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Le manifeste pour l'Afrique

De
319 pages
Véritable appel à l'insurrection contre les dirigeants africains véreux, ce Manifeste pour l'Afrique dérange en posant le problème du racisme sous-jacent, qui se cache dans les pratiques d'exploitation qui asservissent le continent noir. Ouvrage de dénonciation des mécanismes actuels du système d'exploitation néocolonial qui se perpétue en Afrique, le manifeste s'attaque à ces dirigeants africains, planificateurs de la banqueroute de leur Etats. Il exhorte les Africains à arracher leur vraie indépendance.
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LE MANIFESTE POUR L'AFRIQUE
Pourquoi le continent noir souffre-t-il ?

2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris

@ L'Harmattan,

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-09494-9 EAN : 9782296094949

Doumbia S. Major

LE MANIFESTE POUR L'AFRIQUE
Pourquoi le continent noir souffre-t-il ?

L'Harmattan

COLLECTION«

PENSÉE AFRICAINE»

dirigée par François Manga-Akoa

En ce début du XXIe siècle, les sociétés africaines sont secouées par une crise des fondements. Elle met en cause tous les secteurs de la vie. Les structures économiques, les institutions politiques tels que les Etats et les partis politiques, la cellule fondamentale de la société qu'est la famille, les valeurs et les normes socioculturelles s'effondrent. La crise qui les traverse les met en cause et au défi de rendre compte de leur raison d'être aujourd'hui. L'histoire des civilisations nous fait constater que c'est en période de crise que les peuples donnent et expriment le meilleur d'euxmêmes afin de contrer la disparition, la mort et le néant qui les menacent. Pour relever ce défi dont l'enjeu est la vie et la nécessité d'ouvrir de nouveaux horizons aux peuples africains, la Collection «PENSEE AFRICAINE» participe à la quête et à la création du sens pour fonder de nouveaux espaces institutionnels de vie africaine.

Déjà parus Abdoul Aziz DIOP, Une succession en démocratie. Les Sénégalais face à l'inattendu, 2009. Manga KU OH, Palabre africaine sur le socialisme, 2009. Basile-Juléat FOUDA, Sur l'esthétique littéraire négroafricaine, 2008. Antoine NGUIDJOL, Repenser l'héritage de Jules Ferry en Afrique noire, 2008. Abdoul Aziz DIOP, Sarkozy au Sénégal. Le rendez-vous manqué avec l'Afrique, 2008. Antoine NGUIDJOL, Platon: le procès de la démocratie africaine, 2008. Arana MOREAU, Pour refaire l'Afrique... par où commencer ?, 2008. Lucien A YISSI, Corruption et gouvernance, 2007. Lucien A YISSI, Corruption et pauvreté, 2007. Simon MOUGNOL, Pour sauver l'Occident, 2007. Marcel BIVEGHE MEZUI, La rencontre des rationalités:

cultures négro-africaines et idéal occidental, 2007.

Dédicace
À mon oncle Adou AMANI, agriculteur qui vécut dans le petit village de Kripkoko dans la région de Lakota en Côte d'Ivoire. Il mourut sans jamais avoir pu profiter du bonheur qu'était censé lui procurer la juste rémunération du dur labeur de son travail de planteur de café et de cacao. Ce livre, je le lui dédie ainsi qu'à tous les paysans d'Afrique qui se saignent au travail, sans pouvoir jouir du fruit de leur labeur.

Remerciements

Mes remerciements vont à l'endroit de tous ceux qui m'ont soutenu et apporté leurs critiques éclairées durant la rédaction de cet essai. À Monsieur Kissima Sylla dit Bakissima qui m'a soutenu durant l'étape africaine de mon exil. Cet opérateur économique Malien, en toute amitié et de manière désintéressée, a protégé la vie de l'exilé politique que j'étais au Mali. Il m'a aidé en m'apportant les indispensables soutiens logistiques et matériels qui ont permis mon exfiltration. Je lui dois en partie mon intégrité physique. À mon maître de thèse, le Docteur Pierre Fiala. Cet helvétique, au regard critique d'une objectivité implacable, a apporté par ses critiques méthodologiques, le point de vue d'un scientifique sur cette œuvre. À Monsieur François Manga Akoa, responsable secteur Afrique chez l'Harmattan. Il m'a fortement incité à faire publier les réflexions contenues dans ce livre. À Monsieur Raphaël Petchora, « l'immigré contre son gré », qui a accepté de donner de son temps pour la relecture de cette œuvre. À la famille Lokossou, à Myriah Ashley, Bryanna et Mickaëlla Daum bia. À tous mes amis d'Europe, d'Amérique et d'Afrique, ainsi qu'à tous les lecteurs dont les critiques me permettront d'améliorer cette œuvre. Doumbia S. Major

Prologue
Que les Africains arrêtent de jeter la pierre aux autres en les présentant comme la cause de leur sous-développement. Qu'ils arrêtent de s'infantiliser en pleurant inutilement sur leur propre sort. Ils doivent admettre que c'est de bonne guerre que certains pays (principalement occidentaux) ainsi que des hommes d'affaires peu scrupuleux cherchent à continuer le pillage de l'Afrique. C'est à eux-mêmes, et à eux seuls, qu'il incombe la tâche d'organisation et de mise en place d'un système offensif et défensif, pour faire face à ces assauts économiques et culturels dont ils estiment être victimes, à juste titre. Ils doivent comprendre qu'en tout état de cause, ces assauts sont normaux, car les entreprises et multinationales sont faites pour faire du profit et non de la générosité et du sentimentalisme. Il en est de même pour les États qui, eux, ont le devoir de s'occuper du bien-être de leurs citoyens, même si cela doit se faire parfois au détriment d'autres États ou contre les intérêts des citoyens d'autres pays. Les Africains doivent apprendre leur propre histoire et savoir que" les pays n'ont pas d'amis; ils n'ont que des intérêts à défendre". Ils doivent arrêter cette culpabilisation des autres et s'en prendre avant tout à eux-mêmes; car le véritable cancer qui ronge l'Afrique, ce ne sont pas les assaillants extérieurs; ce sont avant tout ces Africains qui, de l'intérieur, asservissent leur peuple et écument leur propre continent. Comme le dit l'adage africain, "tant que le mur n'est pas fendu, l'araignée n'y pénètre pas". En effet, les pires ennemis d'un peuple, ce sont ses propres fils qui, pour des biens matériels ou pour la recherche du pouvoir personnel, décident de trahir leur nation. L'Afrique souffre dangereusement de ses fils félons, coupables et acteurs au quotidien de hautes trahisons. Cette œuvre de félonie est rendue facile par le fait qu'ils sont des natifs du continent; ils peuvent, de ce fait, se fondre facilement dans la masse. Connaissant de l'intérieur les failles de la cuirasse, il devient facile pour eux de s'adonner à leurs forfaitures.

Si tant est que le souhait des Africains est de pouvoir un jour s'organiser pour combattre leurs fossoyeurs de l'extérieur, ils doivent, dans ce combat, garder un œil vigilant sur ces traîtres de l'intérieur, qui sont cachés sous les fausses apparences de compatriotes inoffensifs. Avides et manipulateurs, ce sont des égoïstes, qui prospèrent sur le terreau fertile de l'état des consciences collectives africaines. Celles-ci étant dominées par des croyances irrationnelles et un mode de fonctionnement mental de type archaïque. Les Africains, dans leur majorité, gardent la fâcheuse habitude d'attribuer aux phénomènes et évènements de la vie une explication irrationnelle, empreinte de fatalisme religieux ou métaphysique. De manière générale, ce sont des contribuables dociles, qui n'ont pas conscience de ce statut de contribuable. Ils peinent à comprendre qu'ils sont les propriétaires des ressources publiques; d'où tout le mal qu'ils ont à en exiger une juste répartition et un usage rigoureux. Cette ignorance endémique, ajoutée aux croyances et mentalités prérationnelles, les confine et les maintienne dans un état de servitude volontaire. Face à un pareil tableau, on se demande s'il est rationnellement possible de générer le développement au profit des populations africaines. Comment redonner l'espoir dans une société où le sousdéveloppement des mentalités favorise l'assaut de prédateurs extérieurs? Ces derniers, dans leur œuvre de prédation, se servent de certains autochtones qui jouent le rôle de valets locaux. Ces valets profiteurs, revêtus de déguisements à la couleur locale, vont dévorer le pauvre peuple maintenu dans l'obscurantisme et l'ignorance de sa propre force et de sa richesse. C'est cela la rude problématique à laquelle sont confrontés les Africains qui souhaitent le changement. Ils doivent donc garder à l'esprit que l'ennemi n'est pas monolithique mais plutôt pluriel et mutant. C'est à cette bataille de libération effective que cet ouvrage voudrait participer en se proposant d'en rendre les mobiles connus, tout en s'efforçant de donner à celle-ci une orientation. Ce combat, à mon avis doit être un combat pour la paix véritable, la renaissance et la restauration de la dignité du "peuple africain". Cette paix véritable, n'est pas celle qu'on impose à des peuples torturés par la misère et la faim, alors qu'une minorité de dirigeants l'exploite et s'enrichit, tout en s'imposant à la suite d'élections tronquées ou en martyrisant les masses par des 12

répressions policières ou militaires. Les Africains doivent oser arracher cette paix véritable. Cette paix ne doit aucunement être confondue avec les situations d'absence de conflits, car l'absence de conflits peut résulter du fait qu'un individu ou un groupe d'individus s'impose par la force aux populations qui subissent son diktat: c'est le cas dans les régimes pseudo-démocratiques. La paix véritable est plutôt un compromis que s'imposent les citoyens d'une nation. Elle n'est pas synonyme d'absence de violences, bien au contraire, c'est un feu qui couve. C'est un concentré de violences, dont on évite l'explosion par la mise en place de solutions rationnelles qui protègent les intérêts de toutes les composantes d'un peuple (lois, traités, constitutions, etc.). Elle n'est pas non plus un cadeau; elle découle de la prise de conscience de la capacité de nuisance des populations. Cette paix sociale est celle qui manque aux Africains qui sont plutôt victimes de la dictature de minorités égoïstes, indifférentes au sort des citoyens, au point qu'ils doivent l'arracher par la force. Cette recherche de paix, pour les Africains, passera irrémédiablement par l'identification et le repérage de leurs fossoyeurs; à la fois ceux de l'intérieur et ceux de l'extérieur. Cet ouvrage se propose de les aider dans cette tâche. L'objectif visé en attirant le regard sur la réalité de la situation de quasi-colonisation de ce continent, c'est de permettre à ceux qui souhaitent le changement de garder à l'esprit qu'ils sont engagés dans une guerre permanente dont les acteurs sont mondiaux. Dans cette guerre, chaque combattant doit veiller à ne pas se retrouver isolé et démuni. Chaque libérateur doit se donner pour mission de se former et de veiller à la mutualisation de l'énergie de la lutte. Ceci passe par la diffusion massive d'un message de libération clair et simple, visant à préparer le peuple exploité à l'assaut final contre ses bourreaux. Il doit garder à l'esprit que tout combattant, d'où qu'il vienne, reste pour lui un frère. Il doit donc entretenir la fraternité de la pensée, au-delà des frontières physiques -fruit de la colonisation- et maintenir brûlante la flamme de la lutte contre toutes les formes d'exploitation et d'injustice. Ce combat ne saurait être racial, puisque les fils de l'Afrique d'aujourd'hui sont de toutes les races. C'est tout simplement le combat pour la paix; le combat du patriotisme africain, pour la renaissance du continent « noir» et l'avènement de l'Afrique dont 13

nous rêvons. Cette Afrique est une Afrique expurgée de toute haine raciale et tribale; c'est celle dans laquelle, Noirs, Arabes, Métisses, Indiens et Blancs, Juifs, musulmans, animistes et chrétiens, vivront ensemble, dans le respect de l'humanité de chacun et le constat des différences qui devront être perçues comme une richesse.

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AVANT-PROPOS
L'idée et la connaissance sont les éléments transformateurs des conditions d'existence de l'humanité. Par la connaissance et le savoir les êtres humains se bonifient, se libèrent et améliorent leurs conditions d'existence. Tout savoir est, pour le sujet qui le possède, une arme qui le libère de l'obscurantisme. Par essence, le savoir constitue le premier pas sur le chemin qui conduit à la libération. Il libère les individus et groupes qui en font le libre choix. Il libère de l'oppression, de l'asservissement et de l'aveuglement. Il brise les chaînes de l'esclave dont la révolte contre sa situation, passe absolument par sa prise de conscience de sa condition d'esclave. La révolte est une chose, mais la libération de l'esclave ne découlera que de son effort de connaissance des mécanismes qui le maintiennent en esclavage: d'où l'importance du savoir pour l'homme en état de servitude. Chez ce dernier, le premier acte en réaction contre sa condition est la révolte; celle-ci puise sa force dans l'affectif et est impulsée par les mécanismes neurovégétatifs. Le second acte est celui de la libération, il est rationnel et trouve son énergie dans le cortex cérébral: la révolte est d'origine affective alors que la libération fait appel à l'intelligence, à la raison. C'est le sentiment qui révolte, mais c'est la connaissance consciente qui transforme la révolte en acte de libération. Toute prise de conscience transforme l'être humain et fait de lui un être nouveau, au point que l'homme que j'ai connu hier n'est plus celui que je rencontre aujourd'hui, encore moins celui que je verrai demain. Cet état de fait amène à observer que les situations et évènements multiples et variés de la vie et de l'environnement sont des marqueurs indélébiles. Ils laissent des traces sur le psychisme et la personnalité de tout un chacun, en faisant de l'individu un être à la fois singulier et mouvant. C'est ce que décrivait justement Aristotel dans sa "théorie des mœurs selon les âges", dans laquelle il montre qu'à chaque âge de l'homme correspondent des manières

I

Aristote (rhétorique

II).

de penser et d'agir différentes. Chaque individu est donc, à la fois unique et changeant. Ce principe de transformation de la psychologie individuelle est aussi valable pour le "moi groupaI ", c'est-à-dire, pour la conscience collective des peuples. De cette réalité, il découle que la conscience collective est tout aussi marquée par les évènements de la vie que la conscience individuelle. Les changements dans le comportement des individus et groupes, se trouvent ainsi être le reflet de l'effort d'adaptation; effort inscrit dans l'évolution. Il apparaît dès lors, logiquement, que les individus changent d'un évènement à un autre et d'une époque à une autre, autant que la perception du monde des agrégats humains varie, en rapport avec leur époque et les éléments conjoncturels de leur vie. Toute société humaine ou tout peuple est tenue par cet impératif environnemental d'adaptation, au risque de disparaître ou de tomber dans l'asservissement. C'est une contrainte existentielle qui impose cette recherche perpétuelle d'adaptation, car tout peuple qui refuse de s'adapter est un groupement humain voué à l'étiolement ou à la servitude. Ce principe de l'adaptabilité inhérent à toute société en développement est aussi valable pour les peuples africains, au delà des insinuations anthropologiques. D'où la nécessité pour les "spécialistes de l'Afrique", anthropologues et sociologues, de mettre perpétuellement à jour leurs connaissances, leurs pratiques et leurs approches des peuples de ce continent. À écouter certains parler de l'Afrique, on se demande parfois si c'est de l'Afrique d'aujourd'hui qu'il s'agit. Ils doivent revoir leur copie et accepter de se laisser guider par ce principe épistémologique qui pose qu'on ne saurait avoir une connaissance immuable d'un être humain. Il en en est de même des Africains qu'on ne saurait connaître ad vitam reternam, car les Africains, comme tout peuple, ne sauraient être assimilés à un rocher que l'on peut connaître une fois pour de bon, en raison de la constance de ses dimensions. Cela va de soi: l'Afrique change et les Africains aussi, par nécessité d'adaptation à l'environnement mondial fluctuant. Les choses sont ainsi parce que le changement est le propre de l'homme et ceci dans toutes les sociétés humaines. Autant la conscience collective du peuple américain n'est plus la même après les attaques du Il septembre 2001, autant les 16

attaques de la coalition dirigée par les USA contre l'Irak, ont entraîné une transformation de la conscience collective du peuple irakien. Peut-être même que cette offensive militaire agira sur la mentalité collective de la généralité des Arabes. Qu'on le veuille ou non, les évènements de la vie agissent sur la mentalité et la conscience collective des peuples. Il en va de même des peuples Africains qui ne sont pas une exception à cette règle. En effet, le phénomène de la mondialisation, avec son corollaire de flots d'informations qui circulent dans le monde d'aujourd'hui, ajouté à l'immigration et les échanges culturels qu'elle impose, ne sont pas sans laisser de traces sur les peuples africains. Ces influences ont pour conséquence (directe ou indirecte) des changements profonds de mentalité qui font que l'Africain d'aujourd'hui est foncièrement différent de l'Africain des années soixante. Celui-ci, par conséquent, ne saurait être appréhendé, ni gouverné comme l'Africain de la période coloniale. Les temps ont vraiment changé: il faut être aveugle pour ne pas en percevoir les signes ou être simplement sourd pour ne pas en entendre le souffle. L'Afrique se réveille d'un sommeil léthargique, rendu possible par les stigmates de l'esclavage, la colonisation, la néo-colonisation et l'analphabétisme. L'Afrique, par la force des choses, se tire des griffes d'un système assassin; système mis en place aux lendemains de la Seconde Guerre Mondiale, dans l'indifférence qu'imposait la Guerre Froide. L'Afrique se lève, l'Afrique titube, l'Afrique marche. C'est une dynamique inexorable vers un changement qui, initié depuis cette guerre, suit son cours historique. C'est un mouvement pour des indépendances effectives, car celles octroyées à de nombreux pays africains par les métropoles, se trouvent être, en vérité, des indépendances fictives. L'Afrique n'a pas été complètement décolonisée; elle a été bernée. Il n'est pas nécessaire de revenir sur les mouvements de décolonisation en Afrique puisque ce sujet, au jour d'aujourd'hui, a été longuement traité. Cependant il est utile de repréciser cette vérité qui fait presque l'unanimité chez les historiens et analystes contemporains de l'Afrique: à savoir que, la contrainte et la nécessité de l'octroi des indépendances s'imposant aux métropoles, celles-ci n'ont lâché en réalité qu'une "ombre d'indépendance".

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Cette ombre sera prise pour la proie, par beaucoup d'Africains qui se laisseront berner par cette illusion. À bien regarder la chose, on note que les empires colonisateurs (France, Belgique, Angleterre, Portugal), principalement la France, vont prendre le soin d'octroyer des simulacres d'indépendances dont ils tireront le maximum de profit et qui, au final, sera tout à leur avantage, car ne donnant aux Afticains que le sentiment d'indépendance. La France, puisque c'est elle qui avait une administration directe des colonies, en donnant les "indépendances", prendra le soin de morceler son espace colonial, en micro-États non viables économiquement. Bien entendu, elle s'assurera au préalable, de pouvoir contrôler, sur le long terme, ceux qui en dirigeront les pouvoirs exécutifs. Ces États vassaux ainsi créés, par la loi du nombre, lui permettront de maintenir son influence politique à l'échelle internationale. Le Général Charles de Gaulle, initiateur de cette politique néocoloniale, avec l'appui de ce qui sera baptisé "le réseau Foccart2", mettra tout en œuvre pour s'assurer qu'il ne soit maintenu à la tête de ces nouveaux États, que des chefs d'État fantoches dont la docilité et le soutien étaient acquis d'avance. Cette politique sera poursuivie par ses successeurs qui imposeront aux Africains des dirigeants soutenus militairement et diplomatiquement. Ces dirigeants, choisis et mis à la tête de pseudo-républiques, sont ceux qui dévoieront la lutte anticolonialiste du peuple africain. Ils permettront à la France de continuer l'exploitation économique de son pré carré colonial, tout en se déchargeant de ses obligations d'État vis-à-vis de la population qui, par des révoltes récurrentes, faisait connaître ses exigences de liberté et d'égalité au sein de la République Française. En réponse, la France leur octroiera des mascarades d'indépendances, sous le regard impuissant et la bénédiction coupable des USA dont la neutralité d'alors s'expliquait par un ignoble chantage dont ils étaient l'objet de la part de la France.

2 Jacques Koch-Foccart (31 août 1913, Ambrières-le-Grand -19 mars 1997), était un conseiller politique français, secrétaire général de l'Élysée aux affaires africaines et malgaches de 1960 à 1974. 18

Le silence et la non-réaction de la première puissance mondiale ont, en effet, été forcés par le souci de ne pas s'aliéner le soutien des alliés Français et Anglais dont elle avait besoin dans sa guerre idéologique contre le communisme. En fait, dans le contexte d'alors qui était celui de l'antagonisme froid entre blocs idéologiquement opposés, s'assurer du soutien d'États comme la France ou l'Angleterre, qui avaient dans leur besace des pseudo-États satellites, était une chose vitale pour imposer son idéologie à l'adversaire communiste. En plus, ces deux pays étaient membres du Conseil de Sécurité de l'ONU. Ce statut était un argument suffisant pour "tenir par la barbichette" les États-Unis, qui étaient engagés dans une croisade idéologique et militaire contre le communisme (à l'image de celle qui a été menée par l'équipe Bush contre l'islamisme). Ainsi, la France, en échange de son soutien aux positions atlantistes, passera un marcher. Elle demandera aux USA de fermer les yeux sur la façon dont elle gérait et exploitait en toute exclusivité et iniquité son pré carré colonial. N'ayant pas trop le choix, l'Amérique accédera à sa demande. C'est ainsi que se perpétuera un système d'indépendances fictives qui était non seulement une entreprise à visée politique et géostratégique, mais elle obéissait surtout à une préoccupation économique qui consistera à maintenir une partie du monde non occidentale, dans les rôles de sociétés de consommation et de nations confinées dans le statut de nation de rentiers, simples pourvoyeuses de matières premières brutes. Malheureusement pour la France, avec la fin de la Guerre Froide et la Mondialisation, cette réalité d'hier n'est plus celle d'aujourd'hui elle impose et impulse des attitudes et comportements nouveaux. En effet, la chute du mur de Berlin qui symbolisera la fin de cette Guerre Froide entre les blocs capitalistes et communistes, en consacrant la victoire du premier camp sur le second, change la donne politique mondiale. La disparition des ennemis idéologiques rend désormais obsolète le système de soutien apporté jadis aux dictatures qui, du coup, ont perdu beaucoup de leur utilité géostratégique. La France elle-même, a perdu toute son utilité stratégique pour les USA qui ont démontré lors de la guerre d'Irak qu'elles peuvent 19

désormais se passer royalement de son soutien. C'est cette nouvelle donne mondiale qui a mis un terme à la loi d'omerta dont jouissaient les dictateurs africains, soutenus par la France. L'enjeu mondial aujourd'hui n'est plus un enjeu géopolitique structuré autour de la défense d'idéologies, il est désormais un enjeu géoéconomique. Si, en effet, le soutien aux dictateurs était, pour chaque camp, justifié par la peur de voir certaines nations basculer dans le camp adverse et venir grossir le nombre des alliés de celui-ci dans les instances internationales, il faut noter que la victoire sur le communisme a fait disparaître cette peur. Les États-Unis ne sont plus prêts, dès lors, à continuer de laisser à certains pays occidentaux, notamment à la France, le monopole de l'exploitation de certaines zones qui étaient considérées comme les prés carrés africains. Cette nouvelle réalité rend caducs les accords tacites qui régissaient la gestion de l'Afrique par certaines puissances occidentales, notamment la France. C'est l'ex-président Démocrate américain, Bill Clinton, qui donna le signal fort de cette nouvelle donne, avec son slogan « Trade but not aid », à l'endroit de l'Afrique. En effet, au moment où l'ennemi commun s'est écroulé et que toutes les nations sont d'accord pour fonctionner selon les principes du capitalisme, la nouvelle politique américaine consiste à ne plus laisser à qui que ce soit un quelconque monopole ou une exclusivité, sur des prés carrés coloniaux, même si ceux-ci étaient jusqu'ici considérés comme des zones interdites aux autres. Pour les USA, tout le monde doit avoir le droit de commercer et de traiter d'égal à égal avec tous les pays africains, sans conditions préférentielles pour certains. Cela devient plus qu'impératif, avec la crise énergétique et principalement pétrolière qui s'annonce, dans un contexte où le Moyen-Orient est de plus en plus instable. Ainsi, les États Unis, par souci d'imposer l'idéal capitaliste et surtout, pour le business, ont décidé de chasser désormais sur les terres africaines, anciennement laissées à l'ex-allié européen, empêtré dans le conservatisme de sa gestion colonialiste. Par ailleurs, il faut noter que la Chine (nouvelle puissance industrielle, convertie en douceur au capitalisme), ainsi que les nouveaux pays émergeants d'Asie, ne sont pas en reste dans cette ruée vers la source des matières premières dont elles ont besoin, 20

pour le développement de leur industrie en plein essor. À ces pays émergeants, il faut ajouter les grands trusts mondiaux, aux capitaux internationaux. Ces derniers ne sont pas non plus inactifs dans cette dynamique nouvelle qui s'apparente à une quatrième Guerre Mondiale silencieuse. Ces multinationales, guidées par l'unique profit, refusent d'accepter que certains espaces du monde où se trouvent des ressources énergétiques, les matières premières et des consommateurs, puissent être contrôlés par un État (la France) qui veut continuer à régenter ces espaces comme cela se passait pendant la période coloniale ou pendant la Guerre Froide. La France et ses entreprises, qui étaient en position de monopole, se retrouvent ainsi en position de cibles. Elles subissent des attaques et reçoivent des coups tous azimuts. Les acteurs économiques mondiaux, dans leur lutte fratricide pour le profit, s'opposent ainsi à la politique monopoliste et à la politique de "zone interdite" que mènent la France et certaines métropoles aux propensions colonialistes. Cette nouvelle donne est d'autant plus dure pour la France que cette guerre économique silencieuse, se passe sur un terrain qui lui est hostile. En effet, vu son passé et son présent de nation colonialiste, les populations africaines voient en elle le symbole vivant de l'asservissement dont elles veulent s'affranchir. Face à ces assauts silencieux, elle résiste en silence et parfois, bruyamment, en faisant usage de vieilles recettes. Ces recettes surannées, et aujourd'hui démasquées, consistent pour l'essentiel à chercher à contrôler les exécutifs africains, ou en la corruption d'une "élite acculturée". Cette élite que la France soutient, est celle composée de personnes qui ont fait preuve de renonciation à l'honneur, à la loyauté et à la franchise; des personnes, à l'appétit de possession vorace, incompétentes et médiocres qui ont choisi la violence comme moyen d'existence, avec la perfidie, la ruse et la tromperie comme instrument de conquête ou de pérennisation de leur pouvoir. Ces dirigeants sont sélectionnés sur la base de leur "coefficient d'assimilation" et leur engagement à protéger les intérêts de la France. À cette forme de résistance, on peut adjoindre la reconnaissance d'élections truquées, le soutien armé aux régimes "séculaires" et antidémocratiques, l'incitation d'individus à commettre des coups d'État, ou même l'encouragement et la fourniture d'aides à certaines rebellions. 21

Sa résistance est à la fois politique et militaire, tout en restant consciente qu'elle est au cœur d'une guerre mondiale qu'elle n'est pas assurée de gagner. Cette éventualité de défaite est de plus en plus envisageable, dans la mesure où certains leaders politiques africains ont saisi les enjeux de cette quatrième guerre mondiale et veulent s'affranchir de l'asservissement français. L'Afrique se trouve ainsi être le théâtre d'une guerre économique mondiale. Sur cette scène, les différents acteurs n'hésitent pas à faire usage d'armes à feu et cherchent tous à instrumentaliser les institutions humanitaires, ou internationales (ONU, CEDEAO, Francophonie, VA, GTI, EVFOR etc.). Ils se servent de celles-ci comme moyen de camouflage, pour "avancer masqué". L'Afrique devient du coup, une zone du monde sur laquelle tous les projecteurs sont braqués. Toutes les grandes nations sont désormais regardantes sur ce qui s'y déroule. Plus rien ne peut s'y faire dès lors, comme par le passé, à l'insu de l'opinion dite internationale. Les Pays, aux intérêts parfois opposés, de cette" opinion internationale" y veillent désormais, sur leurs propres intérêts. Nous sommes donc dans une nouvelle ère et nous vivons une nouvelle réalité pour l'Afrique. De cette nouvelle réalité, il découle que notre décennie, on peut se hasarder à le dire, est celle de la libre critique et de la libre pensée sur le continent africain. Cette libre pensée est catalysée par le développement des nouvelles technologies de l'information et de la communication qui font que les autorités et les dictatures n'ont plus le contrôle total sur l'information et donc sur l'opinion qu'ils façonnaient à leur guise. Avec le développement d'Internet, le foisonnement de journaux indépendants et le boom des téléphones portables, les États n'ont plus le monopole de la diffusion de l'information et du façonnement de l'opinion publique. Cette diversification des sources de l'information participe à la formation des citoyens nouveaux dont la conscience collective, est façonnée dans un champ d'interactivité et non plus de manière unidirectionnelle. Par ailleurs, les intellectuels africains, qui influencent les opinions locales, ont dorénavant rompu avec l'écriture de la Négritude et autres formes de littérature d'affirmation de soi qui 22

étaient les seules formes d'écriture que les éditeurs occidentaux acceptaient de promouvoir. Ils ont rompu avec cette littérature sans engagement que subventionnaient les cercles dits de francophonie et le Commonwealth. Ils optent désormais pour une écriture de transformation sociale, une écriture d'éclairage. Cette nouvelle littérature, à la différence de celle des pères de la Négritude, décrit la réalité du continent et fait des propositions de transformation de l'existence et du quotidien des populations. L'ouvrage que je mets à la disposition des lecteurs s'inscrit dans cette lignée. Mon souhait est qu'il fasse partie des stimuli moteurs qui se donnent pour finalité de participer à l'œuvre de transformation de la vision portée sur la personnalité individuelle et collective des peuples originaires d'Afrique. Orienté sur l'Afrique et prenant beaucoup d'exemples sur la situation de la Côte d'ivoire, pays qui traverse depuis le 19 septembre 2002, une guerre militaro-civile, au centre d'enjeux et intérêts dont les ramifications internationales sont voilées, cette œuvre vise à éclairer le lecteur sur les mécanismes d'exploitation et du maintien de l'Afrique dans le sous-développement. J'y ai fait le libre choix de survoler les douloureuses questions de l'esclavage et ceux de la traite négrière qui sont, à n'en point douter, une des causes principales, mais lointaines, de la souffrance et de la désorganisation actuelle de l'Afrique. Cette omission volontaire s'explique non seulement par la pléthore d'ouvrages traitant de cette question (œuvres à la fois d'historiens et de spécialistes du domaine), mais, surtout parce que j'estime que l'histoire est certes importante dans la compréhension de l'actualité ; mais que, c'est en faisant face à notre présent qu'on peut changer notre avenir. Il est vrai que l'avenir des nations sort de leur passé, mais toute nation qui ne s'attaque pas suffisamment aux problèmes de son présent se construit avec certitude un avenir sombre. Voilà ce qui explique que je me focalise sur la néo-colonisation, qui est un fait d'actualité, subie au quotidien par la population africaine. Cette contribution intellectuelle est pour moi une façon d'aider cette population à sortir de son sommeil léthargique. C'est pourquoi l'un des objectifs subsidiaires de ce livre est de transformer, à terme, la révolte des Africains en une action pour un changement positif. Car, une chose est de se révolter, mais une

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autre est d'organiser sa libération, par la mise en place d'une stratégie rationnelle, inscrite dans une vision prospectiviste. Je tiens à préciser que les faits que je décris n'ont pas pour objectif de pousser au mépris de qui que ce soit, puisque le changement que je prône n'est pas un changement orienté contre des individus, mais un changement pour les Africains. La visée n'est point non plus, d'inciter à une confrontation des peuples et des civilisations, mais plutôt de poser la nécessité d'une paisible cohabitation, dans le respect des intérêts économiques et de la dignité de chaque peuple et celle de chaque être humain. Je n'ai pas la prétention non plus de croire que cet ouvrage incitera à une révolution immédiate. Mon espoir est qu'il puisse faciliter, pour un plus grand nombre de personne, la compréhension de certaines situations qui ont cours sur le continent africains et aussi de présenter, sur un autre angle, des informations qui sont falsifiées ou qui leur sont cachées. Liberté est donnée par la suite à chacun d'en faire l'usage qui lui sied, soit en prenant ses responsabilités historiques, par sa participation aux changements qualitatifs par l'action, soit en acceptant de subir l'histoire, ou même en décidant de laisser l'Afrique subir son triste sort. Il est clair que j'en appelle à une reconversion mentale, mais celle-ci ne devra pas être celle où il faudra répondre à la haine subie par la haine, mais plutôt en y apportant une réponse par le travail et l'action, dans l'indifférence face au mépris des exploiteurs et des pillards. Cette option qui est la mienne, est motivée par le fait que je reste convaincu que la meilleure réponse contre la haine structurée autour de stéréotypes sociaux façonnés, n'est point la reproduction de la haine. C'est pour cela que malgré l'évocation que je fais de rapports inéquitables entre pays du Nord et du Sud, il est bon de préciser que ces rapports d'exploitations ne sont pas le fait de toute la composante des peuples qui se livrent à l'exploitation humaine, mais surtout le fait de certains dirigeants et de leurs réseaux mafieux. C'est pourquoi je prône la fraternité et une solidarité nouvelle entre les peuples du Nord et du Sud, dans le respect de la dignité de chaque entité. Cette incitation que je fais à la fraternité s'appuie sur mon expérience de vie en Europe. J'y ai appris que les peuples européens, dans leur majorité, restent humanistes et hostiles à l'exploitation des humains. Même si, 24

comme partout dans le monde, cela n'est pas le cas de certains dirigeants sans foi ni loi qui conduisent la destinée de ces nations. Dans tous les cas, la fraternité tout comme le mariage, nécessite la volonté de deux parties. On ne peut pas tendre le bras éternellement, à la recherche de la fraternité de personnes qui vous méprisent et dont le dernier des leurs, pense être supérieur aux premiers ou aux meilleurs des vôtres. C'est pourquoi, je pense aussi que les Occidentaux et surtout les français doivent faire l'effort pour saisir la perche de la fraternité que leur tendent les Africains. L'histoire et les idéologies racistes ont imprimé dans l'inconscient de beaucoup d'entre eux, un complexe de supériorité dont ils doivent se départir, car ils restent les seuls à y croire. Cette œuvre, qui vise à montrer des faits et décrire des situations parfois révoltantes, ne doit donc pas être vue comme une œuvre qui vise à jeter l'anathème sur qui que ce soit, encore moins servir de prétexte pour inciter à la haine, mais plutôt être perçue comme un appel au "respect pour chacun". Les éléments de connaissance qui s'y trouvent ne sont point des choses inédites, mais à la différence de beaucoup d'ouvrages sur l'Afrique, le principal apport, ici, est celui d'une vision selon le double angle de vue d'un homme qui est à la fois un homme de terrain et avant tout un Africain. Sa particularité vient du fait que ce sont des choses vécues au quotidien, en seize (16) années de militantisme actif sur le continent africain. Ce sont des expériences que j'ai partagées avec beaucoup de militants qui ont constaté avec moi cet ensemble de faits durs que vivent au quotidien des millions d'Africains. C'est un ramassis de faits et situations qui, tout en étant source de connaissances, se veulent plutôt une source de réminiscences qui remémoreront à beaucoup de lecteurs ce qu'ils savent déjà, mais certainement vu ici sous un autre angle. La perfection n'étant pas de ce monde, ce livre ne se veut pas parfait il comporte des insuffisances que j'assume, malgré la bonne intention d'éclairer sur l'Afrique dont il est porteur. Cela va de soit, car comme le dit Bachelard3 : "la connaissance du réel est une lumière qui projette toujours quelque part des ombres".
3 Gaston Bachelard, La formation de l'esprit scientifique. Paris, Librairie philosophique Vrin, 1999 (lère édition: 1938). 25

Dans tous les cas, tout comme l'on ne se baigne pas deux fois dans la même rivière, j'ose espérer qu'après lecture de ce livre, naîtront des hommes nouveaux dont le devoir vis-à-vis de l'Afrique aussi bien que le regard sur le peuple africain, sera différent. Pour les lecteurs, le temps de parcours de ce livre, qui sera certainement aussi celui d'une communion passagère entre l'auteur et les hommes nouveaux en devenir qu'ils sont, sera celui d'une immersion momentanée dans les dédales de mon système de pensée. Je suppose que certains en sortiront probablement avec beaucoup d'interrogations et que d'autres tenteront de comprendre les mécanismes intimes du fonctionnement cérébral de l'auteur. Il est vrai que cette œuvre n'est pas vaine, mais je voudrais préciser à ceux-là que ceci ne représente qu'un ensemble de réflexions et questionnements d'un moment, dans la vie d'un individu qui voudrait partager avec d'autres les observations et analyses faites sur le vécu d'un peuple misérable, vivant sur un continent scandaleusement riche. C'est pourquoi, sans m'opposer à cet exercice auquel ont l'habitude de se livrer les spécialistes en sciences humaines, je voudrais préciser que l'important pour moi aura été de pouvoir partager avec mes "interlocuteurs" les expériences d'un homme conscient de son existence passagère. Pour les férus de grandes critiques et de polémiques sur les faits historiques, je les autorise à lire et à appréhender cet ouvrage, simplement comme un conte ou une légende africaine. Je reste cependant conscient que ce livre pourrait être pour certains lecteurs, une arme qui les outillera mieux pour parler de la réalité d'un moment de l'Afrique et de son peuple. C'est pour cette raison que je l'ai voulu un livre qui ne s'inscrive pas dans la ligne des ouvrages qui "surfent" sur le politiquement correct, hypocrisie intellectuelle qui participe de la malhonnêteté des membres de certaines sociétés savantes. Il se veut un ouvrage de vérité, un ouvrage de sincérité, écrit par quelqu'un qui souffre avec tout un peuple, sa douleur et son malheur d'appartenir à une race et d'être née sur un espace géographique qui, malheureusement, est l'objet de beaucoup de convoitises. Cet ouvrage est aussi celui d'un individu, qui s'interroge pour savoir si l'appartenance à une race ou à un peuple particulier doit enlever à certains humains leur humanité, au point d'être traités avec mépris ou appréhendés comme des sous-hommes dans ce 26

21éme siècle. Ce livre est la réflexion d'un observateur, d'un acteur et d'un sujet de toutes les batailles qui se livrent sur un continent riche par ses ressources et pauvre par la qualité des hommes qui le dirigent. C'est un ouvrage en rupture d'avec les regards de pseudo-experts qui, s'appuyant sur une légitimité factice que leur octroie leurs postures d'énonciation, racontent souvent des contrevérités sur un continent qu'ils ne connaissent parfois qu'à travers une bibliographie de défenseurs de thèses intéressées sur le continent africain. Qui mieux que les Africains peuvent parler de leur vécu? Qui mieux que les Africains peuvent écrire leur histoire? Un peuple qui laisse le soin de l'écriture de son histoire à un autre peuple est un peuple dont la mémoire sera distordue. C'est pourquoi, au-delà de tout regard méprisant, empathique ou de commisération que l'on puisse avoir sur le continent africain, ce livre se veut un ouvrage de vérité sur l'Afrique, écrit par un Africain, qui revendique de surcroît sa provenance populaire. Comme toute œuvre qui se veut véridique, son contenu reste constable. Nonobstant, mon souhait reste celui d'apporter une autre vue sur l'Afrique en dotant mes lecteurs d'un instrument d'éclairage, pour le combat humaniste en faveur de la libération de ce continent qui croupit sous le poids d'une misère, parfois savamment orchestrée, à partir des bureaux feutrés de « cellules spéciales Afrique» de certaines capitales occidentales. Cet éclairage des masses s'impose, car l'Afrique, ce continent pillé, n'a que trop souffert. Dans ce monde qui est le nôtre, l'Afrique doit avoir la place de son rang. En tant qu'un des premiers pourvoyeurs de matières premières, elle ne doit pas être le dernier qui profite des richesses qu'elle livre au monde. Un autre monde est possible pour les Africains, c'est à eux de le construire. Oui! Dans le contexte où les effets collatéraux de la mondialisation font des ravages, je reste convaincu que le destin de ce continent ne changera que par le fait de ses fils et filles, conscients de leur état d'aliénation, mais aussi, avec l'aide de tous les humanistes qui dresseront une barrière de refus, face aux rapports inéquitables qui lient ce continent à certains pays occidentaux. C'est à chacun de nous de faire soit le choix de 27

refuser d'accepter le cours du destin négatif que certains veulent imprimer à ce continent, soit de choisir d'en être indifférent. J'ose croire que la lecture de cet ouvrage élargira le tront du refus. En l'écrivant, l'important pour moi, était d'amener chacun à être informé, afin d'éviter que l'absence d'informations claires sur la situation de l'Afrique, soit un prétexte pour justifier l'immobilisme de certains. Comme le dit Fanon: "à chaque génération sa mission", c'est désormais à chacun, selon son libre arbitre, de reconnaître son devoir et sa mission vis-à-vis de ce continent, tout en étant libre de remplir cette mission ou de la trahir. Ceux qui vivent, luttent et écrivent leur histoire. Ceux qui refusent de vivre subissent l'histoire que les autres écrivent pour eux. J'ai choisi de refuser la complicité par le silence, en décidant de faire partie de ceux qui vivent, j'ose croire que je ne serai pas le seul Africain qui aura fait ce choix.

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INTRODUCTION
Cet ouvrage, dont la préoccupation porte sur la situation de l'Afrique dans ses rapports d'échanges politiques et économiques avec le reste du monde, est une adresse que je fais, pour apporter non seulement des éclaircissements sur les causes du sousdéveloppement de ce continent; mais surtout pour proposer des solutions implicites et explicites, basées sur une analyse qui prend appui sur des expériences vécues et des faits actuels. Dans cet essai, mon raisonnement se déploiera en suivant un cheminement structuré autour de cinq grandes parties, qui aboutissent à une conclusion qui dégage des perspectives pragmatiques de sortie heureuse pour les populations africaines. Ces parties, tout en étant liées dans le déploiement de la thèse qu'elles défendent, peuvent être appréhendées, dans leur entité, comme des éléments autonomes de connaissances. Ce livre-ci, baptisé "le manifeste pour la libération de l'Afrique", est le premier d'une série prévue pour décrier les maux de l'Afrique. N'étant un manifeste que par le cri d'une génération dont il est porteur, cette œuvre pose les bases des faits et postulats permettant l'éclairage sur la situation de paupérisation du continent africain. Pris dans ce sens, il pourra instruire le lecteur sur quelques-unes des causes du retard de cette partie du globe. L'affIrmation forte que j'y énonce comme thèse principale, se rapporte à la situation de non-indépendance des États que sont les pays africains. Cette affirmation peut surprendre plus d'un lecteur, tant elle est en contradiction avec le sens commun qui voit ces pays comme indépendants; puisqu'ils jouissent pour beaucoup d'entre eux, du droit d'avoir un drapeau et un hymne national qui leur ont été octroyés. Le parcours de ce livre éclairera, peut-être, mes lecteurs sur la réalité de cette affIrmation. Cette situation de nations asservies, que je peins, est celle qui justifie le combat des partisans de l'Afrique libre dont je me réclame. C'est un combat contre la néo-colonisation dont je décris les mobiles, les motivations ainsi que les substrats doctrinaux. Cette description sera l'objet de la seconde partie de cette communication.

Si j'évoque dans cette partie les stratégies de prise de pouvoir et de leadership dans un contexte social où le tribalisme et l'appréhension irrationnelle des faits sociaux perdurent, ce n'est point pour donner des recettes à des dictateurs en puissance, mais pour amener le lecteur à percevoir les mécanismes de manipulation des masses et les stratégies par lesquelles les populations sont embastillées. Cette partie sera naturellement, précédée par une première qui est une tentative d'approche théorique de la problématique du sous-développement, à travers une méthodologie causale et empirique. En m'appuyant dans cette partie sur un cadre de référence qui accordera toute son importance à la notion de bien commun, j'y relaterai les considérations métapolitiques qui sont censées être les éléments de référence d'une action politique saine. Ce travail d'analyse, il faut le noter, n'est point une imprécation contre le "néo-colon" dont le génie politique, à mon avis, devrait plutôt être admiré. Il s'agit juste, pour moi, de montrer comment les pseudo-indépendances, octroyées, ont été l'occasion pour le colonisateur d'apporter une variante aux mécanismes d'exploitation et d'asservissement des peuples colonisés. Variante qui consistera à la mise à la tête des États africains, de satrapes et de valets à sa solde. Ces derniers, installés depuis lors à la tête des États africains, ne font que défendre leurs propres intérêts et avantages privés ainsi que ceux du suzerain colonisateur qui les protège, au prix du sang de leurs propres compatriotes. Pour se maintenir à la barre, ils ne s'interdisent pas l'usage du terrorisme d'État, ils s'adonnent à la manipulation de l'ethnicité et profitent des croyances archaïques. Dévoués aux maîtres, ce sont des représentants zélés des mandants qui les imposent, au grand dam du bien être collectif des populations africaines. Si cette opération concertée de pillage d'un continent trouve, comme je le démontrerai, sa motivation et ses mobiles dans la défense de la grandeur, la gloire et le rayonnement des empires occidentaux, il faut mentionner qu'elle s'appuie pour sa mise en œuvre, sur la satisfaction des intérêts égoïstes, exclusifs et solitaires de ces intermédiaires locaux dont je parle à profusion. Dans cet ouvrage, je me suis fixé, entre autres objectifs, pour devoir de mettre à nu la nébuleuse tentaculaire et mafieuse d'exploitation dans laquelle sont organisés et empêtrés ces entremetteurs. C'est pourquoi, je n'ai pas omis de mentionner la 30

face visible de cette nébuleuse, qui a pour épine dorsale ces leaders et chefs d'État des réseaux euro-africains qui en sont les véritables bras exécutants. Manipulateurs à souhait, ils sont insensibles à la vie et au bien-être des peuples dont ils ne se réclament que sur le bout des lèvres. La défense de leur pouvoir, et leurs intérêts économiques ainsi que ceux de la puissance tutrice, ne reculent nullement devant les étendards humanistes que brandissent les défenseurs des droits humains. Le pire dans ce jeu macabre, c'est qu'ils bénéficient du soutien des institutions censées défendre les intérêts des pauvres que sont l'ONU et autres organisations. Celles-ci sont souvent instrumentalisées pour commettre leurs forfaits. Les enjeux sont immenses et aucun cri ne peut les arrêter, dans leur entreprise de pillage qui se fait à l'abri ou en accord avec les médias nationaux et internationaux. Ceux-ci sont chargés de façonner les consciences de l'opinion publique, en conformité avec les agendas et intérêts économiques de leurs dirigeants qui ne sont nuls autres que les acteurs du système mondialisé d'exploitation humaine qui sévit sur l'Afrique et sur d'autres parties du monde. Au regard des énormes richesses que cette entreprise préméditée et organisée de pillage de l'Afrique [entreprise de pillage qui change de forme dans le temps sans varier dans ses avantages et principes] procure, on est en droit de se demander si celle-ci n'est pas une des causes principales du sousdéveloppement du continent dit noir. La dimension locale de ce système d'exploitation néocoloniale, dont je parle, est une opération d'intelligence économique, une opération préméditée d'agression économique, dont les enjeux, mécanismes et stratégies de mise en œuvre, seront l'objet de la troisième partie de ce livre à travers la description des rapports d'interactions économiques qui régissent la vie sociale sur le continent. Ce sera pour moi une reconnaissance du caractère brillant des concepteurs d'une telle œuvre d'agression, tout en montrant que celle-ci n'aurait pas survécu au temps, si elle ne s'était pas adaptée à l'évolution des mentalités de son époque, en changeant ses mécanismes de mise en œuvre. Le système, en effet, contrairement aux victimes, s'adapte et il s'adapte bien aux changements de son environnement. C'est cette exigence d'adaptation qui l'oblige dans sa nouvelle phase dite 31