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La troisième guerre du Golfe

De
594 pages
La guerre en Irak, comprise dans sa phase dite de "combats majeurs" a représenté un conflit singulier. Cet ouvrage passe au crible les doctrines d'emploi des forces, les effets sur les équilibres géopolitiques régionaux, sur l'Europe de la sécurité et les relations transatlantiques ou sur l'industrie de l'armement ; mais aussi les ombres entourant les armes de destruction massive, les enjeux économiques sous-jacents aux opérations, les plans de guerre ; la place des technologies militaires, le rôle des forces spéciales...
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LA TROISIÈME GUERRE DU GOLFE
Analyse politique, stratégique et économique

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

75005

Paris

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattanl @wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-02474-8 EAN : 9782296024748

Réseau Multidisciplinaire d'Études Stratégiques

LA TROISIÈME GUERRE DU GOLFE
Analyse politique, stratégique et économique

L'Harmattan

Comprendre le Moyen-Orient Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud

Mohamed ABDEL AZIM, Israël et la bombe atomique, 2006. Hichem KAROUI, Où va l'Arabie Saoudite ?, 2006. J.-J. LUTHI, M. A. MOGHIRA, L'Égypte en république. La vie quotidienne. 1952 - 2005, 2006. Anne-Lucie CHAIGNE-OUDIN, La France et les rivalités occidentales au Levant, Syrie-Liban 1918-1939, 2006. Bassem KAMAR, Politiques de change et globalisation, le cas de l'Egypte, 2005. Liesl GRAZ, Mon dîner chez Saddam, 2005. Ephraïm DOWEK, Vingt ans de relations égypto-israéliennes, 2005. Elise GANEM, L'axe Israël-Turquie, vers une nouvelle dynamique proche-orientale? 2005. Michel GUELDRY, Les États-Unis et l'Europe face à la guerre d'Irak,2005. Khalil AL-JAMMAL, Les liens de la bureaucratie libanaise avec le monde communautaire, 2005. Véronique BESNARD, Mise en images du conflit afghan, Rôles et utilisations de la photographie dans la presse internationale, 2005. Moafaq Mohamed YOUSSEF et Marie Joseph CHAL VIN, Un Irakien raconte 1994-2005. De l'exil aux élections, 2005. François LANTZ, Chemins de fer et perception de l'espace dans les provinces arabes de l'Empire ottoman, 1890- 1914, 2005. Hichem KAROUI, L'après-Saddam en Irak, 2005. Alireza MANAFZADEH, Ahmad Kasravi. La preière victime de l'islamisme radical, 2004. Assia MOHT AR KAÏS, Les Palestiniens au Koweït: histoire d'une réussite inachevée (1948-1990),2004. Mustapha CHELBI, L'Islam en procès, 2004. Noureddine SÉOUDI, La formation de l'Orient arabe contemporain 1916-1939 au miroir de la Revue des Deux Modes, 2004. Kamal BA YRAMZADEH, Les enjeux principaux des relations

Sommaire

Sommaire
Ab révia tio ns et acronymes Le Réseau ...

...
...... ...

...
...

7 11 23

Les auteurs. Introd uction ... ...

...

25 29
religion, 31

La politique moyen-orientale des Etats-Unis et l'avenir de l'Irak: démocratisation et intérêts d 'un Empire Theodoros Koutroubas et Nikolaos Raptopoulos L'attaque des Etats-nis en Irak et les relations turco-américaines: coopération étroite à la crise Nikolaos Raptopoulos Les paradoxes de l'unipolarité et guerre en Irak Thomas Pierret Guerres et métaphores: la guerre en Irak Christophe Wasinski L'Union européenne, l'OTAN et la crise irakienne André Dumoulin Le différentiel de participation Raphaël Mathieu à l'opération Iraqi Freedom

d'une 49

: échecs américains, dynamiques régionales ... ...

87

le cas des Etats-Unis entre le Il septembre 2001 et 105

115

131

8 L a question NBC André Dumoulin Les Etats-Unis face à la menace asymétrique irakienne Tanguy Struye de Swielande « No plan survives the start line ». L'interaction doctrine durant Iraqi Freedom Joseph Henrotin Une campagne paradoxale -Iraqi Freedom entre classicisme stratégique et chro n ostra tégie Joseph Henrotin Iraqi Freedom: un modèle de guerre technologique? Alain De Neve La puissance aérospatiale dans Iraqi Freedom: vers une maturité américaine? Joseph Henrotin La guerre réseaucentrique et son implémentation dans les opérations militaires coalisées en Irak: une révolution dans le commandement et le contrô le ? Alain De Neve Guerre urbaine: Alain De Neve Les opérations de guerre psychologique (PSYOP) américaines en Irak: tentative de contextualisation Christophe Wasinski Les coûts de la guerre en Irak, ex ante et ex post Wally Struys Opération Iraqi Freedom: quels enjeux pour l'industrie de défense? Gordon Sarlet 497 457 les stratégies d'évitement et de « la porte ouverte» 391
00

.163

177

des plans de guerre et de la 205

245

281

331

365

431

9 Prise de risque, « zéro mort » et létalité André Dumoulin Conclusion: Annexe par la force des choses... 535 537 529

-

chronologie des événements

Bibliographie..... .
T able des matières Liste des tableaux et figures

...

...

...561
585 595

Abréviations

et acronymes

ABL ACR AGM AIEA ALARM ALB AMRAAM AOR ARM ASRII ATO AWACS BAe BAI BCT BDA BFT BGT BITD BOA BOA BVR C2 C3 C3D2 C31 C4ISR CA

Airborne Laser Armoured Cavalry Regiment pour l'Energie Atomique Air to Ground Missile Agence Interntionale Air Land Battle Advanced Middle Range Air-to-Air Area Of Responsibility Anti-Radiation Assemblée Airborne Missile islamique suprême de la révolution Missile Air Launched Anti Radiation Missile

Air Tasking Orders Warning and Control System British Aerospace Battlefield Air Interdiction Brigade Combat Team Battlefield Damage Assessment Blue Forces Tracker Bodenseewerk Geratetechnik Gmbh de Défense Base Industrielle et Technologique Aéroterrestre Aéroterrestre

Bulle Opérationnelle Bulle Opérationnelle Beyond Visual Range Commandement Commandement,

et Contrôle Contrôle et Communications Camouflage, Deception and Denial and Intelligence and Reconnaissance

Cover, Concealment,

Command, Control, Communications Command, Control, Communications Computer, Intelligence, Surveillance Civil Affairs

12 CALCM CAOC CAS CASA CAT CBO CBU CCG CCT CEC CEMA CENTCOM CENTO CEP CFIUS CIA CIG CITY CJTF CMUE CNI CNN COA CONUS COP COPS COS COWAN CPI CPU CRNBC CSAR CSUE CTC CTWS
Conventionnal Air Launched Cruise Missile

Combined Air Operations Close Air Support Constucciones Congressional Aeronauticas

Center SA

Centres d'Opération Cluster bomb Unit

Tactiques

Budget Office du Golfe Capability

Conseil de Coopération CombatControlTeams Co-operative Engagement Chef d'Etat-major Central Command

des armées.

Central Treaty Organization Circular Error Probable Committee on Foreign Investments Central Intelligence Agency Conférence intergouvernementale. Commander's Independent Thermal Viewer Combined Joint Task Force Comité militaire de l'Union européenne. Congrès National Irakien Cable News Network Course of Action Continental United States Common Operational Picture Comité politique et de sécurité Commandement des Opérations Spéciales Coalition Wide Area Network Committee on Public Information Central Processing Unit Nucléaire, Biologique, Chimique Compqgnie Radiologique, Combat Search and Rescue Centre satellitaire Counter-Terrorist Case Telescoped de l'Union européenne. Center Weapon System in the US

13 CVF DAGR DARO DASA DBA DCEE DCI DCN DGA DIA DMFC DoD DSP DSTL
Carrier Vessel Future Defense Advanced DaimlerChrisler Distributed GPS Receiver Office Aerospace AG Environment Defense Airborne Reconnaissance Dominant Battelspace Awamess Continuous Expermimentation Navales Defence Capabilities Initiative Direction des Constructions Direction Defense Intelligence Department Agency Générale pour les armements

Direct Methanol Fuel Cell of Defense Defense Support Program Defence Science and Technology Laboratory European Air Transport coordination European Aerospace European Aeronautic, Effect-Based European Cell and Defence Company Defense and Space Company.

EACC EADC EADS EBO EBRC ECAP EDIG EMMC EMMF EMUE ERAAM ERS ESA EUCOM EUFOR F2T2EA FAC FBCB2 FCS FlOP FIST

Operations

Engin Blindé à Roues de Contact Capabilities Action Plan. Group Maritime Capacity Maritime Force European Defense Industries European Multinational European Multinational Etat-Major

de l'Union Européenne Satellite

Extended Range Air-to-Air Missile ESA Remote-Sensing European Command European Space agency European Force Find, Fix, Track, Target, Engage, Assess Forward Air Control Force XXI Battle Command Brigade & Below Future Combat System Family of In teroperab le Operational Future Integrated Soldier Technology Pictures

14 FLA FLPP FM FMM FOAS FoFa FRRE FS FSAF FSCL FSCS FUP GAE GAEFB GAEO GBR GBU GCC GEIP GFTh1 GIAT GIK GMES GPS GR HAC HALE HARM HFC. HHC HLUAV HMMWV HPC HTF HUMINT
Future Large Aircraft Future Launcher Preparatory Field Manual Frégates Multimissions Future Offensive Air System F ollow-on-F orce-Attack Force de Réaction Rapide Européenne Forces Spéciales Famille des missiles Sol-Air Futurs Fire-Support Forming-Up Co-Ordination Places Line Future Scout and Cavalry System Groupe aérien européen. Groupe aérien européen franco-britannique. Groupe armement de l'Europe occidentale Ground Based Radar Guided Bomb Unit Gulf Cooperation Council Groupe Européen Indépendant Groupe de forces interarmées Groupement Groupe Islamique du Kurdistan Global Monitoringfor Global Positionning House Appropriation Guerre Réseaucentrique Committee Missile High Altitude Long Endurence High Speed Anti-Radiation Helsinki Forces Catalogue Helsinki Headline Catalogue Hand-Launched High-Mobility UA V Multipurpose Wheeled Vehicle the Environment System and Security de Programmes multinationales. terrestre Programme

industriel de l'armement

Helsinki Progress Catalogue Headline Task Force Human Intelligence

15 HVA ICD ICIJ ICV ID IESD IFF IFOR IFR IISS INC INS lOT &E IR IRF IRIS-T ISIS ISR ITO JASSM JCS JDAM JFI JIACGs JLENS JNTC JOC JRRF JSF JSOW JSTARS JTRS JWID
High Value Asset Initiative sur les capacités de défense. International Consortium of Investigative Journalists Infantry Combat Vehicle Infantry Division Identité européenne Identtification Implementation International de sécurité et de défense. Friend or Foe Force (Bosnie). Institute for Strategic Studies System Test and Evaluation

In-Flight Refuelling Iraqi National Congress Inertial Navigation Initial Operational Infrarouge Immediate Integration intelligence,
.

Reponse Force

Infra Red Imagery Sidewinder Staff Information surveillance

- Tailed
System

Controlled

and reconnaissance

Iraqi Theater of Operations
Joint Air to Surface Standoff Missile Joint Chief of Staff Joint Direct Attack Munition Joint Fire Initiative Joint Interagency Co-ordination Group Joint Land Attack Cruise Missile Defense Elevated Netted Sensor Joint National Training Centers Joint Operations Center Joint Rapid Reaction Forces Joint Strike Fighter Joint Stand-OffWeapon Joint Surveillance and Attack Target Systems Demonstration Destroyer Joint Tactical Radio System Joint Warrior Interoperability Kinetic Energy Penetrating Kosovo Force

KEPD
KFOR

16 KMW KURs KZO LCM LCT LCU LCVP LFK LOC LoI LPD LPH LST LW LWAC MAD MALE MAV MBB MBDA MBT MC02 MEADS MEF MEPI METT-T MEU MIK MIUK MLU MND MND - CS MND - SE MOAB MOD
Krauss-Maffei Kleinjluggeriit Wegmann zur Zielortung

Key User Requirements Landing Craft Mechanised Landing Craft Tank Landing Craft Utility Landing Craft Vehicle and Personnel Lenkjlugkorpersysteme Line Of Communications Letter of Intent. Landing Platform dock Landing platform Helicopter Landing Ship Tank Land Warrior Land Warrior Advanced Capability Mutually Assured Destruction Medium Altitude Long Endurence Micro Air Vehicles Messerschmitt- Bolkow- Blohm Matra BAE Dynamic Alenia Main Battle Tank Millenium Challenge 2002 Force Initiative Unit Unifié du Kurdistan Medium Extended Air Defence System Marines Expeditionnary Middle East Partnership Marines Expeditionnary Mouvement Multinational Multinational Multinational Islamique Division Division

Mission - Ennemy - Terrain - Troops - Time available Mouvement Islamique du Kurdistan Mid-Life Update

-

Center/South

Division - South East

Massive Ordnance Air Blast Ministry of Defence

17

MOOTW
MOU MOUT MPUE MRAV MRTT MSMM TUA V MTR MUXAT

Military Operations Other Than War Memorandum of Understanding. Military Operations in Urban Terrain Mission de Police de l'Union européenne. Multi-Role Armoured Vehicle Multi Role Tanker Transport Aircraft Multi Sensor Multi Mission TUA V Military- Technical Revolution Multichannel Nucléaire, Satellite Terminals Chimique et Balistique biologique, chimique. Defense Warfare (Guerre réseaucentrique) Agency

NBC NBCB NBD
NCW (GR)

Nucléaire, Biologique, Network-Based Network-Centric Non-secure

NGA
NIPRNET

National Geospatial-Intelligence National Missile Defense NATO Response Force

Internet Protocol Router Network

NMD NRF NTCD NTIC NTW NTWD NVG
OAEO

Nouveau Transport de Chalands de Débarquement Nouvelles Technologies de l'Information et des Communications Navy Theatre Wide Navy Theater Wide Defense Night Vision Googles Organisation Organisation d'armement. Organisation de l'armement de l'Europe occidentale. conjointe de cooperation en matière de Coopération Economique

OCCAR OCE OF(W) OFW OGC
OIF

Objective Force (Warrior) Objective Force Warrior Office of Global Communication Operation Iraqi Freedom Office National d'Etudes et de Recherches Aérospatiales Organisation des Nations Unies. « Observe », « Orient », « Decide », « Act» Office of Strategic Influence Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole

ONER ONU OODA OPD OPEP

18 OPLAN OSCAR OSCE OSI OTAN OWl PA PAAMS PAC PAEC PARP PB PC PCC PDB PDK PESC PESD PFI PGM PIB PKK PLGR PLS PMC PNU POG PpP PSYOPS PWDA QDR RAAF RAP RDO RFE/RL
Operations Plan Operational Strategic Communications Architecture en Europe. Organisation pour la sécurité et la coopération Office of Strategic Influence Organisation du Traité de l'Atlantique Office ofWar Information Public Affairs Principal Anti-Air Missile System Patriot Advanced Capability Plan d'Action européen sur les Capacités. Processus de planification Pre Briefed Pleine Charge Prague Capabilities Commitment Psychological Dissemination Battalion Parti Démocratique Politique Européenne du Kurdistan de Sécurité et de Défense et d'examen. Nord

Politique étrangère et de sécurité commune. Private Financing Initiative

Precision Guided Munitions
Produit intérieur brut Parti des Travailleurs du Kurdistan Precision Lightweight Pre-Launch GPS Receiver Survivability Update Group

Private Military Companies Precision Navigation Psychological Psychological Operations Operations

Partenariat pour la Paix Post War Defense Assessment Quadrennial Defense Review Royal Australian Air Force Royal Air Force Rapid Decisive Operations Radio Free Europe/Radio Liberty

19 RMA RMES RPG RRE SA SAAM SACEUR SACLANT SACT SAM SAMP/T SAS SATCOM SBCT SBIRS SBS SCALP SDI SEAD SEATO SFG SFOR SFW SG/HR SHAPE SIC SIGINT SIPRNET SJFHQs SLAM(ER) SLARAAM SMAF SOFC SP
Revolution in Military Affairs (révolution dans les affaires militaires) Réseau Multidisciplinaire d'Etudes Stratégiques Rocket Propelled Situation Awarness Système sol-Air Anti-Missiles Supreme Allied Commander Supreme Allied Commander Surface to Air Missile Système sol-Air de Moyenne Portée/Terrestre Special Air Service Group Communication Space-Based Satellite Stryker Brigades Combat Teams Infrared System autonome à longue portée. Special Boat Service Système de croisière conventionnel Strategic Defense Initiative Suppression of Enemy Air Defence South East Asia Treaty Organization Special Forces Group Stabilization Force (Bosnie). Représentant. Allied Powers Europe de Commandement Sensor Fuzed Weapons Secrétariat général/Haut Supreme Headquarters Systèmes d'Information Signal Intelligence Secret Internet Protocol Router Network Standing Joint Force Headquarters Stand-off Land Attack Missile (Extended Response) Surface Launched Advanced Medium-Range Air-to-Air Missile Sous-Marins d'Attaque du Futur Solid Oxide Fuel Cells Self Protect Europe. Transformation Supreme Allied Commander Atlantic Grenade Risk Reduction Effort

20 SSKP STO STOLV STRATCOM TACSAT TARPS TCD TCT TEU TF THAAD THALES THEL TITAAN TLAM TOO TPFDL TRACER TRADOC TRANSCOM TSB TST TUA V UAGV UAV UCAV UE UEO UHF ULE UNMOVIC UPK USA
Single Shot Killing Probability Space Tasking Orders Short Take-offVertical Strategic Command Tactical Satellite Tactical Air Reconnaissance Time Critical Target Twenty Feet Equivalent Task-Force Theatre High Altitude Area Defense Technology Arrangement for Laboratories for European Defence Science Tactical High Energy Laser Theater-Independent Target of opportunIty Time Phased Forces Deployment List Tactical Reconnaissance Armoured Combat Equipment Requirement United States Army Training and Doctrine Command Transportation Time-Sensitive Tactical UA V Unmanned Aerial Ground Vehicles Unmanned Aerial Vehicles Unmanned Aerial Combat Vehicles Union européenne Union de l'Europe occidentale Ultra High Frequency Ultra Long Endurance United Nations Monitoring Verification and Inspection Commission Union Patriotique du Kurdistan United States Army Command Target Tactical Support Battalion Army Air Force Network Tomahawk land Attack Missile Unit Pod System Transport de chalands de débarquement. Landing

21 USACAPOC USAF USIA USJFCOM USMC USN USSOCOM VBCI VIPER VTOLUAV WCMD WINT
US Army Civil Affairs and Psychological Command U.S. Air Force United States Information Agency United States Joint Force Command United States Marines Corps United States Navy United States Special Operation Vector IV-Binocular Command Véhicule Blindé de Combat d'Infanterie Laser Range Finder UA V Vertical Take-off and Landing Warfighter Information Operations

Wind Corrected Munitions Dispenser Network-Tactical

Le Réseau

Que sommes-nous?
Le Réseau Multidisciplinaire d'Études Stratégiques (RMES - site Internet: http://www.rmes.be) est une association de fait dont l'objet réside dans l'examen théorique et analytique des relations internationales et stratégiques, des équilibres géopolitiques et des questions militaires. Le RMES représente un lieu d'intersection des synergies en matière de recherche stratégique. La composition du réseau reflète la volonté d'associer des analystes issus d'horizons professionnels et de fonnations variés dans un cadre de travail pluraliste, flexible et modulaire.

Notre projet
Le projet que poursuit, à travers ses membres, le réseau repose sur l'étude théorique des relations internationales, l'analyse des enjeux internationaux et géopolitiques contemporains, l'examen des questions str~tégiques et militaires et l'étude des organisations internationales de sécurité et de défense. A travers ses activités, le RMES entend infonner l'opinion publique et sensibiliser celle-ci aux enjeux stratégiques majeurs de ce nouveau millénaire. Il espère également apporter indirectement une aide à la décision politique. .

Les auteurs

Alain De Neve* Diplômé d'études approfondies en sciences politiques (orientation: relations internationales) de l'Université catholique de Louvain, Alain De Neve est attaché de recherches au Centre d'Etudes de Défense (CED) et fonnateur associé à l'Institut Royal Supérieur de Défense (IRSD).

André Dumoulin

*

Docteur en sciences politiques de l'Université de Lille 2, André Dumoulin est chargé de recherches à l'Ecole Royale Militaire et maître de conférence à l'Université libre de Bruxelles (ULB) et à l'Université de Liège (ULg).

Joseph Henrotin* Diplômé d'études approfondies en sciences politiques de l'Université libre de Bruxelles, Joseph Hemotin est chargé de recherches à l'Institut de Stratégie Comparée (ISC - Paris). Il est également doctorant en sciences politiques auprès de l'ULB et de l'Université de Paris-3.

Theodoros Koutroubas Diplômé d'études approfondies en sciences politiques de l'Université catholique de Louvain, Theodoros Koutroubas poursuit actuellement la rédaction d'une thèse de doctorat auprès de cette même institution.

Raphaël Mathieu* Diplômé d'études approfondies en sciences politiques (orientation: relations internationales) de l'Université catholique de Louvain (UCL), Raphaël Mathieu est

* Les astérisques accompagnant le nom des auteurs désignent les membres du Réseau Multidisciplinaire d'Etudes Stratégiques.

26 attaché de recherches au Centre d'Etudes de Défense (CED) et formateur associé à l'Institut Royal Supérieur de Défense (IRSD).

Thomas Pierret*

Titulaire d'une maîtrise en histoire contemporaine de l'Université Thomas Pierret est également détenteur d'un Master en politique l'Université libre de Bruxelles (ULB) et d'un diplôme d'études sciences politiques/monde musulman de l'Institut d'Etudes Politiques il poursuit actuellement la rédaction d'une thèse de doctorat.

de Liège (ULg), internationale de approfondies en (IEP) de Paris où

Nikolaos Raptopoulos* Licencié en sciences politiques et études internationales de l'Université Panteion d'Athènes et diplômé d'études approfondies en sciences politiques (orientation: relations internationales) de l'Université catholique de Louvain (UCL), Nikolaos Raptopoulos est boursier de la Fondation des Bourses de l'Etat grec (IKY). TI est actuellement doctorant auprès de l'UCL.

Gordon Sarlet* Licencié en sciences politiques (relations internationales) de l'ULB, Gordon Sarlet est également diplômé d'études spécialisées en politique européenne de l'Institut d'Etudes Européennes (lEE - ULB). Il est, depuis fm 2002, Chargé de Mission auprès du Directeur des Programmes européens de Thalès (Siège, Paris).

Tanguy Struye de Swielande* Docteur en sciences politiques de l'UCL, Tanguy Struye de Swielande est également diplômé et membre de l'Asian European Foundation (ASEF).

Wally Struys* Docteur en sciences économiques de l'ULB, Wally Struys est Professeur ordinaire à l'Ecole Royale Militaire, Professeur à l'Institut Royal Supérieur de Défense et Professeur visiteur à l'Université de Ljubljana (Slové~e). Il est également Chef de la Chaire d'Economie.

27 Christophe Wasinski* Diplômé d'études approfondies en sciences politiques (orientation: relations internationales) de l'ULB, Christophe Wasinki est assistant aux Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix (Namur) et à l'Université libre de Bruxelles (Réseau d'Etudes en Politique Internationale - REPI) où il poursuit la rédaction d'une thèse de doctorat.

Introduction

C'est à l'aube du 20 mars 2003 que les Etats-Unis, à la tête d'une coalition militaire multinationale, procèdent aux frappes inaugurales qui marqueront le début de leur seconde entrée en guerre contre le régime baasiste de Saddam Hussein. Ce conflit de haute intensité consacrait, de la sorte, l'avènement de la troisième gueITe du Golfe, fragilisant par la même des équilibres régionaux fort précaires. Il aura suffis aux EtatsUnis et à leurs « alliés de circonstance» d'une vingtaine de jours de combats de haute intensité pour faire vasciller, et finalement, entramer la chute fmale du gouvernement administration déclareront la fm officielle des « combats majeurs ».

irakien. Ce n'est pourtant qu'en date du 1er mai que le Président George W. Bush et son

L'objet de ce livre ne repose pas sur l'examen de la légalité ou encore de la légitimité de l'intervention; questions à propos desquelles nous laisserons aux juristes, publicistes et philosophes le soin de débattre. De même, le souci qui fut celui des rédacteurs n'a pas été de se pencher sur la période postérieure à la fin - telle que déclarée - des combats majeurs, mais plutôt d'axer leur réflexion sur le contexte proche de l'entrée en guerre, sur le déroulement des opérations et sur l'immédiate sortie de crise 1. Plus exactement, trois dimensions de la guerre en Irak seront discutées dans le cadre de cet ouvrage. La première, qui concerne la géopolitique, reposera sur l'étude des équilibres régionaux, mais aussi sur l'impact qu'eut le conflit sur l'Europe de la sécurité et les relations transatlantiques. Une seconde dimension, de nature stratégique, se penchera, certes, sur la question des armes de destruction massive dans le ressort des discours politiques qui se sont fait jour à l'approche de l'entrée en guerre, mais également sur les doctrines d'emploi des forces (guerre réseaucentrique, chronostratégie, combat urbain, «zéro mort », etc.), les modes d'élaboration et l'évolution des plans de gueITe et les structures technologiques des forces. Enfin, une troisième dimension abordée par ce livre s'attachera aux impacts économiques globaux de la guerre et les effets qu'elle put engendrer dans le secteur industriel de la défensec Une guerre n'est jamais un événement fortuit ou anodin. Et la guerre en Irak, comprise dans sa phase dite de « combats majeurs» (20 mars 1er mai 2003), a représenté un conflit singulier qui a focalisé non seulement l'attention des politiques, des médias, des milieux militaires, mais aussi celle de tout un chacun. Dès lors, il était d'autant plus utile d'en cerner les contours, d'en tirer les premiers enseignements en nous

l Les contributions ont été arrêtées au 30 avril 2004.

30 départissant des discours binaires et du poids des affects. Le résultat de ce livre est une somme argumentée alliant des hypothèses novatrices à la rigueur d'une analyse scientifique. Incontestablement, un des ouvrages de référence sur la question.

Chapitre 1

La politique moyen-orientale des Etats-Unis et l'avenir de l'Irak: religion, démocratisation et intérêts d'un Empire
Theodoros Koutroubas et Nikolaos Raptopoulos

Introduction
Le Moyen-Orient, berceau de trois religions monothéistes, connaît depuis toujours des conflits dont la religion constitue l'un des paramètres les plus constants. Durant la guerre froide, les Etats-Unis, dans le cadre du containment contre l'Union soviétique, étaient parvenus, avec plus ou moins de succès, à instrumentaliser l'Islam pour agir sur les sociétés locales. Et ce, afin de promouvoir leurs intérêts dans la région. L'apogée de cette politique survint concomitamment à l'éclatement de la guerre civile en Afghanistan, au début des années 1980. Cette politique, dite de la « ceinture verte », se révéla, pourtant, une arme à double tranchant ce qu'elle permit, par exemple, le développement de mouvements islamistes radicaux. Ceux-ci émergèrent au sein d'Etats gouvernés par des régimes autoritaires laïques se reconnaissant dans des variantes d'un socialisme tiers-mondiste, voire même au sein des monarchies régionales «traditionnelles» pro-occidentales. La révolution islamique en Iran, pays jusqu'alors pro-américain, aboutit à l'instauration d'une République islamique farouchement anti-occidentale. Cet événement constitua l'un des revers les plus connus d'une politique qui venait à réduire la religion au rôle de « chien de garde» face aux menaces d'une infiltration communiste. A l'heure de la reconstruction de l'Irak, l'agitation des mouvements se réclamant du Chiisme incarne l'un des défis majeurs auxquels se heurtent désormais les Etats-Unis, et plus généralement, la communauté internationale. Exclus du pouvoir depuis des années, très souvent contraints de s'exiler pour échapper aux persécutions du régime (plutôt laïque) de Saddam Hussein, les leaders chiites, bien que divisés, revendiquent aujourd 'hui une participation au pouvoir. L'autoritarisme et la cruauté du régime baasiste ayant discrédité pour un temps l'option laïque, ces leaders aux idées fondamentalistes jouissent d'une popularité certaine auprès des Irakiens d'obédience chiite. Mais le radicalisme religieux semble également gagner des adeptes parmi la population sunnite du pays.

32 Plusieurs analystes aux Etats-Unis ont exprimé leur inquiétude - les souvenirs des attentats du Il septembre 2001 étant encore très présents - à l'endroit du danger potentiel qu'aurait pu représenter pour la sécurité américaine l'avènement d'un gouvernement fondamentaliste en Irak après la fin de l'occupation. Comme Colin Powell l'avait récemment indiqué: «il serait fâcheux qu'émerge en Irak un gouvernement fondamentaliste qui ne respecterait pas les principes de base de la démocratie. » 1 Qu'il s'agisse des efforts visant à mettre hors-jeu Yasser Arafat, Président élu de l'Autorité palestinienne, autoritaire mais de tendance plutôt laïque, de l'arrivée au pouvoir en Turquie, lors des dernières élections législatives, de Recep Tayip Erdogan, leader du parti (pro-)islamique de la Justice et du Développement (AKP), avec l'accord présumé de l'établissement bureaucratique et militaire kémaliste (laïque), ou encore des tensions survenues dans les relations entre Washington et le régime saoudien, monarchie traditionnelle et pro-occidentale mais prônant un Islam jugé trop fondamentaliste, ce sont là les divers indicateurs du type de régime que les Etats Unis souhaiteraient voir fleurir dans la région. L'objectif de cet article consiste à explorer les motivations de la guerre américaine en Irak dans leurs relations avec la religion et le modèle de régime politique que les EtatsUnis souhaiteraient promouvoir au Moyen-Orient. Dans ce cadre, nous discuterons également de l'interaction entre le politique et le religieux dans l'Irak de l'aprèsSaddam afin de procéder à une évaluation des perspectives d'émergence d'une véritable démocratisation du pays.

Les Etats Unis et le Moyen-Orient à la veille de septembre 2001
Érigée au statut d'unique superpuissance internationale depuis la deuxième guerre du Golfe, les Etats-Unis d'Amérique n'auront, au vrai, profité que durant une décennie de leur hégémonie incontestée au niveau mondial. Les attaques terroristes du Il septembre 2001, événements d'une envergure sans précédent dans l'histoire américaine, ont en effet brutalement révélé la vulnérabilité du nouvel Empire. Washington découvrait ainsi qu'il devait faire face à un ennemi non seulement nouveau et puissant, présent jusqu'au cœur même de son territoire, mais aussi difficile à combattre par des moyens conventionnels. Initialement réticente à s'impliquer dans le guêpier moyen-oriental, l'administration du Président George W. Bush s'est vue contrainte de s'y réinvestir en s'essayant au difficile exercice de la prise en main des affaires régionales. Et ce, dans un triple objectif résidant dans:

.

l'élimination des bases locales du terrorisme menaçant la sécurité des Etats Unis;

1

1. LASSERRE, « La renaissance politique des Chiites », Le Figaro, 27 mai 2003.

33

. .

l'appui aux efforts de résolution d'un conflit israélo-palestinien devenu une source intarissable de rancunes anti-américaines parmi les Arabes; la volonté d'empêcher l'installation de régimes susceptibles de gérer un mécontentement connu pour alimenter une audience idéale aux prêcheurs de la violence et du fondamentalisme islamistes.

Carrefour des trois grandes religions monothéistes et « artificiellement» partagée en Etats - zones d'influence occidentale après la chute du pouvoir ottoman -, le MoyenOrient reste très éprouvé des suites des guerres qui ont survenu depuis la création de l'Etat hébreu - qui résulte elle-même de l'holocauste dont fut victime le peuple juif en Europe. La région sort également déçue de l'échec des promesses de développement et de modernisation faites par ses nouvelles élites. Elle est, en outre, fragilisée du fait de l'instabilité des régimes politiques nés dans les années 1950. A la disparition du système bipolaire, nombre d'analystes politiques se sont montrés soucieux de la popularité nouvellement acquise par des partis et autres groupes plus ou moins subversifs prônant le retour à un Islam rigoriste comme seul moyen de retrouver une prospérité passée (elle-même relevant plutôt de l'imaginaire). Ces observateurs prédisaient, non sans fondements, la déliquescence à tenne des dictatures et autres systèmes autoritaires locaux, tant ils seraient submergés du fait de la montée de l'islamisme et de la colère grandissante d'une rue appauvrie. Pourtant, après l'attaque presque inattendue de l'Irak contre l'Emirat du Koweït et la guerre déclenchée par l'une des plus vastes coalitions jamais réunies dans I'histoire, la situation générale pouvait laisser espérer une progressive stabilisation de la région. Ou plutôt, était-il pennis de penser que les équilibres politiques du Moyen-orient pouvaient se figer tant les régimes et les problèmes structurels apparaissaient indéracinables, obéissant presque à une fatalité de l'histoire. À la veille des événements du Il septembre 2001, on peut dire que la situation politique des Etats moyen-orientaux demeure controversée. En Egypte, après l'assassinat du Président Sadate en 19811par des militants islamistes, Hosni Moubarak, son ancien Vice-Président, reprit le pouvoir - qu'il exerce toujours, au demeurant -; un pouvoir qui ne semblait pas trop fragilisé ni par les sérieux problèmes économiques rencontrés par le pays, ni par l'influence croissante des groupes islamistes, ni encore par les fréquentes tensions intercommunautaires (Musulmans - Coptes) qui y ont cours. L'embryon de démocratie matérialisé par des élections à haute surveillance et l'entente de nécessité entre le gouvernement, la mosquée (notamment la prestigieuse institution d'Al-Azhar) et l'Eglise (Copte orthodoxe), parvenait à contenir le mécontentement des masses (vivant souvent dans la misère) et à satisfaire les attentes d'une classe moyenne conservatrice.

1Anwar El Sadate a gouverné l'Egypte de 1970 à 1981.

34 1 En Jordanie, le « petit Roi» Hussein a prouvé à tous ses détracteurs qui lui prédisaient une mort semblable à celle de son grand-père2, qu'ils avaient tort. Quelques jours avant sa disparition, Hussein nomma comme successeur son fils Abdallâh. Le changement de règne se déroula dans le respect absolu des règles constitutionnelles et le nouveau Roi, présidant lui aussi un régime autoritaire, bien qu'allégé par un zeste de normes démocratiques, était manifestement loin d'avoir épuisé son crédit de popularité du, notamment, à sa jeunesse, sa simplicité et à ses promesses de réformes. La légitimité islamique attachée à la famille hachémite semblait par ailleurs suffisamment capable de contenir les mouvements fondamentalistes dont la participation aux élections était, au demeurant, souvent tolérée. En Syrie, le septuagénaire et très autoritaire Président Hafez al-Assad3, dont la fm violente (et celle de son régime) avaient été également maintes fois prédites, est décédé à son tour de maladie à Damas en juin 2000 après avoir gouverné la Syrie pendant presque trente années. C'est son fils, Bashar, qui lui a succédé immédiatement à la tête de l'Etat. La transition s'est déroulée dans le calme. Malgré les quelques mesures d'ouverture, le nouveau Président poursuit essentiellement la ligne politique autrefois adoptée par son père; une ligne politique fondée sur l'alliance des minorités au détriment de la majorité sunnite. Maîtrisée d'une main de fer par Hafez, la contestation islamiste ne semblait pas alors constituer une menace trop pesante pour Bashar dont le régime continuait à exercer un contrôle ferme sur les communautés religieuses et la société civile. Au Liban, en dépit des blessures occasionnées par une guerre civile des plus meurtrières, les accords de Taëf (1989) rétablissant l'équilibre intercommunautaire ont été respectés par l'ensemble des partis. Avec un système démocratique unique dans le monde arabe et, en dépit de la haute tutelle imposée par le puissant voisin syrien, le pays continuait avec succès sa reconstruction, tandis que les groupements islamistes semblaient canaliser leur énergie contre Israël dont le départ des territoires méridionaux conduit à la restitution, au profit de l'autorité du gouvernement de Beyrouth, de la quasi-totalité du territoire libanais. En Turquie, la participation des ultra-nationalistes et, ensuite, des islamistes au pouvoir n'a pas sérieusement affecté l'orientation européenne de la République. Ayant récemment adopté des mesures de démocratisation et de démilitarisation, le pays semblait ne plus entretenir de grandes similitudes avec l'image qu'il pouvait donner durant les années 1980, période marquée par le coup d'Etat du Général Evren. Les
1 décédé des suites d'une maladie incurable en février 1999 après presque 45 ans de règne. 2 Premier roi de la Jordanie, Abdallâh, meurt assassiné à Jérusalem en 1951 dans le cadre du mécontentement général de la rue arabe après la défaite de la guerre de 1948 - 1949 contre Israël. Son fils TalaI abdique très vite à cause d'une (prétendue ?) maladie mentale. Hussein, fils de TalaI, accède sur le trône hachémite en 1953 à l'age de 18 ans après une courte régence. 3 Exerçant de fait le pouvoir en Syrie depuis 1969, Hafez al Assad devient Président de la République en février 1971.

35 participations successives des islamistes au pouvoir, résultats de leurs succès aux élections législatives, ont été saluées par l'Occident et perçues comme un signe d'ouverture d'un régime souvent accusé, non sans raison, d'autoritarisme. Les détenteurs consécutifs du pouvoir donnaient ainsi l'impression de respecter les règles du jeu démocratique. En Arabie Saoudite, le Roi Fahd, qui occupait le trône depuis la mort de son frère Khaled en 1982, usé par la maladie, avait transmis l'essentiel de ses fonctions à son héritier, son frère le prince Abdallah. Monarchie absolue se réclamant de l'une des tendances les plus fondamentalistes de l'Islam, le pays restait pourtant un des plus vieux alliés de l'Occident dans la région et la contestation (notamment islamiste) à l'encontre du régime des Saoud ne semblait pas poser, au début des années 2000, le danger qu'elle pouvait représenter à la fin des années 1970. Dans les autres monarchies du Golfe, plusieurs souverains locaux avaient affiché une volonté, certes limitée, de démocratisation et ce afin de mieux canaliser la contestation intérieure et de satisfaire leurs alliés et partenaires commerciaux occidentaux. Rois, sultans, émirs et autres princes semblaient pourtant bien inamovibles, tant la prospérité relative privait l'opposition islamiste de l'essentiel de ses arguments sociaux et économiques. Au Yémen, Ali Abdallah Saleh, Président de la République arabe du Yémen depuis 1978 était toujours le chef de l'Etat, unifié en 1990. Autoritaire, le régime souffrait davantage des turbulences d'ordre tribal que de l'opposition islamiste et semblait suivre de plus en plus une ligne de conduite pro-occidentale. En Iran, la République islamique en place depuis la révolution de 1979 semblait avoir perdu son pari de devenir le «phare» révolutionnaire de la région. Fatiguée par le poids excessif de la religion et du clergé chiite sur l'Etat et la société, la nouvelle génération d'Iraniens choisissait souvent la rue en vue d'exprimer son mécontentement, jugeant sommaires et insuffisantes les réformes introduites par le Président Khatami, un clerc modéré au pouvoir depuis 1997. Chef de file des conservateurs, le « guide suprême» l'ayatollah Khamenei était, quant à lui, au pouvoir depuis la mort de l'ayatollah Khomeini en 1989. La contestation du régime par la jeunesse qui représentait une très large partie de la population constituait non seulement un assez mauvais présage pour sa survie mais également un découragement pour ceux qui s'en sont initialement inspirés ailleurs dans la région. Finalement, en Irak, malgré les maux traversés par ce pays, jadis prospère, lors des guerres successives et des suites de l'embargo international, le régime autoritaire de Saddam Hussein, au pouvoir depuis 1979, ne semblait pas près de son terme. Ecrasées par la Garde nationale en 1991, la majorité chiite et les différentes factions kurdes ne donnaient pas l'impression d'être capables d'entreprendre une nouvelle tentative d'insurrection dans un avenir prévisible.

36 Ayant en commun le déficit démocratique, un caractère plus ou moins autoritaire, un niveau de corruption assez élevé et une mainmise de l'Etat sur la religion (appelée souvent à servir de moyen de légitimation du pouvoir), l'ensemble de ces régimes était parvenu à se maintenir au pouvoir après la fin de la guerre froide et ce en raison des équilibres complexes existant entre les composantes des mosaïques communautaires nationales mais également du fait de l'appui des puissances occidentales et, plus particulièrement, de celui des Etats Unis d'Amérique. Ces derniers semblaient penser que la majorité des régimes en question garantissait la stabilité tant désirée pour la préservation du statu quo du marché pétrolier, d'une part, et pour le maintien de la paix autour du noyau conflictuel Israélo-palestinien, d'autre part. Au vrai, le déclenchement de la deuxième insurrection palestinienne en septembre 2000, suite à l'échec du processus de pacification initié par l'Occident après la fm de la guerre du Golfe de 1991, a mis une fm brutale aux espoirs de tous ceux qui ont cru, à l'instar du Président américain Bill Clinton ou de certains responsables politiques de l'UE, à la possibilité d'en terminer défmitivement avec les conséquences des années 1948-49 et de construire un nouvel ordre démocratique au Moyen-Orient2. L'élection d'Ariel Sharon au poste de Premier ministre de l'Etat d'Israël en février 2001, quelques mois avant les événements du Il septembre, a contribué à une dégénérescence de la situation, notamment en raison de l'incapacité de cet ancien Ministre de la Défense, meneur de l'offensive israélienne au Liban, de communiquer avec le Président palestinien Vasser Arafat, chef du mouvement pour la libération de la Palestine depuis 1968. La décision du gouvernement Bush de ne pas persévérer dans les efforts de pacification a été interprétée par l'opinion publique palestinienne - et arabe en général- comme un signe de soutien inconditionnel des Etats-Unis en faveur de l'Etat hébreu. Au moment où la nouvelle de la chute des deux tours de New York est connue dans la région, les efforts des autorités policières parviennent à peine à dissimuler les sentiments anti-américains de la rue arabe, exaspérée par la misère, décue dans ses attentes des jours meilleurs et dégoûtée par des régimes qui ne songent qu'à satisfaire les diktats des occidentaux tout en utilisant l'état de guerre déclaré comme suite à la « nakba » palestinienne3, excuse invoquée pour la prolongation de leur règne autoritaire et le blocage de toute tentative de démocratisation.

Al' exception bien sur des régimes irakien et iranien. Traditionnellement anti-américains la Syrie et le Yémen donnaient, quant à eux, des signes de bonne volonté à l'Occident au début des années 2000. 2 La Déclaration de Barcelone, adoptée à l'occasion de la Conférence Euro-méditerranéenne des 27 et 28 novembre 1995 constitue un document caractéristique de cet espoir d'installer un ordre nouveau et démocratique au Moyen-Orient. Cf http://www.europa.eu.int/comm/external_relations/euromed/bd.htm . 3 « AI-Nakba », le désastre. C'est ainsi qu'est mentionnée dans le monde arabe la guerre araboisraélienne

1

37

De l' Afghanistan à l'Irak
L'identité des auteurs des attentats du Il septembre 2001 a confIrmé les propos de ceux qui prédisaient que l'accumulation de misères, de déceptions et de rancunes dans la région ne pourrait que générer des conséquences néfastes pour l'Occident et son leader américain. Tous deux étaient considérés, à tort ou à raison, par une grande part de la population moyen-orientale comme les responsables d'une politique de « deux poids et deux mesures» conçue pour soutenir Israël tout en continuant de tirer profit des richesses arabes. Choqué, bénéficiant d'un crédit de sympathie légitime presque universel et fort de l'appui inconditionnel de ses alliés traditionnels, le gouvernement Bush a promptement décidé d'intervenir militairement en Afghanistan - pays « refuge» de l'organisation-cerveau des attaques terroristes et dont le gouvernement fondamentaliste particulièrement autoritaire ne faisait l'objet d'aucune reconnaissance au niveau mondial. Sans faire l'unanimité au sein de la communauté internationale, et encore moins au Moyen-Orient}, cette intervention semblait s'inscrire dans la continuité des événements du Il septembre. Son objectif visait l'élimination des bases principales utilisées par les terroristes et l'éradication du gouvernement qui l'hébergeait. Il est vrai que le régime des talibans était sévèrement critiqué, même par les Etats musulmans, pour sa cruauté singulière. Une opposition armée continuait à contrôler une partie du territoire national et était prête à légitimer (voire à aider militairement) l'offensive de l'alliance internationale sous les auspices de Washington. Après un mois d'hostilités, les villes principales du pays passèrent sous le contrôle des anciens opposants et des armées de la coalition tandis qu'un processus de démocratisation était lancé à Bonn. L'échec de la capture du chef du réseau Al Qaïda, Oussama Ben Laden, et du leader politico-religieux des Talibans, le mollah Muhammad Omar, a cependant terni la victoire américaine, tandis que la poursuite des attentats terroristes (dont celui, très meurtrier de Bali en octobre 2002) et les tentatives d'attentats visant des intérêts et des civils occidentaux partout dans le monde ont été ressenties comme un défi de première importance pour l'administration de G. W. Bush, soucieuse d'honorer sa promesse de garantir la sécurité des ses citoyens avant les élections nationales de 2004. S'adressant à l'Assemblée générale des Nations Unies à New York en septembre 2002, une année après les événements tragiques de 2001, le Président Bush y exposait sa vision du danger et affIrmait que le terrorisme organisé représentait pour l'humanité civilisée une menace de grande ampleur. Il désignait, à cette occasion, un nouvel ennemi à abattre: l'Irak de Saddam Hussein. Selon George W. Bush:
"Above all, our principles and our security are challenged today by outlaw groups and regimes that accept no law of morality and have no

1

cf J. BRICMONT, N. CHOMSKY, N. KLEIN et A. MORELLI, Il septembre 2001, lafin de
», Bruxelles, Aden, 2001.

«lafin de l'histoire

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limit to their violent ambitions. In the attacks on America a year ago, we saw the destructive intentions of our enemies. This threat hides within many nations, including my own. In cells and camps, terrorists are plotting further destruction, and building new bases for their war against civilization. And our greatest fear is that terrorists will find a shortcut to their mad ambitions when an outlaw regime supplies them with the technologies to kill on a massive scale In one place -- in one regime --we find all these dangers, in their most lethal and aggressive forms, exactly the kind of aggressive threat the United Nations was born to confront [...] The conduct of the Iraki regime is a threat to the authority of the United Nations, and a threat to peace [...] Saddam Hussein [...] continues to develop weapons of mass destruction. The first time we may be completely certain he has nuclear weapons is when, God forbids, he uses one. We owe it to all our citizens to do everything in our power to prevent that day from coming." 1.

L'idée, entretenue par divers groupes d'analystes et membres de l'élite politique américaine, selon laquelle le régime irakien constituait un menace majeure pour les intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés dans la région ne datait pas de l'après septembre 2001. Déjà, en janvier 1998, par l'intermédiaire d'une lettre adressée au Président Clinton, dix-huit personnalités proches du parti républicain, parmi lesquelles figurait le futur Secrétaire à la Défense de l'administration Bush, Donald Rumsfeld, demandaient à Washington d'entreprendre dans les plus brefs délais une action militaire contre Bagdad et, si besoin était, sans mandat explicite de l'Organisation des Nations Unies. Les arguments exposés dans cette lettre différaient très peu de ceux utilisés quelques années plus tard par G. W. Bush:
"The only acceptable strategy is one that eliminates the possibility that Irak will be able to use or threaten to use weapons of mass destruction. In the near term, this means a willingness to undertake military action as diplomacy is clearly failing. In the long term, it means removing Saddam Hussein and his regime from power. That now needs to become the aim of American foreign policy. We urge you to articulate this aim, and to turn your Administration's attention to implementing a strategy for removing Saddam's regime from power. This will require a full complement of diplomatic, political and military efforts. Although we are fully aware of the dangers and difficulties in implementing this policy, we believe the dangers of failing to do so are far greater . We believe the U.S. has the authority under existing UN resolutions to take the necessary steps, including military steps, to protect our vital interests in the Gulf. In

l

Cf. http://www.whitehouse.gov/news/releases/2002/09/20020912-1.html.

39
any case, American policy cannot continue to be crippled by a misguided insistence on unanimity in the UN Security Council." 1

A l'heure où nous écrivons ces lignes, la détention d'armes nucléaires par le régime de Saddam Hussein, sinon sa capacité de les fabriquer, reste encore à établir. Le débat sur les motivations qui ont conduit à la nécessité d'empêcher l'Irak de les utiliser pour dominer la région ou pour anner des groupements terroristes bat son plein tant aux Etats-Unis qu'en Grande Bretagne. Détruire ces annes et éliminer le régime Irakien n'étaient cependant pas les seuls arguments avoués de l'administration américaine. En détrônant un dictateur qui n'avait que très peu d'amis dans la région et en assumant le contrôle direct de son pays, avec l'aide de ses alliés, le gouvernement américain espérait faire de l'Irak un des Etats-pilotes de son plan général pour un Moyen-Orient (et un monde islamique) nouveau. Le discours du Président Bush devant l'Assemblée générale de l'ONU en septembre 2002 est, encore une fois, révélateur de la pensée qui anime son administration:
"If we overcome this danger, we can arrive at a very different future. The people of Irak can shake offtheir captivity. They can one day join a democratic Afghanistan and a democratic Palestine, inspiring reforms throughout the Muslim world. These nations can show by their example that honest government, and respect for women, and the great Islamic tradition of learning can triumph in the Middle East and beyond. And we will show that the promise of the United Nations can be fulfilled in our time." 2

Re-impliquée dans le processus de paix israélo-palestinien et consciente du besoin urgent d'améliorer son image auprès du monde islamique, l'administration Bush rêvait probablement de la transfonnation future de deux Etats sous tutelle américaine (Afghanistan et Irak) et d'un nouvel Etat palestinien, construit sans Yasser Arafat (parce que diabolisé par le gouvernement Sharon) en pays musulmans modèles. Ceuxci auraient fait figure de laboratoires d'un « Islam moderne », certes compatibles avec les valeurs du monde occidental, mais aussi prêts à collaborer avec les Etats-Unis et à respecter leurs intérêts ainsi que ceux de leurs alliés dans la région. La prospérité et la liberté de ces Etats pilotes étaient d'ailleurs censées déclencher des évolutions internes dans les autres pays moyen-orientaux; l'espoir étant que ces derniers s'érigent en nouveaux maillons d'une chaîne d'alliés destinée à limiter les causes profondes du

1

cf http://www.newamericancentury.org/iraqclintonletter.htm.
Francis Fukuyama,
.whitehouse. gOY/news/releases/2002/09

Parmi les signataires de cette

2 Cf http://www

lettre on distingue également

Paul W olfowitz et Richard Perle.
/2002 0912-1.html.

40 terrorisme et à garantir la position des Etats Unis dans l'une des régions les plus riches en ressources naturelles de la planète. 1

Face à la mosaïque ethno-religieuse irakienne
La réalité était, cependant, tout autre et ne répondait guère aux espoirs nourris par tous ceux qui avaient pu penser que la seule promotion des libertés politique et économique contribuerait à former des alliés et à bétonner, de la sorte, le «rôle unique [des EtatsUnis) à préserver et à accroître un ordre international conforme à [leurs) sécurité, prospérité et principes. »2 Artificiellement créé par la volonté des Britanniques, vainqueurs de l'Empire Ottoman à la fm de la Première Guerre mondiale, cet Etat « offert» à Faysae, est, comme l'ensemble de la région, une mosaïque de peuples et de communautés religieuses qui ne sont pas nécessairement prêts à partager équitablement et dans la bonne entente les richesses de leur nouvelle patrie. En dépit d'une domination ininterrompue depuis 1921 par une communauté sunnite minoritaire et peu disposée à ouvrir les voies du pouvoir aux adhérents des autres religions représentées dans le pays, d'une part, et malgré l'oppression des minorités non-arabes (notamment les kurdes), exercée par le gouvernement central de Bagdad, d'autre part, l'Irak restait, au lendemain de la chute du régime de Saddam Hussein, un ensemble fort peu homogène. Du point de vue religieux, les Chiites continuent de représenter plus de la moitié de la population totale4. Leur traditionnel attachement aux chefs religieux ne semble pas avoir souffert des efforts de sécularisation de la société entrepris par le parti Baas, au pouvoir depuis 1968. Persécutée plusieurs fois par Saddam Hussein - qui n'a pas hésité à emprisonner ou à exiler leurs ayatollahs, à défendre le pèlerinage vers la ville sainte de Nadjaf et à écraser dans le sang leur tentative de révolte au début de la décennie 1990 -, cette communauté a accumulé de nombreux ressentiments. Aussi, est-elle déterminée à jouer dans l'après-Saddam un rôle proportionnel à son poids
Cf M. EMERSON et N. TOCCI, The Rubie Cube of the Wider Middle East, Centre for European Policy Studies, Bruxelles, 2003, pp. 97 - 98. 2Déclaration de principes du «Project for the New American Century », cf http://www.newamericancentury.org/statementofprinciples.htm. Le «think tank» en question compte parmi ses membres (signataires de cette déclaration de principes), le Vice-Président américain Dick Cheney, le frère du Président Georges W. Bush, Jeb Bush, ainsi que des personnalités éminentes du parti (et du gouvernement) républicain comme Dan Quayle, Donald Rumsfeld ou Paul Wolfowitz. 3 L'allié Hachémite des britanniques, qui fut déçu dans ses rêves de créer un nouveau Khalifat arabe avec Damas comme capitale. 4 J. et J. SELLIER, Atlas des Peuples d'Orient, Paris, La Découverte, 1993, pp. 73 74. Les auteurs estimaient que les Chiites représentent 52 pour cent de la population irakienne. En 2003 la BBC rapporte elle que 60 à 65 pour cent des irakiens sont d'obédience chiite. Cf http://news.bbc.co. uk/I /shared/spl/hi/middle _east/03/islam _around_the _world/html/middle _east
l

_iraq.stm.

41 démographique. Son leadership est cependant peu susceptible de satisfaire les attentes américaines à l'endroit d'un «Islam moderne ». Influencés par l'Iran, les guides religieux qui composent la classe dignitaire de la communauté font montre d'un discours souvent fort fondamentaliste et condamnent farouchement l'idée d'un état laïque, discrédité par les années durant lesquelles le parti Baas assit son pouvoir. Ils appellent ouvertement à l'installation d'une République islamique. Cette revendication ne porte point, toutefois, préjudice à leur volonté de prendre certaines distances par rapport au modèle iranien. Il est inutile, pensons-nous, de noter que ces clercs dont une grande part vécut longtemps à Téhéran recourent volontiers à un discours «antiaméricain» et « anti-occidental» en dépit de leur satisfaction avouée lors de la chute de Saddam Hussein. Chef du « Congrès National Irakien (CN!) », le Chiite « laïque» Ahmed Chalabi, souvent présenté comme l' « élu» de l'administration américainel, manque toutefois de charisme. Il est utile de souligner que ce dernier est à l'origine de la montée au pouvoir d'un Hamid Karzai. Mais les liens entre ce dernier et l'occupant le discréditent aux yeux de ceux qui craignent la transformation du pays en simple satellite des Etats-Unis. La communauté sunnite à laquelle appartient, selon les plus récentes estimations, 32 à 37 pour cent de la population irakienne2 est, quant à elle, fort divisée au niveau ethnique (Kurdes et Arabes). Elle diverge également dans son approche de l'Islam. Bénéficiant des faveurs du régime de Saddam Hussein, une partie des Sunnites irakiens a été séduite, en effet, par les idées plutôt laïques du parti Baas et ne souhaiterait pas assister à l'avènement d'une République islamique en Irak. Privés d'un leadership charismatique, certains Sunnites entretiennent, par ailleurs, une certaine loyauté à l'égard du Président déchu. Stimulée par des éléments venant de l'extérieur du pays et sensible à la connotation religieuse que Saddam Hussein a essayé d'insuffler dans ses rapports de confrontation avec les occidentaux depuis 19903, une partie de la communauté semble tentée de donner un caractère résolument islamiste à son activité politique. Mais l'Irak comprend également des Chrétiens qui représentent 3 pour cent de la population, selon la plupart des estimations. Cette communauté qui pratique toujours l'antique langue liturgique chaldéenne est également divisée entre Assyriens dont les effectifs sont fort diminués depuis leur aventure indépendantiste de l'entre-deux guerres et Chaldéens. Reconnaissant la suprématie du pontife romain et ayant à leur tête un patriarche-cardinal de l'Eglise catholique, ces derniers semblent avoir une influence plus que proportionnelle à leur poids démographique. Epargnés par Saddam

Estimation de la BBC, cf http://news.bbc.co.uk/1/shared/spl/hi/middle_ east/03/islam_ around_the _ world/html/middle _east _iraq.stm. Cf 1. et 1. SELLIER, op. cit. 3 G. KORM, Le Proche-Orient éclaté - II. Mirages de paix et blocages identitaires 1990 - 1996, La Découverte, Paris, 1997, pp. 214 - 215.

2

1 Cf

http://news.bbc.co.uk/2/hi/middle_east/2925785.stm.

42 Hussein, ces Chrétiens orientaux sont conscients qu'ils ont tout à perdre si leur pays s'engage dans la voie de l'islamisme d'Etat. Au Nord du pays, la communauté kurde ne cesse de revendiquer une plus grande autonomie, voire même une indépendance définitive par rapport à Bagdad. Ceci s'explique, principalement par leur appartenance ethnique. Sunnites dans leur majorité, les Kurdes sont, sur le plan ethnique, différents de la population arabel. Peu tentée par l'islamisme politique, cette communauté reste cependant amèrement divisée entre deux partis politiques possédant leurs propres « forces armées» et ayant un long passé de conflits ftatricides2. Autogouvemés de fait depuis la fin de la deuxième guerre du Golfe, les Kurdes d'Irak poussent naturellement en faveur de la fédéralisation du pays. Une autonomie plus grande pour le Kurdistan irakien serait cependant assez mal accueillie par le voisin Turc de l'Irak, allié stratégique de l'occupant américain. D'autres communautés ethniques (comme les Turkmènes) ou religieuses (comme les y ézidis), plus restreintes en nombre, de même que le parti communiste irakien, héritier d'une histoire de participation active à la vie politique du pays, complètent cette mosaïque complexe et témoignent du riche passé d'une région qui fut jadis le cœur du Khalifat islamique et de l'Empire sassanide qui l'a précédé.

Etablir le nouveau pouvoir politique en Irak
L'anarchie et les actes de violence qui ont suivi la prise de Bagdad par l'armée américaine, la multiplication des attentats organisés par des nostalgiques du régime de Saddam Hussein mais également par des militants islamistes luttant contre l'occupation « infidèle» ont vite démontré que la paix se révélait beaucoup plus difficile à gagner que la guerre qui l'avait précédée. Visant des cibles sensibles, comme, par exemple, des lieux saints du Chiisme ou des personnalités, souvent religieuses, qui donnent l'impression de tolérer la nouvelle situation, la «unholy alliance »3 - coalition de circonstance entre partisans de Saddam et militants islamistes, souvent venus de l'étranger4 - a comme objectif de provoquer des tensions intercommunautaires visant à plonger le pays dans le chaos. L'objectif est d'obtenir un départ précipité et honteux des troupes de Washington et de ses alliés. De leur côté, les forces d'occupation tentent de mettre en place un embryon de pouvoir exécutif composé des notables et d'éléments politiques locaux afin d'alléger une tâche administrative pour laquelle Américains et Britanniques ne s'étaient que très peu préparés. La coalition tente, de la sorte, d'exorciser les accusations de colonialisme qui lui sont généralement assénées.

1 D'après les Nations Unis, dans le recensement de 1987 les trois régions autonomes kurdes constituent 12 pour cent de la population d'Irak. Cf http://www.un.org/News/briefings/docs/2003/iraqdemobrf.doc.htm 2 G. KORM, Le Proche-Orient éclaté, op. cit., pp. 170 - 174. 3 Pour reprendre le terme de l'analyste britannique Roger Hardy. 4 Cf http://news.bbc.co.uk/2/hi/middle_east/3192815.stm

43 Construit dans le respect le plus strict de l'équilibre ethnique et communautaire, le «Conseil intérimaire» prévoit, parmi les tâches les plus ardues de son agenda, la rédaction d'une constitution démocratique garantissant l'unité (très probablement sous une forme fédérale) et la stabilité du pays. Le gouvernement Bush encourage ouvertement le projet et se montre prolixe de garanties visant le respect des frontières et l'observation de la volonté du peuple irakien. Il cherche également à associer le plus grand nombre de membres de la communauté internationale à l'administration du pays « libéré ». De leur côté, la plupart des forces politiques et religieuses d'Irak, directement ou indirectement impliquées dans le Conseil intérimaire, semblent observer le projet de loin et rechignent à le faire aboutir de manière concrète. Le projet de constitution sera-t-il terni par le manque de légitimité de ses rédacteurs? Le fédéralisme promis, fort teinté de communautarisme religieux, ne conduira-t-il pas à long terme à l'éclatement du pays? Un Irak gouverné par des islamistes est-il moins nuisible aux intérêts américains qu'un dictateur affaibli par l'embargo et les bombardements réguliers? Comment combiner démocratie et rejet du fondamentalisme religieux dans un pays dont la majorité de la population continue de vivre dans la misère et l'insécurité avec les organisations à caractère islamique (ou islamiste) comme seuls substituts de providence publique? Enfin, un pays qui, il y a moins d'un siècle, fut artificiellement dessiné sur la carte pour satisfaire des intérêts particuliers, doit-il conserver son unité même si cela se révèle au détriment de l'ensemble ou d'une large partie de sa population? Autant de questions, échappées de la boîte de Pandore, pour lesquelles l'administration américaine ne s'est qu'insuffisamment préparée. Ceux qui ont été séduits par le discours du Président Bush aux Nations Unies en septembre 2002 pensent peut-être, aujourd'hui, qu'au Moyen-Orient les affaires n'ont jamais été si simples qu'il n'y parut!

44

TABLEAU

1 : LA GEOPOLITIQUE

DE L'OPPOSITION

IRAKIENNE

Dénomination

Caractéristiques

Les Chiites Parti al-Daawa Islamiya al Un des plus anciens groupes d'opposants chiites irakiens, fondé en 1957. C'est aussi le principal à mener une politique antibaasiste, dirigée depuis Téhéran. Son leader actuel, Mohammad al-Asafi, rentré d'exil, affirme ainsi avoir pour unique but de rendre sa place à l'école mère du chiisme. Organisation chiite fondée en 1982 en Iran. Elle a tenté de représenter, au départ, le mouvement islamique en Irak. Elle a subi la scission du parti al-Daawa al-islamiya. Actuellement présidée par Sayyid Muhammad Bakr al-Hakim qui est rentré au pays de Téhéran d'où il dirigeait l'organisation. L'ASRII dispose encore de forces armées non négligeables.

Assemblée suprême de la révolution islamique (ASRII)

Ayatollah Ali Sistani (membre de la Hawza al-lImiya)

Ali Sistani est le principal leader religieux chiite qui réside à Nadjaf. Il était emprisonné par le régime Hussein. Pourtant il n'a pas organisé de manifestations contre le régime. Ses opposants
(al-Sadr)

l'accusent

de manque

de motivation.

Muqtada al-Sadr (membre de la Hawza al-lImiya)

Fils de Ayatollah Mohammed Sadiq al-Sadr, exécuté en 1999 par le régime Hussein. À 22 ans, il essaie de gagner le contrôle de la ville de Nadjaf. Il est considéré comme un ardent anti-américain. Il cherche à avoir le leadership chiiteà Najaf.
Organisation fondée à Londres par les disciples de l'Ayatollah AIKhoi. Son fils Majid al-Khoi a coopéré avec les Américains pour organiser la résistance des Chiites. Il fut assassiné en avril 2003, lors de son retour à Najaf.

AI-Khoei

Foundation

Les partis

kurdes Dirigé par Massoud Barzani, le fils du légendaire Mustapha Barzani, un des héros de la révolte des Kurdes en Irak. Créé en 1974 par la scission d'UPK, il est devenu son principal opposant. Il contrôle la partie Nord de la région autonome kurde d'Irak. De fait, il maintient des rapports très proches avec la Turquie ainsi qu'avec les Etats-Unis. qui contrôle la partie Sud de la L'UPK a subi une défaite majeure par le PDK et l'armée irakienne en 1996, quand elle a été chassée d'Erbil, la capitale du Kurdistan d'Irak. La rivalité entre les deux partis se trouve derrière l'échec de l'auto-gouvernement Dirigée par M. Jalal Talabani région autonome kurde d'Irak.

Parti démocratique du Kurdistan d'Irak (PDK)

Union patriotique Kurdistan d'Irak

du (UPK)

45 qui fut établi après les élections de 1992, en région
autonome depuis 1994. Les enjeux qu'ils tirent des échanges

kurde. Les deux côtés s'entretuent principaux sont les droits de douane de marchandises aux frontières avec accord signé entre les deux partis, prévoit la formation d'une autorité irakien. Front unifié Kurdistan du

l'Iran et la Turquie.
à Washington, intérimaire au

Un

en 1998 Kurdistan

Coalition des partis fondés en 1988, il regroupe les deux principaux partis, le PDK et l'UPK, ainsi que de nombreux petits partis de la gauche kurde, le parti communiste du Kurdistan et le Mouvement démocratique assyrien (parti nationaliste assyrien fondé en 1979). Il fut fondé à la fin des années 1970 et est proche des Frères Musulmans ainsi que de Téhéran. Bien qu'il s'agisse d'un mouvement religieux sunnite, il entretient des relations avec l'opposition chiite du pays. Le mouvement a profité des conflits entre les deux partis principaux pour se développer. Il a bénéficié 1994. Par la suite, après d'une collaboration avec l'UPK jusquen 1996, il a bénéficié de l'assistance du PDK et de Bagdad. Après l'arrivée à sa tête du mollah Ali Abdel Aziz, il fusionna avec le « Mouvement de la renaissance islamique» (MRI) créé par son frère, le mollah Saddik Abdel Aziz. Le résultat a été le Mouvement islamique unifié du Kurdistan (MIUK). La nouvelle formation n'a pas été épargnée par les scissions. La plus importante est le « Groupe islamique du Kurdistan » (GIK), créé en 2002 par Ali Sapir. Il s'agit d'un parti de gauche kurde fondé en 1979 par Mahmud Uthman. Le parti a subi une scission en 1985. Une partie du comité central du parti a créé le Parti des travailleurs (toilers) du Kurdistan. 1/ est communément admis que les Kurdes socialistes d'Irak ont perdu de leur poids sur le terrain. Celui-ci est dirigé par Karem Ahmad.

Mouvement du Kurdistan

islamique (MIK)

Parti socialiste du Kurdistan

unifié

Parti communiste Kurdistan Les coalitions
Congrès irakien national (CNI)

du

Fondé en 1992 à Londres sur initiative américaine, le CNI regroupe certains partis principaux de l'opposition irakienne. Il était censé être la formation politique qui aurait mis fin au régime baasiste. L'objectif que le CNI s'était fixé, suite aux concessions des Kurdes, était un Irak fédéral. Il implanta son quartier général au Kurdistan. Le CNI s'est affaibli très tôt, à cause des disputes entre les principaux partis kurdes et chiites pour la représentativité de derniers. Le CNI s'est encore plus discrédité après les révélations portant sur des liens étroits entre son

46 Président, Mouvement de l'entente nationale Ahmad Chalabi, et la CIA, en 1996. ancien membre du parti Baas, Il s'agit d'une coalition de

Dirigé par Iyad Mohammad Alawi, qui se proclame pro-américain. l'opposition basée en Jordanie.

Le Mouvement
monarchie constitutionnelle

pour la

Fondé
Faysçalll,

en 1993 à Londres
il vise le retour

par Ali bin al-Hussein,

cousin

de

à la monarchie.

Le Parti communiste 1 irakien

Fondé en 1934, c'est un reliquat d'une autre période historique, bénéficiant d'une base solide parmi les milieux intellectuels. Néanmoins, il fut, jadis, un des partis communistes les plus importants du monde arabe. Il s'agit d'un parti islamiste sunnite qui se veut proche des Frères Musulmans jordaniens. Ses liens étroits avec l'establishment jordanien lui ont coûté sa crédibilité.

Le Parti de la libération islamique

Sources: Le Monde Diplomatique (http://www.latribune-online.com/1305/m01.htm); Factions, 18 avril 2003.
TABLEAU 2 : COMPOSITION

(http://www.monde-diplomatique.fr) The Washington

Post,

; La Tribune « Leading Shiite

DU CONSEIL

INTERMIAIRE

IRAKIEN

Noms Samir Shakir Mahmoud

Appartenances Sunnite Turkmène Congrès national

politique

et religieuse

SondulChapouk Ahmed Naseer Adnan Chalabi al-Chaderchi Pachachi

irakien,(chiite) National, des Affaires (sunnite) étrangères,

Parti Démocratique Ancien Ministre (sunnite) Religieux

Mohammed Massoud

Bahr al-Ulloum
Barzani

de Nadjaf,

(chiite) du Kurdistan d'Irak,

Parti Démocratique (sunnite kurde)

1

Cf http://www.iraqcp.org/

47

Jalal Talabani

Union patriotique (sunnite kurde) al-Hakim

du Kurdistan

d'Irak,

Abdel-Aziz

Assemblée
islamique

suprême de la révolution
(ASRII), (chiite) (chiite)

Ahmed Ibrahim

ai-Barak al-Jaafari al-Khuzaai

Activiste

des droits de l'homme,
allslamiya, (chiite)

Parti al-Daawa Leader Expert

Raja Habib Aquila

tribal du Sud, (chiite) des Affaires étrangères, (chiite)

al-Hashimi Kana

Younadem

Mouvement Démocratique (chrétien assyrien) Union Islamique (sunnite kurde) Sunnite kurde (chiite) d'une

Assyrien,

Salaheddine

Bahaaeddin

du Kurdistan,

Kurdistan

Mahmoud Hamid Ghazi

Othman Mousa Ajil al-Yawer

Majid Mashal

Parti Communiste, Personnalité (sunnite) Parti al-Daawa

originaire

tribu du Nord,

Ezzedine Mohsen

Salim Abdel Hamid

allslamiya, Party, (sunnite)

(chiite)

Iraki Islamic

Iyad Allawi Wael Abdul Mouwafak Latif al-Rabii

Accord national
Gouverneur Chiite Juge al-Mohammedawi Hezbollah

irakien,

(chiite) (chiite)

de Bassorah,

Dara Noor Alzin Abdel-Karim Mahoud

d'Amara,

(chiite)

Chapitre 2

L'attaque des Etats-Unis en Irak et les relations turcoam.éricaines: d'une coopération étroite à la crise
Niko/aos Raptopo'tt/os

Introduction
Pays revêtant une importance géostratégique établie, la Turquie se situe au carrefour de l'Occident et de l'Orient. La particularité de cette localisation s'est de nouveau révélée de façon récente durant les préparatifs de l'attaque américaine contre' l'Irak. Limitrophe de l'Irak, la Turquie a été immédiatement rangée par les Etats-Unis parmi les alliés les plus convoités, lorsque la perspective d'une attaque américaine imminente contre l'Irak s'est confIrmée. Certes, ce n'est pas la première fois que Ankara s'est retrouvée dans une telle situation. Les précédents de la première guerre du Golfe (1991) occupent une place importante dans la mémoire des responsables politiques et militaires turcs. Le gouvernement de YIldmm Akbulut (ANAP) dut reculer, on s'en souvient, devant la détermination du Président de la République de l'époque, T. Ozal, pour que le pays puisse rallier les alliés contre le régime de Saddam Hussein. Cependant, la décision prise fut loin d'être unanime. L'immense majorité du monde politique et militaire l'avait jugée trop ambitieuse. Or, l'appel lancé en faveur d'une politique étrangère active, telle qu'elle était conçue par T. Ozal, visait à renforcer la position géostratégique du pays au sein du système international bipolaire et à intensifier les relations avec l' Occidentl. Une dizaine d'années plus tard, les dirigeants turcs ont une nouvelle fois dû faire face à un cas de figure similaire. Les Etats-Unis, en leur qualité d'unique puissance mondiale, étaient prêts à intervenir en Irak pour tenter de renverser le régime. Les relations avec les Etats-Unis ayant atteint un niveau sans précédent en automne 2002, la Turquie était considérée comme un allié de première importance. De cette situation ont découlé les attentes américaines à l'égard d'une aide substantielle du pays aux opérations contre le régime baasiste d'Irak.

1

R. GOZEN, «Türkiye'nin II. kôrfez sava~l politikasl : Aktif politika ve sonuçlan» (La

politique turque de la deuxième guerre du Golfe: la politique active et ses résultats), dans I. BAL, (dir.), 21. Yüzyzlzn E$iginde Türk Dz~ Politikasz (Au seuil du 21èmesiècle, la politique étrangère turque), Ankara, Alfa, 2001, pp. 461-481.

50 Les dirigeants turcs semblent cependant avoir fait preuve d'une réticence accrue vis-àvis des obligations découlant de leur statut d'allié. Le résultat du vote à l'Assemblée

Nationale, le 1er mars 2003, à propos d'une motion qui aurait permis aux forces
américaines de se pré-positionner sur le sol turc a, manifestement, endommagé l'appréciation que les Américains pouvaient avoir de la Turquie. Le refus de l'Assemblée turque fut perçu comme un tournant dans les relations entre les deux pays. Comment expliquer ce «revirement» turc à un moment si critique pour les EtatsUnis? Le refus des dirigeants turcs doit-il être considéré comme la manifestation des craintes de la réitération d'un nouveau scénario similaire à celui de 1991 ? Ou faut-il le considérer comme le produit des enjeux internes, de la fierté et de l'indépendance turques? Peut-on enfm envisager ce geste comme un signe de rapprochement avec l'Union européenne (VE), hypothèse qui s'intègre mieux au projet de modernisation de la nation? L'objectif de ce chapitre est d'évaluer l'état des relations turco-américaines avant, durant et au lendemain de l'attaque américaine de 2003 en Irak. À cette fm, nous tentons de cerner le sujet à travers une série de questions. La première consiste à examiner I'histoire des relations turco-américaines et l'évolution de l'alliance géostratégique. Un tel travail s'avère indispensable afin de pouvoir tracer une ligne claire entre le passé et la situation contemporaine marquée par l'intervention militaire en Irak. Ensuite, nous traiterons des variables qui semblent être intervenues dans la prise de décision de la politique étrangère turque. Celles-ci s'avèrent complexes et ne se bornent pas uniquement à la sphère interne. Nous chercherons également à étudier les phases qui se sont succédées dans les relations turco-américaines depuis la formulation de la demande de contribution américaine jusqu'à la détente de la crise. Enfm, nous envisagerons la réaction américaine et la réponse turque. Celle-ci a-elle provoqué un changement dans les modes de perception et d'estimation des Etats-Unis vis-à-vis de leur« allié» turc? Quelle réaction suscitèrent-elles auprès des Turcs? Pour terminer, nous esquisserons quelques réflexions sur l'avenir des relations turcoaméricaines.

Les relations turco-américaines et le rôle géopolitique turc au Moyen-Orient
C'est, aujourd'hui, un lieu commun de rappeler les raisons contextuelles développement des tensions Est-Ouest et mise en place d'un système bipolaire (guerre froide) - qui ont conduit la Turquie à se rallier aux Occidentaux au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Derrière la recherche d'une alliance, se dissimulent des intérêts nationaux liés à la sécurité du pays. Ceux-ci portaient plus particulièrement sur la menace que faisaient peser les Soviétiques sur le territoire et sur le contrôle des détroits.

51

Le pays, conscient des revendications territoriales soviétiques 1 à son endroit, dut accepter la protection des Etats-Unis. Plus tard, en 1952, la Turquie adhéra à l'Alliance Atlantique; un choix qui détenninera, jusqu'à aujourd'hui, les grandes orientations de sa politique extérieure et répondra aux besoins sécuritaires de la nation2. Tout au long des années 1950, la Turquie poursuivit une politique étrangère alignée sur le camp occidental. Le Royaume-Uni qui avait très tôt saisi l'importance géostratégique de la Turquie dans le contexte de l'après-guerre essaya de l'utiliser comme partenaire-clé pour la constitution de pactes et d'alliances au Moyen-Orient. En fait, selon les tennes de Didier Billion, la politique étrangère turque entre 1946 et 1964 incarna essentiellement «la projection mécanique» des intérêts occidentaux3. D'après Feroz Ahmad, cette posture consistait, purement et simplement, à «poursuivre les objectifs de politique étrangère décidés à Washington et à Londres avec conviction et sans hésiter »4. La Turquie adopta pour la cause un comportement conforme aux besoins de l'Alliance en comblant les vides stratégiques dans le cadre de la politique du « containment »5. En avril 1955, elle participa à l'édification du Pacte de Bagdad6. De même, la Turquie joua-t-elle un rôle prépondérant dans l'établissement d'un pacte liant l'OTAN à la SEAT07 (Southeast Asia Treaty Organisation). Toutefois, c'est entre 1957 et 1959 que la Turquie fit montre de sa détennination à contribuer aux intérêts de sécurité occidentaux en atténuant l'avancée des Soviétiques au Moyen Orient et, plus particulièrement, en Syrie et en Irak8. La révolution contre la monarchie à Bagdad avait

L'Union Soviétique exigea la co-souveraineté sur les détroits et le retour des villes de Kars et d'Ardahan qui furent cédées au régime kémaliste suite aux traités d'Alexandropol (Gümrü) le 2/3 décembre 1920 et de Moscou le 16 mars 1921. M. GONLÜBOL, O!ay!ar!a Türk DI~ PolitikaSI : 1919-1990 (La politique étrangère turque avec des évènements :1919-1990), Ankara, Siyasal, Se édition, 1993, pp. 24-27. La Turquie a été considérée aussi bien par les Soviétiques que par les alliés comme un pays tampon entre l'impérialisme et l'expansion soviétique. De ce fait le régime kémaliste a bénéficié d'une aide financière et militaire non négligeable par les
Soviétiques. fJ'1flOKpa1:ia: N. SARRIS, Eç(JJ1:eplK~ IIOÀI1:IK~ Kal IIoÀl1:lKtç EçeÀiçelç l11:'1VIIpcOUl TovpKlK~ (1923-1950) (La politique étrangère et les H Avol5oÇ 1:1'/çL1:pa1:oypaqJeloKpa1:iaç

1

développements politiques de la première république turque: la montée de la bureaucratie et des militaires :1923-1950), Athènes, Gordios, 1992, pp. 37-38. 2 F. AHMAD, « La politique étrangère de la Turquie dans les années '80 », dans P. DUMONT et F. GEORGEON, (dir.), La Turquie au seuil de !'Europe, Paris, L'Harmattan, 1991, p. 239. 3 D. BILLION, «La Turquie à la croisée des chemins », Relations internationales et stratégiques, numéro 26, 1997, p. 46.
4

F. AHMAD, «La politique extérieureturque », Les TempsModernes, Paris,juillet-août 1984,

numéros 456 et 457, p. 160. 5 P. ROBINS, Turkey and the Middle East, The Royal Institute of Intemational Affairs, Londres, Pinter, 1991, p. 25. 6 Celui-ci a été signé en février 1955 entre l'Irak et la Turquie. En avril, la Grande-Bretagne, l'Iran et le Pakistan adhéraient à l'Accord. 7 P. ROBINS, Turkey and the Middle East, Idem. 8 P. ROBINS, Turkey and the Middle East, op. cit., pp. 26-27.

52 même incité la Turquie à intervenir, craignant un désinvestissement des Etats-Unis et du Royaume-Uni à la suite de ces événements. Les préoccupations de la Turquie cessèrent toutefois dès le retour des susdits alliés. En mars 1959, la Turquie, la Perse et le Pakistan signèrent séparément avec les Etats-Unis des accords de coopération à Ankara, ce qui pallia la disparition du Pacte de Bagdad. Ces accords prirent en 1959 le nom le «Traité d'Organisation Centrale» (CENTO)l. Cependant, ce climat de coopération étroite et d'amitié parfaite arriva à terme lors de la parution de la lettre de L. B. Johnson de 1964. Les relations turco-américaines, qui avaient déjà connu un certain refroidissement depuis la décision américaine en 1963 du retrait des missiles de défense « Jupiter» du territoire turc au lendemain de la crise de Cuba, se sont encore détériorées suite à l'affaire chypriote. À cette occasion, le gouvernement turc avait été contraint de ne point faire emploi des armes américaines dans ses projets d'intervention sur l'île. Les Etats-Unis en vinrent même à déclarer que, dans le cas où le gouvernement se décidait à outrepasser ses injonctions, ils seraient dans l'incapacité d'assurer la sécurité de la Turquie. En réalité, Washington se bornait seulement à rappeler à la Turquie ses obligations relevant des traités bilatéraux en matière de coopération militaire qui la liait aux Etats-Unis, ainsi que celles découlant de la charte des Nations Unies2. L'impact de la lettre du Président Johnson sur la politique étrangère turque allait se révéler considérable dans le sens où « elle [avait] puissamment contribué à accélérer une tendance qui [commençait] à être à l 'œuvre [...] visant à diversifier les relations de la Turquie avec le reste du monde »3. Dès 1964, la Turquie se résolut à expérimenter une politique étrangère multidimensionnelle afin de mettre fm à son « isolement» au sein du camp occidental. Cette politique qui a principalement visé à combler le déficit de sécurité du pays provoqué par le désengagement relatif des Etats-Unis, eut trois dimensions: l'ouverture envers l'Union soviétique et le bloc de l'Est, l'ouverture envers le monde arabe et les pays musulmans et l'ouverture envers les pays et les institutions d'Europe occidentale. Les relations turco-américaines connurent encore des détériorations dans les années 1970. La Turquie subit en 1971 des sanctions américaines suite à l'affaire de l'opium4. L'intervention turque à Chypre, ensuite, déclencha une grave crise entre les deux pays; crise qui aboutit en février 1975 à la décision des Etats-Unis de procéder à un embargo sur les armes d'une durée de trois ans. En guise de réponse, la Turquie déclara le
1

Les Etats-Unis participèrent comme observateurs. F. A. VALI, Bridge Across the Bosporus: The Foreign Policy ofTurkey, op. cit., p. 287. 2 F. VALl, Bridge Across the Bosporus: The Foreign Policy of Turkey, Baltimore, The John Hopkins Press, 1971, pp. 130-131. 3 D. BILLION, La politique extérieuer de la Turquie: Une longue quête d'identité, Paris, L'Harmattan, 1997, p.63. 4 Il s'agit des sanctions contre la culture d'opium au-delà des limites autorisées et son exportation illégale.

53 territoire chypriote qu'elle avait occupé « Etat turc fédéré de Chypre» 1. Toutefois, cet incident n'entama point la volonté des deux pays de signer, en mars 1976, un accord de coopération militaire dont l'exécution exigeait au préalable la fm de l' embargo2. En dépit d'un environnement instable et conflictuel, au plan géostratégique, la Turquie ne semble pas susciter d'attention particulière de la part des Américains à la fin des années 1970. Cette situation évoluera, toutefois, très rapidement dès la décision de Washington de concevoir la « ceinture verte»3, destinée à éliminer la menace soviétique en encourageant une « renaissance» culturelle des populations musulmanes situées au sud de l'Union soviétique. La Turquie a été de nouveau l'objet d'attention, étant donné d'abord les liens culturels avec les peuples turcophones de l'Asie Centrale, et ensuite parce qu'elle-même se trouve dans l'anneau externe de la « ceinture ». D'ailleurs il s'agissait d'un investissement stratégique. En effet, en 1977 on observe la création de la Coopération Régionale pour le Développement, précurseur de l'Organisation de la Coopération Economique (OCE)4 qui a regroupé la Turquie, la Perse et le Pakistan5. Peu après, avec la révolution iranienne des Mollahs, l'importance géostratégique de la Turquie a été réévaluée. Les Américains venaient de perdre un allié-clé et devaient épargner les deux autres qui encerclaient l'Union soviétique: la Turquie et l'Irak. Il faudra néanmoins attendre la seconde moitié des années 1980 pour assister à une relance des rapports entre les deux alliés. Dès 1983/1984, la Turquie engagea une nouvelle politique économique sur le plan interne et une ligne de conduite nouvelle en matière de politique étrangère. Il s'agissait alors de tendre vers une plus grande ouverture en direction des pays arabes en vue d'attirer des capitaux étrangers. Mais il restait encore à Ankara à améliorer son image en Occident afin de préparer sa demande d'adhésion aux communautés européennes; ce qu'elle fera à partir de 1987. Au milieu des années 1980, quand une détente au niveau du système international commence à se distinguer, les relations avec les USA prennent de l'importance dans d'autres domaines, sous d'autres formes. Outre le secteur des armements, les Américains vont investir massivement en Turquie dans la télécommunication, l'infrastructure et l'énergie. La guerre du Golfe dans la tournure des années 1990 donna une valeur supplémentaire à la Turquie. Bien que la guerre froide se soit terminée peu après la guerre du Golfe de

1

2 M. GONLÜBOL, Olaylarla Türk dis politikasl, op. cit., p. 592. Cet accord de coopération fut finalement renouvelé au mois de mars 1980, soit six mois avant le troisième coup d'Etat militaire qu'allait connaître le pays. 3 D'aucuns attribuent la parenté de ce projet à Zbigniew Brzezinsky, d'autres à Alexander Haig.
4

M. GONLÜBOL,

Olaylarla

TÜrk dis politikas,

op. cit., p. 590.

5 Les républiques turcophones de l'ex-Union soviétique ont été intégrées au sein de celle-ci au plus tard en 1992.

Cf http://www.ecosecretariat.org.

54 1991, la Turquie a vu ses « actions» géostratégiques prendre de la valeur. L'ouverture de la base aérienne d'incirlik aux alliés lors de la guerre du Golfe de 1991, ainsi que la mobilisation de l'armée le long de la frontière irakienne, furent considérées comme les témoignages de la volonté du pays de contribuer plus grandement à l'Alliance occidentale.l Ce zèle s'expliquait en partie par les craintes nées au lendemain de la chute de l'Empire soviétique quant à une dévaluation possible de la position stratégique du pays dans la région et dans le «nouvel ordre international» alors tout juste naissant. Cependant, l'environnement conflictuel du Caucase et les crises des Balkans contribuèrent à une régénérescence des relations turco-américaines en matière de sécurité. Le pays se trouvait, en outre, sur les chemins d'Asie Centrale et représentait l'un des marchepieds géopolitiques vers des sources d'énergies naturelles encore peu ou mal exploitées. Par ailleurs, dès 1994/1996, ce fut la période où les conditions étaient réunies pour la conclusion des coopérations étroites en matière de sécurité, de technologie militaire, de renseignements et de commerce avec Israël2, allié stratégique des USA au MoyenOrient. Nombreuses étaient les raisons qui ont donné le jour à cette alliance. Tout d'abord, les axes stratégiques rivaux, comme celui entre Athènes et Damas, qui étaient en train de se former (l'alliance avec Israël était conçue comme un moyen pour contrecarrer celui-là). Deuxièmement, les indépendantistes kurdes du PKK qui maintenaient des bases surtout en Syrie. La coopération en matière de technologie militaire et de renseignements visait précisément à mieux coordonner la poursuite de ce groupe. Troisièmement, l'accès à la technologie militaire américaine à travers Israël et la diaspora juive. La Turquie étant partiellement exclue des ventes d'armes américaines trouva en Israël le moyen de contourner cette barrière. Enfin, il y avait également un aspect de lutte interne, à savoir l'accroissement du mouvement islamiste au sein du pays qui plus tard arriva au pouvoir par la voie démocratique. Le rapprochement stratégique avec Israël constituait la réponse des milieux kémalistes, voire militaires, aux projets socio-politiques du gouvernement islamiste d'Erbakan.

1

Au demeurant, la Turquie renouvellerales accords d'accès des forces américaines.à la base

d'Încirlik qui servit d'ailleurs d'assise pour les opérations de surveillance de l'espace aérien de l'Irak du Nord (360 Parallèle) Provide Confort et Northern Watch. Zalmay Khalilzad souligne cependant que les Turcs ne consentaient pas toujours à une présence américaine prolongée sur leur sol. Z. KHALILZAD, «A Strategic Plan for Westem- Turkish Relations », dans Z. KHALILZAD, 1. O. LESSER et E. S. LARRABEE, (dir.), The Future of Turkish Western Relations: Towards a Strategic Plan, Santa Monica (Calif.), RAND Corporation, 2000, p. 81. 2 Sur les relations turco-israéliennes, cf R. OLSON, Turkey's Relations With Iran, Syria, Israel and Russia, 1991-2000: The Kurdish and Islamist Questions, Mazda Publishers, Inc., 2001, Chapitre cinq, pp. 125-165. M. H. YAVUZ, «Turkish-Israeli Relations Through the Lens of the Turkish Identity Debate », Journal of Palestine Studies, volume XXVII, numéro 1, automne 1997, pp. 22-38. A. GRESH, «Turkish Israeli-Syrian Relations and Their impact on the Middle East », The Middle East Journal, volume 52, numéro 2, 1998, p.189.

55

L'amélioration des rapports entre la Turquie et les Etats-Unis se poursuivit durant la seconde moitié des années 19901. C'est au cours de cette période que les Etats-Unis marquent leur soutien à la candidature de la Turquie pour une adhésion à l'Europe. Cette politique de rapprochement menée par Ankara à l'égard de Bruxelles se traduisit,dans un premier temps, par la conclusion d'un accord d'union douanière avec l'UE en 1995, puis, en 1999, par l'officialisation de la candidature à l'élargissement. Les facteurs qui ont joué un rôle dans la position géopolitique importante du pays sont nombreux. Tout d'abord, c'est le régime interne spécial qui fait que le pays est attractif vis-à-vis des Occidentaux. Bien que ce soit un pays aux nombreuses contradictions, son régime kémaliste était considéré comme l'idéal pour les pays musulmans du Moyen-Orient. D'où la rhétorique du « modèle turc» de la démocratie. Malgré que le peuple soit musulman, le régime est séculaire. Face au paradigme iranien, un tel régime était perçu comme plus modéré et par conséquent considéré comme plus stable. D'après la thèse américaine, l'application d'un tel modèle dans des pays qui souffrent d'instabilité ou de conflictualité, à cause des raisons liées aux statuts politiques de la religion, signifierait la mise en oeuvre d'un modèle qui «produit» de la sécurité. L'encouragement de la part des Américains pour que le pays joue un rôle à la libéralisation des régimes islamiques n'a pas manqué de volume jusqu'à aujourd'hui2. Le deuxième plus grand facteur, c'est la possession de dispositifs en matière de sécurité, c'est-à-dire un appareil militaire considérable à cause de raisons particulières, notamment le contexte régional. La Turquie n'hésita pas à collaborer avec les EtatsUnis en matière de sécurité et de coopération militaire. L'ouverture de la base aérienne incirlik aux forces aériennes des alliés pour la surveillance du «no-fly zone» (zone d'exclusion aérienne) au Nord de l'Irak; les accords de coopération militaire avec Israëe, allié stratégique des Etats-Unis; la collaboration avec l'armé américaine afin de reconstruire les armées du Sud-Est de l'Europe dans le cadre de l'OTAN; la participation aux nombreuses missions du maintien de la paix dans le cadre de l'ONU ; la direction plus tard (2002) du commandement de l'ISAF (International Security Assistance Force) en Afghanistan soutiennent cette thèse.
1 Pourtant Zalmay Khalilzad, assistant du vice-secrétaire à la Défense chargé de la planification politique de 1991 à 1993, soutient la thèse selon laquelle, dans la deuxième moitié des années 1990, on pouvait observer un manque d'intérêt de la part des Américains pour la Turquie et que l'Administration de B. Clinton devait faire tout pour convaincre le Congrès à propos de l'importance géostratégique de ce pays. Cf «Pour parer les armes de destruction massive et accroître la zone de la démocratie dans la région », The Wall Street Journal, 22 décembre 1997. 2 Entre autres, nous observerons que Francis Fukuyama, académique ayant des liens étroits avec les néo-conservateurs, est un défenseur ardent de cette thèse. Turkish Daily News, 29 septembre 2001 et 7 décembre 2001. 3 Sur la coopération géostratégique avec Israël et sur l'importance géopolitique de la Turquie au Moyen-orient en général durant les années 1990, cf H. KRAMER, A Changing Turkey: The Challenge to Europe and the United States, Washington D. C., Brookings Institution Press, 2000, pp. 117-145.

56 Troisièmement, il ya la proximité des sources naturelles d'énergie (le pétrole et le gaz) et de l'eau. Malgré la faiblesse de la Turquie en matière de production de pétrole, elle est proche des grands producteurs. En outre, elle possède des teITitoires et des détroits de passage. Depuis les années 1970, il existe un oléoduc qui porte le pétrole irakien à la Méditerranée. Quant au pétrole de l'Asie Centrale, la pluralité des projets consécutive aux conflits d'intérêts a suscité de longues discussions. Ces sources d'énergie naturelles d'Asie centrale constituent de tout temps une attraction pour l'Occident. Ce qui explique la volonté des Occidentaux de rechercher une coopération plus étroite avec la Turquiel et la détermination de construire l'oléoduc reliant Bakou à Ceyhan2, un projet qui traverse le Sud-Est de la Turquie. En ce qui concerne l'eau, autre arme stratégique, ayant réalisé son «Projet du Sud-Est» (GAP) au long du Tigre et de l'Euphrate, investissement gigantesque qui visait à construire une vingtaine de barrages et de centrales d'électricité hydraulique, Ankara a obtenu un avantage stratégique par rapport à ses voisins, la Syrie et l'Irak. De temps à autre, ces deux pays se plaignent, auprès des instances internationales, d'une utilisation de l'eau par la Turquie comme d'un levier de pression contre eux, comme une arme. La Turquie a même réussi, en négociations depuis 2000, à décrocher des contrats de vente de l'eau de Manavgat aux Israéliens. Les éléments historiques et géopolitiques cités ci-dessus concernant les relations turcoaméricaines constituent une clé de compréhension de l'argumentation des parties lors des négociations.

L'attaque américaine contre l'Irak
Scène domestique et internationale Pour pouvoir comprendre le refus turc et son abstention, il convient d'emblée d'examiner une série de variables qui interviennent dans le processus de politique étrangère. Bien qu'elles soient très complexes, elles sont de deux ordres: les variables structurelles liées étroitement à la scène interne et les variables conjoncturelles liées aux développements politiques internationaux et nationaux3. Les variables liées à la scène domestique déterminent, à un degré élevé, la perception des dirigeants et par conséquent le positionnement du pays. L'unité du pays et la sécurité nationale figurent en tête de liste des variables structurelles. La sécurité du pays est un enjeu majeur pour les dirigeants politiques et militaires. L'idéologie kémaliste, largement laïque et nationaliste, constitue la pierre

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2

Z. KHALILZAD,

« A Strategic Plan for W estem- Turkish Relations

», op. cit., p. 84-85.

La sécurisation de la région à travers laquelle allait passer le tracé de l'oléoduc s'opéra au lendemain du coup porté au chef des autonomistes kurdes. 3 M. AYDIN, «Determinants of Turkish Foreign Policy: Historic Framework and Traditional Inputs », Middle Eastern Studies, volume 35, numéro 4, octobre 1999, p. 155.

57 angulaire du régime. Les décisions prises doivent être en conformité avec les principes kémalistes. Autrement dit, le kémalisme en tant qu'idéologie officielle se pose comme le garant de la réalisation des politiques du pays. Le projet d'occidentalisation du pays en est un bon exemple. Autre variable structurelle est le facteur historique. Les expériences acquises lors de la guerre d'indépendance jouent un rôle principal dans la prise de décisions de politique étrangère. Les nécessités économiques et les capacités militaires du pays interviennent également. L'engagement turc dans une guerre contre un pays soupçonné de posséder des armes de destruction massive risque ipso facto de mettre en danger l'unité du pays. Le précédent historique de l'attaque irakienne contre Israël lors de la guerre du Golfe en 1991 avec des missiles SCUD déclencha une phobie réelle auprès des dirigeants turcs. La Turquie, ne possédant pas de système antimissile, se sentit effectivement menacée. En outre, le pays a une sensibilité historique vis-à-vis des territoires du Nord de l'Irak. Il s'octroie un droit de regard sur les villes de Mossoul et de Kirkuk, étant donné que ce sont des territoires qui furent cédés à la Grande Bretagne après de longues disputes au sein de la Cour permanente de justice internationale dans les années 1920. Tenant compte des ressources pétrolières de cette région, on peut mieux comprendre pourquoi le pays s'est plié à la décision de la Cour à contre-cœur. D'ailleurs, le grand débat lors de la mobilisation de l'armée turque le long des frontières turco-irakiennes en 1991 tournait autour d'une occupation possible du Nord Irak. Les indépendantistes kurdes de la Turquie qui se sont abrités sur le territoire irakien constituent souvent le prétexte pour des interventions militaires turques. Par ailleurs, il ne faut pas ignorer l'existence dans le territoire Nord irakien de Turkmènes, tribus nomades qui constituent une minorité ethnique pro-turque dans la région. La Turquie, en prétendant les protéger, exprime traditionnellement ses préoccupations pour le sort de ce peuple. Par ricochet, la sécurité du pays tourne autour des aspects internationaux de la question kurde. La grande majorité de ce peuple qui est dispersé sur quatre Etats au MoyenOrient se trouve en Turquie. Les évolutions du statut des Kurdes de l'Irak dans les années 1990 ont multiplié les soucis de la Turquie qui craint de voir s'ériger un Etat indépendant Kurde dans le voisinage. Elle estime que celui-ci pourrait devenir une source d'instabilité dans la région et menacer son unité. Une autre dimension de cette question concerne les réfugiés irakiens qui arrivent en Turquie après chaque châtiment qui leur est imposé. Les Peshmergas par exemple, lors de la guerre du Golfe de 1991, chassés de leur territoire par le régime le Saddam Hussein qui les avait attaqués à l'arme chimique, sont arrivés en Turquie en masse. Un dernier point à considérer concerne les effets dévastateurs d'une éventuelle guerre sur l'économie nationale. D'expérience, la Turquie exprime en principe son aversion pour les conflits armés dans son voisinage. Le risque pris par le pays, en ralliant les alliés lors de guerre du Golfe de 1991, était dicté par la promesse d'une récompense économique importante. Cependant, la Turquie se plaint de n'avoir pas bénéficié de tous les dons et crédits promis. Les réfugiés irakiens, ainsi que l'inexistence des

58 activités commerciales avec l'Irak, jadis premier partenaire commercial, à cause de l'embargo posé par l'ONU, ont contribué à la déstabilisation de l'économie turque. Quant aux variables conjoncturelles, le contexte des négociations turco-américaines est sensible aussi à l'évolution de la scène politique tant au niveau international que domestique. C'est à dire, l'ensemble des circonstances des scènes politiques interne et internationale jouent un rôle important dans la prise de décision en politique étrangère. Les débats autour de cette guerre se sont focalisés surtout sur la dimension éthique, en particulier la guerre «juste ». La guerre de Golfe de 1991 était justifiée par l'invasion du Koweït par l'armée irakienne. Les armées alliées avaient entrepris une attaque conformément aux décisions prises au sein des mécanismes internationaux et plus précisément l'ONU. En revanche, la légitimité d'une attaque militaire fondée sur des allégations de possession d'armes de destruction massive du régime irakien était sujette à caution. En effet, le système onusien ne prévoit pas d'actions unilatérales. En outre, une partie de la communauté internationale, entre autres des pays appartenant à l'Union Européenne, tels la France et l'Allemagne, étaient opposés à une intervention militaire en Irak. Par ailleurs, dans la même période, dans une affaire qui touche les intérêts nationaux de la Turquie, le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, était disposé à mettre fm à la division de Chypre avant l'adhésion de l'île à l'UE. Parallèlement à l'agitation de la scène internationale, la scène domestique se trouve aussi en état d'ébullition. Pour la première fois dans l'histoire de la Turquie républicaine, le pays était gouverné uniquement par un parti ouvertement proislamiquel. Le Parti de la Justice et du Développement (AKP) de Recep Tayip Erdogan arriva au pouvoir lors des élections législatives du 3 novembre 2002, reléguant ainsi dans l'opposition le Parti républicain populaire (CHP). Cependant, des barrières juridiques persistantes empêchaient le Président de l' AKP de participer aux élections. Finalement, l'affaire fut réglée par l'introduction des lois visant l'européanisation du système juridique turc. Ainsi, Erdogan était élu lors d'un scrutin partiel dans la province de ~iirt au Sud-Est de la Turquie. Sur une scène domestique assez imprévisible, les dirigeants du parti au pouvoir, l'armée et chef de l'Etat semblaient, au premier abord, d'accord qu'une guerre devrait être évitée. Début novembre 2002, Abdullah Gül, vice-président de l'AKP déclara, d'une part, qu'ils étaient favorables à un soutien à Washington et, d'autre part, que Saddam Hussein devait coopérer avec les inspecteurs de l'ONU2. Quant au Général

Rappelons que le gouvernement de Necmettin Erbakan (RP) gouverna le pays en coalition avec le parti de centre-droit, Parti de la Juste Voie (DYP) de Tansu Çiller, de juin 1996 jusqu'à juin 1997. 2, «ABD'ye sürpriz destek» (Soutien-surprise aux Etats-Unis), Milliyet, 9 novembre 2003. ; « L'AKP, vainqueur des élections, appelle l'Irak à coopérer avec les inspecteurs », Agence France Presse, 10 novembre 2002.

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59 Hilmi Ozkok, le Chef d'état-major, de retour à Ankara après une visite officielle à Washington, il appela dans la même ligne Bagdad à coopérer avec l'ONU}. Le Président Necdet Sezer, suite à l'acceptation de la résolution 1441 du Conseil de Sécurité de l'ONU par l'administration irakienne, invita, pour sa part, Bagdad à se plier « complètement et sans conditions» à la résolution de l'ONU, affirmant les intentions du pays de «continuer à encourager l'Irak» à ce propos2. Quant à la population turque en général, elle rejetait aussi bien une attaque contre l'Irak que la participation du pays aux côtés des Etats-Unis. Des manifestations étaient organisées à l'appel de l'Association turque des droits de l'homme (IHD) dans les principales villes. Ces diverses variables relatives à la politique étrangère turque interviennent d'une manière ou d'une autre dans les négociations qui se déroulent entre les deux pays. L 'historique d'une crise: la chute d'une alliance « stratégique» Les négociations commencent dès le moment où les Etats-Unis expriment leur souhait d'obtenir l'accord de principe d'Ankara pour son soutien dans une éventuelle guerre contre l'Irak. L'événement intervient à un moment où les deux pays entretiennent des relations assez avancées. En l'occurrence, peu de choses auraient pu prévoir la naissance d'une crise entre les deux alliés. Toutefois, Ankara ne semblait pas prête à accepter toutes les demandes de Washington sans condition. Les premiers contacts exploratoires Bien que, depuis la fin novembre, des responsables américains aient admis que les Etats-Unis pouvaient vaincre l'Irak sans l'aide de la Turquie, Washington aborda discrètement Ankara pour lui demander son soutien4. Les négociations entre les deux capitales débutèrent en décembre avec la visite à Ankara de deux hauts responsables américains, du secrétaire adjoint américain à la Défense, Paul Wolfowitz, et du soussecrétaire d'Etat américain aux Affaires politiques, Marc Grossman. Selon le quotidien turc Hürriyet, les Etats-Unis avaient déjà laissé savoir, par la voie d'une note, à l'Ambassadeur turc à Washington, Faruk O. Logoglu, leurs demandes qui consistaient en :

l « Le chef d'état-major turc appelle Bagdad à coopérer avec l'ONU », Agence France Presse, 9 novembre 2002; «General Ozkok, Chief of General Staff, Returns From United States », Anadolu Ajansl (AA),lO novembre 2002. 2 « La Turquie appelle Bagdad à éviter la guerre », Agence France Presse, 29 novembre 2002 ; «Ildem: Iraqi Administration's Acceptance Of U.N. Resolution Is A Positive Development », Anadolu Ajansl (AA), 30 novembre 2002. 3 «Chaîne humaine à Ankara contre une guerre en Irak », Agence France Presse, 30 novembre 2002; «Manifestation à Istanbul contre une guerre en Irak », Agence France Presse, 1er décembre 2002.
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R. M. GORDON,« U.S. Mounts Effort to Get Turkey's Supportfor Iraq War », TheNew York

Times, 29 novembre 2002.

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L'utilisation de l'espace aérien et des bases militaires; L'utilisation du territoire; L'utilisation des portes; La contribution militaire 1.

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D'après Cumhuriyet, la rumeur prétendait que les Etats-Unis étaient prêts, en retour, soit à effacer les $ 6 milliards de la dette militaire de la Turquie2, soit à fournir une aide financière de $ 700 millions. En outre, les Américains semblent avoir promis aux Turcs des garanties concernant:

. . .
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l'unité territoriale de l'Irak après la guerre, c'est-à-dire un statut de nonindépendance pour les Kurdes; la possession de Mossoul et Kirkuk ;
la possession des sources pétrolières et leur exploitation;

l'aide financière3.

Ces quatre éléments constituent grosso modo les points sur lesquels la Turquie se montrait prudente. Cherchant à laisser l'impression qu'au moins les deux pays étaient d'accord sur le principe et ce malgré les réserves réelles de la Turquie, Paul Wolfowitz affirma, en partant d'Ankara en décembre que «le soutien d'Ankara était assuré »4. La participation de la Turquie aurait offert à Washington l'espace de manœuvre nécessaire dans ses projets stratégiques. En particulier, les forces américaines pourraient de cette façon avancer vers Bagdad par une deuxième direction beaucoup plus courte et plus sécurisée étant donné qu'elles auraient traversé la région dominée par les fractions kurdes. En outre, elles auraient relativement sécurisé plus vite les ressources pétrolières. Cependant, Ankara avait exprimé des réserves concernant le passage des dispositifs américains sur son territoire. Dans une déclaration controversée, le ministre turc des Affaires étrangères, Ya~ar Yakl~, ambassadeur à la retraite et député AKP, laissait entendre que le pays était prêt à coopérer avec les Etats-Unis au sujet de l'ouverture de l'espace aérien et de l'utilisation des bases5. Non seulement cette déclaration causa une
1Hürriyet, 3 décembre 2002. 2 Cumhuriyet, 3 décembre 2002. 3 V. LOEB et B. GRAHAM, « Turkey Has Conditions for Support of War », The Washington Post, 4 décembre 2002. 4 « Washington compte sur Ankara pour le front nord contre Bagdad », Agence France Presse, 5 décembre 2002. 5, « Yakl~ : Irak' a operasyon gerekli olursa, tesislerin kullanIlmaslna izin veririz» (Yak1~: En cas de nécessité nous permettrons l'utilisation des bases), Anado/u Ajansl (AA), 3 décembre 2002.

61 confusion au sein du gouvernement Gül et de l'establishment, mais elle provoqua aussi des développementsuniques au sein du ministère turc des Affaires étrangères.Celui-ci fit une nouvelle déclaration pour éclaircir ou, mieux, corriger le ministre en disant que ce dernier (Y. Yakl~) faisait référence seulement aux «possibilités» 1. Le Premier Ministre Gül confirma la déclaration du ministère en soulignant que la décision fmale n'était pas encore prise2. Les déclarations du ministre suscitèrent également des réactions de la part des généraux. Les militaires turcs, selon les reportages parus, semblaient en désaccord avec les commentaires du ministre, le seul élément « kémaliste » au sein du gouvernement pro-islamique. Le général Ya~ar Büyükanlt déclara qu'une telle décision n'avait pas eu lieu et que Yakl~ avait exprimé son point de vue personnel. Indubitablement, ce revirement dans la position turque est difficile à élucider. Il est intéressant pourtant de noter un élément qui survint juste après, lié à la scène interne. Recep Tayip Erdogan, Président de l'AKP qui n'était à ce moment ni chef d'Etat, ni Premier Ministre3, était invité, par l'intermédiaire de Wolfowitz, à Washington4 où il se rendit quelques jours plus tard. Erdogan y rencontra le Président américain, ainsi que de nombreux responsables de l'administration tels que Colin Powell, Paul Wolfowitz et Condoleezza Rice. A la suite de la rencontre Erdogan - Bush, aucune déclaration n'était faite à propos de l'Irak. En revanche, c'est Ari Fleischer, le porte-parole de la Maison Blanche, qui indiqua que «tous deux avaient estimé que ce pays [Irak) représentait une menace et devait être désarmé »5. Erdogan lui-même, à l'occasion d'une réunion tenue en son honneur par la Fédération des associations turques des Etats-Unis (ATAA), affirma qu'il avait échangé avec ses interlocuteurs des avis autour «des nombreux problèmes régionaux et internationaux, d'une manière sincère et franche »6. Cependant, après un discours prononcé au Centre des Etudes Stratégiques et Internationales (CSIS), Erdogan rappelait aux reporters qui lui posaient des questions sur l'attitude des généraux turcs, qu'à ce moment-là, il n'était pas

«Dl~i~leri: Bakan Yakl~' ID sozleri taahüt anlamlna gelmez» (Le Ministère des Affaires étrangères: La déclaration du Ministre Yakl~ ne signifie pas l'engagement), Anadolu Ajansl (AA),4 décembre 2003. 2 « Ba~bakanhk' da Yakl~' 1 düzeltti» (YakI~ a été corrigé également par le bureau du Premier Ministre), Milliyet, 5 décembre 2002. 3 Yasemin çongar dans son article intitulé « ABD Aradlgl Lideri Buldu mu ? » (Les EVA ont-ils trouvé le leader qu'ils cherchaient ?) indique que l'invitation américaine est un désir exprimé par Erdogan de visiter Washington. Milliyet, 9 décembre 2002. Dans un autre article, le même auteur rappelle qu'Erdogan, lors d'une visite à Washington au début de 2002 n'a pas été reçu par les responsables américains pour ne pas déranger le gouvernement Ecevit. Y. ÇONGAR, « Gül'ün Siyasi Mesajlari » (Les messages politiques de Gül), Milliyet, 28 juillet 2003. 4 « Bush ne isteyecek » (Que va demander Bush ?), Milliyet, 5 Aralik 2002. 5 «Le tapis rouge pour Erdogan en échange du soutien à l'opération contre l'Irak », Agence France Presse, 10 décembre 2002.
6 Cf http://www.tadf.org/mailbase/html_newsmail/TayyipErdoganKonusma.htm.

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