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Le Terrianisme - La petite propriété insaisissable et assurée à tous

De
452 pages

Natalité à Fort-Mardyck

SOMMAIRE. — Aperçu sur la natalité en Europe, en Flandre, à Fort-Mardick. — Natalité générale à Fort-Mardick. — Données comparatives. — Doublement de la population en trente années. — Données comparatives. — Facteurs de cette natalité : précocité et multiplicité des mariages, taux élevé des naissances, mortalité infantile restreinte, — La concurrence vitale des Français et des Flamands, dans le Nord et à Fort-Mardick.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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Gustave Lancry
Le Terrianisme
La petite propriété insaisissable et assurée à tous
INTRODUCTION
* * *
Pourquoi je publie un livre d’économie sociale ? Vo ici. Un concours singulier de circonstances, où j’ai cru voir la main de la Providence, m’a fait étudier la petite propriété insaisissable et assurée à tous. Il m’a semblé que Dieu m’imposait le devoir de vulgariser et de récla mer pour tous les Français les avantages dont jouissent les habitants de Fort-Mard ick. Je me suis jeté résolument dans la mélée. J’ai trouvé immédiatement deux appuis précieux : MM . les abbés Cattelin et Cachera, qui m’en ont valu d’autres : M.F. Mœneclay e, M. Eugène de Masquard, M. l’abbé Leleu, M. l’abbé Boulinguez, M. L’abbé Naude t ; puis, presque simultanément, M. l’abbé Lemire, qui a pétri de son esprit éminemm ent pratique les matériaux que nous avions déjà recueillis. Aujourd’hui les utopistes d’il y a dix ans sont dev enus les sages, et la petite propriété insaisissable et assurée à tous est une d e ces réformes non encore réalisées mais qui ne soulève plus d’opposition de la part des esprits judicieux. Ce livre rappellera les étapes que nous avons dû pa rcourir. N’est-ce pas, du reste, la seule manière de connaître à fond une question q ue de l’étudier dans les différentes phases de son évolution ? La première partie, l’Histoire de Fort-Mardick, est pour ainsi dire le minerai précieux qui contenait, mélangé à des scories dont il fallai t le débarrasser, la petite propriété insaisissable. Un premier travail d’extraction a donné la formule« Les XXIV Ares » qui n’était pas sans soulever de très légitimes objections. Elle ne laissait pas cependant de constituer un progrès considérable, en ce sens qu’elle traduis ait la généralisation du régime de Fort-Mardick dans ce que ce régime avait d’essentie l. Les XXIV Ares font l’objet de la seconde partie. Mais voilà qu’autour des XXIV Ares se groupe toute une doctrine sociale préconisant le relèvement de la patrie française pa r le retour à la terre et aux anciennes traditions nationales. Il faut donner un nom à cette doctrine. M. l’abbé Cachera l’appelle le Terrianisme ; c’est l’objet de la troisième partie. J’y laisse la parole surtout à M. l’abbé Cachera et à M.E. De Mas quard M. l’abbé Lemire a été élu député sur le programmeTerrianiste :va vulgariser il partout l’insaisissabilité de la petite propriété e t la porter au Parlement dans ses discours et dans ses projets de loi. L’importance c apitale de ses actes justifie la quatrième partie qui relate les évènements principa ux du Terrianisme au Parlement. Mais, en même temps que M. l’abbé Lemire, ses amis travaillaient. Ils réalisaient des œuvres qui acheminent vers la petite petite pro priété insaisissable et assurée à tous. Ces efforts méritaient un chapitre spécial, c ’est la justification de la cinquième partie : le terrianisme par l’initiative privée. Ce livre se présentera sous une forme originale : C ’est un recueil des principaux articles publiés dans les revues, dans les journaux sur le Terrianisme. Mon travail a consisté surtout à choisir ces articles au milieu d ’une foule d’autres souvent tout aussi intéressants que ceux que j’ai reproduits. Je me su is fait un devoir de les copier textuellement en indiquant soigneusement le journal ou la revue dont ils étaient extraits, et en indiquant soigneusement la date de leur publication : ceci peut avoir de
l’importance pour les questions de priorité qui seraient soulevées. Cette méthode a l’immense avantage de donner tous a rticles qui ont affronté le grand jour de la publicité, qui constituent isoléme nt des chapitres complets se suffisant à eux-mêmes, et que le lecteur pourrait lire séparé ment. Ils sont néanmoins coordonnés pour se compléter les uns les autres et viser à un but unique : l’exaltation du terrianisme et de la petite propriété insaisissa ble, le retour à nos anciennes traditions nationales, celles que Sully caractérisa it d’une parole qui devrait être écrite au frontispice de tous nos monuments publics « Labo urage et paturage sont les deux mamelles nourricières de la France.)) Le lecteur possède maintenant la clef de ce livre. Pour une vue d’ensemble plus détaillée je l’engage à se reporter à l’index publi é à la fin du volume. r D LANCRY.
* * *
AVIS Plusieurs errata se sont glissés dans le travail d’impression. Je prie le lecteur de vouloir bien corriger immédiatement les principaux : ERRATA
Page 60, ligne 15, au lieu de 13 à 27 lire 13,237. Page 61, ligne 14, au lieu de 1 % lire 14 %. Page 78, ligne 8, au lieu de 1882 lire 1862.
PRÉFACE
* * *
Voici un livre d’un nouveau genre : un livre qui es t à la fois une théorie et une histoire, une chose didactique et une chose vivante :Le Terrianisme. Que signifie au juste ce mot ? Et quelle doctrine o u quelle école désigne-t-il ? Il n’est peut-être pas inutile — puisqu’il est l’en seigne du livre et qu’il sert de lien aux chapitres très divers qui le composent — de précise r son sens et sa portée. Je reconnais dès l’abord que la chose n’est pas fac ile et qu’elle offre même quelque danger. Avec notre manie française de mettre un peu partout des étiquettes ehisme, c’est-à-dire des qualificatifs abstraits et générau x, nous risquons d’introduire une théorie. — par conséquent une controverse — là où i l n’y avait que vie confuse et action plus ou moins inconsciente, en un mot, là où il y avait des manifestations concrètes qui n’engagent que leurs auteurs et n’ont aucune prétention directrice. Préciser le sens du motTerrianismemais si c’est dangereux, c’est peut-être ? encore plus inutile, et en tous cas prématuré. Il e st possible que ce mot entre dans le courant des vocables reçus : mais il n’y est pas en core. Il circule de çà, de là, dans quelques Revues spéciales. Quelques personnalités s e hasardent à le laisser tomber de leurs lèvres. Ni l’Académie cependant, ni Littré , ni aucun des enregistreurs officiels de mots ne l’ont, que je sache, admis dans leurs re cueils. Il n’a pas droit de cité dans les dictionnaires : bref sa fortune n’est pas faite . Est-il bien sûr qu’elle se fera ? Est-il bon qu’elle se fasse ? L’exemple de l’Américanisme nous est donné comme avertissement par quelques-uns de nos meilleurs amis. Voyez, disent-ils, le so rt réservé à ce mot ! et prenez garde. Disons tout de suite que nous n’acceptons nullement l’assimilation. Le mot Américanisme était ipline qui intéressentappliqué à des choses de doctrine et de disc directement l’Eglise et nous sommes de ceux qui l’a vons toujours écarté et publiquement répudié. On voulait nous en affubler c omme d’un masque afin de se payer le plaisir de nous faire souffleter. Nous n’a vons voulu ni du masque ni du 1 soufflet . Le motTerrianismeieuse, une au contraire ne désigne aucunement une chose relig chose confessionnelle. Dans notre pensée, et, si no us nous en rapportons à son étymologie, en lui-même, ce mot signifie tout simpl ement un mouvement vers la terre, mouvement voulu, affecté, systématique (il y a tout es ces nuances dans les mots en isme), mais qui n’est pas une pure manie, une sorte d’idé e fixe, qui est fondé au contraire sur un instinct primitif, sur une tendanc e tellement universelle et tellement spontanée chez l’homme, qu’on peut considérer comme une des lois dé son être. Je m’explique. Terrianisme est le terme abstrait co rrespondant àterrien.terrien Le c’est l’homme qui possède la terre, qui est établi sur la terre, qui ne la quitte point. Les terriens sont opposés aux marins sur nos côtes du B oulonnais et de l’Artois. Les premiers labourent la terre et en tirent les moisso ns. Les seconds sillonnent les vagues et en tirent les poissons. Les uns et les au tres forment des castes distinctes qui n’ont ni les mêmes usages, ni les mêmes mœurs, et qui, différentes par leurs intérèts et leurs travaux, fusionnent rarement ense mble. Sans vouloir comparer les petites choses aux grandes, je crois pouvoir dire q u’ils perpétuent en quelque sorte le classique conflit de Rome et de Carthage, de la pui ssance qui sur l’eau se bat comme
sur terre, grâce aux machines qui s’abaissent sur l es navires et les immobilisent, et de la puissance qui sur terre passe comme sur l’eau, c ’est-à-dire sans en prendre solidement possession, si bien que l’on mettait à l ’encan le champ occupé par Annibal et qu’il trouvait acheteur au même prix qu’en plein e paix. Rome était une puissance terrienne, Carthage ne l’était pas. La stabilité qu i a été le caractère de la domination romaine se retrouve chez tous les peuples attachés à la terre. Elle a toujours été la première conséquence et elle demeure le premier but de la possession du sol. Ce but doit-il être dans nos préoccupations actuell es ? Faire en sorte que chaque homme possède un coin de cette terre qui a été donn ée par Dieu à toute la race, faire en sorte que cet homme vive de la terre et sur la t erre, qu’il y trouve sa subsistance et son établissement, est-ce, à l’heure présente, une chose plus nécessaire que jamais ? Est-ce, en France, une tentative particulièrement u rgente ? Le retour à la terre qui est un attrait, qui est un besoin. est-il uneœuvre sociale ? Y a-t-il lieu de travailler l’opinion pour la réaliser ? Ce retour se justifie- t-il par des raisons plausibles, convaincantes, scientifiques ? Est-il possible de l ’appuyer sur unedoctrine ?Est-il bon de grouper en uneécole les hommes qui admettent cette doctrine ? Et derri ère cette école, derrière cette élite de penseurs, est-il opp ortun de mettre en ligne toute une armée d’agissants, toute une foule de collaborateur s de toute espèce, de créer avec eux une agitation, de faire uneLigue ? Œuvreoudoctrine, écoleouLigue,sous ces noms divers y a-t-il mérite personnel, y a-t-il profit social à professer et à pratiquer leTerrianisme ?
I
Oui, croyons-nous ; et pour plusieurs raisons, dont la première nous parait résulter de l’existence même d’autres ligues qui ont subitem ent surgi en France, et dont l’efflorescence rapide révèle des aspirations popul aires et des tendances réfléchies qui procèdent du même mal et cherchent le même remè de. Je n’ai pas à juger ici ni la Ligue des Droits de l ’homme et celle de la Conciliation d’une part, ni, de l’autre, la Ligue des Patriotes et celle de la Patrie française. Je sais bien que pour quelques esprits sévères les unes et les autres sont trop générales, trop vagues, et qu’elles paraissent inutiles. LaPatrie Française ?mais tout le disent-ils, monde l’aime. Pourquoi faire une Ligue dans ce but ? LesDroits de l’homme ? Mais qui ne les proclame et ne les défend ? C’est l’inté rêt de chacun de les protéger. Pourquoi une Ligue ? Eh bien ! Non. Les critiques ont tort. Il y a quelq ue chose à faire. Allez au fond de ces mouvements et vous trouverez qu’ils se produise nt parce qu’on veut échapper aux conséquences du déracinement des générations contemporaines. Ballottées au hasard des idées personnelles et des intérêts changeants, elles vont et viennent, de la campagne à la ville, du métier à la profession, de la foi au doute ! Elles finissent par ne plus tenir à rien, et elles traitent, avec un dilettantisme superbe et un scepticisme dédaigneux, ce que l’on appelle vulg airement liens sociaux et fondements de la patrie. Pour leur répondre il ne s uffit pas d’opposer un sentiment, si sincère et si noble qu’il soit, à un caprice si fri vole qu’il paraisse, ou une charte belle, mais écrite il y a cent ans, à une négation hardie mais vivante ! Ce n’est point avec des déclarations verbales éloquentes ; c’est encore moins avec des sentiments intimes honorables qu’on pare à un danger public. A ux divagations de la pensée et de la plume il faut répondre par une réalité tangible et populaire, non la réalité seulement d’une institution politique ou d’un établissement r eligieux, mais la réalité fondamentale
de la terre et du foyer, sans laquelle il n’y a pas de petite patrie dans la grande, ni de sécurité vraie pour les droits de l’homme en chair et en os, alors même qu’on chanterait sur tous les toits les droits de l’homme idéal, de l’homme abstrait ! Je généralise peut-être trop. Mettons que j’ai tort et que mon observation ne s’applique qu’à la France. Encore est-il qu’elle s’ applique à elle et beaucoup trop justement, hélas ! La France a besoin de dissiper l es illusions qui l’égarent, de descendre des nuages, de retoucher terre et de réas seoir sur la terre les droits de ses citoyens et sa propre existence, son unité morale e t leurs libertés essentielles. Il y a un siècle, elle a fait l’expérience la plus hardie et la plus dangereuse à laquelle jamais un peuple se soit exposé. Pour supprimer les abus d’un régime politique faussé, et d’un état social vieilli, elle a failli se supprimer elle-même. Elle avait le cerveau tout plein d’idées générales. Il lui sembla it qu’elle devait tout sacrifier à la liberté absolue, à l’égalité. abstraite, à la frate rnité humanitaire. Pour réaliser plus allègrement son idéal, elle secoua, comme un fardea u inutile, toutes ses traditions, toutes ses coutumes. Dans l’héritage que lui avait légué le passé, elle ne prit même point la peine de distinguer l’utile et le nécessai re de l’encombrant et du superflu. Elle fit le sacrifice complet. Elle se déracina toute en tière pour se replanter, et se replanter dans des institutions nouvelles, faites sur un plan théorique. Après un siècle de tâtonnements, elle revient à son génie propre. Elle se meut instinctivement vers la décentralisation, les associations locales, les uni versités régionales, vers un art, une littérature, un enseignement plus approprié à chaqu e province, vers ce qui touche immédiatement au sol et qu’elle peut revivifier auj ourd’hui, sans craindre de réveiller un passé qui est bien mort, vers la petite propriét é et la propriété syndicale, toutes choses qui constituent les éléments divers du terri anisme et qui ne sont, à vrai dire, que la base même du patriotisme quel qu’il soit, et tout spécialement du patriotisme français. 2 « Aucun peuple, disait tout récemment M. Marcel Dub ois , n’est plus étroitement rivé à sa terre natale que le nôtre, par ces liens d’affection simple et primesautière dont les esthètes cosmopolites brûlent de nous affr anchir. C’est que la terre natale n’est pas seulement pour nous comme pour d’autres, un lieu de campement qu’il faudra quitter de toute nécessité ; elle. est, au v rai sens du mot, notre nourrice, et si notre patriotisme est unamour terrien,c’est parce que la terre de France mérite d’être aimée. Que les mers soient fermées à nos flottes, q ue de nombreuses escadres nous bloquent comme il est arrivé, et les enfants de la vielle et bonne terre ne seront point affamés. » Cet amour de la terre qui est fait chez nous de rec onnaissance pour ses produits et ses dons, s’inspire aussi d’une vague réminiscence pour les faveurs qu’elle conférait jadis. Les longues habitudes du moyen-âge féodal on t laissé des traces dans les cœurs, si elles n’en ont guère laissé dans les inst itutions. On n’a pas oublié que la terre était alors lesubstratum du droit, le rempart de l’indépendance, le support de l’autorifé. Les nations germaniques ont fait entrer l’idée de terre dans le nom même qui désigne la patrie. Pour les Romains et les Grecs, e t pour les peuples néo-latins qui continuent leur tradition, la patrie c’était, avant tout, la famille agrandie et continuée de toutes les façons, par la langue, les affections, l es usages et le culte, par la tombe des ancêtres et par l’autel des dieux —quœ sunt patris.— Pour les races du Nord la patrie c’est à la fois la famille et la terre, c’est même principalement la terre du père : Vaderland. Je faisais allusion plus haut aux nations maritime s et commerciales, en rappelant la rivalité de Carthage et de Rome. A ce propos, il est assez remarquable que la langue anglaise, langue de la nation moderne qui est maritime par excellence,
n’a point l’équivalent ni de notre motpatrie,ni du mot allemandVaderland.Elle traduit ces mots parnative countrynatal) qui n’est qu’une périphrase, ou par (pays home (foyer). La patrie est pour l’anglais partout où il trouve unhome. Et l’on sait qu’il s’arrange de façon à le trouver partout, dans une a uberge comme dans un compartiment de chemin de fer, dans un cottage, com me sous une tente. Nous, continentaux, qui sommes plus exigeants, nous avons aussi le devoir de nous établir plus fermement sur le sol, et de rendre la propriété accessible à un grand nombre, disons au plus grand nombre des citoyens. J adis le service militaire était la charge des nobles. Seuls propriétaires terriens, il s avaient la mission de défendre cette terre qu’ils possédaient. Ils étaient ses gar diens d’office, ses protecteurs-nés. Aujourd’hui la charge incombe à tous Le service mil itaire est obligatoire pour tous. Il convient de rendre ce devoir plus facile, de lui do nner un objet en quelque sorte personnel à chacun, en facilitant à tout français l ’acquisition d’un coin de cette terre qu’il est appelé à défendre. Sans prétendre que le danger des domaines immenses, deslatifundia,un est danger immédiat, sans croire que l’absentéismedes propriétaires est un mal français, et que la quantité de terres cultivées par d’autres que leurs maitres, est plus considérable chez nous qu’ailleurs, je ne puis cepe ndant fermer l’oreille aux déclamations menaçantes des prolétaires. J’y trouve l’écho lointain des revendications des Gracques : « Eh quoi ! les bêtes sauvages ont)) leurs tanières et ceux qui versent leur sang pour l’Italie ne possèdent rien que l’air qu’ils respirent ! Sans toit où s’abriter, sans demeure fixe, ils errent avec leurs femmes et leurs enfants. Les généraux les trompent quand ils les exhortent à combattre pour l es temples des Dieux, pour les tombeaux de leurs pères. De tant de Romains, en est -il un seul qui ait un tombeau, un autel domestique ?.. On les appelle les maîtres du monde et ils n’ont pas en propriété une motte de terre ! » Le terrianisme répond à ce cri, à ce farouche appel . Il a pour but de rendre au patriotisme son objet premier et sa base indestructible : la terre.
II
Dois-je ajouter que cette préoccupation qui, au pre mier abord, paraît un peu systématique, n’est cependant pas une conclusiona priori, qu’elle est justifiée en fait par l’état économique des nations civilisées et tou t particulièrement de la France ? La terre, dans nos vieux pays, est menacée par un e nnemi qui devrait être pour elle un bon serviteur et qui est devenu un mauvais maître : l’argent. Elle est tyrannisée, elle est vaincue par lui au do uble point de vue de la productivité et de la facilité de transmission. Qu’on la considè re comme richesse et qu’on la compare à l’argent, et l’on verra qu’elle lui est u niversellement inférieure en deux points : 1° l’argent produit de l’argent sans effor t ; 2° l’argent se transporte en un clin d’œil partout où il peut gagner quelque chose. Une convention sociale admet la productivité pécuni aire de l’argent. Quiconque possède un petit trésor peut, s’il le veut, le fair e fructifier sans travail. Point n’est besoin pour cela de le risquer dans une entreprise douteuse. Il y a des placements de père de famille, des placements de tout repos. A dé faut même de ceux-ci, il y a toujours la caisse de l’Etat où l’intérêt est payé par le Trésor. L’Etat s’est fait emprunteur et il a sanctionné en quelque sorte, par son intervention sur le marché de la finance la productivité de l’argent ; il lui a d onné sa garantie. Il a ouvert, en dehors des sources naturelles de richesse fournies par le Créateur et des sources plus ou
moins factices ajoutées par des hommes et qu’on app elle les affaires, un troisième champ d’exploitation : les fonds publics, les fonds d’Etat. Dans ce champ d’exploitation, les intérêts sont prélevés non sur le capital engagé, non sur le profit de l’entreprise, mais sur un tiers qui est bien innoce nt et bien étranger à tout : le contribuable. Les français paient annuellement 3 mi lliards et demi d’impôts, sans compter les octrois. Sur ces 3 milliards et demi, u n milliard 250 millions vont au service de la dette. Voilà donc le revenu de l’arge nt placé hors pair, érigé en quelque sorte à la dignité de service public, et soustrait aux fluctuations commerciales et aux risques professionnels. Le revenu de la terre, lui, subit le contre-coup du commerce, les aléas de la concurrence, les hasards de l’agric ulture : il est incertain. Et si on veut le rendre certain et fixe, si on veut le calquer su r le revenu de l’argent, on arrive à des injustices criantes. La production naturelle de la terre obéit à d’autres lois que la production factice de l’argent. Elle obéit à des lo is qu’il n’est pas au pouvoir de l’homme de modifier. Que peut-il contre une gelée, contre une sécheresse, contre une inondation, qui détruisent ses récoltes?Lui demanderez-vous cette année-là le Rien. revenu de la terre, comme vous demandez à l’Etat le service de sa dette? Cette infériorité de la terre s’aggrave d’une autre considération. Avec nos théories actuelles sur l’impôt et avec les systèmes pratique s qui en résultent, la charge principale tombe inévitablement sur la terre. L’imp ôt, dit-on, doit être demandé à la richesse et la terre est une source de richesse. De là l’impôt foncier et les autres contributions directes. Au contraire, la rente d’Ét at est une dette et les citoyens viennent en aide à l’Etat en lui faisant le prêt do nt cette rente est la rémunération. Donc pas d’impôt sur la rente. Bien plus, la rente comme tout service public, sera payée par l’impôt. C’est elle qui rendra l’impôt pl us lourd, c’est elle qui creusera le gouffre de plus en plus béant où s’engloutiront les fruits des sueurs et les trésors du travail. Est-il étonnant dès lors qu’il y ait une sourde ini mitié entre la terre et l’argent ? L’argent d’ailleurs a dans la bataille économique u ne rapidité d’évolution qui facilite ses triomphes. Il passe de main en main, se dérobe aux regards et aux investigations, se soustrait aux devoirs sociaux de la fortune, dev oirs qui ne peuvent pas être évités par les biens qui sont au soleil. Sans être arrêté par rien, il se transporte partout où son intérêt est en jeu. Dans les sociétés primitive s, il avait une valeur représentative qui était déterminée par la chose à laquelle il cor respondait. L’unité de valeur était une tête de bétail, une livre de métal. Aujourd’hui l’a rgent devenu une valeur fiduciaire a le grand avantage de ne se mesurer aux choses que seco ndairement, et d’obliger les choses à se plier à lui-même. Par le service intern ational des Banques, il passe d’un pôle à l’autre, comme moyen d’acquisition de toutes les richesses foncières. Il vaut même mieux ne pas avoir telle ou telle espèce de ri chesse, mais posséder le moyen de les acquérir toutes suivant les circonstances et l’intérêt du moment. Il vaut mieux ne pas être rivé à la terre, aux immeubles, et n’êt re pas obligé de demeurer sur place pour surveiller la force productrice spéciale dont on est détenteur. Alors on peut aller prélever sur le travail d’autrui, partout où il est rémunérateur, le salaire d’un capital nomade et parasite. Est-il étonnant, par suite, que les épargnes vienne nt de plus en plus se réfugier dans les caisses de l’État, si elles veulent la séc urité et le profit régulier et certain, ou qu’elles se réfugient dans les maisons de banques s i elles veulent courir la chance des beaux profits avec le risque des grandes affaires ? Est-il étonnant que l’on signale partout, comme résultats inévitables de ces deux te ndances, l’inertie de l’oisiveté craintive, et la manie des jeux de bourse ?