La politique de sécurité de la France en Afrique
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La politique de sécurité de la France en Afrique

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La politique de sécurité de la France en Afrique s'inscrit dans la longue durée, avec d'abord la période coloniale. Mais les indépendances africaines ne marquent pas le retrait militaire complet français. Il faut donc rappeler cette période "d'activisme militaire" du "gendarme français" en Afrique après les indépendances; puis s'attacher à préciser le "désengagement" militaire français qui a suivi; et enfin marquer le "réengagement" militaire français actuel en Afrique.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2004
Nombre de lectures 146
EAN13 9782296356917
Langue Français
Poids de l'ouvrage 12 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

LA POLITIQUE DE SECURITE
DE LA FRANCE EN AFRIQUE@ L'Harmattan, 2004
ISBN: 2-7475-6264-6
EAN : 9782747562645Sous la direction de
Pierre PASCALLON
LA POLITIQUE DE SECURITE
DE LA FRANCE EN AFRIQUE
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Italie
5-7, rue de l'Ecole Polyteclmique Hargita u. 3 Via Bava, 37
75005 PARIS 1026 BUDAPEST 10214 TORINO
FRANCE HONGRIE ITALIECollection « Défense»
. Le moment n'est hélas pas venu - peut-il d'ailleurs venir? -
où la force militaire pourrait être reléguée dans le
« linceul de pourpre où dorment les Dieux morts», chers à
André MALRAUX.
Le monde est en effet constitué de longtemps sinon de
toujours « d'Etats-Nations» dont le nombre ne cesse de
progresser et progressera sans doute encore au XXIème
siècle s'il faut en croire la prophétie du Père Serge
BONNET: «Le XXIème siècle sera plus encore que le
XXème siècle le siècle des Nations».
. Se pose à ces «Etats-Nations» le problème de leur
défense, c'est-à-dire la fonction vitale d'assurer leur
sécurité, leur paix, leur indépendance, l'obligation de
préserver et de pérenniser les signes forts d'une identité
nationale à travers les accidents de l'Histoire, à savoir: un
territoire et la communauté consciente des hommes qui
l'habitent. On peut convenir en effet d'appeler «politique
de Défense» l'ensemble des mesures et dispositions de
tous ordres prises par le Pouvoir pour assurer la sécurité
et l'intégrité du territoire national dont il a la charge et,
par ricochet, la paix du peuple qui y vit. Pour utiliser les
termes très voisins retenus par l'ordonnance du 7 janvier
1959, la Défense « a pour objet d'assurer en tout temps,
en toutes circonstances et contre toutes les formes
d'agression, la sécurité et l'intégrité du territoire ainsi
que la vie de la population».. Cette collection entend accueillir les réflexions qui
touchent le domaine de la Défense ainsi défini, domaine
global, multiforme, en constante évolution, en privilégiant
bien sûr le cas de la France et de l'Europe dans un
contexte qui est désormais, ici aussi, de plus en plus
d'emblée« mondialisé ».
Pierre PASCALLONPUBLICATIONS
DANS lA COllECTION « DEFENSE»
Défense et renseignement, 1995
Quel avenir pour les drones ?, 1998
Les transmissions militaires, 2000
Quelles perspectives pour le deuxième porte-avions
français ?, 2000
Quelles perspectives pour le Transport Aérien Militaire
français?,2001
Quelle défense pour la France à laube du xxrme siècle ?,
2001
Quelles perspectives pour le renseignement spatial et
aérien français après le Kosovo ?, 2001
La guerre des missiles, 2001
zfmeLes Armées françaises à l'aube du siècle, Tome l :
La Marine Nationale, 2002
Le bouclier antimissiles américain après les attentats du
11 septembre Z001 ?, 2002
Quelle protection du territoire national contre le
terrorisme international ?, 2003
Les Armées françaises à laube du zlme siècle, Tome II :
L'Armée de l'Air, 2003Cet ouvrage fait suite au colloque organisé par le
Professeur Pierre Pascallon, Président du Club
«Participation et Progrès », en collaborationavec l'ERID et
l'IPSE, le 07 juillet 2003, à l'Assemblée Nationale à Paris.
Nos premiers remerciements vont donc à Emmanuel
Dupuy, vice-Président de l'ERID, et Jean-Pierre Petit,
Président de l'IPSE, sans l'aide desquels ce colloque n'aurait
probablement pas pu avoir lieu, mais également à André
Dumoulin et au Général Jean Nichon.
Nous adressons des remerciements très particuliers à
Pierre Messmer, dont l'amitié et la fidélité nous honorent
depuis de nombreuses années...
... et des remerciements non moins particuliers au
Président de la République du Sénégal, Abdulaye Wade,
notre ami de longue date qui, empêché à cette date, nous a
fait l'amitié de déléguer Monsieur l'Ambassadeur du
Sénégal en France.
Merci aussi à tous nos intervenants et «modérateurs»,
Français, Africains et Américains qui ont accepté de
consacrer un peu de leur temps précieux à nos réflexions.
Merci encore et toujours à tous les Députés qui ont bien
voulu, une fois de plus, soutenir nos travaux.
Merci enfin à la petite équipe du Club «Participation et
Progrès» sur qui repose toute notre organisation.
-7-SOMMAIRE
INTRODUCTION GENERALE ... page Il
PARTIE I :
LES EVOLUTIONS RECENTES - DEPUIS LES ANNEES
19961997 - DE LA POLITIQUE DE SECURITE DE LA FRANCE EN
AFR.IQUE ... . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . .. ... page 45
PARTIE n :
QUELLES MODIFICATIONS APPORTER, DEMAIN, A LA
POLITIQUE DE SECURITE DE LA FRANCE EN AFRIQUE ?
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . .. page 191
CONCLUSION GENERALE page 381
Glossaire et sigles page 443
Bibliographie. ... .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. ... page 449
Table des matières page 467
-9-INTRODUCTION GENERALEQuelle évolution pour la politique de sécurité
de la France en Afrique?
par
Pierre P ASCALLON
Professeur Agrégé de Faculté. La politique de sécurité de la France en Afrique
s'inscrit dans la longue durée. Il conviendrait de s'attacher
d'abord à la période coloniale. C'est bien sûr le temps de
l'apogée de la présence militaire française sur le continent
africain, avec un réseau de postes militaires, de bases et de
places militaires.
Mais les indépendances africaines ne marquent pas le
retrait militaire complet français. En effet, au lendemain des
indépendances, la France va s'impliquer fortement dans la
sécurité du continent africain, avec de nombreuses
interventions armées pour protéger, voire rétablir, des
pouvoirs menacés dans son « pré carré» sub-saharien.
. Il nous faut donc rappeler d'abord cette période
«d'activisme militaire» du «gendarme français» en
Afrique après les indépendances; puis s'attacher à préciser
le « désengagement» militaire français qui a suivi; et enfin
marquer le «réengagement» militaire français actuel en
Afrique.
1- L'ACTIVISME MILITAIRE DU GENDARME FRANÇAIS EN
AFRIQUE: DES ANNÉES 60 AUX ANNÉES 95
. Il est vrai qu'après les indépendances la France va
s'ériger comme le «gendarme» de l'Afrique, la puissance
tutélaire du continent africain. Elle va assurer, en fait, la
défense nationale des pays francophones en les dotant en
quelque sorte d'un véritable « parapluie sécuritaire ».
. On doit présenter successivement le contexte, puis les
principes et enfin les modalités de cette politique.
1-1 Le contexte de cette politique
Nous sommes dans la période de décolonisation. Les
indépendances des pays africains sont acquises. Mais elles le
sont dans le contexte de « guerre froide» Est-Ouest
(1948-15-1991)1 qui ne laisse en dehors de l'échiquier mondial aucune
zone de la planète.
Bon gré, mal gré, l' Mrique ne va pas échapper à cette
bipolarisation; et les nouveaux pays africains indépendants
sont pris dans cette guerre froide sans avoir encore les outils
de leur propre défense, de véritables forces armées
nationales. Il ne peuvent donc que se placer dans et sous la
protection sécuritaire de la France qui a eu en quelque sorte
alors une fonction de « sous traitance» géopolitique - avec
son corollaire: la notion de « chasse gardée». Paris peut
mettre en avant l'argument d'une présence militaire
française en Mrique francophone ayant pour objet de contrer
l'influence soviétique sur le continent, d'éviter que les
affrontements ne dégénèrent en conflits Est-Ouest, étrangers
aux Mricains.
1-2 Les principes de cette politique
La France se reconnaît - avec l'accord des nouveaux
Etats indépendants - le droit de regard et d'ingérence pour
tous les problèmes de défense touchant son « pré carré », dès
lors que, de «l'extérieur », dans le contexte évoqué de
guerre froide, elle constate des tentatives de
« déstabilisation» de pays de la « Françafrique ».
Il Ya bien à cette époque la volonté de Paris
d'apporteren pleine entente avec les jeunes nations décolonisées - tout
concours, toute aide pouvant leur permettre de mieux assurer
leur défense intérieure et extérieure; et de fournir si
nécessaire les forces armées françaises nécessaires à la
résolutions des conflits de l' Mrique sub-saharienne.
1-3 Les modalités de cette politique
La France va, dans cette perspective, développer des
accords militaires avec les pays africains anciennement sous
1 Cf. par exemple: «La guerre froide 1948-1991 », Le Monde
Diplomatique, n070, août-septembre 2003.
-16-sa tutelle. A dire le vrai, on va avoir multiplication des
accords bilatéraux suivant deux modalités spécifiques:
- des accords de coopération ou d'Assistance Militaire
Technique (AMT), juridiquement non contraignants et
pouvant être suspendus selon les circonstances. Ces
accords concernant l'instruction, la formation des militaires
et des forces de sécurité africains,... ont été conclus, entre
1960 et 1986, avec 23 pays (cf tableau n01).
TABLEAU N°l
Liste des principaux accords de coopération militaire bilatéraux
en vigueur début 1997
Pays africains « du champ» (dépendant du ministère de la coopération)
Pays TypeDate
BENIN 31/03/66 - Protocole relatif à la sécurité des vols des
aéronefs militaires
27/02/75 - Accord de coopération militaire
technique; échange de lettres sur les
facilités d'escale et de transit
BURKINA FASO 24/04/61 - Accord d'Assistance Militaire Technique
(AMT)
14/07/65 - Convention relative au soutien logistique
des forces armées
BURUNDI 07/10/69 - Accord particulier relatif au concours en
personnel militaire pour l'organisation,
l'instruction et l'emploi de l'escadrille
burundaise
31/05/74 - Extension de l'accord précité à
l'ensemble des forces armées
burundaises
CAMEROUN 18/07/66 - Protocole relatif à la sécurité des vols des
aéronefs militaires
21/02/74 - Accord de défense - de coopération militaire
21/02/74 - Convention fixant les règles et modalités
du soutien logistique aux forces armées
CENTRAFRIQUE 15/08/60 - Accord de défense
10/09/65 - Convention fixant les règles et conditions
du concours au soutien logistique des
forces telTestres, aérieIllles et de la
gendarmerie (avenant de l11ars1973)
21/05/66 - Protocole relatif à la sécurité des vols des
aéronefs militaires
-17-08/10/66 - Accord concernant l'assistance militaire
technique
COMORES 11/11/78 - Accord de coopération en matière de
défense
04/08/79 - Convention relative au concours militaire
technique
CONGO 01/01/74 - Accord de coopération technique en
matière de fonnation de cadres et
d'équipement de l'année populaire
nationale
COTE D'IVOIRE 24/04/61 - Accord de défense - d'assistance militaire technique
08/04/65 - Convention fixant les règles et conditions
du concours français au soutien des
forces telTestres, aérieIUles et de la
gendannerie
03/09/65 - Protocole relatif à la sécurité des vols des
aéronefs militaires
26/01/78 - Accord particulier pour la coopération en
matière d'annement
19/03/80 - Accord particulier pour la fonnation des
pilotes
DJIBOUTI 27/06/77 - Protocole provisoire fixant les principes
de la coopération militaire
28/04/78 - Echange de lettres fixant les conditions
fiscales applicables aux AMT
03/09/79 - Convention relative à la création et au
fonctioIUlement d'un bureau provisoire
postal militaire. Modifiée le 12/02/85
12/02/80 - Convention au sujet des compétences de
la prévôté en matière de délits ou fautes
commises par les AMT
11/02/91 - Accord portant sur la surveillance de
l'espace aérien
GABON 17/08/60 - Accord de défense et d'assistance
militaire technique
25/08/65 - Convention fixant les règles du soutien
logistique des forces teITestres, aérieIUles
et de la gendannerie
17/11/65 - Protocole relatif à la sécurité des vols des
aéronefs militaires
01/02/80 - Accord particulier relatif à l'instruction
des persoIUlels de l'Année de l'Air sur
Mirage (+ avenant du 29/08/80)
GUINEE 09/03/85 - Accord de coopération militaire
EQUATORIALE technique
GUINEE 07/04/85 - Accord de coopération militaire
CONAKRY technique
-18-~AGASCAR2 04ro5~6 - Convention de soutien logistique
04/06/73 - concernant les affaires
militaires et l'assistance technique
(avenants les 26/10/73 et 05/11/73)
29/12/78 - Convention concernant l'hôpital militaire
d'Antananarive
en cours - Accord de coopération militaire
technique
MALI 06/05/85 - Accord de coopération militaire
technique
Echange de lettres fixant les conditions08/07/86 -
et 28/7/86 fiscales applicables aux AMT
MAURICE 14/09/79 - Echange de lettre relatif à la contribution
mensuelle de l'ne Maurice aux dépenses
de personnel AMT
25/09/79 - Accord particulier de coopération
militaire
MAURITANIE 16/09/65 - Protocole relatif à la sécurité des vols des
aéronefs militaires
27/04/86 - Accord de coopération militaire
21/09/86 technique
et 19/2/87 - Echange de lettres fixant les conditions
fiscales applicables aux AMT
NIGER 19/02/77 - Accord de coopération militaire
technique
RWANDA 18/07/75 - Accord particulier d'assistance militaire
technique
SENEGAL 29/03/74 - Accord de coopération en matière de
défense
29/03/74 - Convention fixant les règles et conditions
du concours au soutien logistique des
forces terrestres, aériennes, maritimes et
de la gendarmerie, des unités militaires
du service civique et des formations
paramilitaires (gardes républicaines,
sapeurs-pompiers)
29/03/74 - Protocole relatif à la sécurité des vols des
aéronefs militaires
SEYCHELLES 05/01/79 - Accord particulier en matière navale
TCHAD 06/03/76 - de coopération militaire
technique
06/03/76 - Convention fixant les règles et conditions
du concours au soutien logistique des
forces armées
I 16/06/76 - Annexe relative au fonctionnement de
2
Renégociations en cours
-19-1'hôpital militaire de D' Jamena
avril 90 - Protocole relatif au stationnement des
troupes françaises au camp de Kossey
30/07/91 - Protocole sur l'aide de l'armée nationale
tchadienne
30/06/92 - Protocole relatif à la restructuration des
effectifs de l'année nationale tchadienne
TOG03 10/07/63 - Accord de défense
29/04/65 - Convention fixant les règles et conditions
du concours au soutien logistique des
forces teITestres, aériennes et de la
gendannerie
28/10/65 - Protocole relatif à la sécurité des vols des
aéronefs militaires
23/03/76 - Accord de coopération militaire
technique
ZAllŒ 22/05/74 - Accord général de coopération militaire:.accord particulier de coopération en
matière d'aéronautique;.anangement de coopération militaire
technique dans les domaines de
l'aéronautique (avenants en date du
07/07/75,02/03/76,07/05/77);.arrangement relatif à l'instruction du
personnel zaïrois dans les écoles de
l'armée de l'air française
09/07/76 - AITangement de coopération militaire
technique dans le domaine de la force
teITestre (avenant en date du 07/02/78)
Sources: GRIP DATA. Michel VOISIN, Avis n03033, présenté au nom de la
Connnission de la Défense Nationale et des Forces Années sur le projet de loi de
fmances pour 1997, Tome II, Affaires Etrangères Coopération, Assemblée
nationale, Paris, 10 octobre 1996, pp. 32-34 ; Rapport Amnesty International sur
le Tchad, Londres, AFR, 20/04/96F.
Repris dans A. DUMOULIN: La France militaire et l'Afrique, GRIP, Editions
Complexe, 1997
des accords de défense, gérés et mis en œuvre par le
Ministère de la Défense français, pouvant servir d'appui
juridique aux interventions de la France. Impliquant
jusqu'à Il Etats, ces accords de défense, au sens strict,
concernaient, à la fin des années 70, 8 pays: le Cameroun
(novembre 1960 avec de nouveaux accords en février
3
Renégociations en cours
-20-1974), la Centrafrique (15 août 1960), les Comores (1973,
avec de nouveaux accords en novembre 1978), la Côte
d'Ivoire (24 avril 1961), Djibouti Guin 1977), le Sénégal
(1960, puis réaménagement de l'accord le 29 mars 1974),
le Togo (10 juillet 1963) et le Gabon (17 août 1960).
On donne - avec le cas gabonais - un exemple de ces
accords de défense (cf. document n01).
Document nOl
Modèle d'accord de défense: l'exemple du Gabon
Accord de défense entre la République française et la République
gabonaise
Le gouvernement de la République française, d'une part;
Le de la gabonaise, d'autre part.
Considérant que, par l'effet de l'entrée en vigueur de l'accord de
transfert des compétences de la Communauté, la République gabonaise
a accédé à l'indépendance et que la République française l'a reconnue
en tant qu'Etat indépendant et souverain,
Conscients des responsabilités qui leur incombe en ce qui concerne le
maintien de la paix, conformément aux principe de la charte des
Nations Unies,
Considérant que si la défense, tant intérieure qu'extérieure, du Gabon
dépend de la seule République gabonaise, celle-ci peut, avec l'accord
de la République française, faire appel aux forces armées françaises
pour sa défense intérieure ou extérieure,
Considérant que la République gabonaise manifeste la volonté de
coopérer avec la française au sein de la Communauté à
laquelle elle participe désormais dans les conditions prévues aux
accords franco-gabonais, en date de cejour, conclus à cet effet,
Désireux de déterminer les modalités de leur coopération en matière de
défense,
Sont convenus ce qui suit:
Art. 1er. - La République française et la République gabonaise
préparent et assurent en commun leur défense et celle de la
Communauté dont elles font partie.
Elles se prêtent à cet effet aide et assistance et se concertent d'une
manière permanente sur les problèmes de défense.
Les problèmes généraux de défense de la Communauté sont traités en
conference des chefs d'Etat et de gouvernement.
Art. 2. - Un comité de défense paritaire et permanent sera constitué
pour préparer le plan de et de coopération entre la République
-21-française et la République gabonaise, notamment dans le cadre de la
défense extérieure.
Art. 3. - La République gabonaise a la responsabilité de sa défense
intérieure. Elle peut demander à la République française une aide dans
des conditions définies par des accords spéciaux.
Les forces armées gabonaises participent avec les forces armées
françaises, sous un commandement unique, à la défense extérieure de
la Communauté.
Art. 4. - Chacune desparties contractantes'engage à donner à l'autre
toutes facilités et toutes aides nécessaires à la défense, et en
particulier, au stationnement, à la mise en condition et à l'emploi des
forces de défense.
Ces forces de défense sont composées essentiellement des forces
armées de la République gabonaise et des forces armées françaises
chargées de la défense de la Communauté.
Des emplacements et installations déterminés d'un commun accord
sont mis à la disposition de ces dernières par la République gabonaise
pour leur permettre en tout temps et en toutes circonstances de
préparer et d'assumer leurs missions de défense commune.
La république française s'engage à transferer à la République
gabonaise la propriété et la jouissance des casernements et bâtiments
nécessaires à l'armée gabonaise.
Art. 5. - La Républiquefrançaise s'engage à apporter à la République
gabonaise l'aide nécessaire à la construction de ses forces armées
nationales.
Art. 6. - Des annexes définissent les modalités d'applications du
présent accord
Art. 7. - Chacune des parties contractante notifiera à l'autre
l'accomplissement des procédures requises pour la mise en vigueur du
présent accord et de ses annexes qui prendront effet à la date de la
dernière notificati on.
Fait à Libreville le 17 août 1960
Pour le gouvernement de la République française: Jean Foyer
Pour le de la gabonaise: Léon M'ba
Extrait du Journal Officiel de la République française du 24 novembre
1960
Repris dans A. DUMOULIN: «La France et la sécurité en Mrique
subsaharienne»,Problèmespolitiques et sociaux,n0825,6 août 1999,p22
Ces accords permettaient à l'ancien colonisateur d'avoir
des troupes prépositionnées en Afrique, c'est-à-dire des
-22-unités de l'armée française présentes en permanence et par
rotation dans des bases et des installations militaires en
Afrique (cf document n02).
Document n02
Répartition des principales installations,
unités et effectifs prépositionnés en Mrique
RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE
1.500 hommes (dont 1.300 à Bangui).
Base aérienne M'Poko jouxtant l'aéroport de Bangui, camp Kassaï à
Bangui, camp Leclerc à Bouar.
1 groupe de bataillon incluant une compagnie motorisée, 1 peloton de
6 véhicules blindés AML, une compagnie de soutien avec avion léger
0-1 E, mortiers de 120mm, armes guidées antichar Milan
Il faut ajouter venant de France selon les circonstances et en unités
tournantes tous les deux mois, avec séjour de quinze jours au Tchad, 1
escadron de véhicules blindés AML et 12 AML de transport, 2
compagnies d'infanterie, 1 batterie d'artillerie (105mm), un
détachement aérien (3 hélicoptères SA-330 Puma dont un mis en œuvre
par le COS et armé d'un canon de 20mm), 3 avions de combat Mirage
F1CT et 2 F1CR de reconnaissance (provenant des escadrons 2/30
Normandie-Niémen, 1/33 Alsace et 2/33 Savoie de la métropole), 1
avion de transport C-160 Transall et 1 C-160 NG ravitailleur.
TCHAD
840 hommes.
N'Djamena.
2 compagnies d'infanterie (parachutistes, infanterie de marine,
légionnaires), 1 escadron d'ALM, 2 C-160 Transall. Ces éléments
interarmes sont détachés par rotation depuis plusieurs garnisons
disparates provenant de France via la République centrafricaine.
DJIBOUTI
3.435 hommes.
Base aérienne Colonel Massart, camp d:4rta (fortin pour les
commandos de marine), base de Muscha, installation nautiques à l 'lie
du Héron.
5ème 13èmerégiment interarmes d'outre-mer, demi-brigade de la Légion
10èmeétrangère, bataillon de commandement et de soutien (Troupes de
marine et du matériel), 36 véhicules ERC90 de reconnaissance, 5
canons 155mm, 16 canons antiaériens, 3 barges de débarquement, 1
-23-escadron de 10 Mirage FI-C de l'escadron 4/30 Vexin, 1 C-160
Transall, 3 hélicoptères SA-319.
Djibouti peut accueillir également la flotte maritime de l'Océan Indien
(ALINDIEN) disposant en permanence de 3frégates, 2 patrouilleurs de
combat, 3 navires de support dont 1 de commandement (et en
déploiement de renforcement, un avion Atlantic et une frégate) dont le
commandement est situé à Mayotte (La réunion) mais qui peut opérer
depuis Djibouti ou à partir d'autres facilités sur la côte orientale de
l'Afrique.
GABON
600 hommes.
Port Gentil, camp de Gaulle à Libreville et Franceville.
6ème bataillon d'infanterie de marine (BIMA) et 9 AML-60, 1 C-160
Transall, 1 hélicoptère SA-355.
CÔTE D'IvOIRE
530 hommes.
Port-Bouet à Abidjan.
43ème bataillon d'infanterie de marine (ElMA) et 14 AML-60/-90, 1
hélicoptère SA-355
SÉNÉGAL
1.500 hommes.
Base Saint-Louis à Dakar, installations portuaires
23ème bataillon d'infanterie de marine (ElMA), et 14 AML-60/-90, 1
avion de reconnaissance maritime Atlantic, 1 avion C-160 Transall, 1
hélicoptère SA-316/319.
Remarque: cette répartition ne tient pas compte des mouvements
internes et rotations régulières ainsi que des opérations ponctuelles et
interventions militaires en Afrique, modifiant temporairement la
présence, la répartition et les effectifs des unités ainsi que leur origine
(autrespays africains ou métropole).A fortiori lesforces sous mandat
ONU (Sahara occidental et Angola) n'ont pas été reprises tout comme
les quelque 640 coopérants militaires de la Mission de Coopération
Militaire en Afrique en 1997.
Sources: GRIP DATA; François HEISBOURG : Les volontaires de l'an 2000.
Pour une nouvelle politique de défense, Balland, Paris, 1995 ; André FOURES :
Au-delà du sanctuaire, Economica, Paris 1986 ; Air Fan, Paris, mars 1997 ;
Armées d 'Aujourd 'hui, juin 1990, juillet-août 1990, avril 1993, décembre-janvier
1994, mars 1994 ; Défense Nationale, juillet 1996 ; Jane's defence weekly, 4
-24-erdécembre 1996 ; Libération, 1 décembre 1995 ; Le Monde, 25 octobre 1996 et
Il janvier 1997; The military Balance, 1996/97.
Repris dans A. DUMOULIN: La France militaire et l'Afrique, GRIP, Editions
Complexe, 1997, pp 113 et 114
Mi 1997, les forces militaires françaises prépositionnées en
Afrique comptaient, selon les sources, entre 8.300 et 8.800
hommes (cf document n03).
Document n03
Le dispositif en 1997
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""" '"(paru dans Le Monde du 26 juin 1997)
Repris dans A. DUMOULIN: La France militaire et l:4frique, GRIP, Editions
Complexe, 1997, pp 113 et 114
Les principales bases concernées par le prépositionnement
étaient: Dakar (port sur l'Océan Atlantique), Djibouti (port
sur la Mer Rouge) ; Port Bouet (aux abords de l'aéroport
d'Abidjan en Côte d'Ivoire), Libreville (Gabon) et Bangui
(Centrafrique).
-25-Forts de ces accords et de ces outils militaires, la France
va pouvoir intervenir directement de façon très régulière et
très massive jusqu'aux années 1995 (cf tableau n02).
Tableau n02
Les principales interventions militaires françaises en Mrique
de la décolonisation jusqu'à tin 1998
Motivations Agression Maintien de Renversement Renversement
HmnanitalresPseudoExtérieure l'ordre derégime derégimeacüf humanitaires
Ueux passif
Angola 1992: <<Addax»
1997 :
«Unavem III»
depuis :
«Monua»
Bénin 1991 : 1963 1977 :
« Verdier» « Crevette»
Burundi 1993:
« Yambo »
Cameroun 1981-94 : 1957-1964
« Balata»
1996-97 :
« Aramis »
Centrafriqu 1967-1970 1996 1979 : 1996-1997 :
e 1996-1997 : «BaITacuda» «Almandim>,
<<Almandim>, n01
n01&2
Comores 1989 : 1995
« Oside»
1995 :
« Azalée»
Congo- 1987 1963 1997 :
Brazzaville « Pélican »,
n01&2
1998 :
« Malachite»
Cote 1970
d'Ivoire
Djibouti 1977 : 1977 : 1991 :
« Saphir » « Saphir » « Totem»
1991 : 1992-1997 :
« Godoria » « Iskoutir »
Gabon 1964 1990 :
1990 : « Requin »
« Requin »
Gambie 1981
Libéria 1990
Madaeascar 1972
Mauritanie 1958-1963 : 1961-1969 1979
« Ouragan
»
1977-1980 :
«Lamantin»
Niger 1963 1974
Nigeria 1967-1968
Rwanda 1990-1993 : 1990-1993 : 1990 : 1994 :
« Noroît» « Noroît» « Noroît» «Turquoise»
1994 :
-26-« Amaryllis »
Depuis 91 :Sahara
oœidental4 « Minurso »
Sénégal 1962
Seychelles 1981
Sierra Leone 1992 :
« Simbleau »
1997 :
« Espadon»
et
« Corymbe»
Somalie 1992-1993 :
« Oryx »
1993 :
«Onusom II>>
Tchad 1978-1981 : 1968-1971
«Tacaud» 1978-1981 :
1983-1984 : «Tacaud»
« Manta» 1983-1984 :
depuis 86 : «Manta»
«EpervieD> 1990-1997 :
« Epervier»
Togo 1986 1963
1991 :
« Verdier»
1994 :Yémen
« Diapason»,
nOl&2
Sources: GRIP DATA; Avis présenté par Bernard CAZENEUVE, tl, Affaires
étrangères et coopération, Assemblée Nationale, 9 octobre 1997; Le Monde,
1erDossier et documents, janvier 1987 ; Avis n01755, Assemblée nationale,
décembre 1994; Olivier LANOTTE: «L'opération Turquoise au Rwanda »,
Notes et études de l'unité de relations internationales, n08, Louvain-la-Neuve,
1996 ; RAMSES 1998; André DUMOULIN: La France militaire et l'Afrique,
amlexe 7, Editions Complexe, 1997
Source: André DUMOULIN: « Afrique. La redéfinition de la politique militaire
française en Afrique », Universalia 99, Encyclopaedia Universalis, 1999, p144
Repris dans A. «La France et la sécurité en Mrique
subsaharienne », Problèmes politiques et sociaux, n0825, 6 août 1999, pp19-20
A dire le vrai, au Tchad notamment, l'ancienne métropole
va pratiquement intervenir sans discontinuité depuis
l'indépendance de ce pays.
Cette politique de sécurité de la France en Afrique va se
modifier dans les années 90.
4
Ten-itoire revendiqué par le Maroc et par le Front Polisario dans l'attente d'un référendum
d'autodétermination
-27-ll- LE DÉSENGAGEMENT MILITAIRE FRANçAIS EN
AFRIQUE: DES ANNÉES 96-97 AUX ANNÉES 2001-2002
. Il est sûr que l'on va assister, au tournant des années
95, à une évolution sensible de la politique de sécurité de
l'ancienne métropole vis-à-vis des pays africains:
« l'activisme» de la période antérieure va laisser place à un
certain retrait, à un certain effacement militaire français de la
scène africaine.
. Il faut d'abord, ici encore, préciser le contexte qui a
amené ce réexamen de la politique traditionnelle
d'intervention militaire de la France; puis on développera
les principes de cette nouvelle politique; et, enfin, ses
modalités.
11-1Le contexte de cette politique
La nouvelle politique de sécurité de la France s'explique
par les changements géo stratégique s, le nouvel
environnement africain et les modifications intervenues dans
l'ancienne métropole.
Les changements géostratégiques
- On sait bien sûr - il n'est pas besoin de s'y arrêter
longuement - les transformations subies par l'ordre mondial
dans les années 89-91: la chute du mur de Berlin, la
disparition du Pacte de Varsovie, la dislocation de l'Union
Soviétique. Bref: la fin de la guerre froide et de la bipolarité
Est-Ouest.
- Dans ce nouveau paysage international, l'importance
stratégique de l'Afrique baisse; le continent africain devient
secondaire: on a pu parler de « déclassement» de l'Afrique
dans le nouvel ordre international postérieur aux années
8991
Le nouvel environnement africain
«L'ordre» militaire français en Afrique va essuyer un
certain nombre de critiques: les élites africaines vont
souvent dénoncer l'interventionnisme militaire français
-28-comme la poursuite d'une politique néo-coloniale par
d'autres moyens.
Et les Etats africains indépendants vont avoir la volonté
de se donner des forces militaires indépendantes, pour
assurer eux-mêmes leur propre sécurité. Ce nouvel état
d'esprit va conduire ces pays à des tentatives pour organiser
également l'africanisation de leur sécurité dans le cadre
d'organisations sous-régionales (CEDEAO, ...), voire au
niveau du continent tout entier (OUA). D'où - a priori - un
moindre besoin désormais de recourir à la France.
Les modifications survenues en France
La France va prendre conscience des déconvenues que lui
attire son activisme militaire africain et l'engrenage des
conflits sur le continent. De ce point de vue, le grand choc
fut celui de la tragédie rwandaise et la polémique autour de
l'opération Turquoise (1994). Le désastre du Rwanda va
contribuer à sonner la « retraite» de la France de l'Afrique
sub-saharienne.
Par ailleurs - et cela renforce le point précédent -, la
situation politique intérieure française - avec la longue
cohabitation, voire la maladie du Président Mitterrand -
n'est pas de nature à favoriser des décisions d'interventions
éventuelles sur le continent africain.
Tout cela explique bien, au total, le désengagement
auquel on va assister.
11-2Les principes de cette politique
Le principe fondateur de l'action de la France en Afrique
- de sa politique de sécurité en particulier - va s'afficher en
1997, avec Lionel Jospin, Premier Ministre, sous la doctrine
dite « ni ingérence, ni indifférence» : le temps de la France
« gendarme» de l'Afrique est révolu; mais notre pays ne
saurait se désintéresser de ce continent africain auquel le lie
une histoire séculaire.
-29-A tâtons, dans les années 90, la France va chercher à
préciser le contenu de cette nouvelle doctrine pour se donner
« sa» nouvelle conduite africaine. Quelques étapes - par
rapport à 1997 - sont ainsi à rappeler et à souligner. C'est
d'abord, dès 1990, le virage amorcé par le Président
Mitterrand lors du sommet franco-africain de La Baule Guin
1990)avec des décisions - suite à ce nouveau «contrat
démocratique» énoncé à ce Sommet - de suspension de la
coopération militaire avec certains pays comme le Zaïre, le
Togo, ... C'est, en 1998, la réforme de la coopération avec
l'abolition de la notion de « champ» ou de «pré carré », la
volonté de demander aux pays africains de fixer eux-mêmes
leurs priorités et de bâtir en partenariat avec la France des
projets de coopérations et surtout d'y contribuer... C'est
surtout - pour notre volet sécurité - les orientations définies
par le Conseil de Défense du 3 mars 1998 qu'on peut
énumérer en quelques points: appui dans la prise en charge
par les Africains eux-mêmes de la gestion des crises et des
conflits; pratique plus restrictive des interventions militaires
bilatérales limitées prioritairement à la sécurité des
ressortissants français; des interventions à chercher
désormais à inscrire dans une approche multilatérale.
Et, de fait, la doctrine du « ni-ni» va bien être celle de la
retenue avec une interprétation du principe « vers le bas» du
point de vue militaire.
11-3Les modalités de cette politique
Il est vrai que, dans la réalité, on va bien avoir dans les
années 1996-1997 - 2001-2002 un certain désengagement
militaire français direct et, corrélativement, de nouvelles
modalités d'aide militaire française indirectes.
Un certain désengagement militaire français direct?
- D'abord au niveau des effectifs et des crédits alloués à
la présence militaire française sur le continent africain.
Si l'on regarde - durant cette période - l'évolution des
accords de défense et de coopération militaire avec les Etats
-30-afticains, si l'on suit l'évolution du réseau des forces
prépositionnées - avec la fermeture en particulier des
implantations militaires ftançaises en République
Centrafricaine (base de Bouar et Camp BéaI à Bangui) -,
force est bien d'observer un recalibrage, à la baisse, du
dispositif militaire français sur le continent afticain ; on a
bien un allègement du dispositif militaire français durant ces
années.
- Mais aussi, un retrait au niveau des interventions
militaires françaises sur le continent africain.
On se souvient de l'intensité et du polymorphisme de
l'interventionnisme français en Afrique jusqu'au milieu des
années 90, et le drame du rwanda. Désormais, face à la
guerre civile congolaise en 1997, au coup d'Etat contre
Bédier en Côte d'Ivoire en 199,..., la France se refuse à
intervenir directement militairement sur le continent africain,
se bornant - pour l'essentiel - à des opérations humanitaires
(évacuation ponctuelle de ressortissants,. ..).
De nouvelles modalités d'aide militaire française
indirecte?
Il est sûr que depuis les années 96-97 la France s'efforce
d'aider les Africains à prendre en charge eux-mêmes leur
sécurité, dans le cadre en particulier d'organisations
régionales ou sous-régionales. Ainsi naissait le concept et le
projet « RECAMP » (Renforcement des Capacités
Africaines de Maintien de la Paix), nouveau fondement de la
politique française de sécurité en Afrique au milieu des
années 90.
On ne développera pas ici «RECAMP» - présenté au
Sommet Afrique-France du Louvre en 1998 -, largement
repris dans l'ouvrage, et qui se veut désormais le pilier de la
nouvelle conception des relations de la France avec ses amis
africains.
-31-ID- LE RÉENGAGEMENT MILITAIRE FRANÇAIS EN
AFRIQUE: DEPUIS 2002
Il est vrai que depuis septembre 2002 : interposition en
Côte d'Ivoire, mais aussi évacuation au Libéria, sécurisation
au Congo démocratique, ... assistance partout ailleurs, Paris
s'implique à nouveau militairement en Mrique et la France
semble vouloir relever le défi d'être leader sur le continent le
plus «crisogène» de la planète. On a pu parler d'un
« nouvel interventionnisme» français en Mrique, du « grand
retour» de la France en Afrique.
Mais si Paris entend donc rompre, ces dernières années,
avec un immobilismejugé coupable, il faut souligner que la
France souhaite désormais intervenir militairement
autrement que dans le passé. En effet, le «réengagement»
militaire français pour contribuer à stabiliser l'Afrique se fait
dans un contexte, avec des principes et selon des modalités
différents par rapport à la période d'après les indépendances.
111-1Le contexte de cette politique
Un certain nombre de précisions s'imposent concernant le
contexte africain et le contexte français.
Le contexte africain?
èmesiècle,Le constat est que l' Mrique du début du 21
engluée dans le sous-développement, est aujourd'hui plus
que jamais ravagée par les crises et les guerres et cela est
particulièrement le cas de l'Afrique sub-saharienne où les
conflits de toutes sortes et de toutes natures ne cessent de se
multiplier. Et - on le sait et on le voit aussi - dans ce
contexte de conflictualité de l' Mrique de l'Ouest - on parle
de la «nouvelle conflictualité» africaine marquée par la
dimension régionale que prennent désormais les conflits,
l'ethnicisation de ces conflits et guerres fratricides -, les
Etats africains indépendants ne parviennent toujours pas à
assurer eux-mêmes leur sécurité et à prendre en charge
euxmêmes, seuls, la résolution des crises, confrontés qu'ils sont
-32-à la liquéfaction des armées nationales et à la
« privatisation» des conflits avec le retour des mercenaires.
Le contexte français?
La situation politique intérieure française s'est
« décantée », avec la fin de la cohabitation et le retour de la
Droite aux affaires, à l'issue des élections d'avril et de mai
2002. Et on sait l'attachement profond de l'équipe Chirac -
de Villepin à l' Mrique, leur «sensibilité africaine », dont
témoigne le Sommet des Chefs d'Etat d' Mrique et de
France, tenu en février 2003 sur le thème: «L' Mrique et la
France: ensemble pour un nouveau partenariat ». Il faudrait,
dans ce cadre, détailler l'appui français au NEP AD
(Nouveau PArtenariat pour le Développement de l'Afrique) ;
les plaidoyers - pour l'Afrique et pour la mobilisation
internationale en faveur de ce continent - du Président
Chirac à l'occasion de toutes les grandes réunions
internationales consacrées au développement et aux relations
entre les pays du Nord et ceux du sud, qu'il s'agisse de la
conférence de Monterrey en mars 2002, du Sommet du
Développement Durable à Johannesburg en août 2002 et,
plus récemment, en 2003, du Sommet du G8 à Evian.
111-2Les principes de cette politique
Au principe «ni ingérence, ni indifférence », principe
fondateur - on l'a vu - de l'action et de la politique de
sécurité de la France en Mrique qui a masqué un
désengagement de fait, y compris militaire, on entend passer
avec Jacques Chirac à la volonté «d'accompagner sans
dicter ». En d'autres termes, on veut aider désormais mieux
que par le passé à la sécurité du continent africain par une
politique «active» ; on entend - selon le mot d'un
diplomate - «mettre la main à la pâte» sans que cela
aboutisse à la reconstitution d'un «protectorat éclairé ».
Jacques Chirac, Dominique de Villepin se sont attachés à
préciser le contenu de cette « nouvelle» politique. Il s'agit
bien de respecter les autorités régulièrement et
-33-démocratiquement établies, de condamner les prises de
pouvoir par la force, de refuser la violence, de respecter les
libertés publiques, les souverainetés nationales, l'intégrité
des territoires et l'intangibilité des frontières, d'apporter son
appui systématique aux médiations africaines. A partir de là,
sous mandat ONU et sur requête de pays et organisations
africains - avec l'obtention, donc, de l'accord préalable des
parties concernées -, la France est désormais prête, dans un
cadre régional ou multilatéral, à répondre à une demande
d'engagement militaire pour aider au règlement des conflits.
En d'autres termes, Paris n'entend plus avoir d'engagement
militaire unilatéral, mais parer désormais ce dernier de
couleurs multilatérales (ONU, Europe,...), même si, dans la
réalité, c'est elle qui est l'élément moteur pour ne pas dire
exclusif. C'est bien avec la bénédiction de l'ONU, le
drapeau et la « casquette» onusienne, en appui à des forces
régionales ou sous régionales africaines, que Paris entend
intervenir. La France, en effet - sous la responsabilité et
l'égide de l'ONU comme garant de la légitimité
internationale -, agit désormais comme «Nation cadre »,
«Etat extérieur leader », avec le concours de grandes
organisations régionales africaines et de forces multilatérales
- impliquant l'Europe si possible - pour tenter de ramener la
paix et la stabilité sur le continent africain, une «pax
frança », mieux, donc, une «pax europeana ».
111-3Les modalités de cette politique
Il faudrait, ici, présenter en détail les deux opérations les
plus significatives, en illustration des principes précédents.
Bornons-nous à les énoncer, ou guère plus.
L'opération « Licorne»
La crise ivoirienne, avec l'instrumentalisation de
1'« ivoirité », au cœur du pays qui se glorifiait d'être la patrie
de la « vraie fraternité », menace de provoquer, au centre de
l'ex «pré carré» africain de la France, l'implosion de toute
l'Afrique de l'Ouest. La France se décide - septembre 2002
-34-- à déployer des troupes: 4.000 militaires français vont être
impliqués dans l'opération «Licorne », appuyés par 1.400
militaires de la CDEAO. Mais, pour la première fois dans un
ancien territoire colonial français, ce déploiement de troupes
françaises au titre des accords de défense a été autorisé par la
résolution 1464 du Conseil de Sécurité de l'ONU. Une autre
étape dans « l'internationalisation» du traitement de la crise
ivoirienne en mai 2003 avec la résolution 1479, créant la
MINUCI (Mission des Nations Unies en Côte d'Ivoire), qui
a commencé son déploiement en juillet 2003 et contribue
directement aux opérations de «DDR» (<< Désarmement,
démobilisation, Réintégration»).
L'opération « Artémis»
Nous sommes ici en République Démocratique du Congo.
Le district de l'Ituri est à feu et à sang. L'ONU - avec la
Mission de l'Organisation des Nations Unies pour le
Congo» (<< MONUC ») - n'est pas opérationnelle sur le
champ. Koffi Annan lance un appel à la France qui accepte
d'être « Nation cadre» à condition que le mandat soit limité
dans le temps (3 mois), dans l'espace (la ville de Bunia et ses
environs) et à condition de ne pas être seule en lice. Est mise
sur pied dans un délai record (15 jours) la «force
multinationale intérimaire d'urgence à Bunia» (FURMIUB),
sous commandement français et majoritairement composée
de soldats français. L'opération « Artémis» en juin 2003 va
constituer en quelque sorte - avec la France comme« Nation
cadre» dans cette force d'urgence ayant la bénédiction de
l'ONU (Résolution 1484 du Conseil de Sécurité) - la
première opération d'une force d'interposition à majorité
européenne projetée hors d'Europe et peut donc être
considérée comme une étape importante dans l'affirmation
de la «Politique Européenne de Sécurité et de Défense»
er(PESD). Depuis le 1 septembre 2003, la Mission Artémis
de MONUC I a laissé place à la seconde « Task force» de
l'Organisation de Nations Unies (MONUC II).
-35-* *
*
Il conviendra de voir si, sur les prochains conflits
africains - car on peut craindre malheureusement qu'il y en
ait encore demain - la France confirme cette nouvelle
politique qui permet à notre pays, fort de son tropisme
araboafricain, de préserver un espace d'influence dans le monde;
et à l'Afrique et la France de continuer à voir leurs destins
liés dans une vision du monde où « l'exception française»
peut trouver une nouvelle légitimité.
-36-Géopolitique africaine et interventions militaires
par
Pierre MESSMER
Ancien Premier Ministre
Chancelier de l'Institut de FranceMonsieur le Président, le thème sur lequel nous nous
sommes mis d'accord, lorsque vous m'avez invité à
participer à ce colloque très intéressant, est celui de «La
géopolitique africaine et les interventions militaires
extérieures ». C'est une sorte de préface aux
communications que nous entendrons ensuite et qui entreront
dans le détail beaucoup plus que je ne vais le faire
moimême.
La première constatation est que les interventions
militaires extérieures ont commencé en Afrique
immédiatement après les indépendances. Je me suis attaché,
dans un livre qui a déjà quelques années, à faire l'inventaire
des interventions militaires françaises en Mrique à partir de
l'indépendance.
Ces interventions militaires sont peu nombreuses au
début. Pendant les 10 années qui vont de 1962 à 1972, il n'y
en a que trois; puis elles montent à six dans la décennie
suivante; puis à huit dans la décennie 1982-1992 et de 1992
à 1997, il y a encore six interventions. A partir de 1998, les
interventions deviennent plus rares - non seulement les françaises, mais aussi les interventions
étrangères - et il y a un indice tout à fait caractéristique, en
ce moment même, c'est la réticence des Américains à
intervenir au Libéria, alors que le Libéria est le seul pays
d'Afrique avec lequel ils ont des liens historiques.
Pourquoi ces interventions extérieures en Mrique, après
avoir augmenté, ont-elles diminué?
D'abord depuis la fin de la guerre froide, l'importance
stratégique de l'Afrique a beaucoup diminué et, pour
certaines parties d'Afrique, leur importance stratégique est à
peu près négligeable.
La deuxième raison est que l'importance économique de
l' Mrique a tendance à diminuer. Certes, il y a eu un
développement de la recherche pétrolière et de la production
-39-du pétrole, mais dans une zone très particulière: celle du
Golfe de Guinée. Néanmoins, dans l'ensemble, l'importance
économique de l'Afrique a diminué dans les échanges
extérieurs et la part que l' Mrique sub-saharienne dans les
échanges mondiaux est tombée au-dessous de 2% l'année
dernière. Cette situation n'aurait sans doute pas suffi pour
décourager les interventions mais le fait est que ces
interventions deviennent, année après année, plus lourdes - il
faut engager plus de moyens -, plus difficiles -les conditions
dans lesquelles on les engage sont plus complexes que dans
le passé - et, par conséquent, plus risquées. Qui oserait dire
aujourd'hui ce qu'un Ministre des Mfaires Etrangères disait
dans l'enceinte de cette Assemblée Nationale - non dans la
salle Colbert, mais dans l'hémicycle -, à la fin des années 70,
je le cite: «La France en Afrique peut encore avec 500
hommes changer le cours .de l 'Histoire». Cela prouve que ce
Ministre n'était pas très intelligent, et je ne vous donnerai
pas son nom. ..
Le fait est que, après l'indépendance et de plus en plus
vite, l' Mrique sub-saharienne a beaucoup changé.
Elle a changé d'abord à cause de sa croissance
démographique. Tout le monde sait que l'Afrique est
actuellement le continent dont la croissance démographique
est la plus rapide au monde - en dépit du sida - et il n'y a
pas de pays d' Mrique dont la population n'ait augmenté
malgré les massacres qui ont eu lieu ici, les guerres qui ont
pu se dérouler ailleurs.
Et surtout la population africaine s'est portée, s'est
concentrée, dans les villes, dans des espèces de mégapoles.
Lagos et Kinshasa ont plus de 10 millions d'habitants;
Dakar et Abidjan, plus de 2,5 millions; les villes de plus
d'un million d'habitants sont de plus en plus nombreuses. Je
cite quelque fois comme exemple de la croissance urbaine
africaine le cas de Nouakchott - que je connais bien ayant été
-40-Gouverneur de la Mauritanie - qui, à la veille de
l'indépendance, avait 250 habitants; actuellement, il y en a
900.000, c'est-à-dire 40% de la population de la Mauritanie.
Cette évolution est constatée dans toute l'Afrique. Dès
lors, les interventions militaires deviennent beaucoup plus
difficiles parce que les interventions en ville sont des
interventions qui exigent de gros effectifs - les militaires le
savent bien - les Américains en font l'expérience en Irak;
mais tout intervenant s'en apercevrait de la même façon dans
une grande ville africaine -. Ces interventions sont difficiles
et elles sont presque toujours sans effet parce qu'on n'extirpe
pas, dans une grande ville, les causes du mécontentement, les
causes politiques ou économiques de la révolte. On
comprend que les interventions militaires soient très
difficiles dans une grande ville.
La deuxième raison qui rend les interventions très
aléatoires, c'est l'anarchie. Cette anarchie a gangrené des
pays entiers (la Somalie, la République Démocratique du
Congo, le Libéria, le Burundi, hier encore la Sierra Leone et
aujourd'hui, malheureusement, la Côte d'Ivoire). Quand,
dans un pays, les institutions ont été détruites - ce qui est le
cas de l'anarchie -, les interventions extérieures deviennent
très hasardeuses puisque ceux qui interviennent n'ont pas
d'interlocuteur et, en quelque sorte, sont obligés d'opérer à
l'aveugle.
Et, enfin, les pays africains les plus solides - il y en a
encore, heureusement - n'ont pas les moyens de réaliser des
interventions sur le sol africain. L'idéal serait que, dans une
crise africaine, les voisins ou des pays africains plus lointains
interviennent, non seulement politiquement mais aussi
militairement si nécessaire. Malheureusement, les pays
africains - à l'exception, peut-être de l' Mrique du Sud -
n'ont pas la capacité d'intervention extérieure, même très
modérée, faute de logistique, quelque fois faute d'armement,
faute de transmissions suffisamment modernes. Toute
-41-intervention militaire africaine en Afrique est impossible
sans aide extérieure soit de l'Amérique, soit de l'Europe.
Dans ces conditions, il faut se demander: «que doit-on
faire?». Une réponse a été apportée récemment par le
Ministre des Affaires Etrangères, Monsieur de Villepin, lors
d'un exposé qu'il a présenté à l'Institut des Hautes Etudes de
Défense Nationale. Il indiquait trois orientations de la
politique française en Afrique. D'une part, appuyer les
pouvoirs légitimes; ensuite, respecter la souveraineté
nationale et l'intégrité des frontières; et, enfin, appuyer
systématiquement les médiations africaines qui s'offrent à
l'occasion des crises. J'ajoute que le Ministre a oublié un
quatrième objectif tellement évident que je pense qu'il l'a
sous-entendu qui est de protéger les nationaux français et
étrangers lorsqu'ils sont menacés, devoir reconnu par le droit
international et auquel, la France ne s'est jamais soustraite,
lorsqu'il y avait des désordres en Afrique.
Quatre objectifs, donc; quatre objectifs qui ne sont pas
faciles à atteindre parce que ce programme suppose
l'existence de nations africaines. Or, en Afrique,
traditionnellement, le pouvoir repose soit sur les tribus - les
ethnies - qui s'organisent, soit sur les empires. Il y a eu de
grands empires africains et c'est sans doute l'existence de qui a permis aux empires coloniaux
19èmede se créer aussi facilement en Afrique à la fin du
siècle. Aucun historien n'a fait cette observation qui
mériterait d'être regardée de près car la réalisation des
empires coloniaux en Afrique sub-saharienne à la fin du
19èmesiècle a été d'une rapidité et d'une facilité inexplicable
si elle n'avait pas répondu à une vieille tradition africaine,
celle des empires. Les empires, il n'en est plus question,
parce qu'aucun des pays d'Europe ou d'Amérique ne songe
à reconstituer un empire colonial et parce que, en Afrique,
aucun pays africain n'a les moyens ni n'aurait la
possibilité-42-compte tenu des réactions qui se manifesteraient - de
construire un empire - comme ce fut le cas dans les grands
empires (l'Empire du Mali, l'Empire Sonhraï, l'Empire
Ethiopien).
Dès lors que les empires n'existent plus, dès lors que la
légitimité des pouvoirs traditionnels - les pouvoirs tribaux -
est contestée de plus en plus et ne peut pas s'exercer dans les
mégapoles dont je parlais, le problème de l'Afrique devient
très difficile à régler en ce qui concerne la sécurité, parce que
les nations africaines n'existent pas. Elles sont nées au
lendemain de l'indépendance héritée de la décolonisation et
nous savons tous - en Europe et hors d'Europe, en Asie, en
Afrique, au nord du Sahara, en Amérique, ...- que la
constitution d'une nation, demande beau.coup de temps et se
réalise à travers de nombreuses crises.
Ces crises, l'Afrique les connaîtra encore pendant des
années, ce qui suppose que nous aidions les Africains s'ils le
demandent à les surmonter. Peu à peu, les nations africaines
se constitueront, mais il faudra du temps pour cela.
En d'autres termes, nous ne sommes pas sortis des crises
africaines ni des interventions extérieures en Afrique.
-43-PARTIE I:
LES EVOLUTIONS RECENTES
- DEPUIS LES ANNEES
1996-1997DE LA POLITIQUE DE SECURITE
DE LA FRANCE EN AFRIQUELes interventions militaires françaises en Afrique des années
70 aux années 90: l'exemple du Tchad
par
Claude d'ABZAC-EPEZY
Professeur Agrégé, Docteur en Histoire,
Chargée de Recherches au
Centre d'Etudes d'Histoire de la Défense
CEHD
et
Jérôme de LESPINOIS
Chargé de Recherches au
Service Historique de l'Armée de l'Air
SHAA