Les catastrophes et l'interdisciplinarité

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Français
228 pages
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En croisant des perspectives variées fondées sur des études de cas spécifiques, cet ouvrage a pour objectif de mettre en valeur les échanges interdisciplinaires qui, depuis plusieurs décennies, ont permis de faire évoluer la problématique des risques, des catastrophes et de la vulnérabilité. L'interdisciplinarité qui nous réunit vise à démêler ce que nous savons sur ce sujet essentiel mais que chaque discipline s'approprie sans réussir à s'affranchir des limites de ses questionnements et de ses méthodes.

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Date de parution 08 janvier 2018
Nombre de lectures 12
EAN13 9782806109330
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

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LES CATASTROPHES ET L'INTERDISCIPLINARITÉ
Dialogues, regards croisés, pratiques
Virginia GarcíaAcostaet Alain Musset (dir.)
Investigations d'Anthropologie Prospective
LES CATASTROPHES ET L’INTERDISCIPLINARITÉ
C O L L E C T I O N « Investigations d’anthropologie prospective »
Déjà parus : 1. JulieHermesse, Michaelsingleton et Anne-MarieVuillemenot (dir.), Implications et explorations éthiques en anthropologie, 2011. 2. KaliArgyriAdis, StefaniaCApone, RenéedelAtorreet AndrémAry(dir.), Religions transnationales des Suds. Afrique, Europe, Amériques, 2012. lAurent, CharlotteBrédAMarie et deridder (dir. 3. Pierre-Joseph ),La modernité insécurisée. Anthropologie des conséquences de la mondialisation, 2012. 4. Jorge P. Santiago et Maria Rougeon (dir.),Pratiques religieuses afro-américaines. Terrains et expériences sensibles,2013. 5. Nathalie BURNAY, Servet ERTUL et Jean-Philippe MELCHIOR (dir.), Parcours sociaux et nouveaux desseins temporels, 2013. 6. Valéry RIDDE et Jean-Pierre JACOB (dir.),Les indigents et les politiques de santé en Afrique. Expériences et enjeux conceptuels, 2013. 7. Pascale JAMOULLE (dir.),Passeurs de mondes. Praticiens-chercheurs dans les lieux d’exils, 2014. 8. Jacinthe MAZZOCCHETTI (dir.),Migrations subsahariennes et condition noire en Belgique. À la croisée des regards, 2014. 9. Julie HERMESSE, Charlotte PLAIDEAU et Olivier SERVAIS (dir.), Dynamiques contemporaines des pentecôtismes, 2014. 10. Charlotte BREDA, Mélanie CHAPLIER, Julie HERMESSE et Emmanuelle PICCOLLI (dir.),Terres (dés)humanisées : Ressources et climat, 2014. 11. Elisabeth DEFREYNE, Gazaleh HAGDAD MOFRAD, Silvia MESTURINI et Anne-Marie VUILLEMENOT (dir.),Intimité et réflexivité. Itinérances d’anthropologues, 2015. 12. Jacinthe MAZZOCHETTI, Olivier SERVAIS, Tom BOELLSTORFF et Bill MAURER (dir.),Humanités réticulaires. Nouvelles technologies, altérités et pratiques ethnographiques en contextes globalisés, 2015. 13. Alice ATERIANUS-OWANGA, Maixant MEBIAME-ZOMO et Joseph TONDA (dir.),La violence de la vie quotidienne à Libreville, 2016. 14. Andrea CERIANA MAYNERI (dir.),Entre errances et silences. Etnographier des souffrances et des violences ordinaires, 2017.
INVESTIGATIONS D’ANTHROPOLOGIE PROSPECTIVE
LES CATASTROPHES ET L’INTERDISCIPLINARITÉ
Dialogues, regards croisés, pratiques
VirginiaGarcía-Acostaet AlainMusset(dir.)
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Photo de couverture : ©Le tremblement de terre de Managua, 1972. Peinture murale du Palacio de la Cultura de Managua, Nicaragua. Crédit photographique : Alain Musset
D/2017/4910/51
© AcademiaL’Harmattan s.a. Grand’Place, 29 B-1348 LOUVAINLANEUVE
ISBN : 978-2-8061-0367-3
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editionsacademia.be
Introduction Les catastrophes au risque de l’interdisciplinarité
Virginia García-Acosta et Alain Musset
Cuando el saber se especializa, crece el volumen total de la cultura. Ésta es la ilusión y el consuelo de los especialistas. ¡Lo que sabemos entre todos! ¡Oh, eso es lo que no sabe 1 nadie!
Antonio Machado
DepUis plUsieUrs décennies, différentes disciplines des sciences sociales s’intéressent à l’étUde théoriqUe et méthodolo-giqUe des risqUes et des catastrophes. Les progrÈs accomplis à ce joUr montrent qU’Un dialogUe interdisciplinaire est nécessaire poUr travailler sUr ces thématiqUes. En croisant des perspectives variées fondées sUr des étUdes de cas spécifiqUes, principalement en AmériqUe latine, cet oUvrage a poUr objectif d’illUstrer et de mettre en valeUr la richesse de ces échanges. Il a poUr origine Un séminaire spécialisé, frUit d’Une longUe relation scientifiqUe entre
1. « QUand le savoir se spécialise, le volUme total de la cUltUre s’accroît. C’est l’illUsion et la consolation des spécialistes. Ce qUe noUs savons entre noUs toUs ? Oh, c’est ce qUe personne ne sait ! » (Machado, 1940, tradUction des aUteUr-e-s).
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Une anthropologUe/historienne, Virginia García-Acosta (CIESAS, Mexico), Un géographe/historien (Alain MUsset,EHESS, Paris) et Une anthropologUe/politiste Sandrine Revet (CERI-Sciences Po, Paris), qUi a eU lieU aU coUrs dU premier semestre de l’année 2015 à l’École des haUtes étUdes en sciences sociales. Ce projet collectif a réUni des collÈgUes venant de différents pays, représentants des disciplines variées et membres de plU-sieUrs écoles de pensée. LeUr intérêt commUn était d’engager Une réflexion approfondie sUr les catastrophes, le risqUe, la vUlnérabi-lité, sUr l’origine et les manifestations des désastres, sUr leUrs effets et leUrs conséqUences. Il s’agissait poUr toUs les participants de mieUx connaître les stratégies mises en place par les commU-naUtés en sitUation de risqUe, de faire des propositions sUr la prévention des catastrophes, d’aUgmenter la résilience des popU-lations potentiellement impactées. L’objectif était aUssi de voir comment l’élaboration de connaissances scientifiqUes poUvait alimenter les politiqUes pUbliqUes destinées à limiter l’ampleUr des désastres. Le titre dU séminaire était différent de celUi choisi poUr cette pUblication :Dialogues et discours croisés : les catastrophes et l’inter-disciplinarité. En replaçant les catastrophes et l’interdisciplinarité en premiÈre position, noUs avons voUlU montrer qUe le sUjet même de l’étUde imposait Une démarche particUliÈre, fondée sUr le dialogUe entre les disciplines, les regards croisés sUr des ter-rains, des notions et des objets, ainsi qUe sUr les pratiqUes spéci-fiqUes de l’enqUête. C’est le choix de ce cadre méthodologiqUe, destiné à noUs affranchir des frontiÈres disciplinaires, qUi a permis de faire participer des chercheUrs venUs de différents horizons. AnthropologUes, économistes, ethno-historiens, géographes, his-toriens, politologUes et sociologUes ont ainsi partagé leUrs expé-riences de terrain oU d’archives, à partir de thÈmes aUssi divers qUe l’étUde historiqUe des catastrophes, les définitions sociales dU risqUe dans des commUnaUtés Urbaines et rUrales, la gestion nationale et internationale des crises, les limites des modÈles liés à la prévention des désastres oU la comparaison entre les désastres dits « natUrels » (caractérisés par leUr brUtalité) et ceUx provoqUés, Les catastrophes et l’interdisciplinarité de maniÈre plUs insidieUse, par le changement climatiqUe. 6 INTRODuCTION
L’exercice n’a pas toUjoUrs été facile car il a fallU non seUlement accorder les perspectives intellectUelles de chacUne des disci-plines représentées, mais aUssi réfléchir sUr l’Usage des mots et des notions qUi peUvent varier dans le temps (en sUivant l’évolU-tion des systÈmes de pensée) et selon les cUltUres scientifiqUes propres à chaqUe tradition nationale oU à chaqUe institUtion. C’est poUrqUoi, malgré le besoin ressenti de s’affranchir des barriÈres disciplinaires, travailler sans le confort de nos certitUdes et de nos grilles habitUelles de lectUre est aUssi Une prise de risqUe. En effet, les aUteUrs des chapitres qUi composent l’oUvrage viennent de différents établissements de recherche. PoUr la plU-part, il s’agit d’établissements français (CNRS, EHESS, EPHE, LAM-CNRS, LATTS, SET, universités Jean Monnet, de Rennes et de Savoie), mais il y a aUssi des institUtions eUropéennes (universités de LaUsanne et de Naples « Federico II ») et latino-américaines (CIESAS, MexiqUe etIFEA, PéroU). ToUs les participants dU sémi-naire de l’EHESSpas pU se rencontrer physiqUement aU n’ont coUrs des séances organisées à Paris, mais ce livre leUr permet de poUrsUivre Une conversation collective à laqUelle ils ont parfois participé à distance oU de maniÈre indirecte. De la même maniÈre, poUr des raisons pratiqUes, toUtes les contribUtions ne sont pas ici représentées (par exemple celle de notre collÈgUe de l’université catholiqUe de LoUvain), mais le dialogUe poUrra se poUrsUivre aU sein d’Un groUpe international de recherche qUi est l’Un des pro-dUits de nos rencontres : le réseaU thématiqUe d’étUdes interdisci-plinaires sUr la vUlnérabilité, la constrUction sociale dU risqUe et les menaces natUrelles et biologiqUes, soUtenU par le Conseil 2 national de la science et de la technologie mexicain (CONACYT) . Nos objectifs sont de créer Une commUnaUté globale de recherche interdisciplinaire sUr les risqUes, les catastrophes et la résilience, de promoUvoir le dialogUe entre spécialistes en EUrope et en AmériqUe et de sensibiliser le pUblic sUr le rôle qUe peUvent joUer les sciences sociales poUr mieUx comprendre les impacts sUr nos
2. http://www.sociedadyriesgo.red. un effort similaire, impliqUant des spécialistes des géosciences, est en coUrs avec Un soUtien dU Conseil britanniqUe des arts et hUmanités (AHRC). Il s’agit dU réseaU RisqUe, aléas, catastrophes et cUltUres : http://www.bristol.ac.Uk/cabot/research/ research-centres/rhdc/.
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sociétés des risqUes dits natUrels, mais aUssi biologiqUes et tech-nologiqUes, en les considérant comme des systÈmes complexes qUi ne peUvent pas se limiter à Une seUle interprétation. L’interdisciplinarité est aU centre de notre propos. Mais il ne sUffit pas, comme l’avait dit Charles de GaUlle en son temps poUr caricatUrer les admirateUrs béats de l’union eUropéenne, de saU-ter sUr sa chaise comme Un cabri en criant « l’interdisciplinarité !, l’interdisciplinarité ! », en croyant qU’elle se fera toUte seUle, de maniÈre natUrelle et pacifiée. Il est vrai qUe l’interdisciplinarité est à la mode est qU’elle est même oUvertement revendiqUée et recommandée par toUtes les aUtorités Universitaires, même si la réalité des pratiqUes scientifiqUes, politiqUes et académiqUes proUveqUe les frontiÈres disciplinaires sont toUjoUrs aUssi fortes – aUssi bien dans le domaine des recrUtements qUe dans celUi de la définition des objets d’étUde et des méthodes qUi les accompagnent. Notre objectif est bien différent pUisqUe le champ d’étUdedes catastrophes – aUtant qUe les propositions théoriqUes et métho-dologiqUes qUi lUi correspondent, réclame avec toUjoUrs plUs de force la combinaison des enseignements apportés par les diffé-rentes disciplines des sciences sociales (sans oUblier les sciences de la Terre) qUi lUi sont consacrées. Ce travail peUt être qUalifié de mUltidisciplinaire, transdisciplinaire oU, comme noUs préférons l’appeler ici, interdisciplinaire car la notion de transdisciplinarité soUs-entend à nos yeUx Un dépassement oU Un effacement des disciplines qUi peUt se révéler UtopiqUe. En sUbstance, il s’agit de commencer à démêler ce qUe noUs savons toUs sUr la probléma-tiqUe des risqUes et des catastrophes mais qUe chaqUe discipline s’approprie sans réUssir à s’affranchir des limites de ses qUestion-nements et de ses méthodes. Comme le proclamait il y a hUit décennies le personnage dU poÈte Antonio Machado, JUan de Mairena, dans sa vision poétiqUe de la vie : « Ce qUe noUs savons entre noUs toUs ? Oh, c’est ce qUe personne ne sait ! ». De fait, les disciplines, en tant qU’organisations, ont leUrs chasses gardées, à tel point qUe même le travail interdisciplinaire peUt contribUer à légitimer leUr existence pUisqUe chacUne y Les catastrophes et l’interdisciplinarité apporte ses connaissances spécifiqUes (Wallerstein, 2005, p. 147). 8 INTROLDeuCtTyIpOeNde travail interdisciplinaire présenté dans ce livre répond
aUx deUx principales maniÈres de comprendre cette approche méthodologiqUe, à savoir, selon la définition de Valiñas, Une inter-disciplinarité « parallÈle » et Une interdisciplinarité « forte ». La premiÈre se caractérise par Une approche dU sUjet d’étUde où la division dU travail académiqUe veUt qUe chaqUe discipline accom-plisse sa tâche de maniÈre aUtonome poUr, à la fin, jUxtaposer les résUltats obtenUs. Le travail interdisciplinaire « fort », en revanche, correspond à celUi « où les sciences qUi participent […] conso-lident leUrs avancées grâce aUx interrelations qUi s’opÈrent entre elles » (Valiñas, 1995 : 59). En d’aUtres termes, l’interdisciplinarité forte qUe noUs revendi-qUons et qUe l’on retroUve dans cet oUvrage peUt être comprise aU moins à deUx niveaUx : l’appropriation par Un chercheUr de théories et de méthodes issUes d’Une discipline aUtre qUe la sienne, oU bien l’échange et le dialogUe entre deUx chercheUrs venUs de disciplines différentes. C’est la proposition qUe déve-loppe ImmanUel Wallerstein dans son article « L’anthropologie, la sociologie et aUtres disciplines doUteUses », à partir dU travail, réalisé entre 1993-1995, qUi est à l’origine de son étUdeOuvrir les 3 sciences sociales .Il y opÈre Une relectUre de ce qU’on a appelé « la e constrUction historiqUe des sciences sociales depUis le XVIII siÈcle jUsqU’à 1945 » :
Les lignes intellectUelles des disciplines qUi avaient sUrvécU […] toUrnaient aUtoUr de trois axes : l’opposition entre le passé (l’histoire) et le présent (l’économie, les sciences poli-tiqUes et la sociologie) ; l’opposition entre l’occident et le reste dU monde (l’anthropologie et les étUdes orientales) ; et la strUctUration dU présent nomothétiqUe occidental à partir de la distinction libérale entre le marché (l’économie), l’État (la science politiqUe) et la société (la sociologie) (Wallerstein, 2005, p. 144).
e AU coUrs des trente derniÈres années dU XX siÈcle et aU débUt e dU XXI siÈcle, on a admis les limites de ces axes strUctUrants et
3. L’article de Wallerstein a d’abord été pUblié dansCurrent Anthropologyen 2003. L’étUde, de son côté, a été rendUe pUbliqUe en 1996 par la Stanford university Press.
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