque et les études stratégiques (Cssr, think tank du Conseil du
Discernement présidé parH.Rafsandjani),lenouveléluest«le premier président
iranienàavoirparticipéàunerencontreausommetavecleConseildeCoopération
54dugo lfePersique(Pg CC)depuisles troisdernièresdécades » Ilconfrmequ’il
est le seul dirigeant iranien à avoir visité les Émirats Arabes Unis. le s principales
raisonsdeceniveauderelationssansprécédent,seloncetanalyste,setrouventàlafois
dansl’intérêtréciproquedespaysduCCg etdel’Iran,maisaussidanslesinitiatives
spectaculairesduprésidentiranien.Ilestànoterqu’endépitderelationshistoriques
pas exemptes de nuages et de méfance, la plupart des pays arabes ont afché leur
satisfactionen2005devant l’élection deM.Ahmadinejadqu’ilsontpromptement
félicité, qu’il s’agisse de l’Arabie Saoudite ou des autres pétromonarchies. Même
si des observateurs locaux, poursuit le même analyste, entrevoient que la victoire
du nouveau président pourrait aggraver les tensions entre l’Iran et certains riches
territoires voisins, et l’isolement de l’Iran, M.Ahmadinejad est invité au sommet
deDoha,auQatar,en 2007.Il saisitl’opportunitédece précédent pour proposer
auxparticipants destraitésportantsurl’économiecommesurlasécuritéetafrme
quel’Iranrecherchelapaixetlasécurité«enl’absencedepuissancesétrangères».
51 “Report:USPlans Post-IraqBuildupin PersianGulf’, VOA, 30 octobre 2011.
52 “Iranissues veiled threats toKuwait,GCCcountries”, KuwaitTimes, 10décembre 2011.
53 Zahid Ali Kan, “US Post 9/11 GulfPolicy: Iran’s Concern and Options”, IPRI Journal, n°1,
hiver 2011.
54«Review ofIran’sRelations withPGCC»,Csr, Payvand News,8mai 2010.Lesdéveloppements
qui suivent reprennentlargementlesappréciationsdecetexpert.
34eFait signifcatif, le communiqué ofciel de ce 28 sommet ne fait pas allusion à la
présencedecet«hôte»ninereprendsespropositions.
Ilest patent,commele relèveencore Hafezian, queleconfit quenous venons
d’évoquer, quioppose té héranauxémiratis surles troisilôtsdugo lfe,aassombri
les relations de l’Iran a vec l’ensemble des membres du C Cg ; si la présidence
Khatami s’est employée à maintenir cette dispute à un niveau de tension bas, ce
sujet (sans surprise) a été abordé dès la première rencontre de son successeur ; les
dirigeants du CCg se sont plaints de ce que l’occupation iranienne sur les ilôts
se poursuit malgré les demandes de régler ceci par négociation ou de faire juger
l’afaire par la Cour Internationale de Justice ; de son côté, l’Iran afrme que les
positions émiraties sont dépourvues de fondement et devraient être réglées par
des négociations bilatérales. Ceci alors que les fux commerciaux entre les deux
pays atteignaient alors des niveaux sans précédent et qu’une importante diaspora
iranienne(environ400.000iraniens) s’estinstallée,croîtetprospèreàDubaï,dont
lecommercebilatéral réelatteintdesmontants quene refètent pascomplètement
les statistiques ofcielles, à cause du juteux marché noir. Au nom de ces intérêts
biencompris,les relations paisibles aveclesÉmirats n’ontété quemodérémentet
progressivement afectées par les sanctions jusque 2010, même si des difcultés
étaientévoquéesicioulà.Maislespressionsdu trésor américainsesontrenforcées
depuis, compliquant et afaiblissant les transactions, qui donneraient des signes
de féchissement chez les opérateurs locaux. le confit territorial ne semblait pas
afecterceséchanges.lo rsqueledossiernucléairedevient undébatchaud,les pays
arabes ont apparemment gardé d’abord un profl bas sur le sujet qu’ils ont voulu
ne pasenvenimermalgréledésirdel’Amériquedeles voir sejoindreauchœurdes
contempteursdel’Iran.Hafezian,dontnous suivonsencorele pointde vue, pense
qu’ils espéraient sans doute être récompensés de cette attitude bienveillante. le
Qatarestle seulmembrenon permanentduConseildeSécuritéà votercontrela
résolution 1696 en juillet 2008 ; les autres pays arabes avaient bien compris que
l’Iranvoulaitobtenirdesgarantiesdesécuritéetéconomiquesqueseulel’Amérique
et l’europe pouvaient consentir. Mais quand le dossier nucléaire dans l’impasse
amène des tensions et l’adoption de trois résolutions condamnant l’Iran, les pays
arabes pensent qu’ils peuvent jouer un rôle plus signifcatifdans ce dossier. Or il
s’avère que les dirigeants iraniens somment fermement de ne pas s’aligner sur les
paysoccidentaux,etdefaçongénérale,denepassemêlerdecetteafaire.Audébut
dunouveau mandatdeM.Ahmadinejad, l’Iran se présenteà l’égardde ses voisins
comme paradoxalement afaibli et néanmoins doté d’une stature incontournable.
Il est, certes, diminué par la crise de régime et la déconsidération générée par
55les élections contestées de juin 2009 , par l’isolement politique révélé par la
55 Le « coup de force » des élections présidentielles de 2009 a accentué le climat de méfance
observéentreTéhéranetlesmembresduCCGdèslafndupremiermandat:MohammadHossein
Hafezian, « Iran-CCG Relations under President Ahmadinejad, 2005/2009 » Iranian Review of
35résolution 1929 du Conseil de Sécurité votée par la Chine, mais plus encore par
les«gestes»dePékin (diminutiondesachatsd’hydrocarbures), parles pressions
économiques sévères résultantdes sanctionsofciellesaméricaineseteuropéennes
comme par les pressions exercées sur lesbanques et entreprises. A l’inverse, l’Iran
est régionalementfort:ildétient plusieursleviers surl’Irak,a resserré sonemprise
sur le Hezbollahdepuis l’ofensiveisraéliennede 2006,etgrâce àce dernier, peut
exercer une infuence bien au-delà de sa sphère naturelle : il peut s’adresser à la
« rue arabe» par-dessus la têtedesdirigeants, voiremêmeconcluredesalliances
56tactiques avec des sunnites, dont les Frères Musulmans que la trajectoire du
Hezbollahintéresse.HostileàalQaïda,ilpeutseservirdes«invités»qu’héberge
ladivisionQodsdes pasdarans pourexercer quelque pressionoumarchandage.le
développement des tensions entre le « bloc » du CCge t l’Iran, qui s’accentue
à l’issue du printemps arabe, refète un report sur la République Islamique de la
responsabilité de la fragilisation des régimes régionaux qui trouvent dans l’Iran
à la fois un exutoire aux mécontentements ou difcultés nationales, mais aussi
une opportunité de cimenter leurs alliances militaires. en prenant l’initiative de
l’interventionmilitaire« Bouclierdelapéninsule»àBahrein,sansl’avalaméricain
(cequiestunepremièreetunsignalfortadresséàWashington),commelesouligne
FatihaDazi-Heni,RiyadacrééuntournantquipourraitmarquerpourleCCg «le
57premier pasd’une transformationde sonapprochedela sécuritéetdedéfense » .
la même analyste souligne que sous le leadership du prince saoudien etministre
del’intérieurNayef,« uneréelleinstitutiondesécuritéetdedéfensemultilatérale
pourraitvoirlejour,quiassureraitlaprotectiondesintérêtsvitauxdel’ensembledes
monarchies quilacomposent».le s prémicesdecette structuration se perçoivent,
selon les mêmes sources, dans « la réunion des chefs d’État-major du CCgà
Abu Dhabi le 7 septembre 2011 », qui a décidé de maintenir à Bahrein la base
Foreign Afairs, vol 1,n°4,hiver 2011.
56 C’est bien une alliance de cette nature que l’on observe à propos du Hamas : Mehdi Khalaji,
« Egypt’s Muslim Brotherhood and Iran »,Te Washington Institute forNear East Policy, Policy
Watch,n°1476 ,12 février2009 ; Ely Karmon, » Sunni Hamas and Shiite Iran Form a Common
PoliticalTeology»,EuroatlanticQuarterly,Bratislava,23janvier2011.Va-t-elles’étendreauxautres
zones d’implantation des Frères Musulmans ? Certains dirigeants des Frères Musulmans égyptiens
ontémisdesmessagesexprimantsympathieetconvergencesavecA.KhameneïetM.Ahmadinejad:
«Muslim Brotherhood Hails Imam Khamenei’s Support of the Egyptian Revolution », Shia
News, 7 février2011 tandis que pareilles convergences sont soulignées en Iran :Jaber Ansari «Te
Muslim Brotherhood has embraced democracy», Iran Diplomacy, 9 février2011; mais d’autres
représentantsdumouvement ontdémenti touteanalogieentrela révolutioniranienneetla révolte
égyptienne,et dénié à celle-ci tout caractère islamique, mais afrmé son orientation populaire et
démocratique:«EgyptisnotIran»,AlAhramWeekly10-16février2011.Les Frèresontétéprispar
surprise par l’efondrement du président Moubarak et sont par ailleurs divisés faceau « printemps
arabe».
57 Fatiha Dazi-Heni, “Le Conseil de Coopération du Golfe: une coopération de sécurité et de
défenserenforcée?”,http://ceri–sciences-po.org, septembre 2011.
36militaire duBouclier de laDéfense, et dans la rencontre desministres des afaires
étrangèresdu11septembresuivant.Desvoixcommencentàsefaireentendreparmi
les experts des administrations iraniennes sur les risques que comportent pour la
Républiqueislamiqued’uneconcertationdespuissancesdelarégionexplicitement
dirigéecontreelle:laconférence prévueàRiyadaucoursdel’année 2012avecla
participation de la tur quie et de Catherine Ashton, commissaire européenne aux
afaires étrangères, sur l’organisation de la sécurité régionale dans le contexte du
printempsarabe,susceptibled’évoquerlaquestiondefrappesisraéliennes,susciteen
58Iranuneconsciencedel’urgencedereprendreunevéritablediplomatie«arabe » ,
notamment pardesconférencesinternationaleset régionales,celle-ciayantéchoué
jusqu’alorsàpersuaderlespaysarabesdesoutenir té héran.
en annonçantle10mai2011,àl’issuedusommetdeRiyad,qu’ilsaccueillaient
positivement la demande d’adhésion de la Jordanie, et en invitant le Maroc à
rejoindre l’organisation, les dirigeants du CCgl ui ont donné une orientation
nouvelledontilconvientdeprendrelamesure;il s’agitclairementderenforcer un
bloc sunnite anti–iranien et anti-chiite, de conforter les régimes des monarchies
arabes, et de créer une nouvelle organisation inter-arabe,comme le souligne
59H.Ravulkar. PierreRazoux, pour sa part, y voit un virageconsistantàdépasserle
doublebutinitialdeprotectioncollectivecontreunemenacemilitaireiranienneet
d’intégrationéconomique pour se transformeren«clubdemonarchiesarabes»
visant à « défendre par tous les moyens les huit régimes monarchiques ». Ceux-
ci, conscients des risque d’ébranlement lié à un séisme politique qui se poursuit
60( Khadaf, puis Assad) veulent à tout prix s’en prémunir . Mais à notre sens, la
dimension«repoussoir»dela«menaceiranienne»restefortementprégnante.Il
fautégalement voirdanslamutationduCCgl ’afrmationdelamarginalisationde
lali gueArabe,latentativedereprisedelaprééminencesaoudiennedanslemonde
arabe,écornée parlesépisodes syro-libanais,etcegrâceà unoutildontelleaurale
contrôle,malgrélesréservesobservéesauKoweïtetauQatar.
la survalorisation des tentatives de déstabilisation attribuées à l’Iran et de la
menace nucléaire iranienne conforte paradoxalement té héran dans son illusion
de position de force à l’échelle régionale, ce qui peut entraîner des risques de
dérapage.Cecontexte permetdecomprendre quele projetdecréationd’une zone
dénucléariséesubrégionale initiéen2005auniveaud’ungrouped’experts,etdont
61laConférenceadhocde 2012 devaitconstituerle socle, rencontredesobstacles
signifcatifsendépitdesdémarchespressantesdirigées tant versl’Iran queIsraëlde
58Amir Mousavi (conseillerauministèreiraniendeladéfense):“Tehran Should ActivateitsArab
Diplomacy”, Iran Diplomacy, 26novembre 2011.
59 H.Ravulkar,”AdditionofJordanandMoroccotoGulfCooperationCouncil-AnewSunniArab
AlignmentAgainstIran”, Memri Inquiry and Analysis,n°696, 15juin 2011.
60 PierreRazoux, “Bienvenueaunouveauclubdesmonarchiesarabes”,Le Figaro, 1erjuin 2011.
61DinaEsfandiary,Elkham Fakhro,Becca Wasser,«ObstaclesfortheGulfStates», Arms Control
Today, septembre 2011.
3762faire preuvedela transparenceattendue .la rencontre surce thèmeorganisée par
l’AIeA le 21novembre 2011, marquée par l’absence volontairede l’Iran, n’a pas
permisde rapprocherles pointsde vueisraéliensetarabes,invitésà tirer proftdes
autresexpériencesdezonesdénucléarisées,maislesimplefaitd’une telle rencontre
63a été jugé symboliquement positif . Il reste que le cœur d’une dénucléarisation
étantlaconfance,ladéfancegénéraliséerepoussed’autanttoutprogrès.Sité héran
et Israël s’engageaient dans la voie requise, le passifpesant sur la relation Iran/
CCg se trouveraitallégé maiscecine pourrait résoudreles malaises résultantdes
attentes contrariées des populations de cette région. Selon Alireza Nader (Rand
Corporation),lesdirigeantsiraniens voientdanslaconférencede 2012l’occasion
de réafrmer les « buts exclusivement pacifques » du programme nucléaire
iranien,etsurtoutd’exploiterlesdivisionsdumondearabe,etderecentrerledébat
verslaquestiondel’arsenalnucléaireisraélien,bonmoyen,àleursyeux,desaperles
64tentativesaméricainesdebloquerlesprogrèsduprogrammemilitairede té héran.
la seconde présidence Ahmadinejad a encore aggravé l’absence de vision
partagéeentreté héranetlespaysdugo lfesurun«destincommun»,uneidentité
régionale,uneairecommune,unesécuritépartagée.la méfanceréciproqueautant
65quelescraintesintérieuresontprévenul’émergencedecesaxesdeconstruction ,et
rigidifétantlesrégimesencause,ycomprisdansunedimensiondesurviederégime
quedenationalismeviscéral(danslecasdel’Iran)qu’afectéleursperceptions,leurs
66autismes. le printemps arabe n’a fait qu’exacerber cette méfance en alimentant
62 A l’occasion de la conférence“Te Gulfand the Globe” organisée par le GulfResearch Center
et l’Institute ofDiplomatic Studies, en début décembre 2011, le Prince Turki Al Faisal a fait
déclarer par le prince Saud Al-Kabeer, vice ministre saoudien des afaires étrangères , après une
condamnation répétée du refusde Téhéran de se conformeraux exigences de l’AIEA, que le refus
d’Israëld’adhérerauTraitédeNon-ProliférationNucléaire,estunobstaclemajeuràlapacifcation,la
stabilité, la sécurité du Moyen-Orient,Voir : « Come clean about nuclear program, GCC ofcials
tell Iran », Arab News, 6 décembre 2011 ; il en a profté pour présenter le CCG comme étant
devenu un véritable bloc doté d’une vision commune,et d’une capacité d’action, à la lumière de
l’opérationconduiteàBahrein, tandis qued’autresdirigeantsduCCG ont vanté commeexemple
le plan de sortie de crise du Yémen. Il a proposé que le Conseil atteigne un niveau d’intégration
militairebeaucoup plusélevé,et qu’ildépasselesdémarchesde sécuriténationale pour rentrerdans
une approche de sécurité collective ; voir : « Extending GCC’s Scope And Action », Arab News,
repris par Eurasia Review,9décembre 2011.
63 “MiddleEastnuke talks ‘positive’despiteIranboycott”, Reuters, 22novembre 2011.Cependant
les déclarations saoudiennes évoquant la possibilité d’une nucléarisation des pays du Golfe
confrment l’urgence de poursuivre des négociations, malgré le pessimisme ambiant, sous peine
de voir ces Etats refuserd’envisager de de rejoindre leTNP.Voir, T.Deen» Saudi Warning Could
Escalate NuclearArmsRace», IPS,9décembre 2011.
64 Alireza Nader, “Iran and a Nuclear-Weapon-Free Middle East”, Arms Control Today,Arms
Control Association, septembre 2011.
65MajidRouhiDehboneh,»NewApproachtoReasonsforDisintegrationofIranandPersianGulf
CooperationCouncil», European Journal ofSocial Sciences, vol 24n° 2(2011).
66 Berndt Kaussler, « GulfofMistrust: Iran and the GulfProtests »? Foreign Policy in Focus, 21
avril 2011.
38chez les monarchies sunnites le syndrome d’un complot iranien permanent qui
67dissimuleles véritablesdéséquilibres sociauxet politiques deces régimes,dontle
printempsarabeamisenlumièrel’urgentenécessitéde réformesen profondeuren
68dépitdesrésistancesetpesanteursmultiples.
DuGroupeaubilatéral:té héranetsesvoisins
L’ArabieSaoudite:cohabitationobligée(avecdesarrière-pensées)dedeux
concurrents
ga rdien des lieux Saints, chefdes croisés contre le « croissant chiite », des
arabes contre les perses, candidat leader régional, havre du radicalisme islamique,
concurrentauseindel’Opep,leRoyaumesaoudienn’enestpasmoinscondamnéà
cohabiteravec té hérandanslaméfance.Méfancecarle voisinchiiteesten pleine
crise existentielle, et poursuit une course au nucléaire militaire. Du coup, chacun
desdeuxchefsdefleessaiedemarquerdespointssursonconcurrent.
la crisede régime suivantlesélectionsdejuin 2009inquièteles saoudienscar
ils craignent qu’elle n’encourage té héran à une fuiteen avant sur l’ensemble des
dossiers.S’agissantdu nucléaire,la positiondeRiyadestclaire:ilfaut interdireà
té héran de se doter d’une bombe. lo giquement, Riyad s’associe à l’ensemble des
sanctions ofcielles, vote les résolutions de l’Onu, aide à convaincre les réticents
russesetchinoisavec quileRoyaumedéveloppe uneimpressionnantecoopération
économique et militaire. Mais Riyad appuie tout autant les pressions unilatérales
américainescontrelesentitésquicommercenta vecl’Iranetyinvestissent.le volume
d’échanges commerciaux arabo-iraniens étant minime, le Royaume ne perd pas
grand-chose.Bien plus,celui-ciconquiertdes partsdemarchéen vendantdubrut
légerdemeilleurequalitéquesonhomologueiranien(dontlepétroleest chargéde
soufre,coûteuxàrafner)endirectiondelaChine,gourmandeenénergie.
l’Arab ieSaouditecultivela suspicionàl’endroitde té hérandepuislongtemps.
Qu’il s’agisse de la « menace chiite », l’alibi de la dénonciation d’infuences
étrangèresl’impacten restelimité.Parexemple,l’attentatdes toursdeKhobarfut
69longtempsattribué parles saoudiensàdesagentsdesga rdiensdelaRévolution ;
insistersurcesaspectsconduitànégligerunressortfondamentaldelacompétition
70entreRiyadet té héran: une rivalitédansle statutde pôle régional .C’estce qui
67LesEtatsMembresduCCGdoiventafronterdesdéfsexistentiels révélés par unecombinaison
de crises économiques, sociales et politiques dans une perspective de reconversion de l’économie
post- pétrolière pour certains d’entre eux. Voir : Kristian Coates Ulrichsen « Approaching a Post-
OilEra», Russia in Global Afairs, 24 septembre 2011.
68 Sultan Sooud Al Qassemi, « Arab Monarchies: Surviving the Revolts », Alakhbar English,3
novembre 2011.
69 Des enquêtes ultérieures incriminent plutôt al Qaïda ; Voir Gareth Porter, «Freeh Became
‘DefenceLawyerforSaudis onKhobar’», Interpress Service, 26juin 2010.
70 Voir l’excellente étude de Frederic Wehrey, Teodore W.Karasik, Alireza Nader, Jeremy Ghez,
Lydia Hansell, Robert A .Gufery, « Saudi-Iranian Relations since the Fall ofSaddam », Santa
39guide les deux puissances à tenter de capter et d’étendre ce statut sur plusieurs
scènes et échiquiers : le go lfe, le confit israélo palestinien, le li ban, la péninsule
71arabique (Yéme n ), l’Irak, et même l’Afghanistan. On mesure bien que c’est cet
enjeu qui est en cause quand on voit l’intervention d’autres acteurs qui veulent
aussi étendre leurs marches : tur quie ( dont l’ambition commence à susciter
des griefs de néo-ottomanisme dans le monde arabe) ; mais aussi la Russie dont
V.Poutine veut restaurer l’infuence sur l’ancien empire où Moscou rencontreles
héritiersdel’empireperse.Cequinefacilitepaslacompréhensiondecesrelations
est l’usage des médias que font les deux protagonistes pour présenter une image
Monica, Rand Corporation, 2009.
71L’Iran est étranger à la rébellion au Yémen, malgré les traces de présence d’armes iraniennes.En
réalité,cepaysreprésenteunenjeupourl’ArabieSaouditefaceauxmenacesdedéstabilisationémanant
d’AlQaïda.Enofrantses«bons-ofces « pourlasolutionduconfitintérieuryéménite,l’Iranafche
sonintérêt pourla zone,et se placefatalementenconcurrenceavecles saoudiens.Ceci surfondde
dénonciations « d’ingérences iraniennes » alimentées à la foispar les milieux gouvernementaux de
Sanaa, de Riyad, et à Washington ;voir : Mshari Al-Zaydi « Iranian Designs in Southern Arabia »,
Asharq Al-Awsat,8 novembre 2009, et « Saudi-Iranian frictionover Houthis,Haj », 8 novembre
2009, http://xrdarabia.org/2009/11/08/saudi-iranian-friction-over-houthis-haj/. Or ce foyer de
tensions trouve sa source dans le sort réservé aux tribus Houthies. En revanche, l’implantation
d’al Qaïda -dont l’hostilité à l’Iran chiite ne se dément pas (voir : «Qaeda warns of‘Christian-
Shiite’ alliance », AFP, 30 janvier 2011) - au Yémen, pose un vrai déf sécuritaire ; c’est le contexte
nucléarisédelapostureiraniennequialimentetouteslessuspicionsetcachelavraiedimensiondela
concurrencerégionale.Voir,ScottPeterson,« DoesIranplayroleinYemenconfict?”TeChristian
ScienceMonitor, 11novembre 2009;«Profle:alHouthiMovement,»CriticalTreats,American
EnterpriseInstitute, 28janvier 2010 ;MazenMahdi,« UnsettledRegionSpawnsDefenseSurge»,
DefenseNews, 8 novembre 2010 . Le confit yéménite n’est pas une « guerre par procuration
« entre Riyad et Téhéran, mais les deux rivaux s’y sont impliqués pour des raisons diférentes ;
voir Talal Atrissi «Te Yemeni Crisis in the Context ofRegional Security », International Peace
Studies Centre, 2 juillet 2010. Les manifestationsde février et mars 2011 demandant le départ
du président Saleh sont le seul refet du mécontentement interne ( une crise sociale,économique,
politique )galvanisé parl’exempleégyptien, quiaconduità unlâchagedu pouvoir par ses soutiens
tribaux,et une partimportantedelahiérarchiemilitaire.L’Arabie saouditeestcontraintede tenter
de chercher des ‘transitions en douceur’. Voir : « Saudis prepare to abandon Yemen », Financial
Times, 22mars 2011 ;« Head ofYemen’s top tribe tells president togo», Associated Press, 24mars
2011,Un processus qui ne doit rien à l’Iran mais qui est une source de satisfactionpour Téhéran
qui voit le « camp adverse » fragiliséet se borne à protester contre l’usage de la force contre les
manifestantset les « ingérences étrangères » (= saoudiennes) ; « Iran slams Yemen crackdown on
civilians », PressTV,19 mars 2011. L’Arabie Saoudite ,qui a abrité le président Saleh blessé, et
facilitéson retour au Yémen le 23 septembre, s’est employée à la foisà organiser une transition
« en douceur » dans le cadre d’un plan concocté au sein du CCG mais n’hésite pas à envoyer des
blindés soutenirle régime ; voir:«RiyadDispatchesMilitaryAids toSanaa», FNA, 17 septembre
2011 ; « Le président yéménite ‘pour une transition pacifque’, Le Monde, 23 septembre 2011.
FinalementleprésidentSalehparaphele23novembreàRiyadunaccorddetransfertdupouvoirau
vice-présidentAbedRabdoMansourHadien présenceduRoiAbdallah,ce quine satisfaitpasceux
qui réclamaient un vrai changement de régime : « Le président du Yémen signe son bon de sortie
du pouvoir», Le Figaro, 24novembre 2011.Cetépisodemontreà quel pointl’Iran pèse peu surle
processus qui opposelesinsurgésauclan présidentiel.
40déformée de leur propre position et de la stature de l’autre. la manipulation de
la division (ftna) sunnite/chiite instrumentalisée au service d’un calendrier
72d’ambitions politiques . Sous le Chah, pendant la guerre froide, puis le premier
boompétrolier,lesrelationsrestentcordiales,àl’ombredeWashington.la chutede
SaddamHusseinfaitcraindrel’émergenced’ungrospôlechiite,maisaussipétrolier
concurrentdeRiyadau seindel’Opep,capabledecréer uncontre pouvoirdansle
royaumedeshydrocarbures.le thèmedes«interférencesiraniennes»estreprisad
73nauseam par Riyad, à l’occasion des rébellions yéménites (auquel répondent les
dénonciations iraniennesdel’interventionnisme saoudienà travers sesopérations
militaires spectaculaires), tandis que la presse iranienne célèbre à l’envi les
«sacrifcesdemartyrs»danslatraditiond’AlietdeHossein,etlecombatsansfn
contrele«complotaméricano-sioniste»demême,desincidentsoutensionssont
périodiquement soulevésentrelesdeuxpayslorsdespèlerinagesdelaMecque.le s
responsables saoudiensadjurent régulièrementlesdirigeantsarabesde s’unir pour
avoir une « attitude commune » pour traiter ensemble de la sécurité régionale,
touten pressantnonmoinsrégulièrementWashingtond’accélérertoutcequipeut
permettred’éviterque té héranneparvienneàsedoterdelabombeatomique.
Ce climat anxiogène crée une fébrilité chez la République islamique qui tente de
diminuerlanervositéde son voisinàl’occasionde rencontresbilatéraleset surtout
deledissuaderd’unir sesmoyensàceuxde touteforce quilancerait uneopération
contresesinstallationsnucléaires.
Cela étant, si les saoudiens s’inquiètent vivement du programme nucléaire
iranien,leursdéclarationspubliquesafchaientdansunpassérécentunevigoureuse
hostilité à toute intervention militaire contre l’Iran. le chaos qui en découlerait
dans un premier temps (période de troubles sur la zone, en particulier dans le
74détroit d’Hormuz ), ferait grimper les cours du baril au-delà de 200 dollars, ce
qui fragiliserait une économie mondiale vulnérable, même si dans un second
temps,pourraitparadoxalementaugmenterlesrecettesduRoyaume,seloncertains
analystes, qui profterait de la situation pour augmenter en sa faveur un rapport
de force à l’égard de l’Amérique. De plus, la Chine et la Russie pourraient être
75tentées de faire bloc pour écarter Washington du Moyen-Orient. Mais il y a
72 Anne Hagood :”Saudi Arabia and Iran: Te Tale ofTwoMedia”, American University, Cairo,
Arab Media and Society,n°10,printemps 2010.
73 “SaudiArabia-IranRelations”, Iran Tracker, 20juillet 2010.
74 Voir:Endehorsd’unefambéedescoursdubaril, une riposteiranienne pardes tirsdemissiles
sur les installations pétrolières saoudiennes aurait, selon des analyses récentes,un impact limité en
raison de la difculté de parvenir à leur destruction massive par ailleurs compensée par les stocks
stratégiques existent dans le monde .Voir, Itzkowitz Shifrinson,Joshua R.and Miranda Priebe, « A
Crude Treat : Te Limits ofan Iranian Missile Campaign against Saudi Arabian Oil », MIT,
International Security vol 36,n°1,Hiver 2011.
75 Jean-François Seznec, «Why Saudi Arabia Does Not Support a Strike on Iran», Race forIran
Blog,8mars 2010.
41d’autresraisonsquimilitentenfaveurdecetteréticence.le sgouvernantsdugo lfe
saventmieux qu’ils s’exposentàce quela population soitindignée parce qui sera
invariablementprésentécomme«complotaméricano-sioniste»parlesprêcheurs
islamistes, les chaînes de télévision comme Al Jazeera, al Manahr, les réseaux
internet. «la toile»risquederésonnerd’appelsauJihadcontrelesimpiesetleurs
complices.le siraniensnemanquerontpasdedénoncerlesalliésdes«sionistes»,
à l’instar de M.Ahmadinejad lors de son discours de la Mecque en 2005.Il est
donc logique que le Royaume milite pour que des sanctions dissuadent l’Iran de
poursuivre son programme militaire nucléaire, ce qui a le mérite de le prémunir
d’une attaque, et aussi de rendre inutile la nucléarisation du Moyen-Orient. le s
condamnations prononcées contre l’Iran sont considérées par Riyad comme une
76défaitediplomatiquedecedernieretpréludeàl’afaissementdurégime.
Au demeurant, le fait que l’Iran ait en permanence défé la communauté
internationalesuscitedesmouvementsd’humeurdansleRoyaume.C’estainsiqu’il
faut interpréter les propos qu’aurait tenu le Roi Abdallah au ministre français de
laDéfense, rapportés parge orgesMalbrunot,«Il yadeux paysaumonde quine
77méritent pas d’exister : Iran et Israël » . Il apparaît clairement que le Souverain
entend quedes pressions vigoureuses soient exercées par voiede sanctionscontre
78l’Iran, et contre Israël pour soutenir l’initiative de paix arabe de 2002 . Riyad
réafrme aussi son souhait d’intégrer Israël dans la dénucléarisation du Moyen-
79Orient . le s propos extrêmement vigoureux prêtés par Wikil eaks au Roi Fahd
(exhortant Washingtonà«couperla têtedu serpent»,enlançantdesfrappes sur
lesinstallationsnucléairesiraniennes)ont surprislesobservateurs qui supposaient
Riyad très réservé sur une telle intervention. Cette position refète un véritable
syndrome des dirigeants saoudiens quant aux appétits prêtés à té héran, dont la
dimension chiite interne n’est pas absente. elle révèle en efetaussi leur embarras
faceauxtroublesdelaminoritéchiiteduroyaume,dontlemécontentementtrouve
76 R.Green, «Saudi Press: Iran’s Diplomacy Has Failed», Memri Inquiry and Analysis, n°619, 28
Juin 2010.
er77 “Iran FM Dismisses King Abdullah’s comments about Iran,” RadioZamaneh, 1juillet 2010.
On rapprochera cette déclaration d’un écho (démenti ultérieurement) attribuant en juillet 2009 à
un responsable du Mossad l’indication que l’Arabie Saoudite fermeraitles yeux en cas de survol
de son territoire par des avions israéliens en mission d’attaque de sites nucléaires iraniens ; »Saudi
give nod to Israeli raid on Iran », TimesOnline ( the SundayTimes), 5 juillet 2009. « Saudi Arabia
deniesfightdealagainstIran»,GulfNews, 12juin 2010;enfnjuin 2010,des rapportsfontétatde
livraisons d’importantes quantités d’armes par des hélicoptères israéliens sur une base saoudienne,
ce qui relance les spéculations sur une prochaine attaque contre les installations nucléaires
iraniennes ;«IsIsraelarminginSaudiArabia ?», Te Jerusalem Post, 2août 2010.
78 “Obama,SaudiKingAbdullah UrgeIranOver Nuclear Program”, RFE/R, 30juin 2010.
79 Comme plusieurs pays de la région, l’Arabie Saoudite afche des ambitions nucléaires à la
foispour préserver ses ressources, mais aussi pour s’aligner sur le mouvement général favorisant
l’usagecivilde l’atome:M.Hibbs,« SaudiArabia’s NuclearAmbitions», Carnegie Endowment For
International Peace, 20juillet 2010.
4280sonoriginedanslesbrimadesetinjusticesdontelleestl’objet .le printempsarabe
81n’a pas épargné le Royaume mais Riyad a réussi à en contenir les efets. Si des
manifestationschiitessont promptementrépriméesetdénoncéescomme«actions
82de l’étranger », fruit de complots ourdis par té héran , elles ne permettent pas
d’ignorer les pétitions organisées par des activistes sunnites, les uns libéraux
réclamant des réformes, d’autres inspirées par des islamistes. Comme le note
Stéphanelac roix,on voitapparaîtreàcetteoccasion unenouvellegénération sans
attache avec des leaders religieux ou tribaux, » agrément déconnectée des vieilles
querelles idéologiques », et qui se mobilise via les réseaux sociaux. Face à cela, le
pouvoirréagitd’uneparten«sectarisant»lemouvementaccuséden’êtrequ’une
sédition organisée par l’Irandiabolisé et en réprimant durement les chiites ; mais
aussiendéversant plusieursmilliardsdedollarsenaideset subsides,dont une part
est attribuée à des organisations religieuses. S. lac roix note fort justement qu’en
« présentant l’agitation en cours comme une manœu vre confessionnelle, le but
83estausside prévenir touteconvergenceenmécontentements sunniteetchiite » .
ContrairementàBahrein,oùtouteslestranchesd’âgesesontmisesenmouvement,
cesontdesgroupesdejeunesquimanifestentenArabieSaoudite,oùles«anciens»
80 Voir Joshua Teitelbaum, «Sunni vs. Shiite in Saudi Arabia », Jerusalem Issue Brief,vol.10 n°23,
16 janvier 2011, et du même auteur : « Te Shiites ofSaudi Arabia », Current Trends in Islamist
Ideolog y, vol 10(2010).
81Enfait,le royaume tentedelimiterlesefets du printempsarabeenagissant sur plusieursfronts
simultanés : à l’intérieur en distribuant une impressionnante manne fnancière tout en étranglant
les chiites, à l’extérieur en organisant un front (sunnite) anti iranien, en particulier via le contrôle
duCCG,eten s’employantàneutraliserledangereuxfoyerdecontestationchiitedeBahrein.Voir:
Joshua Teitelbaum, « Saudi Arabia facesa Changing Middle East » MERIA Journal, vol.15, n°3,
septembre2011.LanominationduPrinceNaief,commesuccesseur(considérécomme un« dur»
trèsconservateur)du princeSultanbenAbdal-Aziz,Ministredeladéfenseetdel’aviation, permet
de croire que la ligne de fermetéà l’égard de l’Iran ne peut que se renforcer : Joshua Teitelbaum,
«SaudiSuccessionandStability», Besa Perspective Papers,n°153, 1ernovembre 2011.
82Hasanal-Safar,unhautdignitaireduclergéchiitesaoudien,déclaraiten2006,deretourd’exil,sur
le site arabe Elaph basé à Londres que les chiites du Royaume n’ont aucune allégeance politique
avecTéhéranet qu’ilconvenaitdene pasconfondredes relations religieusesaveccelle-ci:»Former
Saudi«dissident»clericdeniesShi’iallegiancetoIran»,Elaph,trad.BBCWorldwideMonitoring,
4 mai 2006. Ceci ne doit pas laisser ignorer les tentatives d’infuence iraniennes sur des religieux
chiites saoudiens ultras.Voir : « Te History ofHizbullah Al-Hijaz, Arabia Today, 9 mai 2011.
Ce mouvement,mis en cause dans l’attentat de Khobar en 1996, où l’implication de l’Iran et du
Hezbollahlibanaisaétéévoquée sans preuveconvaincante,a privilégié l’optiondela violence,mais
n’ajamaisgagné uneaudience signifcativedanslacommunautéchiite.Bien plus,l’Iran n’ajamais
réussi à asseoir son contrôle sur lui. Les manifestationsde novembre 2011 à Qatif, réprimées dans
le sang, ont été présentées comme le faitde « criminels manipulés de l’étranger », par un pouvoir
prompts à montrer ces chiites comme ‘diférents’ si ce n’est comme ‘étrangers‘, au milieu d’un
silence complaisant des médias arabes : « Foreign hand seen in Qatifunrest : Saudi Arabia», Arab
News,25novembre2011; Hayderal-Khoeï,« DeadlyshootingsinSaudiArabia,butArabmedia
look the other way», Te Guardian, 28novembre 2011.
83 Stéphane Lacroix, « L’Arabie Saoudite au déf du printemps arabe », http://ceri-sciences-po.
org,septembre 2011.
43lancaientd’habitudedesappelsaucalmeetinvitaientles«juniors« àla retenue.
Des voix commencent à s’élever dans la communauté des experts saoudiens pour
soulignerl’urgencederedonnerauxchiitesleurvraieplacedecitoyenàpartentière
84souspeined’enfairedescartespolitiquespourl’Iran.
la peurdetentativesdedéstabilisationinterneparsaminoritéchiiteadoncété
85undesmoteursdel’interventionmilitaire saoudiennele 14mars 2011àBahrei n
où les troupes de Riyad ,sous couvert d’une mission du Conseil de Coopération
86 87du go lf e , ont réprimé sans ménagement la contestation des mouvements
chiites qui réclament plus de démocratie, le respect de leurs droits, des réformes
institutionnelles. en afchant spectaculairement sa force, pour éteindre ce
88qu’il croit être le début de la création d’un pouvoir chiite à sa frontière , et qui
plus est soupçonné d’être aux ordres de té héran, le souverain saoudien montre
paradoxalement sa faiblesse, et signe aussi un acte de défance majeur à l’endroit
89 90de l’Iran , qui, sans surprise, a violemment protesté contre l’interférence des
pays du CCge t la présence de « troupes étrangères » de nature à compliquer
91davantage une situation déjà dangereuse. en « organisant » des manifestations
« spontanées « contre l’ambassade du royaume à té héran et contre le consulat
84 “Riyad urged toembraceShiites tokeep outIran”, KuwaitTimes, 27novembre 2011.
85 “SaudiKing’sConcernforBahrein”, Icana News Agency, 23mars 2011.
86 “GCCmoves tohelpBahrein”,AFP 15mars 2011. L’appuiduQatar,habituellementdéfantà
l’égarddeRiyad,indiqueuninféchissementdesapolitiqueetlaconfrmationd’unrapprochement
entre les deux monarchies ; voir : Sultan Sooud Al- Qassemi, « How Saudi Arabia and Qatar
Became FriendsAgain», Middle East Channel, 21juillet 2011.
87 LeGénéralMutlaqbinSalimal-Azima,commandantdelaforcemultilatérale,avigoureusement
démentiles«mensongesdesmédias» qui prétendent quecelle-ciamaltraitéles protestataires.Plus
intéressant, il a indiqué que non seulement ses postes de commandements resteraient à Bahrein,
mais quel’ouverturede semblables structuresétaitàl’étudedansd’autres pays:« PeninsulaShield
Forces sue satellite TVchannels formarketing lies,allegations.General Al-Azima », Al-Sharq Al-
Awsat, (éditionenligne), 29 septembre 2011.
88 L’intervention saoudienne a communautarisé (dimension chiite) la contestation bahreinie qui
en faitrassemble aussi des segments sunnites de la population, avec le risque de cristallisation de
l’antagonisme sunnite-chiite dans la région, dénoncé par le premier ministre irakien N.Maliki »
Maliki warns ofrisksinBahrein», AFP,27mars 2011.
89 George Friedman,” Bahrein and the Battle Between Iran and Saudi Arabia”, Stratfor,8 mars
2011; Shayan Ghajar, “Saudi Intervention in Bahrein Provokes Iran”,inside RAN.org, 14 mars
2011.
90«IranCondemnsSaudi’Invasion», insideIRAN .org, 15mars 2011.
91 L’Iran réplique ainsi aux habituelles accusations de Riyad de manipulation des chiites locaux.
Ces derniers ont évidemment des contacts avec la République islamique, notamment via les
formationsque les religieux suivent en Iran, qui n’a jamais été cependant en mesure d’exercer une
infuence décisive sur leurs priorités politiques. L’action militaire saoudienne risque a contrario de
la susciter : «Saudi intervention in Bahrein increases Gulfinstability », Deutsche Welle, 16 mars
2011, Voir aussi : « Interests ofSaudi Arabia and Iran,Collide,With the Us in Te Middle », Te
New York Times, 17 mars 2011;”Saudi –Iranian Competition in Bahrein Feared”, VOA news, 18
mars 2011.Voiraussi:RachelBronson,”SaudiArabia’sinterventioninBahrein:AnecessaryEvil or
aStrategicBlunder ? Foreign Policy Research Institute E-Note,mars 2011.
44saoudien à Mashad, les dirigeants iraniens exposent aussi la modestie de leurs
92moyens de rétorsion. S’inquiétant du caractère dangereusement impré visible de
cesdéveloppements,la tur quie, qui s’emploieàaccroître soninfuence,appelleles
93deux partiesàla retenue. le langagemartialdu prince tur kibin Faisalest perçu
94pardesanalystesiranienscomme unevéritable«guerrefroide«contre té héran .
Comme le note Kayhan Barzegar, l’Iran comme l’Arabie Saoudite sont enfait en
quête de stabilité régionale, mais les deux pays n’ont pas la même vision de son
95contenunidesmoyensd’yparvenir.
Si les débats sur la politique étrangère du royaume sont plutôt rares dans les
médias saoudiens, y compris sur les éventuelles options nucléaires du pays, on
commence à assister, selon greg ory gaus e, à l’émergence d’interrogations chez
desécrivainsetintellectuels(formésauxÉtats-Unis)surlebien-fondédelarelative
passivitédesdirigeantsdu paysfaceauxambitionsiraniennesen Irak, sefélicitant
aucontrairedel’interventionnismemusclédeRiyadau Yémencontredesinsurgés
Houthis suspectés pareuxd’êtrealliésde té héran.Cescourants«nationalistes»
plutôt que « néo- conservateurs », d’après gaus e, se préoccupent moins de la
dimension nucléaire du « problème iranien » que des ambitions régionales de
96l’Iran, se plaçant sur un terrain plus politique que militaire . Du côté iranien, la
publication des déclarations privées saoudiennes a été ofcielleme nt minimisée,
qualiféedemanœuvresd’intoxicationoccidentales,d’autantquelechargéd’afaires
duRoyaumeàté héranadémentices«informations»,protestantdel’amitiéirano-
saoudienne. Malgré tout, des commentaires d’analystes indépendants iraniens ou
del’opposition voientdansces révélationsl’échecdela politique présidentiellede
97rapprochementde l’Iranavec ses voisins,en particulierRiyad. Cettenervosité se
perçoit symboliquement dans le réveil régulier des querelles sur la dénomination
dugo lfePersique (appelé parfoisgo lfeArabedanslesmonarchies)oule refusde
l’ArabieSaouditeetde plusieurs paysarabesde participerauxJeuxdelaSolidarité
Islamique en avril 2010, qui furent annulés, du fait du refus iranien de retirer
98«go lfePersique»desmédaillesetautressupports .
92 “GCCChiefblastsIranianattacks onSaudiembassy”, Asharq Al-Awsat, 21mars 2011.
93 “‘Coolit’, Turkey tellsIranandSaudiArabia”, Hürriyet Daily News, 16mars 2011.
94 Ebrahim Mottaqi, “Te Cold War between Iran and Saudi Arabia”, ISPC, trad. Iran Review,
25juin 2011 ;KayhanBarzegar (interview), “Iran–SaudiRelations:TimeforActiveDiplomacy”,
Iran Review, 11juillet 2011.
95 KayhanBarzegar, op.cit.
96 F. Gregory Gause III, “What Saudis really think about Iran”, Te Middle East Channel, 6 mai
2010.
97 “Tehran Downplays Arab-Wiki-dness” Mianeh, 9 décembre 2010. Certains experts iraniens
plaident, en dépit d’un contexte défavorable, pour un réchaufement des relations bilatérales :
Hossein Sadeghi & Hassan Ahmadian, « Iran-Saudi Relations : Past Pattern, Future Outlook »,
Iranian Review ofForeign Afairs, vol 1,n°4,hiver 2011.
98 “Arab-IranianDivisionsDeepen”,Mianeh, 26novembre 2010.Lamarineaméricainea reçude
violentes protestationsiraniennesaprèsavoirchangéladénomination«GolfePersique»en«Golfe
45S’inquiétantaussiduretraitprogrammédesforcesaméricainesd’Irak,constatant
99par ailleurs la perted’infuence égyptienne ,mais aussil’incapacitéaméricaine
àcontraindreIsraëlàconclure u ne paix équitable avec unÉtatpalestinien, ce qui
supposel’arrêt des colonisations juives,l’Arabie Saouditeyvoitune posturede
100faiblessedeWashington qu’elle considèrecomme fort dangereuse ,d’autantplus
101quel’Amérique se soucie fort d’unautre ‘serpent’:le terrorisme islamique quele
Royaumealongtempsnourrienabritantforceprêcheursquiontenvo yéleursdisciples
militantsdanstoutleMoyen-Orie nt,grâceàsesgénéreuxfnancementssaoudiens.
la révélation, le 11 octobre 2011 par la Justice américaine, d’un « complot
«iranienvisantàassassinerAdelAl-Jubeir,l’ambassadeursaoudienàWashington,
a suscité des réactions enfammées qui ont suscité un pic de tension tant entre
Riyadet té héran qu’entrel’Amériqueetl’Iran. UndénomméMansourArbabsiar
(possédant la double nationalité américaine–iranienne) aurait fomenté ce projet
avec un membre du cartel mexicain de la drogue, ainsi que gho lam Shakuri
considéré comme membre de la Force Qods, et ceci, selon des documents du
Départementdu trésor, àlademandede son supérieur,legénéralRezaShahlai.le
«complicemexicain» se seraitavéré unindicateurdelaDeA,l’AgenceFédérale
américainedeluttecontreladrogue.Cetteopérationlaisseperplexesdenombreux
spécialistes qui ne reconnaissent pas dans cette calamiteuse tentative le « modus
102operandi » de Qods , ordinairement qualifée de plus de professionnalisme.
le s multiples indices y compris les circuits bancaires, laissés par les imprudents
« piedsnickelés» révèlent ungrandamateurisme.Solliciterleconcoursducartel
mexicaindeladrogue (parailleursinfestéd’indicateurs)estàlafoisinsensé,mais
103en plusnecorrespond pasautypedesflièresiraniennesenAmériquela tine .la
Arabe»:MehrangisKar,«Te PersianGulf», Rooz Online, 13décembre 2010.
99 Déclin souligné par sesconcurrents:N.Mozes,” SyrianDailyChallengesEgypt’s StatusinArab
World”, Memri Inquiry and Analysis,n°591, 24février2010.
100 Comme en témoigne la position publiée par NawafObaid qui ,tout en réafrmant les liens
bilatérauxentreRiyadet Washington, n’hésite pasàafrmer queleRoyaumene peut s’en remettre
àautruiquandiljugesasécuritémenacée,commecefutlecasàBahreindontlesoulèvementchiite
menaçait le régime,alors que l’Amérique regardait avec sympathie et passivité le printemps arabe,
etles tentativesd’ingérencesiraniennes,deux syndrômesinacceptables:«Amid theArabSpring,a
U.S.-Saudi split», Te Washington Post, 16mai 2011.
101ChanAkya, “Te value ofanuclearIran”, AsiaTimes On line, 18décembre 2010.
102 Qods, lorsqu’elle opère, agit habituellement via des intermédiaires ou organisations alliées
avec qui elle entretient des relations établies de longue date, comme au Moyen-Orient : Afshon
Ostovar, » Worst.Plot.ever. », Foreign Policy, 13 octobre 2011.Voir aussi : Scott Peterson, « Why
Iranassassination plotdoesn’tadd upforIranexperts»,TeChristianScienceMonitor,12 octobre
2011;RoberTait,« IranAssassinationPlotRaisesQuestions»RFE/RL,12octobre2011;Barbara
Slavin, » U.S. Alleged Assassination Plot Suspicious,Experts Say », IPS,12 octobre 2011 ; Hossein
Arian, « Iran’s Assassination Plot in US Doesn’t Add Up –Analysis », Eurasia Review, 13 octobre
2011.
103 L’implication du cartel de la drogue mexicain renforce les thèses de ceux qui brandissent les
menaces de l’implantation factieusede l’Iran en Amérique Latine : Charles Davis, “Alleged Plot
46cible visée n’estguèrelogique:aumomentoùles tensionsentre té héranetRiyad
s’attisent dangereusement, susciter un « casusbelli » est-il rentable ? Au surplus,
l’intérêtde l’éliminationde l’ambassadeur, qui n’est pas undirigeantde son pays,
estnul.la réactiondecettemonarchieaété– sans surprise- virulente,assortiede
104menacescontrel’Iran. enfn,immanquablement,cetteaventureacontraintBarak
Obama, dont les relations avec le royaume, sont fraîches, notamment à cause du
véto américain à la reconnaissance de l’État Palestinien au Conseil deSécurité de
105l’ONU,àafcherbruyammentladéfensedu royaume , préparerimmédiatement
des sanctions contre les iraniens, inviter la communauté internationale à faire de
106même et à durcir les relations avec l’État terroriste». la question a été portée
107au Conseil de Sécurité , pour examen des documents des diférentes parties et
108 109l’Iran a fermement démenti toute implication de façon un peu provoquante
110en prétendantêtrecapable d’assassinerleRoi sibesoinétait. l’orig ine véritable
WeakensClaims ofIran ‘s SwayinLatinAmerica”, IPS, 17 octobre 2011.
104«Saudis sayIranmust ‘pay the price’foralleged plotasUS resists retaliation»,TeGuardian,
12octobre2011.Lesmoyensderipostesaoudienssontassezlimités:Onévoquelapossibilitépour
RiyaddesaturerlemarchéenpétrolepourruinerTéhéran,la réductiondes relationsdiplomatiques
bilatérales,le royaumeinvitantlesmembresduCCGàfairedemême (hypothèses peu probables) ;
Hossein Aryan, » How Might Saudi Arabia Retaliate Against Iran forAlleged Plot ? », RFE /RL,
24 octobre 2011.En proposantàl’Indede se substitueràl’Iran pour sesfournituresde pétrole,les
saoudiens pensaient-ils peser sur Téhéran, comme le supposent certains ? « Te Saudi Use Oil to
Punish the Iranians », Bloomberg, 4 août 2011 ;ce n’est pas certain, comme on le voit à travers les
nouvelles convergences d’intérêt entre Riyad et Téhéran sur le maintien des cours du baril autour
et si possible au-dessus de $100 : « Saudi opposition to Iran fadeson $ 100 oil goal », Bloomberg,
30 octobre 2011.
105GeorgesMalbrunot,« WashingtonavertitTéhéranqu’ildevra rendredescomptes»,LeFigaro,
14 octobre 2011
106 La France et le Canada ont afché leur soutien à Washington, Paris appelle au renforcement
des sanctions, et Ottawa a décidé de geler les avoirs des cinq iraniens impliqués dans le complot :
Mansour Ababsiar,son complice Gholam Shakouri, et les ofciers d’Qods Ghassem Soleymani,
Hamed Abdollahi et Alireza Shahlayi : « France and Canada back U.S. allegations against Iran »,
RadioZamaneh, 19 octobre 2011. La Turquie a afché une certaine circonspection quant aux
accusationsformuléescontreTéhéran,voulantpréserversesrapportsavecsonvoisin:« TurkeyCasts
doubt on alleged Iran Plot » Reuters, 21 octobre 2011 ; sans doute aussi, Ankara ne souhaite pas
«faireuncadeau»àRiyad.
107 «Allegations ofassassination plot referred to SecurityCouncil», Radio Zamaneh, 18 octobre
2011.
108 “Iran rejects US allegations ofSaudi envoy plot”, Arab News, 12 octobre 2011; les médias
ofciels accusent Washington de vouloir créer un front régional anti-iranien et de creuser un fossé
entreRiyadetTéhéran:GolnazEsfandiari,«TeAlleged MurderPlotViewed FromTehran», RFE
/RL, 13 octobre 2011.
109 AliKhameneiestalléjusqu’à prétendre quel’accusationdecomplotétaitdestinéeàdétourner
l’attention de l’opinion publique des manifestations du mouvement de mécontentement
«Occupons Wall Street», Iran casts assassination plot to distract from ‘Occupy Wall Sreet’, op.cit.,
11 octobre 2011.
110ArashMotamed,«WeCanAssassinateEvenKingAbdullah»,RoozOn Line, 17 octobre 2011.
47111de cette étrange afaire divise la communauté des analystes , les scénarios les
plus contradictoires (si ce n’est fantaisistes) circulent. On rencontre d’un côté
les partisans convaincus (bien au-delà des néo conservateurs, mais aussi parmi
des démocrates proches des lobbys juifs), de la responsabilité du régime iranien
qui aurait voulu ainsi « punir » simultanément l’Arabie Saoudite et l’Amérique.
Qods étant le « bras armé » des opérations spéciales iraniennes, serait l’artisan
112toutdésigné pour une telle tâche ,doncavecl’avalobligatoiredeAliKhameneï.
Ceci d’autant qu’un précédent assassinat (Ali Akbar ta batabai) avait déjà été
perpétré en juillet 1980 à Washington par l’afro-américain David Bellafeld,
(connu sous le nom de aka Dawud Saluhuddin), un agent pasdaran, qui s’est
enfuien Iran. Si une telle hypothèse s’avérait exacte, elle constituerait une erreur
de jugement monumentale : en choisissant de défer frontalement l’Amérique, le
113régime tenterait de détourner l’attention de sa scène intérieure . A l’opposé, se
situent ceux qui voient dans cet épisode une manipulation israélienne, et/ou du
114MKO (Moudjahidines du Peuple) . l’État hébreu discréditerait té héran dont
il conforterait l’image d’une puissance menaçante prête à tout, justifant par là
une position dure sur le dossier nucléaire (comment faire confance à un « État
115terroriste » ?) et faisant oublier l’intransigeance israélienne sur la Palestine. le
MKO,lui,puniraitl’ingrateAmériquequil’abandonneàsonfunestesortdefutur
expulsé d’Irak alors que le mouvement est un actifagent de renseignement sur le
terrain iranien. Ces deux premiers scénarios ne sont pas très convaincants. Nous
avonsproposé,commed’autres, unegrilledelecturediférente:onnepeutexclure
que ce pitoyable « complot » soit l’œuvre de seconds couteaux, voire de sous-
traitants,liésàunquelconqueserviceiranien,etquiauraientagisansinstructionsni
116avalduguide . le faitqueletrésor aitannoncédessanctionscontrelacompagnie
aérienneMahanAirlines,accuséedetransporter aussibiendespasdarans,desarmes,
pour toutes sortes d’activités y compris « commerciales » certaines destinées au
Hezbollah,laisseapparaître uneimplication possibledemultiplesacteurs,dontle
groupe libanais, sans que l’on sache si des décideurs gouvernementaux y ont pris
111 Gareth Porter “Debunking theIran ‘TerrorPlot’, MERIP, 3novembre 2011.
112 Des analystes saoudiens dénoncent l’existence d’une cellule d’action “Arabie Saoudite” ultra
secrèteau seindelaForceQods, qui serait responsabled’autres opérationscommel’assassinatd’un
diplomatearabeauPakistan:voirnotamment:NawafObaid(quiaétéconsidérécommeconseiller
duPrinceTurkiAl-Faisal),«Along pattern ofbrazenassassination»,Bitterlemons-international, vol
9,n°34, 24novembre 2011.
113 Vali Nasr,«Opinionin CNN on theIranPlot», CNN 12 octobre 2011.
114 La chaîne iranienne PressTVet l’Agence Mehr auraient prétendu que Gholam Shakuri,
appartiendraitauMKOalorsqu’ilestconsidéréparsesaccusateurscommemembred’Qods;«Iran
says plot suspectismember ofrebelgroup», GulfTimes, 6novembre 2011
115 Certains analystes iraniens identifent dans ce complot les prémices d’une guerre idéologique,
justementdestinéeàinféchirl’attitudedel’Iransurlenucléaire;voirKayhanBarzegar,«TeTerror
Plot,AnIdeological WarforGeopoliticalInterests» ; Iran Diplomacy, 24 octobre 2011.
116Voir :MeirJavedanfar,”WasKhameneiReckless-OrSetUp?”,TheDiplomat, 13 octobre 2011.
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