La politique étrangère des grandes puissances
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Description

La première partie concerne la théorie générale de la politique étrangère, articulée autour de quatre variables : le réalisme, l'idéalisme ou le libéralisme, le marxisme et le renouveau théorique. La deuxième partie tente de scruter et décanter les fondements et les politiques de puissances des Etats-Unis, de l'Union soviétique, de la France, de la Grande-Bretagne et de la Chine, tels qu'ils se chevauchent aussi bien en temps de paix qu'en temps de guerre. Voici un outil pour les étudiants en relations internationales, particulièrement en RDC.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2010
Nombre de lectures 402
EAN13 9782296934306
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE
DES GRANDES PUISSANCES
Collection « Géopolitique mondiale »

Dirigée par Mwayila TSHIYEMBE


L’objet de la collection « Géopolitique mondiale » est de susciter les publications dont la vocation est double : d’une part, donner un sens aux mutations provoquées par la mondialisation, étant donné la perte des repères du monde ancien et la nécessité d’inventer des repères du monde nouveau ; d’autre part, analyser la complexité des enjeux territoriaux, des rivalités d’intérêt et de stratégies qui pousse les acteurs à user de la force ou de la diplomatie, pour modifier ou tenter de modifier le rapport de force (ressources naturelles, humaines, culturelles), selon des idéologies qui les animent. A cette fin, la prospective et la pluridisciplinarité sont des approches privilégiées.


Déjà parus :

Mwayila TSHIYEMBE, Le droit de la sécurité internationale, 2010.
Richard KADIEBWE, La guerre de six jours à Kisangani, 2009.
Jean-Lucien EWANGUE, Enjeux géopolitiques en Afrique centrale, 2009.
Mwayila TSHIYEMBE, La politique étrangère de la République démocratique du Congo, 2009.
COLLECTION GÉOPOLITIQUE MONDIALE

Mwayila Tshiyembe


LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE
DES GRANDES PUISSANCES
© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-11813-3
EAN : 9782296118133

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Du même auteur

La politique étrangère de la République Démocratique du Congo, Paris, L’Harmattan, 2009

L’avenir de la question noire en France (sous la direction), Paris, L’Harmattan, 2008

La renaissance de la République Démocratique du Congo (sous la direction), Paris, L’Harmattan, 2008

Refondation de la nation et nationalité en République Démocratique du Congo, Paris, L’Harmattan, 2007

Bilan de la transition en République Démocratique du Congo (sous la direction), Paris, L’Harmattan, 2005

Le défi de l’armée républicaine en République Démocratique du Congo, Paris, L’Harmattan, 2005

Géopolitique de paix en Afrique médiane, Paris, L’Harmattan, 2003

Etat multinational et démocratie africaine. Sociologie de la renaissance politique, Paris, L’Harmattan, 2001

Invention de l’Etat de droit et projet de société démocratique en Afrique. Cas du Zaïre, Paris,
Diane de Selliers Editeur, 1992

Problèmes et perspectives de l’industrie minière en Afrique (sous la direction), Paris, ONUDI/Présence Africaine, 1992
Introduction
La politique étrangère des grandes puissances dont il est l’objet ici, est une nouvelle matière inscrite par la réforme au programme des universités de la République Démocratique du Congo, notamment les Facultés des Sciences sociales, administratives et politiques, Départements des Relations internationales (L1 ou équivalent Master 1).
L’enjeu de cette réforme est de donner un enseignement de qualité aux jeunes universitaires congolais, soit pour les former à une carrière diplomatique, soit pour leur donner des outils d’analyse (recherche des causes) et de compréhension (recherche du sens) du monde global tel qu’il est forgé par la pratique diplomatique des grandes puissances d’hier, d’aujourd’hui et probablement de demain.
Il s’agit de scruter et décanter l’essentiel de la politique étrangère des grandes puissances en tant qu’Etats membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (organe chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales), détenteurs de l’arme nucléaire et du droit de veto, à savoir les Etats-Unis d’Amérique, l’Union soviétique et la Russie, la France, la Grande Bretagne, la Chine.
Bien entendu, la nouveauté de l’enseignement autant que de son contenu, nous oblige, faute des manuels de politique étrangère des grandes puissances à mobiliser l’histoire et la sociologie politique des relations internationales, la stratégie, la géopolitique ainsi que le droit international, pour dégager de ces données éparses, une synthèse des connaissances essentielles, exigées pour obtenir un diplôme de Master en Relations internationales.
Dès lors, cet enseignement multidisciplinaire sera divisée en deux parties : la théorie générale de la politique étrangère (première partie), les fondements et les politiques de puissance (deuxième partie).
La théorie générale de la politique étrangère (première partie) est conçue comme une boussole, devant baliser sinon éclairer le champ des relations internationales, mis en mouvement par la politique étrangère des grandes puissances, par-delà la pratique diplomatique stricto sensu.
Elle est articulée autour de trois variables : la politique étrangère comme instrument de l’Etat (chapitre 1) ; les mutations du monde et l’adaptabilité de la politique étrangère (chapitre 2) ; les théories de la politique étrangères (chapitre 3), la question de la prise de décision est limitée à l’examen des pouvoirs constitutionnels des institutions chargées de la politique étrangère, au jeu des acteurs impliqués et aux rivalités d’intérêts en cause.
Quant aux fondements et politiques de puissance (deuxième partie), ce sont des valeurs partagées, des visions du monde et de la société, des ambitions et des actions menées en temps de paix ou en temps de guerre qui, au fil de l’histoire, sont devenues le socle de la politique étrangère des grandes puissances telles que les Etats-Unis (chapitre 4) ; l’Union soviétique et la Russie (Chapitre 5) ; la France (chapitre 6), la Grande Bretagne (chapitre 7), la Chine (chapitre 8).
Néanmoins, qui dit synthèse, dit choix des tenants et des aboutissants de la politique étrangère de cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, dont la variable structurelle est la puissance en tant que capacité d’agir.
PREMIERE PARTIE LA THEORIE GENERALE DE LA POLITIQUE ETRANGERE
Avant-propos : qu’est-ce que la théorie générale de la politique étrangère ?
Il n’est point besoin ici, de se méprendre sur la formulation « théorie générale de la politique étrangère ». En effet, la politique étrangère autant que l’ensemble des relations internationales et des sciences sociales ne peut être régie par une théorie générale au sens poppérien {1} du terme, c’est-à-dire au sens des théories des sciences naturelles dont la validité peut être rigoureusement contrôlable.
Selon Simmel {2} , il existe dans l’étude de la réalité sociale, de nombreux modèles et schémas explicatifs qui ne sont pas de véritables théories scientifiques au sens strict du terme, mais n’en constituent pas moins des éléments heuristiques, des facteurs d’intelligibilité capables de contribuer utilement à l’élaboration des théories scientifiques.
C’est cette perspective qui a conduit Raymond Boudon {3} à distinguer d’une part, les théories formelles, qui ont une certaine portée générale mais sont dépourvues de toute application ou contenu empirique direct, et les théories au sens strict qui, elles, ont une application empirique mais sous un ensemble de conditions étroitement spécifiées.
Si l’on cherche à appliquer cette distinction au champ de l’étude des relations internationales, note Philippe Braillard, « On voit alors que l’essentiel du corpus théorique développé au cours de ces quarante dernières années ne consiste pas en des théories au sens strict mais relève plutôt des théories formelles, se situant à un niveau métathéorique et non empirique ».
Avant de conclure « Il s’agit pour l’essentiel, de simples cadres formels , de conjectures , d’énoncés de possibilité, de cadres d’analyse qui, tels qu’ils sont formulés, ne relèvent pas des critères poppériens de la vérification et ne sont pas à proprement parlant scientifiques. Ils n’en font pour autant pas moins partie, à notre avis d’une démarche scientifique, dans la mesure où ils constituent des éléments heuristiques , des cadres d’intelligibilité qui devraient permettre l’élaboration de théories au sens strict {4} ».
Autrement dit, il n’existe pas de loi générale des relations internationales au sens scientifique du terme, pas plus qu’il n’existe de telles lois s’appliquant aux autres sphères de la réalité sociale. En revanche, l’élaboration de telles théories générales ou partielles comme éléments heuristiques, comme cadres d’intelligibilité est une démarche utile et même indispensable au développement de théories au sens strict, théories qui, elles, ne peuvent avoir qu’une portée et une validité locales.
Il en est ainsi des concepts d’intérêt national exprimé en termes de puissance dans la théorie réaliste de Morgenthau ; de polarité du système international ou encore de la hiérarchie des acteurs dans la théorie systémique ; de la personnalité des acteurs, de la perception , des attributs des acteurs étatiques , de l’écart entre les capacités des Etats et leur place dans la hiérarchie internationale, de leur homogénéité culturelle et des facteurs démographique dans la théorie des conflits internationaux ; de la quantification statistique et recherche des corrélations comme critère de scientificité dans la théorie behaviorisme.
On peut dire de même du choix rationnel de l’homme d’Etat en politique étrangère, sans ignorer le conditionnement de cette décision par des structures bureaucratiques fonctionnant selon certaines procédures et dont la routine tend à fragmenter les décisions et l’information.
De même, la décision en matière de politique étrangère peut être également le résultat d’un marchandage, d’un jeu complexe, entre les membres d’une hiérarchie bureaucratique, d’un appareil gouvernemental, marchandage dans lequel entrent en jeu divers problèmes internationaux.
Outre ces trois paradigmes (rationnel, organisationnel, bureaucratique), s’ajoutent la personnalité des décideurs , les attributs physiques, culturels et structurels des acteurs y compris les variables systémiques , pouvant intervenir dans l’élaboration de cette politique, selon James Rosenau {5} , sans pour autant être capable d’établir une hiérarchie de ces facteurs, en mettant en évidence les interactions complexes qu’ils peuvent avoir entre eux.
Chapitre 1 La politique étrangère comme instrument de l’Etat
1. Qu’est-ce que la politique étrangère ?
La politique étrangère est l’instrument par lequel l’Etat tente de façonner son environnement politique international {6} . Elle peut être définie comme « l’effort d’une société nationale de contrôler son environnement externe par la préservation des situations favorables et la modification des situations défavorables », selon le politologue américain James Rosenau.
Autrement dit, la politique étrangère est la projection par les Etats de leur vision de la société et du monde, à un moment historique donné de leur évolution, selon leur capacité, soit pour maximiser les intérêts, soit pour minimiser les risques.
Il va de soi que poser la question de la politique étrangère, c’est aborder la problématique de l’Etat, comme acteur des relations internationales, des instruments mis à sa disposition et de leur pertinence face aux mutations du monde.
Ceci explique pourquoi l’étude de la politique étrangère doit être renouvelée de fond en comble, car loin d’être un instrument administratif docile d’une machine d’Etat à la poursuite d’un intérêt national clair, la politique étrangère a subi d’importantes transformations depuis la fin de la guerre froide, à l’épreuve de la globalisation.
Certes, la politique étrangère est par essence une politique publique , c’est-à-dire une politique mise en œuvre par l’Etat et ses services, avec des moyens précis, afin d’atteindre des objectifs bien définis. Cependant, sa singularité est double : d’une part, son rayon d’action dépasse le territoire national, d’autre part les mutations mondiales ont modifié la nature de ses moyens , de ses missions , des questions soumises à son agenda et surtout l’irruption de nouveaux acteurs sur la scène mondiale.
Abordée sous cet angle, la politique étrangère consiste souvent à réagir ou à s’adapter à des événements externes sur lesquels les décideurs n’ont aucune prise. Dans ce même ordre d’idées, le processus décisionnel de la politique étrangère change et se complexifie. Cette complexité explique en partie son opacité à la différence d’autres politiques publiques. Et ce, d’autant que la politique étrangère a toujours été considérée comme un domaine réservé de plus hauts responsables de l’Etat. Cette conception traditionnelle de la politique étrangère ne correspond plus à la mobilité des temps modernes, c’est-à-dire de la globalisation.
Pour l’adapter à cette nouvelle donne, la politique étrangère doit aborder les problèmes dont l’horizon s’élargit et qui sont traités par des nouveaux acteurs. Tant et si bien que la politique étrangère est un processus de médiation visant à articuler les sociétés nationales à la société internationale , dans le contexte bouleversé de l’après-guerre froide, de l’érosion de la souveraineté et de la globalisation.
Dès lors, la politique étrangère est une somme des relations extérieures officielles et non officielles conduites par des acteurs indépendants (publics ou privés) dans les relations globales d’aujourd’hui.
Elle doit être extirpée du ghetto où elle était enfermée aussi bien par les néo-réalistes intéressés par la structure du système international en termes de redistribution de la puissance et pas assez à la structure interne des Etats ; par les néolibéraux centrés sur les processus de coopération et les organisations internationales ; par l’école transnationaliste qui décrète l’obsolescence de la politique étrangère à l’ère de la globalisation, que par la tradition de l’analyse de la politique étrangère bloquée dans la tour d’ivoire de la théorie de prise de décision , en se coupant des relations internationales.
Pour toutes ces raisons, la politique étrangère a une portée globale même si elle ne couvre pas tout le champ des relations internationales. Par-delà les chancelleries , la politique étrangère s’ouvre aux domaines nouveaux tels que la protection des ressortissants à l’étranger, la projection de l’identité nationale sur la scène internationale, la prévention de l’intégrité territoriale, promotion du commerce et des intérêts économiques nationaux aux côtés des entreprises multinationales ou nationales , l’intervention humanitaire, protection des droits de l’homme et des biens commun de l’humanité (forêts , climat , monuments historiques).
2. La politique étrangère est-elle l’expression des intérêts nationaux d’un Etat ?
La politique étrangère est à la fois l’expression officielle et la poursuite concrète des intérêts nationaux d’un Etat. Elle consiste donc à exprimer des positions, mais aussi à entreprendre des actions. Elle peut être réactive (la condamnation d’une invasion) ou proactive (une initiative qui constitue elle-même l’événement). Dans les deux cas (réaction et pro-action), la politique étrangère est supposée avoir été décidée rationnellement dans le sens des intérêts de l’Etat représenté.
3. Quels sont les moyens de la politique étrangère ?
Par « les moyens de la politique étrangère », il faut entre les ressources humaines, financières, technologiques, culturelles, qui constituent les « forces profondes » de la politique étrangère, déterminent les capacités et l’exercice de la puissance diplomatique sous des formes variables (force, dissuasion, persuasion, influence).
Naturellement, la politique étrangère s’appuie soit sur une administration, soit sur un réseau d’ambassades , soit sur la compétence diplomatique de ses agents, soit le cas échéant, sur les moyens de pression tels que les armées (dans les pays comme les USA), les forces économiques et industrielles (les entreprises multinationales).
En effet, ces structures ont la possibilité de fournir ou au contraire de retirer un soutien économique à un pays, par exemple l’aide économique des USA à Israël ou les sanctions économiques contre l’Irak.
Tous les Etats n’ont donc pas les mêmes moyens à leur disposition, selon qu’ils sont industrialisés ou envoie de développement , des puissances à vocation planétaire ou des puissances régionales sans oublier les « souverainetés déchues {7} », pour utiliser l’expression de Bertrand Badie. Par exemple, les USA et la Gambie ne discutent pas à armes égales.
Compte tenu de ces variables (intérêts, acteurs et moyens), tous les Etats n’ont pas le même type de politique étrangère. Cela veut dire que le contenu, le style, les traditions, diffèrent d’un Etat à l’autre, en fonction du contexte, de l’histoire et de la capacité d’agir.
En revanche, ce qu’il y a de commun à tous les pays, qu’ils soient puissants ou faibles, c’est l’existence d’un corps bien particulier des agents de l’Etat, chargé de faire vivre la politique étrangère, appelé « les diplomates ».
4. Quels sont les acteurs institutionnels de la politique étrangère ?
Selon les pays, plusieurs institutions participent à l’ordonnancement de la politique étrangère. D’une manière générale, la première institution chargée de la politique étrangère est le pouvoir exécutif (Président de la République, Roi, Reine, Empereur, Gouvernement, selon la terminologie du pays en cause).
Outre le Président de la République et le Premier Ministre, c’est le Ministre des affaires étrangères , qui gère le réseau diplomatique situé dans l’administration centrale et à l’étranger, à travers les ambassades et les consulats.
Dans certains pays, surtout les grandes puissances, le ministère de la défense ou le ministère des Armées et les services de renseignement , jouent un rôle important soit dans la définition , soit dans la mise en œuvre de la politique étrangère.
Toutefois, des acteurs inattendus jouent un rôle direct ou indirect sur la politique étrangère. Parmi ces acteurs, on peut citer les conseillers du Président ou du Premier Ministre , les Ambassadeurs itinérants , les techniciens ou experts chargés des missions ad hoc.
La deuxième institution appelée à jouer un rôle diplomatique éminent, selon les lois des Etats, est le pouvoir législatif ou le Parlement , notamment en matière de ratification des traités , déclaration de guerre , vote de budget sur les engagements extérieurs (civils ou militaires). Toutefois, exception faite du Congrès américain , le poids des Parlements en tant qu’acteurs de la politique étrangère dans le reste des démocraties du monde est très faible.
Toutefois, bien qu’ils ne figurent pas dans la nomenclature institutionnelle officielle, les grands médias , les partis politiques , les réseaux de lobbying l’opinion publique , les entreprises multinationales , voire quelques individus , sont devenus par le hasard de l’histoire, des acteurs privés de la politique étrangère. Ils peuvent influencer la politique étrangère d’un Etat dans un sens ou dans l’autre, selon les intérêts en jeu et le rapport de force en présence.
Ces acteurs privés interviennent dans la conduite de la politique étrangère, soit dans une relation de négociation/ lobbying normalisée (les Etats et les ONG lors des négociations du protocole de Kyoto), soit dans une relation transcendée , lorsque les acteurs transnationaux contournent les Etats (Eglises et mouvements religieux, sectes, mafias).
Cette posture est explicite dans les démocraties d’opinion d’Europe et d’Amérique du Nord, comme l’atteste l’onde de choc des événements du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. En revanche, dans les Etats qui ne sont pas encore des démocraties d’opinion , leur posture d’acteurs privés de politique étrangère est encore invisible, parce qu’ils agissent par des canaux informels.
Dorénavant, on peut s’interroger sur l’intrusion de ces acteurs privés dans la politique étrangère : leurs choix de politique étrangère sont-ils rationnels ? Respectent-ils l’intérêt général ? Sont-ils conscients de la responsabilité de leurs actes de politique étrangère ?
5. Quelles sont les fonctions principales d’un diplomate ?
a) la fonction d’information et de conseil
Lorsqu’il est en poste à l’étranger, c’est-à-dire en ambassade, le diplomate a pour mission d’informer son pays (gouvernement) sur le pays dans lequel il se trouve. Il donne à cette information la valeur ajoutée de son analyse personnelle développée dans la perspective des intérêts nationaux
. Lorsqu’il est en poste à l’administration centrale (le ministère des affaires étrangères) ou bien à l’étranger, le diplomate conseille également le ministre et à travers lui, le gouvernement sur les positions à adopter et sur les actions à entreprendre.
b) La fonction de représentation et de négociation
On peut noter que les diplomates, au premier rang desquels se trouvent les ambassadeurs ou les chargés d’affaires, représentent l’Etat à l’étranger. Si ceux-ci ne sont pas présents dans le pays, ce sont les Ministres conseillers (le plus élevé des grades diplomatiques) qui font l’intérim des ambassadeurs. Généralement, l’ambassadeur est le représentant attitré du chef de l’Etat.
Il cumule sous son autorité, les missions de représentation, de négociation , de préparation des traités internationaux , de recherche de compromis ou modus vivendi avec le souci de préserver l’intérêt national.
c) La fonction des services ou d’intendance
Par-delà la fonction classique de s’occuper des matières économiques et commerciales , les consulats ou les chancelleries délivrent des visas aux populations du pays d’accueil pour qu’elles se rendent dans leur pays d’origine d’une part, et représentent dans le pays d’accueil les intérêts de leurs ressortissants expatriés.
Souvent moins prestigieux, les services des consulats restent essentiels. Par leur intendance et surtout leur proximité, les consulats attestent par la pratique quotidienne les effets positifs ou négatifs de la représentation nationale et à ce titre, symbolisent l ’effectivité de la présence d’un Etat hors de ses frontières.
Chapitre 2 Les mutations du monde et l’adaptabilité de la politique étrangère
1. Complexité croissante de l’environnement international
a) La multiplication des interlocuteurs
Au lendemain de la seconde guerre mondiale (1945), la politique étrangère avait une cinquantaine d’interlocuteurs potentiels en termes d’Etats souverains, la majorité des peuples de la terre croupissait encore sous le joug colonial. Aujourd’hui, il y a environ 195 Etats membres de l’ONU après la vague de décolonisation , le morcellement de l’empire soviétique et la désintégration de la Yougoslavie.
Et qui plus est, les nouveaux acteurs ont fait irruption sur la scène internationale et se sont imposés. Il s’agit d’une part des organisations intergouvemementales , des Organisations non gouvernementales de type humanitaire (Médecins sans frontières), de défense des droits de l’homme (Amnesty International, Human Right Watch), de protection de l’environnement (Greenpeace), des entreprises multinationales , des églises et mouvements religieux.
b) La multiplication des paramètres à gérer
C’est surtout la dimension économique et commerciale de l’action internationale qui s’est sensiblement transformée et amplifiée. L’on peut citer, par exemple, l’aide aux exportations, l’acquisition des parts du marché, la question de la dette, l’organisation mondiale du commerce et le multilatéralisme, devenues des priorités majeures de la politique étrangère.
c) La concurrence des acteurs transnationaux
Pour gérer ces domaines souvent techniques, il arrive que des acteurs privés soient mieux préparés que les administrations de l’Etat. Amnesty International et Greenpeace par exemple, maîtrisent mieux certaines questions liées au droit de l’homme ou à l’environnement que les bureaucraties des ministères des affaires étrangères.
En outre, ces mêmes acteurs jouissent d’une disponibilité , d’une capacité d’adaptation et des moyens techniques plus mobilisables dans l’urgence que les diplomates coincés par des multiples contraintes statuaires.
Il va sans dire que la politique étrangère d’Etat tente de s’adapter à ces évolutions en se transformant elle-même. Les choix en la matière ne sont pas nombreux et ne comportent tous des inconvénients, pour le statut de l’acteur étatique sur la scène internationale.
2. La réductibilité de la marge de manœuvre de la politique étrangère de l’Etat
a) Les risques de la démultiplication
La politique étrangère d’un Etat peut d’abord tenter de prendre-à-bras-le-corps chaque thème nouveau qui émerge de l’ agenda politique et élaborer des prises de position , puis des actions dans ce sens. Pour faire face à cet afflux elle doit, alors, participer à des forums toujours plus nombreux (conférences globales, notamment des Nations Unies) et créer des nouvelles bureaucraties ad hoc pour suivre ces dossiers.
L’objectif est alors, d’aboutir à une diplomatie globale ou diplomatie totale , selon l’expression d’Hamilton Langhorn, qui ne laisse aucun thème hors de ses compétences. Mais le risque est de perdre en cohérence , de se disperser et de s’épuiser en voulant traiter plus des dossiers qu’il n’est possible de le faire.
b) Le risque de dilution
Il est également possible de confier certaines missions aux acteurs privés et de pratiquer ainsi une sorte de sous-traitance en matière de politique étrangère. A titre d’exemple, un Etat peut compter sur la présence du Comité international de la Croix rouge dans un conflit, confier l’élaboration d’un rapport sur l’environnement à GREENPEACE, autoriser les volontaires d’une association religieuse à fournir un soutien moral à une population en guerre, etc.
Dans ce cas et si l’on n’y prend garde, l’Etat en cause risque de voir sa politique étrangère détournée par les acteurs privés , capables de contester sa logique de souveraineté et imposer leurs priorités , plutôt que de se contenter d’être des instruments ou des relais.
c) La nécessité de redéfinir les nouvelles fonctions et les nouveaux moyens pour les diplomates
Bien qu’il ne soit pas logique de conclure que la politique étrangère d’Etat disparaîtra et que les diplomates seront inutiles , force est d’observer que l’évolution des missions et des moyens mis à leur disposition, implique un changement radical de la perception classique des diplomates.
En effet, mieux qu’hier, leur utilité se fait sentir d’abord en amont de la décision , lorsqu’il faut préparer les sommets internationaux et les rencontres de plus hauts décideurs. Les diplomates interviennent également en aval lorsqu’il s’agit de communication , c’est-à-dire d’expliquer les décisions qui ont été prises lors de ces rencontres.
Le Conseil européen illustre cette situation où les diplomates préparent les réunions, et puis expliquent les traités ou les décisions qui ont été adoptés. Il s’agit, sans nul doute, de nouvelles fonctions et de nouveaux moyens qu’il faille intégrer dans le champ d’action de la nouvelle diplomatie globale.
d) Faut-il réinventer la politique étrangère ?
La politique étrangère, on le voit bien, vient de subir de profondes transformations. Ses fonctions initiales se modifient, le rôle de ses agents évolue. Sa pratique est à réinventer aujourd’hui et sa conception à revoir.
Et ce, non seulement face à l’enjeu d’intégration régionale et de massification des blocs régionaux (ALENA, MERCOSUR, Union européenne, Union africaine , Association des Nations du sud est Asiatique ), mais également face au rôle croissant des acteurs privés dont l’expertise est de plus en prisée, à l’ère du multilatéralisme.
Chapitre 3 Les théories ou les paradigmes de la politique étrangère
1. La théorie réaliste
En dépit des critiques dont elle a fait l’objet {8} , la théorie réaliste reste l’axe explicatif majeur sinon la matrice disciplinaire {9} des relations internationales et de la politique étrangère, comme l’atteste l’après 11 septembre 2001. Et ce, grâce à la pertinence et au pragmatisme de son postulat selon lequel, « le monde doit être abordé tel qu’il est et non tel qu’il devrait être », c’est-à-dire en refoulant tout sentimentalisme.
Accusé à tort de bellicisme , le réalisme a pour vocation d’éviter le conflit et table pour y parvenir sur la sécurité et la dissuasion : « Si tu veux la paix, prépare la guerre », disait Jules César.
Le risque permanent des conflits entre les Etats en quête de puissance ou tout simplement de « l’équilibre des puissances », constitue l’hypothèse centrale du réalisme, même s’il est fondé de souligner qu’il existe plusieurs courants au sein du réalisme.
En effet, le réalisme s’inscrit dans une longue tradition qui remonte à Thucydide (471-400 avant J.C.) et son récit de la négociation pendant les guerres du Péloponnèse entre les représentants d’Athènes et de l’île de Melos, dans lequel il souligne l’importance du rapport de force entre les parties prenantes à la négociation. Outre Thucydide, entrent dans ce courant de pensée Le Prince de Machiavel {10} (1469-1527) qui place la sécurité de l’Etat au centre de ses préoccupations. « Un prince ne doit avoir autre objet ni autre pensée, ni prendre autre matière à cœur que le fait de la guerre et l’organisation et la discipline militaires ; car c’est le seul art qui appartienne à ceux qui sont princes de naissance, mais bien souvent il fait monter à ce degré des hommes de simple condition ; en revanche on voit que quand les princes se sont plus abandonnés aux voluptés qu’aux armes, ils ont perdu les Etats {11} ».
Le Léviathan de Thomas Hobbesi {12} (1588-1679), développe la vision d’un état de nature marqué par la guerre de tous contre tous et nécessite l’imposition d’un ordre par une autorité supérieure. D’après Hobbes, les hommes déposèrent les armes et attribuèrent à cette autorité suprême, le Léviathan ou l’Etat dirions-nous aujourd’hui, « le monopole de la violence physique légitime », pour utiliser l’expression de Max Weber {13} .
« L’Etat réducteur de risque » se voyait donc investi des pouvoirs de justice et de police. Tout l’objet philosophique de Hobbes sera de définir les conditions de survie de cet Etat et partant, les conditions d’existence de la société civile ainsi créée. L a première mission de l’Etat et la justification de son pouvoir est d’assurer la protection des citoyens.
De la guerre {14} , l’ouvrage majeur de Clausewitz (1780-1831) dans lequel il affirme que la guerre est seconde à la politique. Ceci veut dire que Clausewitz établit la relation de dépendance sinon de soumission de la guerre à la politique.
Cette dépendance est l’une de ses principales idées dont la référence se trouve dans la célèbre phrase : « la guerre n’est qu’une simple continuation de la politique avec d’autres moyens ». La guerre, précise-t-il, est un « acte de violence destiné à contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté » par l’usage « de la force physique dans son intégralité ».
Le sang constitue le prix de la guerre qui, en tant que violence, n’a pas de limite et peut aller jusqu’aux extrêmes. En d’autres termes, la guerre est un moyen au service d’une fin appelée la politique.
Parmi les figures emblématiques du réalisme contemporain, on trouve Hans Morgenthau {15} (1904-1980), Kenneth Waltz (né en 1924), chef de file du néoréalisme postulant la primauté du facteur politique {16} ; Henry Kissinger (né en 1923, ancien Secrétaire d’Etat américain {17} ), Raymond Aron, (1905-1983) dont l’ouvrage « Paix et guerre entre les nations {18} » fait autorité.
Toutefois, c’est à H. Morgenthau que l’on doit la notion même de « théorie réaliste » dont l’ambition est tout à la fois scientifique « construire une théorie générale et universellement valable de la politique internationale » et pragmatique « cette théorie doit guider l’action des Etats et les convaincre de rompre avec l’idéalisme wilsonien ».
Dans son célèbre ouvrage « Politics among Nations {19} », il pose avec force, l’un des postulats principaux et commun à toute la pensée réaliste : « la politique étrangère des Etats doit avoir pour ambition première de défendre et de promouvoir leur intérêt national ’soulignent Amélie Blom et Frédéric Charillon {20} .
Par-delà les querelles des chapelles, trois variables structurent le réalisme : l’intérêt national, l’équilibre et la puissance, le système international et la polarité.
a) L’intérêt national
Le concept d’intérêt national est l’indicateur primordial par lequel le réalisme se fraie un chemin dans le domaine de politique internationale. Ce concept d’intérêt national est défini en termes de puissance et fournit le lien entre la raison cherchant à comprendre la politique internationale et les faits qui doivent être compris.
Pour H. Morgenthau, « Les hommes d’Etat pensent et agissent en termes d’intérêt défini comme puissance et l’évidence de l’histoire confirme cette supposition qui nous permet de retracer et de prévoir les pas qu’un homme d’Etat passé, présent ou futur a fait ou fera sur la scène politique. Les hommes d’Etat distingueront entre leur devoir officiel qui est de penser et d’agir en termes d’intérêt national et leur désir personnel qui est de voir leurs propres valeurs morales et principes politiques réalisés partout dans le monde ».
- L’intérêt national en termes de puissance est une notion floue
Le concept d’intérêt national défini en termes de puissance dérive d’une certaine vision de l’homme, de l’Etat et du système international.
En effet, affirmer que les Etats agissent sur la scène internationale en vue de défendre et de promouvoir leur intérêt défini en termes de puissance , participe d’une tradition sociologique inspirée de Max Weber.
Pour Morgenthau, les intérêts et non les idées dominent directement l’action des hommes et sur la scène internationale, les Etats sont dans une situation identique à celle des individus dans un « état de nature » avant l’instauration du Léviathan, selon Hobbes. Il en conclut que la violence est l’expression normale de l’antagonisme des souverainetés. Les Etats agissent dans un milieu international anarchique qui n’est régi par aucune autorité supérieure.
Dès lors, ils ne peuvent être mus que par un calcul égoïste, selon Machiavel, c’est-à-dire assurer leur sécurité par la maximisation de la puissance.
D’après H. Morgenthau, la politique étrangère peut être définie « comme un effort continu pour maintenir et accroître la puissance de sa propre nation et pour restreindre ou amoindrir la puissance des autres nations ».
A travers ce concept, le réalisme tente de consolider les ambitions scientifiques et politiques par la rationalisation de toute action politique compréhensible en théorie. Il va de soi que cette hypothèse consolide les ambitions scientifiques et politiques du réalisme, à la recherche d’une rationalité sous-jacente à toute action politique compréhensible en théorie. L’intérêt national défini en termes de puissance, est le principe d’action unique des Etats.
De cette posture scientifique, il y a lieu de déduire que ce n’est pas l’observation des faits qui détermine la variable explicative mais l’inverse. De même, la quête de la puissance fonctionne comme une loi générale permettant de prévoir tout type de politique étrangère. La revendication universalisante et prédictive du réalisme se trouve ainsi confirmée.
Par ailleurs, en engageant les hommes d’Etat à privilégier « l’ éthique de la responsabilité » plutôt que « l’éthique de la conviction » au sens wébérien du terme, Hans Morgenthau ne fait pas l’apologie de la force. Il s’agit bien de la dimension normative de sa théorie. Seule une politique étrangère réaliste, menée selon un calcul des coûts et des risques et consciente des limites imposées par la quête de la puissance des autres Etats, peut, in fine, éviter les drames humains.
Néanmoins, le postulat de l’intérêt national en termes de puissance est fragile pour deux raisons au moins : l’intérêt national et la puissance sont des notions floues. En effet, l’intérêt national reste un concept étonnamment vague et sa définition est variable et conjoncturelle.
D’ailleurs Hans Morgenthau n’a jamais défini l’intérêt national, quitte à se contenter de dire qu’il est « la survie d’une unité politique dans son identité », c’est-à-dire son intégrité territoriale, ses institutions politiques et sa culture.
Cependant, les raisons pour lesquelles un Etat estimerait sa survie menacée et choisirait de la protéger par une politique expansionniste ou isolationniste, agressive ou pacifique, restent inexpliquées.
Quant au concept de puissance la sous-tendant, il souffre des mêmes ambiguïtés, tout comme l’idée de quête de puissance qui apparaît à la fois comme un moyen et une fin.
- L’intérêt national est une approche simpliste
Le réalisme est une approche simpliste , car la rationalité de l’intérêt national qui est le socle de l’action internationale ne résiste pas à la critique. Et ce, à cause de sa conception anthropomorphique de l’Etat : l’Etat se confond avec l’homme d’Etat.
Or, la décision en politique étrangère peut être le résultat des synthèses, compromis, voire rivalités entre plusieurs institutions étatiques, plusieurs bureaucraties. En outre, l’intérêt de l’homme d’Etat ne peut se confondre intégralement et automatiquement avec celui de l’Etat. Ce rapport varie en fonction des régimes politiques (dimension négligée par le réalisme). Le primat de la rationalité , dans le sens wébérien est tout à fait discutable : les passions , les émotions , n’influencent-elles pas également la politique étrangère ?
Du reste, le concept d’intérêt national a fait l’objet de reformulation par les réalistes critiques , considérant que les décideurs n’agissent pas souvent en fonction d’un intérêt général mais en fonction d’intérêts multiples , sectoriels à court terme.
L’intérêt national n’aurait alors de valeur analytique que par sa fonction légitimatrice car, de même que la raison d’Etat , il ne se justifie ni ne se négocie. Dans cette perspective, l’intérêt national n’existerait pas en soi , il serait ce que les décideurs désignent comme tel.
b) Equilibre et puissance
L’équilibre et la puissance sont deux notions clefs de l’approche réaliste. Il est donc logique que leur combinaison, c’est-à-dire l’équilibre des puissances, en soit l’une des idées-forces. Il est considéré par une majorité des réalistes comme la configuration la plus souhaitable dans les relations interétatiques par opposition à l’hégémonie et à l’unipolarité y car l’équilibre des puissances seule est capable d’instaurer un minimum de stabilité et de paix.
L’équilibre de puissance repose sur la conviction que seul le pouvoir limite le pouvoir. L’équilibre des puissances renvoie à une situation telle qu’aucune puissance ne puisse être dans une position prépondérante , lui permettant de dicter sa loi aux autres. Son antonyme serait alors l’hégémonie.
Perçue comme une loi générale , l’équilibre des puissances puise sa justification dans l’histoire (Rome face à Carthage, le Concert européen de 1815 ou Congrès de Vienne). La volonté de domination d’une nation oblige toujours les autres à la contrebalancer pour qu’un minimum de stabilité et de paix soit maintenu. Cet argument est-il convaincant ? Rien n’est moins sûr.
- L’équilibre des puissances permet de concilier logique de puissance et aspiration à la paix
La nécessité de l’équilibre des puissances tient à la spécificité du système international décentralisé et anarchique où le recours à la force armée est d’autant plus probable qu’aucune autorité supérieure aux Etats ne peut leur contester cette prérogative.
Dans ce contexte, les Etats sont en perpétuelle concurrence les uns avec les autres pour maximiser leur puissance. Leur comportement est principalement déterminé par la distribution de la puissance à l’échelle internationale : les Etats sont puissants ou faibles, petits ou grands.
Abordé sous cet angle, l’équilibre des puissances est un mécanisme régulateur et protecteur Régulateur, car il permet aux Etats d’anticiper rationnellement leurs comportements en fonction de la puissance des uns et des autres. Ce principe cynique comporte au moins l’avantage d’être moins imprévisible que les passions idéalistes mais aveugles.
Protecteur, car il évite, au niveau global, la constitution d’un empire universel et protège, au niveau régional, l’indépendance des petits Etats. L’équilibre des puissances a également une justification morale : assurer l’indépendance des nations , surtout les plus faibles (par exemple, les pays de l’Europe occidentale devraient leur survie en tant qu’Etats indépendants à l’équilibre bipolaire maintenu grâce à la protection américaine pendant la guerre froide).
Quant à l’interprétation et à l’application de l’équilibre des puissances , elles s’expriment d’une manière variée.
Du point de vue théorique , le mécanisme d’équilibre des puissances fait l’objet de plusieurs interprétations : « résultat naturel, émanant automatiquement de la lutte pour le pouvoir », selon Morgenthau ; « objectif à atteindre à force d’une politique volontariste des Etats », selon Kissinger, qui se réfère notamment à l’Europe du 19è siècle, façonnée par le Congrès de Vienne de 1815.
La façon dont la réalité concrète est perçue prend également plusieurs formes dont celle de diviser pour régner (divide and rule) illustrée par la stratégie française à l’égard du Saint Empire au 17 ème et 18 ème siècles, ainsi que la stratégie de la diplomatie britannique d’imposer l’équilibre des puissances (balance of power) en Europe au 19 ème siècle et jusqu’à la seconde guerre mondiale ; celle de compensations territoriales attribuées à plusieurs protagonistes pour les satisfaire tous et apaiser le conflit (traité d’Utrecht en 1713 appliquant pour la première fois, de façon délibérée, le principe de l’équilibre des puissances en répartissant les possessions espagnoles entre les Habsbourgs et les Bourbons) ; celle d’alliances se faisant face et se neutralisant, du fait de l’égalité de leurs armes respectives (les blocs Est-Ouest constitués par les Etats-Unis et l’Union soviétique pendant la guerre froide).
- L’équilibre des puissances a un caractère opérationnel difficile à démontrer
Paix et équilibre des puissances est un lien difficile à établir. En effet, la communauté idéologique qui rassemble les démocraties par exemple, n’est-elle pas un facteur de paix plus fort que l’équilibre des puissances ?
C’est ce qu’affirme la théorie libérale, notamment la théorie de la paix par la démocratie. Pour ne prendre qu’un cas cher aux réalistes, c’est la solidarité des monarchies contre le régime napoléonien qui a donné l’Europe du Congrès de Vienne , davantage que le principe abstrait de l’équilibre des puissances.
En outre, l’équilibre des puissances n’est-il pas parfois un facteur de guerre ? Le face à face entre les alliances ne conduit-il pas à l’engrenage « course aux armements voire conflit », comme dans le cas de la première guerre mondiale ou n’aggrave-t-il pas le dilemme de sécurité sans pour autant garantir le succès de la dissuasion ? De plus, la perception d’une stabilité issue d’un équilibre des puissances peut se révéler dérisoire : le mythe de la stabilité bipolaire de la guerre froide n’a-t-il pas surtout servi à occulter l’instabilité causée par cette même guerre froide hors des frontières des principaux acteurs (au Vietnam, en Angola, au Mozambique, en Afghanistan) ? Enfin, la paix ne se décrète pas comme une formule mathématique. Elle résulte des dynamiques internationales, locales, sociales, extrêmement complexes.
A cela s’ajoute que la puissance est un concept controversé , à cause de son imprécision. En effet, par-delà la perception variée de l’équilibre des puissances , celui-ci justifie des politiques fort différentes les unes des autres, allant du soutien économique à un allié en difficulté, à la fuite en avant dans la course aux armements, en passant par une diplomatie dite équilibrée, mais ayant en fait pour objectif l’épuisement mutuel des protagonistes (l’Occident avait été soupçonné d’une telle stratégie dans la guerre d’Irak-Iran entre 1980 et 1988).
Par ailleurs, ce que l’on nomme puissance n’est pas toujours précis, même si c’est le plus souvent une vision statique , fondée essentiellement sur la capacité militaire , c’est-à-dire une addition des forces permettant de définir une hiérarchie entre Etats (superpuissances, puissances moyennes, puissances globales, régionales, etc.), selon la portée de leur puissance et leur capacité à la projeter.
Pour toutes ces raisons, au concept statique de puissance en tant qu’ensemble de ressources (territoire, forces armées, population, matières premières) selon Morgenthau, s’oppose une vision plus dynamique de la puissance comme une capacité multidimensionnelle (Aron) voire un vecteur d’influence , liée soit au langage, médias, culture, d’où le concept de « soft power » ou « puissance molle » de Joseph Nye, d’après lequel, « la puissance repose aussi bien, sinon plus , sur la capacité d’attirer qu’elle ne repose sur la capacité de contraindre {21} » par opposition à la « puissance dure » ou « hard power » fondée exclusivement sur la force militaire.
Susan Strange parle de « puissance structurelle » entendue comme « le pouvoir conféré par la capacité d’offrir ; de refuser ou de menacer la sécurité (la structure de la sécurité) ; la capacité d’offrir ; de refuser ou de demander des crédits (la structure financière) ; la capacité de déterminer la localisation , le mode et le contenu de la production manufacturière (la structure de production) ; la capacité d’influencer les idées et les croyances et, par voie de conséquence, les connaissances socialement appréciées et recherchées ainsi que la capacité de contrôler et d’influencer (par le langage) l’accès à cette connaissance (la structure du savoir) {22} ».
En d’autres termes, la « puissance structurelle » est la capacité de définir un certain nombre de règles du jeu qui sont imposées aux autres Etats, dans les domaines clefs de la vie internationale : sécurité, production , finance , information. La puissance revêt alors plusieurs dimensions permettant à un acteur tel que les Etats-Unis, de faire ce qu’ils souhaitent, mais aussi de faire faire , voire d’empêcher de faire ce qu’ils ne souhaitent pas.
c) Système international et polarité
La fin de la guerre froide a laissé la théorie réaliste quelque peu démunie jusqu’à l’évènement du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, c’est-à-dire la destruction des tours jumelles de New York, cœur de la puissance économique et financière de l’Oncle Sam, attribuée à Al Qaïda.
Soucieuse de discerner la hiérarchie des puissances au sein d’un système international, la théorie réaliste doit désormais, tenter d’analyser et de comprendre un monde difficilement réductible au schéma ancien.
Peut-on encore parler de système pour qualifier la situation post-guerre froide et faut-il toujours s’efforcer d’en deviner le « nombre de pôles » ?
- Unipolarité et multipolarité : deux visions d’inspiration réaliste
Après la disparition corps et biens du bloc communiste avec le Mur de Berlin (1989) et de l’Union soviétique (1991), le monde post-bipolaire est-il un gage de stabilité hégémonique ou anarchique ?
Peu après la fin de la guerre froide, nombre d’experts ont proposé des analyses sur le monde futur ou le monde postcommunisme. Pour les uns, la disparition de l’Union soviétique signifiait automatiquement la victoire des Etats-Unis, censés être l’ unique superpuissance en piste. C’était la naissance « d’un monde unipolaire » illustré par la puissance américaine dans la guerre du Golfe.
Pour les autres, cette analyse était contestable. Pour étayer leur thèse, ils arguaient que la fin de la bipolarité débouchait sur un monde ouvert au jeu des puissances , offrant à certaines d’entre elles de nouvelles marges de manœuvres.
Ce débat débouchait sur une autre interrogation, de plus en plus normative. Si le monde était dans une phase d’unipolarité américaine, fallait-il s’en réjouir et croire aux vertus d’un nouvel ordre mondial proposé par Georges Bush père ou s’en inquiéter ?
Si au contraire le monde était devenu multipolaire , devait-on saluer l’émergence d’une nouvelle communauté politique internationale pluraliste ou craindre une dérive anarchique , un retour à l’état de nature ?
Dans tous les cas, raisonner en termes d’unipolarité et de multipolarité revient à adopter le langage réaliste et à conserver les cadres d’analyse de la guerre froide.
D’abord par l’utilisation du concept des pôles comme si l’ensemble de la politique mondiale continuait de s’articuler autour de centres de décision privilégiés , représentés par des Etats particuliers , desquels partiraient les grandes impulsions qui façonneraient la scène mondiale et qui attireraient, par leur force d’attraction, l’essentiel des initiatives individuelles et collectives mises en œuvre dans le monde.
Ces intuitions ne sont pas totalement fausses, mais il faut se garder d’en faire une grille de lecture trop automatique.
Et ce, d’autant que le concept de pôle est aussi flou que celui de la puissance dont il est parfois synonyme. Par ailleurs, l’idée de polarité sous-tend la nécessité d’un nouveau système interétatique remplaçant le système bipolaire et qu’il convient simplement de préciser combien d’Etats y jouent désormais, un rôle de premier plan.
On retrouve ici, les ingrédients réalistes tels que le rapport de force, la primauté des Etats, la recherche de la sécurité par l’équilibre ou la stabilité. On y retrouve également la composante systémique dont l’analyse utilise l’héritage de grands penseurs de ce courant tels que David Easton. Appliquée aux relations internationales, l’approche systémique conçoit la politique mondiale comme une structure d’ensemble , composée de plusieurs éléments (les puissances) reliés entre eux par les contraintes communes qu’imposent ces structures : on ne se comportera pas de la même manière ni avec la même marge de manœuvre dans un système bipolaire , unipolaire ou multipolaire marqué par l’autorité de l’ONU.
- Comment penser le monde de l’après-guerre froide au-delà d’une approche systémique ?
La fin de la bipolarité constitue-t-elle un défi aux théories des relations internationales ? Difficile de répondre quand on sait que le monde de l ’après-guerre froide est difficile à définir en termes d’unipolarité et de multipolarité , même si la supériorité américaine en bien des domaines (puissance militaire, taille de l’économie, force du dollar, omniprésence des industries culturelles et de la langue) est remarquable.
Cependant, les Etats-Unis ne sont pas omnipotents. Il suffit, pour s’en convaincre, d’invoquer le fiasco en Irak, l’échec de démocratisation des pays arabes du Moyen-Orient, la non-capture de Ben Laden, l’ennemi numéro, qui court toujours en dépit de l’arsenal militaire déployé en Afghanistan et la chute du gouvernement des Talibans ; Guantanamo où l’enfer des droits de l’homme et la violation des conventions de Genève par les USA sur les prisonniers de guerre.
Certes, les théories des relations internationales n’ont pas prédit l’effondrement du bloc communiste. Était-ce leur rôle de prédire l’avenir ? Faut-il continuer à parler du système et des pôles alors que le vide est abyssal depuis la disparition de l’URSS ? James Rosenau parle de concept de turbulence pour qualifier une scène mondiale qui échappe de plus en plus à toute tentative de systématisation.
Dans ces conditions, une vision plus large de la scène mondiale s’impose. Les néoréalistes ne sont pas en reste, lorsqu’ils ouvrent le champ à la dimension économique , pour briser la fixité classique fondée sur le rapport de force. Ainsi, nuancent-ils l’analyse en suggérant qu’il existe une unipolarité américaine en matière militaire , mais une multipolarité du point de vue économique et commercial (le triangle USA, Union européenne, Japon), les multinationales et les ONG (nouveaux acteurs).
Au demeurant, unipolarité et multipolarité sont des notions controversées. Dans la pratique de la politique étrangère, elles sont utilisées par certains dirigeants soit pour fustiger l’unipolarité, soit pour appeler à la mise en place d’une multipolarité.
2. La théorie libérale
L’approche libérale est la principale théorie concurrente du réalisme. Sans constituer une doctrine homogène, elle exerce pourtant une influence forte sur la réflexion en relations internationales, et a donné lieu à des concepts, voire des méthodes politiques que l’on ne peut ignorer en matière de recherche pour la paix.
Ses trois variables structurelles sont : la paix par la démocratie , la paix par le marché et la paix par l’éthique dans les relations internationales.
Héritière des textes philosophiques d’Erasme {23} , de Kant {24} et bien d’autres, la théorie libérale repose sur les thématiques de promotion des libertés individuelles, de la morale, de la justice et de la coopération internationale.
Ce courant de pensée repose sur le questionnement suivant : comment concilier l’ordre , la paix et la justice ? Il s’agit de réfléchir aux moyens de brider l’égoïsme des Etats et de promouvoir la paix. En d’autres termes, la théorie libérale est une invitation à réfléchir sur ce qui devrait être plutôt que se contenter, comme les réalistes, de prendre acte de ce qui est.
En d’autres termes, l’héritage commun des libéraux est la croyance en la possibilité de moraliser les relations entre les Etats.
Cet héritage s’appuie sur la pensée d’Erasme (1517) selon laquelle « la guerre ne paye pas » : « les Etats peuvent entretenir des relations pacifiques , par effet de réciprocité, en se comportant aimablement avec leurs voisins ».
Dès le 17è siècle, l’accent est mis sur l’idée selon laquelle, la création d’un système commun des droits et de devoirs est la garantie d’assurer la paix permanente. C’est le projet kantien de la paix perpétuelle qui en définit les principes : l’existence de gouvernements républicains et la création d’une « Fédération d’Etats libres » interdisant la guerre entre les membres, l’instauration d’un « droit cosmopolite » par lequel toute atteinte aux droits de l’un des membres provoquerait la réaction de tous les autres assurent la paix. Plus tard (19è siècle) Richard Cobden reprendra les hypothèses d’Adam Smith, pour défendre la liberté du commerce comme mécanisme pacificateur des relations entre Etats.
A cet héritage philosophique, s’ajoute l’ analogie entre l’ordre interne et l’ordre international. En effet, l’essence du libéralisme consiste à promouvoir certains principes tels que la liberté individuelle, la participation politique , la propriété privée , la retenue, la modération, le compromis et la paix.
Vue sous cet angle, la théorie libérale est une négation de l’idée selon laquelle, il existe une incompatibilité, entre l’ordre interne qui serait dépourvu de violence et l’ordre international censé être anarchique.
Par ailleurs, la théorie libérale postule la transitivité des rapports individus-Etats au niveau interne et la nature des rapports entre les Etats à l’échelle internationale.
Pour Andrew Moravcsik {25} , la configuration des « préférences éthiques » des Etats (type de rapport Etat-société qui y prédomine) est bien plus déterminante que la configuration redistribution de la puissance chère aux réalistes.
Il en déduit trois idées-forces : la satisfaction de l’acteur social prime sur l’intérêt national ; les Etats doivent déterminer leur comportement international à partir des intérêts des sociétés dont ils ne sont que les représentants ; les politiques étrangères s’expliquent dès lors non par une logique de puissance mais par des arbitrages éthiques qui permettent de comprendre pourquoi telle ou telle action , avec ses conséquences et son coût politique, est acceptable ou non.
On distingue trois principaux courants libéraux : le libéralisme républicain , le libéralisme commercial et le libéralisme institutionnel.
Pour le libéralisme républicain, c’est la nature du régime politique qui explique le comportement international des Etats , et de facto le choix de la guerre ou de la coopération (héritage de Kant).
Pour le libéralisme commercial, c’est l’échange commercial qui peut encourager la coopération (Adam Smith) c’est-à-dire faire converger les intérêts des Etats et les intérêts de la communauté internationale.
Pour le libéralisme institutionnel, ce sont les institutions internationales qui sont dotées d’un pouvoir stabilisateur. Elles consolident, en l’institutionnalisant , la coopération entre les Etats jusqu’à la rendre, dans les cas les plus avancés, comme l’Union européenne, irréversible (David Mitrany, Joseph Nye, Robert Kehoane {26} ).
a) La paix par la démocratie
L’une des thèses emblématiques de la théorie libérale est que les démocraties ne se font pas la guerre. Quid de ce postulat ?
Pour le libéralisme républicain, l’attitude des Etats dépend à la fois des pressions domestiques et des anticipations que chacun de ces Etats élabore à propos des réactions des autres : un régime démocratique ne fait pas les mêmes choix de politique étrangère qu’un régime autoritaire.
Cette thèse initialement défendue par Kant et reprise par Tocqueville est activement défendue par Wilson : « un concert de paix inébranlable ne peut être atteint que par un partenariat de nations démocratiques » et fréquemment rappelée par les démocraties libérales dans leurs discours de politique étrangère. Cette variable a été approfondie par les internationalistes contemporains.
Néanmoins, l’on ne peut s’empêcher de poser la question suivante : comment évaluer aujourd’hui la proposition selon laquelle la promotion de la démocratie est la garantie la plus sûre d’un monde pacifié ?
Si l’hypothèse parfois complexe de la « paix démocratique » demeure une analyse forte des relations internationales, elle n’est pleinement recevable qu’accompagnée d’une précision et d’une définition exigeante de la notion de démocratie.
- La paix par la démocratie : une hypothèse complexe mais forte
Ce postulat a des fondements aussi bien culturels et normatifs , que structurels et institutionnels.
D’une part, la culture démocratique s’accompagne de normes qui sont projetées à l’échelle de l’action extérieure de l’Etat. La résolution pacifique des conflits politiques internes (pas de recours à la force dans la compétition politique, une alternance garantie et régulée, le respect des droits de l’opposition) est la base de la culture politique démocratique. Cette norme qui prévaut dans la politique interne est reconduite par les démocraties dans leurs relations avec d’autres Etats. De plus, les gouvernements démocratiques dont la légitimité vient des urnes et non des quelconques exploits militaires, n’ont pas besoin de recourir à la guerre pour obtenir le soutien de la population.
D’autre part, les structures et les institutions d’un régime démocratique favorisent le non recours à la guerre. Outre l’obligation de s’assurer d’un large soutien populaire pour être réélu, le chef de l’exécutif doit convaincre les autres pouvoirs (Sénat américain et la Cour suprême) du bien fondé de la guerre et obtenir leur aval.
Toutefois, le recours à la guerre n’est pas exclu pour autant de la part des régimes démocratiques. Ils anticipent la même retenue que celle dont ils font preuve eux-mêmes. Mais a contrario, ils craignent le pire des régimes autoritaires et envisagent d’avoir à stopper leurs éventuelles agressions, y compris par la force. Ils souffrent alors de la présomption d’inimitié.
Le déclenchement de la guerre par les démocraties contre les régimes totalitaires est tout à fait plausible (cas des USA contre Irak) parce que la conviction est que la dictature ne s’arrêtera pas là.
Par ailleurs, le recours à la force en cas de légitime défense fait corps avec le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Les statistiques confirment que les démocraties ne se font pas la guerre depuis 1945. Le passage à la démocratie encouragé au moins dans le discours par les Etats-Unis, l’Union européenne et les bailleurs des fonds (FMI et Banque mondiale), est alors présenté comme la meilleure garantie contre les conflits.
Bien que séduisante, cette observation statistique peut paraître simpliste, car la démocratie n’est pas une condition suffisante à la prévention des conflits.
Non seulement le lien direct entre la nature autocratique du régime politique et le déclenchement d’une guerre ne peut être établi systématiquement , et qui plus est, l’hypothèse de la paix par la démocratie nécessite une définition restrictive de la démocratie.
Certes, la démocratie est un élément central, mais elle n’est qu’une variable explicative parmi tant d’autres , notamment la configuration du système international (bipolaire, unipolaire, multipolaire) ; l’e

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