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Les femmes et l'état-providence

De
302 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296292000
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LES FEMMES

ET L'ÉTAT-PROVIDENCE

Les politiques sociales en France dans les années trente

Collection "Logiques Sociales" Dirigée par Dominique Desjeux et Bruno Pequignot

Bizeul D., Nomades en France, 1'993. Giraud C., L'action commune. Essai sur les dynamiques organisationnelles, 1993. Gosselin G., (sous la direction de), Les nouveaux enjeux de l'anthropologie. Autour de Georges Balandier, 1993. Farrugia F., La crise du lien social, 1993. Blanc M., Lebars S., Les minorités dans la cité, 1993. Barrau A, Humaniser la mort, 1993. Eckert H., L'orientation professionnelle en Allemagne et en France, 1993. Iazykoff W., Organisations et mobilités. Pour une sociologie de l'entreprise en mouvements, 1993. Barouch G., Chavas H., Où va la modernisation? Dix années de modernisation de l'administration d'Etat en France, 1993. Équipe de recherche CMVV, Valeurs et changements sociaux, 1993. Martignoni Hutin J.-P., Faites vos jeux, 1993. Agache Ch., Les identités professionnelles et leur transformation. Le cas de la sidérurgie, 1993. Robert Ph., Van Outrive L., Crime et justice en Europe, 1993. Ruby Ch., L'esprit de la loi, 1993. Pequignot B., Pour une sociologie esthétique, 1993. Pharo P., Le sens de l'action et la compréhension d'autrui, 1993. Sirooneau I.-P., Figures de l'imaginaire religieux et dérive idéologique, 1994. Albouy S., Marketing et communication politique, 1994. Collectif, Jeunes en révolte et changement social, 1994. Salvaggio S.A, Les chantiers du sujet, 1994. Hirschhorn M., Coenen-Huther J., Durkheim-Weber, Vers lafin des malentendus, 1994. Pilloy A, Les compagnes des héros de B.D., 1994.

@ L'HARMATTAN, 1994 ISBN; 2-7384-2665-4

AIisa DEL RE

LES FEMMES

ET L'ÉTAT-PROVIDENCE

Les politiques sociales en France dans les années trente

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

SOMMAIRE

NTRODUCTION

Il

~hapitre 1 WELFARE ET RAPPORTS SOCIAUX DE SEXE

23

Quelques approches théoriques des politiques sociales Les politiques sociales et les femmes Un sujet politique sexué La socialisation de la reproduction des individus Rapports sociaux de sexe
:hapitre 2 TRANSFORMATIONS DE L'ETAT CAPITALISTE ET CONSTITUTION D'UN SUJET POLITIQUE: LES FEMMES (EUROPE OCCIDENTALE JUSQU'EN 1940)

23 30 34 37 43

.4

Introduction Le rapport Etat-citoyen a toujours été un rapport sexué Transfonnations de l'Etat capitaliste et reproduction: origine et constitution du Welfare State Construction d'un sujet politique: les lois du welfare et les femmes

47 48 55 59 68 74

Les droits politiques:partis politiques,
société civile, culture dominante Conclusions

.

7

Chapitre 3 CRISE, RAPPORTS POLITIQUES, RAPPORTS SOCIAUX DE SEXE

75

Crise et société: à propos des différentes interprétations de la crise des années trente Description statistique de la France et de son économie dans les années trente L'Etat et la vie économique Climat intellectuel et politique: la droite, la gauche, les syndicats La droite et le centre La gauche Les Syndicats Le féminisme au début des années trente Les groupes et les associations féministes Conclusions
Chapitre 4 LES LOIS SOCIALES: ANALYSE DU PARCOURS LÉGISLATIF ET DU DÉBAT PARLEMENTAIRE
Introduction.. . .. . .. . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . .. . . . .. . . . .. .. . . . . . .. . . . . . .. . .. . . .

76 77 79 82 84 89 92 96 100 109

111
112

La loi sur les assurances sociales La loi sur les allocations familiales Lois de 1936 Code de la Famille de 1939 Origines idéologiques et conséquences politiques du salaire indirect (socialisation du salaire) Conclusions
Chapitre 5 TRAVAIL DE REPRODUCTION ET TRAVAIL sALARIÉ DES FEMMES: IDÉOLOGIE ET PRATIQUE EN FRANCE DANS LES ANNÉES 30

112 119 128 134 139 142

145

Introduction Données quantitatives et qualitatives sur l'emploi féminin entre les deux guerres Les salaires féminins

146 150 154

8

Le travail social La surveillance à l'usine: les surintendantes La surveillance au foyer: les visiteuses Le travail ménager comme profession Conclusions
Chapitre 6 LA REPRODUCTION SÉPARÉE DE LA PRODUCTION: LE CHÔMAGE

159 163 165 167 170

171

Introduction ... Crise et chômage Institutions de secours au chômeurs et conditions de secours Analyse de la méthode utilisée dans une enquête menée sur 265 familles de chômeurs en 36 Débat parlementaire sur le chômage et les femmes Les femmes, l'Etat et le chômage
Chapitre 7 POLITIQUES DÉMOGRAPIDQUES ET CONTRÔLE SOcIAL EN FRANCE, EN ITALIE ET EN ALLEMAGNE DANS LES ANNÉES '30

171 172 180 185 190 191

199

Introduction Les années trente

199 204
'

Allemagne
Italie France Conclusions

205
213 220 230

Chapitre 8 LES FEMMES DANS LES ANNÉES TRENTE: CHANGEMENT SOCIAL ET PERSISTANCE D'UN ORDRE SYMBOLIQUE TRADITIONNEL

230

Introduction Condition sociale de la femme dans les années 30: idéologie dominante, pratique réelle L'instruction féminine

204 235 237

9

La maternité

238
...

Les fléauxsociaux

240
240 240 242 242 244 248 257 257 259 263 265
273

Alcoolisme Tuberculose Prostitutionet maladies vénériennes Avortementet contraception Mode de vie (vie des ménages) La mode Les médias dans les années 30 La presse La presse féminine.. Le logement. Le mythe de la femme dans le cinéma
QUELQUESNOTESEN GUISEDE CONCLUSION

BmLIOGRAPHIE

279

10

INTRODUCTION

L'Etat social, l'Etat providence, le Welfare State (1) ont une relation étroite avec le capitalisme et ses transformations. Spécialement la formule "Etat social" apparaît sûrement "dans des subcultures des partis des années trente, et précisément dans les subcultures du parti fasciste en Italie et du parti national socialiste en Allemagne" (Giannini M., 1987). Le système capitaliste pour survivre a assumé, d'un coté, un caractère social d'assistance et de prévoyance, dans la conscience ainsi de "mieux discipliner les travailleurs plutôt qu'employer, comme par le passé, des instruments étatiques: l'armée et la police" (Agnoli 1., 1969). De l'autre, il a changé sa position par rapport à l'organisation du marché et au rôle de l'Etat: "abandonnant la vieille idée de l'initiative privée et de la libre concurrence il a résolument décidé d'obtenir des garanties concrètes de profit économique et pour la consolidation des privilèges sociaux" (ibidem). Dans le Welfare, le travail de reproduction est le fondement d'un rapport qui lie les femmes à l'Etat. L'Etat est l'institution qui historiquement aménage les rapports entre le processus d'accumulation et le processus de reproduction sociale de la population. Les Etats modernes contrôlent les conflits inhérents à l'utilisation du travail salarié, à la division du travail et à la répartition des ressources. Pour l'essentiel, le travail de reproduction assume dans les systèmes fondés sur le travail salarié la forme du travail ménager non salarié; à travers lui, le système peut compter sur la continuité des processus de production et de reproduction, utilisant la forme du commandement social relative à l'insécurité endémique des salaires. La "bonne" proportion entre les
(1) A partir de maintenant j'utiliserai prioritairement le mot Welfare State, parce que il me semble un terme dont l'usage s'est généralisé et pour conserver une unité de défInition. Sur l'expression Welfare State, voir chap. 2. 11

deux processus est la condition de continuité du processus d'accumulation capitaliste (2). Les difficultés d'accès aux moyens de subsistance ont conduit l'Etat à assumer quelques responsabilités directes envers la population: les salariés, les chômeurs et ceux qui ne dépendent pas directement d'un salaire (Dalla Costa M., 1989). Toutefois l'Etat, qui n'a jamais été neutre envers les classes, ne l'est pas davantage envers les sexes. Contrôler les femmes en effet permet le contrôle de la' population des travailleurs, noyaux du mode de production dans lequel le travail est la marchandise fondamentale. L'Etat tolère (dans un régime de Welfare) que les femmes travaillent plus que les hommes, qu'elles soient plus pauvres et moins protégées par la sécurité sociale. La prise en charge directe par l'Etat de quelques responsabilités envers la reproduction ne remplace pas la famille, tout au plus elle intègre ses prestations. Le renvoi des femmes aux obligations domestiques est toujours implicite dans la formulation des politiques sociales. De plus le système de prévoyance sociale structuré sur la base des travailleurs salariés distribue des ressources financières bien inférieures aux femmes, ce qui perpétue les discriminations de fait existantes dans le travail salarié et dans le travail domestique (Picchio A., 1990). Ajoutons que dans les pays et les régions où le taux d'activité des femmes est important et les services sociaux répandus, comme dans les pays scandinaves, le rapport entre femmes et Etat, fondé sur le travail domestique de reproçluction, n'es~ pas complètement résolu. Le cas de la Suède, particulièrement, montre combien il est difficile de changer dans la famille, dans le marché du travail et dans les institutions publiques l'idée que l'on se f~it des femmes COmmeinstrument principal de la reproduction sociale (3). Il n'en reste pas moins que le rapport avec l'Etat a créé pour les femmes quelques possibilités d'émancipation à l'égard du salaire masculin. L'Etat n'a pas toujours été pensé comme un ennemi dans la
(2) Je reprend ici les thèses de Antonella Picchio (1992) "n lavoro di riproduzione, questione centrale nelle analisi del mercato del lavoro" in Politiche del lavoro n° 19, dicembre 1992; (1992) Social reproduction; the Political Economy of the Labour Market, Cambridge, University Press. (3) Laura Balbo (1987) "Crazy quilts: rethinking the welfare State debate trom a Woman's point of view" in Anne Showstack Sassoon (sous la direction de) Women and the State, London, Hutchinson. 12

stratégie des luttes des femmes. La "longue marche" du féminisme à travers les institutions est incontestable dans tous les pays d'Europe: il suffit de penser au chemin parcouru sur l'égalité des chances, dans le travail et dans le salaire, et à la politique d'''actions positives" (4)qui tente d'harmoniser le travail de reproduction et le travail salarié. Cependant les limites de ce parcours sont évidentes qans la mesure où les deux tâches s'ajoutent sans mise en cause des rapports sociaux sur .

lesquelsils reposent.

La critique que le féminisme a énoncé à l'encontre de l'Etat libéral et du formalisme de l'égalité juridique n'est jamais devenue adhésion totale à l'Etat social. Au "paternalisme" du Welfare les femmes ont toujours opposé des demandes précises d'augmentation des revenus et de qualité des services sociaux en nombre suffisant. Une proposition puissante pour un Welfare substantiel a été développée par les femmes en Europe parallèlement à ces demandes "publiques", propositioll que très peu de scientifiques interprètent correctement: elles ont cessé de faire des enfants malgré les nécessites commandées par la reproduction démographique. Ainsi les femmes ont. imposé un modèle de vie pour elles et pour la société tout entière, modèle qui à la fois réQuit les charges de travail de reproduction et augmente le niveau de vie (5). La centralité de la reproduction des individus est l'élément fondateur d'une "universalité" proposée par les femmes. Cela suppose que l'usine et le marché lui soient subordonnés.

(4) Le système des actions positives a été structuré aussi bien au niveau des Etats membres qu'au niveau de la CEE, avec tille série de programmes spécifiques et d'institutions ad hoc. On peut attribuer à des femmes comme Yvette Roudy en France et Eliane Vogel pour la CEE la conception et la pratique des politiques d'égalité de chances et d'actions positives. (5) Population et sociétés n° 282 (août-septembre 1993) reproduit le World Population Data sheet que le Population Reference Bureau estÏ111een utilisant les informations les plus précises sur la population mondiale. En Europe l'indice synthétique de fécondité (nombre d'enfants par femme) est pour la France 1,8 (till des plus importants), pour l'Italie 1,3, pour le Portugal 1,4, pour l'Espagne 1,3. La moyenne en Europe (la grande Europe, mais sans la Russie) est de 1,6, contre les USA qui ont till indice de 2,0. En même temps on peut noter que le taux d'activité en Europe des femmes qui ont de 0 à 1 enfants ne change pas, tandis qi'il se réduit pour celles qui en ont plus d'till. TIest évident, presque banal, mais il faut le dire: avoir ou ne pas avoir d'enfants ne déplace pas le taux d'activité masculine. Commission des Communautés européennes (1993) L'emploi en Europe. 13

Une référence explicite et un intérêt politique et théorique pour la problématique féminine devrait donner de nouvelles idées et de nouvelles impulsions à l'analyse et au dépassement du Welfare. Cette référence n'est pas seulement utile aux revendications socio-économiques, mais devient paradigme d'explication et de dépassement de la critique de l'Etat bourgeois et des mécanismes d'exploitation qu'il engendre. Elle révèle les limites d'une justice distributive qui reproduit des rapports sociaux de sexe statiques et générateurs d'exploitation. Dans le film "La source merveilleuse", Gary Cooper, architecte d'une grande intégrité, s'exclame (6): "Un homme qui travaille gratuitement pour d'autres hommes est un esclave". Et les femmes? Les femmes ont toujours travaillé gratuitement pour la reproduction des autres, et on ne
voit pas ou on ne veut pas voir
devient salariée

- son

- même

quand une partie de ce travail
nationale.

coût total dans la comptabilité

La socialisation de la reproduction opérée par le Weljàre entraîne la transfonnation des tâches domestiques traditionnelles (comme les soins de santé, l'hygiène, la maternité, l'instruction) qui sont organisés, plutôt que dans le privé, par des institutions étatiques ou contrôlées par l'Etat (en plus du contrôle généralisé et de la mise à niveau du travail ménager dans la famille). La "salarisation" de la reproduction, liée à la socialisation, se réalise dans les métiers créés expressément pour les femmes (il suffit de penser aux "assistantes sociales" et aux "infirmières") et pennet ainsi le contrôle de la reproduction des individus. Cette salarisation marque une transformation profonde du travail de reproduction et ouvre le marché du travail aux femmes en "fonne spécifique", c'est à dire avec des compétences historiquement attribuées aux femmes. L'intervention de l'Etat dans une institution comme la famille, a partiellement transféré dans le secteur public les tâches qui lui avaient été traditionnellement confiées, comme la socialisation de l'enfance, l'éducation, les soins de santé et les soins aux personnes âgées. Cela a donné comme résultat la professionnalisation et l'expansion de ces branches spécifiques de travail. Tâches qui précédemment avaient été organisées par la famille étendue, l'église et les communautés locales et exercés par les composantes féminines de ces groupes sociaux. Les femmes deviennent clientes et employées du Weljàre et elles en corri(6) King Vidor, 1949. Dans ce film Gary Cooper interprète le rôle d'Wl architecte révolutionnaire qui se heurte à des intérêts pré constitués. 14

gent le mauvais fonctionnement par le travail gratuit de soins en introduisant des compétences et des exigences qui sont en dehors du strict rapport salarial (7). L'expérience du mouvement des femmes nous présente un effet institutionnel de la thèse utilisée par le féminisme pour essayer de rendre visible les rapports d'exploitation des femmes: le privé est public. Si cela est vrai, la sphère législative et administrative peut envahir la sphère de la reproduction, la sphère soi-disant privée. L'intervention de l'Etat a souvent pris un caractère de politique sociale et culturelle, soit d'assimilation et d'orientation de formes d'expérience, dont l'origine fut le produit autonome du mouvement des femmes. Les réponses aux demandes d'intervention dans la sphère de la reproduction, de la famille, de la défense de la femme parce que sujet faible dans les rapports de travail, formulées auprès de l'Etat, prirent la forme de lois ou des décrets administratifs. Elles eurent certainement des aspects de bureaucratisation et de contrôle (8). Les politiques du Welfare qui semblent être particulièrement favorables aux femmes sont celles qui concernent la protection de la ma. ternité: elles suivent un parcours historique complexe et long et s'articulent dans la législation du travail (réductions d'horaires, congés, interdiction du travail nocturne ou des travaux pénibles) jusqu'à la constitution de services (chambres d'allaitement, maternités, institutions de protection de la mère et de l'enfant) et à la redistribution de revenus (différentes allocations) (9). Mais ces politiques en réalité ne constituent pas pour cela des droits sociaux spécifiques. Elizabeth Wolgast les définit comme de faux droits: dans le cas des lois de protection de la maternité, par exemple, celui qui est protégé est l'enfant à naître ou déjà né (Wolgast E., 1991). Le premier droit de protection pour les femmes est de pouvoir décider d'être ou de ne pas

(7) Alisa DeI Re (1994) "Analyse du Welfare: retrouver Jocaste" in Futur Antérieur n° 21. (8) Laura Boella "Distinguere pubblico e privato" in Anna Maria Crispino, Francesca Izzo (sous la direction de) Cultura e politica delle donne in Italia, Actes du Séminaire national, Rome, 4 et 5 mai 1992, IG Informazioni n° 3. (9) Alisa DeI Re (1993) "Transformations de l'Etat capitaliste et constitution d'un sujet politique: les femmes (Europe Occidentale)" in C. Veauvy H. Bresc (sous la direction de) Genèse de l'Etat moderne en Méditerranée, Rome, Ecole fTançaise de Rome. 15

être mère sans risquer sa vie (JO), c'est à dire de disposer librement de son corps; c'est peut être utile de rappeler ici la simultanéité - au début du siècle - de l'élargissement des lois de protection de la maternité et la permanence de lois scélérates contre l'avortement et la contraception. Sans doute réclamer avec le langage du droit signifie demander la permission ou la protection à l'Etat. Les "droits" sont invoqués, contestés, distribués et protégés par la loi, mais aussi délimités et nommés. Alors la différence sexuelle serait réduite aux rôles sociaux protégés par l'Etat. Même si les droits. sociaux se constituent à l'intérieur du travail de reproduction en s'adressant dans la plupart des cas aux femmes-, ce n'est pas pour cela qu'ils peuvent être considérés comme établis en leur faveur, car les femmes consomment paradoxalement moins de droits sociaux dans la mesure où elles en produisent plus. Elles exercent une activité de suppléance par rapport au Welfare dans leur travail de reproduction contrôlée par l'Etat (11). De plus les politiques sociales n'arrivent même pas à couvrir entièrement les coûts de l'adaptation de la force de travail féminine au modèle de travail demandé par le marché, qui prévoit pour chaque travailleur une ménagère full time. Ces coûts sont donc déversés sur les ressources "privées" des sujets impliqués (pratiquement sur les autres femmes dans la famille, les plus jeunes ou les plus âgées). Ils constituent des processus de redistribution du travail social global qui, s'appuyant sur les fortes différenciations à l'intérieur de la population féminine, deviennent particulièrement discriminatoires.

-

Quelques remarques

methodologiques

Vouloir partir du fait que la société est sexuée et prendre en compte cette "banalité" dans son propre parcours et ses propres recherches scientifiques signifie d'abord avoir des difficultés à se situer dans les ramifications académiques traditionnelles du savoir. Et là n'est pas le plus grave: cela signifie surtout manquer d'un cadre structurel de définitions établies, celles du savoir académique étant souvent insuffi(JO) Un rapport du Population Action International du 1993 infonne que chaque année meurent dans le monde 200.000 femmes tuées par des avortements clandestins (cité par Vittorio Zucconi dans l'Espresso n° 38, 1993). (11) Zincone G. (1992) Da sudditi a cittadini, Bologna, il Mulino. 16

santes ou inutiles. Cela signifie aussi ressentir un manque en termes d'outils méthodologiques fiables. Cela signifie enfin travailler souvent dans la crainte de faire à chaque pas du bricolage. Et pourtant dans les sciences sociales dans la philosophie, l'histoire, divers aspects de la sociologie, l'anthropologie nombre de travaux, nombre d'études commencent à circuler et à dessiner les pourtours d'un terrain scientifique qui oblige de plus en plus les chercheurs et les chercheuses à tenir compte de l'existence de la "sexuation" (12) comme d'un phénomène non pas accidentel mais prioritaire et fondamental. Je ne parle pas du simple fait d'étudier les femmes en tant que "minorité", plus ou moins opprimée parmi d'autres: cela se fait depuis longtemps; ni de la recherche d'une spécificité féminine liée aux rôles socio-sexuels. Je fais référence à quelque chose de plus complexe, à une fomie de pensée capable à chaque moment de la recherche d'identifier le social et le politique comme marqués par l'existence des deux sexes. Cela impose l'utilisation de notions traditionnelles sous une forme nouvelle, la déconstruction de définitions acquises et l'invention de nouvellles définitions; l'utilisation enfin d'une méthodologie pluridiscip linaire. La pluridisciplinarité dans le cas de ce travail exige par exemple une démarche d'historien (méthodologie de recherche en histoire contemporaine, histoire sociale et histoire orale), de sociologue (sociologie du travail, sociologie de la famille), de démographe, d'anthropologue (anthropologie urbaine) et de politologue. Il m'a fallu aussi sortir du parcours des bibliothèques traditionnelles: du Musée socialC.E.D.I.A.S. à la Bibliothèque Nationale, de la bibliothèque de Sciences Politiques à la RD.LC. de Nanterre, du Journal Officiel à la bibliothèque Marguerite Durand, de la bibliothèque du B.I.T. aux centres de documentation des différentes confédérations syndicales. Je suis allée au Musée du cinéma, voir non seulement les films de l'époque, mais aussi les films-journaux, la publicité. Pour pouvoir parler des femmes, de leur aspect extérieur et de leur travail, je suis allée au Musée de la mode, au Musée des arts décoratifs. J'ai interviewé des femmes qui ont vécu à Paris dans la période étudiée et j'ai dû apprendre l'art d'interroger des personnes âgées.

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-

-

(12) J'emploie le néologisme "sexuation" parce que je le considère plus adapté à mon
analyse que le terme "division sexuelle".

17

C'est à la suite de ces interviews que je me suis posé la question de savoir par exemple si les femmes et les hommes ont la même perception des événements historiques. Plus précisément si, au-delà de l'interprétation des événements historiques qu'on nous donne comme "objective" et "universelle", le point de vue construit à partir du groupe social auquel on appartient ne serait pas modifié non seulement par le statut social, mais aussi par la différence sexuelle qui constitue une "surdetermination" du statut social. Je voudrais préciser d'abord qu'en ce qui concerne l'histoire il me semble inutile de vouloir construire une histoire des femmes séparée de l'Histoire, comme s'il s'agissait d'une histoire "mineure", l'histoire d'un groupe social parmi d'autres. Ce qui me semble important, c'est d'une part de s'efforcer de récupérer par tous les moyens toutes les "informations" sur les femmes dans les siècles et les décennies passés, et même de nos jours, informations qui ont été considérées par les historiens de l'histoire "officielle" comme peu importantes, voire inutiles. Et d'autre part de reconstruire une histoire qui intègre les femmes, leur participation ou leur exclusion des événements, et la perception qu'elles en ont eue. Construire donc une échelle de valeurs tenant compte du fait que certains événements ont été plus importants pour les femmes que pour les hommes, ou le contraire, une histoire sexuée (13). Dans le cas des interviews, par exemple, j'ai relevé une perception intéressante de la guerre de la part des femmes. Dans des interviews antérieures faites auprès de résistants italiens (Del Re, 1989) (14) la

-

-

(13) Sur ce thème cf. Une histoire des femmes est-elle possible? sous la direction de Michelle Perrot. Sur la possibilité d'une chronologie au fénùnin des événements historiques et les changements épistémologique qui en découleraient voir plus spécialement dans cet ouvrage Yvonne KnibieWer, "Chronologie et histoire des femmes". Cf. encore Pénélope. Pour l'histoire des femmes, Mémoires des femmes, n° 12, printemps 1985; Addis Saba, M., Conti Odorisio, G., Pisa, B., Taricone F. (1986) Storia delle donne una scienza possibile, Roma, Felina Libri. (14) il s'agit d'une recherche sur Les nouveaux comportements des immigrés dans la crise, dirigée par Catherine Quiminal et Albano Cordeiro (1985-1988), MIRE, dans laquelle j'ai suivi les parcours des difIérentes générations d'inunigrés italiens en France à partir de l'inunigration politique sous le fascisme. Cette partie de la recherche a donné lieu à la publication d'un article dans la revue italienne, Progetto memoria n° 3 (1989) "Emigrazione, antifascismo e lotta di classe: percorsi di vita di comunisti" 18

guerre apparaissait - au-delà des gestes héroïques - comme un événement tragique, qui entraîne une destruction physique et psychologique des individus. Pour une grande partie des femmes interviewées, par contre, la période de guerre représentait, dans le cadre dramatique des événements, la découverte étonnante de disposer d'une certaine autonomie dans leurs actes, leurs décisions, dans la gestion de leur existence.
Madeleine S.: La guerre c'était ce qu'on redoutait. Nous habitions St. Etienne à l'époque, mon mari a été mobilisé à Orléans. Mon père était décédé peu de temps avant, mon beau frère mobilisé, ma soeur avait ses deux petites filles. Nous nous sommes retrouvées toutes, ma mère, ma soeur, les deux petites et moi même près de Vendôme. On a vécu là le début de la guerre et après on a fait l'exode ensemble. Cet exode c'était quelque chose d'effarant, on avait quand même la chance d'avoir des voitures, j'avais une carte de France. On s'est organisé de cette façon, on était à Huisseaux en Beauce, on avait des poules et des lapins: on a emporté dans une voiture ce qu'on avait de plus précieux, et puis surtout un fourneau, les poules et les lapins. Simone, ma soeur, était débutante dans la conduite de la voiture et alors elle conduisait la voiture avec tout le chargement et avec moi il y avait ma mère et mes deux nièces. On voulait rejoindre St. Etienne, chez moi. Nous n'avons jamais pris des routes nationales, nous sommes toujours passées par des petits chemins, on allait seulement chercher l'essence auprès des officiers. Puis nous avons fini par échouer à Boussac. Pendant cet exode il y avait des scènes qui maintenant paraissent comiques, maman était fatiguée, les enfants avaient sommeil, on demandait dans les fermes: "Est-ce que vous pouvez nous abriter?". J'ai dû rejoindre St. Etienne seule avec mes nièces et ma mère, parce que ma soeur avait dû avoir des nouvelles de son mari et elle a dû rentrer; et puis elle a dû rejoindre son école. Donc j'ai eu les deux filles chez moi pendant un long moment. On a été pendant longtemps cinq femmes seules. Malgré les difficultés on s'est senti plus libres, plus autonomes.

Simone c.: Comme j'étais mobilisée en tant qu'institutrice et qu'il fallait mettre les enfants à l'abri, je suis allée les accompagner chez une tante qui habitait Condé-sur-Noireau. Cela nous semblait le coin 19

le plus paisible du monde. Condé-sur-Noireau a été détruit suis donc partie avec ma soeur, ma mère et mes deux filles voitures vers la maison de ma soeur à St. Etienne. Mon prisonnier en Allemagne. Toute seule, j'ai pris des d'autorité. Finalement je décidais.

à 90%. Je avec deux mari était habitudes

Quand les femmes parlent d'elles-mêmes, de leurs expériences, l'histoire, même la plus proche et la plus tragique, prend d'autres dimensions, d'autres aspects, est soumise à d'autres jugements. Il est donc important de dégager différentes démarches méthodologiques pour retrouver un point de vue qui considère la "sexuation" comme fondamentale dans toutes les analyses sociales et historiques. Au coeur de mon travail, il y a la tentative de trouver une définition des politiques sociales qui soit adaptée aux exigences d'une analyse sexuée. J'ai utilisé la notion de sujet politique sexué pour définir la façon dont les femmes participent de la constitution de la citoyenneté sociale. Considérer systématiquement la "sexuation" comme un élément fondamental m'a permis d'approfondir l'analyse des rapports sociaux et de définir les rapports de sexe dans leur "construction socio-politique". Concernant l'utilisation du terme "femmes", sans autre précision sociale ou politique, je suis convaincue que les femmes sont d'abord des individus qui appartiennent à des groupes sociaux différents, qu'elles font - et elles ont le droit de le faire - des choix de vie et des choix politiques différents. Je sais aussi qu'utilisé comme un terme générique cette catégorie a une dimension non historique et atemporelle (15). Mais les femmes représentent une catégorie qui a bel et bien été appréhendée en tant que telle par les pouvoirs politiques. En tant que telle, elle a fonctionné dans la formation de l'imaginaire collectif. C'est ainsi qu'elle a été construite, en effaçant les différences entre femmes. J'utilise cette
(15) Gisela Bock en décrivant justement les politiques sociales sous le nationalsocialisme en Allemagne souligne l'existence pour les nazis de deux types de femmes: celles à qui le régime voulait confier la reproduction de la race et celles à qui le régime interdisait la reproduction des individus (Bock, G., 1992). Nous pouvons y ajouter celles décrites par Claudia Koonz (1986), les "Mères-patrie", qui ne furent pas innocentes par rapport à l'idéologie nazie, ou bien les résistantes italiennes décrites par Miriam Mafai (1979). On aurait ainsi un premier aperçu des différences abyssales qui peuvent exister entre femmes dans une même période historique sur le terrain du politique. 20

catégorie parce qu'elle me permet d'analyser sa construction de l'extérieur (de la part de l'Etat, des institutions). Mais aussi parce que certaines femmes ont fait le choix politique de se nommer à partir de la différence biologique (mouvement des femmes) en tant qu'actrices sur le terrain de la confrontation politique. Ce choix n'a pas été fait par toutes les femmes, mais il a marqué profondément dans ce siècle les choix de toutes les femmes. J'ai essayé de définir le terrain de la reproduction sociale des individus comme le terrain que l'Etat privilégie dans son rapport avec les femmes en tant que sujets politiques et de dater historiquement la formalisation de cette intervention. L'Etat capitaliste tend à constituer un sujet politique sexué à des conditions données et à un moment précis: je définirai la crise mondiale de 1929 comme un des grands moments réformistes du capital, la naissance d'un nouveau "modèle d'ordre": dans les nouvelles formes de "subsumption" du travail au capital, le travail de reproduction fait par les femmes trouve de nouvelles formes de reconnaissance et de contrôle social. Cet ouvrage est parsemé d'extraits d'entretiens avec des femmes agées ayant vecu à Paris dans les années trente. J'ai voulu faire sentir, au delà des données materielles, l'atmosphère qui regnait à cette époque, les sensations, les rebellions, les espoirs, les rêves que ces années ont suscitées. Il me fallait entendre la voix des protagonistes de cette époque, savoir comment elles avaient vécu au cours de ces années qui ont secoué le monde et qui ont changé, selon moi, plusieurs rapports sociaux, entre autres les rapports sociaux de sexe. Il m'a fallu trouver des femmes âgées de 70 à 90 dix ans, qui avaient envie de raconter leur passé. Première déception: contrairement à ce que je pensais, les vieux n'ont pas envie de répondre aux questions d'une inconnue. Dans les maisons de retraite, dans les foyers du troisième âge, je rencontrais beaucoup de refus. La recherche d'un échantillon devenait plus difficile. Je m'étais imposée des limites dans le choix, outre l'âge: trouver les sujets dans des différentes couches sociales, que les vieilles dames aient vécu à Paris dans la période considérée, et, évidemment, qu'elles aient envie de répondre et qu'elles soient en mesure de se souvenir des événements. J'ai commencé en octobre 1986 à chercher dans plusieurs maisons de retraites et dans des clubs du troisième âge auprès des paroisses. J'ai aussi demandé à tout mon entourage d'enquêter auprès des grands-

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mères ou des voisines. En mai 1987, j'avais récolté une cinquantaine de rendez-vous et 17 entretiens. Les entretiens manqués n'ont pas eu lieu pour différentes raisons: manque de mémoire du sujet, aucune envie de communiquer, divagations trop fréquentes. Les 17 entretiens n'ont aucune prétention de constituer une enquête objective, ni de donner une vision globale de la vie dans les années trente en France. Mon p~tit échantillon m'a seulement beaucoup aidée à comprendre mieux la vie quotidienne des femmes dans des différentes couches sociales et dans cette période historique. Parmi les interviewées, la plus âgée a 93 ans, la plus jeune 72. Elles ont en moyenne entre 80 et 90 ans. J'ai fait de longs entretiens non directifs, dans lesquels elles m'ont parlé de leur jeunesse, de leur famille, de leurs peurs et de leurs joies: entre autre, de la maternité, de la contraception, de l'avortement. Je remercie donc particulièrement ces Parisiennes qui étaient à la fleur de l'âge dans les années trente et qui ont bien voulu me raconter leurs souvenirs avec ironie, gaieté et tendresse, me faisant participer ainsi directement à la vie quotidienne d'une période et d'un pays éloignés de mes expériences. Mes remerciements vont aussi à celles et ceux qui m'ont aidée et encouragée pendant mon travail, et dont la liste qui suit n'est pas exhaustive: Catherine Quiminal, qui a dirigé la thèse de doctorat qui est à l'origine de ce travail; Sonia Dayan, Monique Gadant, Michèle Perrot et Jean-Marie Vincent qui ont accepté de faire partie du jury; les membres du réseau international de recherche "Etat et rapports sociaux de sexe" : Arlette Gautier, Jane Jenson, Jacqueline Heinen, Berangère Marques-Pereira, Hélène Le Doaré, Anne Showstack-Sassoon, Birte SUm, Martine Spensky, Christiane Veauvy, avec qui j'ai travaillé avec profit depuis 1987, et qui m'ont aidée par leurs critiques contructives et pertinentes. Je remercie particulièrement Monique Gadant qui a bien voulu relire ce travail et corriger les fautes de français et les italianismes. Bien évidemment j'assume l'entière responsabilité pour les fautes qui subsistent. Je remercie Myr, mon compagnon et Sara et Davide, mes enfants, qui m'ont supporté avec patience et humour pendant mon travail.

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Chapitre 1
WELFARE ET RAPPORTS SOCIAUX DE SEXE sommaire: Sur quelques approches théoriques des politiques sociales. Les politiques sociales et les femmes. Un sujet politique sexué. La socialisation de la reproduction des individus. Rapports sociaux de sexe.

Sur quelques approches théoriques

des politiques

sociales

Les théories les plus connues concernant les politiques sociales ne sont pas toujours d'une utilité convaincante pour mieux définir les rapports sociaux de sexe et pour comprendre leur transformation. Qu'il s'agisse de théories qui analysent la naissance ou les formes de développement des politiques sociales, la constitution de leur terrain d'intervention, les sujets auxquels elles s'adressent, leur fonction ou les formes de leur financement, il est difficile de leur trouver une connotation sexuée. Toutes ces analyses peuvent être utilisés pour se rapprocher d'une lecture concernant l'impact que les politiques sociales ont eu dans les transformations des rapports de sexe, mais elles nous donnent rarement des réponses exhaustives et satisfaisantes. Selon François Ewald (1986) dans l'Etat providence tout citoyen signe un pacte de solidarité avec la collectivité entière. On passe de
l'idée du risque

- inscrite

dans les assurances

- à l'idée

de solidarité. La

pratique des assurances sociales restait articulée sur la notion contractuelle de salaire: il s'agissait de garantir le salarié contre la perte temporaire et accidentelle du salaire dont dépendait son existence. Les assurances sociales organisaient une solidarité sur la base du contrat civil classique. Avec la Sécurité sociale, l'accent se déplace sur les notions de revenus et de besoins. Nous disons qu'il se déplace du secteur de la production de mar23

chandises - dans lequel on donne aux producteurs la garantie de pouvoir continuer à produire - au secteur de la reproduction - dans lequel on garantit et on contrôle la reproduction des individus, sans lien direct avec la production de marchandises - mais en fonction d'elle. ],1. Dupeyroux (1981) voit se décanter deux conceptions de la Sécurité sociale: une conception commutative, dans laquelle le droit à la Sécurité est lié à l'exercice d'une activité salariée. La protection sociale apparaît alors, au même titre que la rémunération directe du travail. Une deuxième conception, distributive, fonde le droit à la Sécurité sociale sur les besoins des individus. Les deux conceptions tendent de nos jours à se superposer, mais ce qui distingue la Sécurité sociale de l'assurance, c'est la prévalence de la seconde conception sur la première. Une dynamique des besoins sociaux fait qu'ils s'étendent et se multiplient: santé, famille, logement, environnement, modes de vie, chacun est en posture d'être nommé "besoin social". L'articulation de la Sécurité sociale sur la notion de besoin implique une politique de redistribution des revenus (Ewald, F., 1986, p. 401 - 402). En réalité, je pense que la prise en compte sociale transforme nécessairement les besoins en droits politiques (1). Dans le même sens, la conception distributive, celle qui considère davantage les femmes en tant que reproductrices, peut être appelée: "fonction de saJarisation de la reproduction" . Deux autres grandes approches des politiques sociales traversent presque toutes les théories: l'approche fonctionnaliste et l'approche conflictualiste. Selon la deuxième, les femmes disposent d'un faible pouvoir de négociation, au moins dans la période considérée. La mise en place des premiers éléments de l'Etat-providence ne correspond pas non plus à une intervention active des organisations ouvrières; elles
assument parfois même des positions défavorables

- comme

pour les

Retraites Ouvrières et Paysannes (R.O.P.) en France au début du siècle. Dans la filière de la théorie conflictualiste, certains voient les politiques sociales comme formes de pacification, compromis entre patrons
(1) Harold L. Wilensk.Y' nous donne Wle défInition simple mais suggestive du Welfare dans ce contexte: The essence of the welfare is government-protected minimum standards of income, nutrition, health, housing and education, assured to every citizen as a political right, not as "charity". (Wilensk.Y',H.L., 1987) 24

et ouvriers dans la tentative d'éviter tensions et désordres sociaux (Haztfeld, H., 1971). L'approche fonctionnaliste est peut-être plus intéressante pour expliquer les transfonnations des rapports sociaux de sexe, mais elle est incomplète car les dynamiques fonctionnelles, dont la lecture n'est pas possible que ex post, sont trop variées. En outre elles sont parfois le fruit d'effets pervers par rapport à la volonté politique qui dictait la mise en chantier de certaines politiques sociales. Je crois par ailleurs que cette lecture est utile uniquement par rapport aux premiers pas du Welfare. A cette époque les industriels "éclairés" mais pas nécessairement progressistes-, s'affrontaient à des groupes sociaux visant la défense de leurs prérogatives, agriculteurs et propriétaires terriens, syndicats ouvriers de diverses tendances, organisations confessionnelles et même l'Eglise catholique. Leur approche respective quant aux hypothèses de changement à long tenne était quasiment inverse, les premiers fondant leurs espoirs de réussite dans un projet de développement qui concernait la société tout entière: modernité et progrès s'opposaient à conservatisme et tradition. Les deux approches coïncident toutefois dans le constat que les phases de la croissance économique, d'après les indicateurs macroéconomiques traditionnels, vont inévitablement de pair avec une extension quantitative et qualitative des systèmes publics de protection et de bien-être social. ce qui concerne la qualité et l'extension de l'intervention publique provient généralement des modèles de R. Titmuss (1958, 1968, 1974), allant du "résiduel" à l'''institutionnel'' (2).
(2) Le trois modèles de politique sociale identifiés par R. Titmuss sont: a) The Residual Welfare Modèle of Social Policy, dans lequel la politique sociale n'intervient que ex-post, quand les canaux "naturels", "traditionnels" de satisfaction des besoins (famille, réseau parental, marché) ne sont plus en mesure de faire face à certaines exigences spécifiques de l'individu (ex.: les premières expériences de l'English Poor Law). La caractéristique majeure de cette intervention est d'être temporaire.
b) The Industrial Achievement

La classification

des différents systèmes nationaux de Weljàre

- pour

- Performance

Modèle

of Social Policy:

ce modèle

part de la prémisse que chaclUl doit être en mesure de satisfaire ses propres besoins sur la base de son propre travail, donc par rapport au mérite individuel, à la performance du travail et à la productivité: dans ce cas, la politique sociale intervient comme correcteur partiel de l'action du marché. Le système du Welfare apparaît 25

Il me semble évident que le modèle qui peut être le plus intéressant pour une lecture des rapports sociaux de sexe est le modèle "institutionnel", parce qu'il investit totalement et non temporairement la sphère de la reproduction. (3) L'attention aux problèmes de légitnnation de l'Etat, de consensus et de contrôle social liés au développement du Welfare est commune à plusieurs positions. Il est certain que toute la thématique de la socialisation de la reproduction est liée à la construction d'un contrôle de sa qualité, au moins dans sa qualité "moyenne", et donc d'un contrôle des individus qui "reproduisent" -les femmes. Concernant les facteurs qui contribuent à expliquer les différents développements des systèmes nationaux du Welfare, les recherches ont jusqu'ici montré une multiplicité de variables de type "structural" (à dominante économiques-démographiques) et "non-structural" (à dominante socio-politiques) (Ascoli, u., 1984, p. 10): ces facteurs peuvent être expliqués par l'émergence d'un sujet politique "femme" et par l'intérêt concernant une reproduction standardisée de la force de travail lié aux nécessités des transformations productives. Ces facteurs vont des tendances démographiques (Alber, 1., 1982) aux processus de modernisation et de croissance de la consommation de masse liés au développement économique (Wilensky, H. L., 1975); du niveau de mobilisation et de lutte de la classe ouvrière à ses capacités croissantes de modifier les rapports de force (Korpi, W., 1980); de l'action des
important mais additionnel par rapport aux institutions économiques. c) The Institutional Redistributive Modèle of Social Policy: dans ce modèle, le système du Welfare est un élément constitutif de la société et fownit des services de type universelen dehors du marché, sur la base du besoin pur et simple. TIs'assortit d'un système de redistribution graduelle des ressources (Ascoli, U., 1984, p. 11-12; Paci, M., 1989, p. 32) (3) TIy a évidemment d'autres lectures des politiques sociales, dont je ne fais que mentionner l'existence ici parce qu'elles n'ajoutent pas grand chose à la compréhension de la construction des rapports sociaux de sexe. Certaines ont concentré leur attention sur les problèmes de la crise fiscale de l'Etat et du rapport entre déficit budgétaire et croissance de la dépense à des fms sociales (Gough, I., 1979). Une autre lecture porte sur le rapport entre les processus de bureaucratisation et le marché (Offe, K., 1981; Fox Piven, F., Cloward, RA, 1981) ou bien l'étude de la carence progressive des ressources publiques pour soutenir les processus modernes d'accumulation (0' Connor, J., 1973). 26

élites de la bourgeoisie et des forces politiques dominantes constamment à la recherche de légitimation aux degrés de centralisation de l'appareil bureaucratique de l'Etat (Gough, 1., 1979); de l'émergence de nouveaux sujets sociaux et de leurs luttes à la nécessité pour les couches dominantes de désamorcer la protestation (Fox Piven, F., Cloward, R. A., 1971; Offe, C. Lenhardt, G., 1979, Ergas, Y, 1982) Du point de vue des sujets des politiques sociales toutes les théories identifient historiquement les pauvres comme sujets dans un premier moment, puis les ouvriers, ensuite les citoyens. Il est rarement question des femmes, si ce n'est en tant que destinataires partiels (exceptionnels). Helga Maria Hernes (Hernes, HM., 1987) parle de deux vagues de Welfare, la première concernant principalement le marché du travail; la deuxième incorporant les secteurs de la reproduction. Mais incorporer les secteurs de la reproduction ne signifie pas seulement prendre en compte les sujets reproduits, mais aussi ceux qui les reproduisent, soit parce qu'on les libère du travail de reproduction, soit parce qu'on les contrôle ou qu'on les paye. Pour arriver au sujet-femme il faut, selon nous, partir du point de vue de la reproduction. Historiquement, celles qui reproduisent sont les femmes. Le développement le plus important de leur indépendance (du rapport de dépendance à un homme) s'est effectué à partir du moment où elles ont pu bénéficier d'un salaire, de revenus (transferts) et de
services sociaux. Cela n'a débuté qu'avec le processus de socialisation et de "salarisation" - du travail de reproduction et de soins.

-

Toutes les politiques sociales ne concernent pas les femmes au même titre. Pour discerner un rapport, il faut d'abord déterminer quelles sont les politiques sociales qui nous intéressent et en donner ensuite une lecture du point de vue du sujet impliqué et non du point de vue d'une formation ou d'une satisfaction générique de "besoins". Pour ce qui concerne les financements, selon la théorie de la providence, la sécurité sociale, comme forme d'assurance obligatoire contre certains risques, devrait être financée principalement par des contributions payées par les employeurs et les employés et oeuvrer en faveur des individus disposant de conditions ou d'un statut précis (par exemple, un emploi comme travailleur dépendant ou une quantité déterminée de contributions payées à la Sécurité sociale). Selon la théorie de l'assistance, au contraire, la Sécurité sociale devrait être financée par les impôts et oeuvrer en faveur de tous ceux qui se 27

trouvent en état de détresse: elle devrait pouvoir garantir à tout le monde un revenu minimum et la possibilité de consommer certains biens, indépendanur1entde toutes les assurances précédentes. L'aspect d'assistance de la Sécurité sociale - l'identifiant comme un système capable de fournir, à travers l'administration de l'Etat ou des organismes publics créés ad hoc, des aides en argent ou en nature aux citoyens nécessiteux s'est de plus en plus affirmé dans le temps. La naissance de la Sécurité sociale est une conséquence directe de la révolution industrielle, qui a créé de nouveaux risques pour les travailleurs en les mettant dans une situation de plus grand besoin et en les poussant à vivre dans de grandes agglomérations urbaines, privés des liens de solidarité familiale typiques d'un monde fondé sur l'agriculture. Dans ce cadre j'estime que l'utilisation du concept de besoin doit être inversé: ce n'est pas le citoyen qui exprime des besoins qui doivent être satisfaits, c'est l'Etat qui, devant la nécessité de contrôler la classe ouvrière d'abord, toute la population ensuite, utilise le réseau des politiques sociales pour créer des liens de dépendance et des obligations vis-à-vis d'un "travail" de reproduction. Dans ce cas, l'Etat est obligé de transformer le besoin individuel en droit général. Pour vérifier que les citoyens "visés par le contrôle" sont les femmes, il suffit de penser à l'élimination progressive des lois sociales et imaginer ceux qui supporteront les charges majeures de cette élimination: n'importe quel sociologue ou politologue vous dira que c'est la famille, c'est-à-dire le travail gratuit des femmes, qui devra y subvenir. Du point de vue du contrôle social, on fait généralement remonter la naissance de la Sécurité sociale à l'Allemagne de Bismarck entre 1883 et 1889, avec la création des premiers programmes d'assurance obligatoire. Plusieurs voient dans les initiatives du Chancelier une tentative d'éviter tensions et désordres sociaux. Les assurances passent du monde du travail à des risques jamais couverts avant, comme le chômage, et deviennent instruments de redistribution de revenus pour les familles (par exemple avec la création des allocations familiales). Le contrôle de l'Etat passe par la "salarisation" du travail de reproduction, étant donné que une des caractéristiques du salaire est le contrôle sur le travail. Le rapport Beveridge (1941, 1944), pour sa part, ne constitue pas seulement une tentative de rationaliser la législation existante à l'époque de sa publication, législation fondée sur le principe

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de garantir la paix sociale entre patrons et ouvriers. Il s'inspire d'un nouveau principe de paix publique et d'ordre dans le cadre de la justice sociale, que l'Etat, en tant que représentant de la collectivité nationale, doit réaliser en garantissant un revenu suffisant pour assurer la subsistance dans toutes les situations où le revenu personnel vient à mal1quer. L'objectif principal est de garantir la paix entre les citoyens, dans la nouvelle dynamique de l'égalité des sexes - obtenue dans presque tous les Etats européens qui voit le travail de reproduction complètement soumis au contrôle étatique. En termes de périodisation, il est généralement considéré que l'Etat assume une responsabilité directe sur les politiques sociales à partir de la fin de la Première Guerre mondiale. Il commence à gérer lui-même le recouvrement de quelques grands risques liés essentiellement à l'augmentation des rythmes de la croissance industrielle du pays. Dans les années 30, nous avons une première formalisation généralisée des ces politiques et après la Deuxième Guerre mondiale, une centralisation au niveau étatique et une extension au niveau social. La Sécurité sociale n'est que la poursuite, la rationalisation et l'accomplissement des politiques d'assurances sociales. La Sécurité sociale est un ensemble d'institutions qui se développent, se transforment, se divisent, se complexifient en fonction d'une politique de "sécurité sociale". Selon Ewald, le système de sécurité sociale a donc déjà connu deux grandes réformes: en 1928-30 et en 1945-46 (Ewald, F., 1986, p.396). Pour résumer, on peut dire que les politiques sociales se définissent de plusieurs façons dans les théories existantes: passage de l'assistance au droit, de la particularité à la généralité, de la survie à la garantie, comme uniformisation du modèle de vie, comme intégration stricte entre production et reproduction dans le développement capitaliste, comme contrôle accru de la population, comme une des formes de légitimation de l'Etat, comme une des formes de redistribution des revenus. Une définition ultérieure, à partir cette fois-ci des finalités des politiques sociales, et concernant directement les femmes, pourrait être: "une politique progressive et générale de "salarisation" et de contrôle du travail de reproduction".

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Les politiques

sociales et les femmes

Pour ce qui concerne spécifiquement les femmes et l'influence des politiques sociales sur les modifications des rapports sociaux de sexe, je crois qu'il est nécessaire d'identifier un cadre large de politiques sociales allant jusqu'aux politiques du travail. J'insiste en effet sur les politiques du travail plus que sur les politiques relatives à la santé ou à l'instruction (instruction et santé ont une histoire connue de "sexuation" qu'il serait trop long de retracer ici) parce que je pense que les politiques sociales sont mises en place en fonction d'une "mise au travail" (plus ou moins salariée) des femmes. Instruction et santé sont à la base de cette "mise au travail". Mais l'imbrication stricte du travail salarié et du travail gratuit de reproduction dans la vie des femmes a pennis d'accentuer l'importance tantôt de l'un, tantôt de l'autre, en mettant en évidence chaque fois le caractère relativement accessoire de l'un de deux - surtout du travail salarié pour en diminuer la valeur. Il s'agit donc de prendre en compte toutes les politiques qui concernent la reproduction de la force de travail, aussi bien celles concernant le secteur du travail salarié que celles concernant directement le travail gratuit de reproduction. Dans ce sens, il faut remarquer que les politiques sociales n'ont pas été toutes formalisées en lois. Par exemple, si on prend en compte les politiques du travail on retrouve des tentatives d'expulser un sexe tout entier du travail salarié ou au contraire de l'y pousser par le biais de lois partielles (concernant par exemple la présence des femmes dans les emplois publics), mais aussi par le biais des politiques culturelles (en imposant des modèles culturels, comme la femme-mère sous le fascisme) ou encore par des politiques subtiles de redistribution de revenus, comme l'allocation de "mère au foyer", créée pour favoriser l'élargissement de familles à salaire unique en temps de crise. Les lois de protection ont toujours assimilé les femmes aux enfants (protection d'un corps faible ou protection d'un bien, d'une propriété). Mais ce qui frappe le plus, c'est le maintien, dans la pratique, de salaires féminins inférieurs aux salaires masculins. Ensuite les politiques sociales elles-mêmes n'ont pas toutes la même définition ni les mêmes effets pour les hommes et pour les femmes. On a déjà dit que certaines politiques sociales s'adressent exclusivement aux femmes (par exemple toutes les politiques de protection de la

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maternité). Elles vont au-delà de la seule législation en la matière. Elles protègent le corps des futures mères pendant le travail, mais elles obligent aussi la mère à protéger personnellement l'enfant chambres d'allaitement dans les lieux de travail, politique gouvernementale en faveur de l'allaitement, contrôle sur la qualité de la reproduction. Nous pouvons aussi compter parmi les politiques de protection de la maternité toutes les politiques de vigilance sur la morale des ouvrières (le travail des surintendantes d'usine en France dans l'entre-deuxguerres, par exemple). Parmi les effets pervers de ces politiques, je peux signaler l'expulsion des femmes du marché du travail, souvent engendrée par ce système de protection. Les hommes "protégés" par les assurances n'ont jamais subi un tel chantage (pour éviter une concurrence déloyale au sujet des allocations familiales, par exemple, le patronat a créé des Caisses de compensation). Ajoutons que l'assurance maternité, la première qui touche spécifiquement les femmes, a été souvent inclue parmi les assurances concernant la tutelle de la santé. Mais la maternité est-elle une maladie, ou n'est-ce pas plutôt que le législateur, en tant qu'homme qui ne perçoit les modifications de son propre corps que sous forme de maladies, n'a pu penser la grossesse que comme un "problème de santé"? L'histoire des politiques sociales commence presque partout avec les assurances (facultatives d'abord, obligatoires ensuite): la première assurance fut celle contre les accidents du travail. Mais pour y voir un intérêt direct pour les femmes, il faudrait déconstruire le concept d'accident du travail et monter que les femmes n'y sont que très partiellement concernées. Les femmes ont été, en raison de leur rôle socio-biologique (maternité), souvent protégées par rapport aux travaux à haut risque. Parfois, en raison de leur rôle social, elles ont été éloignées des conditions de travail dangereuses pour la santé (ex. travail nocturne et réduction de la journée de travail). Il me semble que les risques couverts par l'assurance sont seulement une partie des risques que les femmes encourent dans le travail. L'un des principaux est celui d'être exploitées à cause de leur sexe et donc moins payées. Le harcèlement sexuel jusqu'au droit de cuissage n'est pas compris dans ce type d'assurance. En termes de politiques salariales les syndicats ont souvent accepté que les salaires féminins soient inférieurs aux salaires masculins. Mais du point de vue des politiques de redistribution des revenus ils ont, au

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contraire revendiqué que les augmentations de revenus soient attribuées uniquement s'il existe un travail de reproduction (femmes et enfants à charge) . Dans les théories féministes le Welfare est presque toujours jugé en fonction de ses "conséquences" pour les femmes, de même qu'en fonction de la présence, de l'extension ou de hl restriction des politiques sociales. Les théories sont souvent contradictoires. Les deux extrêmes sont représentées par les théories anglo-saxonnes d'un côté, et par Agnès Heller de l'autre. Les Anglo-saxonnes ont surtout analysé comment le système de Welfare a contribué à former de nouvelles châmes de dépendance des femmes vis-à-vis des maris et de l'Etat. Angela Weir nous dit que les réformes obtenues par le biais des politiques sociales ont créé une structure de reproduction de la force de travail plus efficace, fondée sur la famille unie et sur le travail des femmes en tant qu'épouses et mères (Weir, A., 1974; Barret, M., 1984). Agnès Heller semble suggérer le contraire quand elle dit que dans le Welfare, la dissolution de la famille est un fait explicite: "Les femmes sont acceptées dans des conditions égales sur le marché du travail; l'Etat s'occupe des enfants en bas-âge à travers un réseau hautement développé de crèches et de jardins d'enfants... L'intervention de l'Etat donne à chacun la garantie d'être une personne, et rien d'autre qu'une personne. Les institutions personnelles privées ont été remplacées par des institutions d'Etat, la mère a été remplacée par l'Etat" (Heller, A., 1981, p.144). A ce point du raisonnement je vais essayer de formuler une hypothèse générale en m'appuyant sur les points théoriques les plus intéressants et significatifs pour mon approche. Premièrement, les politiques sociales représentent un processus interne au développement capitaliste. Elles ne sont nullement quelque chose d'externe ou d'additionnel. Pour cette raison, il est dépourvu d'intérêt pour mon analyse d'attribuer les résultats des interventions à un "plan de contrôle" préconçu ou d'en donner une lecture "a posteriori", d'autant plus que les résultats sont souvent pervers par rapport à la volonté initiale de ceux qui ont pensé ce type de politiques et qui ont ensuite essayé de les mettre en oeuvre. Il me semble également important de dater la structuration des politiques sociales en les faisant remonter à deux périodes précises. Une 32