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La guerre au nom de l'humanité

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Description

Quand peut-il être juste de bombarder au nom des droits de l’homme ? La guerre, même juste, fait des victimes civiles. Vaut-il mieux alors tuer ou laisser mourir ? Sous le nom d’intervention humanitaire, droit d’ingérence ou responsabilité de protéger, l’intervention militaire justifiée par des raisons humanitaires est l’une des questions les plus brûlantes des relations internationales.
Ce livre interdisciplinaire – historique, juridique, éthique et politique – est le plus complet jamais publié en français sur ce phénomène. S’appuyant sur de nombreux exemples, de la guerre punitive en Chine antique jusqu’à l’intervention de l’OTAN en Libye, il élabore une théorie réaliste de l’intervention en reprenant cinq critères de la doctrine de la guerre juste : cause juste, autorité légitime, bonne intention, dernier recours et proportionnalité.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 17
EAN13 9782130741312
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0172€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer
La guerre au nom de l'humanité
2012
Tner on laisser monrir
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130741312 ISBN papier : 9782130583516 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
Quand peut-il être juste de bombarder au nom des droits de l’homme ? La guerre, même juste, fait des victimes civiles. Vaut-il mieux alors tuer ou laisser mourir ? Sous le nom d’intervention humanitaire, droit d’ingérence ouresponsabilité de protéger, l’intervention militaire justifiée par des raisons humanitaires est l’une des questions les plus brûlantes des relations internationales. Ce livre interdisciplinaire – historique, juridique, éthique et politique – est le plus complet jamais publié en français sur ce phénomène. S’appuyant sur de nombreux exemples, de la guerre punitive en Chine antique jusqu’à l’intervention de l’OTAN en Libye, il élabore une théorie réaliste de l’intervention en reprenant cinq critères de la doctrine de la guerre juste : cause juste, autorité légitime, bonne intention, dernier recours et proportionnalité. L'auteur Jean-Baptiste Jeangène Vilmer Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, philosophe et juriste, est chercheur en droit international à l’Université McGill (Canada). Auteur deRéparer l’irréparable (PUF, 2009) et dePas de paix sans justice ?(Presses de Sciences Po, 2011), il a enseigné la théorie des relations internationales, l’éthique et le droit de la guerre au département des War Studies du King’s College de Londres.
Table des matières
Préface(Hubert Védrine) emerciements Abréviations Introduction Défense du réalisme Possibilité d’un réalisme constructiviste et libéral Conséquences sur la théorie de l’intervention humanitaire Une méthode Une approche interdisciplinaire et interculturelle L’ordre Histoire I. L’antiquité II. Le christianisme III. La doctrine sécularisée de la guerre juste e e IV. Le « siècle de l’intervention »(XIX -XX ) V. L’intervention humanitaire depuis 1945 VI. Une intervention qui a toujours été intéressée Terminologie I. L’intervention d’humanité II. Le droit ou devoir d’ingérence : une mythologie française III. L’intervention humanitaire IV. La responsabilité de protéger Droit I. Les arguments des antirestrictionnistes II. La thèse du « illégal mais légitime » L’humanité imaginaire I. La souffrance à distance II. La réduction de la distance : l’effet CNN Les critères I. La possibilité des critères II. Application au cas irakien L’autorité légitime I. Les critères de l’autorité légitime II. La cascade des autorités existantes
III. Réformes : les autorités légitimes envisageables La cause juste I. La nature du dommage II. L’ampleur du dommage III. Le dommage doit-il être commis délibérément ? IV. Le dommage doit être imminent ou en cours V. La cause juste peut-elle être faussée ? Le risque d’opportunisme de la part des victimes La bonne intention I. L’Impossibilité du désintéressement absolu II. Les difficultés du désintéressement relatif III. L’abandon du critère de bonne intention Le dernier recours I. Des problèmes épistémologiques II. Gagner le temps que d’autres mettent à mourir : l’effet pervers d’intervenir trop tard III. Un critère qui doit être appliqué avec souplesse IV. L’usage de la force armée n’est pas nécessairement la pire des options La proportionnalité I. Ce qu’est la proportionnalité II. Les paradoxes de la guerre « zéro mort » III. L’impossible calcul IV. Un critère qui floute la distinction entrejus ad bellumetjus in bello Conclusion Un interventionnisme minimal Un conséquentialisme modéré La tentation du retour au droit Bibliographie Index
Préface
[1] Hubert Védrine
Issu d’une thèse de doctorat, cet ouvrage est sans doute ce que l’on a publié en français – avec l’ouvrage récent de Monique Canto-Sperber sur « l’idée de guerre juste » – de plus approfondi et de plus fouillé, sur la guerre, ou l’intervention « au nom de l’humanité », quel que soit le nom qu’on lui donne. Et de plus pertinent. Le débat public, dans le champ politico-médiatique, tourne en rond depuis des années à ces sujets. Par exemple sur le « droit d’ingérence », si populaire en France pendant longtemps, sans que l’on soit jamais parvenu à obtenir de ses concepteurs et promoteurs des réponses claires et convaincantes à des questions telles que : qui a le droit de s’« ingérer », chez qui, pour quelles raisons, pour quoi faire ? En fait l’histoire nous le montre : ce peut être n’importe quel pays – presque toujours occidental et le plus souvent les États-Unis ou la France – dès lors qu’il a la prétention d’incarner à lui seul, à un moment, la « conscience universelle », et qu’il puise une légitimité suffisante pour son action dans la force de ses convictions. C’est une des qualités de l’ouvrage de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer de remettre cette question, comme celle de la guerre juste, en perspective. Et en perspective longue : au lieu de ne faire descendre le droit d’ingérence auto-attribué que de l’Occident, de l’Occident chrétien, et plus particulièrement de l’Occident chrétien prosélyte et colonisateur, l’auteur fait remonter sa généalogie jusqu’à la Chine antique, à la Grèce ancienne, à Rome voire à Babylone et aux Hittites. Comme si, à quelques exceptions près, les conquérants avaient toujours affirmé ne pas agir pour seulement dominer mais pour libérer, civiliser ou protéger. Les dimensions juridiques de cette vaste question (légalité/illégalité), ce qui fonde la légitimité, les critères de la guerre juste – question toujours actuelle –, lescauses justes (c’est-à-dire : pourquoi intervenir ?), les motivations (les « bonnes intentions »), le moment de l’intervention, si délicat à déterminer, l’impossible proportionnalité, font l’objet d’analyses méthodiques détaillées et rigoureuses et il faut féliciter l’auteur d’avoir si patiemment démêlé ces écheveaux. Cette capacité analytique clarificatrice n’est jamais aussi évidente que dans les chapitres 2 (la terminologie, le choix des mots) et 4 (l’humanité imaginaire, la souffrance à distance, les médias et l’intervention), où règnent en maître l’à-peu-près et l’émotionnel. Dans ce chapitre « propédeutique », Jean-Baptiste Jeangène Vilmer montre ainsi qu’on ne doit pas confondre « droit » et « devoir » d’ingérence car le droit permet, mais le devoir oblige ; qu’on ne doit pas assimiler non plus ingérence et assistance, ni encore droit ou devoir d’assistance, et que le plus souvent il est plus simplement question de droit d’assistance humanitaire sans préciser si c’est un droit existant ou un droit souhaité. Sur le concept d’« intervention humanitaire » lui-même, l’auteur applique utilement la grille d’analyse : qui intervient ? Pour qui intervient-on ? Pourquoi intervient-on ? L’intervention est-elle forcément armée, avec menace, ou
usage de la force, contre les autorités de l’État cible, ou non ? Etc. L’auteur souligne à juste titre que « on peut faire signifier tout et n’importe quoi à ces notions intrinsèquement floues, si l’on ne précise pas immédiatement leur sens ». Ce qu’il fait. Sa reconstitution de la genèse de l’élaboration de la « R2P », « responsabilité de protéger » par Kofi Annan, que j’avais soutenue en tant que ministre des Affaires étrangères, n’en est que plus éclairante. L’intervention franco-britannico-qatari-otanienne en Libye a ainsi suscité des réactions marquées de la plus grande confusion. Célébrée, ou condamnée, au nom du « droit d’ingérence », ou de son refus, elle a en fait été autorisée par le Conseil de sécurité par la résolution 1973 fondée sur le chapitre VII de la Charte sans que ni la Russie, ni la Chine aient osé y opposer leur veto, au nom donc de la « responsabilité de protéger ». Or, si Kofi Annan, alors Secrétaire général des Nations Unies, avait pris l’initiative du travail qui devait aboutir à l’adoption de ce concept par l’Assembléegénéraledes Nations Unies en 2005, c’est précisément pour substituer au « droit (ou devoir) d’ingérence », que les États membres des Nations Unies n’avaient jamais admis car il ressemblait trait pour trait à ce que l’Occident avait pratiqué depuis des siècles, et voulait perpétuer, sous l’injonction autolégitimante de son opinion intérieure chauffée à blanc, un autre concept différent dans ses modalités de déclenchement, sa justification, ses effets et donc, lui, légitime. Dans un cas, un État décide seul de s’ingérer (États-Unis/Irak, 2003). Dans l’autre, les membres du Conseil de Sécurité ne peuvent se soustraire à leur responsabilité nouvelle de protéger un peuple en danger. Ces questions sont directement liées à l’effet CNN, à cette « souffrance à distance » que ressent l’opinion dans les sociétés occidentales hypermédiatisées, et qu’elle souhaite voir cesser grâce au spectacle d’une intervention réparatrice. Cependant, si l’auteur commence son étude par une « défense préalable du réalisme », c’est avec mesure et équilibre, et sans aucun excès théorique ni simplification dogmatique. Il conteste d’ailleurs l’opposition schématique et stérilisante qui règne au sein de l’enseignement des relations internationales, où l’étudiant est sommé de choisir son camp entre réalisme, libéralisme, idéalisme, marxisme etc., grossière réduction de la complexité, des situations réelles. Au terme de cette analyse considérable, il se revendique réaliste mais, précise-t-il, « sans être pour autant anti-interventionniste ». Il n’est pas dupe de la mythologie française du droit d’ingérence, mais il comprend les raisons particulières et convaincantes des interventions au Kosovo et en Libye, etc. S’il est lu comme il le mérite, ce livre devrait contribuer à dissiper la confusion et à éclairer l’opinion comme les décideurs. C’est une qualité rare. Novembre 2011.
Notes du chapitre [1]Ancien ministre des Affaires étrangères.
Remerciements
Ce livre est l’adaptation d’une thèse de doctorat en études politiques (EHESS, Centre de recherches politiques Raymond-Aron) et en philosophie (Université de Montréal), soutenue le 3 décembre 2009 à Paris. IntituléeAu nom de l’humanité ? Histoire, droit, éthique et politique de l’intervention militaire justifiée par des raisons humanitaires, elle a remporté le prix 2010 Aguirre-Basualdo en droit et sciences politiques de la chancellerie de Paris, le prix 2010 de la meilleure thèse en relations internationales de l’Université de Montréal et le prix 2010 de la m eilleure thèse de la Faculté des études supérieures et postdoctorales de l’Université de Montréal. Elle a été préparée au Centre de recherche en éthique de l’Université de Montréal (CREUM) (2005-2007), à la Maison française d’Oxford (2007), au MacMillan Center for International and Area Studies de Yale University (2008-2009), au Amsterdam Center for International Law de l’Universiteit van Amsterdam (2009) et à l’Académie de droit international de La Haye (2009). Je remercie le personnel de ces institutions pour leur accueil chaleureux, ainsi que l’Académie française dont la bourse Jean-Walter-Zellidja a financé une partie de mon année à Yale. J’exprime ma profonde gratitude à mes deux codirectrices de recherche, Monique Canto-Sperber (EHESS-ENS Ulm) et Ryoa Chung (Université de Montréal), ainsi qu’à Thomas Pogge qui a été mon directeur de recherche à Yale. Hubert Védrine, dont la prudence réaliste a été l’une de mes inspirations ces dernières années, a bien voulu m’accorder un entretien et préfacer cet ouvrage. Je lui en suis très reconnaissant. Stanley Hoffmann m’a également accordé un entretien et m’a reçu dans l’un de ses séminaires à Harvard. Pierre Hassner (CERI Sciences Po), Frédéric Mégret (McGill) et Daniel Weinstock (Université de Montréal), qui étaient membres du jury, ont produit des critiques précieuses lors de la soutenance. Jacques Freu (Nice) et Catherine Lu (McGill) ont accepté de répondre à des questions ciblées. David Moszkowicz (Amsterdam) a nourri mon séjour aux Pays-Bas de discussions passionnantes. Olivier Schmitt (King’s College London) a bien voulu relire une version précédente du manuscrit. Qu’ils en soient tous chaleureusement remerciés. Toute erreur dans les pages suivantes n’est bien sûr imputable qu’à moi-même. Mes étudiants du département de War Studies du King’s College London (2010-2011) ont stimulé ma réflexion et mes collègues Mervyn Frost et Vivienne Jabri, avec qui j’ai eu le plaisir de partager des cours, ont renforcé mon intérêt pour la théorie des relations internationales. Je leur en suis également reconnaissant. Ce livre, écrit durant l’été 2011 au moment où je rejoignais la faculté de droit de McGill University, est très différent de la thèse : deux fois plus court, il est plus abouti et contient dans son introduction un cadre conceptuel plus élaboré. J’ai également une dette plus personnelle. Ces années d’inscription en thèse (2005-2009) n’ont pas été, pour l’essentiel, consacrées à la thèse. J’ai d’abord passé du temps à enseigner, complété d’autres recherches qui me tenaient à cœur, poursuivi mes études de droit en parallèle, publié trois ouvrages, travaillé un an à l’ambassade de France au Turkménistan (2007-2008), puis préparé deux livres sur ce pays.
La thèse, qui maturait depuis plusieurs années, a finalement été rédigée en six mois en 2009. Cela implique de travailler quinze heures par jour, sept jours sur sept, sans aucun répit et en sacrifiant à peu près tout le reste. J’appelle ces moments des « opérations commando ». Celle-ci n’était pas la première, mais la plus longue et, au final, la plus coûteuse. Tous ceux qui ont mené des travaux de cette ampleur le savent : ils deviennent insupportables pour leur entourage. Mieux vaut alors s’isoler. J’ai commencé à New Haven, avec une rigueur monacale, et terminé à Paris, en couple. Ma conjointe Claire, qui en avait vu d’autres et venait elle-même de terminer sa thèse en histoire, a été admirable, d’un soutien constant et d’une résistance à toute épreuve. Mais il y a eu d’autres « opérations » de ce genre et, à terme, cette addiction au travail a contribué à notre séparation. Elle sait tout ce que je lui dois. Pour son endurance et son amour durant toutes ces années, ce livre lui est dédié.