La question du pouvoir en Afrique du Nord et de l'Ouest

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Français
221 pages
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Description

Depuis 1990, on assiste à une modification des rapports de domination entre les anciennes puissances coloniales et les pays d'Afrique du Nord et de l'Ouest, dont les gouvernements doivent composer avec l'émergence d'un pouvoir global mondialement structuré. L'auteur révèle que les Africains bilingues, aujourd'hui dans les "affaires," ont souvent intérêt à la reproduction du rapport colonial, et met en lumière ceux qui luttent pour constituer une nouvelle "société civile", résistante et militante.

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Publié par
Date de parution 01 octobre 2009
Nombre de lectures 100
EAN13 9782296238374
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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L'OUEST SAHARIEN,HORS SÉRIEN°9-2,2009

L'OUEST SAHARIEN

L'Ouest saharien, c'est d'abord un espace culturel, comprenant l'aire
maure hassanophone étendue à celle de ses voisins, Berbères du Sud Maroc,
Négro-africainsdes rivesduSénégaletduNiger, Touaregs.Il s'étendsur le
Maroc,l'Algérie,la Républiquesahraouie,la Mauritanie,le Sénégal,le Mali
et le Niger.Nous n'avons pasdésirémettre enavant unespacegéographique,
mais unespace devie,lui-mêmeinscritdans unespacephysique.Cescahiers
ontainsi vocationàse fairel'échod'unespacerelationneldans toutes ses
composantes,politiques,sociétales,juridiques,historiques, culturelles,mais
aussi physiques, environnementales, économiques.
La collectionL'Ouest saharienapourbutsderanimer l'intérêtetde
stimuler larecherchesurcetespace, ainsi que de créerdes liensentretoutes
celleset tousceux qui s'y intéressent.Elleseveut indépendante et ouvertenon
seulementaux scientifiquesetauxchercheursdetous pays,maisaussiaux
témoins,grands journalistes, ancienscoloniaux, écrivains…
Ellese compose d'unepartde cahiers pluridisciplinaires, comprenantdes
contributions variéesainsi que desbibliographiesetdes notesdelecture, et
d'autrepartdehors séries,mettantàla dispositiondes lecteursdesdocuments
etdes travaux inédits oudes rééditionsd'ouvrages introuvables.

THEWESTERN SAHARA

WesternSaharais firstly a cultural space, the Hassanophone Moorish
area which also includes the neighboringBerbers in Southern Morocco,
Tuaregs, and theBlackAfricans from the Senegal and Niger rivers. It spreads
into Morocco,Algeria, the Saharawi Republic, Mauritania, Senegal, Mali
and Niger. We don't want to speak only or primarily of a geographical region,
but rather a mode of life and a cultural space - which is nevertheless
inextricably bound to a physical space. Therefore, these volumes try to reveal
this space in all its aspects, firstly political, social, legal, historical, cultural
but also physical, environmental and economic.
The objective of the collectionThe WesternSaharais to elicit interest and
stimulate research about this space, and bring together all who have an
interest in it. It will be independant and multidisciplinary. It seeks
contributions not only from scientists and researchers of all countries, but also
from artists, leading journalists, former soldiers in the colonial forces, etc.
It will be composed partly of multidisciplinary volumes comprising varied
contributions as well as bibliographies and lecture notes, and partly of
special editions which will present longer, unedited documents and articles,
as well as re-issues of otherwise unavailable works.

L'OUEST SAHARIEN,HORS SÉRIE N°9-2,2009

L'OUEST SAHARIEN/WESTERN SAHARA

Comité derédaction/Editorialboard
Pierre BOILLEY, EmmanuelMARTINOLI, AliOmarYARA
Directeurdepublication/Executive editor
EmmanuelMARTINOLI

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Comité scientifique/The scientific consultants
LucianoArdesi (sociologue, Rome, I), Yahyaould Bara(Université de Nouakchott, RIM),
Maurice Barbier (Université de Nancy-II, F), Edmond Bernus (géographe, ORSTOM, F),
ChristophBrenneisen (géographe, Berlin, D), Sophie Caratini (UMR6173CITERES-EMAM,
CNRS-Université de Tours, F), AbdelWedoud Ould Cheikh (Université de Nouakchott, RIM),
Monique Chemillier-Gendreau (Université de Paris-VII, Jussieu, F), JaratChopra(Brown
University, Providence, USA), WolfgangCreyaufmüller (ethnologue, Aachen, D), JeanFabre
(géologue, Courchevel, F), SidiMohamedould Hademine(Université de Nouakchott, RIM),
Théodore Monod(naturaliste,†Paris, F), JavierMorillas (Universidad SanPabloCeu, Madrid,
E), RainerOsswald(UniversitätBayreuth, D), Christiane Perregaux (Université de Genève, CH),
UlrichRebstock (UniversitätFreiburg, D), CarlosRuizMiguel (Universidade de Santiagode
Compostela, E), Wolf-DieterSeiwert (ethnologue, Leipzig, D), FrançoisSoleilhavoup
(Professeurdesciences naturelles,spécialiste del'art rupestre, Epinay-sur-Seine, F), Jürgen
Taeger (UniversitätOldenburg, D), DanielVolman (Africa ResearchProject, WashingtonDC,
USA), Yahia Zoubir (Thunderbird, Glendale, AZ, USA).

Notes pour les auteurs
Les opinionsexprimées n'engagent queleursauteurs.
Lescontributions, en principeoriginales,sontàtransmettre au secrétariatdelarédaction sous
forme électronique avecune copiepapier.Les règles s'appliquantaux notesderenvoietàla
bibliographieserontcommuniquéesauxauteurs par lesecrétariatderédaction.Latranscription
des termesarabesest laissée auchoixdel'auteur.Larédaction nepeutêtretenueresponsable en
casdeperteoude dommagesaux manuscrits.

Notes for contributors
Opinions expressed are solely those of the authors.
Articles should be original contributions and submitted to the secretariat in electronic form with
a typescript. Instructions on note style and references will be communicated to the authors on
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EmmanuelMARTINOLIPierre BOILLEYAliOmarYARA

CP2229CH-2800Delémont 2
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Fax:+41 32 42287 01
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Fax:+33 1 40 53 09 96
pierre.boilley@univ-paris1.fr

3, R.Riblette F-75020Paris
Tél. +33 0873 6487 99
yara.gis@free.fr

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L'OUEST SAHARIEN,HORS SÉRIE N°9-2,2009

I. Déjà parus dans la collection desCahiers de L'Ouest saharien:

Volume 1
Volume 2
Volume 3
Volume 4
Volume 5
Volume 6

État des lieux et matériaux de recherche, 1998, 203 p.
Histoire et sociétés maures, 2000, 269 p.
Fragments, 2002, 224 p.
Regards sur la Mauritanie, 2004, 240 p.
La Mauritanie avant le pétrole, 2005, 210 p.
Ahmed Joumani, Oued Noun (Sud Maroc), Mythes et
réalités, 2006, 188 p.

II. Déjà parus dans la collection des Hors séries deL'Ouest saharien:

Hors série1

Hors série2

Hors série3

Hors série4

Hors série5

Hors série6

Hors série7

Hors série 8

AliOmarYara,Genèse politique de la société sahraouie,
2001,234 p.
Christelle Jus,Tracer une ligne dans le sable, Soudan
français-Mauritanie, une géopolitique coloniale
(18801963),2003,262 p.
AnnaïgAbjean, Zahra Julien, Sahraouis :Exils - Identité,
2004,237 p.
PatrickAdam,De Smara à Smara, Sur les traces de Michel
Vieuchange,2006,204 p.
JeanClauzel,Notes sur la faune sauvage de l'Adagh (Adrar
des Iforas), 1948-1958, Le temps des tournées,170 p.
TillPhilipKoltermann, UlrichRebstocketMarcusPlehn,
Pages d'histoire de la côte mauritanienne,2006,102 p.
Sahara Occidental,Une colonie en mutation, Actesdu
colloque de ParisX Nanterre,24.11.07,2008,155 p.
ÉlisabethPeltier,Malgré tout Dakhla existe…,2008,240 p.

Site web de L'Ouest saharien :http://louestsaharien.arso.org

Photo de couverture:Forum social africain à Niamey au Niger, le 25 novembre 2008
Auteur: SebastianAlzerreca- zoulstory.com
Mise en page: MurielHourlier, CITERES, UMR6173, CNRS/Université de Tours

L'OUEST SAHARIEN,HORS SÉRIE N°9-2,2009

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L'OUEST SAHARIEN,HORS SÉRIE N°9-2,2009

SOMMAIRE

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INTRODUCTION GÉNÉRALE
PRANO ou la question du pouvoir dans les transformations
sociales et religieuses contemporaines de l’Afrique du Nord
et de l’Ouest
Sophie CARATINI. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11

Des Touaregs à l'épreuve de la frontière.Cohabitation et confrontations
dans la zone de Tedjarert (nord-est du Mali)
CharlesGRÉMONT. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27

Organisation sociopolitique et territorialité dans le monde nomade
du Niger Le cas desFulbe-Wodaabe
ÉlisabethBOESEN. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .67

Associations islamiques et enjeux démocratiques au Mali.De l'affirmation
identitaire à la contestation de l'État et des institutions internationales
Danielle JONCKERS. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .99

Une construction supranationale postcoloniale : l'Union duMaghreb
Arabe (UMA). Enjeux, réalités, perspectives
Introduction parRaoulWEEXSTEEN. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .131

1 -L'UMA: institutions, fonctionnement et prospective
RafaelBUSTOS. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .139

2 -Les recompositions géostratégiques auMaghreb : quel rôle
pour l'UMA ?
Yacine HichemTEKFA. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .165

3 - Perceptions et réalité de l'Union duMaghreb Arabe dans
la presse algérienne francophone 2006-2008
RaoulWEEXSTEEN. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .191

PRANOou laquestiondu pouvoirdans les
transformations socialeset religieuses
contemporainesdel’Afrique duNord
etdel’Ouest

SophieCaratini

L’équipequi présenteici les résultatsdeses recherchesa étéréunie à
l’occasiond’unappeld’offres «blanc» publiépar l’Agence Nationale dela
Recherche française,l’ANR, au printemps 2005.Internationalet
pluridisciplinaire,legroupe de chercheurs s’estdonnépour pointde départ la
déconstructiondes représentations occidentalesdes réalitésdel’Afrique du
Nord-Ouestfrancophone(essentiellementNiger, Mali, Mauritanie, Sahara
Occidental, Maroc etAlgérie), en ignorantdélibérément lesdécoupages que
lapenséescientifiqueopèregénéralemententrelesespaces,lescultures,les
«ethnies »,lescroyances, etc.À commencer par lapremière césure : cellequi
considèrel’espacesahariencommeuneséparation ou, àl’inverse, commeun
traitd’union (cequi revientau même)entre deuxensemblesconçuschacun
commeune entité distincte :« l’Afrique duNord»dite«Blanche»et
«l’Afrique Noire» subsaharienne.

Poser laquestiondu pouvoir relativisesingulièrement lavaleur
heuristique de cesdécoupageset meten lumièresoncaractère essentiellement
idéologique.Dans lesbouleversements profonds que connaissent les sociétés
duchampdel’étude àpartirdela conquête deleurs territoires,leschercheurs
sesontappliquésà déceler l’impactd’unemême domination, fut-elle, elle
aussi, évolutive dans sesformes.Lepouvoirest un rapportetces sociétés ont
toutesétéplus ou moinsfaçonnées par les politiquescolonialesdel’État
français (l’exemple duSahara«espagnol », au-delà deson intérêt intrinsèque,
sert icidepointderéférence dans l’analyse desconséquencesdela
colonisationfrançaise).Elles l’ontété directement jusqu’aux indépendances,

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L'OUEST SAHARIEN,HORS SÉRIE N°9-2,2009

puis indirectement par le développement d’un système parfois nommé
« néocolonialisme »,pratiqué de manière à la fois associée et concurrente
avec d’autresÉtats du monde occidental, chacun ayant ses « alliés » africains
privilégiés. Les indépendances s’inscrivent en effet dans une configuration
supranationale particulière: celle de la «guerre froide» fondée sur une
logique de « blocs ». Jusque dans les années 1980, les stratégies d’alliance et
de rivalités Nord/Sud etEst/Ouestdéterminentet sontdéterminées parcette
structure bipolaire delaviepolitiqueinternationale.Ensuite,sans que
disparaissent les intérêtset les moyensdepressiondel’anciennepuissance
tutélaire,les gouvernementsafricains indépendantsdoiventcomposeravec
l’émergence du pouvoir global mondialement structuré des puissances
économiquesetfinancièresdont leseffets sont nouveauxetchaotiques.

Lepropos n’est pas icid’élaborer unenouvellethéorie del’État, colonial
ou national,maisd’examiner, àpartird’exemplesconcrets, cetterelation
particulière depouvoir,tellequ’elles’est produitesur leterrainafricaindans
l’histoire, et tellequ’elle est reproduite aujourd’hui.Les sociétésdel’Afrique
duNord etdel’Ouest, avant la conquête coloniale,s’étaientdotéesde formes
diversesd’organisationdelarégulation sociale,mais, depuis l’affaiblissement
et/ou le démantèlementdes grandsempires - ottomanetafricains -,lepouvoir
politiquepouvait yapparaître enbiendesendroitsdiluéou pour lemoins
fragmenté.Aujourd’hui,les processusde«démocratisation »etde
«décentralisation »dansdesÉtats qui n’ont, bien souvent,pasconnu un
processusde«centralisation »effectif,setraduisent parendroits par un retour
desforces politiquescentrifuges.Aussi la« questiondu pouvoir »devait-elle
prendre encompteles mécanismesdereproductionet inscrirelaprofondeur
du tempsdans uneinterrogation généralequi pourrait se déclinerendeux
questions transversales:

-Quellepartfaut-ilaccorder, dans laperturbationdeséquilibreset
déséquilibresexistantsdans les paysétudiés, aufaitd’avoirété colonisés par
un même État, etd’enavoirétélongtempsdépendantsadministrativement,
politiquementetéconomiquement ?Peut-on parlerd’uniformisationdes
modesde coercitionetd’institutionnalisationdu pouvoiràl’époque coloniale
auxquels les résistances locales ontdûfaire face, avecquellesconséquences ?

-Dans quellemesure cettelogique coloniale a-t-elle faitévoluerces
sociétésdans lamême directionet qu’en résulte-t-ilaujourd’huiau niveaudes
mécanismesdereproductiondesforces (pouvoirsetcontre-pouvoirs)dans un
contextepolitique deplusen plus mondialisé?

INTRODUCTIONGÉNÉRALE

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3

-Comment cette relative «uniformité »des pratiques de la domination
française enAfrique puis des modes de construction desÉtats indépendants
at-elle orienté les spécificités des résistances locales, qu’elles soient frontales,
qu’elles usent du contournement et de l’évitement ou qu’elles esquivent le
champ politique tout en s’affirmant dans le champ de la structuration sociale ?
Àces interrogations, l’exemple des formes de domination espagnole des
sociétés duSahara Occidentalapporteunéclairage comparatif essentiel.
Quelques remarques préliminaires,sur lesquelles l’ensemble des membres
del’équipesesontaccordées, doiventêtreprésentéesavantd’entrerdans les
différentes illustrationsdu propos.Ondoit insister sur l’importance donnée au
fait quelesconditionsdela colonisation ontétéparticulièreset originales
pourchaque État.Mêmesi leprocessusde formationdesélites localesa été
appliquépartoutetdans lemêmeobjectif depérenniser lasituationcoloniale,
il n’apasdébouchésur les mêmesconditionsd’accessionaux indépendances,
sur les mêmescomportements politiqueset sociaux ultérieurs,ni sur la
constitutiondes mêmes imaginairesderéférence.La créationdesfrontières,
l’instaurationd’un pouvoird’injonction juridiquement réglé, et lamise en
place d’une administration susceptible d’intégrer un personnel local
«formé», donnerétrospectivementaux territoirescoloniauxde« l’empire
français », dûmentdécoupésenensembles jugéscohérents uneunitépolitique
communequi n’est qu’apparence :le«département »françaisd’Algérie,le
« protectorat »duMaroc,lescoloniesdel’AEF et l’AOF étaientdes
ensemblesartificiellementcréés.Danscette configuraimption «ériale»,la
notion «d’intérêt général » - pourtant inhérente àl’Étatdela République- ne
dépassait guèrelesfrontièresdelamétropole.Ellesetraduisaitdanschaque
cas pardesadaptationsdont la diversité dépendaitàla foisdes situations
localesetdes hommesen poste dans lesystème,qu’ilsfussentdominés ou
dominants.L’intérêgt «énéral », c’était ici l’armée françaisequi recrutait
(souventde force)des hommes ou,là,l’économie françaisequiavaitbesoin
demain-d’œuvre, dematières premièresetdemarchés ;c’étaient les premiers
colons partis «faire fortune»auxcolonies,les maisonsde commercequi
institutionnalisèrent les premiers «échanges »,puis l’implantationd’une
administrationdont les pratiques locales restent malconnues, en particulier
dans leur impact sur les hommes,les organisations socialeset les
constructions identitaires.Mettre en perspective cesconceptionset pratiques
françaisesdela dominationdes sociétésafricaines, entre elleseten regard de
l’exemple espagnol,meten lumièrelesformesdu pouvoircolonialet permet
d’encomprendreleseffets sur les mécanismes politiquescontemporains.

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L'OUEST SAHARIEN,HORS SÉRIE N°9-2,2009

Aux yeux des populations colonisées, le pouvoir de l’État français ne
pouvait pas être légitime, peut-être plus à cause de sa conception si particulière
de «l’intérêt général» que du fait qu’il était exogène et chrétien. Les
personnes en poste dans lesÉtats nouvellement indépendants - du moins dans
les pays de la sphère d’influence du bloc de l’Ouest -, majoritairement issues
de la strate francophone qui avait participé à l’appareil de domination, tendent
à fonder unÉtat à l’image de l’État français (colonial), soit une forme de
pouvoir qui s’était exercé en instrumentalisant puis en figeant les forces
sociales préexistantes.Aussi le modèle politique qui s’impose lors de
l’émergence desÉtats-nations indépendants est-il celui d’un appareil de
régulation prédateur si ce n’est coercitif dont la légitimité reste une véritable
question, surtout lorsque les héritiers des pouvoirs précoloniaux ont été écartés
(comme le pouvoir émiral en Mauritanie).Seuls ontcru pouvoir yéchapper les
pays quiavaient optépour l’autre campdans la Guerre froide :les paysde
l’Afriquesocialiste.L’implantationdans la durée de cesystème coloniala
profondément marquéles imaginairesafricains, françaiseteuropéens, et
continue de forger les représentations,partantd’influer sur les relations.
L’étude critique des reconstructions historiquesactuellesestdonc essentielle à
la compréhensiondes phénomènescontemporainsdontelles participent.

Si l’on peut montrer queles sociétésexaminées ontété«conditionnées »,
en particulier par le façonnage desélites locales,ilestégalementessentielde
considérer lesdifférences,voirelesdivergences quiapparaissentdans les
processusde constructiondenouveaux rapportsentrelesÉtatsdevenus
indépendantset l’anciennepuissancetutélaire.Cette diversité des situations
n’empêchepas qu’un mêmesystème a,là encore,transcendéles
particularismes pourfaire émergerdansbiendescas un réseaude complicités
politiquesetde corruptions réciproquesentrelepersonnel politique des
nouveauxÉtats indépendantsetceluidel’anciennemétropole;des
complicités souvent nouéesdans le cadre d’une forme d’accessionà
l’indépendanceplus ou moinsconvenue.Les gouvernementsfrançais se
succèdent sans que faiblissel’entretiende cette«amitié»aveclesdirigeants
africains que«La France»atoujours soutenue(une fois les opposants
évincés), etcontinue desoutenir, enfonctiondeses intérêts,pour renforcer
son poidsdans les instances internationaleset sur les marchés.Mais sur le
terrain, au moinsdans lescapitalesdesÉtatsafricains,lesOccidentaux -de
touteorigine- sontactuellement plus nombreuxencorequ’àlapériode
coloniale.Ils témoignentde cequelepré-carré delarelationbilatérale est
actuellementfortemententamépar le développementderelations
multilatéralesconcurrentes, contraignant les
réseauxd’affairesfranco

INTRODUCTIONGÉNÉRALE

1

5

africains à s’estomper au profit d’un système de corruption de plus en plus
prégnant et « sans frontières ». Les réseaux d’influence - usant largement de
la corruption, représentent de plus en plus des intérêts anonymes de groupes
économiques et financiers d’une capacité mondiale d’intervention
stratégique. LaFrance reste souvent la plus représentée dans ses anciennes
colonies, mais elle n’est plus seule, loin s’en faut: nombreux sont les
étrangers quiœuvrent sur leterrain pour unautreÉtat,un organisme
international,travaillentdemanièreindépendantepourdes sociétés privées
ou pourfaire des «affaires ».Dansce contexte de concurrence exacerbée, à
la foiscause eteffetdelatransition vers une économie demarché
« mondialisée»,les intérêts historiquesdéfendus par les structures héritéesde
la colonisation peuventapparaître commeobsolètes.C’est pourquoi lerapport
au pouvoir lié àla formationdesélites localesdu tempsdela colonisation,ou
aujourd’huiàtravers lescoopérationséconomiques, culturelleset les
structuresdelaFrancophonie, est unélément importantdel’investigation.

On nesaurait limiter laquestiondu pouvoiraux outilsetauxeffets
individuelsetcollectifsdela dominationcoloniale et post-colonialesans
examiner les typesde contre-pouvoir que cette domination inclutetengendre.
Or on observe,là encore, des mécanismesdereproductiondesforcesen
présence, étantentendu quele conceptdereproduction socialene doit pasêtre
compriscommeunereproductionàl’identique descomposantes sociales qui
produisentce contre-pouvoir,nidans lesformes,toujours réinventées,par
lesquelleselles semanifestent.S’inscrivantdans l’espacenational, elles ne
peuventeneffet,pour survivre et se développer,qu’adapter leurs mécanismes
de défense aux mécanismesdela domination.Maisaujourd’hui,larelation
bilatéralequi primajadisdans lerapport local (État/société)devient
minoritaire en regard delarelation multilatérale, car,plusencorequepar le
passé,l’enjeuéconomique et géostratégique del’Afrique est investi non
seulement par toutes les grandes puissances,maiségalement par les
puissances «émergentes »duMoyenetdel’Extrême-Orient.Depuis la
décolonisation, aucunÉtat indépendant n’échappe àl’ingérence d’abord de
l’État qui l’ajadiscolonisé,puisdel’ensemble des grandes puissancesà
l’intérieurduquel l’anciencolonisateuresten rivalité aveclesautres.Les
contre-pouvoirs qui s’opposentàl’intérieurdeleur paysàleur propre État
en reprenant parfois le discoursdu modèlerévolutionnairesocialiste-,
résistentdans lemêmetempsaux puissancesétrangères.

Cescontre-pouvoirs s’observentà deux niveaux.Au niveanu «ational »,
d’abord,quand des groupesd’individus,liés par lesentimentd’une

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L'OUEST SAHARIEN,HORS SÉRIE N°9-2,2009

appartenance commune ou nouvellement alliés, investissent des formes légales
ou illégales de pression, soit pour participer à l’exercice du pouvoir de l’État,
soit pour l’affaiblir ou faire admettre leur plus ou moins grande
« autonomie » ;soit encore pour résister aux prédations dont ils sont l’objet
directement ou indirectement et contester les décisions dont ils doivent subir
les conséquences économiques, sociales ou culturelles.Au niveau
supranational, ensuite, lorsque des individus, des réseaux ou même desÉtats,
s’unissent ou essayent de s’unir pour constituer une plus grande force
internationale.Dans le cas de certainsÉtats, la tentation, mais aussi souvent
l’obligation économique de mettre en place des constructions supranationales
risquent d’entraîner l’affaiblissement de certains pouvoirs ou privilèges au
niveau national.Aussi leurs dirigeants, tout en se déclarant candidats au
processus d’Unionœuvrent pour ralentir leprocessus, commeon leverra dans
lesanalyses queproposent les politologuesdel’équipesur le blocage de
l’UnionduMaghrebArabe.

Ducôté du pouvoircomme ducontre-pouvoir,l’équipe a été
particulièrementattentive,plusencorequ’auxformesd’injonctiondesÉtats,
àlanotion «d’influence»etdeses manifestations particulièresen terrain
africain (voir, auMali,l’importance des radios libresdans lamobilisation
paysanne).Lepouvoird’influence atoujoursexisté,qu’il soit le faitde
personnagescharismatiques (toujours importants) oudelarumeuretdesa
manipulation (fondamentale égalementdans lesconstructionsdes
représentations).Aujourd’hui, dans uncontexteinternationald’explosiondes
modesde communications, delagénéralisationdelatélévision par satellite,
du téléphonemobile etdesconnexions internet,non seulementdans les
capitales maisdans les petites villesdel’intérieurdes pays,lerôle des médias
etdeleurcontrôlenepeut plusêtreséparé delaquestiondu pouvoir.

L’équipeneprétendpasavoircouvert l’ensemble de cevaste champde
recherche,maisavoir tenté del’éclairer non seulement par le dépouillement
d’archives jusque-lànon traitées (lesarchives militairesetcivilesespagnoles,
desarchives personnelles, desarchives ponctuelles, comme cellesdesécoles ou
des petitesadministrations locales),maiségalement par lamultiplication
d’interviews réalisées sur leterrainauprèsdepersonnes qui ontétéinvesties ou
sontactuellement investiesdans une activitéliée àl’exercice du pouvoir oudu
contre-pouvoir.Pourcequiestdes «anciens »,qui n’ont pu queraconter leur
passé,un passéquia été confronté aveclesdocumentsd’archives oud’autres
sources,leschercheurs sesontégalement interrogés sur lephénomène de
reconstructiondelamémoire etdel’oubli.Deuxdisciplines ontété

INTRODUCTIONGÉNÉRALE

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7

particulièrement investies dans cet aspect de la réflexion: l’histoire et
l’anthropologie.D’un côté il s’est agi de multiplier les témoignages et le
croisement des sources, de l’autre de construire une relation ressortant de la
méthode classique de l’anthropologie pour initier une sorte de maïeutique
susceptible de provoquer des moments decatharsispropices au « réveil » de
souvenirs enfouis dans l’inconscient (« l’oubli »).Sur
laquestiondescontrepouvoirs on retiendra également l’importance du travaildeterrain, de
l’observation participante àla filmographie, en plusdu travaildans lesarchives
etdes interviews, dans lerecueildesdonnéeset la constructiondel’analyse.De
lapériode colonialejusqu’auxdéveloppements les pluscontemporains,
l’investigation témoigne delapermanence d’unensemble depostures, adoptées
par les individus ou par les groupes, demanièrepermanenteouconjoncturelle,
face aux pouvoirsde domination par lesquels ils ontété et sontassujettis:la
lutte armée,larésistance,l’accommodation,l’insoumission,la coopération.

Troisansde confrontation régulière, et surtoutdu maintiend’une
discussionconstante entreses membres,ont permisàl’équipe d’identifierdes
corrélations quiéclairent lescontradictionsactuellesdes sociétésafricaines.
Par l’examencomparatif des pointsd’articulation repérésdansdes situations
qui,pour laplupart,relèventdesconséquencesdel’impact omniprésentet
multiforme du rapportNord-Sud,leschercheursargumentent, de fait,pour le
développementd’un regard décalésur les réalitésdela« mondialisation ».
Les recompositionscontemporaines sontainsi restituées par lamise en
perspective d’unensemble d’objets représentatifsdu phénomènequestionné,
cequi metenévidenceles lignesde forcequi traversent l’ensemble duchamp:
-Au niveau historique:lerôle delamémoire du rapportcolonialetdela
reconstruction/instrumentalisationdel’histoire dans les positionnements
contemporains.
-Au niveau social:l’importance dela fracture desannées 1990et les
mouvementsderégression structurelle engendrés par les «démocratisations »
(souvent réclaméesdel’intérieur par les mouvementscontestataires),
«décentralisations »et «privatisaimpostions »ées par les nouveaux modes
d’ingérence duNordsur le Sud.
-Au niveau économique:leparadoxe du rapportdu «développement ».
-Au niveau des politiques intérieures:les nouvellesformesderésistance.
-Au niveau religieux:lerôle del’islamàla foisforme depouvoir
associée au pouvoirdel’État,pôle derésistances ou même contre-pouvoir.

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L'OUEST SAHARIEN,HORS SÉRIE N°9-2,2009

-Au niveau international: les paradoxes du blocage de l’Union du
MaghrebArabe.
L’ordre de présentation des résultats restitue l’aspect comparatif de la
recherche et donne à lire, d’un volume à l’autre,les continuités structurelles
spatiales et temporelles qui relient les logiques sociales, politiques et
religieuses du passé - le rapport colonial et ses conséquences sur les groupes et
les individus -, à celles du présent - les recompositions àl’œuvre àl’époque de
la«démocratie»etde« lamondialisation ».L’importance de cette continuité
oblige àprésenterdanscetteintroduction latotalité du projetPRANO,soit les
textesdesdeux volumes.Letitregénéralest reprisdu projetfinancépar l’ANR
quidoitêtreremerciéeicid’avoirdonné aux membresdel’équipeles moyens
demener leur recherche ainsi quele ZMO(ZentrumModernerOrient)de
Berlin quia financéles premières rencontresdu groupe derecherche.

Dans lepremier volume,sous-titréDu rapport colonial au rapport de
développement,lamise en perspective des thèmesabordés révèlel’importance
des médiateursdans laquestiondu pouvoir.Dans
lerapportcolonialfrancomauritanien,les médiateurs sontdes gens quel’administrationcoloniale,
civile et militaire auxquelselle attribueun rôle civil ou militaire dans
l’exercice du pouvoir.Au momentdes indépendances,ils restentdans
l’appareild’État (administration, armée)etdans les «affaires »,jusqu’au plus
haut niveau, alors qu’ils nesont pas issusdes lignagesdétenteursdes pouvoirs
traditionnels (émirats, confréries, confédérations «tribales »)del’époque
précolonialequi ontété,pourbeaucoup, écartés.Cephénomènen’est pas
propre àla Mauritanie :partout lesFrançais ontenrôlé,souvent scolarisé en
françaisetformé aux tâches subalternes les premiersconquis pour les
emmenerconquérir, contrôler ouadministrerceux quiétaient plusau nordou
plusau sud,imposantensuitelamobilitépermanente àson personnel local,
pour nepas laisser s’instaurerde connivences.Mais le cas mauritanienest
intéressantà étudier surcepoint, car lesdifférencesentreles gens sont
exacerbées par lehiatus«Négro-Mauritaniens »et «Maures
»ouaraboberbères, exprimé enarabepar la distinctionentrele«trab es-Sudan»,laterre
desNoirs, et le«trab el-Baydhân» laterre desBlancs.

La confrontationdescolonisationsfrançaise etespagnole,lorsqu’on
l’appréhendesous lesigne delamédiation, estégalement révélatrice de
l’importance de cetteligne de force, car,justement,lesEspagnols n’ont pas
fait lamême chose.Ils n’ont pascherché à former,ils n’ont pasconstituéun
ou plusieurscorpsdemédiateurs.Et surtout,ils sesontappuyés sur les
notablesexistants - leschioukhdetribus -,lesconfortant, aucontraire des

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Français, dans leur position politique.De leur côté, les populations
concernées, en l’occurrence lesSahraouis,qui ontconstruit leur regardsur la
colonisationespagnole encomparaisonavecles pratiquesdu pouvoircolonial
français, considèrent parfois qu’ils ontété« moinscolonisés »,ou quela
relationaveclesEspagnolsétait plus «égalitaire».LesMauresduNord
disentàl’inversequ’ils ontétégénéralemeplusnt «colonisés »et que
l’inégalité delarelationcoloniale était lanorme.Il ya danscette comparaison
des situationsetdes mémoires, des pistesderecherche absolument inédites.

Letravail sur l’origine et lareproductiondesélites mauritaniennesactuelles
montre ensuitequ’elles sont largement issuesdela couchesociale crééepar
l’administrationcoloniale,quelemaintien ou lerefusdelascolarisationen
français y joueun rôle-clé, et quela fonctiondemédiationa encore du sens.

Enfin,questionner,toujoursàpartirdu terrain,les nouveaux modesde
relationsfranco-africainsàtravers les opérationsde développement
(centraliséesetdécentralisées) permetderevenir surcettequestiondela
médiation:les «commis »d’hier sontdevenusdes «partenaires », et les
stratégiesderésistance comme d’ingérencesesontadaptéesaux nouvelles
réalités internationales.

Laurence Marfaingouvrele débaten présentant les stratégiesd’occupation
del’administrationcoloniale,ycompris l’utilisation qu’elle a faite desclivages
locaux,puis lescritèresde formationetde dominationdesanciensemployés.
Elles’interrogesur leseffetsdel’intériorisation,par lasociététoute entière,
des regards qu’aportés surellele colonisateur.Elle analyse ensuitelerôle
paradoxaldes médiateurs, en particulier lorsqu’ilsétaient originairesdela
région mauritano-sénégalaise dufleuve, donc assimilésaux populations
islamisées,sédentaireset négro-africainesdel’AOF,par oppositionaux
nomadesMauresetTouaregsdes régions sahariennes.

Après laprésentationdel’objet « groupes nomades »etdes méthodesde
recueilde biographie(un officierfrançais,une fille degoumierset unancien
tirailleurdesGN découvertet interrogé dans le cadre du projetPRANO),
SophieCaratinirejointetcomplètel’articlequi précède enabordant levolet
« militaire»delamédiationdu pouvoircolonial, et les stratégies
d’occupationdes territoiresdes grands nomades.Elle apporte ainsides
élémentscomplémentaires sur lamanière dont l’armée française autilisé en
Mauritaniele corpsdes tirailleurs subsahariens, et sur seseffetsde clivage
entrelescommunautés,instituant, en mêmetemps quela« nation
mauritanienne»,lesconditionsdesarupturepotentielle.

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L'OUEST SAHARIEN,HORS SÉRIE N°9-2,2009

Retrouvant par le dépouillementdesarchivesespagnoles,lesconditions
d’émergence du nationalismesahraoui,FrancescoCorrealeapporte àla
questiondelamédiationdu pouvoircolonial par lesemployéscivilset
militairesdel’administration uncontre-exemple essentiel pourcomprendre
l’importance desconséquencescontemporainesdel’unet l’autremode de
colonisation.La confrontationdesesdonnéesd’archivesavecles récitsdes
militantsespagnolsdela causesahraouie d’unepart, etceuxdes réfugiésdes
campsde Tindouf d’autrepart,lui permettent, en plus, demettre en lumière
d’uncôté etdel’autre,les « trousdemémoire»du rapportcolonial, auquel il
apporteunessaid’interprétation.

S’appuyant sur la base de données qu’elle aréalisée àpartirdela
constitutionde 848 fiches-portraitsdu personnel politique dela Mauritanie
depuis 1957 (ministres, députés,sénateurs), faisantfigurer pourchacun les
carrièresdans leurchronologie ainsi queles liensfamiliauxexistantentre eux,
Céline Lesourdconfirme ensuitel’hypothèse du non-renouvellementdes
élites politiques mauritaniennesconstituéesau momentdela colonisation.
Ellemetainsi l’accent sur la continuité ducorpsde fonctionnairesformés mis
en placepar lesFrançais,sur lerôle delascolarisationenfrançais ouenarabe
danscette continuité, et sur l’importancerenouvelée dela fonctionde
médiateurdans l’exercice du pouvoirdel’État mauritanien.

Lerapportde développement,voletcontemporaindelarelationNord/Sud
estabordé àla finde cepremier volume. «L’Aide»du gouvernementfrançais
apporté au programme d’électrification ruralemauritanien, ainsi quequatre
projetsde coopérationdécentralisée France/Maghreb(initiésaux niveauxdu
conseil régionalduNord-Pas-de-CalaisaveclarégionDoukkala-Abda
(Maroc), de Lille avec Oujda(Maroc), delarégionRhône-Alpesaveclarégion
de Rabat (Maroc), delaville de Grenoble avec Constantine(Algérie)etde
Mulhouse avec ElKhroub, égalementenAlgérie) y sontconsidéréscomme
des objetsanthropologiques porteursd’unegrandevaleur heuristiquepour qui
s’interrogesur les modalitéscontemporainesdelareproductiondes relations
instaurées par la France avecsesanciennescolonies.

Àtravers le cas mauritanien,Moulaye ould MohamedetSophieCaratini
montrentcomment lerapportNord/Sud est passé dela colonisationàla
coopération,puisdela coopérationau rapportde développementàtravers un
ensemble derelations personnellesétablies parcertains hommes politiques
françaisavecunepartie desélites mauritaniennesfrancophones (et
francophiles).Leseffetsdelaréforme Jospin (dissolutiondu ministère dela
Coopération) sur l’évolutiondes objectifsetdes pratiquesdel’Agence

INTRODUCTIONGÉNÉRALE

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Française deDéveloppement, dans un contexte imposé par les institutions de
Bretton Woods de privatisation des services publics, sont rappelés car ils
traduisent au niveau des procédures ce « tournant » des années 1990 dont les
conséquentes sont partout prégnantes. L’analyse d’une expérience de
construction d’une autre qualité des rapports avec les «partenaires »
mauritaniens fondée sur la remise en cause du principe de l’importation des
modèles de gestion, met en évidence l’importance, une fois encore, de la
médiation : médiation politique, médiation technique, médiation des savoirs.

De son côté, sur la base de l’analyse de quatre cas de coopération
décentralisée,Taoufik Souamis’interroge sur la nature des rapports qui se
construisent entre les pouvoirs locaux du Nord et duSud en l’absence
formelle desÉtats.Il montre comment lamobilisationdéveloppée àpartirdu
conceptde«développementdurable»constitue, au milieudesannées 2000,
unetentative deredonner sensàune coopérationen perte devitalité.Non pas
lesensdonnépar lesdiscoursdes grandes institutions internationales ou
nationales,maiscelui recherchéouconstruit parceux quiagissent
directementdans le cadre de cescoopérations, et quien sont les «experts ».
Or l’analysemontrequelesens n’est pas toujours présent,qu’il peut même
être fuyant,selon les protagonistes.Le développementdurable avecses
interprétations multiples sert icidetraceur, derévélateurau seinde ces
tentativesde constructiondes sens possiblesdelarecherche derelationavec
l’autre.Là encore,l’ambiguïté domine cette forme de coopération,une
ambiguïtéqui participe delareproductiondes relationsdéveloppées parces
nouveaux médiateurs quesont les «experts »duNord etduSud.

Lesecondvolume,sous-titréAffirmations identitaires et enjeux de
pouvoir,montrequeles réformesdesannées 1990, dont levolet
«développement »est traité àla findel’ouvrageprécédent,provoquent, dans
les sociétésafricainesduNord-Ouest unensemble deréactionsdont les
grandes tendances sontcommunes.Sansdoute,les tenantsdu modèle dela
démocratieoccidentalen’avaient pas prévu quela«démocratisation »
quasiimposée auxÉtatsafricains setraduirait parendroits,par lerenforcementdes
pouvoirs lignagersetdes réseauxd’alliancetraditionnels ou, aucontraire
nouvellementcréés maisencohérence avecles précédents.Pourtant,on
assistelocalementàl’émergence d’unestructuresegmentée du pouvoir sur les
hommeset sur l’espacequi réinvestit les logiques précolonialesainsi qu’àla
montée d’affirmations identitairesà caractèrerégional.Certains prônent le
consensus, d’autresfustigent lerenouveaudes questions «tribales »,
« identitaires »,voire« religieuses »,mais l’impositiondel’économie

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ultralibérale sous la forme de l’ajustement structurel duFMI, desdécisionsde
l’OMCoudesdiktatsdela Banque Mondialesur la« privatisation »et la
«décentralisation »,nepeut qu’affaiblir lesÉtatset provoqueren même
temps lamontée en puissance denouvellesformesderésistance articulées ou
nonau niveau interrégionalet international.Or, dansces paysà économie
fragile(ceuxdel’Afrique del’Ouest plusencoreque ceuxduMaghreb),
affaiblir unappareild’Étatdont la«centralisation » n’ajamaisétéréalisée,
c’est prendrelerisque del’éclatementdela fonction politique.
Sur leplan géopolitique,la conscience de cettelimitationdel’État
réactivele désir postcolonialde constructions transnationales (les
«sousrégions »auSud,le« grand Maghreb»auNord).
Seuleune approche comparative des résultatsderecherches qualitatives,
fondées sur larencontre delamicro-histoire,l’anthropologie et les sciences
politiques pouvait tenterd’appréhender les paradoxescontemporains qui
travaillent les logiques structurellesdesdynamiques socialesencours.
CharlesGrémontmontretoutd’abordquelesystème colonialde
gouvernementetd’administration,reconduit quasimentàl’identiquepar le
nouvelÉtat malien indépendant (1960),s’est vuensuitelégitimé«de
l’intérieur »au momentdelaréforme dela décentralisation (1998-1999).Les
populationsduMaliàqui ilétait proposé d’édifier leproprurs «es »
communes sesont parfois livréesà devivesconcurrencesentre elles.Il
s’agissaiteneffet,pourelles,non seulementde décideravecquielles
souhaitaient seregrouper,maisaussi, etce faisant, d’établir les limitesdeleur
autorité etdeleurscompétences.Sidans les zonesagricoles,lalimite des
champscultivésétait relativementfacile à définir, elle étaitbeaucoup plus
aléatoire dans les zones pastorales,où l’appropriationdel’espace etdes
ressources naturellesdemeuresoumise à desdroits d’usage.Malgréla
permanence de cettepratique du territoire(économique),le découpage des
communesa donnélieu, encertainsendroits, à devéritablesaffrontements
cristallisésautourdelanotiond’appropriationdel’espace.

Élisabeth Boesenillustre ensuitelaquestiondela« société civile»,
c’està-direleseffetsderéalité delarenaissance de ce conceptenAfrique de
l’Ouest.Elle analysele contexte dans lequel lajeunessewodaabe,nomades
peulsduNigerdontellesuit leparcoursdepuis plusieursannées, aréussià
inscrireses groupesd’appartenance dans la« société civile» nigérienne.Elle
montre aussicommentcette existencenouvellepermetdelégitimerdes
revendications territoriales - uneterritorialisationdevenueincontournable du