La crise migratoire dans les Balkans : récit d’un acteur de terrain

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172 pages
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Vingt ans après l’explosion de l’Ex-Yougoslavie, sur la route des nouveaux exilés. De la Slovénie à la Serbie en passant par la Croatie, Marc-Antoine Frébutte a suivi le parcours de ceux qu’on appelle « réfugiés » ou « migrants », pays après pays, camps après camps. Accompagné d’autres volontaires européens, il aide, observe et tente de comprendre la situation actuelle dans les Balkans. Avec ce récit de terrain, l’auteur nous fournit un précieux témoignage sur les conditions d’accueil des réfugiés, l’organisation – ou la désorganisation – de l’aide humanitaire, et sur le regard des habitants de ces pays d’ex-Yougoslavie, qui étaient eux-mêmes il y a vingt ans, dans une situation semblable à celle des migrants syriens, irakiens et afghans d’aujourd’hui. Au-delà de ce témoignage, ce sont également le fonctionnement et les politiques de l’Union Européenne qui sont questionnés alors que les partis eurosceptiques gagnent du terrain.

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Date de parution 01 janvier 2017
Nombre de visites sur la page 10
EAN13 9782849245064
Langue Français

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La crise migratoire dans les Balkans
Récit d’un acteur de terrain
Collection « Frontières »
Dans la collection :
Les Sabéens-Mandéens : premiers baptistes, derniers gnostiques, Claire Lefort Panorama de l’Irak contemporain, Gilles Chenève La Bulgarie et le totalitarisme, Radoslav Gruev La déportation des Ingouches et des Tchétchènes, Mariel Tsaroieva La question allemande : histoire et actualité, Lucien Calvié Migrations et modernités iraniennes, Sonja Moghaddari Au cœur des mouvements anti-guerre, Frédéric Delorca L’ingérence de l’OTAN en Serbie, Frédéric Delorca Philippines : mode d’emploi, Frédéric Veillez La Roumanie : mythes et identités, Jean-Michel Lemonnier Abkhazie : à la découverte d’une « République » de survivants, Frédéric Delorca La Roumanie vingt ans après : le chasseur de la Securitate, Mirel Bran Transnistrie : voyage officiel au pays des derniers Soviets, Frédéric Delorca Congo-Kinshasa : la décennie 1997-2007, Alain Bischoff
© Éditions du Cygne, Paris, 2017
www.editionsducygne.com ISBN : 978-2-84924-506-4
Marc-Antoine Frébutte
La crise migratoire dans les Balkans
Récit d’un acteur de terrain
Éditions du Cygne
Remerciements
En premier lieu, je tiens à remercier mon éditeur, sans qui rien n’aurait été possible, pour sa conance et ses conseils avisés. Ensuite, un grand Merci à Keven, Geneviève, et Jules pour leurs lectures, relec-tures et conseils qui m’ont permis d’améliorer mon texte. Finalement et surtout, Merci à toutes les personnes que j’ai eu l’occasion de rencontrer lors de cette expérience dans les Balkans, que ce soient les réfugiés, les locaux ou les volontaires : Merci à vous tous pour ce que vous êtes, vous rencontrer a été une tempête pour mon âme.
Introduction
Été 2015, les médias du monde entier se passionnent pour un événement en train de se dérouler dans le sud-est de l’Europe. À chaque JT, des images d’hommes, de femmes et d’enfants débarquant sur des îles de la mer Égée, ou tombés à la mer, entre la Turquie et la Grèce, et sauvés de justesse par les bateaux des garde-côtes grecs ou par des bateaux de passage. À chaque JT, des images de ces migrants sur les routes, les chemins de campagne ou les rails de chemin de fer, seuls, en famille ou en colonne. À chaque JT, les images de ces garde-frontières désem-parés devant les masses inébranlables, symbole d’une Europe incapable de développer une politique extérieure commune face à cet événement historique. Historique n’a rien d’exagérer quand, rien qu’en cette année 2015, plus d’un million de personnes ont cherché vers l’Europe un horizon loin des guerres, des crises et de la misère. C’est cet événement, depuis lors appelé la crise des réfugiés, qui m’a fait quitter mon paisible travail en Suisse pour me projeter au cœur de la crise, travaillant bénévolement dans les camps de réfugiés et dans deux centres de recherches (le Peace Institute à Ljubjana et le BCSP à Belgrade), motivé par le besoin d’aider et d’essayer de comprendre qui étaient ces hommes, ces femmes et ces enfants apparaissant quotidienne-ment sur nos écrans. J’ai longtemps hésité sur l’endroit où me rendre : Les îles grecques, lieu de débarquement des vagues de réfugiés ? L’Allemagne, destination fantasmée de ces pauvres hères venus du bout du monde ? Et puis, c’est nalement assez logiquement vers les pays de l’ex-Yougoslavie que je me suis dirigé, vers cette « route des Balkans », zone d’ombre du chemin de ces réfugiés, hors du cadre des médias, pourtant chargée de son lot de pièges : maas, passeurs et chemins de montagne. Ces
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peuples des Balkans qui avaient eux aussi connu la guerre une vingtaine d’années plus tôt, et qui s’étaient aussi, seuls, en famille ou en colonne, évadés sur les mêmes routes qu’aujourd’hui pour fuir les violences et la mort. L’idée d’écrire ce livre m’est rapidement venue une fois sur place, chargé par les expériences et les récits de ces Hommes. Ce livre était avant tout pour moi, une occasion de donner une voix à ces réfugiés d’aujourd’hui que je croisais quotidiennement, mais également à ceux d’hier, à ces peuples des Balkans qui se retrouvent désormais en première ligne pour accompagner ces Hommes à l’Histoire pas si éloignée de la leur : pays ravagés par la guerre et les milices, coincés entre deux camps dans un combat à mort, pris dans la tourmente des nettoyages ethniques et reli-gieux, et dans une violence aveugle et fanatique. Finalement, ce livre est aussi l’analyse d’une Europe à la peine depuis quelques années, entre austérité et crises de leadership, mais surtout incapable de s’accorder et de se comprendre quand un événe-ment inattendu se présente à ses frontières. Entre le message de bienvenu de Merkel et les accueils triomphants des réfugiés dans les gares allemandes, la construction du mur à la frontière hongroise, l’absence de solidarité avec les pays en première ligne de la crise, et les refus de suivre les avis de Bruxelles sur la relocalisation des réfugiés dans les pays de l’Est, cette crise a au moins eu le mérite de passer au révélateur les divergences de plus en plus marquées entre les gouvernements européens. De là à une crise plus profonde, passé le coup de semonce du réfé-rendum du Brexit, il n’y a qu’un pas, et l’histoire de la chute de la Yougoslavie n’a plus rien d’anodine, quand on sait qu’à peine dix ans avant la terrible guerre et la séparation brutale, les peuples slaves se rassemblaient encore, unis comme jamais, le long des rails du pays, de Ljubljana à Belgrade, en passant par Zagreb, pour le dernier voyage du père fondateur, Josip Broz Tito, dans son éternel train bleu.
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Début d’une belle journée pleine de promesses, j’arrive à l’aéroport de Ljubljana à la mi-octobre de l’année 2015. Le soleil se lève paresseusement sur l’Europe, lançant dans le ciel les premières èches de lumière sanguine qui viennent se reéter sur les murs en verre de l’aérogare. L’Europe va bien, du moins, nous le dit-on. À part le problème des réfugiés qui se pressent en nombre à sa porte depuis le début de l’été, les tensions liées aux politiques d’austérité dans les pays les plus endettés, l’inca-pacité de s’accorder sur une politique extérieure commune et la montée des partis eurosceptiques qui rêvent de quitter l’Union Européenne, tout va bien. La France aussi va bien, du moins, nous le dit-on. Le chômage devrait baisser dans les prochains mois, la croissance économique ne peut que repartir, la sécurité des citoyens français est à son comble, les négociations du TAFTA et du COP21 nous promettent un avenir radieux, et les salariés d’Air France agressant leurs audacieux patrons seront bientôt jugés pour avoir osé sortir du rang. Tout va bien, promesses de président. Pour la Slovénie, rien à déclarer non plus. Pas un seul réfugié en vue, puisqu’ils continuent à passer par la Croatie et la Hongrie pour rejoindre l’Allemagne, et malgré les barrières qui sont en train d’être érigées en terre magyare, personne ne s’imagine qu’ils auraient l’idée de passer par ici. De toute façon, le gouvernement slovène a assuré que le pays était prêt puisque deux mille places d’accueil d’urgence ont été construites dans différents centres à travers le pays, ce qui devrait être largement sufsant, même dans le pire des scénarios, ce que les Croates et les Serbes disaient aussi. Alors que l’Europe se portait bien, la raison de ma présence dans les Balkans était d’étudier la crise des réfugiés, encore difcilement concevable seulement six
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mois plus tôt alors que l’Islande venait ofciellement de retirer sa candidature pour entrer dans l’Union Européenne. En allant à l’inverse du chemin emprunté par les réfugiés, de la Slovénie à la Macédoine, je m’étais donné pour but d’observer ce qui était en train de se passer dans cette région d’Europe, essayer de comprendre, sentir et observer ce qui s’y tramait, de mes yeux et non pas par médias interposés. Mais cette crise migra-toire justiait une motivation beaucoup plus profonde de venir me perdre dans cette mosaïque de peuples et d’identités. Les nombreux récits sur les Balkans n’avaient fait qu’amplier le désir de me rendre dans cette région entre l’Orient et l’Occi-dent, pour connaître son histoire ancienne et récente, celle qui a marqué l’Europe, de l’Empire romain et ses légions, à l’empire ottoman et ses janissaires, à la Première Guerre mondiale et ses victimes collatérales du nationalisme yougoslave, en passant par les années communistes du Maréchal Tito, pour nir par une apothéose en feux d’artice, explosant un état de 25 millions d’habitants en sept confettis dépourvus d’un quelconque poids politique. Il n’aura fallu qu’une crise pour m’envoyer à la découverte de sa culture, sa musique, sa passion, son envie, ses hommes, ses femmes, sa langueur, sa folie, sa spontanéité, tout ce qui me manquait depuis que je m’endormais lentement dans la grise Zürich.Vivre, vivre et vivre, intensément, éternellement, parfois sans rééchir, sans penser, sans se projeter vers l’avenir. «C’est ce que les années de guerre nous ont appris, vivre avec toute l’énergie du dernier jour car personne ne sait ce qui nous attend demain», m’ex-pliquera plus tard une amie serbe. Cette soif de vie semblait à l’opposé de celle des suisses que je m’apprêtais à abandonner dans leur îlot de tranquillité, où plus rien ne restait à améliorer, à construire ou à espérer. Ce voyage dans le sud-est de l’Europe était nalement l’occasion de comprendre comment une union fédérale presque centenaire, rassemblant plusieurs pays avec une culture, une langue et une histoire similaires, mais des religions diverses, avait pu sombrer si vite dans le chaos, pour se terminer dans un bain de sang faisant plus de 150 000 morts et des
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