Le modèle républicain
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Description


Avant-propos : Un modèle politique opératoire et complexe, 7

PREMIÈRE PARTIE


L'élaboration du modèle, de la cité grecque à l'aube du XXe siècle, 11

La cité grecque, modèle de la République des Républicains, Henri Van Effenterre, 13

Citoyenneté française et citoyenneté romaine. Essai de mise en perspective, Claude Nicolet, 19

Les Jacobins et l'opinion publique, Lucien Jaume, 57

L'organisation du suffrage universel sous la Seconde République, Raymond Huard, 71

De Jules Ferry à Raymond Poincaré, ou l'échec du constitutionnalisme républicain, Odile Rudelle, 91

Socialisme et République avant 1914, Alain Bergounioux, 117

DEUXIÈME PARTIE


L'âge d'or du modèle républicain, 1900-1939, 129

Le mythe fondateur : l'affaire Dreyfus, Michel Winock, 131

Les institutions républicaines au début du XXe siècle, Serge Berstein, 147

La culture républicaine dans la première moitié du XXe siècle, Serge Berstein, 159

La politique sociale des opportunistes, 1879-1885, François Ewald, 173

La politique sociale des Républicains, Serge Berstein, 189

Le modèle républicain français dans la culture politique de l'antifascisme italien, Pierre Milza, 209

TROISIÈME PARTIE


La promotion républicaine, 227

Condorcet : des progrès de la raison aux progrès de la société, Lucien Jaume, 229

Des boursiers conquérants ? École et "promotion républicaine" sous la IIIe République, Jean-François Sirinelli, 243

L'atelier et la boutique : deux filières de mobilité sociale, Nonna Mayer, 263

Une voie de la promotion sociale : la fonction publique ? Jean-Luc Bodiguel, 283

"Promotion républicaine" et "promotion sociale" de la IIIe à la Ve République, Odile Rudelle, 305

Témoignage de M. Michel Debré, ancien Premier ministre, 312

QUATRIÈME PARTIE


Crise et reconstruction du modèle républicain, des années 1930 à nos jours, 317

La contestation du modèle républicain dans les années 30 : la réforme de l'État, Nicolas Roussellier, 319

Vichy face au modèle républicain, Jean-Pierre Azéma, 337

La IVe République : république nouvelle ou restauration du modèle de la IIIe République, Serge Berstein, 357

De Gaulle et la République, Odile Rudelle, 383

La Ve République : un nouveau modèle républicain ? Serge Berstein, 407


Conclusion, 430

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782130637202
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0090€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sous la direction de
Serge Berstein et Odile Rudelle
Le modèle républicain
1992
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130637202 ISBN papier : 9782130441663 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Table des matières
Un modèle politique opératoire et complexe(Serge Berstein et Odile Rudelle)
e Première partie : L'élaboration du modèle, de la cité grecque à l'aube du XX siècle
Présentation(Serge Berstein et Odile Rudelle) La cité grecque, modèle de la République des Républicains(Henri Van Effenterre) Citoyenneté française et citoyenneté romaine. Essai de mise en perspective (Claude Nicolet) I - La citoyenneté française II - Citoyenneté romaine et citoyenneté française Les Jacobins et l’opinion publique(Lucien Jaume) 1 - L’opinion dans l’espace politique de 1789 2 - La contestation jacobine de la représentation ordinaire 3 - Le statut de l’opinion dans le Gouvernement révolutionnaire 4 - Conclusion : le gouvernement d’opinion L’organisation du suffrage universel sous la Seconde République(Raymond Huard) Précédents et propositions L’organisation du suffrage universel en 1848 Les remises en cause du suffrage universel De Jules Ferry à Raymond Poincaré ou L’échec du constitutionnalisme républicain (Odile Rudelle) De l’Empire a la République : opposition libérale et gouvernement de la liberté Jules Ferry et l’échec du constitutionnalisme républicain : 1879-1885 Socialisme et République avant 1914(Alain Bergounioux) Deuxième partie : L'âge d'or du modèle républicain, 1990-1939 Présentation(Serge Berstein et Odile Rudelle) Le mythe fondateur : l’affaire Dreyfus(Michel Winock) La République contre le dreyfusisme, la République contre le nationalisme Le dreyfusisme des intellectuels Une République épurée e Les institutions républicaines au début du XX siècle(Serge Berstein) Le ralliement aux institutions (1875-1900) Les institutions républicaines
e La culture républicaine dans la première moitié du XX siècle(Serge Berstein) Le primat de l’individu sur la société La prépondérance du Parlement dans les institutions La laïcité de l’État et de l’école Une promesse de progrès social graduel Pacifisme et défense nationale La politique sociale des opportunistes 1879-1885(François Ewald) Le programme Les pratiques La politique sociale des Républicains(Serge Berstein) Les projets sociaux des républicains La mise en œuvre du programme social des républicains L’adéquation à la société du projet social des républicains Le modèle républicain français dans la culture politique de l’antifascisme italien (Pierre Milza) Une mythologie ambiguë Le tournant de la guerre Un modèle ou des modèles Le temps des désillusions Troisième partie : La promotion républicaine Présentation(Serge Berstein et Odile Rudelle) Condorcet : des progrès de la raison aux progrès de la société(Lucien Jaume) Les conditions de la liberté politique L’égalité distinguée de l’égalitarisme Les espérances pour l’avenir Le message de Condorcet e Des boursiers conquérants ? École et « promotion républicaine » sous la III République(Jean-François Sirinelli) Les intentions : une République des bons élèves La mise en pratique : la République des boursiers ? La République des classes moyennes L’atelier et la boutique : deux filières de mobilité sociale(Nonna Mayer) Du salariat à l’indépendance Mobilité professionnelle, mobilité sociale Un statut incertain Des années d’expansion aux années de crise
Une voie de la promotion sociale : la fonction publique ?(Jean-Luc Bodiguel) La promotion sociale passe par le service de l’État L’État républicain tranche pour l’élitisme contre la promotion sociale De 1945 à 1987 ou de l’ouverture à la fermeture e e « Promotion républicaine » et « promotion sociale » de la III à la V République (Odile Rudelle) Témoignage(Michel Debré) Qu’appelle-t-on Promotion ? Quatrième partie : Crise et reconstruction du modèle républicain, des années 1930 à nos jours Présentation(Serge Berstein et Odile Rudelle) La contestation du modèle républicain dans les années 30 : La réforme de l’État (Nicolas Roussellier) Les conceptions générales de la réforme de l’État Les tentatives de réalisation d’une réforme de l’État Vichy face au modèle républicain(Jean-Pierre Azéma) e e La IV République : république nouvelle ou restauration du modèle de la III République ?(Serge Berstein) Le double rejet de 1944 Les conditions d’élaboration de la République Nouvelle e Les aléas de la pratique constitutionnelle et le retour au modèle de la III République De Gaulle et la République(Odile Rudelle) Les années de jeunesse Les années de guerre et la Libération Le retour de 1958 e La V République : un nouveau modèle républicain ?(Serge Berstein) e Sources et racines de la V République Une nouvelle conception institutionnelle de la République Un modèle adéquat à la société nouvelle née de la croissance Conclusion(Serge Berstein)
Avant-propos
Un modèle politique opératoire et complexe
Serge Berstein Professeur des universités à l’Institut d’études politiques e de Paris, directeur du cycle supérieur d’histoire du XX siècle
Odile Rudelle Maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris
et ouvrage est le résultat d’un séminaire tenu durant les années 1985-1988 dans le Ce cadre du cycle supérieur d’histoire du XX siècle de l’Institut d’études politiques de e Paris et du Centre d’histoire de l’Europe du XX siècle de la Fondation nationale des sciences politiques. Le postulat fondamental de la recherche entreprise reposait sur l’idée que la République en France ne constituait pas simplement un régime institutionnel, variante de la démocratie libérale, mais un véritable modèle politique, au même titre que la monarchie absolue, le césarisme ou le socialisme et que ce modèle ne se confondait pas purement et simplement avec le libéralisme. De surcroît, il était évident qu’un modèle politique ne consistait pas uniquement dans le mode de désignation, les modalités d’action, les rapports des pouvoirs publics entre eux, mais représentait une forme de réponse de la société aux problèmes qu’elle affrontait à un moment donné de son histoire. Comme tel, un modèle politique, du moins lorsqu’il connaît la stabilité et bénéficie de la durée, constitue une sorte d’écosystème social dont tous les éléments sont en étroite symbiose les uns avec les autres: représentations mentales, fondements philosophiques, références historiques, valeurs, dispositions institutionnelles, organisation et structures sociales, pratique politique, etc. Or, il nous était apparu e qu’au cours du XX siècle, la République avait réussi à deux reprises à réaliser un tel e modèle, d’une part dans le premier tiers du siècle et, d’autre part, dans la V République postgaullienne. C’est assez dire que la recherche historique n’entendait en rien faire abstraction du questionnement du présent et que les évidences de l’actualité poussaient à s’interroger sur la nature des processus qui avaient conduit à l’élaboration dans le passé d’un modèle dont l’émergence affleurait à chaque instant dans notre histoire immédiate. Comment ignorer les résonances éveillées par une alternance présidentielle, deux alternances parlementaires, la banalisation de la justice constitutionnelle ou la grave crise scolaire de 1984 lors de séances au cours desquelles la réflexion portait sur l’importance réciproque de la Loi, de l’École, de l’Église, de l’Armée ou de la Constitution
dans la société républicaine issue de l’affaire Dreyfus, celle-là même qui, après un siècle de troubles et de révolutions, avait enfin cru toucher au port avec un régime dans lequel le Droit et la Justice pouvaient se prévaloir de la sanction de la victoire électorale ? Mais, du même coup, il apparaissait que le « modèle républicain » conçu comme un e système parfait et définitif par les hommes de la III République après 1900 n’avait été qu’un moment de l’histoire de la République, un moment dont la stabilité et le succès e étaient étroitement liés aux conditions propres au début du XX siècle. L’existence d’un « temps des troubles » étalé des années 1930 aux années 1960, sur un bon tiers de siècle,la réalisation progressive à partir des années 1970 d’un nouveau modèle reposant sur des fondements radicalement différents conduisaient à relativiser la portée universaliste et définitive qu’il avait voulu se donner. À partir de là, la démarche suivie par le séminaire a consisté à « historiciser » le modèle républicain, c’est-à-dire à le situer dans une continuité où son rapport aux circonstances et à la conjoncture serait établi avec précision, révélant au passage les mensonges opératoires à l’aide desquels la réalité se trouve transfigurée pour mieux servir à l’élaboration de principes proposés à l’admiration des populations et enseignés aux enfants à l’âge des contes et légendes. Le premier temps de la réflexion a consisté dans cette optique à examiner à partir de e quels matériaux et dans quelles conditions s’est formé à la fin du XIX et au début du e XX siècle un « modèle républicain » promis à un durable succès. Et la démarche a consisté à se tourner vers les références historiques des républicains, en commençant par la cité grecque ou la République romaine, pour constater que ces modèles politiques avaient deux histoires : la leur propre, vécue par les contemporains et restituée par la patiente mise au jour des textes et des vestiges archéologiques, et celle des historiens qui la reconstruisirent en fonction des valeurs et des besoins de leur présent. Mais, à tout prendre, s’il est important et éclairant de connaître les déformations que les historiens font subir à la réalité, les légendes et les mythes deviennent eux aussi objet d’histoire dès lors qu’ils sont signes de valeurs et facteurs de mobilisation. Est-il plus important de savoir qu’Athènes n’a pas été une véritable démocratie ou que Rome a été moins vertueuse que Montesquieu ne l’a cru, ou que le modèle de la démocratie athénienne et de la vertu romaine a servi à irriguer les manuels d’une République française qui voulait enseigner la Démocratie et la Vertu à ses futurs citoyens ? De même la galerie des grands ancêtres ancrant dans la continuité historique depuis la Révolution française le modèle républicain a-t-elle masqué une certain nombre de re réalités que les républicains ont préféré oublier, par exemple le fait que la I République avait préféré la démocratie du discours à celle de la pratique électorale, que la seconde n’avait pas été plus capable d’organiser le suffrage universel qui était pourtant son principe premier ou que ces figures légendaires de la République qu’avaient été Gambetta ou Ferry avaient été rudement traitées par leurs pairs pour avoir voulu établir une démocratie constitutionnelle, refusée précisément par le modèle républicain. Ces préliminaires ont permis de considérer d’un œil neuf ce modèle durant l’époque de son âge d’or, soit entre 1900 et 1930. Fondé sur une série de mythes historiques, il
s’appuie cependant sur des valeurs véritables qui apparaissent aux hommes du e premier tiers du XX siècle comme universelles et éternelles. Il apparaît ainsi comme un révélateur et de l’état social et des représentations mentales de la société française de l époque et surtout, il est promesse et espoir d’un progrès graduel, mais continu pour l’ensemble des Français. La réalisation de l’écosystème social parvient ainsi à son apogée, et tout particulièrement parce qu’il envisage comme partie intégrante de son programme et prolongement des valeurs qu’il prône la promotion des « petits ». Conception qui fonde la légitimité du modèle républicain et survivra très largement à la critique philosophique ou institutionnelle suscitée par les difficultés qui naissent après la première guerre mondiale. On conçoit que, dans ces conditions, le modèle républicain ait bénéficié d’un large consensus dans l’opinion publique. Large, mais pas total puisque, catholiques et socialistes, par exemple, continuèrent toujours à rêver, au-delà du modèle, à un « ailleurs » situé, pour les uns dans le passé, pour les autres dans le futur. Réponse de la société aux problèmes qui se posent à elle à un moment donné de son histoire, un régime politique ne saurait disposer d ’une pérennité impliquant l’intangibilité des conditions qui l’ont vu naître et la « fin de l’histoire ». Si nombre de régimes politiques, et le modèle républicain le premier, ont vécu sur cette utopie, la réalité s’est bien vite chargée de dissiper l’illusion, entraînant alors la chute brutale, la désagrégation progressive ou l’adaptation aux nouvelles conditions de l’ensemble des données constitutives du modèle. Dès les années trente, le modèle républicain en fait l’expérience. Commence alors pour lui une longue période de contestation, de mise en e cause, de troubles divers qui se poursuivent sous la IV République, version replâtrée e du modèle de la III . Et ce n’est que progressivement, qu’émerge de cette longue période de maturation d’un tiers de siècle un nouveau modèle républicain, radicalement différent et parfois antithétique du premier. Si la dénomination du régime est la même, si certains des principes fondamentaux demeurent, c’est bien un nouveau modèle qui se met en place et qui diffère du précédent par ses racines, ses références historiques, son système institutionnel, ses pratiques sociales et politiques. Mais comme pour le modèle républicain du début du siècle,on est bien en présence d’un écosystème social, adapté à e ce qu’est la France de la fin du XX siècle et répondant, pour l’essentiel, aux conditions des sociétés développées de l’ère postindustrielle. En attendant que l’évolution historique le rende un jour caduc et nécessite l’adaptation des principes républicains à une réalité sans cesse changeante.