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La transition démocratique au Cameroun de 1990 à 2004

De
159 pages
La paix des dictatures africaines a été ébranlée au début des années 1990 par le mouvement de vents d'Est qui a entraîné une montée de contestation populaire au sein de la plupart des Etats de l'Afrique centrale. Au Cameroun, cette transition démocratique a été assez violente et difficile. Cet ouvrage ambitionne de rendre compte de la situation politique au Cameroun de 1990 à 2004, date des dernières élections présidentielles et de montrer les différentes étapes des premiers pas camerounais vers la démocratie.
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<9L'Harmattan, 2008 5- 7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattan 1 @wanadoo. fr

ISBN: 978-2-296-06288-7 EAN : 9782296062887

LA TRANSITION
AU CAMEROUN

DÉMOCRATIQUE
DE

1990 À 2004

Points de vue Collection dirigée par Denis Pryen

Déjà parus Gérard Bossolasco, L 'Ethiopie des voyageurs, 2008. Roland Ahouelete Yaovi HOLOU, intellectuels africains, 2008. La Faillite des cadres et vingt-cinq ans

Pierre Mithra TANG LIKUND, Cameroun: d'échec,. les promesses manquées, 2008. Jean-Claude pas I, 2008. SHANDA TONME, Avancez,

ne nous attendez et droits sur 2004, qui

Jean-Claude SHANDA TONME, Droits de l'homme des peuples dans les relations internationales, 2008. Jean-Claude l'universalisme. Jean-Claude 2008. SHANDA 2005, 2008. TONME, Réflexions

SHANDA TONME, Repenser la diplomatie.

Jean-Claude SHANDA TONME, Ces dinosaures politiques bouchent I 'horizon de l'Afrique. 2003, 2008.

Jean-Claude SHANDA TONME, Pensée unique et diplomatie de guerre. 2002, 2008. Jean-Claude 2001, 2008. SHANDA TONME, L'Orée d'un nouveau siècle.

Jean-Claude SHANDA TONME, Le Crépuscule sombre de la fin d'un siècle tourmenté. 1999-2000, 2008. Jean-Pierre MARA, Oser les changements en Afrique. Cas de la Centrafrique, 2008. René NGANOU KOUTOUZI (sous la direction), Problématiques énergétiques et protection de l'environnement en Afrique, 2008. Calixte BANIAFOUNA, La Bataille de Brazzaville. 5 juin-15 octobre 1997. Le coup d'Etat le plus long et le plus meurtrier du monde: 10 000 morts, 2008.

FRANCINE

BITEE

LA TRANSITION AU CAMEROUN

DÉMOCRATIQUE DE

1990 À2004

L'HARMATTAN

REMERCIEMENTS

Les élections présidentielles de 2004 au Cameroun m'ont donné l'envie de travailler sur la démocratie camerounaise. Cet ouvrage n'aurait pu être élaboré et parachevé sans le soutien moral et matériel que m'ont accordé mes professeurs et amis. L'occasion m'est donc donnée ici de les remercier. Il s'agit de Lendja Ange Bergson, Clémens Zobel, tata charlotte Bikié, Christiane Gall, Onana patrick, Pascal Caullet, Sandrine, maître Attal, Monsieur Elikia M'bokolo, et à tous les membres de ma famille. Je tiens aussi à dire un grand Merci à tous ceux qui n'ont pas été nommément cités. J'assume pleinement la responsabilité des différents points de vues que la publication de cet ouvrage pourra engendrer. Je tiendrai compte des suggestions et critiques qui seraient formulées sur cet ouvrage.

A Maman et Papa Guillaume, Je vous dédie ce travail car sans votre amour et vos conseils Je n'aurai pas eu la chance de faire des longues études. Je vous dis merci. Papa Guillaume repose en paix. Je te l'avais promis c'est fait.

AVANT-PROPOS

Cet ouvrage ne vise pas à faire de la politique, ni une critique des personnalités politiques au Cameroun, cela n'est pas ma prétention. Cet ouvrage ambitionne juste de rendre compte d'un contexte politique mis en place depuis 1982. La transition démocratique survient à un moment où le peuple camerounais est lasse du système routinier du pouvoir. Les élections présidentielles ont de nouveau porté le président Biya à la tête de l'Etat camerounais pour un mandat de sept ans. En 20 Il, il aura brigué vingt-neuf ans de présidence. Peut-on au XXIè parler de démocratie dans un tel Etat? Pourquoi les chefs d'Etat africains qui sont si friands du mode de vie occidentale ne peuvent-ils pas appliquer cela à la gestion de leur pays? Le monde évolue et l'Histoire aussi. Les médias montrent tous les jours à la population le mode de vie politique et social des autres pays, Internet est devenu un miroir sur le monde. Les gens voyagent de plus en plus et les échanges sont plus ouvert. Il est donc normal que le peuple camerounais se pose les bonnes questions quant au devenir de notre jeune Etat. Toutes les élites intellectuelles camerounaises sont obligées de s'exiler, non seulement pour exprimer leurs idées mais aussi pour chercher une meilleure qualité de vie. Le plus triste étant évidemment que cela est préjudiciable au pays. Il serait temps que les choses changent, que nous évoluions dans nos mentalités et agissons pour le bien de tous et non juste pour une petite minorité qui détient le pouvoir. En France, on parle de «rupture », aux Etats-Unis, on parle de «changement». Et chez nous? Le pays s'enlise dans la corruption à toutes les échelles sociales, dans les rues, les enfants sont de plus en plus déscolarisés, et abandonnés à leur sort, la violence et la prostitution sont banalisées. Tout cela est le résultat d'une fracture sociale d'une population qui a désormais baissé les bras.

Aujourd'hui on a la paix et Dieu merci, mais que vaut la paix institutionnelle si le peuple a faim, si les jeunes ne croient plus en l'avenir?

12

INTRODUCTION

GENERALE

La paix des dictatures africaines a été sérieusement perturbée au début des années 1990 par une montée de la contestation populaire. Cette contestation usa, pour se faire entendre, de toutes les formes traditionnelles ou inédites du rejet populaire de l'autorité: villes mortes, grèves, manifestations et actes de vandalisme. La multiplication et la généralisation de ces façons inhabituelles de s'emparer de la scène politique, qui s'articulaient alors à d'autres raisons conjoncturelles de mettre la société en mouvement (résultats économiques lamentables, perturbation de la paix interethnique, etc.) font que cette période a été analysée par les spécialistes comme un «temps de trouble »1plus ou moins durable et profond. Ou, au contraire, comme un moment de l'irruption d'une «colère »2, certes inattendue par les pouvoirs, mais qui extériorisait en réalité une frustration longtemps ingurgitée et contenue par les victimes des violences multiformes orchestrées et développées sur la longue durée par les dictatures africaines. Toujours est-il qu'à tous points de vue, le début des années quatre-vingt-dix est le point zéro, l'épicentre de l'intelligibilité historique, sociologique et politique de la nouvelle vague des tentatives de démocratisation des sociétés négro-africaines. En effet, l'inscription de cette année dans l'ordinaire et l'imaginaire des pouvoirs et des sociétés africaines comme «période de désordre» ou au contraire comme «période de renaissance de la vitalité populaire» indique que, par delà toute querelle scientifique ou idéologique, 1990 est le point géométrique par lequel doit

1

Par exemple J. Ping, Mondialisation, paix,démocratie et développement en

Afrique: l'expérience gabonaise,Paris L'Harmattan,2002, p.8t. 2 Célestin Monga, Anthropologie de la colère, Paris, Karthala t995 ; Jean- Achille Mbembé, De la postcolonie, essai sur l'imagination politique dans l'Afrique contemporaine, Paris, Karthala 2000.

transiter toute analyse de la mémoire et de la situation politique négro-africaine actuelle. Comme repère, 1990 est plus que pertinent pour le cas de l'analyse de la « transition démocratique» au Cameroun. En effet, au matin du 26 mai 1990, des opposants au régime du président Paul Biya se sont emparés de la rue à Bamenda, une ville de la partie anglophone, située à plus de quatre cents kilomètres de Yaoundé, la capitale du pays. Ces opposants ne demandaient pas moins que la légalisation de leur parti politique créé par la même occasion, le Social democratic front (S.D.F.). Bilan officiel de cette offense au régime du parti unique en place depuis 1966 : six morts « piétinés» selon la presse gouvernementale et les thuriféraires du régime, ou « piétinés par la police» qui tirait à balles réelles sur les manifestants, selon les sources de la presse indépendante et les organisateurs de cette marche conduite par un illustre inconnu des milieux politiques camerounais, Ni John Fm Ndi. Même si, comme on le verra, cette marche ensanglantée par la violence policière n'est pas le premier antécédent en termes d'offense populaire ou civile à la dictature de Yaoundé, l'opinion publique camerounaise et internationale retiendra que «la démocratie camerounaise est née dans la rue et dans le sang» à Bamenda le 26 mai 1990. Ce nouveau cycle d'apprentissage de la pratique politique libérale au Cameroun, qu'on nomme «transition démocratique », intervient après vingt-cinq ans d'un moment monolithique extrêmement dur en termes de libertés publiques et privées (traque des opposants, assassinats politiques, bâillonnement de la presse, parti-Etat, etc.). La période qui dure depuis quatorze ans (1990-2004) mérite qu'on s'arrête sur ses moments névralgiques, ses réformes majeures et sur les performances, en termes de conservation de soi et de la poursuite des attentes partisanes d'un régime néo-patrimonial, celui du président Paul Biya, au pouvoir depuis vingt-deux ans et pour six ans encore, au minimum. La transition démocratique peut désigner le passage d'un contexte politique qui n'est pas démocratique, ou qui est carrément antidémocratique vers un nouveau contexte où la pratique politique devra dépendre du débat et du suffrage populaire. La dictature ou l'arbitraire est sa cause, la liberté d'opinion et la cooptation soumises à la légitimité et à la légitimation populaire son but. Parler de transition démocratique au Cameroun, c'est se focaliser 14

sur ce moment de rupture entre les pratiques d'un pouvoir qui règne par la violence et la pensée unique diligentée par le haut et son contraire, c'est-à-dire l'institutionnalisation d'un accès à la représentation par une compétition au sein d'une pluralité d'opinions politiques qui se côtoient et s'affrontent. Cette pluralité est posée a priori, en principe, elle est la conditionnalité du débat et de la compétition politique, son fondement essentiel. Bien entendu, pour conduire à une telle pluralité, les choix des termes et des réformes dits de « transition» devraient être eux-mêmes en soi « démocratiques », c'est-à-dire refléter un large consensus fondateur entre les acteurs légitimes, qu'ils soient politiques, civils ou religieux appelés à s'affronter dans ce procès de la démocratisation des pratiques politiques. Ainsi, les choix de la période de transition devraient en principe déborder le cadre égoïste des idéologies et des attentes partisanes pour se préoccuper, à l'échelle de chaque Etat africain, de l'instauration de la démocratie dans ses termes universels de « pouvoir du peuple par le peuple et pour lui-même ». Un tel programme permettrait à la transition démocratique de produire en contexte africain des normes propres à la démocratie classique (Etat de droit, où l'indépendance des pouvoirs et l'égalité des droits permet de contrôler les acteurs politiques par le biais du pouvoir judiciaire). Et, sur le terrain institutionnel, d'instaurer une convivialité de fait qui permettrait de gouverner la société par le dialogue permanent entre les acteurs politiques de tous bords et les profanes( citoyens ordinaires et société civile) en attente de résultat. Enfm, ce dépassement des égoïsmes partisans permettrait à la transition démocratique d'être le moment de la mise en place d'une démocratie fonctionnelle à terme, c'est-à-dire qui ne tiendrait son sens que de l'invention des mécanismes objectifs et stables de la sélection des élites3. L'irruption des concepts normatifs de « conférences nationales souveraines », de « réconciliation nationale» qui ont marqué les années quatre-vingt-dix africaines s'inscrivaient dans une telle perspective d'invention politique. Au plus fort de la vogue de ces orientations iconoclastes, le manquement au rendez-vous de certaines de ces catégories et de
3

Sur la démocratie fonctionnelle, voir Mosca, Pareto, Michels, Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie, Paris, Payot, 1979, p. 319 et sq. 15

leurs enjeux constitue le premier signe particularisant de la «transition démocratique» comme perspective de refondation politique au Cameroun. Ce manquement n'est pas compensé par d'autres formes d'organisations originales des cadres du débat sur la transition qui auraient visé les mêmes résultats en termes de changement dans l'éthique et les normes de la pratique politique. Les concepts camerounais de «tripartite» et de «large débat national» conçus et distillés par un pouvoir dont le chef, Paul Biya, déclara du haut de la tribune de l'assemblée nationale que « la conférencenationale est sans objet pour le Cameroun» ne sont en rien, comme on le verra, à la hauteur d'une « conférence nationale souveraine» comme cela s'est vu au Bénin ou au Mali, ni dans son contenu, ni dans son personnel. A ce manquement s'ajoute un paradoxe, sans doute le plus marquant de l' « affaire» : les termes et le calendrier de la « transition démocratique », et donc du changement politique au Cameroun sont fixés et manœuvrés par un personnel politique issu d'un régime de commandement monolithique et néo-patrimonial dont l'impopularité et l'illégitimité sont précisément mis en cause par le besoin de changement inscrit au cœur de la transition. La complexité de l'équation de la transition démocratique au Cameroun tient de ceci: un pouvoir politique d'origine et de configuration dictatoriale et néo-patrimoniale, fortement présidentialisé, veut forger et porter la démocratisation du pays, sous la férule de son chef, M. Biya. Ce pouvoir se place de ce fait au cœur de toute observation scientifique du phénomène de la transition démocratique camerounaise comme principe actif et cible de toutes les actions de contestation. Il veut imposer ses critères et son rythme à l'ensemble des protagonistes de la politique et de l'assainissement social et institutionnel, protagonistes qui lui contestent, dès le début des années quatre-vingt-dix, la légitimité de le faire sans eux. y a-t-il réussi? Ou plutôt: qu' a-t-il réussi à produire, pendant et au bout de ces années de transition démocratique, comme configuration et perspective pour la démocratie camerounaise par ce travail quasi autoritaire d'imposition des vues et du rythme d'un président parfois privé de toute légitimité? Répondre à ces interrogations exige d'examiner la transition démocratique au Cameroun en termes de période d'agitations sociales, de stratégies partisanes, de difficultés, d'attentes avortées, tout cela étant dû, 16