Le printemps de Damas

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Description

Imaginez une femme belle comme le jour entre les mains d’une centaine d’êtres aussi vils que cannibales et qui n’a que sa douceur et sa générosité pour se défendre. C’est le cas de cette belle Syrie qu’on assassine du matin au soir et qu’on démembre à coups de folie meurtrière sous le regard torve des Nations Unies. En effet, ce monde chacal, où culmine la bêtise humaine, terrorise, assassine, déracine un peuple entier dont le seul tort est d’être syrien. Ce n’est ni une crise ni un conflit interne, mais bel et bien une agression programmée par la plus grande puissance, malheureusement cynique et amorale. Impérialiste, expansionniste, terroriste et barbare avec une doctrine reposant sur l’intervention et le massacre, elle constitue un danger grave pour la paix universelle. Sans pudeur aucune, elle chapeaute une douzaine de pays qu’elle appelle les amis de la Syrie alors qu’ils constituent ses pires ennemis dans le seul but de détruire ce pays, le berceau de la civilisation humaine.

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Date de parution 31 octobre 2015
Nombre de visites sur la page 32
EAN13 9782363154972
Langue Français

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Le printemps de Damas

Benak

© 2015

Cet ebook a été réalisé avec IGGY FACTORY.
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Dédicace

 

 

 

        À toutes les victimes de l’obscurantisme et des hordes sauvages

      

 

2ème dédicace

 

 

 

À Yara… À Neyrouz…

À tous les papillons et hirondelles de la belle Syrie

 

 

Préface

 

Syrie, les nouveaux barbares ne passeront pas

 

 

L’auteur de cet admirable ouvrage, poignant de sensibilité et de rage, mais écrit, et c’est ce qui fait sa puissance, avec lucidité, se veut, au-delà de la déclaration d’amour à l’éternelle Syrie, mémoire de l’Humanité, qui inventa l’écriture et présida, avec les héros du Maghreb, à l’éclosion des plus belles pages de l’histoire arabo-musulmane, en Andalousie, un rappel salutaire à l’ordre. Une mise en garde à tous « ces suppôts du diable, ces mercenaires de la nouvelle ère, ces ramassis du Nouveau Monde » qui « sont venus souiller les murs fabuleux de ma brillante citadelle sous le regard complice et haineux de certains culs-terreux du royaume de sable. Oui, ils ont accouru, exhortés par les pauvres péquenots de mon quartier. À ces cambrousards de l’or noir et du vent dont la lignée est rétrograde et arriérée, je déclare que ma forteresse civilisationnelle est imprenable du fait de son enracinement dans l’histoire. Immunisé depuis la nuit des temps, bastion de l’Islam et de la culture, je demeure le Sham, le berceau de la civilisation humaine. »

 

Dès les premières lignes, le décor est planté et les lignes – de front – fixées. La Syrie ne tombera pas, encore une fois, entre les mains des nouveaux barbares, entre les mains des Tamerlan et des Hulagu des temps modernes qui n’ont rien à envier à ceux qui avaient mis à sac en 1258 Bagdad, la capitale des Abbassides ; ils reviennent aujourd’hui déguisés en Émirs et Califes pour achever cette « œuvre » satanique. Faut-il rappeler aux « idiots utiles » des mal nommés printemps arabes les récits dantesques que les historiens de l’époque nous avaient rapportés sur cette tragédie ? Le plus grand « exploit » de ces hordes mongoles, surgies des nuits du temps, a été la destruction de la grande bibliothèque de Bagdad, Bayt al-Hikma (La Maison de la sagesse) qui contenait les plus précieux trésors du savoir humain dans tous les domaines. Ce monument que les califes des lumières, Haroun al-Rachid, et surtout son successeur al-Maamoun, avaient voulu léguer à l’esprit universel a été anéanti. À en croire certains narrateurs, les innombrables ouvrages historiques, philosophiques, scientifiques et littéraires que contenait ce monument ont été brûlés ou jetés dans les eaux du Tigre qui « devinrent sombres en raison des quantités d’encres émanant des livres de la bibliothèque. Les Mongols détruisirent également les mosquées, les palais, les autres bibliothèques ainsi que des édifices d’une grande richesse culturelle. »

 

Ce rappel historique, même s’il n’est pas explicitement cité dans « Syrie, enfer et paradis » y est néanmoins omniprésent. Simple rappel. Au début du déclenchement de la crise syrienne, l’Armée syrienne libre, qui n’est ni syrienne, ni libre, mais pur produit de la secte wahhabite, alliée de l’Occident, avait investi la localité de Maarrat al-Nou’maan, ville natale de du grand poète et philosophe Abou Al-Alaa Al-Maari. Là, certains illuminés de ses membres n’ont pas hésité à le déterrer de sa tombe, à saccager sa maison et à décapiter sa statue. Les auteurs de cet « exploit démocratique » n’étaient autres que les fanatiques du Front Al-Nosra, filiale attitrée d’Al-Qaïda en qui certains aveugles en Occident avaient cru déceler l’avant-garde de la révolution syrienne démocratique (sic !). En se vengeant de celui qui inspira l’auteur de la Comédie divine, Dante, le message était clair, n’en déplaise aux promoteurs de la démocratie chère aux néo-conservateurs américains : détruire, dans le monde arabe l’idée même d’État-nation, de citoyenneté, d’esprit critique pour y édifier un émirat moyenâgeux.

 

Certes la bataille pour la démocratie la bonne gouvernance, les droits de l’homme, la citoyenneté dans le monde arabo-musulman est plus que jamais impérative. Le héros de ce récit, Yatim, un homme révolté, tourmenté, ne cesse de le répéter et de le revendiquer tout au long de ses pérégrinations politico-philosophiques.

 

Seulement en s’attaquant à Al-Maarri, avec toute la charge symbolique qu’il représente, ceux que les très démocrates Syrie, enfer et paradis émirs du Golfe et leurs parrains occidentaux avaient baptisés « révolutionnaires syriens », ont commis l’irréparable et c’est l’effet inverse qui fut obtenu : La talibanisation des esprits, le retour au Moyen-Âge et à la barbarie, à l’inquisition et au naufrage collectif de la raison.

Al Maarri, qui ne portait pas dans son cœur et dans ses œuvres la bigoterie, la tartufferie et l’obscurantisme, avait déjà, il y a presque mille ans, dénoncé, comme par ailleurs tous les grands esprits de son époque, les pères fouettards de la pensée théocratique rétrograde – précurseurs de la pensée unique de nos jours – sur le ton de la satyre. Il avait cru déceler deux catégories d’hommes : « Ceux qui ont la raison sans religion et ceux qui ont la religion et manquent de raison. ». Il faudra y ajouter une troisième catégorie : ceux qui, à l’instar des takfiris déguisés en « révolutionnaires≈ », n’ont ni cerveau ni religion ni patriotisme surtout. »

 

Tout au long de ce voyage à travers un monde arabe bouleversé, brutalisé, martyrisé, attaqué de toutes parts, Benak – c’est le nom de plume de l’auteur – se fait un malin plaisir de s’attaquer à ces bigots, ces usurpateurs de l’Islam dont le discours virulent appelant au « djihad en Syrie » cache mal une soumission à peine dissimulée à l’impérialisme et à ses supplétifs.

 

Il n’a pas de mots assez durs contre ces « médias mercenaires bêtes et méchants » dont le rôle dans la destruction du monde arabe est aujourd’hui plus qu’avéré.

 

Nous sommes face à un écrivain en colère qui a très vite décelé la supercherie des mal-nommés « printemps arabes ». Il l’exprime tout à longueur des pages. Pourtant, ils n’étaient nullement nombreux ceux qui avaient découvert cette imposture. Il ne faut pas chercher très loin pour comprendre les raisons de cette lucidité précoce aujourd’hui de plus en plus partagée : l’auteur est un Algérien, et ça dit tout.

 

Écrivain et poète, il est né en 1955, soit un an après le déclenchement de la plus grande des révolutions qui marquèrent l’histoire du XXᵉ siècle, dans un hameau perdu, comme il nous le confie, « entre deux collines oubliées dans cette vaste Oranie muselée par l’histoire en dépit de tous ses moments de gloire. ». Il continue plus loin : « Allaité au biberon révolutionnaire de parents pauvres, mais ô combien généreux, j’hérite de leur esprit éveillé et tolérant une richesse incommensurable. Enfant, je subis les affres de la guerre et de la révolution et connus aussi la liesse de la libération et le bonheur de l’indépendance. Adulte, je dus combattre les armes à la main les hordes sauvages sévissant en Algérie lors de la fameuse décennie noire. Atteint dans mon âme et dans ma chair, je porte encore les stigmates d’abord de la guerre et ensuite ceux de la terreur. Le terrorisme ayant laissé en moi de profondes ornières, je dédie ma plume à la défense des damnés de la Terre. Poète depuis toujours, je taquine ma muse en décriant l’injustice et l’iniquité. »

 

On l’aura compris, il faut être natif de cette terre rebelle pour comprendre plus vite que les autres ce qui se trame contre le monde arabe au nom de la démocratie. Il faut être l’enfant d’une véritable révolution pour déceler les grossiers pièges dressés par des officines made in USA, non pas pour réformer le monde arabe, mais pour le détruire et le renvoyer, comme ce fut le cas avec l’Irak, la Libye et aujourd’hui la Syrie et Gaza, à l’âge préindustriel.

 

« Si je n’avais pas été Algérien, j’aurais été sûrement Syrien, se répétait Yatim chaque fois qu’il avait à vivre une crise identitaire. »

Benak, nom de plume d’Abdelkader Benaïssa est en effet un authentique Syrien, car c’est un authentique Algérien, dans les veines duquel coulent l’esprit de révolte, la haine de l’injustice, la quête de la dignité. Et surtout un témoin vigilant qui ne se laisse pas conter des fables.

 

Majed Nehmé

Directeur d’Afrique Asie

 

1.

 

 

Je suffoque… Je respire difficilement… Le vent souffle dans ma tête en ameutant de bien mauvaises nouvelles qui m’assaillent, m’accaparent, m’emprisonnent, me flagellent, me torturent… Me tuent quelque part. Je me penche du haut du balcon de mon âme pour jeter un regard dans la rue où les gens épars, différents et anonymes, s’en vont, s’en viennent, sans moi évidemment. Je contemple de mon perchoir, accroché aux maigres bribes de ma pensée asphyxiée, les soubresauts ostentatoires de ma culture effilochée. À travers le goulot de mon esprit taraudé par mes idées brûlantes et enfiévrées, je considère, défait, le résultat désolant de ma vie éphémère et meurtrie. Hier encore, ce passé bien présent n’avait cessé de me turlupiner tout au long de ces heures, me tuant à coups de pourquoi. Ces derniers temps, la vie ne coulait plus comme avant ; aux prises avec le démon, elle avait rendu le tablier en signant lâchement sa totale abdication.

Tout se bousculait en réalité comme si Dieu ayant décrété la fin du monde, la vie se sauvait par tous les chemins en emportant sur son passage les ultimes fragments de la raison. La folie ayant trouvé le champ libre et un terrain de prédilection s’offrait l’occasion de sévir à tout jamais en faisant valoir son droit de cité.

Ils sont nombreux, ces suppôts du diable, ces mercenaires de la nouvelle ère, ces ramassis du Nouveau Monde. Ils sont venus souiller les murs fabuleux de ma brillante citadelle sous le regard complice et haineux de certains culs-terreux du royaume de sable. Oui, ils ont accouru, exhortés par les pauvres péquenots de mon quartier. À ces cambrousards de l’or noir et du vent dont la lignée est rétrograde et arriérée, je déclare que ma forteresse civilisationnelle est imprenable du fait de son enracinement dans l’histoire. Immunisé depuis la nuit des temps, bastion de l’Islam et de la culture, je demeure le Sham, le berceau de la civilisation humaine.

Ils sont venus profaner les pages de mon livre ouvert depuis le premier alphabet et transformer mes précieux minarets, mes riches églises et mes augustes manoirs en de sinistres sarcophages.

Yatim… Je m’appelle Yatim comme toi tu te nommes George ou Nassim. La seule différence qui pourrait d’ailleurs nous lier, c’est finalement notre âge. Le mien est aussi grand que ta vie et plus petit que le temps qui nous unit, nous malaxe, nous délie, nous façonne, nous plie, nous désarçonne, nous laisse et s’enfuit. Je suis aussi vieux que le jeune d’aujourd’hui, car mes enfants sont nés de ce mariage obscur entre l’amour conscrit et la prison de l’existence. J’ai grandi à l’ombre des nuits coloniales et des jours colonisés, en tétant le biberon des heures perfides et déloyales. Mon nom a toujours été un pseudonyme jusqu’au jour où la clandestinité m’offrit un patronyme comme patrie. Je vis dans un habit, où la mort lâche et assassine est embusquée dans chaque pli et repli.

J’ai appris sur les bancs de l’école buissonnière, la sagesse des fous et la bravoure des déshérités ; à celle de la vie, l’honneur des vaincus et la gloire des damnés. Mon père était tellement arabe qu’il oubliait son amazighité et tant humain qu’on lui refusait son humanité. Grand exclu, il fut jeté par-dessus bord du seul bateau naviguant. Célèbre noyé de l’histoire, il but toute la salinité de l’océan, lampée après lampée, jusqu’à la dernière gorgée. Ma mère enfantée par la peur des lendemains plus fragile qu’un enfant débile fut reléguée aux calendes grecques par tous les testaments qu’ils soient vieux, anciens, juifs, chrétiens ou carrément musulmans. Elle vivait tête non seulement baissée, mais totalement enfouie pour ne laisser apparaître de son être que son joli corps qu’on adore. Inhumain était mon cousin germain de l’autre côté de la cité humanoïde qui gravitait autour de mon espace vital. C’était une espèce supérieure de nature androïde à l’humanisme avancé ; elle daignait me distiller l’air qu’elle avait sciemment raréfié pour me sauver de l’asphyxie qu’elle me prescrivait.

Je suffoque… Je soliloque en apnée dans ce monde qui m’a vu naître et qui refuse de me reconnaître à l’état civil de sa traîtrise qui le grise pour toujours commettre d’aussi grandes bêtises. Je m’époumone, hors d’haleine, à glaner les atomes précieux de l’air qui manque à mon cimetière où gît mon corps momifié. Mon spectre auréolé de cette peur que l’esprit dit humanitaire ne cesse de m’efflanquer depuis ma venue sur cette Terre où je n’habite que temporairement.

Yatim… Ça sonne à l’image de cet agassin qui sous peine de ne pas produire du raisin doit subir la loi de l’élagueur. La serpette est là en unique émondeur pour donner au cep toute sa vigueur.

Yatim… Tel un accident de parcours à l’orphelinat dantesque où foisonne la culture bâtarde érigée en dogme cannibale.

Yatim… Une entité barbaresque ballottée par une histoire titanesque dont les annales racontent depuis la nuit des temps la même fresque de la sueur conjuguée au sang. Au final de cette longue marche de cris et de larmes, cet itinéraire de feux et de flammes, je ne suis qu’un néant dans le ciel sombre de la civilisation. Inhumaine parce qu’humaine, celle-ci se donne trop de peine à chercher coûte que coûte mon embaumement. Il parait que bien conservé, je souris mieux au musée de leur apathie qui prend, du coup, un peu de rajeunissement. C’est le besoin de cette eau de jouvence qui pousse les singes de mon quartier à hériter de ma mort pour faire de mon corps un aspect plus proche de mon vivant. Défunt, j’aurais l’honneur de me présenter convenablement devant l’ONU des trucidés. Ces messieurs détenteurs du fil de la vie ici-bas, condescendent-ils enfin à me juger pour ouvrir à mon organisme parfumé la porte du paradis tant recherché ?

Alors, lâchez vos chiens en avant-coureurs, ensuite faites-les suivre de vos embaumeurs, je vous attends avec mes fonctions vitales que vous saurez garder parfaitement dans le cagibi mental de vos idées camphrées.

— Salem sur le meilleur des hommes que Dieu m’a destiné. Que ta journée entière soit empreinte de bonheur !

— Salem sur toi ô femme merveilleuse. Tu remplis ma vie de félicité. Je remercie Dieu de t’avoir rencontrée.

Yatima était une femme très simple, mais très dévouée et très sincère. De corpulence petite, elle paraissait de prime abord si fragile, mais ce n’était qu’une apparence tout à fait trompeuse. Sous son physique frêle et fluet, elle cachait une énergie à nulle autre pareille. Toujours à l’écoute des besoins de son mari, elle se multipliait pour lui obéir sans jamais fléchir. Fidèle, aux petits soins de son vénérable époux, elle s’effaçait volontiers pour n’écouter que ses désirs. Elle l’aimait de cet amour tendre, gentil et silencieux à l’image de cet acte sanctifié qui les a réunis, ce pacte consacré et si religieux.

— Quelle belle grâce mâtinée ! Je suis heureuse pour toi, cela fait si longtemps que tu n’as pas ainsi bien dormi.

Yatim ne se rendormait jamais pour ainsi dire après la prière du « Sobh » (de l’aube) et sa douce moitié, comme il préférait l’appeler, le savait. Bien sûr, l’exception confirmant la règle, il lui arrivait de garder le lit comme ce matin-là où il fut agréablement surpris. Évidemment, ces quelques fois se comptaient sur les doigts d’une seule main, ce pour quoi elles créaient l’événement.

Cette nuit-là, il avait tellement cauchemardé qu’il avait à plusieurs reprises réveillé Yatima. Tantôt sage, tantôt agité, il changeait sans cesse de position comme s’il fuyait quelque chose qui le poursuivait en prononçant des paroles confuses et indéchiffrables. Elle avait beau tendre l’oreille pour essayer de comprendre, elle ne réussit qu’à chasser son sommeil sans rien identifier. Ces derniers temps, cela le prenait souvent de soliloquer tout en dormant et le phénomène s’en allait s’amplifiant. Cela avait alarmé Yatima, mais elle n’avait pas osé lui en parler. Elle s’interdisait de lui en faire allusion, et ce, même dans le cadre de l’amusement. La pudeur aidant, elle éludait volontairement les questions se rapportant au sujet. Elle avait décidé de garder le silence, de ne jamais trahir le petit secret, car cela faisait partie de la personnalité de son mari qu’elle auréolait d’une aura à la limite du sacré.

— Oh, mon chéri ! Il me semble que tes yeux sont malades, je les trouve tellement rougis.

— Comment arrives-tu à les voir dans cette pénombre ?

Yatima s’était abstenue d’actionner l’interrupteur pour ne pas déranger son seigneur, seulement les interstices des volets toujours fermés laissaient passer une certaine lueur.

— La lumière de tes prunelles guide celle de mes yeux, lui répondit-elle rayonnante de bonheur.

— Tes mots sont si beaux qu’ils me caressent le cœur, pas comme ces charlatans de frères. Ils m’empoisonnent la vie et m’acculent à mes derniers retranchements.

— Tes frères ?

— Oui ! Tous des faux, lui rétorqua-t-il, comprenant enfin son marasme.

Yatim était heureux d’éclipser ainsi le sujet de ses yeux de la discussion.

— Mais je ne te connais pas de frangins, mon cher mari ! Ou bien, tu veux juste me faire une plaisanterie ? Lui répliqua-t-elle, nigaude.

— Comme je te trouve niaise, ma belle amoureuse ! Viens ! Approche, je vais t’expliquer !

D’un geste de la main il l’invita à s’asseoir. Docile et obséquieuse, elle prit place en face de lui, sur le lit. Sa gentillesse aidant, elle lui facilitait les choses en le mettant d’emblée à l’aise ; il avait toujours le dernier mot, car son niveau, disait-elle, ne lui permettait jamais de se mesurer à ses connaissances. Sur ce point, elle le savait imbattable et quand bien même elle aurait eu le bagage nécessaire, sa condition de femme l’aurait obligé à s’effacer devant l’esprit dominant du mâle. Il aurait été inconvenant pour madame de damer le pion à monsieur. Yatim n’était pas de cette trempe-là. Avant-gardiste, il n’aimait pas cette société machiste qui méprisait toute une moitié de la population. C’était un véritable gâchis, toute cette énergie ignorée et maintenue sous silence.

— Tu es magnifique quand je te regarde ! Lui dit-il, en lui prenant la main. Il disait vrai. Elle avait un charme qui désarme.

— C’est ton regard qui me peigne et m’embellit. Je sens la caresse de tes yeux jusqu’au tréfonds de mon âme.

Elle le gratifia d’un sourire doux et reconnaissant.

— Il y a des moments où j’envie ta condition. Tu ne cherches pas midi à quatorze heures ; tu ne t’embarrasses pas de choses extérieures ; tu vois souvent la vie en rose ; tu la prends comme elle vient sans jamais te soucier du lendemain. Tu es simple et tu détestes le compliquer ; tu ne t’empoisonnes pas avec des futilités.

Elle le regardait en renouvelant chaque fois son sourire comme si ce dernier était l’unique discours.

— J’ai toujours vécu ainsi. J’ai grandi dans une maison pauvre avec des parents humbles et démunis qui m’ont appris comment me comporter dans la vie, surtout avec mon futur mari.

— Quel dommage ! J’aurais aimé connaître tes riches parents, Yatima. L’enseignement qu’ils-t-ont dispensé vaut à lui seul toute une encyclopédie.

Yatima avait perdu ses géniteurs alors qu’elle n’avait que quinze ans.

— Non, Yatim ! Mes défunts parents n’étaient pas huppés, ils ne possédaient que leurs mots et leurs peaux, lui annonça-t-elle sérieusement. Il lui tapota le bras tout en lui souriant.

— Détrompe-toi Yatima, ils ont légué derrière eux un immense trésor.