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Le Laos contemporain

De
464 pages
Voici une analyse du positionnement géopolitique du Laos, de ses relations avec les grandes puissances, avec ses partenaires de l'ASEAN, ainsi que de sa position d'équilibre à maintenir vis-à-vis du Vietnam et de la Chine. Comment le Laos va-t-il prendre en main sa destinée ? La coexistence d'une économie de capitalisme d'État et d'un système politique particulièrement rigide est-elle viable à long terme ? Quelle place auront les Laotiens de la diaspora pour participer à la modernisation du pays ? Quelles sont les urgences lao ? Où va le Laos ?
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LE LAOS CONTEMPORAIN Kham Vorapheth
Parcours et perspectives d’une nation
Autrefois connu sous le nom du royaume de Lane Xang, le Laos est souvent appelé
« pays oublié » pendant les deux guerres d’Indochine. Il est devenu une République
démocratique populaire depuis le 2 décembre 1975 et se relève lentement des
différentes guerres (coloniale et civile) du siècle dernier, qui ont considérablement
freiné son développement culturel et économique. Membre de l’ASEAN depuis
1997 et de l’OMC depuis février 2013, le Laos assume aujourd’hui son rôle actif
de partenaire dans la communauté régionale. Pays enclavé, il devient le carrefour
des grands axes de communication par les « corridors » régionaux traversant LE LAOS
le pays ; il se veut être aussi la « batterie de l’ASEAN » grâce à ses nombreux
barrages hydrauliques. CONTEMPORAINTrente-huit ans après la prise de pouvoir par les communistes lao, il s’avérait
nécessaire de faire une relecture de son histoire, afn d’apprécier les réalisations
positives ou les insuffsances de ces décennies passées, pour mieux comprendre
les réalités du développement et l’édifcation de ce pays. Ce livre propose un Parcours et perspectives d’une nation
regard critique sur le parcours de l’État lao. Il explore les différentes facettes
de son histoire politique, son économie, ses politiques sociétales et culturelles
et tente de cerner cette période de transition inachevée. L’auteur procède à une
analyse du positionnement géopolitique du Laos, de ses relations avec les grandes
puissances, avec ses partenaires de l’ASEAN, ainsi que de sa position d’équilibre
à maintenir vis-à-vis du Vietnam et de la Chine.
Ce livre soulève entre autres différentes réfexions comme : Comment le Laos va-
t-il prendre en main sa destinée ? La coexistence d’une économie de capitalisme
d’État et d’un système politique particulièrement rigide est-elle viable à long
terme ? Quelle place auront les Laotiens de la diaspora pour participer à la
modernisation du pays ? Quelles sont les urgences lao ? Où va le Laos ?
Kham Vorapheth est associé chez Stratorg, cabinet de conseil de direction. Il est
également membre du conseil d’administration de la Fondation Trust Management
Institute (TMI). Ingénieur, docteur en Histoire de l’Université Paris-Diderot, il
est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’Asie et sur le Laos.
Image de couverture : Centrale hydroélectrique de Nam Theun2
46 €
ISBN : 978-2-343-01786-0
LE LAOS CONTEMPORAIN
Kham Vorapheth
Parcours et perspectives d’une nation










LE LAOS
CONTEMPORAIN


Parcours et erspectives d’une ation




QS
Kham Vorapheth








LE LAOS
CONTEMPORAIN


Parcours et erspectives d’une ation



QS


Ouvrages du même auteur


Chine, le Monde des Affaires, L’Harmattan, 1997.

Asie du Sud-Est : Art du Commerce et Culture. Les enjeux pour ga-
gner à l’international, L’Harmattan, 1998.

Commerce et Colonisation en Indochine (1860-1945) : Les maisons
de commerce françaises, un siècle d’aventure humaine, Les Indes
savantes, 2004.

Patrons, réussissez votre Chine ! L’Harmattan, 2006.

La redéfinition de la stratégie politique et économique du Laos
(1975-2006), les Indes savantes, 2007.

Forces et Fragilités de la Chine. Les incertitudes du grand Dragon,
L’Harmattan, 2009.

L’ASEAN de A à Z, L’Harmattan, 2011.








Sigles et acronymes


AEBF: Asian Europe Business Forum
AEC: Asean Economic Community
AFANL: Association Française d'Aide au Nord Laos
AFD: Agence Française pour le Développement
AFTA: Asian Free Trade Association
ANL: Armée Nationale Lao (créée en 1950 par le Royaume du Laos)
APEC : Asia Pacific Economic Cooperation
APL: Armée Populaire de Libération du Pathet Lao
APVN: Armée Populaire du Nord Vietnam
ASDSP: Association de soutien au développement des sociétés paysannes
ASEAN: Association des Nations de l’Asie du Sud-Est
ASEM: Asian Europe Economic Meeting
ATM: Automatic Teller Machine
AVSF: Agronomes et Vétérinaires Sans Frontière
BAD ou ADB: Banque Asiatique de Développement, basée à Manille.
BCEL: Banque du Commerce Extérieur du Laos
BM: Banque Mondiale
BOT: Build, Operate and Transfer
CAEM: Conseil d’Assistance Economique Mutuelle
CCL: Comité de coopération pour le Laos
CDIN: Comité de Défense des Intérêts Nationaux. Groupement civique de
jeunes, anti-communistes et rénovateurs, fondé le 10 juin 1958
CIA: Central Intelligence Agency. Services de renseignements et de
contre-espionnage américain
EAS: East Asia Summit
EDL: Électricité du Laos
ECCIL: Chambre de commerce et d’Industrie européenne du Laos
FAO: Organisation des Nations Unies contre la faim et pour le dévelop-
pement
FMI: Front Monétaire International
FNCL: Front National pour la Construction Lao
FNL: Front National de Libération du Sud-Vietnam
GMS: Greater Mekong Sub-Region
GRET: Groupe de Recherches et d'Echanges Technologiques
IDA: International Development Association
IDE: Investissement Direct Étranger
IFAD: Fonds international pour le développement de l’agriculture
IFC: International Finance Corporation
IPP: Independant Power Producer

5
JICA: Japan International Cooperation Agency
KIP: Unité monétaire du Laos
LAO ISSARA : En laotien, Laos libre. Désigne le gouvernement mis en
place en octobre 1945 à Vientiane pour résister au retour de la France au
Laos. Disparu en 1949
LFTU: Laos Federation Trade Union
LNCCI: Lao National Chamber of Commerce and Industry
LSE: Lao Securities Exchange
MRC: Mekong River Commission
MW: Mégawatt
NEO LAO ISSARA: Front du Laos libre. Mouvement créé le 13 août 1950
au Vietnam par les Vietminh et le Parti communiste indochinois pour mener
la lutte pour l’indépendance du Laos
NLHS: Néo Lao Haksat: En laotien « Front Patriotique Lao ». Mouvement
créé en janvier 1956 au lendemain de la création du Front Patriotique Viet-
namien
NME: Nouveau Mécanisme Économique
OCDE: Organisation de coopération et de développement économiques
OCS: Organisation de Coopération de Shanghai
ODA: Official Development Assistance
OMC: Organisation Mondiale du Commerce
OMD: Objectifs du Millenium de Développement
OMS: Organisation Mondiale de la Santé
ONG: Organisation Non Gouvernementale
ONU: Organisation des Nations Unies
PCI: Parti Communiste Indochinois
PCV: Partmuniste du Vietnam
PIB: Produit Intérieur Brut
PMA: Pays les Moins Avancés
PME: Petites et Moyennes Entreprises
PPC: Parti du Peuple Cambodgien
PPP: Partenariat Public Privé
PPRL: Parti Populaire Révolutionnaire Lao: Nom officiel du Parti com-
muniste lao. En lao : Phak Pasasone Pativat Lao
PL: Pathet Lao: En lao désigne le « Gouvernement de Résistance de la Pa-
trie Lao », gouvernement mis en place le 13 août 1950 pour exécuter les
décisions du Congrès du Néo Lao Issara. Plus populairement parlant, le
Pathet Lao est assimilé au Néo Lao Haksat
PNB: Produit National Brut
PNUD ou UNDP: Programme des Nations Unies pour le Développement
RDPL: République Démocratique Populaire Lao
RDVN: République Démocratique du Vietnam. Nom officiel porté par le
Nord Vietnam depuis des Accords de Genève en 1954 jusqu’en 1976

6

RSVN: République Socialiste du Vietnam
SAARC: The South Asian Association for Regional Cooperation
TPP: Partenariat Trans-Pacifique
UNESCO : Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la
culture
UNICEF: Fonds des Nations unies pour l'enfance
URSS: Union des Républiques Socialistes Soviétiques
USAID: United States Aid for International Development. Programme
d’aide du gouvernent américain, très lié aux actions politiques
UXO: Unexploded Ordnance ou engins non explosés
ZES: Zone Économique Spéciale


7


Introduction


1 Autrefois connu sous le nom du royaume de Lane Xang , le Laos est
souvent appelé « pays oublié » parce que la presse occidentale ne l’évoque
que rarement ou de manière épisodique. Déjà, sous le protectorat français, le
royaume du Laos était considéré comme un « arrière-pays de l’Indochine »
par les administrateurs de la colonie. Pays enclavé de 6,5 millions
d’habitants, il est devenu une République démocratique populaire depuis le 2
décembre 1975 et se relève lentement des différentes guerres (coloniale et
civile) du siècle dernier, qui ont considérablement freiné son développement
culturel et économique. Membre de l’Association des nations de l’Asie du
Sud-Est (ASEAN) depuis 1997, le Laos est l’État le moins peuplé (Brunei et
Singapour exceptés) de cette association, il reste l’un des pays les plus
pauvres de la région.
L’année 1975 demeurera sans doute très importante dans la mémoire
laotienne, celle du début de son histoire contemporaine. Ce fut l’année de la
rupture avec le régime monarchiste, la fin d’une guerre douloureuse et fratri-
cide pour l’unité qui aura duré trente ans, soit une génération de la popula-
tion. Le passé reste encore lourdement présent. Six fondateurs historiques du
nouveau régime sur les sept sont décédés (l’ancien président Khamtay Si-
phandone vit encore en 2013), en effet, Kaysone Phomvihane n’est décédé
qu’en 1992, Sisomphone Lovanxay en 1993, Phoumi Vongvichit en 1994,
Phoune Sipaseuth en 1994, le prince Souphanouvong en 1995 et Nouhak
Phoumsavan en 2008 ; quelques vieux dirigeants de la première génération,
principale force combattante depuis les années 1940, se sont retirés au-
jourd’hui de la vie politique, Sisavath Kéobounphan tout comme Saman
Vignaket sont encore en vie en 2013. Actuellement, les dirigeants de la deu-
xième génération et ceux de la troisième sont aux commandes de l’appareil
politique.
Pour plus de clarté, ce livre s’attache donc à sélectionner, de manière
chronologique, les événements de ces vingt dernières années de réformes.
Ainsi s’expliquent mieux l’avancée des idées, la montée de dirigeants poli-
tiques, les événements et leur contexte survenus dans la région et dans le
reste du monde. Progressivement s’éclaire alors la mutation de ce pays qui
était voilà trente-huit ans fermé, isolé, pauvre et parcouru de doutes sur lui-
même, en cet État aujourd’hui débordant de l’espoir de sortir du statut
d’appartenance aux pays les moins avancés d'ici 2020 et qui s’est engagé sur
le marché du libre-échange.

1 Pays du « Million d’éléphants », le royaume fut fondé en 1353 par le roi Fa Ngum.

9
LAOS
Pour faciliter le décryptage des faits historiques et événements récents,
ce livre propose de commencer par évoquer l’héritage précolonial et colonial
de ce pays, ainsi que les grandes étapes du XXe siècle si agitées par la guerre
anticolonialiste suivie de la guerre « d’agression impérialiste », ceci afin de
permettre au lecteur de situer et de comprendre le contexte lao
d’aujourd’hui, au moment où s’amorcent les réformes et la mutation du Laos
vers un État moderne.
Par ailleurs, pour appréhender et comprendre la situation du Laos ac-
tuelle, une connaissance fine des cercles concentriques du pouvoir (Parti,
État, organisations paraétatiques, organisations de masse, etc.) est aussi fon-
damentale que nécessaire, autrement dit, il est important d’analyser la genèse
du mouvement nationaliste, prémices du mouvement révolutionnaire lao qui
a fondé sa légitimité historique sur la formation du parti communiste laotien
conduisant à la victoire et à la prise de pouvoir total. En filigrane, il faut
aussi examiner les enjeux, les grands traits et les résultats de l’essor du déve-
loppement de ces vingt dernières années qui ont transformé le paysage de ce
pays, et enfin scruter les jeux politiques internes (côté jardin et côté cour) et
ses règles invisibles.
Les premières années de la gestion communiste furent une catastrophe
économique pour le pays, outre la politique désastreuse de la collectivisation
de l’agriculture et l’envoi des fonctionnaires, militaires, policiers, intellec-
tuels, politiciens de l’ancien régime dans les prisons et dans les camps de
rééducation, le Laos fut confronté à l’exode massif de sa population vers la
Thaïlande, les États-Unis, le Canada, l’Europe et l’Australie. Les aides fi-
nancières des pays socialistes, l’URSS en tête, commencèrent à faire défaut à
partir du milieu des années 1980. Le Laos fut obligé de réviser sa politique et
d’admettre la nécessité de la compétition et d’un certain libéralisme écono-
mique bien différent du marxisme-léninisme qu’il prônait jusqu’alors. Il
fallait bien reconnaître l’utilité d’une période de transition et d’apaisement
mais sans remettre en cause la sécurité nationale et l’idéologie communiste
d’un État à parti unique. Heureusement, la Chine montra l’exemple de
l’économie de marché socialiste sous l’autorité tutélaire de Deng Xiaoping à
partir de 1978, ce qui favorisa les réformes économiques au Laos avec les
timides programmes de réformes de collectivisation rurale dès 1979 entamés
sous l’impulsion de Kaysone Phomvihane, alors secrétaire général du parti et
premier ministre. Ce mouvement de réforme initié avant le Vietnam sera
èmevalidé à l’issue du 4 congrès du Parti populaire révolutionnaire lao
(PPRL) en 1986 avec l’adoption du « Nouveau Mécanisme Économique »,
une véritable rupture avec l’ère d’orthodoxie communiste comme l’avait fait
èmela même année le Vietnam après son 6 congrès du parti communiste qui
avait opté pour la politique du renouveau, appelée le Dôi Moi. La transition
vers l’économie de marché avait donc pris son envol au Laos, le néo-
communisme laotien se rapprochant davantage du capitalisme à la chinoise,

10
INTRODUCTION

èmeun modèle empiriste. Le 9 congrès du parti en 2011 confirme le réalisme
économique et réaffirme l’orientation réformatrice. Le pays a plus changé et
construit au cours de ces deux dernières décennies que durant plus de
2soixante ans de protectorat français et vingt-deux ans de régime monar-
3chiste réunis. La relative prospérité est aujourd’hui palpable, l’économie en
ordre de marche et la croissance soutenue, sous la triple mutation : de la
planification centralisée à l’économie de marché socialiste, d’une économie
artisanale et rurale à une économie de petites industries de transformation et
de services, de l’autarcie à l’ouverture aux investissements étrangers et à
l’export. Ces transformations s’accélèrent encore plus depuis l’intégration du
Laos dans l’ASEAN et son entrée dans l’OMC au début de 2013.
En 1989, les Allemands de l’Est renversèrent le mur de Berlin qui y
avait garanti la survie de l’ancien communisme depuis 1961 ; en 1991,
l’URSS fut dissoute et la Fédération de la Russie abolit le monopole du Parti
communiste sur le gouvernement. Bien des personnes, des Laotiens, à
l’intérieur comme à l’extérieur du pays, attendaient la fin du parti commu-
niste lao à brève échéance, mais il est toujours en place en 2013. Pourquoi
cela ? S’est-il donc adapté aux nouveaux contextes ? Les nouvelles généra-
tions, dont plus de la moitié des Laotiens n’ont pas connu la période d’avant
1975 ou n’ont pas de souvenirs directs des guerres civiles, le supportent-elles
donc, ou le soutiennent-elles ? Comment les puissants voisins, en particulier
le Vietnam, la Chine et la Thaïlande pèsent-ils de leurs influences sur ce
petit pays ?
Trente-huit ans après la prise de pouvoir par les communistes lao, il
s'avérait nécessaire de faire une relecture de son histoire, de la période de
lutte révolutionnaire jusqu’au Laos contemporain, d'apprécier les réalisations
positives ou les insuffisances de ces décennies passées, pour mieux com-
prendre les réalités du développement de ce pays et la contribution majeure
et spéciale du Vietnam dans les domaines politique, militaire, économique et
dans celui de la sécurité nationale, ainsi que le rôle de plus en plus prégnant
qu'occupe la Chine dans le secteur de la finance, du commerce et dans celui
des grands projets en particulier.
Ce livre propose un regard critique sur le parcours de l'État lao. Il ex-
plore les différentes facettes de son histoire politique, son économie, ses
politiques sociétales et culturelles et tente de cerner cette période de transi-
tion inachevée, ceci en vue de mieux appréhender son devenir. Il en restitue
les enjeux dans un contexte nouveau : le Laos, désormais intégré dans la
communauté régionale, se positionne en partenaire utile de l’ASEAN, carre-

2 Le Laos est placé sous le protectorat français en 1887 sous l’action d’Auguste Pavie à la
demande du roi Oun Kham pour échapper à la tutelle du Siam dont l’armée occupe Luang
Prabang.
3 Le gouvernement royal lao obtient de la France sa souveraineté politique en 1953.

11
LAOS
four des grands axes de communication par les trois « corridors » régio-
naux traversant le pays ; il se veut être aussi la « batterie de l’ASEAN » en
fournissant aux pays voisins de l’électricité en provenance de ses nombreux
barrages hydrauliques construits sur le Mékong et sur ses affluents ; le bilan
remarquable du développement socioéconomique de 2001 à 2013 semble
voué à durer en raison de ses nombreuses ressources naturelles, ses indus-
tries de transformation naissantes, son tourisme en forte croissance et son
agriculture en cours de structuration. Pourtant, il faut aussi replacer ces per-
formances en perspective : le système financier qui soutient cette croissance
reste fragile, l’économie dépend encore trop des aides des pays donateurs,
les disparités de revenus et régionales sont menaçantes, l’injustice sociale
demeure criante, la pénurie de main d’œuvre et de personnel qualifié sont
légendaires, les infrastructures urbaines et rurales restent encore très défici-
taires et rudimentaires, les limites de la liberté politique et les droits de
l’homme attendent un débat ouvert. Chaque défi auquel le Laos doit faire
face pour que ce pays puisse prospérer et participer à la marche de son déve-
loppement sera examiné, sans oublier les problématiques liées à ses vulnéra-
bilités et les obstacles qui pourront freiner une croissance durable.
Les questions que l’on se pose aujourd’hui sont clairement les sui-
vantes : Comment le Laos va prendre en main sa destinée ? La coexistence
d’une économie de capitalisme d’État et d’un système politique particuliè-
rement rigide est-elle viable à long terme ? La dynamique de la renaissance
laotienne a pour finalité politique le maintien du Parti-État en étroite interdé-
pendance avec le Vietnam qui est, pour les générations de Laotiens actuelles,
la seule issue, comment la justifie-t-on ? Les générations futures connaîtront-
elles la démocratie ? Le Laos est-il condamné à la pauvreté et à la mal-
gouvernance ? Ou libre de choisir un autre destin ? Restera-t-il dans le pro-
grès des nations l'éternel maillon faible ou deviendra-t-il demain, un nouvel
État capable de miracles politiques ? Cela dépendra des résultats de l’effort
de rassemblement national et du développement socioéconomique du pays.
Ce livre fournit différents éclairages et soulève entre autres différentes
réflexions comme les suivantes : Où va le Laos ? Quel choix de société ses
dirigeants de deuxième et troisième générations veulent-ils pour le peuple
lao ? Maîtriseront-ils le rythme des réformes et de l’intégration du Laos dans
l’ASEAN ? Quelle place auront les Laotiens de la diaspora pour participer à
la modernisation du pays et quelle contribution pourront-ils apporter ?
Quelle relève d’hommes d’État pour le Laos de demain ? Enfin, la pérennité
de la nation pourra-t-elle être assurée et l’identité nationale préservée à très
long terme ?
L'auteur procède à une analyse du positionnement géopolitique du Laos,
de ses relations avec les pays partenaires de l’ASEAN, en particulier avec le
Cambodge, la Thaïlande et le Myanmar ainsi que de ses positions d’équilibre
à maintenir vis-à-vis du Vietnam et de la Chine. Il aborde également les

12
INTRODUCTION

questions de géostratégie des grandes puissances : États-Unis, Chine, Japon,
Union européenne, Russie et Inde, en Asie-Pacifique.
Cet ouvrage a bénéficié de nombreux échanges fructueux et d’entretiens
informels avec des experts économiques des organisations internationales,
des politiques et des hauts fonctionnaires lao, des diplomates étrangers en
èmeposte au Laos et des chefs d’entreprises lao et étrangers à l’occasion du 13
Forum de l’Asie-Europe Business Forum (AEBF), le pendant économique et
commercial du sommet de l’ASEM 9, qui a eu lieu du 3 au 5 novembre 2012
à Vientiane. L’auteur a été invité en qualité de paneliste par la Chambre du
commerce et de l’industrie du Laos (LNCCI) et la Chambre européenne du
commerce et de l’industrie au Laos (ECCIL) et les remercie ici, ils ont con-
tribué chacun à leur manière à l’enrichissement de ce livre par leurs témoi-
gnages et éclairages sur le contexte politique et économique du Laos. Et
enfin, les ONG, les associations professionnelles, la LNCCI, les hommes et
les femmes d’affaires ainsi que les amis lao, rencontrés au cours des diffé-
rents séjours ont également apporté leurs concours pour la réalisation de ce
livre. L’auteur les en remercie tous.



13






PREMIERE PARTIE


L’ESPACE POLITIQUE

Pour tenter de comprendre le tournant de l’histoire moderne du Laos, il
est important de s’arrêter sur les évènements de l’histoire politique de ce
pays. Cette partie rappelle la situation confuse de la période précoloniale
conduisant au protectorat français, elle évoque la tentative de constitution du
premier mouvement nationaliste et l’engagement des premières élites lao
dans la lutte contre le colonialisme aboutissant d’une part à une apparence
d’autonomie du royaume et, à la genèse du mouvement révolutionnaire lao
sous l’égide du Parti communiste nord vietnamien d’autre part. Elle décrit
1les « trente années de lutte » du Pathet Lao pour l’indépendance et le com-
bat politique contre le gouvernement royaliste de Vientiane puis la « libéra-
tion nationale ». Les liens étroits du Parti communiste vietnamien avec son
parti-frère laotien seront scrutés, on soulignera en particulier le soutien qu’a
apporté l’Armée de la libération du Vietnam aux combattants révolution-
naires lao tout le long des deux guerres d’Indochine. La fin de la guerre du
Vietnam a permis aux forces communistes lao d’emporter la victoire totale
en 1975 et de proclamer la République démocratique populaire lao. Il est de
notoriété publique que dès son origine, l’histoire du Parti communiste lao
était opaque ainsi que ses liens historiques tissés avec le Parti communiste
indochinois. De même, la biographie des dirigeants historiques est peu con-
nue du grand public ; aussi, la première partie de l’ouvrage propose de faire
connaître aux lecteurs les principaux leaders historiques et ceux de la pre-
mière génération qui ont marqué l’histoire de la révolution lao (voir la bio-
graphie donnée en annexe), de décrypter le fonctionnement du régime et de
son système à l’intérieur du parti, elle mettra en exergue le rôle que joue le
parti dans l’État et la manière dont celui-ci dirige la destinée du pays depuis
1975. Le Traité d’amitié et de coopération lao-vietnamienne signé en 1977 et
edont ces deux pays ont célébré en 2012 le 35 anniversaire démontre au-
jourd’hui toute son importance : il représente pour le Laos un atout considé-
rable pour son développement et pour le Vietnam une assurance que ce
territoire fait partie de sa zone stratégique de sécurité.


1 Nom de l’organisation politique en laotien : Pays lao
15 LAOS



CARTE DE L’INDOCHINE FRANÇAISE





16 L’ESPACE POLITIQUE




CARTE GÉOGRAPHIE DU LAOS AUJOURD’HUI






17 LAOS
1. DE LA LUTTE ANTI COLONIALISTE À LA NAISSANCE DE LA
RÉPUBLIQUE DEMOCRATIQUE ET POPULAIRE LAO

UNE COLONISATION « TRANQUILLE » ET SANS AMBITION POUR LE LAOS

e Tout en examinant le contexte mondial du milieu du 19 siècle, l’histoire
du Laos est intimement liée à celle de l’Indochine. La situation dans la ré-
gion était alors confuse. Le Laos était en voie de disparition au profit du
royaume de Siam et de l’empire d’Annam. Ce dernier était le vassal de la
Chine et devait payer un tribut jusqu’à l’arrivée des Français. En 1859 les
troupes françaises avec un grand nombre de soldats espagnols débarquèrent
2à Tourane (Danang aujourd’hui) venant de la Chine et prirent la citadelle de
Saigon (capitale de la Cochinchine, territoire au sud du Vietnam) en février
3pour assurer la protection des missionnaires . L’impératrice Eugénie appor-
tait son soutien à l’église catholique, Napoléon III lui-même, soucieux de
calmer une partie de l’opinion et de répondre aux désirs des hommes
d’affaires, ordonna l’intervention militaire pour forcer le Vietnam à cesser
les massacres contre les prêtres et à ouvrir ses ports pour le commerce avec
4les Français . La France obligea alors l’empereur vietnamien Tu Duc à dé-
noncer le protectorat chinois et entra au Tonkin (territoire au nord du Viet-
nam). L’intervention fut certes politique mais surtout une affaire
5économique et commerciale .
En 1883, l’Amiral Courbet entreprenait la conquête de l’Annam (terri-
toire au centre du Vietnam) et du Tonkin. La conquête était difficile tant au
6Sud qu’au Nord. En 1885, après l’épisode dramatique de Lang Son la Chine
signait le traité reconnaissant la tutelle française sur les régions de l’Annam
et du Tonkin. L’Union indochinoise française est créée en 1887 et placée
sous l’autorité d’un gouverneur général relevant du ministère des Colonies à
Paris. La France assurait un protectorat sur le Cambodge, le royaume
d’Annam, le Tonkin, et administrait directement la Cochinchine comme une
colonie. Mais en réalité, entre le protectorat et l’administration directe la
distinction demeurait ambigüe. Les Français continuaient d’étendre leur
empire en Indochine.
Le Laos connaissait une situation dramatique : guerre, pillage et inva-
sions, il passait sous la protection française en 1893, grâce à l’action diplo-

2 Après la « deuxième guerre des Boxers » aux côtés des Anglais.
3 Les troupes françaises étaient commandées par l’Amiral Rigault de Genouilly.
4 J. Chesneaux, Contribution à l’histoire de la nation vietnamienne, pp. 107-109.
5 Ph. Devillers, Français et Annamites : Partenaires ou ennemis ? 1856-1902, p. 18.
6 La ville située au Tonkin, était occupée par les troupes françaises en février 1885 pendant la
guerre avec la Chine. Elle subit une retraite militaire désastreuse provoquant une vive réaction
à la politique coloniale de Jules Ferry et entraînera la chute de son ministère en France en
mars 1885.
18 L’ESPACE POLITIQUE

7matique d’Auguste Pavie avec les missions entreprises de 1887 à 1895 au
Siam et en Indochine. Aux yeux des Laotiens, Auguste Pavie était apparu
comme le sauveur du Laos de la tutelle du Siam. La première mission de
Pavie durait de 1887 à 1889 au Laos comme premier vice-consul de France à
Luang Prabang, où les descendants de la dynastie des Khoun Bourom conti-
8nuaient à maintenir la monarchie lao. Cette première mission de Pavie con-
sistait à installer le protectorat français à Luang Prabang de manière
pacifique. Pavie y resta jusqu’à l’invasion de la ville par Deo Van Tri, le
chef Tay de Lai-Chau dans les Sip Song Chu Tay (région frontalière entre le
Laos et le Vietnam). La deuxième mission (1889-1891) et la troisième mis-
9sion (1892-1895) réglaient les contentieux entre le Siam et la France . Une
épreuve de force a eu lieu en 1893 avec les Siamois, du fait des prétentions
de ces derniers sur le Laos. Des navires de guerre français bloquaient Bang-
kok pour contraindre les Siamois à signer, en 1894, un traité par lequel ils
reconnaissaient explicitement le protectorat que les Français avaient instauré
au Laos. Le Siam renonçait au royaume lao, reconnaissait l’autorité défini-
tive de la France sur la rive gauche du Mékong et abandonnait ses droits sur
les îles du fleuve suite à l’entretien Scott-Pavie. Il acceptait par ailleurs la
création d’une zone neutre de 25 km de largeur sur la rive droite. Pavie fut
nommé en juin 1894 commissaire général au Laos à Luang Prabang. Pendant
ce temps, les Français et les Anglais avaient convenu que le Mékong servi-
rait de limite aux sphères d’influence de leurs pays respectifs. Le Laos fut
intégré plus tard au sein de l’Union indochinoise en 1898 par le gouverneur
général Paul Doumer.
En 1904 est signée l’Entente cordiale franco-britannique délimitant les
zones d’influences française et anglaise au Siam, elle avait pour conséquence
de rattacher Sayabouri et Bassac au Laos. D’autre part, le traité franco-
siamois signé en 1907 à Bangkok officialisait la délimitation du Laos par la
cordillère annamite à l’Est et le Mékong à l’Ouest. Ce traité avait pour con-
séquence une amputation des territoires laotiens à droite du Mékong
d’environ 200 000 km² et privait le Laos d’une grande partie de sa popula-
tion, ainsi sur le Plateau de Korat en Siam, la population d’origine lao était
10trois fois plus nombreuse que celle qui se trouvait au Laos même .
La France avait réussi à faire du Laos enclavé, un arrière-pays qui per-
mettait de créer un espace tampon entre l’Union indochinoise et le royaume
11de Siam sous influence anglaise .

7 Explorateur, diplomate et haut fonctionnaire français né à Dinan en 1847 et mort en 1925 à
Thourie.
8 Paul Le Boulanger, Histoire du Laos, p. 265.
9 Idem, p. 308.
10 Martin Stuart Fox, Laos politics, Economics and Society, p. 12; population sera connue plus
tard sous le nom de Isan.
11 Christian Taillard, Le Laos, stratégie d’un état tampon.
19 LAOS
Deux conventions franco-lao sont établies en 1914 et 1917 sur le statut
juridique du Luang Prabang, elles constituaient la Charte du royaume de
Luang Prabang jusqu’au Traité du 29 août 1941. Dès 1893, le royaume de devenait un protectorat ; au Sud, le royaume de Champassak
était une colonie, administrée directement par la France ; au centre, Kham-
mouane et Song Khone étaient des territoires également administrés direc-
tement. Deux régions administratives sont créées, le Haut-Laos : à partir des
frontières nord allant de la province de Khammouane jusqu’aux frontières
sud de Luang Prabang ; le Bas-Laos, à partir des frontières sud de Kham-
mouane. Elles sont administrées par des Commandants Supérieurs qui dé-
pendaient du Gouverneur général basé au Vietnam. Ces deux régions seront
regroupées en 1899 sous une seule entité administrative avec un Résident
Supérieur basé à Vientiane à partir de 1900 qui devient la capitale adminis-
trative. S’agissant de Luang Prabang, le roi dirigeait avec ses princes et con-
seillers les affaires courantes de son royaume mais sans grande autonomie.
Ainsi jusqu'en 1946, contrairement au protectorat cambodgien, le Laos ne
constituait pas un État centralisé, mais un ensemble de territoires, dont le
protectorat français formait l'unité. Une monarchie siégeait à Luang Prabang
mais ne détenait pas en réalité la souveraineté sur l'ensemble des pays lao.
Il faut dire que, lorsque la France s’était installée en Indochine, l’intérêt
porté à ce qui allait devenir le protectorat du Laos n’était pas tellement pous-
sé par des considérations stratégiques ou économiques, surtout après avoir
découvert que la navigabilité du haut Mékong ne pouvait en faire une voie
fluviale de pénétration en Chine, ce qui avait déçu bon nombre de commer-
çants de l’époque. Dans une large mesure, l’attrait pour le Laos avait résulté
plutôt d’initiatives individuelles d’aventuriers romantiques comme Henri
12Mouhot ou Auguste Pavie. Durant le siècle de domination coloniale fran-
çaise sur l’Indochine, soldats et administrateurs, missionnaires et romanciers,
journalistes et politiciens, ont contribué à construire un jugement quelque
peu réducteur sur le Laos : pays de chasse à préserver, lieu des vacances
pour les colons et leurs familles, rural, mythique. Pays plein de pagodes et de
bouddhas, de montagnes secrètes, de tisserands habiles, de tigres rodeurs, de
danseuses chamarrées, de douceur de vivre, de simplicité, de sérénité et de
champs de pavot. C’est un pays que personne ne voulait « déranger ».
L’abondante littérature de l’exploration du Laos a pourtant relativement peu
fourni de thèmes aux romanciers. La littérature dite indochinoise portait en
effet surtout sur la Cochinchine, l’Annam et le Tonkin et ne s’intéressait que
plus rarement au Laos. La séduction de ce pays pittoresque a d’ailleurs rendu
lyrique le gouverneur général de l’Indochine Pierre Pasquier lorsqu’il s’est
exclamé : « La limpidité de tes ciels, Laos lointain, encerclé par ton halluci-

12 Naturaliste et explorateur français né à Montbéliard en 1826 et mort à Luang Prabang en
1861. On lui doit notamment la découverte du site d’Angkor, ancienne capitale de l’empire
khmer.
20 L’ESPACE POLITIQUE

13 14nante forêt clairière, ensorcelé par les chants de tes khênes harmonieux ».
L’écrivain Roland Meyer quant à lui a énoncé de la sorte la placide indo-
lence des êtres dans ce paradis terrestre : « Dans cette ambiance de prime
nature, chiens loups, chats tigres, porcs sangliers, volailles sauvages, singes,
enfants et hommes se laissaient doucement vivre et mourir, (…) tout simple-
ment, sans apprêt ni arrière-pensée, sans costume ni apparat, sans assai-
sonnement ni mensonge, sans explication plausible, sans soucis jusqu’au
lendemain, chauffés par le soleil, nourris par la terre avec l’amour pour
15seule passion ». L’ethnologue Paul Lévy dénonce les causes de la « déca-
dence » lao souvent énumérées par les Occidentaux comme issues de leurs
subjectivités, il écrit : « Elles résidaient dans la dispersion et l’assez faible
étendue des plaines rizicoles qui ne permit pas à l’ethnie lao … de
s’accroître suffisamment (…) Puis, trop éloigné de la mer, le Laos était privé
de ces échanges avec l’Occident et de ses enseignements qui sont les fac-
teurs essentiels de progrès ;(…) le Laos ancien était une entité politique dont
trop de contradictions internes, d’antagonismes de classe, (…) et d’états ne
16
pouvaient soutenir longtemps la si fragile existence ». C’est dire que les
visions pleines d’exotisme, de romantisme et de lyrisme véhiculées sur
l’ancien Royaume du million d’éléphants si faiblement peuplé étaient restées
vivaces ; on comprend alors pourquoi le Laos était négligé, oublié par
l’empire indochinois et pourquoi peu d’efforts étaient déployés pour la mise
en valeur de ce pays sinon pour exploiter ses richesses naturelles.


GESTION COLONIALE DE L’ORGANISATION TERRITORIALE

Tardivement occupé, le Laos passait sous le protectorat français sans
heurt, la culture et la langue lao furent négligées par les Français dès le dé-
but. La langue française était enseignée comme langue véhiculaire et le lao
était une seconde langue. Toute l'Administration ne fonctionnait qu'en fran-
çais. Avant la Seconde Guerre mondiale, on ne comptait au Laos que cinq
17écoles primaires et un seul collège français pour l'ensemble du pays qui
comptait un taux d’analphabétisme de 95%. Les écoles secondaires étaient
fréquentées en majorité par les élèves vietnamiens ; le français et le vietna-
mien étaient plus utilisés que le lao dans les communications gouvernemen-
tales et commerciales ce qui ne manquait pas de susciter un certain climat de
défiance et de créer de l’animosité entre les communautés lao et vietna-
mienne. Dans les écoles, les élèves laotiens étaient issus pour la plupart de

13 Orgue à bouche fait de deux rangées de cinq à huit tiges de roseau accolés.
14 Gaston Maspéro (dir.), Un empire colonial français. L’Indochine. T.2, p. 245.
15 Roland Meyer, Komlah. Visions d’Asie. p.162.
16 Paul Lévy, Histoire du Laos, pp.65-69.
17 Il deviendra le lycée Auguste Pavie à Vientiane à partir de 1949.
21 LAOS
familles d’aristocrates, de notables et de familles métissées (lao-
vietnamiennes en particulier) qui allaient constituer la première génération
d’élite nationale dans le milieu des années 1930 et à partir de 1940.
Dès le début, la politique coloniale de mise en valeur consistait en prio-
rité à développer le Vietnam d’abord et accessoirement le Cambodge ; le
Laos, un désert humain, n’était là que pour apporter ce qui manquait à la
croissance économique de l’empire indochinois et donc pour enrichir la mé-
tropole, à savoir : sa base arrière, ses vastes terres cultivables et ses res-
sources naturelles. Peu de travaux d’infrastructures, immeubles
administratifs, hôpitaux dignes de ce nom, usines, n’avaient été construits.
Aucune ligne de chemin de fer, pourtant prévue (Tan Ap – Thakhek),
n’avait vu le jour. La construction de la voie ferrée Tanap-Thakhek, qui de-
vait relier le grand bief navigable du Mékong à la mer, a été stoppée en 1934
côté Laos faute de crédits. Le Laos fut par excellence terre de déception pour
l’entreprise coloniale. Pour le capitalisme colonial, l’Indochine « utile », ce
18furent avant tout les hautes terres et les deltas vietnamiens . Le Laos n’avait
que peu d’échanges avec les pays voisins, le commerce était alors dominé
par les maisons et les commerçants français et quelques européens qui
19étaient pourtant peu présents dans le pays . La Banque de l’Indochine a
renoncé en 1927 d’ouvrir une agence à Thakhek, elle a finalement décidé de
s’implanter au Laos qu’après le Seconde Guerre mondiale, ce qui démontrait
que le Laos manifestait peu d’intérêt pour les banquiers et les entreprises. En
raison des faibles recettes fiscales perçues par le Laos, le déficit constant de
son budget était financé par le budget général de l’Indochine grâce au mono-
20pole de la Régie de l’Opium où le pavot était cultivé au nord du Laos . Les
taxes imposées à la population lao étaient jugées cependant lourdes et dis-
criminatoires ; en effet, les Lao, ceux des plaines ou appelés encore les Lao
Loum, de 18 à 60 ans devaient payer un impôt annuel équivalent à 5 francs
or et donner gratuitement 10 à 20 jours de corvée à l’administration colo-
niale pour la construction et la maintenance des routes ; les autres minorités
ethniques ne payaient que la moitié et fournissaient 10 jours de corvée ; les
Vietnamiens ne payaient que 5 francs or mais aucune corvée ne leur était
21imposée ; les Chinois et autres asiatiques payaient 12,5 francs or . Il en
résulta la première révolte contre les Français qui éclata en 1901 conduite
par trois chefs de l’ethnie La-vèn ou Lao Theung, les deux frères Kom-
maseng, Kommadam et Ong Kèo, sur le plateau des Bolovens au sud du
22
Laos. Cette insurrection, dite des Phou-Mi-Boun , gagna ensuite le bas
Laos, la région de Kontum au Vietnam et même le Siam. Les rebelles atta-

18 Pierre Brocheux, Indochine, la colonisation ambiguë, p.120.
19 Kham Vorapheth, Commerce et Colonisation en Indochine, pp. 135-138.
20 C. Descours-Gatin, Quand l’opium finançait la colonisation en Indochine, pp. 28-45.
21 Paul Lévy, Histoire du Laos.
22 En lao signifie celui qui a de la chance.
22 L’ESPACE POLITIQUE

quèrent Savannakhet en avril 1902 mais furent repoussés avec de lourdes
pertes. La révolte est vaincue en 1907 mais l’ordre n’est complètement réta-
23bli qu’en 1910, son chef Kommadam meurt en 1936 . La révolte des Bolo-
vens fut la réaction violente face aux abus des pouvoirs locaux et l’injustice
sociale sur lesquels s’appuyait l’administration locale. En 1919, les minorités
ethniques Hmongs ou Lao Soung se révoltèrent à leur tour dans la région de
Xieng Khouang contre l’impôt, les réquisitions des hommes en âge de tra-
vailler et l’interdiction pour cette population de cultiver le pavot. Il faut près
de deux ans et l’engagement d’une colonne fortement armée pour en venir à
bout. La corvée est finalement abolie par le Front populaire en 1936.
L’analyse des dimensions de la révolte des Bolovens met en évidence le
progressif passage du soulèvement au stade d’une lutte prolongée de la gué-
rilla. Celle-ci a créé plus tard les structures d’accueil propices pour les révo-
lutionnaires du Pathet lao ; ainsi le dernier chef de la révolte, Kommadam,
fut en effet le père de Sithon Kommadam, « héros de la révolution », chef de
guerre du plateau des Bolovens dans les années 1959-1975 et membre du
comité central du Parti populaire révolutionnaire lao et vice-président du
24Néo Lao Haksat ).
En 1904, on comptait environ soixante-dix fonctionnaires français pour
administrer l’ensemble du territoire laotien. Pour gérer et dynamiser le pays,
l’administration coloniale encourageait un flux important d’immigration
vietnamienne vers le Laos en vue de suppléer le manque de main-d’œuvre et
25de personnel qualifié . Ce déficit de main d’œuvre est encore ressenti en
2013 et constitue un véritable défi pour le pays qui est en train de construire
et de se développer. Après avoir divisé les territoires laotiens entre le Siam et
l’Indochine, l’administration coloniale française voyait dans le Laos comme
un « hinterland » pour le Vietnam, autrement dit un arrière-pays qui était en
26mesure d’absorber un excès de sa population . L’administration coloniale
avait déjà la mission géostratégique confiée par la métropole, celle de faire
du Laos une « base arrière » de la « Grande Indochine » avec le Vietnam
comme « front principal ». Le colonialisme français a préparé sans le savoir
la voie de la future « solidarité spéciale » lao-vietnamienne. Cette politique
27coloniale et volontariste d’immigration a permis également d’assurer
l’exploitation des mines de Hin Boun et dans la région de Nam Pha Thène
dans le territoire lao (province de Khammouane) pour accroître l’économie
de l’Indochine ! Et pour s’en convaincre, il suffit de constater que les immi-
grants vietnamiens occupaient tous les secteurs de l’activité économique :
tailleurs, épiciers, bijoutiers, réparateurs de bicyclettes, restaurateurs, pay-

23 François Moppert, La révolte des Bolovens (1901-1936), in P. Brocheux (ed.) Histoire de
l'Asie du Sud-Est. Révoltes, Réformes, Révolutions.
24 Kham Vorapheth, ASEAN de A à Z.
25 Albert Sarraut, La mise en valeur des colonies françaises, pp.62-201.
26 Martin Stuart-Fox, Laos, Politics, Economics and Society, p. 14.
27 Allain Louis Graux, Le Laos au fil du Mékong, p. 132.
23 LAOS
sans, agriculteurs (les Chinois étaient quant à eux plus présents dans le petit
commerce). Il va sans dire que les emplois dans l’administration coloniale
étaient réservés en priorité aux ressortissants vietnamiens. De même, des
emplois de bureaux, des postes de maîtres d’écoles à ceux de contremaîtres
de Travaux Publics en passant par les postes d’aides-soignants ou
d’infirmiers dans les hôpitaux, de facteurs, de chauffeurs de camions, étaient
occupés par les Vietnamiens. Ces derniers étaient également majoritaires
dans la garde indigène, services des douanes et dans la police. Les Français
se sentaient plus à l’aise et préféraient employer les Vietnamiens aux Lao,
28les premiers étant jugés plus aptes au travail . Cette politique de ségrégation
avait pour but de diviser les différents peuples colonisés selon le principe de
« diviser pour régner » appliqué dans toutes les colonies françaises. Les Lao-
tiens étaient souvent caricaturés par les Français de l’époque coloniale
comme étant « nonchalants » et « dociles ». Même à Luang Prabang,
l’administration lao n’était qu’une façade, les Vietnamiens occupaient des
postes importants dans l’administration parallèle française. Le Laos était
ainsi administré par les fonctionnaires français qui exécutaient la politique
coloniale du Gouverneur général de l’Indochine et ils étaient secondés par
29les Vietnamiens qui dirigeaient à leur tour les Lao . Déjà, cette politique de
gestion discriminatoire fut dénoncée par le prince Phetsarath, ce dernier cri-
tiqua également le système d’enseignement qui favorisait exclusivement la
30langue française . C'est d'ailleurs cette politique, perçue comme raciste, qui
provoqua les premières réactions nationalistes et anti françaises parmi les
élites lao. Vers 1943, la communauté vietnamienne représentait plus de la
moitié de la population de Vientiane et environ 85% de la population de
31Thakhek, la seconde ville du Laos . En 1945 dans les écoles au Laos, les
deux tiers des instituteurs et des professeurs étaient vietnamiens. Les villes
comme Paksé ou Savannakhet connaissaient également un taux élevé de de
population vietnamienne (62%) ; seule Luang Prabang comptait une popula-
32tion constituée majoritairement de Chinois . On rappelle seulement que
lorsque le Laos obtint sa demi-indépendance, en 1953, la répartition ethnique
de la population avait fait ressortir le nombre important de minorités eth-
niques. Les Vietnamiens résidants au Laos atteignaient 7% de la population
nationale et les Chinois (originaires surtout du Fujian et du Guangdong)
représentaient entre 2 à 3%.
Vers la fin de 1945, le plan de l’administration coloniale consistait à faire
venir massivement une immigration vietnamienne vers les trois ré-
gions ciblées : la plaine de Vientiane, la région de Savannakhet et le plateau

28 Adams, Nina S., & McCoy, Alfred W., Laos: War and Revolution, pp. 132-141.
29 Hugh Toye, Laos: Buffer State or Battleground, pp. 44-45.
30 Martin Stuart-Fox, A History of Laos, p. 52.
31 Adams, Nina S., & McCoy, Alfred W., op. cit., p. 84.
32 Martin Stuart-Fox, ibidem, p.51.
24 L’ESPACE POLITIQUE

de Bolovens. Il n’est pas alors surprenant de voir que dès 1950 le noyau du
futur Parti communiste lao et les forces combattantes révolutionnaires com-
prenaient des Vietnamiens et un grand nombre de minorités ethniques (Lao
Soung et Lao Theung).
La seconde Guerre mondiale a changé le rapport de force entre les pays
d’Indochine et leurs colonisateurs. Dès août 1940, les Japonais se posèrent
en libérateurs vis-à-vis des populations indigènes en dénonçant les puis-
sances coloniales européennes, encouragèrent les revendications de la
Thaïlande sur certaines régions occidentales du Cambodge et du Laos et
suscitèrent les mouvements indépendantistes dans les colonies. La France
rattachait dès 1941 la région de Vientiane au royaume de Luang Prabang.
Entre juin 1940 et mars 1945, l’amiral Decoux, haut-commissaire français en
Indochine, s’est efforcé de consolider les liens unissant le Laos à l’Indochine
et à la France pour contrecarrer les ambitions territoriales thaïlandaises sou-
tenues par le Japon. Cette politique a contribué à l’émergence d’un début du
patriotisme lao avec la création de l’hymne national. Le 9 mai 1941 lors de
la signature de la paix franco-thaïe, les Japonais contraignirent les Français à
céder au gouvernement de Bangkok les provinces de Champassak et de
Sayaboury. Ces provinces annexées seront restituées par la Thaïlande au
Laos en novembre 1946 après la défaite nipponne. On notera que quatre
décennies après, une série mineure d'incidents de frontière auront lieu entre
la Thaïlande et le Laos en 1984, mais c’est entre décembre 1987 et février
1988 qu’eurent lieu d’intenses combats avec des pertes humaines impor-
tantes dans les deux camps (la guerre des trois villages ou en lao, sam mou
33ban) dans la province de Sayabouri . La Thai-Lao Joint Boundary Commis-
sion sera établie en 1996 pour clarifier la frontière longue de 1 810 km (flu-
viale et terrestre) et de régler la propriété des villages contestée entre les
deux États. La démarcation de la frontière avec la Thaïlande est toujours en
cours de négociation avec cependant des progrès réalisés de manière très
34significative . Les autorités des deux pays ont cependant parvenu à un ac-
35 ecord le 3 mai 2013 après une interruption de six ans de négociation . La 9
réunion de la Commission des frontières Laos-Thaïlande d’août 2013 a vali-

33 Le conflit frontalier entre le Laos et la Thaïlande, surnommée la « guerre des collines », est
une courte confrontation entre les forces laotiennes et les forces thaïlandaises. Il a été provo-
qué par un différend impliquant la carte faite par l’administration coloniale française en 1907
pour marquer la frontière entre le Siam et l'Indochine française. Le sort du village de Ban
Romklao à la frontière de la province de Phitsanulok et trois petits villages frontaliers sur le
bord de la province d'Uttaradit, situés en Thaïlande, n'étaient pas bien définis à l'époque. Le
eVietnam a fourni de l'aide à son allié communiste lao, en envoyant notamment la 2 division
d'infanterie vietnamienne à l'aérodrome de Ban Nakok dans la province de Sayaboury au Laos
afin de soutenir les opérations militaires laotiennes.
34 The Nation, Lao border talk’s progression, 08/03/2007. Cette analyse a été confirmée lors
d’un entretien avec le responsable juridique de la négociation des frontières avec la Thaïlande
du Ministère des affaires étrangères du Laos, Monghol Sasorith, en février 2012.
35 Vientiane Times, 8/05/2013.
25 LAOS
dé l’accord de la nouvelle démarcation de frontières terrestre commune et
fluviale y compris les îles entre les deux pays, cet accord s’ouvre une ère
inédite de paix, de coopération et de stabilité pour ces deux États cousins.


LE RÉVEIL NATIONALISTE ET LA SCISSION

Dans les années 1930, seulement un tout petit nombre de Lao poursui-
èmevaient des études dans un lycée au Vietnam après leur classe de 3 au col-
lège Pavie à Vientiane. 90% de la population était constituée de paysans et
d’agriculteurs, la classe ouvrière était inexistante même dans les villes. Le
contexte social, éducatif et économique du pays ne poussait pas la grande
majorité de la population à avoir une conscience politique. A cette époque, la
population lao vivait paisiblement et comptait sur la politique de mise en
valeur de la France pour lui apporter le bien-être. Jusqu’à la fin des années
1940, le mot « Patrie » ne signifiait rien pour beaucoup de villageois. Il était
donc dans l’intérêt même de l’élite lao que les choses ne changent pas afin
de préserver leurs propres privilèges sociaux et de coopérer donc avec
36l’administration coloniale .
Contrairement au Vietnam, le mouvement nationaliste au Laos était une
première, il n’y avait pas d’intellectuels à proprement parlé et l’élite lao était
très limitée dans les années 30. Cette élite était constituée de quelques aristo-
crates dont certains avaient fait des études en France, de hauts-fonctionnaires
et cadres du royaume, de petites familles bourgeoises des villes,
d’instituteurs et de quelques individus qui avaient fait des études au Vietnam
ou en Thaïlande. Une petite partie de l’élite lao était animée d’une plus
grande conscience politique. Quelques leaders des minorités ethniques
Hmongs et Lao Theung possédaient déjà un sentiment nationaliste, ils
l’avaient prouvé par leurs combats contre les Français dans les années 1910.
La naissance d’un mouvement patriotique laotien est encouragée par les
37Japonais suite au coup de force déclenché le 9 mars 1945 en Indochine , elle
devra plus tard bouleverser l’histoire moderne de ce pays. Ainsi, l’origine de
la lutte révolutionnaire lao a vu le jour avec la formation du mouvement
indépendantiste nationaliste dont la force était incarnée par le Lao Issara. En
conséquence de cette action, l’occupation nipponne mit fin provisoirement
au pouvoir colonial français et le Japon proclama l’indépendance du Laos
tout en maintenant son contrôle sur le pays. Le roi Sisavang Vong, pro-
français, contraint de déclarer l’indépendance du Laos, nomma alors le
prince Phetsarath, premier ministre. L’effondrement du Japon le 15 août
1945, consécutif aux deux bombardements nucléaires d’Hiroshima et de

36 Martin Stuart-Fox, op. cit., pp. 52-53.
37 Arrestation de l’amiral Decoux, gouverneur général de l’Indochine et de ses adjoints. Les
garnisons françaises sont attaquées par les Japonais.
26 L’ESPACE POLITIQUE

Nagasaki fournissait aux Français l’opportunité de rétablir leur tutelle sur
l’Indochine. Le 2 septembre 1945, Hô Chi Minh proclama à Hanoi la Répu-
blique démocratique du Vietnam (RDVN), cet acte ne pût qu’inspirer les
nationalistes laotiens à réclamer l’indépendance à leur tour. Phetsarath tenta
d'éviter le retour des Français. Soutenu par le mouvement nationaliste Lao
Pen Lao, très présent dans le sud du pays, mouvement animé par Oun Sana-
nikone et Nhouy Abhay, Phetsarath décréta le rattachement de tous les an-
ciens services fédéraux à son gouvernement : le 15 septembre 1945, il
déclara l’unité du royaume avec l’intégration des provinces du sud dans le
royaume de Luang Prabang et l’indépendance du Laos avec la constitution
d’un gouvernement le 12 octobre 1945 réunissant les nationalistes lao de
toutes les tendances, qui prit le nom de Lao Issara. L’objectif du Lao Issara
était de lutter contre le colonialisme français et d’établir la souveraineté lao-
tienne. Contrairement au Vietnam, le réveil nationaliste au Laos ne s'est
guère exprimé avant 1945, ceci s’expliquant sans doute par le faible niveau
38de scolarisation , alors que dans le Vietnam, dès le début du siècle, des let-
trés s'organisaient pour résister à la colonisation, laissant la place dans les
années 1920 à l’émergence des mouvements nationalistes parmi lesquels le
Parti communiste du Vietnam créé le 3 février 1930 par Nguyen Ai Quoc, le
futur Hô Chi Minh. Ce parti était le précurseur du Parti communiste indochi-
nois, en effet en octobre 1930, la conférence du Comité central du Parti
communiste du Vietnam a décidé de renommer ce parti le Parti communiste
39indochinois (PCI) . Le mouvement Lao Issara quant à lui est composé à
l’origine d’une partie de l’élite lao et, en particulier des princes de Luang
Prabang : princes Souvanna Phouma et Souphanouvong. Le premier étant le
frère et le second le demi-frère du prince Phetsarath. Ce dernier est rejoint le
7 octobre 1945 par Souphanouvong, très lié aux indépendantistes vietna-
miens du Vietminh, forces armées du Nord-Vietnam, et qui vient de fonder
dans le sud une force militaire baptisée « Armée de libération et de défense
lao » et un « Comité du Laos Indépendant ». On trouvait également Ngon
Sananikone, représentant d’une famille de la petite bourgeoisie de Vientiane
au côté du Lao Issara. Le 10 octobre 1945, le roi démit Phetsarath de ses
fonctions antérieures, mais le Lao Issara entra aussitôt en conflit avec le roi.
Le « Comité du Laos indépendant » de Souphanouvong et le gouvernement
Lao Issara fusionnaient le 30 octobre. Le roi Sisavang Vong, détrôné, est fait
40prisonnier dans son propre palais . À partir de mars 1946, les Français repri-
rent progressivement pied au Laos ; les nationalistes laotiens poursuivirent la
lutte et livrèrent des combats sporadiques jusqu’en septembre dans les ré-
gions de Vientiane, de Thakhek et de Savannakhet ; le 21 mars 1946, les

38 Martin Stuart- Fox, op. cit., p.52.
39 History of Vietnam-Laos and Laos-Vietnam Special Relations (1930-2007), Document for
Communication, p.22.
40 The Lao Issara Government, Archives, U.S. Library of Congress.
27 LAOS
forces du Lao Issara étaient battues par les troupes françaises. Le gouverne-
ment nationaliste devait se réfugier en Thaïlande, tandis que le roi était remis
sur le trône de Luang Prabang. Le 10 octobre 1946 les troupes françaises
réoccupaient Luang Prabang et obligeaient le roi Sisavang Vong à démettre
le prince Phetsarath de ses fonctions de vice-roi et de premier ministre. Le
roi déclara nuls tous les actes promulgués depuis l'occupation de la capitale
41par les Japonais . La plupart des membres du Lao Issara se réfugièrent à
Bangkok, en Thaïlande, ils y animèrent un gouvernement en exil, présidé par
Phetsarath et appuyé par le Vietminh. Les communistes vietnamiens déve-
loppèrent leurs réseaux de guérilla vers le Laos, et hébergèrent sur leur terri-
toire un comité Lao Issara de l’Est.
Le Royaume du Laos est officiellement unifié depuis le 27 août 1946
par les Français, en tant qu'État associé de l'Union française. Le 11 mai
1947, une constitution fut promulguée, le Laos devenait ainsi une monarchie
constitutionnelle. À Bangkok, bien que le mouvement Lao Issara fût en ses
débuts porté sur le combat politique, Souphanouvong reprit la guérilla
contre la présence française au Laos ; en effet, un comité Thaïlande-
Vietnam-Laos-Cambodge est créé, sous sa présidence, dans le but de fomen-
ter une agitation à la frontière entre la Thaïlande et le Laos. Hô Chi Minh
accordait déjà des subsides au comité de Phetsarath et le Lao Issara apparais-
sait de plus en plus subordonné au Vietminh idéologiquement et matérielle-
ment. Pour Hô Chi Minh, la RDVN et les révolutionnaires du Laos menaient
la « même guerre de libération » contre les colonisateurs français. Soupha-
nouvong développa à partir de septembre 1947, avec l'appui du Nord-
Vietnam, un mouvement de guérilla anti-français. Le roi Sisavang Vong,
appuyé par les Français tenta de briser cette alliance, négocia avec les insur-
gés et leur offrit une amnistie dès l'été 1947. Souphanouvong refusa, mais
Phetsarath se montra sensible à l'offre et Souvanna Phouma accepta
l’amnistie. En novembre 1947, un coup d'État en Thaïlande amena à un
changement de gouvernement : Le comité Lao Issara de Bangkok se trouva
dès lors isolé politiquement, privé de ses soutiens locaux, puis le mouvement
se divisa ce qui sonna progressivement le glas pour le gouvernement indé-
pendantiste en exil de Phetsarath.
Afin de garder le Laos sous influence française, certaines réformes
avaient été engagées tardivement par les autorités françaises, en particulier,
dans la formation d’une élite lao aux dépends des Vietnamiens et la recon-
naissance de la culture et de l’identité lao. Le 19 juillet 1949, le gouverne-
ment du Royaume du Laos obtenait de la part de la France une indépendance
accrue dans le cadre de l’État associé de l'Union française, une partie des
membres du Lao Issara, parmi lesquels Souvanna Phouma, se déclarait sé-
duite par la nouvelle politique d’autonomie accordée au Laos et acceptait de
revenir au pays. Souvanna Phouma et Souphanouvong incarnaient jusqu’en

41 Carine Hahn, Le Laos, pp. 90-96.
28 L’ESPACE POLITIQUE

1975 les deux composantes rivales du nationalisme lao, l’une pro-
occidentale et l’autre procommuniste. Les États-Unis commencèrent à sou-
tenir alors financièrement le jeune État lao dans le but de contenir les forces
du Vietminh et du Pathet Lao. Le 24 octobre 1949, le mouvement Lao Issara
n’avait plus d’existence légale à Bangkok et la majorité des membres du
comité de ce mouvement était retournée au Laos pour se rallier au gouver-
nement royal. Dès lors une scission inévitable était apparue dans les rangs du
Lao Issara, les nationalistes y compris ceux du mouvement Lao Pen Lao
s’étaient divisés en deux camps. Le gouvernement en exil du Lao Issara fut
officiellement dissous le 25 octobre 1949. Phetsarath quant à lui, resta en-
core quelque temps à Bangkok, tandis que Souphanouvong, accompagné
d’une poignée de partisans comme Phoumi Vongvichit, Kaysone Phomvi-
hane, Faydan Lobliayao, Sithon Kommadam, Khamtay Siphandone, Singka-
po Chounamani, Tiao Souk Vongsak, Khampheuane Tounanom et Nouhak
Phoumsavan, refusait de se soumettre et continuait la lutte pour la décoloni-
sation tout en s’appuyant sur le Vietminh. Il restait alors moins d’une cen-
taine d’hommes armés fidèles au prince Souphanouvong pour poursuivre la
résistance.


LE PATHET LAO ET LA GENESE DU PARTI COMMUNISTE LAO

Le prince Souphanouvong, dès février 1949, grâce aux forces combat-
tantes révolutionnaires, créa sous son commandement, l’organisation poli-
tique qui sera connue plus tard sous le nom de Pathet Lao. Nom qui avait
déjà été utilisé pour la première fois en 1945 par le gouvernement du Lao
Issara, animé par le prince Phetsarath. Une partie des nationalistes laotiens
se radicalisa dans la lutte contre les Français et s'intégra durablement dans le
mouvement communiste mondial. Après la rencontre avec le général Giap au
début de l’année 1949 avec qui Kaysone Phomvihane entretenait déjà des
liens étroits et de confiance, ce dernier se rendit à Samneua (capitale de la
province de Huaphan) avec un groupe de cadres lao formés au Vietnam pour
diriger une cellule de propagande. Kaysone était l’homme qui savait parler
aux foules, il avait un rapport charismatique à la politique. Le 20 janvier
1949, il fit connaître la création de « l’Armée populaire de libération
lao (APL) ». Cette date est retenue officiellement comme étant celle de la
naissance de l’armée du Pathet Lao et du début de l’organisation militaire
des résistants et révolutionnaires lao.
Le 13 août 1950, Souphanouvong fonda à Tuyen Quang, au nord du
Vietnam, après sa rencontre avec Hô Chi Minh et avec le soutien du Viet-
minh, le gouvernement provisoire du Pathet Lao, gouvernement de résis-
tance dont il devint premier ministre avec Kaysone en tant que ministre de la
Défense ; cependant une autre partie du peuple laotien, violemment anti-
communiste, soutenait les Français et le roi Sisavang Vong. Les partisans du
29 LAOS
Pathet Lao se réduisaient alors à quelques bandes le long de la cordillère
annamitique, dans les zones contrôlées par le Vietminh. En novembre de la
même année, un « Congrès du Peuple » réunissant communistes et nationa-
listes hostiles à la présence française en Indochine créa le « Front du Laos
libre » ou Néo Lao Issara, qui se donnait comme objectif « d’unir le peuple
tout entier, de toutes nationalités, toutes les couches sociales et toutes reli-
gions et tous les partis politiques patriotiques ». Cette assemblée constituée
d’une centaine de représentants des « Forces de résistance lao » avait voté un
programme politique en douze points, notamment une résolution « de s’unir
avec les peuples vietnamien et khmer, adhérer au Front Lao-Vietnam-Khmer
contre les colonialistes français et les impérialistes interventionnistes… ».
Ce congrès était doté d’une pratique en tout point de vue calquée sur le mo-
dèle Vietminh. Un Comité central du front fut élu à cette occasion, Soupha-
nouvong devint président et Singkapo Chounamani, vice-président. Au sein
des mouvements nationalistes, les partisans de la tendance Souphanouvong
étaient minoritaires, mais grâce au soutien de quelques fidèles et de
l’allégeance des populations des hautes terres issues des minorités ethniques
non lao, le mouvement révolutionnaire et le Parti communiste lao avaient pu
être préservés. Dès lors, Phetsarath à Bangkok cessa de jouer un rôle actif
dans la résistance et prit ses distances avec l’allié vietnamien. Il ne rejoindra
le Laos qu’en 1957, quand le roi acceptera de lui rendre son titre de « vice-
roi ».
Il est difficile de dater la formation du parti communiste laotien et en-
core moins de trouver le fondement de son origine. Car, tout était opaque à
cette époque et on ne trouvait guère d’écrit sur le sujet en raison de son ca-
ractère secret d’une part, et d’autre part parce que les membres de ce parti
étaient très peu nombreux. Ils étaient constitués en majorité de vietnamiens
et de quelques laotiens d’origine vietnamienne, les Lao étant très minori-
taires. Cependant, certains écrits et publications officiels récents émanant des
organisations politiques et culturelles ont permis de clarifier l’histoire com-
mune de la période 1930-2007 du Vietnam et du Laos, vue du côté des révo-
42lutionnaires . Ainsi les relations entre partis-frères et le soutien des troupes
vietminh et de l’armée populaire de libération du Vietnam aux combattants
révolutionnaires lao ne sont presque plus des sujets tabous au Laos en 2013.
Officiellement le parti communiste lao trouvait ses racines dans le Parti
communiste indochinois dirigé par Hô Chi Minh. Dès octobre 1930, le PCI
regroupait les communistes du Vietnam, du Laos et du Cambodge, mais en
pratique essentiellement ceux du Vietnam. En 1945, pour des raisons tac-
tiques, le parti communiste indochinois s’était dissout. En pratique, la direc-
tion communiste et Hô Chi Minh avaient conservé un strict contrôle sur le

42 Publications communes en 7 tomes sur l’histoire de la révolution de 1930 à 2007 et des
Relations spéciales entre le Laos et le Vietnam par les Partis communistes des deux pays.
Mars 2012.
30 L’ESPACE POLITIQUE

Vietminh. Le PCI est refondé en 1951, mais sans plus regrouper les commu-
nistes du Laos et du Cambodge ; le Laos créait sa propre organisation poli-
tique en 1952 mais ne le fit de manière plus formaliste et structurée qu’en
1955. On notera que le PCI établissait partout des réseaux auprès des Viet-
namiens se trouvant au Siam, au Cambodge et au Laos, il recrutait et formait
les jeunes nationalistes cambodgiens et laotiens dans ces pays pour la révolu-
tion. Ces militants constitueront le noyau de ce qui sera, à partir du milieu
des années 1940, le mouvement communiste de leurs pays respectifs. Le PCI
sera rebaptisé successivement Parti des travailleurs du Vietnam en mars
1951 puis, après la libération en 1976, Parti communiste vietnamien (PCV).
Il reçut en 1931 sa reconnaissance comme section de l’Internationale com-
muniste (le Komintern) après avoir été une section du Parti communiste
français. La genèse du Parti communiste laotien est intimement liée au mou-
vement communiste vietnamien. À sa formation, le Parti communiste lao ne
revendiquait pas la lutte de classe, il se voulait être avant tout nationaliste et
patriotique et s’alignait sur le modèle du parti vietnamien dont l’objectif
demeurait la lutte commune contre le colonialisme et le féodalisme, suivant
en cela les directives du PCI qui étaient de lancer un « soulèvement indochi-
nois et de s’emparer le pouvoir dans toute l’Indochine coloniale ». Le Parti
communiste vietnamien dirigeait toutes les actions sur l’ensemble de
l’Indochine et encourageait la création des partis-frères au Laos et au Cam-
bodge en vue de la lutte « révolutionnaire commune ». Le réseau commu-
niste lao était constitué essentiellement d’éléments Vietminh, les
communistes vietnamiens du Laos s’efforçaient de renforcer leurs liens avec
les forces de résistance lao, en particulier avec les nationalistes de Lao Issara
conduits par Phetsarath.
Au sein du PCI, les membres laotiens ne constituaient qu’une poignée
d’hommes, ceci en dépit des efforts de recrutement des commissaires poli-
tiques vietnamiens ; par ailleurs les Lao, tout comme leurs camarades cam-
bodgiens n’y représentaient aucun poids politique. Les noms généralement
évoqués parmi les premiers Lao membres du PCI étaient Khamsèng Xivilay,
Savad, Phoui Banchong et Phandi ; on connaît peu la biographie de ces
43pionniers communistes, sinon que Khamsèng, natif de Khammouane , fut
un des premiers disciples de Hô Chi Minh, et chef de la section communiste
lao du PCI. D’autre part, l’histoire officielle du parti communiste lao n’est
44pas plus loquace à leur sujet . Les cadres laotiens sont formés on le sait dès
1947 dans les écoles militaires de la province de Nghe An. En octobre 1950,
à l’issue d’une classe de formation politique de cadres communistes laotiens
au Nord du Laos, on recensait seulement 10 Laotiens contre 117 Vietna-

43 Né en 1913 et mort en 1962.
44 Souk-Aloun Phou-Ngeun, Histoire du Laos moderne, p. 65.
31 LAOS
45miens . Dans la section laotienne du PCI au début de 1951, sur les 2991
communistes attachés à cette section, figuraient seulement 81 Laotiens, soit
462,7% des effectifs . Au sein du Parti communiste indochinois, des cellules
laotiennes se regroupaient dans le Parti des Travailleurs laotiens (Pak khong
Ngan Lao), calquées sur le schéma du Parti des Travailleurs vietnamiens
(Dang Lao Dong Vietnam). Compte tenu des faibles ressources et de
l’inexpérience du Parti communiste lao, le parti-frère vietnamien apportait
son soutien logistique, sa formation idéologique et son soutien financier au
gouvernement de résistance dès 1950. La section Laos du Bureau des Af-
faires Cambodge-Laos supervisait en effet les différents « Fronts de lutte au
Laos», rattachés aux inter-provinces du Vietnam (les Lien Khu). Ainsi les
provinces de Luang-Prabang, Phongsaly, Xieng Khouang, étaient rattachées
au Lien Khu IV qui se devait d’apporter la logistique aux fronts du Nord du
Laos et du Centre : Savannakhet Thakhek ; de même, le Lien Khu V soute-
nait le front du Bas Laos avec pour provinces : Saravane, Attapeu, Paksé ;
quant au front Ouest, avec les provinces de Sayabouri, Vientiane, Paksane,
47
elles étaient rattachées à l’organisation Vietminh en Thaïlande . Des « Co-
mités de cadres techniques » du Dang Lao Dong avaient pour responsabilité
de conseiller les camarades laotiens, de les contrôler et de recruter des Lao
pour le parti communiste. Dès lors, il était clair que le gouvernement de ré-
sistance de Souphanouvong basé au Vietnam n’avait pas les mains libres et
était subordonné à celui du Nord-Vietnam. Les Vietnamiens créèrent le 15
novembre 1950 le « Front commun de lutte des trois pays indochinois » lors
d’une conférence autour de Hô Chi Minh où tous les chefs des mouvements
révolutionnaires indochinois étaient présents ; le Néo Lao Issara était repré-
senté par Souphanouvong et Singkapo. Il était convenu d’adopter pour ce
Front un objectif commun aux trois peuples indochinois, des méthodes simi-
laires, des actions politiques coordonnées et un encadrement technique four-
ni par le Vietminh. En 1951, l’armée du gouvernement de résistance lao était
constituée en grande majorité de « volontaires » vietnamiens, évalués à
6 500 de personnes, alors qu’elle ne comptait que 2 000 soldats laotiens. Le
Pathet Lao poursuivait conformément aux méthodes des communistes viet-
namiens la conquête de la population et se lançait dans la construction des
bases révolutionnaires. Ces actions étaient ciblées en termes de territoires et
de villages. Ainsi le Pathet Lao privilégiait les provinces éloignées et fronta-
lières, les régions montagneuses et isolées, les populations à minorités eth-
niques non satisfaites ou méprisées par le gouvernement royal. Il était
implanté dans des villages où les dirigeants du Pathet Lao bénéficiaient
d’une certaine influence ou parce qu’ils en étaient issus. Si le Pathet Lao

45 Christopher E. Goscha, Le contexte asiatique de la guerre franco-vietnamienne : réseaux,
relations et économie (août 1945 à mai 1954), p. 192.
46 Christopher E. Goscha, op. cit., p. 106.
47 Jean Neuve, Le Royaume du Laos, 1945-1965, p. 33.
32 L’ESPACE POLITIQUE

continuait de se présenter comme un mouvement strictement nationaliste,
bâti sur l'indépendantisme, son noyau dirigeant s'orientait déjà vers le mar-
xisme-léninisme. D’autre part, pour étendre son influence et gagner le terri-
toire, il devait compter sur ces minorités et sur les villageois des hautes
terres, car la majorité des territoires de la plaine étaient occupées alors par le
gouvernement du royaume.
Aussi paradoxal que cela peut être, et bien que la section communiste
lao existait au sein du Parti communiste indochinois depuis 1936, le vocable
communiste n’est jamais mentionné de manière explicite dans aucun com-
muniqué écrit ou oral des dirigeants communistes lao, malgré les références
au marxisme-léninisme et à la « dictature prolétarienne » souvent citées.
Ceci, afin de ne pas effrayer sans doute, dès le début, les nationalistes lao et
les populations qui n’étaient pas encore acquis à leur cause. La direction du
parti a préféré employer les termes : révolutionnaire et démocratie populaire
à la place du mot communisme, mais cela ne les empêchait pas d’évoquer le
« Parti communiste indochinois » dans le préambule de la Constitution et de
déployer le drapeau rouge avec la faucille et le marteau, l’emblème de
l’international communiste. Cette précaution dialectique reste encore vraie
aujourd’hui, elle constitue une différentiation avec le parti communiste viet-
namien sur la forme et non sur le dogme. On observera aussi qu’après la
dissolution du Parti communiste indochinois, les communistes laotiens ont
créé en 1952 leur propre organisation en l’appelant Parti des Travailleurs
48Lao dont les effectifs sont estimés à 100 membres , alors que le parti-frère
cambodgien se nommait Parti communiste khmer.
Ce n'est que le 22 mars 1955, soit après la fin de la guerre d'Indochine,
après les accords de Genève et l'indépendance totale obtenue pour le
Royaume du Laos, qu'une vraie structure politique communiste est créée
dans le pays, avec le congrès fondateur du Parti du peuple lao (PPL) ou
49Phak Pasason Lao en laotien . Le congrès se tenait clandestinement à
50Samneua, et réunissait 25 délégués . Le parti comptait alors environ 300
membres et, en réalité, constituait en grande partie une simple branche lao-
tienne du parti communiste vietnamien. Une équipe embryonnaire de cadres
dirigeants du PPL était composé de militants ayant tous été formés par les
communistes vietnamiens depuis 1946, ils constituaient le noyau des diri-
geants du Pathet Lao avec entre autres Kaysone Phomvihane, Nouhak
Phoumsavan Souphanouvong, Boun Phommahasai, Sisavat Keobounphanh,
51et Khamsèng . Kaysone et Nouhak, tous les deux originaires de Savannak-
het, furent après Khamsèng parmi les premiers membres communistes admis

48 Bernard B. Fall, Anatomy of a crisis: the Laotian crisis of 1960-1961, p.112.
49 Les fondateurs sont constitués de vingt anciens membres du P.C.I.
50 Martin Stuart-Fox, op. cit., p. 215.
51 Carine Hahn, Le Laos, op. cit., p. 127 ; Christopher E. Goscha, The Revolutionary Laos of
the Democratic Republic of Vietnam : The Making of a Transnational ‘Pathet Lao Solution ‘
(1954-1956) in The Failure of Peace in Indochina, pp. 81.
33 LAOS
en 1949 au sein du P.C.I, ils furent suivis ensuite de Phoune Sipraseuth et
Sisomphone Lovanxay en 1950 puis de Phoumi Vongvichit en 1951. Le
prince Souphanouvong ne fut admis qu’en 1955 au PPL. Le premier congrès
élit alors un Comité central et un Bureau politique de sept membres compre-
nant Kaysone Phomvihane, Nouhak Phoumsavan, Souphanouvong, Phoumi
Vongvichit, Phoune Sipraseuth, Sisomphone Lovanxay et Khamtay Siphan-
done. Kaysone est élu secrétaire général du parti, véritable leader de
l’organisation. L’armée de libération lao et le parti se confondent en un seul
corps et coopèrent la main dans la main tant sur le plan militaire que sur le
plan de la propagande idéologique auprès des populations. Dès la formation
du parti, les membres étaient d’origine très diverse, le parti est formé de trois
cercles de partisans : le premier cercle était constitué d’adhérents du PCI, des
hommes d’origine sociale modeste ou des membres recrutés par le Vietminh.
Au sein de ce cercle, on citera Kaysone Phomvihane et Nouhak Phoumsa-
van, mais aussi Sisomphone Lovanxay, Samane Vignaket, Phoune Sipra-
seuth et Khamtay Sipandone. Le deuxième cercle était formé de membres
révolutionnaires appartenant à l’élite lao, comptant notamment avec le
prince Souphannouvong, Phoumi Vongvichit et Tiao Souk Vongsak. Et en-
fin, dans le troisième cercle on trouvait en particulier des chefs traditionnels
de minorités ethniques comme Faidan Lobliayao, représentant Hmong, ou
Lao Soung et Sithon Kommadam, le responsable Lao Theung au Sud du
Laos et des paysans, des soldats et des ouvriers. Il est remarquable de consta-
ter que ces trois cercles ont réussi à former le noyau d’un parti stable de diri-
geants qui a duré jusqu’à nos jours.
D’autre part, le PPL ne révélait quasiment pas son existence, préférant
toujours fonctionner clandestinement en tant que noyau dirigeant du Pathet
Lao. À la fin des années 1950, les effectifs du parti augmentèrent rapide-
ment, pour atteindre plusieurs milliers. Lors d'un congrès du 6 au 14 janvier
1956, le Pathet Lao fondait un parti destiné à être sa vitrine légale, le Néo
Lao Haksat (NLHS) ou Front patriotique lao (FPL) avec Souphanouvong
pour président et accédait en 1957 au statut de parti politique autorisé et
légitime dans l’ensemble du pays. Se substituant au Néo Lao Issara, le
NLHS ne cessera plus alors de s’affirmer, de sortir peu à peu de sa clandes-
tinité et de grandir à partir de 1972.
L’évolution de l’histoire du parti emmène une fois de plus, en février
1972, à l'occasion du deuxième Congrès du PPL, le parti à se rebaptiser Par-
ti populaire révolutionnaire lao (PPRL). Kaysone Phomvihane fut réélu
secrétaire général et restait à la tête du parti sans interruption jusqu’à sa mort
en 1992. Le parti comptait environ 300 membres en 1950, quelques milliers
à la fin des années 1950, 15 000 membres à la veille de sa prise de pouvoir
en 1975 et il affichait un effectif de 44 000 en 1986. En 1991, lors de son
ème5 congrès, le PPRL a revendiqué 60 000 membres, soit environ 1% de la
34 L’ESPACE POLITIQUE

52population du Laos . Le nombre d’adhérents du parti passait en 2003 à plus
èmede 110 000, soit 1,8% de la population, et au 8 congrès en 2006 ce chiffre
èmea atteint 148 600. Le 9 congrès en 2011 a révélé que le nombre de
membres du parti s’élève au Laos à 191 700 individus, soit environ 3 % de la
53population, répartis dans 14 269 cellules . Kaysone Phomvihane changeait
en 1991 son titre de secrétaire général du PPRL en président du Comité cen-
tral. La même année, il devint chef de l'État en remplacement de Phoumi
Vongvichit qui assurait depuis 1986 l'intérim de Souphanouvong malade.
Mort en 1992, Kaysone est remplacé à la tête du parti par Khamtay Siphan-
done, qui devint président de la République en 1998. En 2006, Khamtay
Siphandone laissait successivement ses postes de chef du parti et de chef de
l'État à Choummaly Sayasone. Ce dernier reprend aujourd’hui le titre de
secrétaire général, titre plus conforme avec celui qui est pratiqué par le PCV
ou par le Parti communiste chinois.


LES TRENTE ANNÉES DE LUTTE DE « LIBÉRATION »

À partir de 1950 et après la formation du Néo Lao Issara, l’organisation
politique et administrative du Pathet Lao se mettait en place. La lutte révolu-
tionnaire s’inscrivait alors dans la durée et devait être solidaire de la lutte de
libération du Vietnam. Le PPL, véritablement l’organe de résistance au gou-
vernement royal affichait sa volonté « de mener une guerre populaire avec
l’APL, de créer un Laos totalement indépendant, de fonder un gouvernement
national de coalition, de bâtir une organisation de masse fédérée au sein du
NLHS, créée notamment pour susciter dans les territoires sous le contrôle du
54PPL les conditions favorables à la réunification du pays » .
Alors qu’une partie des élites du gouvernement du Royaume du Laos
entre 1951 et 1954 se déchirait en luttes claniques et régionalistes et accep-
tait une aide et une intervention américaines sur le sol laotien motivée par la
politique de containment du communisme, avec pour conséquence de préci-
piter la désunion nationale, les révolutionnaires lao s’étaient dédiés à la
construction d’une société socialiste. Pour le NLHS, la transition écono-
mique passait par la transformation de l’agriculture. Les villageois atten-
daient de la collectivisation une amélioration de la productivité, la
domination du parti devait s’exercer également sur l’ensemble des acteurs
économiques et sociaux et confortait officiellement en effet l’assise de
ses structures. La propagande et l’action de conquête sur les populations
rurales et minorités ethniques frontalières avaient porté leurs fruits.

52 Library of the Congress Country Studies. Laos, Origins of the Party, Washington, 1994.
53 Vientiane Times, 23 mars 2011.
54 Un des douze points du programme politique du Néo Lao Issara.
35 LAOS
En avril 1953, le Pathet Lao gagnait, grâce à l’aide de leurs alliés viet-
namiens, le contrôle d'une zone étendue, comprenant le plateau des Bolovens
au sud et plusieurs provinces du nord dont la région de Phongsaly. Il mena-
çait Luang Prabang en même temps que le Vietminh contrôlait les axes de
pénétration du Tonkin vers le Nord-Laos. De nombreux postes français, dont
celui de Samneua, devaient être évacués. Des « zones libérées » échappaient
à l’autorité du gouvernement et devenaient des territoires administrés par le
Pathet Lao et servaient à la lutte armée. En octobre 1953, l’extension de la
guérilla conduisit la France et le gouvernement royal laotien à la signature
d’un Traité d’amitié et d’association par lequel la France s’engageait à dé-
fendre le Laos, contre les entreprises du Vietminh, ce qui expliquait
l’implantation dans la cuvette de Dien Bien Phu, à l’ouest du Tonkin, d’un
camp retranché dont la garnison avait pour mission d’interdire les infiltra-
tions de l’ennemi vietminh en direction du Laos. La Conférence internatio-
nale de Genève en juillet 1954, suite à la défaite de l’armée française à Dien
Bien Phu en mai de la même année, entérinait la division du Vietnam en
deux États vietnamiens : La République démocratique du Vietnam (appelée
communément Nord-Vietnam), communiste, et l’État du Vietnam (Sud-
Vietnam), pro-occidental, remplacé l’année suivante par la République du
Vietnam, sous influence américaine. Quant au Laos, la Conférence confir-
mait la monarchie constitutionnelle mise en place par les Français en 1947 et
reconnaissait officiellement le Pathet Lao dont les forces militaires étaient
autorisées à se regrouper dans deux provinces de Phongsaly et de Huaphan
au Nord-Est du pays ; les Accords de Genève prévoyaient également des
élections générales en 1955 et la non-participation du Laos à aucune alliance
militaire. L’après Genève révéla le fragile équilibre entre alliés ou parte-
naires, source de divergences, d’antagonismes et de fractures. Le contexte
indochinois et la géopolitique régionale des grandes puissances (États-Unis,
Chine, Union soviétique) du moment prenaient le pas sur la politique spéci-
fiquement laotienne. En effet, le Laos occupait une position géographique
stratégique dans ce nouvel espace de lutte idéologique. Pour le président
américain Eisenhower et les experts militaires du Pentagone, si le Laos tom-
bait, la Thaïlande et toute la péninsule Sud-Est Asiatique tomberaient sous la
menace communiste comme des « dominos ». Dès lors, la neutralité du Laos
suivant les Accords de Genève ne fut pas respectée, ceci aussi bien par les
parties laotiennes impliquées que par les puissances étrangères comme les
États-Unis, la Thaïlande (alliée des Américains), le Nord-Vietnam, l’URSS
et la Chine. Les plus intransigeants parmi les deux camps avaient eu raison
des choix politiques conduisant à la violation des accords de Genève. En
effet, le Pathet Lao n’acceptait pas le contrôle du gouvernement royal sur ses
deux provinces conquises, pas plus que les militaires de droite n’avaient
accepté les victoires électorales du Pathet Lao.
Les États-Unis bien avant les Accords de Genève ont apporté de l’aide
financière et équipements aux forces militaires françaises pendant la guerre
36 L’ESPACE POLITIQUE

d’Indochine puis ils ont financé économiquement et militairement le gouver-
nement royal lao dans le but d’empêcher le Pathet Lao de progresser dans le
55pays et de prendre le pouvoir . Le tableau ci-dessous donne le montant de
l’aide des États-Unis accordée au Laos de 1955 à 1963, comme on peut le
constater la part des équipements militaires représente 32% des 480,7 mil-
lions de dollars plus les salaires des militaires laotiens. La part du dévelop-
pement et de la coopération technique n’est que 9,1 millions de dollars soit à
peine 2% des dépenses totales. Ces dépenses n’intègrent pas celles engagées
directement par le gouvernement américain au Laos ni par la CIA et celles
liées à la « guerre secrète » au Laos ainsi que toutes les autres dépenses non
officielles à caractère de « défense nationale ».


L’aide US au Laos de 1955-1963 (millions de dollars)


Développement Salaires des Equipement Total
Année et coopération militaires et militaire
technique civils
1955-1960 7,1 225,2 57,30 289,6
1961 1,4 29,1 33,2 63,7
1962 0,6 27,5 37,1 65,2
1963 - 38,5 23,7 62,2
Total 9,1 320,3 151,3 480,7

Source: Dommen, Arthur J. Conflict in Laos: The Politics of Neutralization.

Après les Accords de Genève, afin de soutenir le régime royaliste, les
Américains ont soutenu le gouvernement de droite de Vientiane par les aides
économiques importantes. Ces aides comprenaient deux volets : le volet
intitulé « projet » proprement dit qui incluait les divers programmes de déve-
loppement économique et les fournitures de matériels militaires et supports
techniques pour l’armée royale puis le volet « non projet » qui couvrait le
budget national des forces armées, la police, mais il servait aussi à stabiliser
la monnaie nationale, à améliorer le système éducatif et santé public entre
autres. Ainsi plus de 2 800 étudiants et stagiaires ont été envoyés étudier et
56se former en Thaïlande entre 1955 et 1971 . Le tableau ci-dessous donne la
synthèse de l’aide économique américaine au Laos de 1955 à 1975 mais ne
prend pas en compte l’aide militaire directe américaine. On remarquera que
l’aide économique de la période 1955 à 1970 représentait environ 43 mil-
lions de dollars de dépenses par an, la période 1971 à 1973 était de 50 mil-

55 Selon M. Goldstein dans American Policy Toward Laos, de 1950 à 1954, les États-Unis ont
fourni 1,2 milliard de dollars à la France pour combattre le Nord-Vietnam pendant la guerre
d’Indochine et ont supporté 78% du coût de la guerre.
56 Viliam Phraxayavong, History of Aid to Laos, pp. 103-105.
37 LAOS
lions de dollars par an puis de 1974 à 1975 les dépenses ont diminué jusqu’à
29 millions par an. Il y a une corrélation entre les dépenses et les trois pé-
riodes décrites, en effet les dépenses élevées correspondaient à la période où
l’intensité de la guerre était forte au Laos. Entre 1971 et 1973, la priorité
consistait également à reloger les réfugiés qui quittaient les zones de guerre
souvent très bombardées et de développer une économie rurale.


Aide économique américaine au Laos de 1955-1975
(en millions de dollars)


Cumul 1971 1972 1973 1974-75
1955-
1970
Aide en Projet
Développement agricole 14,043 1,976 1,797 1,444 1,853
Développement industriel 2,881 244 129 - -
Développement national 41,325 2,538 2,902 3,206 3,735
Développement économie 39,908 4,288 3,717 4,145 3,002
rurale
Santé Enfant 1,732 883 500 780 1,791
Santé publique 19,939 3,743 1,872 2,342 6,953
Education 12,253 1,557 1,282 1,699 1,566
Administration 2,517 893 960 1,230 1,296
Réinstallation des réfugiés 28,268 3,405 3,342 5,255 6,013
Lutte contre le narcotique - - 1,100 2,047 -
Support pour aviation 57,659 6,282 6,973 3,501 2,994
Administration police et civile 5,248 481 355 396 -
Support technique général 47,362 5,003 5,800 5,682 -
Support technique militaire 22,225 - - - -
Sous total 295,360 31,293 30,727 31,727 29,203
Aide à caractère non projet
Fonds des opérations de 85,867 16,100 17,750 16,100 -
change
Importation US 75,358 1,500 450 - -
Support du budget lao en 11,857 - - - -
devises
Dons en espèce 214,069
Sous total 387,151 17,600 18,200 16,100 -
Divers 11,524 2,293 1,367 2,282
Total 694,935 51,186 50,294 50,109 29,203

Sources : Barbier, J.P., Dix- sept ans d’aide économique au Laos: un pays malade de l’aide étrangère ;
USAID, Mission to Laos 1973.

38 L’ESPACE POLITIQUE

La lutte d’influence entre le gouvernement royal et le Pathet Lao se
poursuivit et s’amplifia dans tout le pays. Les Accords de Genève étaient
présentés partout par la propagande du Pathet Lao comme une victoire du
« peuple » lao contre l’impérialisme et le capitalisme dans les villages sous
57son contrôle . L’armée de libération lao formait les unités combattantes et
les nouveaux propagandistes en particulier parmi les groupes de minorités
ethniques. Le Pathet Lao, à mesure qu’il gagnait des territoires, renforçait
son organisation politique et militaire. Samneua devenait le siège du gouver-
nement Pathet Lao, recevant une aide matérielle importante du Nord-
Vietnam, de l’Union soviétique, de la Chine et même des pays de l’Europe
de l’Est : Tchécoslovaquie, Pologne ou République démocratique Allemagne
(RDA). Les délégations du Pathet Lao participaient alors ouvertement aux
réunions organisées par les pays socialistes en Europe et en Asie : À Mos-
cou, Berlin, Stockholm, Oulan Bator ou Pékin. Les émissions de radio diffu-
saient des nouvelles et leur propagande à partir de Hanoi où était installée
58une délégation du Pathet Lao, dirigée par Sisana Sisane .
La guérilla au Laos commencée depuis 1951 était organisée selon les
méthodes nord vietnamiennes, elle mobilisait toutes les ressources de la po-
pulation. Les villages étaient pourvus d’une multitude d’organisations : Pour
l’administration, la défense, l’intelligence militaire, la jeunesse, les femmes,
l’éducation, l’irrigation, l’agriculture, etc. Elles élisaient elles-mêmes leurs
dirigeants et choisissaient les délégués chargés de traiter avec les experts de
l’extérieur pour des questions comme celles de l’irrigation. Chaque militant
débutait son apprentissage révolutionnaire sur le terrain. Toute la population
était embrigadée dans un système entièrement dévoué à la guérilla, à la con-
quête de nouveaux villages, à la libération des territoires et à la propagande
politique. Les séances d’endoctrinement politiques en vue de motiver les
villageois et les soldats étaient une pratique courante. Face à une telle orga-
nisation et à une guerre psychologique, les troupes militaires du gouverne-
ment royal se trouvaient dans une situation déséquilibrée et ne semblaient
pas livrer la même guerre que celles de l’armée populaire de libération lao.
Selon une interview donnée par Noam Chomsky au Monde diplomatique, ce
dernier déclarait que : « D’après les renseignements que j’ai pu rassembler,
on peut dire sans se tromper que le Pathet-Lao est la seule force indigène
organisée au Laos qui ait un plan réaliste, détaillé et complet pour le déve-
loppement économique et social, un programme qui puisse mobiliser les
masses paysannes ou leur donner les moyens de participer aux institutions
sociales et politiques. On peut seulement se demander dans quelle mesure
ces programmes auraient réussi s’il n’y avait eu ces incessantes attaques

57 Jean Neuve, op. cit., p. 64.
58 Jean Neuve, ibidem, p. 75.
39 LAOS
américaines qui ont très largement transformé les espoirs de progrès en vœux
59de survie ».
En novembre 1957, le premier ministre Souvanna Phouma du gouver-
nement royal et Souphanouvong parvinrent à un accord pour former le pre-
mier gouvernement de coalition nationale approuvé par l’Assemblée
nationale laotienne. Mais un nouveau groupement politique des conserva-
teurs renversa en août 1958 ce gouvernement avec le soutien des États-Unis
en dépit des élections complémentaires remportées en mai 1958 par le
NLHS. Cet échec de la politique de neutralité du Laos déclencha de nouveau
une guerre civile qui allait durer jusqu’en 1973 malgré un répit de plus de
dix- huit mois grâce au deuxième gouvernement provisoire d’union nationale
installé suite aux accords de Khangkhay en juin et aux seconds accords de
Genève en juillet 1962. La deuxième Conférence de Genève sur le Laos eût
lieu après la dure bataille de Luang Namtha du 6 mai 1962 qui avait vu la
défaite de l’armée royale nationale. Côté Pathet Lao, cette bataille avait été
menée conjointement avec les forces de l’APL et les soldats du Nord-
Vietnam ; environ 1 000 soldats de l’armée royale du général Phoumi No-
60savan s’étaient rendus à l’armée populaire lao à l’issue de la bataille. Cette
victoire, qui « témoigne du patriotisme des populations et de l’armée de
Luang Namtha, résulte de la solidarité spéciale entre les armées lao et viet-
namienne, avec l’aide des pays amis, notamment la République Populaire de
eChine et l’ex-URSS », a été célébrée le 6 mai 2012 à l’occasion du 50 anni-
versaire de la libération de cette province par le gouvernement et le parti en
61présence de l’attaché militaire de l’ambassade du Vietnam au Laos . Le
deuxième gouvernement tripartite (droite, neutraliste et Pathet Lao) vola en
éclat le 18 avril 1964 après le coup d’État perpétré par des factions de droite,
en même temps, l’escalade de la guerre au Vietnam s’intensifia. La coupure
était désormais nette entre le NLHS et la faction de droite de Vientiane ; elle
mettait fin également à l’expérience impossible du neutralisme au Laos. La
deuxième guerre d’Indochine ou la « guerre américaine » au Vietnam était
désormais commencée sur le territoire lao. Le Laos est alors divisé en deux
camps : La droite, pro-américaine et la gauche, provietnamienne. Depuis
1961, l’assistance militaire directe fournie au Laos est tenue secrète par les
Américains, mais elle pourrait être de l’ordre de 30 millions de dollars par
an, atteignant plus de 300 millions de dollars en 1969 et un montant encore
62plus élevé en 1970 . L’aide économique étrangère au Laos de 1955 à 1971
était estimée à 1 milliard de dollars dont 83% était supporté par les Améri-

59 Le Monde diplomatique, Le Laos est devenu un champ d’expérimentation des techniques de
lutte anti-insurrectionnelle. Une guerre américaine « camouflée », décembre 1970.
60 Christopher E. Goscha, Karine Laplante, The Failure of Peace in Indochina (1954-1962), p.
99.
61 Vientiane Times, 6/05/2012.
62 Noam Chomsky, op. cit.; Dommen, Arthur J. Conflict in Laos: The Politics of Neutraliza-
tion.
40 L’ESPACE POLITIQUE

63cains . Naturellement, les dépenses de la CIA ne sont pas connues ainsi que
celles directement liées à la « guerre secrète » au Laos. Néanmoins ces dé-
penses militaires sont sans commune mesure avec celles qui sont engagées
au Vietnam. Les buts assignés à l’aide économique des États-Unis sont clai-
rement énoncés par le directeur de la mission d’aide économique américain
(USAID) à Vientiane en 1970 : « Les objectifs de la politique étrangère amé-
ricaine au Laos sont de donner support pour le maintien du gouvernement
lao actuel et d’éviter de faire un renversement de celui-ci par les forces
64communistes ».
Au Laos, « les territoires du Pathet Lao, et en particulier la zone de la
piste Hô Chi Minh, étaient devenus une annexe stratégique de l’effort de
guerre du Nord-Vietnam (…). Le sort du Laos, victime des idéologies et de
la géopolitique allait maintenant se décider avec l’issue de la guerre du Viet-
65nam ». Le Laos, victime de la stratégie géopolitique des puissances étran-
gères et de ses voisins, était ainsi pris en tenaille par les belligérants de la
guerre du Vietnam, qui s'y affrontaient par factions laotiennes interposées.
À partir de 1964, le NLHS contrôlait déjà un territoire couvrant la moitié
du Laos, territoire essentiellement montagneux avec une population clairse-
mée, estimée à un tiers de la population totale, en majorité composée de
minorités ethniques. Dès 1965, avec l’intervention des troupes américaines
au Sud-Vietnam, le NLHS renforça progressivement sa position grâce à
l’appui des troupes nord-vietnamiennes ; il gagna en notoriété et agrandit les
territoires sous son contrôle tandis que la guerre s’était peu à peu installée
avec une tragique intensité. La puissance militaire américaine était alors
lâchée, dans toute l’Indochine. À partir de ce tournant, la décennie 1964-
1973 fut terrifiante pour le Laos. En effet, de 1964 à 1969, les États-Unis
déclenchaient Rolling Thunder, une opération de bombardements intensifs.
Le conseiller militaire et journaliste Fred Branfman a dénoncé avec viru-
66lence la violence inutile de ces attaques dans son livre . Il a avancé le
nombre de plus de 500 000 raids, soit une attaque toutes les 8 minutes pen-
dant 9 ans. Selon les Pentagon Papers, le Laos aurait subi plus 500 attaques
aériennes par mois. L’intensification des attaques américaines sur la « piste
Hô Chi Minh » conduisit à étendre la guerre à l’Est du Laos ; les Américains
voulaient impérativement empêcher les troupes de la RDVN de transporter
des matériels de guerre et de faire passer ses soldats au Sud-Vietnam pour
aider les forces du Front national de libération du Sud-Vietnam par cette
« piste », dont une grande partie traverse le Laos. Dès juillet 1965, les diri-
geants, les cadres du NHLS et la population multiethnique avaient pris

63 J.P. Barbier, Objectifs et résultats de l’aide économique au Laos, p. 334, p. 337.
64 Idem, p. 339.
65 Christie J. Clive, « Laos and Vietnam War », in Southeast Asia in the Twentieth Century,
pp. 226-227.
66 Voices from the Plain of Jars: Life under an Air War, 1972.
41 LAOS
l’option de se disperser et de s’abriter dans les grottes montagneuses et hu-
mides ou dans les villages cachés des zones de Phongsaly, Huaphan et dans
les dix autres provinces du pays, Samneua, étant la capitale provisoire de la
« zone libérée ». Les hôpitaux, écoles, imprimeries, ateliers de métallurgie,
ateliers de tissage de textile, garderies d’enfants, salles pour les réunions
politiques et militaires s’étaient installés dans des grottes naturelles secrètes
mal éclairées par de petits groupes électrogènes ou des grottes creusées à la
67dynamite dans la craie, et où l’eau ruisselait pendant la saison des pluies .
La vie politique et les activités quotidiennes s’étaient organisées dans la
clandestinité, et parfois souterrains, avec la complicité des villageois. Pen-
dant la période 1965 à 1973, la « zone libérée » reçut de nombreuses aides et
subventions en provenance des pays socialistes. Elle bénéficia notamment
d’aides matérielles en armes lourdes, les moyens de transport, les médica-
ments de l’URSS ; de la Chine, elle recevait les armes légères, habillements,
nourriture et médicaments. La RDVN fournissait les soldats, formateurs
politiques et toute la logistique nécessaire pour mener à bien la guerre com-
mune contre « l’impérialisme américain ». La présence civile chinoise dans
la « zone libérée » fut visible déjà en 1961 mais avec plus d’insistance à
Khangkhay à partir de 1964 après l’échec du deuxième gouvernement
d’union national. Cet échec fait suite à l’assassinat du ministre neutraliste
pro-Pathet Lao, Quinim Pholséna, en avril 1963 à Vientiane ; les ministres
du Pathet Lao en évoquant leur insécurité dans la capitale sont tous retournés
à Khangkhay. Une équipe de 200 à 300 Chinois : conseillers, ingénieurs et
techniciens étaient à Khangkhay pour assister des cadres et combattants lao-
tiens jusqu’en 1970. En aucun moment, il y eût de présence de soldats chi-
nois sur les fronts. Car Hô Chi Minh ne voulait pas internationaliser la
deuxième guerre d’Indochine, pour lui, c’était une guerre commune menée
uniquement par les trois peuples indochinois contre « l’agression améri-
caine ».
Dès mai 1964, après l’échec du deuxième gouvernement d’union natio-
nale, on peut dire que la « guerre américaine au Laos » est commencée. Il y
avait désormais deux camps : Celui du Néo Lao Haksat et celui de la droite.
68Les soldats neutralistes de Kong Lé furent alors intégrés dans l’armée du
général Phoumi. Les États-Unis prenaient directement en main la guerre en
intensifiant les bombardements sur la piste « Hô Chi Minh », sur le Nord-Est
du Laos et sur le Nord Vietnam, grâce au système de téléguidage électro-
nique de leurs avions installé sur le sommet de la montagne de Pha Thi ; et
69dans le cadre de la « guerre secrète », la CIA décuplait d’autre part les en-

67 Voir la publication de l’auteur, Laos : la redéfinition des stratégies politiques et écono-
miques (1975-2006), p. 19-21.
68 Capitaine parachutiste, auteur du coup d’État du 8 août 1960 qui voulait rétablir un gouver-
nement neutraliste.
69 Prados, J. Lost Crusader: The Secret Wars of CIA Director William Colby. (2003).
42 L’ESPACE POLITIQUE

vois d’instructeurs, armes et pilotes pour assister les soldats du général Vang
70Pao . À partir de 1965, le NLHS avait l’absolue conviction que sa victoire
fut proche, l’ébauche de l’organisation d’un « État » a pris alors forme dans
les zones sous son contrôle dans les moments les plus forts des bombarde-
ments, ceci bien avant la signature des Accords de Paris de 1973. La « zone
libérée » se structurait et se préparait à transmettre son expérience et sa ges-
tion de « guerre » à la future administration du nouveau régime.
Contre la « zone libérée », les forces américaines utilisaient toutes les
variétés de bombes : Le napalm, les défoliants, les bombes anti-personnel et
71les armes chimiques . Des centaines de milliers de bombes non explosées
sont toujours en cours de déminage en 2013 dans les provinces de Xieng
Khouang, Huaphan, Phongsaly, Borikhamsay, Khammouane, Saravane,
72Sékong, Attapeu et Champassak . Le Laos connut ainsi, entre 1964 et 1973,
les attaques de 580 344 bombardiers américains sur tout le territoire laotien,
73y compris les endroits où ne passaient pas la piste « Hô Chi Minh » comme
la Plaine des Jarres. Plus de 3 millions de tonnes de bombes ont été lâchées
durant cette période au Laos, plus que pendant toute la Seconde Guerre
74mondiale, soit l’équivalent d’une tonne de bombes par habitant . Le Laos
était aussi le pays financièrement le plus aidé au monde, par habitant ;
quelques grandes familles de Vientiane, de Savannakhet et de Paksé
s’enrichirent considérablement, mais l'ensemble de la population profita
également de la manne américaine. Ainsi, malgré la guerre civile, on peut
noter au cours de cette période quelques progrès réalisés dans les domaines
de l'éducation et de la santé ainsi que dans l’élévation du niveau de vie en
général de la population urbaine des plaines, ceci grâce à l’aide économique
américaine et de ses alliés, mais on constate que quasiment pas de routes et
de ponts ont été construits pendant la période 1955 à 1973. Dès 1955
jusqu’au début de 1972 (en dehors des deux gouvernements d’union natio-
nale), il n’est pas sans intérêt de rappeler que la mission de l’aide écono-
mique au Laos prenait directement en main l’administration et l’économie
du Laos. Selon les témoignages de plusieurs journalistes, experts américains
et anciens hauts-fonctionnaires lao, un véritable « gouvernement parallèle »
avait été mis en place par les Américains à Vientiane dans les années 1960
pour diriger la politique étrangère laotienne avec le support des fonction-

70 Premier général de l’armée royale du Laos issu de l’ethnie Hmong et chef de cette commu-
nauté. Mort aux Etats-Unis en 2011.
71 D. John Mac Kinley, cité par l’International Herald Tribune du 30/5/85.
72 Programme d’engins non explosés soutenu (UXO) par le PNUD et les pays comme le
Japon, les USA, l’Allemagne, l’Australie.
73 Ph. Pataud Celeriez, Le Monde Diplomatique, « le Laos, un pays plein d’énergie en quête
de devises », juillet 1999.
74 United States Senate, Relief and Rehabilitation of War Victims in Indochina: One Year
rd ndafter the Ceasefire, 93 Congress, 2 Session, 1974, Washington DC, US Government Print-
ing Office.
43 LAOS
naires de l’USAID, de l’USOM, de la CIA, des conseillers militaires et ex-
perts américains ou alliés ; tout ceci, sous la supervision et la coordination de
l’ambassade américain. Les Laotiens n’avaient aucun pouvoir de décision
sur le sort et la destinée de leur pays et le Laos perdait littéralement sa sou-
veraineté nationale. Les dirigeants de la droite n’étaient consultés par les
Américains que pour la pure forme ou étaient informés lorsque les décisions
avaient été déjà prises. Selon de nombreux témoignages des vétérans de
guerre, les salaires des soldats et ceux des fonctionnaires ainsi que le budget
du gouvernement dépendaient du bon vouloir de l’ambassade américain à
Vientiane. La situation du gouvernement royal lao était donc peu enviable.
Les relations n’étaient pas celles de deux gouvernements de deux pays indé-
pendants, mais d’une administration étrangère homologue d’un gouverne-
ment dépendant !
Entre 1967 et 1972, le NLHS commença à menacer sérieusement les
positions du gouvernement royal. Partout, la guérilla devint un cauchemar
pour les paramilitaires américains, les mercenaires thaïlandais armés par la
CIA, les hommes du gouvernement de l’armée de droite et les soldats
75Hmongs du général Vang Pao. Les conseillers thaïs et philippins de plus en
plus nombreux se trouvaient sur le terrain avec les soldats de l’armée royale.
Des combats acharnés eurent lieu par endroit durant cette période entre les
soldats des deux factions laotiennes. La poursuite de la guerre et les misères
qu’elle engendrait, avaient entraîné le déplacement de 300 000 réfugiés mon-
tagnards dans la vallée du Mékong.
Face à l’armée royale de Vientiane qui comptait 54 000 hommes (beau-
coup étaient de soldats « fantômes » qui apparaissaient seulement sur les
feuilles de paye), à laquelle il faut ajouter les 20 000 soldats hmongs du gé-
néral Vang Pao, recrutés et armés par la CIA, et environ 8 000 soldats neu-
tralistes du général Kong Lé, le NLHS alignait une force d’environ 25 000
soldats, composée d’hommes déterminés et combatifs. Parallèlement, il faut
souligner qu’environ 9 000 soldats nord-vietnamiens combattaient ponctuel-
lement aux côtés de l’armée de libération du NLHS, sans compter les soldats
du colonel Deuane à Khangkhay qui étaient alliés au NLHS et les 2 500
soldats neutralistes patriotiques du général Kham Ouane à Phongsaly. Le
NLHS était fortement soutenu par leurs alliés du Nord-Vietnam, tant militai-
rement que matériellement, sa dépendance à l’armée populaire de libération
vietnamienne était entière.
En 1970, il y a plus de dix mille militaires étrangers combattant à côté
de l’armée royale en plus des soldats hmongs formés et encadrés par les
forces spéciales US. Il va de soi que l’engagement des États-Unis auprès de
l’armée royale comme l’engagement de l’armée populaire de libération viet-
namienne (APVN) auprès du NLHS allait sans cesse en croissant. La déter-
mination et l’exemplarité des forces combattantes de l’APL avaient suscité

75 Les Philippins sont affectés dans le service de la Santé, mais ne sont pas sur le front.
44 L’ESPACE POLITIQUE

partout des sympathies des populations rurales, alors que la corruption, les
abus de pouvoir, l’enrichissement illicite, grâce à une aide américaine mas-
sive, étaient partout visibles dans les villes. Sur le terrain de combat, Nam
Bak, la dernière base de l’armée du royaume au nord de Luang-Prabang était
tombée entre les mains du NLHS en janvier 1968. En avril 1970, toute la
province sud d’Attapeu était conquise par le NLHS. En février 1971, l’échec
retentissant de l’opération Lam Son 719 menée dans la région de Sépone au
sud du Laos par les troupes Sud-Vietnamiennes de 21 000 hommes en vue
de couper le ravitaillement communiste venant du Nord à destination des
troupes du FNL au Sud-Vietnam avait entraîné la prise de la province entière
de Saravane au Sud du Laos par le NLHS, aidé par les troupes de 36 000
76hommes du Nord-Vietnam . À la même période, les positions de l’armée
royale étaient partout menacées et attaquées à Vientiane. Dès 1972, les
forces de l’APL attaquaient partout les positions de l’armée royale. De durs
combats avaient lieu à Long Cheng, quartier général de l’armée hmong de
Vang Pao au Nord du Laos ; autour de Paksong, près de Paksé, fief du prince
Boun Oum dans le Sud du Laos ; autour de la plaine des Jarres et aux alen-
tours de Luang Prabang. Le NLHS affirmait partout sa prééminence et se
préparait à négocier en position de force avec la « partie de Vientiane »,
expression désormais consacrée par les communistes pour désigner la droite
et son gouvernement sans la participation des ministres du NLHS et des
ministres neutralistes « patriotiques ». Par ailleurs, le gouvernement royal
devait faire face à la pression de la rue : Mécontentement de la population
urbaine contre l’augmentation du coût de la vie, manifestation des lycéens et
des étudiants.
Devant les échecs militaires, le prince Souvanna Phouma négocia avec
le NLHS. Les accords de Paris signés le 23 janvier 1973 entre les États-Unis
et la RDVN eurent des répercussions immédiates au Laos. Un cessez-le-feu
fut conclu le 21 février 1973 (dit Accords de Vientiane) entre la « partie de
Vientiane » et le NLHS mettant ainsi fin à la guerre civile. Et quelques mois
plus tard, une Assemblée nationale provisoire fut constituée. Le 3 avril 1974,
Souphanouvong revint à Vientiane ; après les Accords de Vientiane, un
Gouvernement provisoire d’union nationale fut mis en place le 5 avril 1974
avec Souvanna Phouma comme premier ministre et Phoumi Vongvichit
comme vice-premier ministre. Souphanouvong quant à lui occupait le poste
de président du Conseil politique consultatif, au même niveau hiérarchique
que le premier ministre. Le NLHS profitant de sa situation de force étendit
son influence sur l'ensemble du pays. La zone sous contrôle du NLHS cons-
tituait alors près des deux-tiers du territoire du royaume, une zone essentiel-
lement montagneuse et peu fertile, qui contenait la moitié de la population
totale du pays. Au fur et à mesure que le NLHS prenait le contrôle des ré-
gions, ses dirigeants et le PPRL mettaient en place des régions administra-

76 Laurent Cesari, L'Indochine en guerres 1945-1993, p. 216-217.
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