Le réveil du monde arabe

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168 pages
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La vague de contestation qui a déferlé sur le monde arabe en 2011 bouscule profondément les équilibres progressivement établis depuis la fin de la période coloniale.
Les remises en cause radicales qui sont à l'œuvre plongent les observateurs extérieurs dans la perplexité. Jusqu'où ira le rejet de l'ancien modèle ? Que restera-t-il des « printemps arabes » après la chute des systèmes autoritaires qui ont succédé à la période des indépendances ? Comment les alliances régionales vont-elles se recomposer, et quelle influence exerceront les puissances extérieures à la région ? En un mot, quel visage présentera le Moyen-Orient dans dix ans ?
Tenter de répondre à ces questions constitue un exercice délicat auquel on n'a guère entendu de spécialistes se risquer. Souhaitant combler ce manque, Gilles Chenève a voulu relever le défi de la prospective dans une région où tous les paramètres sont mouvants. Expert bien informé du monde arabe, il s'est appuyé sur l'expertise universitaire de Fabrice Balanche et sur l'approche méthodologique de Victoire Escriva pour élaborer des scénarios d'avenir à échéance moyenne ou longue. Le croisement de ces analyses produit des prévisions organisées en douze scénarios. Conscients qu'« on ne peut prédire l'avenir mais qu'on peut imaginer des futurs » (D. Gabor), les auteurs ont l'ambition de nourrir la réflexion et de susciter le débat.

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Date de parution 01 janvier 2012
Nombre de visites sur la page 3
EAN13 9782849242650
Langue Français

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Le réveil du monde arabe
Douze scénarios d’avenir
Image de couverture : © philipus – Fotolia.com © Éditions du Cygne, Paris, 2012
www.editionsducygne.com
ISBN : 978-2-84924-265-0
Gilles Chenève
(avec la collaboration de V. Escriva)
Le réveil du monde arabe
Douze scénarios d’avenir
préface de Fabrice Balanche
Éditions du Cygne
Du même auteur :
Promesse d’Orient, Éditions L’Harmattan, 2010
Préface
Au Maghreb et au Moyen-Orient le statut quo issu de la guerre froide est désormais rompu, la boîte de Pandore de la fragmen-tation territoriale s’est ouverte, avec comme première victime le Soudan et dans un avenir proche l’Irak, la Syrie, le Yémen et la Libye. Ce processus est la conséquence de l’échec de l’intégra-tion nationale dans des États-territoires, et non des États-nation, mais également de la mondialisation qui provoque naturellement un affaiblissement des États. Les plus fragiles par leurs institu-tions, les plus divers par leur population et les plus proches des zones de conits sont les premières victimes. Alors que dans les pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie), les évolutions politiques récentes ne semblent pas remettre en cause l’intégrité territoriale, en revanche les pays du Moyen-Orient sont soumis à des forces centrifuges qui peuvent les faire éclater. La présence de deux conits majeurs (Israël/Palestine et Iran/États-Unis) et des plus importantes réserves d’hydrocarbures mondiales contribuent à cette différence d’évolution entre le Maghreb et le Moyen-Orient. C’est pour cette raison que les scénarios décrits dans cet ouvrage sont beaucoup plus optimistes pour l’ouest du monde arabe que pour sa partie orientale. Certes, les processus ne sont pas inéluctables mais liés à la convergence de facteurs d’occurrences, d’intérêts d’acteurs et de faits déclencheurs que Gilles Chenève sait parfaitement mettre en évidence. Les scénarios élaborés dans cet ouvrage ne sont donc pas pure spéculation, reposant sur différentes théo-ries du complot, un parti pris idéologique ou de la géopolitique ction comme savent si bien le faire nos intellectuels faussaires. Les analyses de Gilles Chenève s’appuient sur une excellente connaissance des jeux d’acteurs locaux et internationaux rendue
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possible par son travail au sein du renseignement français. La méthode d’analyse qu’il emploie est basée en priorité sur le comportement des acteurs (États, groupes sociaux, partis poli-tiques etc.). Pour ma part, en tant que géographe, j’ai davantage tendance à me focaliser sur le territoire et la société pour recons-tituer les jeux d’acteurs et tenter de les comprendre. La méthode est différente, mais au nal nous nous retrouvons sur le résultat. L’évolution de la Syrie post-Bachar el-Assad, et notamment la création probable d’un territoire alaouite, est l’objet de notre rencontre à travers un cheminement intellectuel différent. J’ai pu constater de visu l’échec de l’intégration nationale en Syrie et un processus de segmentation de la société sur des bases confessionnelles et ethniques qui aboutit aujourd’hui à une guerre civile communautaire. Mais ce résultat est aussi celui de la géopolitique régionale, de l’affrontement entre l’axe pro-iranien et l’axe pro-américain ou anti-iranien piloté au plan local par les pétromonarchies sunnites du Golfe. Il m’est encore difcile de qualier cet affrontement de chiites contre sunnites, un pas que franchit Gilles Chenève. Nous sommes cependant d’accord sur le résultat : la résurgence de l’État des Alaouites dans une Syrie post-Assad, refuge pour la communauté, lot de consolation pour l’Iran et soutenu par Israël pour des raisons différentes. Depuis le 11 septembre 2001, le conit israélo-palestinien est passé au second plan au prot des guerres en Afghanistan et en Irak, mais c’est oublier sa centralité dans cet arc de crises. Depuis l’échec avéré du processus d’Oslo, les diplomates se contentent de gérer le conit et non de tenter de le résoudre. Les milliards de dollars d’aides annuelles, qui sont versés à l’Auto-rité Palestinienne par les pays occidentaux, n’ont d’autre objectif que d’acheter la paix sociale et non d’impulser le développement économique d’un embryon d’État palestinien. Le scénario de Gilles Chenève à propos des Territoires palestiniens occupés est très pessimiste, mais c’est le plus réaliste. Le processus d’Oslo, la colonisation, l’échec des négociations de paix en 2000, l’évacua-tion de Gaza en 2005 ou la division entre Hamas et Fatah sont
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la conséquence de l’agenda israélien ou sont habilement utilisés par cet agenda. Les grandes puissances se distinguent des États tampons ou satellites justement par l’existence d’un agenda qui ne varie pas avec les alternances politiques. Nous avons par conséquent un jeu à quatre : Israël, Turquie, Iran et Arabie saoudite au Moyen-Orient, à peine perturbé par l’arrivé dans la cour des grands de l’insolente fortune du petit Qatar, car ils ne sont que les pions d’une partie plus importante qui se jouent entre les États-Unis, la Chine et la Russie. Les hydrocarbures du Golfe sont bien sûr l’objet principal de cette lutte d’inuence. La rivalité entre l’Iran et l’Arabie saoudite dépasse donc le cadre régional, tout comme le conit chiite-sunnite que les deux pôles de l’Islam ont réactivé. Les médias nous présentent souvent l’Iran comme le plus vulnérable dans cette lutte car isolé sur le plan international, en proie à une contestation intérieure puissante et menacé par des raids israéliens. L’originalité de cet ouvrage est qu’il va à l’en-contre de ces idées reçues. L’Arabie saoudite est décrite dans toute sa fragilité, une gérontocratie de droit divin, menacée par les troubles sociaux et communautaires, que l’argent du pétrole et la répression ne pourront pas contenir en permanence. Une dernière idée est transversale à la plupart des scénarios : celle du pouvoir de nuisance. Gilles Chenève n’est pas cynique mais réaliste lorsqu’il afrme que les différentes armées de la région ont intérêt à maintenir des poches d’insécurité, telle que AQMI dans le Sud Algérien, pour justier leurs privilèges et la restriction des libertés. Quant au Mali, base arrière de AQMI, cela lui permet également de bénécier d’aides internationales dans le cadre de lutte contre le terrorisme. Peut-on reprocher à la famille el-Assad de jouer au pompier pyromane dans ce monde ? Les États-Unis n’avaient-ils pas intérêt au maintient de Saddam Hussein au pouvoir en 1991 pour parfaire leur implantation dans le Golfe persique ? Et aujourd’hui n’ont-ils pas intérêt à ce qu’un Iran menaçant effraie les pétromonarchies pour se maintenir aux frais de ces dernières dans la région ? Les droits de l’homme
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sont bien peu de chose dans la géopolitique mondiale et il est clair que les États n’ont pas d’amis mais seulement des intérêts. Le « Printemps arabe » est venu déséquilibrer le système géopolitique, le retour à un équilibre passe par d’inévitables conits dont cet ouvrage nous dresse le tableau et, chose rare, annonce les résultats probables.
Fabrice Balanche, 23 janvier 2012 Directeur du Groupe de Recherches et d’Études sur la Méditerranée et Moyen-Orient (GREMMO), enseignant-chercheur, Université Lyon 2