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LA DÉMOCRATIE CONGOLAISE " BRÛLÉE " AU PÉTROLE

De
224 pages
La démocratie congolaise, conquise au début des années 90 contre le dictateur Denis Sassou Nguesso a été détruite par la fièvre de l'or noir. Les intervenants extérieurs, particulièrement une certaine France (Elysée, Elf, Etat-Major parisien), les voisins angolais et gabonais ont épaulé le régime totalitaire de Sassou Ngesso. Dès 1991, Elf et les réseaux connexes ont comploté pour renverser la démocratie naissante. Une incroyable coalition pro-Sassou n'a cessé de vouloir réinstaller le dictateur déchu. Cette lecture politique d'une triste fin de siècle au Congo-Brazzaville est une pièce importante à l'indispensable travail de mémoire.
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Collection « Points de Vue»

Yitzhak

Koula

la démocratie congolaise
"brûlée" au pétrole
Préface de François-Xavier président de l'association Verschave, "Survie"

Editions L'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan

Inc.

55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) Canada H2Y ] K9

cgL'Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8676-2

Préface
Entre juin 1997 et décembre 1999, le Congo-Brazzaville a vécu une guerre civile qui a fait autant de victimes, déchaîné autant d'atrocités que, durant la même période, les événements du Kosovo, de Timor-Est et de Tchétchénie réunis. Le public français n'en a rien su, ou presque. Ce qu'on lui en a dit ressort de l'habituelle ritournelle dépolitisée, pour ne pas dire décérébrée: des histoires de luttes tribales, de querelles interethniques, tellement mimétiques que plus personne n'est responsable. Le «combat de nègres dans un tunnel », pardonnez-moi l'expression - qui traduit bien le mépris sous-jacent au traitement de tels conflits par la majorité des médias parisiens. Il n'y aurait rien à comprendre à ces guerres de sauvages, et surtout pas d'enseignement politique, un adjectif auquel les Noirs ne sauraient prétendre. La démocratie congolaise ((brûlée" au pétrole, ouvrage d'un auteur congolais, cumule plusieurs mérites. Son titre, d'abord, en désigne très précisément le contenu. Il y a eu une démocratie congolaise, conquise au début des années quatre-vingt dix contre le dictateur Denis Sassou Nguesso (peut-être trop facilement amnistié de quinze années de crimes et de prédation). Cette démocratie a été détruite par la fièvre de l'or noir. Peu d'acteurs internes ont été indemnes de cet échauffement, qui a fait perdre toute décence à une série d'intervenants extérieurs. Parmi les plus importants, citons: l'Élysée, Elf, l'État-major parisien (les trois E), Sassou Nguesso, acquis de longue date aux réseaux françafricains, son gendre gabonais Omar Bongo et son compère angolais Eduardo dos Santos. Dès 1991, Elf et les réseaux connexes ont comploté pour renverser la démocratie naissante: les juges en ont trouvé la preuve dans un coffre-fort du siège français de la compagnie. Une incroyable coalition pro-Sassou n'a cessé de vouloir réinstaller le dictateur déchu. Par la force, puisque les électeurs congolais, décidément, n'en voulaient plus. Pour une raison simple: il est clairement celui qui laisse au Congo le plus faible pourcentage possible de la rente pétrolière. Il sait «mettre au pas» un pays pétrolifère. Ce livre est politique, au sens fort. Remarquablement documenté, il ne cesse de montrer que le drame congolais est le fait d'acteurs politiques qui, pour le meilleur ou pour le pire, ont usé de leur liberté. Le déclenchement de la guerre civile, en juin 1997, 5

n'avait rien d'une fatalité. Il était la conséquence inévitable du surarmement agressif de Sassou Nguesso, en plein Brazzaville. Lui et ses alliés savaient depuis longtemps où ils allaient. À Paris, à défaut de pouvoir légitimer cette prise de pouvoir par le canon, les milices, les mercenaires et les légions étrangères, il fallait délégitimer le fonctionnement de la démocratie. Certes, le président Lissouba a eu des faiblesses coupables. Ni Bill Clinton, ni Jacques Chirac ne peuvent cependant lui donner des leçons. S'il fallait déclencher un coup d'Etat contre tous les présidents élus qui ont fauté, il n'y aurait sur terre plus une seule démocratie. Ce qui compte, c'est le choix du peuple. Il est ici argumenté, contrairement aux fables qui nous ont été servies en France, que tous les leaders politiques congolais sauf Sassou n'ont cessé de négocier une solution légale de leurs différends: il s'agissait bien de mettre en œuvre la Constitution adoptée par la quasi unanimité des électeurs, et d'aller à l'élection présidentielle. La classe politique congolaise voulait disputer le pouvoir dans les urnes, tandis que le dictateur chéri des puissances étrangères se préparait à le reconquérir par les armes. Cette lecture politique d'une triste fin de siècle au CongoBrazzaville est une pièce importante à l'indispensable travail de mémoire - celui qui finit par rendre vaines toutes les propagandes, et qui permet à chaque peuple de retrouver le fil de sa dignité. J'ajoute que nous sommes encore loin, en France, d'avoir accompli ce travail sur les sordides entreprises néocoloniales, pétrolières notamment, qui «offrent» à l'Afrique le plus mauvais profil de notre pays. C'est parce que je crois à l'autre visage de la France, celui des Victor Schœlcher, Émile Zola, René Cassin, Jean Monnet, des adversaires du colonialisme, des inventeurs de paix et d'humanité que je crois utile, avec l'association Survie, de contribuer à ce travail. Il est en tous points complémentaires de celui qui est entrepris dans cet ouvrage, et qui n'est pas isolé: au CongoBrazzaville et en Afrique, la multiplication de telles contributions est un gage d'espérance.
François-Xavier Verschave, président de l'association française «Survie»

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INTRODUCTION

Juin 1997, le monde découvre dans les médias comment les Congolais ont entrepris de «brûler» leur patrie et leur démocratie au pétrole, avec l'aide des armées gouvernementales étrangères, principalement angolaise et tchadienne; mais aussi avec la participation
active des conseillers en communication

- pour

l'essentiel

Français

-

utilisés comme de simples intermédiaires entre les financiers, les vendeurs d'armes et les belligérants congolais... d'autres acteurs de la «combustion» du Congo ont préféré agir dans l'ombre... Cette mise à mort de l'ordre démocratique congolais était-elle compréhensible? En prenant à témoin la presse publiée à Paris - parisienne et afro-parisienne -, ce livre tente de plaider en faveur de la poursuite de l'expérience démocratique pluraliste engagée depuis 1991 en Afrique et particulièrement au Congo-Brazzaville, contre la logique du retour à la dictature, de celle du pouvoir au bout du fusil et des régimes de présidents à vie dits <iforts », maffieux, que préconisent subtilement certains observateurs «désintéressés », exclusivement à Paris et à Brazzaville. Leurs théories seront présentées et analysées plus loin. Ces derniers prenant comme prétexte la guerre dite «ethnique» qui a secoué Brazzaville et qui, on le sait, a opposé - dans une partie de la capitale - l'armée régulière aux milices privées, les Cobras de l'ancien président Denis Sassou-Nguesso. En apparence, la tragédie commence le 5 juin 1997, lorsqu'en exécution d'un mandat d'amener requis par le procureur de la république près la Cour suprême, Henri Ballard, le président de la république du Congo élu au suffrage universel direct en 1992, Pascal Lissouba, et son gouvernement dirigé par le premier ministre DavidCharles Ganao, considérés comme laxistes, ordonnent quand même aux forces de l'ordre d'interpeller deux meurtriers avérés, responsables des événements sanglants d'Owando à l'origine de plusieurs morts dont cinq agents des forces de l'ordre - tous deux membres de la garde de l'ancien président -, et aussi de saisir d'éventuelles armes de guerre présumées détenues illégalement au domicile de ce dernier;

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lequel d'ailleurs a toujours nié catégoriquement, même après la guerre. Du coup, l'ancien président réagit à coup de kalachnikov, de lance-roquettes et autres armes de guerre, en prétendant résister contre une agression du pouvoir, tout en se disant en «légitime défense ». Le gouvernement, lui, argue de défendre l'ordre public. Le premier entame dans la foulée, la reconquête d'un pouvoir aux mains du second, qu'il voulait selon lui-même pour «48 heures ou 72 heures », mais qui va se transformer finalement en une «guerre dite du pétrole. » L'issue d'environ cinq mois de guerre a été la prise effective du pouvoir, avec pour conséquence: plus de 4.000 morts (10.000 selon Lissouba et Sassou-Nguesso), d'énormes dégâts matériels, et de surcroît un évident recul démocratique, économique et social. Des hommes d'affaires congolais mais aussi français, pour la plupart, ont vu leurs outils de travail détruits, et leur activité réduite à zéro. .. Le 16 octobre 1997, contrairement au processus démocratique adopté par le peuple entier et tous les leaders et partis politiques congolais en 1991, les soldats angolais, tchadiens et leurs éclaireurs congolais, les Cobras, s'emparent effectivement du palais présidentiel, du parlement et d'autres symboles de l'Etat par les armes, avec l'aide des mercenaires génocidaires hutus 1Wandais et de diverses autres origines. Au final, le général ex-marxiste-Iéniniste SassouNguesso, le seul président africain a être éliminé dès le premier tour des élections démocratiques du début des années 1990 - contrairement à Matthieu Kérékou du Bénin ou Didier Ratsiraka de Madagascar -, devient également le seul à se réinstaller au pouvoir par la force sans attendre le verdict des urnes, et a fortiori, à s' autoproclamer pour une deuxième fois, président des Congolais, qui ne le souhaitent pas. Dès les premiers instants de la prise de pouvoir, s'abat sur le pays une vague de violence et d'insécurité sans précédent qui précipite en exil, en prison, dans les forêts ou à la mort physique, l'essentiel de l' intelligentsia congolaise et la quasi -totalité de la classe politique congolaise réunie au sein de «l'Espace républicain pour la défense de la démocratie et de l'unité nationale» (l'ERDDUN), qui représente environ 90% des parlementaires et élus locaux. Le président élu, renversé, Pascal Lissouba, se réfugie dans un premier temps au Burkina Faso puis à Londres; le premier ministre renversé Bernard Kolélas s'installe à Abidjan où il est expulsé avant de s'établir à Londres puis à Washington; Jacques Joachim Yhombi-Opango (ancien premier ministre de Lissouba) et plusieurs membres du gouvernement se réfugient à Abidjan ou dans les autres capitales d'Afrique de l'ouest et centrale; le président de l'assemblée, André Milongo, se réfugie à

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Kinshasa, retourne ensuite à Brazzaville pour y être nommé «député» par Sassou, puis se résout à déguerpir à son tour; David-Charles Ganao à Paris d'abord puis à Ouagadougou; Moungounga-Nkombo se réfugie à Abidjan puis à Paris où il crée un Cercle d'Etude pour le Retour de la Démocratie au Congo (CERDEC) qui édite un bulletin, La voix du Congo Libre; Jean Pierre Thystère-Tchicaya (maire élu et déchu de Pointe-Noire, et ministre dans le gouvernement renversé de Kolélas) est réduit au silence dans sa ville de Pointe-Noire, avant de s'enfuir à Paris, puis de revenir au Congo où il s'est dit appartenir au nouveau pouvoir au cours d'un meeting populaire... et de s'enfuir à nouveau en France, etc. Bref: des exilés politiques et des civils réfugiés congolais, bien plus que pendant la période monopartite Sassou I, se comptent désormais par milliers à travers le monde, principalement en France, en Afrique et dans d'autres pays d'Europe. Implicitement, Sassou-Nguesso veut garder la situation telle quelle, en interdisant du territoire commun ses adversaires parfaitement ciblés, en les rendant dès octobre 1997 coupables de «génocide )). Il s'agit principalement de Lissouba et Kolélas qui l'avaient battu à la seule élection présidentielle libre de 1992, et de YhombiOpango, avec qui, il convoite les mêmes fiefs électoraux. A ces trois accusés, il faut ajouter leurs proches, dont certains ont cessé d'être des «génocidaires )) dès lors qu'ils ont accepté son coup d'Etat. C'est le cas notamment des ministres Martin M'béri, Michel Mampouya, Jean-Pierre Thystère- Tchicaya. . . respectivement deuxièmes personnalités du gouvernement Ganao, du MCDDI et du gouvernement Kolélas pendant la guerre de 1997, lesquels ont carrément été «disculpés », en attendant de les utiliser. Autre curiosité dans la volonté judiciaire du nouveau régime, l'ex-commandant Aboya, responsable de la mort d'un policier en exercice devant de nombreux témoins à Owando, n'a toujours pas été entendu par le moindre juge d'instructeur, au contraire, il est tout bonnement réintégré dans l'armée, après l'avoir déserté de son propre chef en 1992. Dès lors, Sassou-Nguesso devient le seul leader sur la scène politique d'un pays en plein processus démocratique, dorénavant sans opposition politique, ni journaux indépendants, encore moins des autorités judiciaires indépendantes. Exactement comme lors de son règne sous le régime monopartite marxiste-léniniste qualifié de Sassou I, régime qui a précédé la Conférence nationale souveraine de 1991. Evidemment, toutes les institutions démocratiques (assemblée nationale, sénat, Conseil constitutionnel, Cour suprême, Conseils communaux et régionaux, etc.) sont démantelées, sans raison démo-

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cratique valable mais, selon le vœu du prince. Conséquence, le processus démocratique est remis en cause... Désormais, à Paris, le président autoproclamé contesté par la majorité des Congolais est appelé «l'homme jQrt du Congo. » Ce dernier, fort de son succès militaire, instaure un régime de fait et dur qui, en une année a déjà fait de l'avis de nombre d'observateurs plus de victimes - estimées provisoirement à 20.000 morts - que les deux guerres de Brazzaville de 1993 et de 1997 réunies; sans compter les victimes de pillage, de déplacement forcé, de famine et des maladies sans soins dans les forêts et les villes ciblées... Quasiment tous les paisibles citoyens congolais veulent quitter leur patrie. En effet, sans avoir reçu mandat de quiconque et en se servant de divers prétextes (ramassage des armes, chasse aux génocidaires, infiltration de bandits armés, nonsoumission au régime...), le régime issu du sanglant putsch va organiser des pillages et des massacres contre des populations civiles affamées (les fonctionnaires totalisent sept mois de retard de salaire sur quatorze à la date du 31 décembre 1998 sans compter les arriérés) en visitant maison après maison: à Owando on a dénombré près de 1000 morts en septembre 1997, à Pointe-Noire dès le 15 octobre 1997 (nombre de morts non chiffrés), à Mouyondzi (1500 morts) en avril 1998, à Etoumbi en septembre 1998 (morts non chiffrés), dans le Pool (3000 morts) à partir de septembre 1998, dans les quartiers sud de Brazzaville 5.000 à 10.000 morts en décembre 1998, à Nkayi 3000 en décembre 1998, à Dolisie (5000 morts) en décembre 1998... Mais aussi, dans sa conception des droits de l'homme, le régime n'hésite pas à ordonner l'exécution sommaire des Cobras récalcitrants par d'autres Cobras, en cas de pillage ou de meurtre par ces derniers en dehors du cadre fixé... Des destins de plusieurs milliers de Congolais et d'immigrés sont ainsi brisés. La très grande majorité du peuple ne se reconnaît pas dans ce régime; 83,1 % de Congolais n'avaient pas voté pour le nouveau président aux dernières élections présidentielles en date. En outre, ces derniers avaient déjà fixé à l'avance - pour la première fois depuis
l'indépendance - lors du référendum constitutionnel du 15 mars 1992, les critères de ce qu'ils considèrent comme le gouvernement normal de la république du Congo. Par conséquent, des hauts-fonctionnaires et des «élus» nommés par le régime ont été déclarés persona non grata dans la plupart des localités où ils ont été affectés... Tous ont quasiment déserté leurs lieux de travail s'ils n'ont pas «démissionnés », et ceux qui ont feint d'ignorer ont simplement été assassinés... Pour la première fois dans l'histoire du pays, des soldats 10

d'occupation étrangers vont s'autoriser à participer aux homicides à grande échelle des Congolais. Ce qui sans doute va ouvrir la voie à des dommages et intérêts pour les préjudices physiques et moraux causés aux citoyens congolais d'une part et à l'Etat d'autre part; d'autant plus qu'au même moment, le régime sanglant, déjà rejeté par le vote des Congolais en 1992, ntest pas reconnu dans sa politique par l'ensemble de la communauté internationale, honnis les autorités françaises. BreI: une humiliation suprême est infligée à la grande majorité des Congolais: l'Homme congolais est ainsi placé en état d'infériorité, insignifiantpar l'Homme angolais et tchadien. Une autre première de l'ère Sassou II, les assassinats officiellement non élucidés de citoyens français, et d'étrangers en général, devenus monnaie courante. Sur ce point, le régime a bénéficié d'une confortable protection médiatique.
Curieusement, les affrontements de «passation de pouvoir », qui ont duré de juin à octobre 1997, sont intervenus moins de deux mois avant l'élection présidentielle prévue le 27 juillet 1997, à laquelle plusieurs candidats souhaitaient participer. Panni eux: Pascal Lissouba, seul candidat, pour la Mouvance présidentielle; Bernard Kolélas, Denis Sassou-Nguesso, Jean-Pierre Thystère-Tchicaya, etc. pour l'opposition URD-FDU ; et André Milongo, Paul Kaya, etc. pour les partis satellites. Tous les leaders politiques congolais se disent démocrates, qu'ils soient de l'opposition ou de la majorité. Leur responsabilité et leur devoir sont donc de défendre les valeurs de patriotisme et de démocratie républicaine, bien entendu par des moyens légaux. Mais, que s'est-il donc passé dans les têtes de ces leaders politiques, alias la génération de la honte congolaise, lesquels clamaient la démocratie partout, pour commettre ce que l'on peut d'ores et déjà qualifier de bêtise historique? Cet ouvrage tente donc de rendre compte, dans la période allant du 5 juin 1997 au 31 décembre 1998, de la remise en cause des institutions démocratiques congolaises, et des comportements antidémocratiques de certains leaders politiques congolais et des pays voisins du Congo (Angola, Gabon, Congo-Kinshasa, etc.), en mettant en parallèle les faits d'une part, leurs déclarations publiques authentiques et référencées, d'autre part. Enfin, il sera proposé une analyse sur le rôle de l'ombre extérieure dans les massacres, et dans l'anéantissement du rêve démocratique congolais. Auparavant, sera fait un petit aperçu de l'état des

Il

rapports entre les autorités congolaises et, les compagnies pétrolières américaines et tfançaise d'une part, et certaines autorités tfançaises d'autre part. Aussi, tout au long de ce livre, nous donnerons à la presse, principalement la presse parisienne et atfo-parisienne, toute la place qu'elle a bien voulu occuper pendant la crise. Les prises de position de certains hommes politiques et journalistes parisiens seront spécialement mises en exergue. Certains, panni eux, se sont montrés à la hauteur des événements; d'autres, par contre, ont brillé par un certain libertinage ou par un manque d'honnêteté intellectuelle et professionnelle, voire si on peut se le permettre, par de l'incompétence... TIs seront cités nommément dans cet ouvrage et la qualité de leurs analyses, discutée.

Présentation juin 1997

de quelques

acteurs politiques à la date du 5

Pascal Lissouba, président sortant élu en 1992 et seul candidat de la majorité présidentielle ~d'ethnie N'zabi (très minoritaire au Congo et plus importante au Gabon). Fief, trois régions: Niari, Bouenza et Lékoumou (21% du corps électoral). Parti d'attache: Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS), premier parti du Congo, qui a gagné toutes les élections à ce jour sans en avoir organisé une seule et détient, allié à six autres partis sous le sigle «mouvance présidentielle», la majorité absolue au parlement, avec 66 députés sur 125. Majorité ainsi devenue relative depuis le départ, en septembre 1996, de l'Union de la république (UR) de Benjamin Bounkoulou *. Parmi les partis de la «mouvance présidentielle», on trouve l'UP ADS, le Rassemblement pour la démocratie et le développement (RDD) de Jacques Joachim Yhombi-Opango ~l'Union des forces démocratiques (UFD) de David-Charles Ganao, le Parti congolais du renouveau (PCR) de Grégoire Léfouoba ... Premier docteur ès sciences congolais, il est aussi le premier président élu au suffrage universel direct à la première élection libre. .. Le quotidien français Le Monde (17 Octobre1997) l'appelle l'ingénieur: né le 15 novembre 1931 à Tsinguidi (au sud-ouest), il est ingénieur agronome et titulaire d'un doctorat en sciences naturelles obtenu à Paris en 1958. Pendant les années 60, il est ministre de l'agriculture (1963-1965 et 1969) et ministre du plan (1968). De 1965-1966, il est premier ministre. Il quitte le Gouvernement en 1969, et devient directeur de l'école supérieure de sciences de Brazzaville. En 1977, lors d'une vague de répression qui suit l'assassinat non élucidé à cejour du président Marien Ngouabi, il est condamné à mort par le régime marxiste-léniniste du PCT, puis aux travaux forcés à perpétuité, enfin à l'exil. Lissouba devient professeur de génétique à l'université Paris XII, puis rejoint le bureau parisien de 12

l'Unesco, avant d'être nommé directeur du bureau africain pour la science et la technologie de l'Unesco au Kenya. De 1979 à 1990, il aura vécu onze ans en exil avant de revenir au Congo. Le 16 août 1992, il est élu chef de l'Etat congolais. Bernard Kolélas, Maire de Brazzaville et un des nombreux candidats de l'opposition, d'ethnie Lari (ethnie relativement importante dans le pays), d'aucuns disent Téké. Fief: région du Pool (7,9%) et de manière relative Brazzaville (32,9% du corps électoral) ~les villes sont, on le sait assez hétérogènes. Parti d'attache: Mouvement congolais pour le développement et la démocratie intégrale (MCDDI). Deuxième parti du Congo, membre de la coalition de l'opposition URD-PCT et apparentés avec 57 députés, devenue URD-FDU (Union pour le renouveau démocratique et Forces démocratiques unies). Il participe au gouvernement de Lissouba, avec trois ministres. Surnommé L'Opposant par l'hebdomadaire français L'Evénement du jeudi (19 juin 1997), Kolélas est entré en politique dans les années 50. Après la chute en 1963 du premier président du Congo, l'abbé Fulbert Youlou, il brave le système socialiste initié dès lors, et tente un coup d'Etat en 1969. Dans ses pratiques inhumaines de l'époque, le pouvoir PCT n'a pas hésité à l'exhiber nu, au stade Félix Eboué, pourvu de spectateurs qui l'ont condamné à mort. En 1995, il est élu maire de Brazzaville. Denis Sassou-Nguesso, ancien président de la république de 1979 à 1992, ex président en exercice de l'OUA et un des nombreux candidats de l'opposition, d'ethnie M'bochi (relativement importante dans le pays ~De loin plus importante que les N' zabi et moins que les Laris, les Béembés ou les Tékés par exemple). Fief: les quatre régions du nord du pays (plateaux, Cuvette, Sangha et Likouala : 14,6 % du corps électoral). Parti d'attache: le Parti congolais du travail [PCT], troisième parti du Congo, ancien parti unique. Il a régné sans partage sur le Congo pendant plus d'une vingtaine d'années. Depuis 1992, il ne contrôle plus rien, ni l'Etat, ni une grande ville... Il est la frange de la coalition de l'opposition qui pratique l'opposition radicale. Il n'a pas de ministres au gouvernement. Le 12 septembre 1994, le PCT (15 députés à l'Assemblée nationale) a regroupé autour de lui, au sein même de l'opposition URD-PCT et apparentés, cinq autres partis du nord du Congo sous le sigle Forces démocratiques unies (FDU), dirigé par l'ancien président Denis Sassou-Nguesso. L'URD associe le MCDDI de Kolélas, le RDPS de Thystère-Tchicaya et l'UP de Martin M'bemba. Sassou-Nguesso a participé activement au renversement de tous les chefs d'Etat congolais depuis l'indépendance en 1960. Seul leader an' avoir jamais été élu librement, même pas au titre de député ou de maire, il est celui qui a mis en prison la plupart des grands leaders politiques actuels: Lissouba, Kolélas, Yhombi-Opango, Thystère- Tchicaya, MoungoungaNkombo... tout en étant le seul a n'y avoir jamais séjourné. L'hebdomadaire français l' Evénement du jeudi (19 juin 1997) et Le Monde (10 juin et 17 13

octobre 1997) le présentent ainsi: Denis Sassou-Nguesso, le militaire, est né en 1943 à Edou (nord). Instituteur, il s'engage dans l'armée congolaise et sort en 1964 lieutenant [ ?] de l'école nationale des sous-officiers de Saint-Maixent l'Ecole (France). En août 1963, ce marxiste «convaincu» participe [selon lui-même] à l'insurrection qui renverse le régime de l'abbé Fulbert Youlou, puis, en 1968, au coup d'Etat contre le président Massamba-Debat, qui porte le capitaine Marien Ngouabi au pouvoir. Il devient directeur de la sécurité d'Etat, puis ministre de la défense. Cofondateur en 1969 du parti congolais du travail (PCT), parti unique et premier parti marxiste-léniniste au pouvoir d'Afrique, il renverse en février 1979 le président de la république, Joachim Yhombi-Opango, avant de l'emprisonner pendant tout son règne. Le président renversé fut accusé pèle-mêle, au cours d'une campagne radio télévisée, de «déviation droitière », de préférer boire
du Champagne, d'avoir acheté un lit

- que

personne n'a vu

- capable

de

masser son occupant et valant 17 millions de FCA, etc. A l'issue du 3e congrès extraordinaire du PCT de mars 1979, il accède à la présidence du parti. Quelques temps après, il se fait Général d'armée et règne sans partage douze ans durant, avant d'accepter contraint et forcé l'ouverture démQcratique du pays. Le 16 août 1992, après treize ans de pouvoir, il désire rempiler pour cinq années de plus, mais il est battu dès le premier tour à la première élection présidentielle libre par ses exprisonniers Bernard Kolélas et Pascal Lissouba. Jean Pierre Thystère-Tchicaya, Maire de Pointe-Noire et un des nombreux candidats de l'opposition, d'ethnie viIi (relativement importante), fief: la région du Kouilou et la ville Pointe-Noire (23,7% du corps électoral), cette dernière on le sait est assez hétérogène. Parti: Rassemblement pour la démocratie et le progrès social (RDPS), membre de la coalition de l'opposition URD-FDU. Il participe au gouvernement de Lissouba avec deux ministres. André Milon go, président de l'assemblée nationale, ex-premier ministre et ministre de la défense de transition du 8 juin 1991 au 31 août 1992. Candidat indépendant, d'ethnie Kongo (relativement importante), il partage son fief avec Kolélas. Parti: Union pour la démocratie et la république (UDR-Mwinda). Proche de la mouvance présidentielle avec 2 députés à l'assemblée nationale, il participe au gouvernement de Lissouba avec un ministre. Benjamin Bounkoulou (*), sénateur, ancien membre de la Majorité présidentielle, ex-ministre de Lissouba, d'ethnie Dondo. Mécontent de n'avoir pas pu obtenir le poste ministériel désiré dans le gouvernement Ganao du 2 septembre 1996, son parti l'Union de la république (UR) - créé au sein de la mouvance présidentielle pour les mêmes raisons que lors du
remaniement du gouvernement Yhombi II - quitte la majorité parlementaire

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entraînant avec lui quelques députés de la mouvance, originaires de la région de la Bouenza. Le 9 novembre 1996, il s'allie au RDPS de ThystèreTchicaya (également membre de l'URD présidé par Bernard Kolélas) et au MDS (Mouvement pour la démocratie sociale) de Paul Kaya pour former une nouvelle coalition de l'opposition: Le Mouvement pour l'unité et la réconciliation (MUR)].

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Chapitre préliminaire

LE PROCESSUS DE CONSTRUCTION DE LA DEMOCRATIE PLURALISTE AU CONGO
Après la Conférence nationale de 1991, le processus démocratique congolais va connaître cahin-caha d'indéniables progrès, comparé aux pratiques de la période monopartite marxiste-léniniste précédente. Cependant, alors même que les indices d'un système démocratique naissant sont visibles - existence d'un président, des assemblées nationale et locale élues librement, coexistence dans le pays d'une majorité et d'une opposition, apparition d'un débat public contradictoire, naissance d'une presse privée balbutiante et d'un pluralisme syndicale, absence de prisonniers et d'exilés politiques, liberté d'entrée et de sortie du territoire nationale, etc. -, il ne manque pas d'analystes ou d'acteurs politiques pour le décrier. Ainsi, à titre indicatif Kissita, qui parle des «trois décennies pour une démocratie introuvable )). Quelles ont donc été les étapes majeures de cette construction humaine gigantesque amorcée?

Les luttes du peuple congolais pour la démocratie
De façon immédiate et caricaturale: en 1989, le Parti congolais du travail (PCT) du président Sassou-Nguesso, au pouvoir depuis 1968, est confronté à des difficultés de plus en plus grandes: l'isolement dû à l'effondrement du bloc communiste, le discours de François Mitterrand au Sommet franco-africain de la Baule qui conditionne l'aide de la France aux progrès démocratiques, les salaires des fonctionnaires sont payés avec plusieurs jours de retard, les bourses d'étudiant accusent plusieurs mois de retard, et lorsqu'ils sont payés c'est en hypothéquant les revenus pétroliers futurs de l'Etat; l'économie va mal, trois programmes successifs d'ajustement structurel avec le FMI et la Banque mondiale viennent d'échouer; une dette exorbitante - la plus forte du monde par tête d'habitant - n'est plus remboursée et continue à croître. Bref: une situation socio-politique et 17

économique catastrophique sans précédent dans l'histoire du pays. C'est au même moment que l'opposition naissante, l'église catholique et la société civile décident de réclamer la libéralisation du premier régime marxiste-léniniste au pouvoir en Afrique. Refus net. Toutefois, après plusieurs mois de résistance du pouvoir, ponctuée d'emprisonnement d'opposants et de syndicalistes - certains d'entreeux furent d'ailleurs accusés de «tentative de coup d'état» virtuel - et suite à des manifestations sociales et à la grève générale illimitée lancée le 14 septembre 1990 par la CSC, syndicat unique dirigé par Bokamba-Yangouma, le PCT au pouvoir à l'époque consent à céder malgré lui - sur la demande de changement politique réclamé par le pays. Dès lors, l'objectif du PCT est clair, conserver le pouvoir dans le cadre d'un régime politique amélioré, non pluraliste. «Le multipartisme à terme » disait-il. Le pouvoir PCT tente donc de contourner les difficultés, en acceptant l'organisation d'une conférence dite des «partis », non souveraine. Refus de l'opposition de l'époque. Prudent, pour être sûr de demeurer au pouvoir, le président de l'époque Denis Sassou-Nguesso, obtient que son mandat soit prolongé jusqu'en 1994, par une assemblée nationale dont les membres sont désignés par lui-même et «élus» sur une liste unique.

La Conférence nationale souveraine
Après plusieurs mois de lutte, c'est donc du 25 février au 8 juin 1991, qu'a pu se tenir au palais du peuple à Brazzaville - en direct à la radio et à la télévision nationales - une conférence baptisée «nationale et souveraine» (CNS) par les 1000 conférenciers (67 partis et 134 associations, la plupart montée en urgence, monopartisme oblige). En dépit des menaces, notamment présidentielles, «de faire sauter le palais du peuple », proférées verbalement à l'endroit du présidium de la CNS, la messe nationale a pu dénoncer les abus des différents régimes monopartites précédents: violence, assassinats d'opposants, augmentation anormale de morts par crise cardiaque parmi les cadres politiques, violations des libertés fondamentales, coups d'Etat, tribalisme d'Etat, gangstérisme et vandalisme politiques, ethnocentrisme, détournements de fonds publics, vols, clientélisme, le chantage présidentiel envers les épouses de ses collaborateurs, abus de pouvoir, népotisme, gestion hasardeuse et flou présidentiel dans les contrats miniers, etc. La première Constitution démocratique qui sera adoptée en mars 1992 ne manquera d'ailleurs pas de le rappeler, d'emblée, dans son préambule.

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A l'issue de cette politicothérapie, toute la classe politique unanime opta publiquement pour le multipartisme et la démocratie républicaine. Cependant, le PCT, pris de court, n'acceptera que du bout des lèvres les actes de cette conférence nationale souveraine. La preuve en a été faite cinq ans plus tard, en décembre 1997, lorsqu'il qualifia la conférence nationale souveraine (CNS) de «délire souverain ». Et, Ambroise Noumazalay (Secrétaire général du PCT), apparemment dédaigneux des coups d'Etat, déclarait à propos de la CNS que, ce fut ni plus ni moins, qu'un ((COUP d'Etat civil contre le président Sassou-Nguesso » (La Semaine Africaine, 8 janvier 1998). Toujours est-il qu'au sortir immédiat de la CNS, ce sentiment resta enfoui, puisque à maintes reprises - notamment dans le mémorandum de l'opposition du 23 mars 1997 -le PCT cosignataire du texte faisait largement référence aux actes de la CNS.

Bref, ce fut le moment des faux-semblants: Fini, disait-on les coups d'Etat, et place maintenant au règne de la loi, rien que la loi. L'usage de la force publique demeurant l'exclusivité du gouvernement élu. En outre, un pardon fut accordé à tous les «délinquants» politiques antérieurs. Une séance de «lavement de main », en guise de pardon/réconciliation, fut même organisée le 10 juin 1991. La priorité fut donc donnée à la reconstruction d'un Congo que les conférenciers ont unanimement qualifiéd'Etat sinistré par le PCT. Nous allons voir plus tard que ce pardon ne va servir à rien; car, il y aura récidive. Démarrage que et premier dérapage du processus démocrati-

Le processus démocratique démarre par l'élection à la conférence nationale d'un premier ministre de transition - André Milongo et d'une assemblée provisoire, pour installer les institutions démocratiques et organiser les premières élections multipartites . Toutefois, la CNS décide que le président reste à son poste, cependant, avec des pouvoirs réduits. Aucun pouvoir réel ne lui est conféré dans l'organisation des élections locales, législatives et présidentielles futures. Le 20 janvier 1992, le chef d'état-major des forces armées congolaises (FAC), le général Jean Marie Michel Mokoko, mène un coup de force contre le gouvernement de transition pour protester contre certaines de ses nominations au sein de l'armée: ce fut le premier dérapage du processus démocratique.

En effet, conscient du déséquilibre au sein d'une armée 19

sciemment pro-sassouïste (sur les neufs généraux de l'ex année populaire, comme par hasard, un seul était sudiste; le déséquilibre était encore plus flagrant pour les autres officiers), Milongo décide donc de nommer aux hautes fonctions militaires sept officiers sudistes, réputés proches de sa coalition, en remplacement de hauts responsables nordistes acquis à Sassou. La réaction de l'année fut immédiate. Le 20 janvier 1992, elle investit la radio, la télévision et les principaux axes de la capitale, et diffuse un communiqué exigeant: - le maintien à leur poste des officiers nordistes -la démission du secrétaire d'Etat à la défense - au Conseil supérieur de la république, organe législatif de transition, de désigner un nouveau premier ministre. Elle instaure un couvre-feu, tout en affirmant ne pas vouloir interrompre le processus démocratique. De leur côté, les partisans de Milongo (allié à Kolélas) érigent les premières barricades de l'ère démocratique dans les quartiers sud de Brazzaville, à Bacongo et à Makélékélé, et interdisent leur franchissement aux soldats des FAC et aux nordistes. Des pillages et une chasse à l'homme furent constatés dans ces quartiers. Milongo cède le 26 janvier 1992. Le 15 mars 1992, le référendum pour l'adoption de la Constitution est organisé sous l'autorité du Conseil supérieur de la république (CSR), parlement de transition. Le «oui» l'emporta avec 96,3%. Il faut dire que tous les partis - sans exception - ont appelé à voter pour le «oui. )) Les élections locales et régionales furent organisées le 3 mai 1992, par la Commission nationale d'organisation des élections (CONOSEL) - organe indépendant -, sous le patronage du Conseil supérieur de la république. L'UP ADS de Pascal Lissouba et le MCDDI de Bernard Kolélas emportent pratiquement tous les sièges. Le PCT, ancien parti unique pendant 23 ans, gagne dans un seul arrondissement de Brazzaville, et dans la région des plateaux. Les Congolais furent à nouveau appelés aux urnes, les 24 juin et 19 juillet 1992, pour les premières élections législatives multipartites d'après les indépendances de 1960. L'UPADS obtient 39 sièges sur 125 soit 31,2% de la représentation nationale; suivi du MCDDI 29 sièges (23,2%), le PCT 19 sièges (15,2%), le RDPS 9 sièges (7,2%), enfin le RDD de Joachim Yhombi-Opango, 5 sièges (4%). Aucun parti n'obtint la majorité absolue (Source: Election présidentielle de 1992 au Congo. Entreprise politique et mobilisation électoral. Fabrice Weissman. Bordeaux lEP 1993).

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Enfin, le dernier scrutin croyait -on, l'élection présidentielle eut lieu les 2 et 16 août 1992. Au premier tour, Lissouba arrive en tête avec 35,9% ; suivi de Kolélas (20,3%) ; Sassou-Nguesso (16,9%) ; Milongo (10,2%); Thystère-Tchicaya (5,8%) ; Yhombi-Opango (3,5%) ; Ganao (2,9%) ; Kaya (1,9%) ; Miérassa (0,67%) ; M'bemba (0,45%) ; etc. Au second tour, Lissouba, avec le soutien de Sassou-Nguesso, est élu président de la république avec 61,3%, contre 38,7% pour Bernard Kolélas. Il faut dire que ce dernier n'avait cessé de menacer le PCT et son chef de sanctions graves pendant la Conférence nationale et la transition; Lissouba au contraire a toujours été considéré par le PCT comme un «homme faible, incapable de ''frapper'', et surtout susceptible de démissionner à la moindre crise. » Ceci expliquant sans doute cela. Toujours est-il que le président en exercice, Sassou-Nguesso, battu dès le premier tour, quitte le pouvoir le 31 août 1992 sans contestation visible, mais sous la discrète mise en garde du président Mitterrand qui dépêcha un émissaire à Brazzaville, et en emportant avec lui secrètement une quantité massive d'armes et de munitions. Au passage, le palais présidentiel fut pillé jusqu'aux prises électriques. Cependant, le peuple ne fut pris à témoin qu'un an plus tard, en août 1993, lorsque des images du palais présidentiel saccagé furent montrées à la télévision; l'opinion trouvant anormal que le président Lissouba réside à son domicile privé, plutôt qu'au palais. En apparence donc, la démocratie semblait être en marche. Et, au premier abord, le PCT demeurait, au vu des résultats électoraux, le seul grand perdant de la démocratisation. Pas tout à fait, puisqu'il s'allie à la mouvance présidentielle pour former la majorité au parlement. Cette coalition tourna court, car les deux parties furent incapables de se mettre d'accord sur la répartition qualitative et quantitative des postes. Le PCT voulant absolument recaser, en nombre, ses anciens «dinosaures », tout en exigeant l'exclusion du RDD de Yhombi-Opango de la coalition. L'UP ADS de son côté, refusa ces conditions.

Le deuxième

dérapage

du processus démocratique

- octo-

bre/novembre 1992
Mécontent donc de n'avoir pu obtenir les postes escomptés dans le gouvernement du premier ministre Stéphane Bongho-Nouarra, le PCT quitte la mouvance présidentielle et rejoint l'opposition parlementaire, l'URD (Union pour le renouveau démocratique), pour 21

fonner une nouvelle coalition URD-PCT et apparentés, qualifiée par ses dirigeants de «socle de l'unité nationale». Ce fut le point de départ des affiontements successifs, qui vont ensanglanter Brazzaville, entre les partisans du président Lissouba et ceux de l'opposant Kolélas, allié désonnais à Sassou-Nguesso. En effet, après la motion de censure réussie, le 27 octobre 1992, contre le gouvernement de Bongho-Nouarra, le président Lissouba décide la dissolution de l'assemblée nationale, en vertu de l'article 80 de la Constitution qui stipule: «lorsque l'équilibre des institutions publiques est rompu, notamment en cas de crise aiguë et persistante entre pouvoir exécutif et le parlement, ou si l'assemblée nationale renverse à deux reprises le gouvernement en l'espace d'un an, le président de la république peut, après consultation du premier ministre et du président de l'assemblée nationale prononcer la dissolution de l'assemblée nationale. » Cette dissolution de l'assemblée nationale va être contestée par la nouvelle coalition URD-PCT et apparentés, la qualifiant d'abusive et de «coup d'Etat constitutionnel. » Comme nous le voyons, la Constitution n'interdit pas explicitement au président de dissoudre l'assemblée, ni même - nous le verrons plus loin - de nommer un premier ministre issu des rangs de la nouvelle majorité parlementaire de fait URD-PCT et apparentés. Mais dans ce cas d'espèce, le président nouvellement élu n'a pas voulu faire le choix que lui imposait son opposition, mais celui qui lui pennettrait le cas échéant d'appliquer son propre programme. Les conditions de la dissolution prêtèrent cependant à des controverses houleuses entre les deux parties qui ne recoururent toutefois pas aux voies de droit, pour trancher. L'opposition installa des barricades et organisa une marche à Brazzaville, qui se solda par trois morts et des blessés du côté de ses militants, après que l'année ait ouvert le feu sur les manifestants. L'objectif de la manifestation de rue de l'opposition fut d'obtenir qu'un premier ministre issu de ses rangs soit nommé, et d'esquiver ainsi une consultation électorale de continnation. Suite à ce deuxième dérapage, un accord politique est signé le 3 décembre 1992 par toute la classe politique, consensus oblige. Celui-ci a permis d'obtenir d'une part la mise en place d'un gouvernement dit de «large union nationale dit de 40/60 » dirigé par Claude Antoine Da Costa qui consacra 60% de ses membres à l'opposition URD-PCT et 40% à la mouvance présidentielle, et d'autre part, en toute logique, l'organisation d'une élection législative anticipée, mais dans un délai - assez long - de cinq mois, par une Commission électorale indépendante du gouvernement de 40/60 (CONOSELA), prési-

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