Le Cameroun et l
295 pages
Français

Le Cameroun et l'ordre global

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295 pages
Français

Description

Quelle est l'aptitude du Cameroun à faire face aux enjeux de l'ordre global ? Il s'agit d'un ordre multipolaire marqué par la percée de puissances émergentes et la remise en cause des équilibres stratégiques qui s'étaient construits à partir de la chute du bloc soviétique et jusqu'en 1991. L'Afrique elle-même est devenue un enjeu de la compétition hégémonique entre les super puissances, et ces affrontements impactent le Cameroun. Construire un État développementaliste capable implique une mise en ordre des enjeux domestiques. Cela suppose aussi de définir une posture face au monde, avant de mettre en forme la stratégie la mieux indiquée pour faire face aux enjeux de l'ordre global multipolaire.

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Date de parution 15 janvier 2020
Nombre de lectures 10
EAN13 9782140140679
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Exrait

Etudes
africainesLe Cameroun Série Politique
et l’ordre global
Quelle est l’aptitude du Cameroun à faire face aux enjeux de l’ordre global ?
Il s’agit d’un ordre multipolaire marqué par la percée de puissances
émergentes, la remise en cause des équilibres stratégiques qui s’étaient
construits à partir de la chute du bloc soviétique et jusqu’en 1991.
La Chine conteste le leadership américain. Frustrée par l’effondrement
du système soviétique et marginalisée sur plusieurs enjeux globaux, la Stéphane B E
Russie reformule sa politique internationale. Des puissances mises au ban
de la communauté internationale se montrent menaçantes, notamment
en matière de prolifération nucléaire. Des enjeux de puissance
jusquelà discrets prennent une ampleur inégalée : le cyberespace, la 5G, la
domination d’Internet, l’intelligence artifi cielle et les nanosciences, ou la
défense dite du futur. Le réchauffement climatique conduit à s’interroger Le Camerounounounounounounounounounounounounounounounsur la pertinence d’une stratégie du développement durable. Le terrorisme
et l’extrémisme violent menacent la stabilité des États.
et l’ordre globalL’Afrique elle-même est devenue un enjeu de la compétition hégémonique
entre les super puissances, et ces affrontements impactent le Cameroun.
Construire un État développementaliste capable implique une mise en
ordre des enjeux domestiques. Cela suppose aussi de défi nir une posture
face au monde, avant de mettre en forme la stratégie la mieux indiquée
pour faire face aux enjeux de l’ordre global multipolaire.
Stéphane BOBÉ ENGUÉLÉGUÉLÉ est docteur en Science politique. Ses
travaux portent sur les politiques publiques dans une approche comparée,
la réforme de la gouvernance publique et les politiques de sécurité. Il est
fondateur et président du Centre africain de recherches en sciences morales
et politiques (CARES-MP), un think tank basé à Yaoundé au Cameroun.
Etudes africaines
Série Politique
ISBN : 978-2-343-19180-5
31 €
Stéphane B E
Le Cameroun et l’ordre global

Le Cameroun et l’ordre global
















Collection « Études africaines »
dirigée par Denis Pryen et son équipe

Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection « Études
africaines » fait peau neuve. Elle présentera toujours les essais généraux qui
ont fait son succès, mais se déclinera désormais également par séries
thématiques : droit, économie, politique, sociologie, etc.
Dernières parutions
Gilbert TSHILUMBA KALOMBO, RD Congo, Syndrome d’un échec politique,
2019.
Kayamba TSHITSHI NDOUBA, Le néoconstitutionnalisme africain. Tendances et
trajectoires, 2019.
Éric Wilson FOFACK et François-Xavier ÉLONG FILS (dir.), Cameroun, les
dynamiques de construction du leadership en Afrique centrale, Regards croisés,
2019.
Alain Roger PEGHA, Survivances de la culture égypto-nubienne chez les Bantu.
Essai sur les fondements pharaoniques de la renaissance africaine, 2019.
Georges DUPRE, Koto, l’égalité nécessaire, Savoir et pouvoir dans une société
clanique, Les Nzèbi du Congo et du Gabon, 2019.
Arthur VIDO, Biographie du roi Kpengla du Danhomè, 2019
Claude IGUMA WAKENGE, Stade coltan, Extraction minière artisanale,
réformes et changement social à l’est de la République démocratique du Congo,
2019.
Phidias AHADI SENGE MILEMBA, États de l’État en Afrique, Des déficiences
fonctionnelles aux perspectives d’un horizon possible, 2019.
Nestor Kobenan TAN, L’Église au défi des identités, Pastorale de
l’interculturalité en Côte d’Ivoire, 2019.
Gervais MUBERANKIKO, La protection du locataire-gérant en droit OHADA,
Nouvelle édition, 2019.
Mamadou Diarafa DIALLO, L’hygiène en milieu de soins au Mali, Entre
représentations, normes et pratiques, 2019.
Galedi NZEY, La formation des professeurs du second degré au Gabon
(19712010), 2019.
Olivier FANDJIP, Le temps dans le contentieux administratif en droit français et
des États d’Afrique francophone, 2019.
Olivier FANDJIP, Les mutations récentes de la justice administrative en Afrique
francophone. Étude critique à partir du modèle camerounais, 2019.
Placide MALUNG’MPER AKPANABI, L’éducation aux valeurs chez les Ding
orientaux en RDC, De 1885 à nos jours, tome 1, 2 et 3, 2019.
Stéphane BOBÉ ENGUÉLÉGUÉLÉ


Le Cameroun et l’ordre global















DU MÊME AUTEUR

Les politiques pénales 1945-1995,
Paris l’Harmattan collection logiques politiques, 1998.

La justice « en jeu »,
Paris, l’Harmattan collection Droit Justice, 2001.

Justice politiques pénales et tolérance zéro,
Paris, l’Harmattan, collection Questions contemporaines 2010.

Etats corruption et blanchiment. Une comparaison Sénégal/Cameroun,
Paris, l’Harmattan, collection Études Africaines, janvier 2015.

Gouverner l’urgence politique Camerounaise,
Paris, l’Harmattan, collection Pont de vue, juin 2019.









© L’Harmattan, 2020
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-19180-5
EAN : 9782343191805




QUE SONT NOS CAPACITÉS DEVENUES ?




Le 14 août 2013, la République du Cameroun retrouvait la
souveraineté de plein exercice sur la presqu’île de Bakassi dans le
Ndian (sud-ouest). Un arrêt de la Cour internationale de Justice en
date du 10 octobre 2002 avait tranché le différend territorial qui
opposait la République fédérale Nigéria à la République du
Cameroun, en faveur de cette dernière. Ce dossier marquait le
triomphe d’un style décisionnel original, où s’articulent au service de
la puissance camerounaise, l’action diplomatique et politique, et la
force armée. L’action diplomatique et politique d’abord. La
délimitation des frontières entre le Cameroun et le Nigéria est un
« serpent de mer » qui a fait l’objet de plusieurs accords et traités
internationaux. Les rapports entre les deux pays sont marqués depuis
1961 par une succession d’accords et de confrontations plus ou moins
ouvertes, jusqu’au 21 décembre 1993, date à laquelle Abuja décidait
d’envahir Bakassi, franchissant les frontières internationales du
Cameroun, s’appropriant les localités de Jabane et Diamond dans la
péninsule. Il s’agit pour le Nigéria de placer le Cameroun devant le
fait accompli, en remettant unilatéralement en cause l’accord passé le
11 mars 1913 entre l’Angleterre et l’Allemagne, la déclaration de
erMaroua du 1 juin 1975, mais surtout en heurtant l’état d’esprit qui
s’était dégagé lors de la rencontre d’Abuja du 10 août 1991, date
d’une visite d’amitié du président camerounais à son homologue
nigérian en vue de relancer les pourparlers entre les deux pays sur la
délimitation de leur frontière. La démarche nigériane consiste à
vouloir dicter au Cameroun sa volonté et lui imposer une conduite sur
le contentieux frontalier. Pour le Cameroun, il n’y aurait de fait
d’autre issue que la négociation. Aucune autre arène ne serait
pertinente pour régler la situation, si ce n’est le Conseil de sécurité ou
l’assemblée générale des Nations unies. Le cadre de la dispute est une
7
négociation dont le rythme et l’issue seraient déterminés par la
situation sur le terrain. Le recours à la force vise aussi à pousser le
Cameroun à la faute. Comment réagira Yaoundé ainsi frappée au
cœur ? Le Cameroun héberge sur son sol plusieurs milliers de
ressortissants nigérians. Au plan politique, la réaction camerounaise
est totalement inattendue par la partie nigériane. Yaoundé décide
d’abord de traiter l’affaire à bas bruits, et donc de lever l’équivoque
d’une prise à partie des nigérians vivant sur le sol camerounais,
rendant du coup non avenue l’anticipation nigériane de mesures de
rétorsion sur les camerounais vivant au Nigéria. Le Cameroun va
ensuite adopter une attitude sereine face à la crise, une posture de
« tranquillité » et de maîtrise. Ainsi, lorsqu’au cours de l’année 1996
la situation se dégrade au plan militaire sur le terrain, l’agent de la
République du Cameroun, le ministre Douala Moutomè requérait et
obtenait du chef de l’État, la décision totalement imprévue au Nigéria
de solliciter des mesures conservatoires destinées à figer la situation
sur le terrain, ce à quoi la Cour internationale de justice fera droit,
audelà même de la demande camerounaise, par une ordonnance du
15 mars 1996. Mais réussissant à mobiliser des acteurs informels et les
meilleurs spécialistes autour de l’agent de la République, le Cameroun
a réussi à structurer un réseau diplomatique et d’influence qui
interviendra en appui des officiels. Il y a bien sûr le professeur
Maurice Kamto de renommée internationale, et Alain Pellet,
professeur agrégé de droit international. On compte aussi dans
l’équipe plusieurs autres conseils et fonctionnaires des affaires
étrangères. On assiste à l’activation d’un système d’action où
l’informel s’articule avec le formel, autour de la présidence de la
République et des deux départements techniques engagés, les
ministères de la Justice et des Relations extérieures. Le ministre
Douala Moutomè s’en souvient bien : « je me souviens que le chef
Endeley est venu me confier un dossier unique. Le fameux traité de
1913. C’est ce document qui a servi de base. Il l’avait encore en
original. Il faudra d’ailleurs qu’on le lui restitue un jour. Il est venu
personnellement me le remettre. Il me souvient d’ailleurs qu’il
suffisait que je passe à la radio pour que tous les anciens ministres des
Affaires étrangères se réunissent y compris les hauts fonctionnaires
pour apporter leur contribution. C’était du côté camerounais comme
une vraie conquête : une conquête pacifique. On n’acceptait pas le fait
8
1accompli nigérian. » L’articulation formelle entre le ministère de la
Justice et le ministère des Affaires étrangères est dynamisée par une
vision du droit à rétablir, et de l’intérêt national à sauvegarder. Car, le
Cameroun a enfin choisi de recourir à l’arbitrage de la Cour
internationale de justice qui, dans son arrêt du 11 juin 1998 écartera
l’essentiel des exceptions préliminaires nigérianes, avant de faire
droit, le 10 octobre 2002 à la requête camerounaise : « D’un côté, il y
avait donc cette réaction du Nigéria, épidermique à la limite, et de
l’autre côté une sorte de sérénité du Cameroun qui était, en toute
vraisemblance, certain de son fait. C’est dire que nous sommes partis
à La Haye avec la certitude que c’est par là que viendrait la
2solution. » Le Cameroun a réussi à déployer une intelligence tactique
de la situation, par la mobilisation d’un ensemble d’acteurs motivés
par la reconquête de Bakassi, en utilisant les forces du droit
international.

Mais le Cameroun a aussi recouru avec succès à la warfare. Lorsque
le Nigéria attaque le Cameroun le 21 décembre 1993, l’issue de la
situation sur le terrain ne fait l’objet d’aucun doute, du moins en
apparence. Le Nigéria est la première puissance militaire d’Afrique de
l’Ouest et d’Afrique centrale ; c’est la seconde puissance militaire
continentale. Abuja a engagé 10 000 hommes, là où le Cameroun ne
mobilise de 2000 combattants. L’arsenal militaire nigérian est
impressionnant comparé au potentiel camerounais de plus petite
facture. Le bilan de la guerre est cependant à l’opposé des capacités
des forces engagées. Le Nigéria a subi la perte de 2 à
3000 combattants, alors que le Cameroun n’a perdu de 2 à
300 hommes. Yaoundé a fait 150 prisonniers nigérians, Abuja n’ayant
capturé que 120 Camerounais. Au plan matériel, si le Cameroun a
perdu trois hélicoptères, un sweepship et des munitions, le Nigéria a au combat trois bâtiments de guerre détruits par les fusiliers
marins camerounais. Qu’est-ce qui a fait la différence ? C’est d’abord
selon E. C Messinga la rigueur et la discipline camerounaises,
comparées à la désorganisation et à la corruption qui gangrénait
l’armée nigériane. C’est ensuite l’intelligence militaire : si le Nigéria
est surarmé, les forces camerounaises sont plus aguerries et mieux

1 Me Douala Moutomè, Entretien accordé à Jacques Doo Bell,
http://www.peuplessawa.com/
2 Ibid.
9
formées (2 ans de formation alors que les soldats nigérians n’ont que
45 jours de formation), et disposent d’un équipement adapté aux
3combats dans la mangrove . La discipline militaire camerounaise est
adossée à une mystique de la souveraineté et de l’intégrité territoriale,
constituant les horizons indépassables de l’engagement. Il ne faut bien
évidemment pas sous-estimer l’impact de l’opération
ARAMIS déclenchée par Paris ; elle « se traduit par une assistance aux
forces camerounaises, portant sur les domaines de l’aide au
commandement, du soutien logistique, du renseignement, de
l’instruction opérationnelle et de l’évacuation sanitaire, ainsi que, de
façon ponctuelle, dans le domaine du transport et du soutien
logistique. La composition de la force est d’environ 68 hommes,
engagés sur plusieurs sites, et de deux hélicoptères PUMA, fournis par
4l’ALAT. » Il n’est pas interdit d’affirmer que la France a contribué de
façon significative à la stabilisation de la situation sur le terrain, et de
fait, à donner l’avantage au Cameroun.

Que reste-t-il de ces capacités diplomatiques et politiques ? Quelle est
la pertinence de notre potentiel militaire dans le contexte stratégique
actuel ? Le Cameroun se trouve confronté à plusieurs crises
sécuritaires, au nord-est à l’est et dans les régions du Nord-ouest et du
Sud-ouest. Si au nord-est le redéploiement du bataillon d’intervention
rapide a permis, avec les efforts de coopération internationale de
reprendre l’initiative face aux terroristes de Boko Haram, la région de
l’Est jusqu’à l’Adamaoua subit encore les conséquences des
événements qui ont déstabilisé la République centrafricaine. Dans les
régions du Nord-ouest et du Sud-ouest, s’est installée depuis 2016 une
guerre de basse intensité entre les forces de défense et de sécurité, et
des forces séparatistes. Les deux groupes d’acteurs se sont rendus
coupables d’agissements prohibés par les lois internationales. Le
conflit se déroule de l’intérieur, Camerounais contre Camerounais.
Ces menaces sécuritaires nouvelles sont de nature différente des périls
auxquels le Cameroun avait à faire face dans une configuration
conventionnelle. L’État est maintenant aux prises avec des acteurs non
étatiques, des groupes criminels et des terroristes dont les
engagements, asymétriques, n’obéissent pas aux canons de la guerre

3 E.C. Messinga, Les forces armées camerounaises face aux enjeux militaires dans
le golfe de Guinée : le cas du conflit de Bakassi, master en Science Politique,
Université de yaoundé Soa, 2007.
4 ALAT, « Opération ARAMIS », https://www.alat.fr/aramis1.html#.
10
classique. Surtout, des risques globaux peuvent avoir des impacts sur
la sécurité nationale (internet, cyberespace, environnement). Au plan
global, la guerre est aussi devenue économique et technologique, et le
Cameroun au cœur de l’Afrique est un enjeu des confrontations que se
livrent les grandes puissances pour la domination mondiale. Comment
dans cet environnement global décliner une stratégie de puissance ?
Songer à un rôle hégémonique régional est-il seulement réaliste ? Car
nous subissons encore les conséquences de notre statut de périphérie
reléguée dans la division internationale du travail. Par ailleurs, la crise
de la gouvernance publique a mis à nu nos fragilités institutionnelles,
parmi lesquelles notre incapacité à concevoir et décliner une politique
internationale autonome et dynamisée par notre propre conception de
l’intérêt national. Ce livre évalue nos capacités et mesure notre
aptitude à faire face aux enjeux du nouvel ordre global. C’est un ordre
multipolaire marqué par la percée de puissances émergentes, la remise
en cause des équilibres qui s’étaient esquissés à partir de la chute du
bloc soviétique et jusqu’en 1991. La Chine conteste le leadership
américain, sans jamais chercher de confrontation ouverte et
d’affrontement armé. Le renforcement capacitaire accéléré de Pékin
n’est pas, au vrai, la démonstration d’une envie de rivaliser de
puissance avec les Américains : il ne s’agit que d’une stratégie visant
à accentuer le contrôle chinois dans la région indo pacifique et y
limiter l’influence américaine. Frustrée par l’effondrement du système
soviétique et probablement humiliée sur plusieurs enjeux comme la
Libye, la Russie reformule sa politique internationale avec l’ambition
de rivaliser avec les Américains et les Européens, y compris sur le
terrain militaire. La crise ukrainienne, l’annexion de la Crimée,
l’intervention en Syrie signent un basculement de la position de
Moscou. Des puissances mises au ban de la communauté
internationale se montrent menaçantes, notamment en matière de
prolifération. Des enjeux de puissance jusque là discrets prennent une
ampleur inégalée : le cyberespace, la 5G, la domination d’internet.
Parmi les menaces globales figure le réchauffement climatique qui
conduit à s’interroger sur la pertinence d’une stratégie nationale du
développement durable. L’Afrique elle-même est devenue un enjeu de
la compétition hégémonique entre les puissances, et il est intéressant
de déterminer la manière dont ces affrontements hégémoniques
impactent le Cameroun. Les pressions que le terrorisme et
l’extrémisme violent exercent posent sous un jour nouveau la
problématique de la sécurité collective. La criminalité s’est
11
complexifiée du fait du banditisme transfrontalier exigeant un
renouvellement de la coopération policière, alors même que nos États
sont fragilisés. Malgré les efforts de la coopération internationale en la
matière, la piraterie maritime continue d’installer l’insécurité sur les
mers. Il faut simultanément repenser notre place dans ce monde
mouvant. Cela suppose de définir un référentiel qui préside à la
politique internationale et à notre diplomatie. Notre politique
extérieure est devenue discrète, peu lisible, notamment pour nos
partenaires, et surtout les adversaires, qui s’attaquent à notre sécurité
et notre économie. Nous sommes sur la défensive face à certains
enjeux comme la défense des droits de l’homme, malgré les efforts
significatifs accomplis dans le cadre de nos obligations
redditionnelles. Nous sommes absents des dossiers de résolution des
conflits, le Cameroun n’ayant joué aucun rôle significatif en termes de
médiation internationale ou de facilitation, même si nos forces sont
présentes sur plusieurs théâtres dans le cadre d’opérations de maintien
de la paix.

Il faut dire quelques mots du corpus théorique mobilisé dans le cadre
de cet ouvrage. Nous considérons l’ordre international comme une
structure politique, c’est-à-dire est un ensemble de règles de jeu
destinées à codifier la compétition entre les acteurs internationaux.
Mais à la différence des autres jeux (par exemple le jeu d’échecs), la
politique internationale est une affaire sérieuse : elle a trait à la vie des
États, à l’engagement de la guerre ; elle comporte des aspects de
sécurité intérieure, et vise en principe le bien-être des populations. La
compétition hégémonique entre les acteurs internationaux est donc
régulée, soumise à un ensemble de règles qui canalisent le
comportement des acteurs. Les règles du jeu conseillent certaines
lignes de conduite comme étant plus efficaces : on parlerait dans ce
5cas de « règles pragmatiques ». D’autres règles expriment des valeurs
élémentaires, reconnues publiquement, comme l’honnêteté, la
coopération pacifique, l’interdiction des guerres d’agression, ou le
respect de la souveraineté des États. Ainsi donc, « la politique (dans
l’ordre international) possède un visage public (les règles normatives)
6et une sagesse privée (les règles pragmatiques)  » . Les premières ne
prescrivent pas de type particulier d’action, mais délimitent le champ

5 F. G. Bailey, Les règles du jeu politique, PUF 1971 p. 15
6 Ibid. 17
12
des actions possibles, ce sont des lignes très générales de conduite :
« on s’en sert pour juger des actions particulières selon des critères
moraux. Celles-ci conseillent les tactiques et les manœuvres qui seront
7probablement les plus efficaces. » . Les règles pragmatiques en
revanche sont des constatations qui ne visent pas à juger telle ligne
particulière de conduite (juste ou d’injuste) : elles indiquent si celle-ci
sera ou non efficace. Elles fonctionnent dans le cadre des règles
définies par les règles du jeu. Le type des stratégies mobilisées dans le
cadre de la compétition internationale va dépendre des ressources
stratégiques des acteurs, en termes économiques militaire ou
diplomatique. Mais la structure du jeu dépendra aussi de la capacité
des acteurs à prévoir les évolutions prévisibles des situations, d’où
l’importance des ressources de renseignement et d’intelligence.

Mais la stratégie dépend également de l’environnement des structures
politiques, les États et les organisations internationales, mais aussi les
acteurs non étatiques. Pour J.-G. Bailey, les structures politiques sont
« un ensemble de règles concernant le comportement. Ces règles
énumèrent les droits et les devoirs de rôles précis. Elles disent ce
qu’on attend d’un roi, d’un sujet, d’un juge, d’un électeur, d’un leader
8d’un parti. » Parmi ces règles figurent celles relatives à la manière
dont la compétition doit se dérouler : on bannit les tactiques
malhonnêtes et déloyales, et elles autorisent l’utilisation de règles
9normatives telles qu’elles ont été définies ci-dessus . Ainsi la
compétition pour la domination dans le domaine des missiles
balistiques peut se dérouler, sans que les acteurs en arrivent à
l’escalade. Des confrontations peuvent opposer les acteurs autour
d’enjeux critiques comme le contrôle du cyberespace sans qu’elles
débouchent sur des agressions ou des incidents militaires. Les
interventions des super puissances proches des théâtres occupés par
les uns ou les autres font l’objet d’un échange d’informations. Ces
règles permettent aussi aux acteurs de coordonner leurs actions, et de
coopérer de manière plus ou moins collusive lorsque l’équilibre du
système international se transforme, par exemple en se dégradant.
Cela peut résulter de l’irruption d’acteurs non étatiques déviants
comme les organisations terroristes, ou de collusions entre des

7 Ibid p. 18.
8 Ibid p. 23.
9 Ibid p. 34.
13
puissances émergentes marginalisées par les super puissances. Il en
résulte que la compétition pour l’hégémonie au sein de l’ordre global
comporte de manière plus ou moins simultanée, des composantes
conflictuelles et des composantes collusives.

Cette approche conduit cependant à mettre en évidence un certain
nombre de biais. D’une part, des acteurs non étatiques et des
organisations terroristes n’ont pas forcément intérêt à l’observance des
règles d’un jeu international qu’elles veulent détruire. D’autre part, il
peut exister des collusions entre les acteurs étatiques et les
organisations non conventionnelles comme les organisations
terroristes ; ces collusions « illicites » structurent également le jeu : il
n’est ainsi pas possible de comprendre les dynamiques politiques
proche et moyen-orientales sans analyser les relations de l’Iran et des
milices chiites opérant au sein des pays sunnites de la région ou en
Palestine. Par ailleurs, la stabilité du système stratégique global n’est
pas seulement le fait de la dissuasion, ou de l’adhésion pragmatique
des acteurs internationaux à la nécessité d’une coopération pacifique.
La stabilité résulte aussi de la dynamique contrôlée de l’escalade, au
cours de laquelle les pays peuvent réaliser des percées technologiques,
et conquérir des positions hégémoniques sur des sites de la
compétition (économie, technologie de l’information et de la
communication, armement). Enfin, le jeu compétitif dépend de la
situation physique des rapports entre les acteurs, notamment au plan
militaire : l’interaction stratégique dépend de la situation de la
compétition militaire, économique ou en matière d’information. Ainsi,
la structure politique agit sur l’environnement et en retour
l’environnement impacte la structure. Mais la structure politique doit
toujours parvenir à un équilibre avec les autres structures sociales. De
fait, « comprendre un système politique, c’est construire des
hypothèses vérifiables concernant la dépendance réciproque de la
10structure politique et de son environnement.  » Il en est ainsi
particulièrement du système des interactions en vue de l’hégémonie au
sein de l’ordre global actuel, lequel est fondamentalement
polycentrique. Un seul acteur ne peut orienter le sens de la
compétition. Une seule ressource stratégique est insuffisante pour
assurer le succès d’une entreprise de puissance. Les acteurs, étatiques

10 Ibid p. 31.
14
et non étatiques articulent un spectre plus ou moins large de
ressources, pour parvenir au succès.

Construire l’État développementaliste capable implique une mise en
ordre des enjeux domestiques. Cela suppose aussi de définir une
posture face au monde, avant de mettre en forme la stratégie la mieux
indiquée pour faire face aux enjeux du nouvel ordre global
multipolaire.
































15












































SOUVERAINETÉ NATIONALE ET
HÉGÉMONIE DU PRÉCARRÉ



Comme ses homologues africains francophones, le Cameroun ne
dispose pas depuis son indépendance de la capacité de déployer une
stratégie de puissance, adossée à une politique étrangère autonome.
Cela tient au fait que ces pays se sont trouvés arrimés à un
systèmemonde inédit, où leur sont assignées des tâches spécifiques par
l’ancienne puissance coloniale. La France et les colonies désormais
indépendantes sont les acteurs d’un système-monde au sens où
l’entend Wallerstein. Cet auteur a repris le concept d’économie-monde
11élaboré par Fernand Braudel , pour l’innover en lui substituant le
concept de système-monde. Un système-monde désigne « une vaste
unité sociospatiale résultant de l’organisation, plus ou moins
durable… de relations complexes (à la fois économiques, politiques et
12culturelles) entre une multiplicité d’unités différentes » Wallerstein
distingue les « mini-systèmes », les « empires-monde » et les
« économies-monde. » Un empire-monde est politiquement unifié, et
selon Bihr, il « résulte de l’intégration et de la subordination des
différentes unités qui le composent dans et par une même structure
impériale, un même pouvoir d’État, aux lourds et puissants appareils
13militaire, fiscal, administratif. » L’unification politique se double
d’une « uniformisation culturelle » sous l’effet par exemple d’une
religion largement diffusée, d’une langue. C’est le cas de la Chine, de
l’Inde de la Perse ou de l’Empire ottoman qui toléraient néanmoins

11 J. Adda, « Braudel, Wallerstein et le système d’économie-monde », Alternatives
erÉconomiques n°143, 1 décembre 1996.
12 Birh A., « Immanuel Wallerstein, Comprendre le monde. Introduction à l’analyse
des systèmes-monde », Revue  ? Interrogations  ? n°7 Le corps performant, décembre
2008 (en ligne)
http///www.revue-interrogation.org/immanuel-WallersteinComprendre-le (Consulté le 17 juin 2019), p.1.
13 Ibid.
17
l’existence en leur sein de minorités culturelles. Une
« économiemonde » est, à l’inverse d’un « empire-monde » non unifiée
politiquement, mais fragmentée en des pouvoirs autonomes se livrant
parfois entre eux, des guerres de domination. Au plan culturel, une
« économie-monde » est aussi fragmentée, du fait de la présence de
plusieurs langues ou religions. L’unification marchande favorise une
certaine uniformisation culturelle, à l’origine d’une « géoculture ».
L’unification de l’« économie-monde » opère donc par l’économie, ce
qui passe par l’intensification des relations marchandes entre les
unités composant l’ensemble, mais aussi la division du travail entre
ces composantes. Selon Wallerstein, cette division du travail rend les
composantes de l’ensemble dépendantes les unes les autres.
L’économie-monde moderne se singularise par sa tendance expansive
et capitaliste : « la réussite historique de l’économie-monde moderne
tient fondamentalement à son caractère capitaliste, à sa nature et sa
tendance expansive, qui lui permettent d’entretenir, de renouveler et
de renforcer sans cesse le principe même de sa cohésion interne, la
14division du travail qui la structure. » Cette économie-monde se
structure autour d’une opposition entre centre et périphérie : « les
États centraux seront ceux dans lesquels tendront à se concentrer les
procès de production centraux (monopolistiques ou oligopolistiques) ;
tandis que les États périphériques seront ceux entre lesquels se
15disperseront les procès de production concurrentiels. » Entre les
États centraux et les États périphériques coexistent des États
semipériphériques où l’on retrouve dans des proportions variables des
« procès centraux » et des « procès périphériques » ; ces États sont
contraints de déployer des efforts importants afin de se maintenir dans
la compétition ; on retrouve parmi eux des États centraux en déclin ou
d’anciens territoires périphériques « en voie ascendante dans la
16hiérarchie mondiale. » Wallerstein montre enfin selon quels
principes opère la coexistence entre les États au sein de
l’économiemonde. C’est d’abord le « principe d’équilibre des puissances. » Ainsi
aucun État central ne peut à lui tout seul transformer
« l’économiemonde » en un « empire-monde », car une coalition d’États centraux
plus faibles est toujours possible pour l’empêcher ; la seule possibilité
pour un tel État est de tenter d’obtenir une position hégémonique au

14 Bihr, A. op.cit.
15 Ibid.
16 Ibid.
18
sein de cet équilibre de puissances. Le second principe est ensuite la
prédominance hégémonique. La conquête d’une position
hégémonique au sein d’un système de puissances peut s’imposer à la
suite d’une guerre mondiale. L’ordonnancement du système monde
capitaliste s’effectue à travers des pressions d’ordre divers des États
faibles sur les États forts, les États coloniaux ou décolonisés étant les
archétypes d’États faibles, dont les capacités institutionnelles sont
inexistantes. Ces pressions sont de divers ordres, et il faut les
présenter ici pour comprendre la démonstration qui va suivre. Ce sont
d’abord des pressions politiques explicites, aux termes desquelles les
États forts influencent les faibles afin « qu’ils mettent, et gardent au
17pouvoir des dirigeants qui leur conviennent. » Les pressions exercées
sont aussi d’ordre culturel et intellectuel : « Les États forts font
pression sur les États faibles afin qu’ils acceptent des pratiques
culturelles (politique linguistique, modèle éducatif, y compris les
universités où peuvent être envoyés les étudiants, distribution des
médias) qui renforcent, à long terme, les rapports qu’ils
18entretiennent. » Ces pressions sont également militaires et
diplomatiques, puisque l’objectif ultime est d’assurer l’hégémonie
dans les affaires globales : « Les États forts font pression également
sur les États faibles afin qu’ils s’alignent sur leurs politiques
internationales (traités et organisations multilatéraux). Alors qu’ils
peuvent soudoyer les dirigeants des États faibles, les États faibles,
eux, achètent la protection d’États forts en négociant des flux de
19capitaux. » La décolonisation inscrit donc les nouveaux États
indépendants dans l’orbite de puissance des États forts, auxquels sont
assignées des activités spécifiques dans le cadre de la division du
travail qui s’opère.

Lorsque le Cameroun et les États d’Afrique subsaharienne
francophones deviennent indépendants, l’objectif pour l’ancienne
puissance coloniale est, derrière le référentiel de la « coopération »,
d’assurer la continuité de la relation antérieure. C’est la raison pour
laquelle se met en place en France un appareil politico-administratif
inédit, chargé de gouverner la dépendance : le secrétariat général pour

17 I. Wallerstein, Comprendre le monde. Introduction à l’analyse des
systèmesmonde, Paris, La découverte, 2004, p.91 et suivantes.
18 Ibid.
19 Ibid.
19
20les Affaires africaines et malgaches . Comme l’écrit à juste titre J. F.
Médard, « ce système a débouché sur la constitution d’un véritable
ensemble franco-africain de nature largement informelle, qui a perduré
21jusqu’à nos jours et qui n’en finit pas de disparaître. » La
« françafrique » a mauvaise presse, elle a été décrite et demeure
largement perçue comme l’ensemble des dispositifs destinés à garantir
la stabilité de la relation de la France aux anciennes dépendances de
son empire. Décriée, souvent présentée comme la cause principale des
22maux qui minent les États africains , la Françafrique est définie
comme « le système politique et institutionnel ainsi que l’ensemble
des réseaux qui permettent à la France de garder la mainmise sur ses
anciennes colonies, afin de garantir son accès aux matières premières
23et de conserver sa puissance sur l’échiquier international. » On est en
présence d’une véritable politique africaine de la France, composante
d’un projet hégémonique rendu nécessaire par le processus inéluctable
de la colonisation. Il s’agit de garantir l’accès de la France aux
ressources minières stratégiques et aux cultures de rente, tout en
assurant aux entreprises françaises des débouchés sur le vaste marché
africain. Mais la France a aussi besoin de ces États « affidés » pour
assurer sa stature internationale, notamment au sein de l’Organisation
des Nations unies, tout en veillant scrupuleusement à ce que l’Afrique
ne bascule pas dans le bloc soviétique au plus fort de la guerre froide.
Il s’agit bien d’un empire-monde où le centre poursuit des objectifs
hégémoniques propres, en assignant aux périphéries des tâches
propres, dans le cadre d’une véritable division du travail. L’unification
politique est garantie par la puissance subtile des appareils
administratifs et sécuritaires qui se mettent en place, sécrétant la
volonté hégémonique à travers une multitude de canaux, parfaitement
ordonnancés de Paris jusqu’aux capitales africaines. Pour P. Biarnès,
ces appareils complexes et à la redoutable efficacité doivent
« consolider le pouvoir des dirigeants qui jouaient loyalement le jeu de

20 F. Turpin, « Jacques Foccart et le secrétariat général pour les Affaires africaines et
malgaches », Histoire@Politique, 2009/2 n°8 page 85.
21 J.-F Médard, « « La politique est au bout du réseau ». Questions sur la méthode
Foccart », Les Cahiers du Centre de Recherches Historiques, 30/2002, 4.
22 F.-X Verschave, La Françafrique, Paris, Stock 1998 ; F.-X Verschave, Noir
silence, Paris, les Arènes 2000 ; F.-X Verschave, Noir Chirac, Paris, Les Arènes
2002. S. Smith, A. Glaser, Ces mesieurs Afriques. Le Paris-Village du continent
noir, Paris, Calman-Lévy, 1992.
23 Survie, « La Françafrique, le plus long scandale de la République », Survie, 12
juillet 2016.
20
l’amitié franco-africaine, et faire sentir le mors à ceux qui regardaient
un peu trop dans d’autres directions ; contrer en même temps les
visées des puissances concurrentes dès qu’elles étaient jugées
24menaçantes » . Les autres instruments de l’homogénéisation de
l’espace françafricain sont connus et ils empêchent toute action
souveraine réelle à l’extérieur : la coopération sécuritaire, la
coopération monétaire, l’aide publique au développement.

Coopération sécuritaire au service de la puissance
hégémonique du « dehors »

Les indépendances des États africains francophones se sont
accompagnées de la promotion d’un référentiel spécifique de la
coproduction sécuritaire. Tout ce qui relève de la sécurité, de la
défense, et du développement est relié. Il existe un double continuum
entre sécurité et défense d’un côté, sécurité et développement de
l’autre. La présence militaire doit assurer la vocation française à
demeurer une puissance, tout en opérant comme un outil de dissuasion
en face des acteurs du bloc de l’Est, et des acteurs locaux tentés
d’inverser les alliances géopolitiques. Il ne s’agit pas seulement
d’accompagner l’émergence d’armées nationales au sein de pays
nouvellement indépendants, mais aussi de garantir la stabilité de
l’ordre politique local en empêchant le renversement des pouvoirs
institués. Les leviers de cette politique sont : d’abord les accords de
coopération militaire et de défense par lesquels la France accorde une
assistance technique dans le domaine sécuritaire aux États africains.
Ensuite, la présence de bases militaires et les opérations extérieures,
dont la durée, se sont allongées à mesure que la « lutte contre le
terrorisme » est devenue une nouvelle composante du référentiel de la
coopération franco-africaine. Ce sont aussi les livraisons de matériels
militaires et de sécurité, et enfin les interventions militaires officielles
et officieuses, qui opèrent parfois sous mandat dans un cadre
multilatéral. Le lien entre la coopération sécuritaire et les objectifs de
puissance hégémonique du « centre » transparaît de manière topique
dans la guerre menée par la France contre les nationalistes
camerounais à partir de 1960. Il s’est agi de consolider le pouvoir du

24 P. Biarnès, Les Français en Afrique noire de Richelieu à Mitterand, Paris,
Armand Colin, 1987.
21
premier président de la République, en éliminant les leaders et les
militants de l’Union des populations du Cameroun, organisation
perçue par la France comme un obstacle à l’implémentation de son
25projet hégémonique . C’est une relation évolutive, mais qui
structurellement, perdure à ce jour. Le redéploiement des forces
françaises positionnées en Afrique s’est ainsi traduit par la
renégociation des accords de défense la liant à ses anciennes colonies,
ainsi que par un repositionnement stratégique du fait de « la prise de
26responsabilité croissante des partenaires africains » . De plus en plus
d’États africains ont remis en cause « l’architecture issue de
l’indépendance » en demandant par exemple comme à Madagascar en
1973 ou au Sénégal de réduire la présence militaire française. Mais
des bases militaires françaises sont toujours présentes sur le continent.
Des structures de coopération militaire régionale se sont mises en
place, comme la Force africaine en attente créée en 2002 au sein de
l’Union africaine pour prévenir et gérer les crises régionales. La Force
africaine en attente et composée d’autant d’États majors permanents et
de brigades régionales stationnées dans les États membres, elle est
susceptible d’être déployée avec court préavis selon des scénarii allant
de la mission politique, à la mission d’urgence de haute intensité.
Chaque brigade est gérée par une organisation sous régionale. Cette
organisation militaire régionale oblige Paris à reconsidérer sa présence
militaire. Par ailleurs, le recours aux clauses d’assistance mutuelle des
accords de défense est devenu moins fréquent, le Cameroun les ayant
cependant activées dans le cadre de l’opération ARAMIS en 1996 lors
du différend qui l’opposa au Nigéria à propos de la presqu’île de
Bakassi.

Cette aspiration à l’autonomie des pays africains ne modifie pas la
nature de la présence militaire française. Face à ce nouveau contexte,
caractérisé aussi par la diversification des partenariats en matière de
défense, la France va repenser la relation militaire franco-africaine. La

25 Deltombe T, Domergue M, J. Tatsita J, Kamerun  ! Une guerre cahée aux origines
de la françafrique, Paris, La Découverte, 2011.
26 Assemblée Nationale, Avis présenté au nom de la Commission de la défense et des
forces Armées sur le projet de loi n°3194 Adopté par le Sénat autorisant
l’approbation de l’accord entre le Gouvernement de la République française et le
Gouvernement de la République du Cameroun instituant un partenariat de défense,
N°3289, p 9.
22
France a défini un arc de crise « partant de la côte nord-atlantique de
l’Afrique à l’océan indien (…) Pour beaucoup, il conviendrait
aujourd’hui d’ajuster sa définition en le recentrant davantage sur la
partie nord de l’Afrique, pour y inclure explicitement le Sahel, y
compris sa bande sud, dont les pays tels que le Cameroun sont
27mitoyens  » . L’objectif est de faire face aux menaces qui ont leur
origine dans cet arc : prises d’otages, attentats, porosité des frontières,
absence du contrôle de la circulation des armes légères, trafics de
drogue, radicalisme religieux, corruption, piraterie maritime,
instabilités politiques. Le G5 Sahel destiné à combattre le djihadisme
au sahel procure à Paris une nouvelle opportunité en Afrique. La
France travaille aussi à la consolidation de sa présence militaire,
compte tenu des positionnements opérés par d’autres acteurs
notamment les États-Unis. Les Américains ont structuré des
opérations au sein de l’AFRICOM dès 2008, et cet appareil exerce un
attrait certain sur les États africains. Paris est concurrencée par la
Russie, qui aspire à reprendre pied sur le continent africain, comme
nous le démontrerons. La Chine a quant à elle établi une coopération
militaire affirmée avec plusieurs pays qu’elle soutient au plan
capacitaire et de la formation. Pékin a favorisé l’émergence d’une
quasi-industrie de la défense dans des pays comme le Soudan, le
28Zimbabwe, l’Ouganda, le Mali ou la Tanzanie . La Chine assure par
ailleurs la formation du personnel militaire angolais, Ivoirien,
Érythréen, Malgache, Guinéen, Tanzanien et Zimbabwéen. L’Union
européenne est un autre acteur qui mène des actions de formation et
des missions opérationnelles.

Le partenariat de défense entre le Cameroun et la France vise, selon la
doctrine officielle, à « concevoir des relations de coopération de
défense moderne en tenant compte de la multiplication des acteurs
29présents dans ce pays » . La France déplore en effet la concurrence
qui lui est faite par d’autres pays et notamment par l’État d’Israël avec
lequel existe un partenariat stratégique en matière de sécurité : « la
France entretient des relations suivies avec le Cameroun dans le
domaine de l’armement. À la mi 2006, le Cameroun a demandé à
notre pays de l’aider à rééquiper et à moderniser ses forces armées. Un

27 page 13.
28 page 15.
29 page 19.
23
projet d’offre global a été soumis aux autorités camerounaises un an
après. À ce jour, aucune décision d’achat ne semble avoir été prise.
Pour autant, le Cameroun, dont les ressources en pétrole assurent des
revenus substantiels, a commandé des matériels à d’autres pays tels
30Israël » . Vivant de manière hostile la stratégie camerounaise de
diversification de ses partenariats militaires, Paris défend la nécessité
d’innover dans cette relation sécuritaire compte tenu des spécificités
de l’environnement régional. L’objectif de la France à travers ce
partenariat est de développer les forces camerounaises en les
réarticulant sur le plan régional. La coopération consiste, selon
l’article 4 de l’accord, en actions d’échange d’informations
pour «  faire face à des menaces d’origine nationale comme
régionales ; la formation et le soutien des forces ainsi que leur conseil ;
l’organisation de transits, de stationnement temporaire et d’escales
aériennes et maritimes. Le partenariat n’exclut pas des interventions
puisqu’il autorise toute autre activité dans le domaine de la défense et
en fonction de leurs intérêts mutuels. »

Sur le plan de la coopération policière, le service de coopération
technique international de la police s’est avéré un redoutable
instrument de maillage sécuritaire au sein du précarré. Le Service de
sécurité extérieure de la Communauté préfigure le SCTIP. Il est
institué par décision du général de Gaulle le 14 mai 1959, avec pour
mission d’exercer la surveillance des frontières et procéder à la
recherche et à la répression des atteintes à la sécurité extérieure de la
Communauté. Doté d’une structure centrale basée à Paris, il comprend
dans les colonies un maillage des sûretés coloniales qui dépend des
inspections générales des services de police. Il est rattaché à l’État
major général de défense et se trouve placé sous la supervision
politique de Jacques Foccart et Constantin Melnik chargés du
renseignement au cabinet du Premier ministre. Avec l’accession des
anciennes colonies à l’indépendance, les attributions du service se
transforment et vont être directement axées sur la contre-ingérence en
Afrique « c’est-à-dire procéder, au titre de la coopération bilatérale, à
la coordination des missions de police des gouvernements amis de la
31France dans le cadre d’une sécurité franco-africaine commune. »

30 Ibid.
31 SFHP, « 1961 : La naissance du SCTIP »,

http://www.sfhp.fr/index.php?post/2011/11/17/1961-%3A-LA-NAISSANCE-DUSCTIP.
24
Instituant une forme de dédoublement structurel avec les postes de
liaison et de renseignement (PLR) du SDECE, le SSEC est finalement
transformé en un Service de coopération technique internationale de la
police par décret du 14 décembre 1961. Cet appareil va s’avérer un
puissant instrument de surveillance policière des territoires
anciennement colonisés, et de redoutables instruments de protection
des ordres gouvernants installés à la tête des jeunes États. Il se
constitue ainsi de puissants réseaux de contre-ingérence qui vont
s’avérer particulièrement efficaces dans la neutralisation des menées
dites subversives prêtées aux opposants politiques, mais aussi aux
acteurs du bloc soviétique. Sous couvert d’une rhétorique de la
coopération et du développement des capacités sécuritaires, on assiste
au perfectionnement de dispositifs de contrôle de la vie politique
locale, les intérêts des pouvoirs africains rejoignant largement ceux de
Paris, qui opère comme le véritable centre de gravité de la politique
32sécuritaire françafricaine . La France dispose ainsi, y compris à ce
33jour « d’importants moyens de renseignement et d’influence. » Ce
maillage est doublé par un second, celui des services d’intelligence
strictement militaires. Il y a bien sûr le SDECE qui dans la tradition du
BCRA coordonne l’activité des PLR, mais aussi, et surtout les
composantes en réseaux du 2e bureau, qui va, quant à lui, s’avérer un
service de renseignement strictement militaire. Ainsi, « le 2e bureau
reprend sa pleine mesure dans la communauté du renseignement
français, à côté du SDCE (.). Il s’agit moins avec le 2e bureau de
“renseignement militaire” auquel le 2e bureau en Afrique a toujours
34refusé de se limiter, mais de “renseignement de militaires.” » Le
Cameroun a été plus que le « terrain d’actions privilégiées » des
services d’État en compétition pour la conquête de la puissance
hégémonique. Il a été le lieu du déploiement d’un projet politique
global de consolidation hégémonique de la puissance d’un centre au
sein de l’empire-monde françafricain. Ce fut le lieu de l’exercice

32 Sénat, « Bilan d’activité du service de coopération technique international de
police », Question écrite n°18344 de M. Charles Ginesy (Alpes-Maritimes RPR), JO
Sénat du 7 novembre 1991, p. 2455.S. Laurent (Dir), Les espions français parlent,
Paris, Nouveau monde éditions, 2011.
33 Ibid.
34 e J.-B Bat, « Le 2 bureau en Afrique équatoriale française à l’heure de la
décolonisation », Revue historique des Armée, 273/2014, p.8 ; S. Laurent, Politique
de l’ombre, État, renseignement et surveillance en France, Paris, Fayard 2009,
p,606.
25
d’une violence extrême ayant conduit à une guerre dont l’existence a
longtemps été dissimulée, et dont on commence seulement à découvrir
les horreurs : la guerre du Cameroun. Ce processus de domination
empêche l’émergence d’une politique étrangère endogène, et favorise
le maintien d’élites prédatrices à la tête des États, et la perpétuation de
35politiques extractives . L’absence de transparence et le
fonctionnement en réseaux fermés caractérisent toujours ces relations
qui se développent en dehors du regard et du contrôle des peuples. Les
anciennes colonies expriment parfois des velléités d’autonomie. Mais
36les acteurs du « centre » s’adaptent , pour assurer le maintien de leur
position hégémonique. On en trouve une démonstration dans le
domaine de la coopération monétaire.

La coopération monétaire

La monnaie est un instrument supplémentaire de structuration de
l’économie-monde françafricaine. C’est en 1939 qu’est constituée la
zone Franc. L’objectif est de « constituer un “trésor de guerre” et
d’anticiper l’instabilité consécutive à toute situation conflictuelle
37mondiale. » À la fin de la guerre est créé le franc CFA (Franc des
colonies françaises d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale) et le
Franc CFP (Franc des colonies françaises du Pacifique). Pour
perpétuer le lien de dépendance des anciennes colonies vis-à-vis de
Paris, ces instruments monétaires sont maintenus, tout en opérant des
modifications purement symboliques tenant compte de la situation
juridique nouvelle des anciennes colonies, désormais des États
indépendants : le franc CFA devient le « Franc de la Communauté
financière africaine de l’ouest » pour l’Afrique de l’Ouest, et le
« Franc de Coopération financière en Afrique Centrale. » Ce
mécanisme de coopération monétaire entre les États membres de cette
zone Franc et la France, a fait l’objet d’une convention le
23 novembre 1972 en ce qui concerne la Banque des États d’Afrique

35 D. Acemoglu J. A. Robinson, Propriété Puissance et Pauvreté. Pourquoi certains
pays réussissent mieux que d’autres, Genève Markus Haller 2015 (Traduction
française) ; D. Acemoglu, J.A. Robinson, The Origins of Power, Prosperity and
Poverty, London, Profile Books 2013.
36 Lire. A. Glaser, T. Hofnung, Nos Chers espions en Afrique, Paris, Fayard 2018.
37 S. Bouamama, « Le Franc CFA, une monnaie coloniale, servile et prédatrice »,
Médiapart, 20 juillet 2018.
26
centrale (BEAC). Cette coopération repose sur un mécanisme de
garantie illimitée donnée par la France à la monnaie « émise » par la
BEAC, et sur l’obligation pour la partie africaine de déposer « auprès
du Trésor français tout ou partie des réserves de change des États
membres. » (Article 2) En vertu de l’article 7 de la convention, la
France participe à la gestion et au contrôle de la BEAC « en
contrepartie de la garantie qu’elle apporte à sa monnaie. » Cette
convention formalise donc le système de change des États
indépendants de la zone. Initialement, ce système se singularise par
trois traits : d’abord, le taux de change entre la France et les États de la
zone était fixé de l’extérieur. Le taux applicable était défini par le taux
de change du franc français. Ensuite, dans le but de garantir la fixité
du taux de change et la libre convertibilité, les États de la zone
s’obligeaient à « détenir leurs réserves monétaires en franc, et la
France garantissait la valeur des monnaies africaines par rapport au
38franc. » Le compte des opérations était le moyen de cette
centralisation des réserves de change. La politique monétaire est donc
définie par la France, et en pratique pilotée par elle, même si le
discours officiel vante un certain co-pilotage. La préférence
commerciale est un autre trait de ce système, en lien avec l’objectif
hégémonique de l’ancienne métropole, les importations en provenance
d’États tiers étant contingentées. Mais les réserves de monnaie de la
France vont croître entre 1958 et 1967, conduisant à l’instauration
d’une liberté de change avec les pays tiers, transformant l’essence
même de la zone : « il apparaît alors que la zone Franc n’était pas
fondamentalement une zone de libre convertibilité protégée de
l’extérieur, mis une zone de coopération entre la France et les pays qui
39lui sont liés par une convention de compte d’opérations. »
Moyennant leurs importations et les flux provenant de l’aide au
développement, les États de la zone francs vont cependant diversifier
leurs relations commerciales ; mais les relations monétaires vont rester
figées avec la France. Dans ce cadre, les exportations vont continuer
de se faire au détriment de l’accumulation nécessaire d’une masse
monétaire endogène, celle qui pouvait servir de levier à des politiques
économiques véritablement autonomes et dédiées au développement.


38 P. Guillaumat, S. Guillaumont, « Avantages et inconvénients de la zone franc »,
Le monde diplomatique, mai 1974, p.16-17.
39 Ibid.
27
Les accords de 1972 ont maintenu le compte d’opérations. Mais la
centralisation des avoirs extérieurs est assouplie puisque ceux de la
BEAC peuvent être détenus dans la limite de 20 % en devises autres
que le franc français, ceux de la BCEAO (Banque centrale des États
de l’Afrique de l’Ouest) pouvant l’être dans la limite de 35 %. L’enjeu
principal pour les États africains, de pouvoir initier des politiques
économiques en actionnant le levier monétaire, les banques centrales
étant capables de faire des avances aux États tout en accordant des
réescomptes de crédits à moyen terme. La création de l’euro en 1999
va accentuer la situation de dépendance des États de la zone vis-à-vis
du leadership économique français. : l’arrimage du CFA à l’euro, une
monnaie forte conduit à l’augmentation du coût des produits locaux
par rapport à ceux produits hors de la zone Franc ; en outre, les
exportations s’effondrent, d’où des balances de paiement
structurellement déficitaires. La monnaie est un solide instrument de
contrôle des périphéries par un centre politique, au service de
l’hégémonie duquel l’essentiel des ressources sont orientées. Sans
monnaie, aucune stratégie endogène d’accumulation des richesses n’a
été possible. L’absence de politique monétaire autonome contrarie
toute ambition de puissance. Cette monnaie unique, artificiellement
adossée à la banque centrale européenne et à une ère géographique et
sociologique différente, est bien un instrument de contrôle politique et
de domination. Cela permet de comprendre les résistances des
bienpensants monétaristes face aux aspirations de la jeunesse africaine à la
sortie du franc CFA. K. Nabukpo ne dit pas autre chose lorsqu’il
écrit : « On comprend mieux dès lors les ressorts de la servitude
volontaire en cours au sein de la zone Franc : comme dans le régime
féodal, elle conduit d’abord les dirigeants africains à payer le
“seigneuriage” au Trésor français via le compte d’opérations, puis à
réclamer la protection de la France contre les conséquences de cet
arrangement institutionnel d’un autre temps, à savoir la perpétuation
de la prédation des élites politiques et économiques, l’accroissement
40de la pauvreté des populations et la montée des insécurités. » Cette
situation est aggravée par le fait que cette monnaie ne sert pas les
objectifs du développement de l’Afrique francophone, et qu’elle a des
effets économiques qui démentent même de façon radicale, les
objectifs qui sous-tendent l’existence de la zone CFA. Après le

40 K. Nabukpo, L’urgence africaine. Changeons de modèle de croissance  ! Paris,
Odile Jacob 2019, p. 151.
28
41regretté professeur Tchundjang Pouemi , K. Nabukpo met bien en
évidence l’illogisme économique de cette monnaie, si l’on considère
que le fonctionnement monétaire repose sur le postulat éthique de
l’utilité de la monnaie pour le bien des acteurs économiques : « Cette
servitude volontaire aurait pu être le prix à payer pour obtenir une
croissance forte et inclusive. Malheureusement, il n’en est rien et force
est de constater qu’à l’heure actuelle, il n’y a pas d’impact positif des
politiques macroéconomiques sur la vie des populations au sein des
42pays africains de la zone franc. » Sans politique monétaire
autonome, ni d’ailleurs de politique budgétaire réaliste, le
développement est-il possible ?

Les outils d’aide publique au développement

Les outils français de financement du développement ont pour
vocation d’assurer la permanence des relations privilégiées entre la
France et ses anciennes colonies. L’institution phare chargée du
déploiement de cette stratégie est l’Agence française de
développement, lointain parent de la Caisse centrale de la France libre
qui a vu le jour à Londres en 1941 pendant la Seconde Guerre
mondiale. Elle se transforme ensuite une Caisse centrale de la France
d’outre-mer, puis, à partir de 1960, en Caisse centrale de coopération
économique. Elle devient ensuite la Caisse française de
développement, puis l’Agence française de développement. Selon
Jean-Pierre Listre, « l’AFD demeure, avant tout, un opérateur pour le
43compte de l’État. » Selon le comité pour l’annulation de la dette du
tiers monde pour 2015 (CADTM), le stock de la dette extérieure des
pays d’Afrique subsaharienne avait été en 2012 de 331 milliards de
dollars, dont 200 milliards de dollars de dette publique liée à l’aide
publique au développement. Le service de la dette est un poste
significatif des budgets nationaux, auxquels il faut ajouter une
« hémorragie » générée par les « flux de rapatriement » des profits des
multinationales, parfaitement capables d’éluder la fiscalité des pays

41 J. Tchundjang Pouemi, Monnaie, servitude et liberté. La répression monétaire de
l’Afrique, Menaibuc Editions, 2000.
42 K. Nabukpo, prec cit p.155.
43 J.-P. Listre, « François Pacquement. Histoire de l’Agence française de
développement en Côte d’Ivoire », Afrique contemporaine 2015/4 n°256, 151-154.
29