Le monde face aux révolutions arabes

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170 pages
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En modifiant profondément le visage de la région, les révolutions arabes deviennent, par essence, un enjeu régional et international. Tel est l'objet de cet ouvrage qui étudie les analyses et les manœuvres des États non-arabes face à ces événements dont ils ne sont pas des acteurs directs. Nous retrouvons ainsi au rang mondial, les États-Unis, l'Europe, la France, face à la Russie et à la Chine, et sur le plan régional, la Turquie, l'Iran et Israël. Ces puissances adaptent leur analyse de la région, reconsidèrent leurs intérêts, et reformulent des hypothèses pour l'élaboration de leurs politiques.
En effet, les États qui se prévalent d'une politique étrangère ambitieuse doivent se positionner pour limiter ou accompagner ce mouvement, à défaut de l'avoir prévu. Trois options se présentent à eux. Ils peuvent être spectateurs, volontaires ou forcés, d'un processus qui les devance et les déborde. Les puissances se sont ainsi d'abord distinguées par leur manque de vision et de propositions. Puis, faisant un pari sur l'avenir, elles ont tenté d'être des empêcheurs ou au contraire des accélérateurs, comme l'illustre leur position sur la crise syrienne. Or faire obstacle à ces mouvements est difficile à justifier du point de vue des valeurs, d'où la mobilisation de discours alarmistes, appuyés sur une représentation exagérée ou mensongère des manifestants et de leurs revendications. À l'inverse, le soutien à ces manifestations, actif ou simplement oratoire, présente le risque d'accusations d'ingérence extérieure, et pose la question de l'adéquation des intérêts des pays étrangers avec les convictions réelles des populations arabes. C'est donc sur la richesse de ces postures que se proposent de revenir les auteurs de cet ouvrage, dont la leçon est peut-être une invitation à l'humilité face à des événements qui, pour une fois, ne relèvent pas, à l'origine, d'acteurs extérieurs.

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Date de parution 01 janvier 2012
Nombre de visites sur la page 2
EAN13 9782849242780
Langue Français

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Le monde face aux révolutions arabes
Analyses et réactions des puissances régionales et mondiales
Collection « Les Cahiers du CCMO »
1.Le dé sécuritaire en Israël
2.Retour sur les «révolutions arabes»
3.Le Moyen-Orient en marche
© CCMO – Éditions du Cygne, 2012
ISBN : 978-2-84924-278-0
Manon-Nour Tannous (coord.)
Le monde face aux révolutions arabes
Analyses et réactions des puissances régionales et mondiales
Éditions du Cygne
Le CCMO
Le Cercle des chercheurs sur le Moyen-Orient (CCMO) est une jeuneassociationpluridisciplaine (histoire, droit, sociologie, sciences politiques, etc.) et pluri-universitaire qui rassemble des étudiants et des jeunes professionnels (chercheurs, enseignants, journalistes, économistes, etc.) de toutes nationalités menant un travail de recherche sur le Moyen-Orient.
Ouverte à tous, l’association poursuit trois buts :
1)permettre la rencontre entre jeunes chercheurs, an de lutter contre le cloisonnement disciplinaire ou institutionnel et favoriser des dynamiques de recherches collectives ainsi que des partages d’expériences
2)contribuer à la visibilité des travaux des jeunes cher-cheurspar l’organisation de colloques et de journées d’études thématiques ainsi que par la mise en place d’un espace de publi-cation sur le site Internet de l’association et la création d’une revue
3)accompagner les jeunes chercheurs dans leur inser-tion professionnelle en leur permettant de tisser des liens, à l’occasion des événements organisés par l’association, avec des acteurs reconnus des organismes de recherche publics et privés, de la presse, des entreprises et des ONG.
http://cerclechercheursmoyenorient.wordpress.com
Avant-propos Manon-Nour Tannous
Sommaire
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Monde nouveau, vieux intérêts : Les puissances internationales à l’heure des révolutions arabes Karim Émile Bitar9
Out with the Old, in with the…? US Middle Eastern Policy and the Arab Spring David Ethan Corbin25
From the battleeld to the graveyard : Is Europe digging its own tomb? Isabel Ruck
4
5
Les enjeux du bras de fer franco-syrien dans le contexte de la répression du printemps syrien Isabelle Feuerstoss63
La Russie et les révoltes arabes Pierre Berthelot
La Chine au Moyen Orient depuis le printemps arabe Barthélémy Courmont
La Turquie de Recep Tayyip Erdoğan face au « Printemps arabe » Rukiye Tinas
L’Iran perse face au dé des révolutions arabes David Rigoulet-Roze
8
9
3
7
109
133
Les conséquences des soulèvements dans le monde arabe pour l’État d’Israël Olivier Danino149
Les textes présentés dans ce cahier n’engagent que leurs seuls auteurs. Ils n’engagent en rien le CCMO.
Avant-Propos
1 Manon-Nour Tannous
Aucun despote n’ignore qu’il n’est d’oppression ni d’arbitraire possibles, que si les sujets baignent dans la noire ignorance et l’aveuglement trompeur Abd Al-Rahman Al Kawakibi (1849-1902)
On ne peut faire l’économie, en évoquant les bouleverse-ments du monde arabe, d’un examen approfondi des réactions et des visions des États qui ne sont pas acteurs directs de ces événements. C’est l’ambition que se donne cet ouvrage, consacré au monde non-arabe, face aux révolutions arabes. En effet, un phénomène amené à changer radicalement le visage d’une région stratégique, devient par essence un enjeu régional et international. Les puissances doivent alors adapter leur analyse de la région, et reconsidérer leurs intérêts, qui œuvrent en profondeur dans l’élaboration de leurs politiques. Les études proposées ici reviennent en particulier sur des points saillants de ce mouvement de contestation, notamment la Tunisie, l’Égypte, la Libye, Bahreïn et la Syrie. Soyons clairs : il ne s’agit pas ici de nier le caractère endogène des révolutions arabes, résultat de frustrations internes. Mais nous constatons qu’après une première phase, dans laquelle le monde,
1. Manon-Nour Tannous est doctorante en Relations internationales à l’Uni-versité Paris II (Panthéon-Assas) et rattachée au Centre Thucydide, analyses et recherches en relations internationales. Elle fait également partie des Jeunes chercheurs de l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire (IRSEM). Elle est en outre membre fondateur du Cercle des Chercheurs sur le Moyen Orient (CCMO). Ses recherches portent essentiellement sur la Syrie, et les politiques étrangères des grandes puissances au Moyen Orient.
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dépassé et donc paralysé, s’est borné à faire des commentaires plus ou moins judicieux, l’affaire libyenne a permis le retour« à 2 la syntaxe traditionnelle, celle des implications et des ingérences ». Même si l’intrusion n’est pas directe, les États qui se prévalent d’une poli-tique étrangère ambitieuse doivent se positionner pour, à défaut de l’avoir prévu, limiter ou accompagner ce mouvement. Trois options, qui dépendent du moment et du pays, se présentent alors à eux. Ils peuvent êtrespectateurs, volontaires ou forcés, d’un processus qui les devance et les déborde. Les puissances se sont au début distinguées par le manque de propositions et d’articula-tion de scénarios crédibles pour l’avenir. Elles ont ensuite choisi de se positionner, par volonté de puissance, ou tout simple-ment par proximité (géographique, stratégique, énergétique…) par rapport aux pays concernés. Elles ont alors tenté d’être des empêcheursou desaccélérateurs, postures qui correspondent à deux paris opposés sur l’avenir de la région – et dont la crise syrienne est emblématique. Opter pour l’obstruction de ces mouvements est difcile à justier du point de vue des valeurs, d’où la mobi-lisation de discours alarmistes, appuyés sur un portrait exagéré ou mensonger des manifestants et de leurs revendications. Au contraire, le soutien à ces manifestations, actif ou simplement oratoire, présente le risque d’accusations d’ingérence extérieure, et pose la question de l’adéquation des intérêts des pays étran-gers avec les convictions réelles des populations arabes. Par ailleurs, les États qui se réclament de cette position sauront-ils maîtriser les conséquences de ce choix et les changements qui en découleront ? C’est donc sur la richesse de ces postures que se proposent de revenir les auteurs de cet ouvrage. Finalement, la leçon à tirer est peut-être une invitation à l’hu-milité face à des mouvements qui, pour une fois, ne relèvent pas, à l’origine, d’acteurs extérieurs.
2. Henry LAURENS, lors de l’émission « La Syrie, que faire et que peut-on faire ? »,France Culture, 4 février 2012 : http://www.franceculture.fr/emis-sion-la-rumeur-du-monde-la-syrie-que-faire-et-que-peut-on-faire-2012-02-04