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L'ONU et la crise des Grands Lacs en République démocratique du Congo

De
155 pages
Ce livre présente une analyse critique de la manière dont l'ONU a géré la crise des Grands Lacs en République démocratique du Congo. L'auteur propose des pistes théoriques pouvant conduire à des jalons de pacification de la République démocratique du Congo. L'objectif ultime de cet ouvrage est de faire réfléchir les Congolais qui, dans la tragédie sans fin que connaît leur pays, pourraient avoir besoin de points de repère pour un engagement politique responsable.
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L'ONU et la crise des Grands Lacs en République démocratique du Congo (1997 - 2007)

Charles WOLA BANGALA

L'ONU et la crise des Grands Lacs en République démocratique du Congo
(1997 - 2007)

L'Harmattan R. D. CONGO

@L.HARMATTAN.2009 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-09135-1 EAN : 9782296091351

Pour les innombrables victimes, en République Démocratique du Congo, de ceux dont la guerre est devenue l'unique métier, le crime un mode de survie et semer la mort et la désolation le seul moyen de se valoriser et de gouverner.

Avant-propos

Ce livre propose une analyse critique de l'action de l'ONU dans sa gestion de la crise des Grands Lacs, telle qu'elle s'éternise en République démocratique du Congo. En cela, il n'est pas fait pour plaire; il a plutôt été conçu et écrit pour la réflexion. Il est donc moins destiné aux amateurs et opportunistes de la politique congolaise qu'à ceux qui sont inquiets de la manière dont la République démocratique du Congo continue d'être gouvernée. Ces derniers redoutent, en effet, que la Troisième République soit une « fausse couche », en ce qu'elle semble s'édifier solidement sur les ruines putrides de la Deuxième. Ce qui serait un drame absolu pour le Peuple congolais. Ceux qui ont encore le courage de réfléchir pourront donc lire ces pages sans s'arrêter aux préjugés hérités de leur positionnement ou embrigadement politique. Car le destin d'une Nation est infiniment plus important que celui individuel des citoyens - élus ou non - qui « prétendent» la servir. D'ailleurs, qui pourrait jamais trop faire pour sa Patrie? Et pourtant, partout où les gouvernants se considèrent comme étant plus grands que la Nation elle-même, les peuples vivent longtemps dans la servitude. Que les Congolais - qui ont une soif légitime de retrouver la paix et de goûter à la prospérité dans leur pays - prennent le temps d'y réfléchir. C'est, me semble-t-il, la voie royale pour entrer dans leur « siècle des Lumières », lequel est, dans le cours de l'histoire des peuples et des civilisations, une étape indispensable de l'évolution des esprits et des mentalités. C'est, sans nul doute, faute de « Lumières» que les Afticains continuent de « jouer» à se tirer dessus et à verser inutilement le sang les uns des autres avant d'être contraints de signer des accords de paix entre eux. L'interminable guerre dans la région des Grands Lacs, l'affrontement militaire en pleine capitale congolaise entre les troupes de Kabila et celles de Jean-Pierre Bemba ou la répression sanglante dirigée contre le mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo au cours du premier trimestre 2007, les événements du Kenya après les dernières élections présidentielles de fin 2007, la rébellion au Tchad ou les violences électorales au Zimbabwe dans le courant de l'année 2008 sont une énième triste preuve de cette cécité (politique ou simplement humaine) qui ftagilise l'Aftique subsaharienne et qui en fait la proie privilégiée des puissances étrangères et des diverses forces du Mal. Les Congolais pourront sérieusement penser à ceci: la puissance d'un Peuple est fonction de son caractère, c'est-à-dire de sa force d'âme. Il s'agit, en fait, de la capacité intérieure de discerner ce qui est fondamentalement et objectivement bien pour soi et pour sa communauté nationale, de se donner des principes de vie (et d'action) et de toujours s'y tenir, quoi qu'il en coûte. C'est, en effet, dans le caractère que l'homme et les Peuples puisent l'énergie nécessaire pour leur autodéfense et donc pour leur persévérance dans l'être. Un livre est sorti récemment, qui relate de façon fort émouvante les événements qui ont secoué la République démocratique du Congo pendant la période qui nous occupe ici. Qu'il soit l'œuvre d'un des acteurs de la scène politique congolaise, fait de ce témoignage' aussi bien une source intéressante de l'histoire récente de la MENDE OMALANGA L., Dans l'œil du cyclone. Congo-Kinshasa: les années rebelles 1997-2003 revisitées, (Coll. Comptes rendus), Paris, L'Harmattan, 2008. 9 ,

région des Grands Lacs qu'une pièce importante dans la douloureuse reconstitution du puzzle politique congolais. Une véritable pièce à conviction! Mais je voudrais aussi dire toute ma gratitude à Monsieur G. Mukengechay qui a accepté de discuter certaines idées et thèses avancées dans le présent ouvrage. Par sa remarquable intelligence de la politique intérieure congolaise et sa connaissance personnelle de nombre de ses acteurs (et simples figurants), il m'a apporté des éclairages indispensables à un jugement mesuré des événements.

L'auteur, qui a milité dans le RCD-Goma pro-rwandais - mouvement rebelle coupable d'abominables crimes de guerre dans l'est du pays - avant d'être ministre de la République après les élections de 2006, y relate des faits historiques graves en y engageant toute sa crédibilité et sa responsabilité en tant qu'acteur politique. 10

Introduction

L'Affique des Grands Lacs est en ébullition depuis la dernière décennie du XXème siècle. Des guerres sourdes à répétition estropient cette région, qui ont cessé de choquer le monde, parce que les pertes en vies humaines qu'elles occasionnent ne sont rien en comparaison des bénéfices économiques et financiers qu'elles génèrent pour leurs commanditaires. La particularité de ces guerres est qu'elles proviennent des voisins orientaux de la République démocratique du Congo. Leur origine première est le génocide rwandais qui avait déversé des millions de réfugiés sur le territoire congolais, panni lesquels se trouvent des présumés génocidaires. La première (1996-1997) avait été conduite par les troupes de l'AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération) de Laurent-Désiré Kabila, avec l'appui des armées rwandaise, ougandaise, burundaise et angolaise (pour la partie visible), et avait abouti à la chute du régime du maréchal Mobutu, le 17 mai 1997. La seconde (1998-2003) I avait eu pour détonateur l'ordre intimé par L.-D. Kabila à ses anciens alliés de retirer leurs années du territoire de la République démocratique du Congo. Cette dernière guerre, après avoir connu une étape de généralisation - suite à la caution lui donnée par des mouvements de « rébellion intérieure» - s'est installée dans la partie orientale du pays, où elle continue, depuis lors et malgré tous les efforts pour mettre fm aux hostilités, d'empoisonner la paix et la sécurité des populations congolaises. Car, elle est passée d'une guerre de « libération» (mal préparée) à une guerre d'occupation (soigneusement pensée). Et c'est au plus fort de la crise que l'ONU avait mis sur pied la MONUC (Mission de l'Organisation des Nations Unies pour le Congo) en vue de superviser la situation sur le terrain et de tenter de réduire le conflit. Avec près de 20.000 hommes déployés sur l'ensemble du territoire congolais, la mission onusienne a contribué à l'évolution plus ou moins positive de la situation. Néanmoins, l'est de la République démocratique du Congo est resté gravement ravagé par cette guerre intenninable. En effet, en dépit de la présence de la MONUC, la République démocratique du Congo est restée l'objet d'agressions régulières de la part de ses voisins de l'est. Et les populations congolaises de ces régions ffontalières sont continuellement victimes des actes de barbarie de ces bandes armées non autrement identifiées que par leur origine ou leur obédience étrangère. C'est sur ce point, justement, que l'action de l'ONU dans la gestion de la crise des Grands Lacs tombe sous le coup de la critique. Le but de ce livre est triple. D'abord: livrer un certain nombre d'infonnations susceptibles d'aider à comprendre la situation et les enjeux politiques de la région. Ensuite: fournir une grille de lecture de la façon dont l'ONU aura géré cette crise qui est sans doute la plus coûteuse (sur tous les plans) dans l'histoire de la région. Enfin: proposer des pistes théoriques, dont l'application pratique (par les politiques) pourrait conduire à des jalons de pacification, sinon de toute la région, du moins de la République démocratique du Congo. Je pars de l'hypothèse selon laquelle la République démocratique du Congo pourrait être mieux gouvernée et connaître la paix, si elle avait à la tête de ses La guerre a officiellement pris fm en 2003, à la suite des Accords de Sun City en Amque du Sud. Mais, en réalité, elle a continué sous une fonne ou une autre jusqu'au-delà de 2007. 11
I

institutions nationales des hommes et des femmes politiques libres et libérés qui relisent soigneusement et régulièrement l'histoire de leur pays. C'est eux - s'ils sont, en plus, des patriotes responsables - qui sont capables, aujourd'hui, de porter le souci de l'émergence d'un État congolais qui puisse mettre réellement fin à l'interminable colonisation de tout un peuple par l'ONU et la « Communauté internationale», laquelle colonisation ne cesse de répandre son mal tentaculaire grâce aux puissantes complicités locales et régionales. Il s'agit, à terme de faire comprendre aux Congolais que la fameuse « Communauté internationale» (qu'ils ont pris l'habitude d'invoquer à temps et à contretemps) ne poursuit pas toujours les mêmes intérêts que ceux des peuples en difficulté. Bien au contraire, elle porte sur tous les théâtres de conflits les intérêts ou le manque d'intérêt - parfois cyniques des puissances dont l'ONU est souvent le jouer, au grand mépris de la souffiance des peuples qui vivent ces tragédies et qui font naïvement confiance en cette organisation, laquelle devrait pourtant avoir pour mission primordiale de promouvoir l'entente universelle entre les peuples et les nations. Il s'agit surtout d'essayer de faire comprendre aux populations de la région des Grands Lacs que les guerres qu'on leur impose, à elles qui sont déjà parmi les plus pauvres de la planète, ne profitent qu'à la toute petite poignée des « élites» politicomilitaires locales corrompues, mais surtout à leurs riches parrains occidentaux. Quant au choix de la période - de 1997 à 2007 -, il obéit à trois raisons liées entre elles. Primo: la relative facilité d'apprécier une crise dont on aura été soi-même témoin, sans pour autant en minimiser la complexité politique et géostratégique. (Il s'agit, pour ainsi dire, d'un regard congolais sur la crise des Grands Lacs). Secundo: l'ampleur spatio-temporelle des hostilités, en ce qu'elles auront vu, pendant une bonne décennie, trois des quatre pays de la région attaquer (simultanément ou à tour de rôle) leur voisin, le plongeant ainsi dans une instabilité et une insécurité politiques préoccupantes. Tertio: de l'ampleur des séquelles sociohumanitaires et économico-politiques que ce long conflit aura laissées dépendra, pour le meilleur ou pour le pire, l'avenir des relations entre tous ces peuples meurtris, mais également l'image ultérieure et la crédibilité de l'ONU elle-même dans cette région du monde. La méthode que j'entends utiliser est à la fois didactique et déductive, mais également historique et critique. Il est question, pour moi, de traiter le sujet avec le souci d'informer; ensuite de puiser, dans des sources de l'histoire passée ou récente de cette région d'Afrique, des faits que je soumets à l'analyse critique, en vue de tirer des « principes» d'action politique concrète. J'organise globalement mon propos autour de trois chapitres. Je partirai d'un décryptage historique de la crise des Grands Lacs. Dans ce premier chapitre j'aborderai la configuration géopolitique et la complexité d'un conflit qui aura mis aux prises une dizaine de pays africains. Je poursuivrai sur l'intervention proprement dite de l'ONU dans la crise. Ici, je m'adonnerai à une lecture analytique des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la situation dans la région 2 C'est peut-être avec raison que le Général de Gaule, dans une déclaration du 10 septembre 1960, avait eu, à propos de l'ONU, ces mots: « Le Machin qu'on appelle l'ONU». Car le sens commun ne peut pas comprendre que des populations des États membres soient maltraitées (voire massacrées) sous les yeux des forces de l'ONU. 12

des Grands Lacs pendant cette période, avant d'évaluer leur impact réel sur le terrain. Ce sera le second chapitre. Dans un troisième et dernier chapitre, je m'attaquerai à la question de la responsabilité incessible de la République démocratique du Congo pour le retour de la paix dans la région. Concrètement, j'y examinerai trois pistes que je crois - sans avoir la moindre prétention de détenir làdessus le dernier mot - potentiellement porteuses de paix, malgré les difficultés de leur mise en œuvre concrète. Et je terminerai par des considérations conclusives, à la fois récapitulatives, critiques et prospectives.

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Chapitre I La crise des Grands Lacs Pour atteindre le premier but assigné à ce livre, à savoir fournir un outil de lecture et de compréhension de la crise des Grands Lacs, il convient de jeter un regard sur certaines données du problème. Je vais procéder pour cela en trois temps. Je commencerai par brosser un tableau de chacun des pays de la région, en relevant les éléments politiques significatifs de son histoire coloniale et «postcoloniale », lesquels sont susceptibles d'apporter quelque éclairage sur cette crise. En second lieu, j'aborderai le conflit lui-même dans sa complexité. Enfm, j'analyserai quelques-unes de ce que je crois être les causes de cette première «Guerre mondiale »3 sur le continent africain. I. 1. Les pays de la région: un rappel historique La région des Grands Lacs est cette aire géographique où se situent le Burundi, l'est de la République démocratique du Congo, l'Ouganda et la Rwanda. Ces territoires sont situés autour des Lacs Albert, Edouard, Kivu et une partie du Lac Tanganyika. Ainsi, par rapport à l'ensemble de la région, l'on pourrait dire que la désignation est beaucoup plus politique que géographique. Car, d'une part, elle laisse de côté les États qui bordent aussi bien le Lac Victoria que le Lac Tanganyika et, d'autre part, elle fait oublier le fait que la République démocratique du Congo appartient en réalité à l' Ailique centrale, alors que ses trois voisins, eux, constituent (avec le Soudan, le Kenya et la Tanzanie) l'Afrique de l'Est. Nonobstant, les quatre pays des Grands Lacs ont un certain nombre de choses en commun. Et c'est cela qui, paradoxalement, permet de saisir ce qui les divise, au point de provoquer des affrontements si meurtriers qu'ils ont remis durablement en cause des décennies de coexistence plus ou moins pacifique entre leurs populations respectives. Je traiterai donc successivement de l'Ouganda, du Rwanda, du Burundi et de la République démocratique du Congo. L'ordre choisi est dû à un besoin de cohérence interne dont le lecteur lui-même pourra juger. I. 1. 1. L'Ouganda L'Ouganda est un pays d'une superficie de 241.000 Km2, avec une population de 28,5 millions d'habitants. Cette population est composée des Ganda (17,8%), des Teso (8,9%), des Nkole (8,2%), des Sogo (8,2%) et des Gisu (7,2%). Le reste est constitué de minorités ethniques (49,7%). La densité de la population dans ce pays est de III habitants au Km2. L'Ouganda a comme pays limitrophes: le Soudan (au

3

C'est ainsi que l'appelle le journaliste germanophone Scholl-Latour(Cf. Scholl-

Latour P., Afrikanische Totenklage. Der Ausverkauf des Schwarzen Kontinents, München, Goldmann, 2003, p. 115). Le titre de ce livre pourrait se traduire comme suit: « Chant de deuil africain. La mise en vente du continent noir ». 15