La condition politique des Français d'origine non européenne

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L'exclusion des Français d'origine non européenne des responsabilités publiques constitue l'une des ségrégations les plus importantes à l'œuvre dans la société française. Parce que d'origine maghrébine, arabe, turque, africaine ou asiatique, les représentations sociales et politiques en font des étrangers. Leur condition politique ainsi infériorisée, par rapport aux autres Français, le champ politique et l'espace public en général leur sont bien moins ouverts.
Ces populations ne sont pas inactives. Comme elles l'ont fait par le passé contre le colonialisme, elles luttent pour leur émancipation, en mettant en avant la liberté et l'égalité, principes tant célébrés, à toutes les époques par les représentants de la République française, mais si peu appliqués à ces Français. Ceux-ci ont, aujourd'hui, obtenu une certaine reconnaissance qui, en raison des limites de leurs stratégies successives, demeure toutefois formelle.
Traiter de la condition de ces Français revient à s'interroger sur leur place au sein de la collectivité politiquement constituée.
Le propos de l'ouvrage s'appuie sur une hypothèse corroborée par des faits historiques et mise en œuvre, dans le champ politique, par ses acteurs dominants, les institutions et le droit : la mal-représentation est le résultat d'un processus fondé sur des représentations dévalorisantes dont le socle est idéologique. La condition politique de ces Français est ainsi déterminée en grande partie par ce caractère impensé, l'européocentrisme, qui est à l'œuvre dans leur différenciation du reste du corps social.

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Date de parution 01 janvier 2012
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EAN13 9782849242728
Langue Français

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La condition politique des Français d’origine non européenne
Du mépris à la reconnaissance formelle
La collection« Essai »se veut ouverte aux nouveaux regards portés sur les sciences, les faits de société et les questions contemporaines. (dirigée par Annie Verdelet-Lamare) Dans la même collection : Le réveil du monde arabe : douze scénarios d’avenir, Gilles Chenève Pas simplement quand ils nous rasent,Christophe Médici Crises économiques et régulations collectives, Michel Leis Amnesty International : enquête sur une ONG génétiquement modifiée, Marc Girot L’Afrique des timocrates, Léon Koungou L’athéisme et la foi confrontés aux savoirs actuels, Thierry Karpiel La vache à lait : notre consommation, leur martyre, Michelle Julien Les jeunes et la discothèque, Éric Marlière École, violence et domination, Pierre Badiou & Dominique Vachelard Sociologie des immigrés âgés, Emmanuel Jovelin & Fatima Mezzouj Crise : une chance pour l’entreprise ?, Jean Burnod Intervenir auprès des mineurs étrangers isolés, Francisco Mananga Le management noir, Christophe Médici Le krach de la dette publique, Sébastien Groyer L’accueil des demandeurs d’asile, Carolina Kobelinsky L’immigration : problématiques et défis, Violette Daguerre L’Internet des objets, Geoffrey Zbinden Les droits de l’enfant : une fausse bonne idée, Philippe de Dinechin Hyperphagie : l’obsession de manger, François Faucon La nudité : pratiques et significations, Christophe Colera Écoterroristes ou écoguerriers ?, Roger Ribotto Le souverainisme : une idée certaine de la France, Philippe Boulanger La jeunesse qui range sa chambre, Grégory Kapustin Philosophie du ménage, Sébastien Groyer L’écologie profonde, Roger Ribotto La sexualité collective, Radu Clit Chirurgie esthétique : les conseils d’un chirurgien, Vladimir Mitz Psychologie de la fatigue, Jean-Louis Dupond J’accuse la dérive de la psychanalyse, Sylvie Lanzenberg
Image de couverture : © Julie LEGRAND - Fotolia.com © Éditions du Cygne, Paris, 2012
www.editionsducygne.com
ISBN : 978-2-84924-272-8
Adda Bekkouche
La condition politique des Français d’origine non européenne
Du mépris à la reconnaissance formelle
Éditions du Cygne
« Rien de moins marginal que cette question des marges. Elle traverse toutes les époques, tous les espaces. Sans passage à la marge, pas question de transformations sociales, d’innovation, de mutations révolutionnaires… » Félix Guattari, « Plan sur la planète », Plan d’un exposé présenté à un colloque organisé par Jean-Pierre Faye à Namur, les 3 et 4 juin 1979, sur le thème desMinorités dans la pensée, Colloque Idem II, Payot, Paris, 1979, p. 208.
Avant-propos
Voilà bientôt trente ans laMarche pour l’égalité et contre le racismelieu. L’essentiel des revendications de ses milliers avait de marcheurs demeure encore sans réponse. Des nombreux domaines où l’égalité reste à conquérir, celui du politique est assurément le parent pauvre de leur combat. Et pour cause, même dans la production intellectuelle et scientique relative à l’exclusion multiforme des Français d’origine étrangère, qualiés ici de Français d’origine non européenne, peu d’analyses sont consacrées à leur condition politique. Or l’examen de celle-ci permet d’éclairer sur leur condition de dominés. On sait que le sentiment de domination ne débouche pas forcément sur la volonté de s’affranchir, mais on sait aussi que sans la conscience de la domination, il n’y a pas de lutte pour l’émancipation. Mieux encore, il n’y a pas d’avancées dans la lutte pour l’émancipation d’une catégorie de population sans la connaissance de sa propre domination, car elle seule peut savoir, mieux que tout autre, ce qui fait la singularité de son expérience historique. C’est pour-quoi, ces dernières années, grâce à la prise de conscience et à l’action collective des Français d’origine non européenne, il y a eu des mesures remarquées – mais pas forcément remarquables – des pouvoirs publics pour répondre au problème de leur exclu-sion politique. Cette évolution n’est pas sans rappeler les luttes féministes, dont l’histoire et l’expérience montrent que les avancées réali-sées dans la lutte pour l’amélioration de la condition des femmes sont en grande partie le fait de l’implication des femmes elles-mêmes, dans la réexion et dans l’action. Le mouvement fémi-niste d’après-guerre et les recherches scientiques, conduites par des femmes, ont permis de renouveler la pensée sur l’expérience
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de l’injustice et de construire des approches inédites quant au traitement des problèmes de leur exclusion et de l’exclusion en général. Ainsi, l’exclusion politique des Français d’origine non euro-péenne comporte-t-elle de nombreuses similitudes avec celle subie par les femmes. Ces Français font l’objet d’une discri-mination institutionnelle et politique dont la permanence est donc due, entre autres, à l’insufsance de leur implication dans son traitement du double point de vue de la connaissance et de l’action. L’appropriation par les Français d’origine non euro-péenne de la problématique de leur exclusion politique permet son introduction dans l’espace public, la rendant ainsi visible et crédible, voire légitime. De ce fait, tant qu’elle était publique-ment invisible, la discrimination politique des Français d’ori-gine non européenne n’existait politiquement pas et, par voie de conséquence, ne constituait pas un problème. Ce travail de visibilité, en plus de l’action des Français d’ori-gine non européenne, fut l’œuvre d’intellectuels et d’organisa-tions politiques, syndicales et de la société civile. Mais, le rôle, de plus en plus grandissant, des Français d’origine non européenne en la matière fut déterminant. Leur action dans la construction et la formulation de leurs revendications politiques, notamment durant les trois dernières décennies, a permis la prise en consi-dération de cette question par la société française tout entière. Ainsi, la question de l’exclusion politique des Français d’origine non européenne sort-elle de l’invisibilité politique et devient-elle légitime d’autant plus qu’elle est portée par eux. Autrement dit, le problème d’exclusion, quelles qu’en soient la nature et la forme, ne peut donner lieu à des réponses satisfaisantes pour les intéressés que si ceux-ci s’en emparent et sont étroitement associés à son traitement, c’est-à-dire en participant à la déni-tion de ses termes et aux solutions proposées. Là-aussi comme pour la domination des femmes, l’expérience de l’injustice des Français d’origine non européenne, en tant qu’expérience néga-tive, comporte des ressources cognitives propres peu exploitées.
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En raison de notre implication dans l’action collective en faveur de la représentation politique des Français d’origine non européenne, deux hypothèses nous paraissaient intuitivement plausibles. D’abord, leur exclusion du jeu politique est due, en plus des causes économiques, sociales et historiques, suf-samment analysées, à une absence de reconnaissance. Ensuite, personne ne peut mieux que les Français d’origine non euro-péenne rendre compte de la singularité de leur expérience politique. Dans cette double perspective, notre appartenance à cette catégorie de citoyens et en tant qu’observateur, de longue date, et parfois acteur de leur mouvement d’émancipation politique, nous avons entrepris d’essayer de rendre compte de ce sujet complexe.