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Les fleurs du Congo

De
416 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1997
Lecture(s) : 284
EAN13 : 9782296336896
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Collection «Zaïre - Histoire et Société» dirigée par Benoît VERHAEGEN

Cet ouvrage est la reproduction, augmentée d'un avertissement et d'une postface de l'ouvrage:

LES FLEURS DU CONGO suivi de commentaires de Gérard Althabe Cahiers libres 232-233 édités par François Maspero, Paris 1972.

- couverture 1 : La Chute de. Kisangani, peinture de l'artiste décédé LONDE (Bunia, 1989). Collection B. Jewsiewicki. - couverture 4: Lumumba, libérateur du peuple par Tshibumba, c-1972, collection B. Jewsiewicki.

Gérard ALTHABE

LES FLEURS DU CONGO
Une Utopie du Lumumbisme
A vec en annexe: Introduction à 1'« Étude du chômage à Brazzaville en 1957 »
Postface de Bogumil JEWSIEWICKI

L'Harmattan 5-7, rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

L'auteur
Gérard Althabe, dans le cadre de l'Office de la Recherche Scientifique et Technique d'Outre Mer, a commencé une carrière d'anthropologue par une bourse d'étude qui l'amène dans les campements de pygmées Babinga du Sud-Cameroun, puis dans le quartier Poto-Poto de Brazzaville, où il mène une recherche sur les jeunes scolarisés exclus de tout espoir d'obtenir un travail salarié.De 1958 à 1963, dans la Cuvette congolaise, il est témoin des événements marquants qui interviennent sur les deux rives du fleuve Congo. Puis, il séjourne jusqu'en 1972 à Madagascar. Il publie entre autres: Oppression et Libération dans l'Imaginaire (les communautés villageoises de la Côte Orientale de Madagascar) (François Maspero, 1969, réédition 1981). A partir de 1978, il prend pour objet de ses recherches anthropologiques la société française saisie dans son présent, recherches menées dans les périphéries urbaines, les entreprises, les institutions administratives; il s'interroge sur les conditions de la mise en oeuvre de la démarche anthropologique dans notre modernité. Il crée en 1982 à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales une Equipe de Recherche en Anthropologie Urbaine et Industrielle. Dans ce cadre intervient la publication de deux ouvrages collectifs: Urbanisation et enjeux quotidiens et Urbanisme et réhabilitation symbolique (Anthropos, 1966, réédition à l'Harmattan en 1993). En 1995, Regards sur la ville avec JeanLouis Comolli au Centre Georges Pompidou. Depuis 1993, certains de ses terrains d'enquête anthropologiques sont en Roumanie (aussi bien à Bucarest que dans des villages).

~ Tous droits réservés à l'auteur, 1997 ISBN: 2-7384-5229-9

AVERTISSEMENT DU COMMENTATEUR
Les événements survenus au Congo ces derniers mois ont été la restauration d'une continuité historique. Ils s'inscrivent dans un mouvement engendré dans les luttes anti-coloniales des années 50 et la guerre civile qui a suivi la proclamation de l'indépendance le 30 juin 1960 ; ils s'inscrivent dans la continuité de la tragédie des années 60. La biographie de L.D. Kabila, le retour au grand jour du personnage mythique de Patrice Lumumba en témoipnent. La longue marche des soldats de l'Alliance a l'allure d'une revanche de l'écrasement en 1964 de la République populaire; la prise sans combat de Bukavu est l'écho silencieux des assauts vains d'une Année Populaire menée par Olenga qui se décomposera dans cet échec pour s'emparer de la ville. La conquête de Kisangani, le 15 mars 1997, est une éclatante riposte à cette journée du 24 novembre 1964 pendant laquelle une expédition belgo-américaine brisera dans cette ville la tentative de construire un pouvoir central alternatif à celui de Kinshasa entièrement entre les mains des Occidentaux; les soldats étrangers ouvriront la voie à une Année nationale commandée par un Mobutu qui organisera une gigantesque répression. Les changements de la dénomination des lieux, à mesure que l'Alliance prend possession du pouvoir, ponctuent la restauration de la continuité temporelle. Ainsi, le nom du grand stade de Kinshasa "Kamanyola", qui évoquait un fictif acte d'héroïsme militaire d'un Mobutu s'identifiant dans une imagerie de livre scolaire au Bonaparte du pont d'Arcole, est rebaptisé en stade des "Martyrs de la Pentecôte", rappelant la pendaison en ce lieu, en 1966,devant plusieurs dizaines de milliers de personnes, et suivant le rituel colonial, de quatre personnalités politiques de premier rang, acte inaugural d'un pouvoir dont Mobutu venait de s'emparer un an avant. Les événements commencés en octobre 1996 sont dans leur déroulement même la restauration d'une Histoire qui avait été grossièrement déformée. Ainsi le mobutisme et sa chute sont replacés dans la conjoncture engendrée dans la décolonisation, dans ces années 60 sur lesquelles il faut obligatoirement revenir pour comprendre la situation actuelle, ainsi se justifie d'ailleurs la réédition d'un texte vieux de vingt-cinq ans. Pourquoi ai-je écrit ce livre? Il faut se replacer dans l'ambiance de l'époque: les comptes rendus et commentaires mettaient en scène des
1. L'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) est à l'origine un front de plusieurs organisations, dont le Parti de la Révolution Populaire (pRP) de Laurent Kabila (note de l'éditeur).

6 événements dénués de sens en eux-mêmes, leur intelligibilité était recherchée au-dehors, dans la compétition des nations et des intérêts capitalistes aux prises dans la guerre froide. Les Congolais étaient arrachés à leur histoire, renvoyés aux confins de l'histoire des puissants de la planète. Il ne s'agissait évidemment pas d'une absence de sens, mais de l'impuissance des observateurs occidentaux à comprendre; ils projetaient comme caractéristique des événements ce qui n'était que leur incapacité à comprendre. Cette cécité n'était nullement innocente; elle était constitutive de la domination: nier du sens aux événements dans lesquels se construisait la révolte des dominés justifiait les interventions, militaires en particulier, des Occidentaux qui pensaient que seule la violence extrême peut venir à bout de peuples vivant toujours dans un passé de ténèbres, bivouaquant à la limite de l'animalité. J'ai tenté de me placer dans une autre perspective: je me suis efforcé de sortir dans la mesure du possible du regard ethnocentrique et de reproduire le sens que ces événements génèrent en eux-mêmes. J'ai particulièrement essayé de comprendre du dedans la guerre civile de 1963-65, les formes des combats, les modalités de l'organisation 2 militaire des Simba, la nature et les contradictions des pouvoirs populaires mis en place dans la foulée de leurs victoires. Je me suis efforcé de découvrir le sens d'une Histoire en cours qui ne pouvait pas être réduite au miroir de 1'Histoire des autres. Dans les articles, les émissions de télévision qui ont rendu compte des derniers événements à travers lesquels le mobutisme s'est effondré, on retrouve la même négation du sens, l'identique extériorisation des causes, un ethnocentrisme toujours semblable à lui-même. On est de nouveau plongé dans la même incompréhension arrogante. Cet effort pour m'écarter dans la mesure du possible de l'autoréférence ethnocentrique m'a conduit il y a 25 ans à écrire ce texte dont la forme est singulièrement compliquée, souvent alambiquée, obscure parfois; j'ai utilisé des concepts et un vocabulaire hybride tirés à la fois du marxisme et de l'anthropologie sociale; je les ai fait servir à l'édification d'une intelligibilité des événements qui n'est pas dans le développement du marxisme et de l'anthropologie sociale mais qui se veut une construction à distance de l'un et l'autre système. Je prie mes éventuels lecteurs de m'excuser. Peut-être auront-ils le courage de surmonter l'obstacle d'un langage rébarbatif. Gérard Althabe, juillet 1997
2. Les Simba étaient la dénomination des troupes plus ou moins formelles des « mulétistes de l'Est ». Simba = lion en swahili, pour caractériser une attitude courageuse, souvent due à l'utilisation de drogues «douces» et à la croyance en des fétiches protecteurs (dawa). (note de l'éditeur).

Avertissement

de l'éditeur François Maspero (1971)

En juillet 1969, nous recevions la lettre suivante:
Le Gouvernement de la Fraternité du Congo

Kinshasa, le 3 juillet 1969 Les Éditions François Maspero 1, place Paul-Painlevé

Paris se
Monsieur le Directeur, Nous vous faisons parvenir ce manuscrit intitulé: (tLe Manifeste de la Fraternité prolétarienne des paysans, ouvriers, intellectuels et étudiants congolais conscients et révolutionnaires ~ pour publication en français et en anglais. C'est le manifeste du parti révolutionnaire des prolétaires pauvres de race nOIre. Nous vous informons qu'il existe, depuis le mois d'avril, un gouvernement clandestin appelé le gouvernement de la Fraternité formé par notre parti révolutionnaire, dont le but est d'asseoir au Congo le pouvoir des paysans, ouvriers, intellectuels et étudiants conscients et révolutionnaires de race noire pour l'édification de la Fraternité prolétarienne. La Fraternité prolétarienne est définie dans le Manifeste et toute notre théorie révolutionnaire de la prise du pouvoir et de l'édification y est décrite. En faisant publier ce manifeste, nous voulons faire reconnaftre le gouvernement de la Fraternité comme étant le seul légal, représentatif des aspirations populaires des hommes de race noire. Le gouvernement de la Fraternité n'est pas uniquement le gouvernement des paysans, ouvriers, intellectuels et étudiants congolais conscients et révolutionnaires; il est le gouvernement de toute la communauté des hommes de race noire d'Afrique et d'Améri9ue. Il commence au Congo mais il vise d'attemdre toute l'AfrIque noire. En atteignant toute l'Afrique, il atteindra toute l'humanité.

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avertissement de l'éditeur

L'ensemble des hommes de race noire étant des paysans et ouvriers (90 %) les plus pauvres, les plus opprimés, les plus humiliés et les plus démunzs de tous moyens de lutte, notre théorie révolutionnaire est véritablement une adaptation correcte et juste du marxisme léminismede l'époque de la pensée de Mao Tsé-toung, aux conditions concrètes de la société des hommes de race noire et de leur âme. Cependant, elle est plus que cela car nous visons l'édification de la Fraternité prolétarIenne par la pratique concrète et effective du grand commandement de Christ: (C Tu aimeras ton prochain comme toi-même t. Cela est conforme à la lutte des hommes de race noire et aussi à celle des hommes de couleur du monde. De plus, notre luite est une luite armée pacifique et non violente. Il n'y a pas de contradiction car nous combaltons nos ennemis qui sont les diables impérialistes dont ceux des États-Unis sont le chef de file et nous sommes fraternellement liés à tous les pays, à tous les peuples où les ouvriers sont au pouvoir qui sont nos frères de classe. Nous considérons les fantoches noirs congolais, africains et autres comme étant des inconscients qui sont victimes du démon du dollar et de l'impérialisme. Et nous sommes convaincus que nous pouvons nous entendre entre hommes de race noire afin d'éviter la guerre et les violences tout en levant une armée propre bien équipée et capable d'opposer à la violence contre-révolutionaire la violence révolutionnaire de façon mesurée. Cela est possible à l'époque actuelle en Afrique. Nous vous demandons donc de publier CeManifeste avec urv..ence en français et en anglais. Nous vous demandons de le diffuser massivement et d'organiser une véritable campagne de propagande dans le monde. Nous vous demandons de nous meitre en contact avec toutes les forces révolutionnaires d'Europe et d'Amérique. Nous

vous demandons de nous faciliter tous les contacts avec les gouvernements des pays socialistes et avant tout avec la Chine populaire, l'Union soviétique et Cuba. Nous vous demandons enfin d'organiser déjà la Banque de la Paix dont nous parlons dans le Manifeste et de nous faire parvenir des fonds. Notre lutte est extrêmement dure, pénible et tressée d'obstacles trop nombreux. Nous sommes sous la terreur des oppresseurs néo-colonialistes et fantoches les plus féroces et sanguinaires. Tous les compagnes et compagnons de l'avant-garde risquent à tout moment la mort la plus cruelle. C'est d'ailleurs pour cela que nous ne pouvons même pas vous envoyer un texte dactylographié et vous écrire de façon plus précise et plus développée. Nous vivons les conditions de la terreur la plus cruelle. Ne nous demandez donc pas l'impossible car nous sommes, comme vous devez le
savoir, les prolétaires pauvres de raCe noire qui sont les êtres humains

les plus pauvres. Publiez pour nous ce Manifeste, établissez pour nous des contacts sérieux et recueillez des fonds pour nous. Le gouvernement de la Fraternité vaincra fatalement. Quand le gouvernement de la Fraternité sera reconnu et sera consolidé

aViWtissement de l'éditeur

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grdce à vous, c'est toute l'humanité qui vous en sera tr~s tr~s reconnaissante. Sans aide et sans soutien, le gouvernement de la Fraternité aura les plus grandes difficultés et risque de sombrer dans l'oubli pendant longtemps et nos combattants et commandants risquent d' être exterminés avant même gue nous puissions entamer l'action. Nos ennemis qui sont des drab/es, des démons féroces, sont devenus cruels à l'extrême. Si vous le pouvez, vous pouvez nous imprimer des papiers en tête avec ces inscriptions: Gouvernement de la Fraternité du Congo Cabinet du Président

*
et encore

(l'étoile en rouge)

La FRATERNITÉ DES PAUVRES Quartier général

*

(l'étoile en rouge)

Ce sont là deux sortes de papiers en tête. Une du gouvernement et l'autre du parti. Le reste viendra. Si possible, vous pouvez faire reproduire notre embMme dans le cachet: la houe à gauche, le marteau à droite et le flambeau au milieu. Nous avons reçu cette lettre, ainsi que le Manüeste que l'on lira ci-après, (contenu en six petits cahiers format écolier) en 1969. Nous en avons longuement discuté avec de nombreux camarades, africains ou non. Il nous a été impossible, ear la suite, de garder le contact avec les auteurs. La lettre est d'ailleurs suffisamment explicative: la phrase ccnous vivons les conditions de la terreur la plus cruelle _ ne fait que traduire la stricte vérité de la dictature de Mobutu. Indépendamment de la grande beauté formelle. du texte du Manifeste, nous avons pensé qu'une publication et une analyse s'imposaient. (<< est bénéfique de se donner la peine de nous Il analyser et de nous découvrir... _ disent les auteurs). Certes nous étions conscients des risques d'une telle publication. Ce

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lIeurs du congo

texte est susceetible de réjouir certains racistes primaires, comme il est susceptible d'irriter, pour les mêmes raisons, certains « révolutionnaires» rationalistes et rationalisants. De plus cette publication ne répond guère dans sa forme à ce tragique appel au secours, ce cri de détresse qui nous étaient lancés - et que nous ne pouvions évidemment que décevoir. De tout cela nous étions parfaitement conscients. Néanmoins, la publication de ce texte nous a paru constituer un point de départ capital pour une compréhension réelle et en profondeur des problèmes du Congo, gUI ont souvent fasciné ou stupéfié l'opinion, sans que des analyses politiques de l'extérieur en rendent réellement compte dans leur complexité. Des camarades aussi divers qu'Yves Bénot, Abdou Moumouni, Chris Marker nous y ont encouragés. Gérard Althabe s'est, comme nous, passionné pour ce message qui ne pouvait malgré tout rester sans écho, il a accepté d'y ajouter des commentaires auxquels il a travaillé avec acharnement et qui ne visent qu'à le replacer « en situation,. tout en restant fondés sur le plus extrême respect de ses auteurs comme du peuple congolais tout entier, auteur, victime, héros des pages qui suivent.

F.M.
Décembre 1971.

I LE MANIFESTE DE LA FRATERNITÉ INTELLECTUELS CONSCIENTS PROLÉTARIENNE CONGOLAIS DES PAYSANS, OUVRIERS, ET ÉTUDIANTS ET RÉVOLUTIONNAIRES

Pour un gouvernement de l'édification de la Fraternité en Afrique, seul et unique salut des hommes de race noire; garantie réelle de Paix et de Bonheur pour toute l'humanité.

voles navigables vole. ferrées grande zone '~~(culvre.uranlum. minière zinc) or diamant @ \21. @ houille étain @ o~ç o.grande forêt . . capitale provinciale

o

IZ

Attention I La forme de rédaction et d'expression de ce Manifeste
It

scandalisera peut-être les esprits qui se croient

logiques

Il

et qui, pour s'exprimer en français au Congo et en Afrique, ont un langage bizarre de « l'élite I). C'est la forme de la pensée des paysans et ouvriers de race noire du Congo; elle s'élabore en swahili et ceci n'est qu'une traduction en la langue étrangère la plus répandue au Congo qui nous permet de communiquer avec l'opinion publique mondiale (le français). Il est bénéfique de se donner la peine de nous analyser et de nous découvrir à travers ce Manifeste d'importance capitale de l'époque. Ce Manifeste exprime, de façon vivante, l'âme véntable des hommes de race noire. Notre spirituel, notre morale, notre politique et notre théorie de l'édification économique forment ensemble une seule pensée révolutionnaire prolétarienne. Il est donc nécessaire de lire et d'étudier ce Manifeste du début à la fin pour mieux saisir de façon objective le fonds réel et la portée mondiale de notre révolution armée pacifique et non violente. En nous comprenant parfaitement, il est impossible d'être contre l'édification de la Fraternité prolétarienne en Afrique. Notre plus grand commandement: «Tu ne tueras point; tu ne porteras point de faux témoignage; tu ne commettras point d'adultère; tu

aimeras ton prochain comme toi-même. »
Notre devise: Liberté

- Égalité - Fraternité.

H.

lIeu,s du congo

Notre emblème: la houe qui représente les paysans le marteau qu jreprésente les ouvriers le flambeau au milieu qui représente les intellectuels et étudiants révolutionnaires. Notre drapeau: Sur un fonds jaune d'espoir, l'étoile rouge de la vie, en haut, l'.ôté hampe. Le principe directeur de l'édification prolétarienne, principe sacré: de la Fraternité

De tout ce qui est, l'être humain en est la valeur absolue. L'être humain vaut bien plus cher que l'or, que l'argent, que le diamant. L'être humain doit être le centre de l'univers. La vie humaine doit devenir ce qu'il y a de plus précieux sur la terre et dans l'univers. La femme, être humain le plus cher et le plus adorable, doit devenir le symbole vivant de cette valeur précieuse de l'être humain. La femme doit devenir le sommet de toutes les préoccupations et de toutes les activités humaines. Le plus grand titre de la femme, c'est d'être mère des

peuples, reine de l'humanité.

L'enfant, c'est le plus beau fruit de la terre; fruit délicieux de l'union désirable et magnifique de l'homme et de la femme. La femme étant la source intarissable du grand Amour entre êtres humains, l'enfant représente l'Amour; à ce titre, l'enfant doit devenir l'objet de toute l'affection de la société humaine. L'humanité doit adorer l'enfant. La Paix, le Bonheur et la Joie des hommes et des femmes devront briller avec éclat dans les yeux heureux et sincères de leurs enfants. Tel est le principe sacré de la Fraternité des pauvres que le gouvernement de la Fraternité veut mettre en pratique.

.

mani/este

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Congolais, Congolaises, Paysans, ouvriers, intellectuels et étudiants congolais, L'heure est venue. L'humanité exige aujourd'hui de tous les hommes de race noire la contribution de leur génie propre à l'avènement merveilleux de la Paix et du Bonheur sur notre belle et très accueillante planète Terre. L'humanité nous demande à nous, hommes de race noire, d'assumer notre responsabilité suprême d'êtres humains à part entière. Tous les peuples de la terre ont, tous, leurs yeux angoissés fixés sur l'Afrique et sur le monde encore ténébreux des hommes de race noire. Peuples noirs d'Afrique et d'Amérique, levons la tête t Acceptons notre tâche historique afin qu'en nous libérant, nous libérions totalement ces vaillants et héroïques peuples blancs et jaunes qui ont tant versé leur sang, tant versé de larmes et de sueur pour notre liberté à tous; pour l'Égalité et la Fraternité de demain et pour l'ultime essor scientifique et technologique de l'humanité entière. Congolais et Congolaises, soyons l'avant-garde de tous les hommes de race noire dont les 90 % sont des paysans et ouvriers qui sont les plus pauvres de la terre et dont la misère atroce et inhumaine croit avec le temps, s'approfondissant chaque jour davantage. Congolais et Congolaises, il nous est aujourd'hui possible, à nous, les hommes de race noire, de mener notre lutte armée, juste et noble, avec grand succès sans devoir inonder à nouveau la terre du sang et des larmes d'hommes, de femmes et d'enfants généralement innocents et victimes. Nous pouvons et devons gagner notre victoire totale et complète en nous servant surtout de l'intelligence, de la science et de la sagesse plutôt que de la haine et du fusil. Notre noble cause étant juste, nous sommes sûrs et certains d'être aidés et soutenus massivement par des centaines de millions de paysans et ouvriers d'Amérique, d'Europe, d'Asie et d'Océanie. Quand la vérité se mettra à marcher triomphalement, le monde entier la suivra heureux et joyeux. Levons-nous donc frères et sœurs de race noire, et édifions la Fraternité prolétarienne qui, seule, supprimera la faim, la misère, la haine, les violences et les guerres. Détruisons les ennemis de l'humanité en nous servant de l'arme

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lieurs du congo

suprême, contribution essentielle du génie des peuples de race noire. Réalisons ce qui semble impossible: l'Amour réel entre les êtres humains qui doivent devenir frères amis. Oui, réalisons l'impossible en gagnant cette dernière bataille de l'humanité par la non-violence révolutionnaire et prolétarienne. A vrai dire, nous sommes des combattants redoutables. Cependant, nous luttons plus par la persuasion et le dialogue pour que se taisent à jamais les canons et les bombardements. Nous réussirons certainement car là doit être la tâche qui nous a été prédestinée par l'Histoire. C'est vrai I Hommes de race noire, nous sommes aujourd'hui capables de sauver l'humanité en accordant enfin à l'être humain sa valeur absolue. Nous sommes capables de faire taire les canons et d'épargner le sang des humains. Oui, nous sommes capables de sécher les larmes qui creusent les joues des centaines de millions d'êtres humains qui n'ont à l'égard des ennemis impérialistes que le tort de désirer intensément l'Amour, le Bonheur, la Fraternité et la Paix. Oui, nous pouvons non seulement sauver les « forçats Il de la faim, mais aussi les Il nantis ». Cependant, nos ennemis ne doivent pas se tromper. Ils ne doivent pas nous sous-estimer et nous considérer comme des utopistes, comme des idéalistes ou encore nous traiter de peureux, de faibles et de lâches t Non, nous sommes d'authentiques guerriers qui ne mourrons jamais. Jeunes Congolais de 15 à 39 ans, vous êtes tous mobilisés; enrôlez-vous dès cet instant à la Jeshi Safi (l'Armée propre) qui est appelée à remplacer celle qui nous domine et nous terrorise.

L'action Le Congo se trouve dans la condition de pays opprimé et exploité par les impérialistes étrangers blancs. Il nous

est donc possible de lancer la « LONGUE MARCHE». Celle-ci
consistera en la mobilisation totale et générale de tous les Congolais et de toutes les Congolaises pour libérer absolument la patrie et l'Afrique de la domination étrangère injuste en vue d'entamer les véritables tâches d'un développement réel et harmonieux que nous appelons l'édification de la Fraternité prolétarienne,

manifeste

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Dans cette « LONGUEMARCHE les ouvriers industriels », et agricoles ainsi que les intellectuels et étudiants conscients et révolutionnaires constitueront l'avant-garde qui portera l'étendard de la Vérité. Nous leur demanderons d'abandonner carrément leurs positions actuelles qui favorisent la domination étrangère et le pillage de nos richesses. Nous leur demanderons de lever haut la tête et d'oser retourner de façon résolue dans nos villages où souffrent nos parents et nos frères paysans et ouvriers. Aucun de nous ne se trouvera jamais seul, isolé et ne manquera jamais du nécessaire car la première chose que nous ferons dès le début de la « LONGUEMARCHE»c'est de mettre en marche l'Entraide et la Solidarité Bantoues de façon très organisée, scientifiquement. Grâce à l'entraide et à la solidarité ancestrales, la « LONGUE MARCHE Il pourra se lever telle une tempête. Il s'agit pour les ouvriers industriels et agricoles, pour les intellectuels et étudiants conscients et révolutionnaires d'agir par la non-violence pour aller créer dans tous nos villages des assemblées populaires avec leurs exécutifs, les comités de Fraternité. Plusieurs petits villages devront se regrouper pour n'avoir qu'une seule assemblée populaire et un seul comité de Fraternité de façon à présenter une unité économique certaine. Chaque village, ayant son importance sociale et économique certaine, aura donc son assemblée populaire où siègeront des élus dont la majorité sera nécessairement composée de paysans et d'ouvriers. Le comité de Fraternité qui est l'exécutif de l'assemblée populaire sera un véritable gouvernement du village, instrument le plus efficace et le plus approprié au développement de la société des hommes de race noire. Ce gouvernement du village, le comité de Fraternité, sera soumis au comité de Fraternité de la province qui, lui-même, sera soumis au gouvernement de la Fraternité. Le Congo de la Fraternité prolétarienne respectera profondément la personnalité particulière et caractéristique des communautés ethniques qui forment le peuple congolais et africain. En conséquence, toutes les assemblées populaires des villages d'une même ethnie habitant un territoire qui leur sera reconnu par le gouvernement de la Fraternité formeront ensemble une province qui aura

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lieurs du congo

son assemblée populaire provinciale composée des délégués des assemblées populaires des villages et aura son comité provincial de la Fraternité. Dans ces provinces, on parlera la langue ethnique et la langue nationale officielle, le swahili. Toutes les assemblées populaires provinciales, représentant leurs ethnies respectives, auront des députés à la grande assemblée populaire qui sera nationale et formera le gouvernement de la Fraternité. Les minorités tribales trop particulières pourront aussi avoir droit à leurs provinces. Des ethnies et des tribus qui se sentent très liées pourront former des provinces communes. Sitôt après création des assemhlées populaires et des comités de Fraternité, il faudra s'attaquer immédiatement aux tâches concrètes de l'édification et du développement. Un des rôles du comité de Fraternité sera de mettre tous les habitants du village au travail. Il devra en outre créer des centres d'alphabétisation et d'apprentissage, des écoles professionnelles et des écoles d'enseignement général et technique. Le comité provincial de Fraternité créera des universités, des écoles supérieures et des écoles spéciales. L'enseignement et l'apprentissage devront être tout naturellement dispensés en langues ethniques et en swahili, langue obligatoire, nationale et officielle parce qu'elle est la langue africaine la plus développée et la plus répandue en Afrique noire. C'est à ce moment que les intellectuels et étudiants de race noire devront se montrer vraiment travailleurs intellectuels, utiles et créateurs; ils devront faire montre de créativité et de sagesse comme les intellectuels blancs et jaunes qui ont marqué l'âme des peuples d'Europe et d'Asie et celle de toute l'humanité. L'enseignement et l'instruction devront être étroitement liés à la production et être très productifs dans les fermesécoles et dans les écoles professionnelles et techniques qui constitueront de véritables entreprises. Tous les intellectuels congolais et tous les étudiants congolais quel que soit leur niveau d'instruction pourront être capables de créer, grâce aux comités de Fraternité, des universités et des écoles supérieures de façon à permettre à chaque Congolais et à chaque Congolaise de Jouir pleinement du droit sacré que nous lui reconnaissons de s'ins-

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truire aux frais de l'F:tat fraternel sans aucune forme quelconque de barrière physique ou morale et cela, avant tout, en swahili et en la langue bantoue de ses ancêtres. Et tous ceux qui ont été à l'école secondaire et à l'école primaire pourront, grâce aux comités de Fraternité, ouvrir de très nombreuses écoles secondaires et primaires dans nos villages. La qualité de l'enseignement et de l'instruction primaire, moyen, secondaire, supérieure, universitaire et spécial s'améliorera avec le temps au fur et à mesure que se développeront dans l'édification les techniques et les richesses. Un village doit être une unité économique viable. Aussi, il y aura le travail organisé par équipe. Le comité de Fraternité formera des équipes pour l'agriculture, pour l'élevage, pour les routes, pour les ponts, pour les maçons, pour les menuisiers, pour les forgerons, pour les blanchisseurs, pour les restaurateurs, etc., tout le village sera constitué d'équipes de travail. Les ouvriers industriels et agricoles congolais et d'autres ouvriers noirs africains et américains, qui viendraient, devront jouer dans l'édification de la Fraternité au Congo, le rôle moteur qui devra être le leur en tous les domaines. Ils devront susciter et créer, dans les villages, de très nombreux ateliers de tous genres, du travail productif utile, des écoles professionnelles et techniques liées à la production et productives elles-mêmes. Ils devront être capables de créer de petites et moyennes entreprises conformes au plan du gouvernement de la Fraternité. Ce qui est plus important, c'est que les ouvriers industriels et agricoles ser0!lt appelés à prendre en leurs mains, pour le compte de l'Etat fraternel, toutes les entreprises industrielles et agricoles qui seront nationalisées, c'est-àdire toutes celles qui sont aujourd'hui la propriété injuste des capitalistes étrangers. Le gouvernement de la Fraternité appellera plusieurs ouvriers noirs africains, américains et plusieurs ouvriers blancs révolutionnaires de bonne volonté et épris de Paix et de Justice pour faire face aux difficultés qui surgiront. Afin de réaliser ces objectifs, ô combien nobles, la « LONGUEMARCHE sera défendue et soutenue par la puisIl sante Jeshi Sali (l'Armée propre) composée de très nombreux combattants et de commandants, tous décidés à

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fleurs du congo

mener la lutte pacifique par la persuasion, par l'action éducationnelle et par le dialogue. Les combattants armés seront avant tout des véritables travailleurs extrêmement laborieux qui participeront de façon très active et très productive aux tâches grandioses de l'édification. Ils défricheront des forêts entières, creuseront des lacs et des canaux, traceront des routes, installeront les chemins de fer, créeront partout des fermes-pilotes très importantes, créeront des centres industriels et agricoles pour la recherche technologique et scientifique, etc... Ils seront cependant des guerriers farouchement déterminés à écraser et à anéantir par les armes tous les agresseurs et tous les mercenaires aveuglés par le démon du dollar et de l'impérialisme. Il s'agit bien d'une lutte armée pacifique et non vîolente. Il s'agit bien de la non-violence révolutionnaire.

La plus belle entreprise de la « LONGUE MARCHE» sera
certainement la construction en grand, rapidement, d'une immense et splendide capitale pour l'Afrique. Cette capitale devra se bâtir dans la belle région privilégiée, située près du lac Kivu, près de Goma et Lubero ; région du monde d'une beauté et d'un climat exceptionnels. Au centre de cette capitale, il sera aménagé une grand-

place qui s'appellera la « place du sang des peuples» sur laquelle sera érigée un magnifique et féerique « palais de la Famille humaine I), immense complexe où seront
combinées les activités politique, culturelle, scientifique, artistique, sportive et populaire. Conçu et bâti avec science

et art, le « palais de la Famille humaine) sera fleuri et
embelli abondamment. Ainsi nous montrerons que cette révolution armée pacifique et non violente est l'aboutissement normal et fatal de la lutte et de l'œuvre qui ont absorbé tant de sang de tous les peuples de la terre. Cette capitale donnera le ton à toute l'édification de la Fraternité au Congo et en Afrique. Œuvre des paysans, des ouvriers, des intellectuels et des étudiants prolétariens, ces êtres dont les cœurs sont propres et l'âme noble, elle devra exprimer avec éclat et gloire les plus grandes beautés de l'humanité; le grand confort et le grand luxe épouseront parfaitement la simplicité et la pureté prolétariennes. Chaque village du Congo et de l'Afrique devra oser reproduire les merveilles et la féerie de la capitale prolétarienne.

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Cette capitale doit devenir le brillant joyau du grand paradis, abondamment fleuri et embelli avec art, avec science et avec sagesse, que nous désirons édifier en cette Afrique si meurtrie pour le Bonheur et la Paix de toute l'humanité. Nos croyances et notre toi Les combattants, les paysans, les ouvriers, les intellectuels et étudiants conscients et révolutionnaires, qui tomberont sous les coups criminels de nos ennemis dans cette lutte sacrée, ne mourront pas car, étant des frères prolétariens, leurs cœurs sont propres et ils ont l'âme immortelle des héros de la Vérité et de la Famille prolétarienne. Ils vivront éternellement en communion avec tous les frères prolétariens vivants et morts. Ils devront mépriser la mort. Les frères paysans et ouvriers ainsi que tous les frères prolétariens dont la vie s'éteindra par vieillesse, par maladie, par accident ou autrement, et qui partiront vers le séjour invisible des morts, demeureront éternellement en communion avec tous les frères vivants et morts. C'est pour cela que le gouvernement de la Fraternité entretiendra dans la société fraternelle les nobles sentiments prolétariens de la communion des vivants et des morts. C'est le gouvernement de la Fraternité qui enterrera les corps des morts et organisera les cérémonies funéraires. Chaque comité de Fraternité d'un village devra avoir une équipe spécialement destinée à assurer les services funèbres et à entretenir les cimetières. Ainsi ce sera toute la collectivité, tout le peuple qui enterrera les frères morts. Pour nous, seuls disparaîtront, à jamais tot~llement et seront éternellement haïs et oubliés, les méchants, les traitres et les mercenaires à la solde des ennemis de classe qui n'auront pas accepté le salut prolétarien et n'auront pas voulu se repentir, se purifier et changer. Ceux-là n'auront pas droit aux funérailles du peuple et à la communion des vivants et des morts, ils rentreront dans les ténèbres éternelles. La grande foi dans l'édification de la Fraternité prolétarienne est la croyance ferme et profonde en l'avènement fatal d'un être humain absolument nouveau. Cet être humain absolument nouveau ne pourra émerger que si la

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fleurs du congo

société humaine se crée d'énormes et abondantes richesses matérielles, culturelles, morales et spirituelles radicalement nouvelles. Ces richesses radicalement et absolument nouvelles ne pourront surgir que de l'épanouissement suprême des valeurs nobles et des qualités révolutionnaires purement prolétariennes parce que fraternelles. Aussi cette édification de la Fraternité prolétarienne au Congo sera donc caractérisée par: 10) la création par le gouvernement de la Fraternité, représenté dans les villages par les comités de Fraternité, de très nombreux chantiers agricoles géants et très étendus; pour une agriculture et un élevage modernes, collectifs et largement mécanisés. Cela pour offrir dès la première ou la deuxième année de l'édification, à chaque Congolais et à chaque Congolaise, une ahondante nourriture très riche, variée et délicieuse. Les hommes de race noire croient avec justice depuis leurs ancêtres que l'être humain doit s'approprier les forces et l'âme des végétaux (légumes), des animaux (viandes; lait et œufs) et des poissons. Ces forces vitales rendent l'être humain fort, beau, robuste, intelligent et très puissant. Il faudra donc au gouvernement de la Fraternité, avant toutes choses donner à l'homme de race noire le plus possible d'abondantes nourritures très riches, variées et délicieuses. Il naîtra ainsi dans l'avenir le type nouveau du noir beau, fort, intelligent, plein de vic et d'énergie, créateur, riche de caractère et de personnalité. Cela est l'ohligation première et fondamentale du gouvernement de la Fraternité; c'est à cause de cela que le travail sera un droit et une obligation pour chaque Congolais et .

pour chaque Congolaise.

20) La construction d'innomhrables grands bâtiments d'une belle architecture destinés à l'habitat, à la santé, à l'instruction, à la culture, à l'art et au loisir des paysans, des ouvriers ct de tous les travailleurs. Que ces immeubles et édifices soient modernes et scicntifiquement aménagés avec art afin que les hommes de race noire des villages du Congo et de l'Afrique puissent jouir, eux aussi, des conditions humaines les meilleures, comparables à celles qui permettent aux peuples blancs d'Europe et d'Amérique de vivre mieux et de créer encore plus de richesses.

mani/este

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30) La culture intensive, systématique et organisée des fleurs de tous genres, d'arbres d'embellissement et aromatiques, des millions et des millions d'arbres fruitiers de toutes sortes et venant de tous les coins du monde, et cela dans tous les villages et sur toute l'étendue du Congo et de l'Afrique. Que tout le Congo et toute l'Afrique deviennent un magnifique jardin paradisiaque où les jolies fleurs, les beaux fruits et des millions et des millions d'animaux et d'oiseaux domestiques et libres, feront enfin la grande joie de la terre et la féerie brillante de l'humanité. Que les enfants des êtres humains viennent au monde eu Afrique et dans le monde au milieu de l'extrême beauté, dans le bain des parfums des fleurs et qu'ils soient accueillis agréablement par de beaux chants joyeux. Que les êtres humains vivent une véritable fête et qu'ils se rassasient des délices et des jouissances saines, morales et nobles. Qu'enfin les morts partent sans regret ni amertume ni angoisse au séjour invisible des morts; que même à la dernière seconde, ils soient profondément amoureux de l'être humain, de la vie et de notre si belle terre. 40) Il s'agit non seulement de réhabiliter le travail agricole des paysans (nous sommes à 90 % des paysans) mais aussi et surtout de rehausser le travail de la terre à sa haute place qui lui revient. Selon notre conception prolétarienne de la communion des vivants et des morts, les paysans constituent ce lien qui unit les deux mondes car ce sont eux qui mettent les vivants en contact avec les morts en tirant de la terre et de tous les êtres les forces vitales universelles. Grâce aux paysans dont l'évolution fera des paysans-ouvriers et des paysans-ouvriers-intellectuels, l'humanité atteindra son grand nombre démographique dans les conditions les meilleures de l'abondance et de l'intelligence suprême. Le grand nombre démographique sera la cause fatale des très heureux changements qualitatifs sur terre. Ces changements qualitatifs très heureux modifieront radicalement l'être même de l'homme et de la femme. Ce sera le départ vers une ère absolument éternelle. C'est pour cela que toute l'édification de la Fraternité prolétarienne ne sera elle-même qu'un profond culte du travail de la terre. Et l'industrialisation n'aura là sa grande signification que si eUe tend à libérer et à épanouir totalement le paysan en lui permettant de devenir l'ouvrier qui rendra la terre plus féconde, plus généreuse,

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Ileul's du congo

plus belle, plus riche et splendide; en lui permettant de devenir l'ouvrier-intellectuel qui tirera de cette terre, des animaux et oiseaux, des végétaux, des poissons et des minéraux, une quantité encore plus considérable et toujours croissante de forces vitales de qualité infiniment supérieure; c'est alors que l'être humain accédera au paradis parfumé et fleuri et qu'il atteindra le bonheur humain suprême, de son vivant. Si Dieu existe et si le Ciel existe, nous savons qu'ils sont la récompense des bons et des justes que nous sommes, nous les frères prolétariens; paysans, ouvriers et tous les pauvres de la terre. En effet, nos cœurs sont propres et notre âme est noble. Et le Christ dit: « Bienheureux les pauvres car ils verront Dieu et le ciel est à eux.» Dieu et le Ciel nous sont donc garantis. Nous devons maintenant cesser de rêver de l'au-delà et d'écouter les esprits chagrins qui ne parlent que de la mort. Nous devons avant tout édifier un monde juste et meilleur; rendre la terre plus belle, plus riche et habitable; rendre l'humanité heureuse et épanouie. Notre bonheur sera extrêmement grand si nous arrivons contents et heureux dans cet au-delà qui nous angoisse; ce bonheur sera encore bien plus grand si Dieu se découvre pour magnifier tout ce que nous aurons créé sur cette terre. Le Christ dit que « Dieu n'est pas le Dieu des morts. n est le Dieu des vivants». Et ce Dieu des vivants est Amour. Et Amour ne veut pas dire autre chose que Fraternité, Justice et Paix entre les êtres humains. A ce titre, Dieu ne doit pas être l'objet de peur, d'angoisse et de psychose religieuse. Il ne doit pas être l'ancêtre de l'homme blanc supérieur. Il doit plutôt devenir, pour l'édification de la Fraternité, l'objet des recherches les plus sérieuses. En effet, la Bible nous a toujours enseigné que Dieu a dit: « Cherchez ma face I » Nous devons donc le chercher par la science et la sagesse; personne ne le connaît pour le moment I Que ceux qui croient sincèrement en un Dieu-ProvidenceJuste fassent de Dieu l'objet de joie et non de lamentations lugubres; qu'ils fassent de Dieu l'objet de gratitude. et d'émerveillement sans bornes; qu'ils fassent de Dieu ce qu'Il doit être selon la Bible: le plus grand défenseur de la Vérité, de la Justice, de l'Amour, de la

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Fraternité et de la Paix; le Destin qui protège le bon et le Juste. Que Dieu redevienne pour les véritables et authentiques croyants. le Père affectueux des êtres humains qui ont les cœurs propres et l'âme noble. Ce Dieu-Père condamne l'orgueil et l'égoïsme des riches et des oppresseurs impérialistes. Nous n'oublierons jamais que le Christ a dit: « Il est plus difficile à un riche d'entrer au ciel

qu'à un chameau de passer par le trou d'une aiguille. »
Et nous savons que les grands prêtres juifs, qui ont tué ce Christ qui disait de si belles choses, étaient non seulement des riches, mais, de plus, ils étaient du côté des oppresseurs impérialistes romains. Il y a des gens sur notre terre qui ont besoin de purifier leurs cœurs, d'ennoblir leur âme par le repentir et par la révolution interne individuelle. Ces gens, eux, ont besoin des sermons car franchement leur au-delà est incertain. Ces gens se retrouvent toujours en majorité parmi les riches car la fortune et le capital ont toujours des origines sales et obscures tâchées du sang des pauvres. L'édification de la Fraternité prolétarienne recherche parmi ses nobles objectifs: aider sincèrement les bourgeois et tous les riches à se repentir, à se purifier le cœur et à s'ennoblir l'âme pour vivre le grand Bonheur fraternel prolétarien dont l'avènement est inévitable et fatal. Le salut qu'apporte la Fraternité prolétarienne est offert à tous, même à nos ennemis qui veulent se repentir, se purifier, s'ennoblir et abandonner définitivement l'orgueil, l'égoïsme, la haine, le crime, les violences et les guerres. Notre politique prolétarienne. L'objectif primordial de notre révolution armée pacifique et non violente est l'établissement, au Congo d'abord et plus tard dans toute l'Afrique, du pouvoir des paysans, des ouvriers, des intellectuels et étudiants révolutionnaires de race noire. Ce pouvoir, nous le répétons, nous voulons l'établir, l'asseoir et le consolider par la lutte armée pacifique et non violente.

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fleurs du congo

La majorité des Congolais, des Africains et des hommes de race noire en général étant des prolétaires pauvres, opprimés, exploités et humiliés à l'extrême par des impérialistes étrangers de race blanche, il est possible d'entamer et de développer avec succès la critique fraternelle, la persuasion éducationnelle et le dialogue intelligent entre nous-mêmes Congolais, hommes de race noire. Même les quelques très récents riches noirs congolais ont encore aujourd'hui le temps et la possibilité de voir et de comprendre la Vérité. Il nous est possible de rééduquer tous les Congolais

et Africains atteints par la maladie morale de la « civilisation» impérialiste décadente. Le démon du dollar n'a pas encore de racines vraiment profondes en Afrique car les ancêtres des hommes de race noire avaient jadis développé plus la solidarité et la fraternité que l'argent et l'égoïsme. Le capitalisme et l'impérialisme n'ont pas de prise en Afrique noire. Notre révolution armée sc veut donc pacifique et absolument non violente puisque entre êtres humains de race noire opprimés et humiliés à l'extrême, il est possible de cimenter l'unité frateI''; nelle prolétarienne. Pour bien mener cette lutte armée pacifique et non violente, il est indispensable de créer le parti révolutionnaire des paysans et ouvriers noirs encadrés par les intellectuels et étudiants noirs. Selon la conception africaine des hommes de race noire, ce parti révolutionnaire

s'appellera undug/l wa wamasikini. En français la « Fra-

ternité des pauvres n. La Fraternité des pauvres regroupera en son sein tous les Congolais et toutes les Congolaises conscients qui se considèrent de cœur et d'âme comme des pro]étaires révolutionnaires noirs décidés à ne plus jamais se mettre à genou et décidés à édifier la Fraternité prolétarienne au Congo et cn Afriquc. Ils devront former des groupes de 25, 50, ou 100 frères et sœurs qui s'appelleront compagnons et compagnes et devront se réunir unc fois par semaine au moins pour étudier notre théorie révolutionnaire contenue dans cc Manifeste et dans notre livre sacré dénommé en swahili Nyola ya Uzima (l'étoile de la vie). Ces groupes de cOlnpagnes et compagnons s'appelleront la milice fraternelle et formeront ensemble le parti undugu wa wamasikini.

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L'action de la « longue marche» se. fait donc à partir de ces groupes, mettre en pratique les commandements de la milice, les directives et les instructions des instances supérieures de la Fraternité des pauvres et du Gouvernement de la Fraternité. Dès qu'un groupe se formera et atteindra 25, 50 ou 100 compagnes et compagnons, il se fera connaître pour être intégré dans l'ensemble de l'organisation et pour recevoir l'aide et le soutien qui leur permettront d'agir et d'être actifs. Ce sera à partir de la milice que devra se jouer pleinement l'entraide et la solidarité bantoues ancestrales qui sont fraternelles et prolétariennes. Aucun des compagnes et des compagnons ne pourra être abandonné à lui-même. L'organisation de l'ensemble doit aider et protéger chacun dans sa tâche. Ainsi la milice sera capable de s'attaquer avec succès aux tâches concrètes de l'édification et du développement à partir des villages à la campagne

et à partir des communes en villes. C'est cela la
MARCHE ».

« LONGUE

Ceux des compagnes et compagnons qui auront assimilé parfaitement l'enseignement de ce Manifeste et de Nyoia ya Uzima pourront passer un examen qui leur permettra d'obtenir le diplôme de la Fraternité. Ainsi ils deviendront les cadres de la llndugu wa wamasikini. Les meilleurs cadres révolutionnaires, possédant leur diplôme de la Fraternité, seront reçus au sein de A/dU ya masikinika » ce qui se traduit par « l'intelligence du prolétaire », qui est, à l'intérieur même de la Fraternité des pauvres, l'organisation supérieure capitale laquelle est habilitée à former le quartier général et à élire les dirigeants de tout le parti. Le diplôme de la Fraternité est donc un titre de noblesse prolétarienne. Forts d'une organisation extrêmement disciplinée et forts d'une théorie révolutionnaire puissante conforme aux valeurs, aux qualités et à la pensée des hommes de race noire, nous serons en mesure de vaincre et de remporter la victoire totale et complète. Toute l'humanité progressiste et révolutionnaire nous soutiendra fermement et résolument car notre marche sera la marche triomphale de la Vérité, de la Justice, du Bien et de la Paix.

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lieurs du congo

La Fraternité des pauvres, qui est le parti des paysans, des ouvriers et des intellectuels et étudiants de race noire, bénéficiera certainement de l'aide et du soutien massifs de tous les paysans et ouvriers d'Amérique, d'Europe, d'Asie et d'Océanie. Les ennemis des paysans et des ouvriers du monde entier seront justement les mêmes ennemis de la Fraternité des pauvres. Ce sont les impérialistes dont les intérêts égoïstes, arrogants et diaboliques s'opposent aux intérêts fraternels et pacifiques des peuples du monde. Les impérialistes ont pour chef de file les diables capitalistes monopolistes, militaristes, fascistes et racistes blancs qui sont les maîtres absolus du monde occidental où les ouvriers et les paysans luttent pour un monde meilleur juste. Vis-à-vis du régime en place au Congo, régime soutenu par les diables impérialistes américains, la Fraternité des pauvres et son gouvernement useront d'intelligence, de science et de sagesse pour éviter les violences, l'effusion de sang et les troubles qui sont habituellement le chef-d'œuvre des impérialistes. Si les pays frères et amis ainsi que toutes les organisations révolutionnaires mondiales aident et soutiennent fermement la Fraternité des pauvres par son gouvernement, il sera possible et aisé de persuader les dirigeants

bourgeois noirs actuels qui se veulent « révolutionnaires

I)

mais sont malgré tout des progressistes, que leur tâche est accomplie; qu'ils doivent maintenant accepter sportivement de remettre le pouvoir aux véritables forces révolutionnaires historiques. Le gouvernement de la Fraternité ne s'attaquera pas à leurs avoirs financiers et à leurs biens nécessaires personnels qui ne représentent même pas la goutte d'eau de l'immense océan des richesses congolaises et africaines. Ces « messieurs II, « patrons)) ou « bakonzi )), qui ne sont en réalité qu'une infime minorité des noirs privilégiés par les changements historiques, ne possèdent pas les moyens de production. Les moyens de production, c'est-à-dire les entreprises, les usines et les plantations, appartiennent aux sociétés capitalistes des étrangers blancs qui volent et pillent nos richesses. Les bourgeois noirs congolais resteront nos bourgeois nationaux que nous aiderons à comprendre le sens de

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l'Histoire et la nécessité de se purifier les sentiments, le cœur et de s'ennoblir l'âme. Nous les aiderons dans ce sens par la persuasion pacifique, non violente et éducationnelle. L'édification elle-même sera une grande école pour eux: ils verront que vraiment les hommes de race noire sont aussi des créateurs. Les dirigeants bourgeois noirs actuels, qui sont des progressistes parce qu'issus des familles paysannes et ouvrières ou prolétaires tout court, peuvent comprendre la politique prolétarienne pour le salut des hommes de race noire. En vérité, ils sont victimes du démon du dollar et de l'impérialisme. Étant en général de la génération vieille, ils n'ont pas été préparés aux changements historiques. Ils subissent des pressions terribles de la part des étrangers impérialistes blancs. Ils peuvent se repentir, retrouver la voie et servir leur communauté humaine continentale et raciale. Comme bourgeois fort engagés dans les machinations du démon du dollar et de l'impérialisme, ils ne seront plus jamais acceptés au sein de la Fraternité des pauvres. Cependant, le gouvernement de la Fraternité créera pour tous les riches et les bourgeois « le conseil des bourgeois africains Il où ils pourront s'exprimer librement selon leur conception bourgeoise du monde; leurs opinions et leurs avis seront toujours examinés avec soin par le gouvernement de la Fraternité. Le plus grand problème que devra résoudre de façon juste et correcte le gouvernement de la Fraternité, c'est le problème des « riches» et commerçants nationaux. Les derniers étant eux-mêmes fortement opposés à la suprématie étrangère impérialiste et monopoliste, la solution se trouve dans le regroupement des commerçants na tiona ux. Dès la prise du pouvoir, le gouvernement de la Fraternité créera des sociétés nationales mixtes (supermarchés, grands magasins, stands, transports en commun, transport du matériel, etc.) dans lesquelles les commerçants seront appelés à détenir 30 à 35 % des actions. Ces sociétés nationales mixtes remplaceront tout le commerce des étrangers et prendront partout le monopole qu'ils ont aujourd'hui. De plus, le gouvernement de la Fraternité proposera aux commerçants actionnaires de travailler dans ces sociétés nationales mixtes aux emplois qui

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conviennent à leurs aptitudes et seront rémunérés selon leurs capacités. Cela pour éviter que ces actionnaires ne viennent à mener une vie scandaleuse de paresse et d'oisiveté grâce aux bénéfices qu'ils toucheront chaque année. L'édification de la Fraternité prolétarienne ne supportera pas du tout des individus qui méprisent le travail et qui ne sont pas occupés à un travail social productif; le travail est un droit et une obligation. Ainsi nous éviterons la possibilité d'une confrontation

sanglante et l'expropriation des biens des Il riches»

con-

golais et africains dont certains sont d'honnêtes travailleurs indépendants et laborieux. Nous rechercherons par tous les moyens à éviter l'explosion sanglante entre nos forces prolétariennes révolutionnaires qui montent fatalement et les forces de bourgeois et petits bourgeois noirs qui se sentiront menacés et en insécurité parce que leur classe tend fatalement à disparaître. Nous supprimerons la classe bourgeoise en tant que classe dominante au pouvoir, mais nous sauverons les êtres humains qui sont dans les bourgeois (il s'agit ici bien sûr, des bourgeois récents de race noire). Une telle action salutaire noble, juste et pacifique est très possible en Afrique à cette époque si les pays frères et amis ainsi que toutes les forces révolutionnaires des paysans et ouvriers du monde entier acceptent d'emblée d'apporter à la Fraternité des pauvres une importante aide et un soutien massif sans aucune condition. Dans tous les grands problèmes compliqués et délicats de la prise du pouvoir, le problème le plus difficile est celui de l'armée nationale congolaise. Le succès total de la politique prolétarienne ne sera acquis que si cet important problème trouve sa solution correcte et juste. Le principe du gouvernement de la Fraternité est que les hommes de troupe de l'armée nationale congolaise, qui est au pouvoir, sont avant tout des fils de paysans, des fils d'ouvriers et des fils des pauvres du Congo. Les conditions de vie des soldats sont les mêmes conditions des prolétaires noirs. Ils le savent eux-mêmes car leurs attaches avec leurs parents et frères paysans et ouvriers sont profondes. Il ne doit donc pas couler de sang entre fils des prolétaires noirs pauvres pour défendre les intérêts des impérialistes étrangers blancs racistes. Au contraire, cimentons l'unité fraternelle entre paysans, ouvriers

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et soldats de l'A.N.C. Que des jeunes soldats de l'A.N.C. se décident à servir sincèrement leurs propres frères de classe et de race. Qu'ils se regroupent au sein même de l'A.N.C., en milice fraternelle par groupes de 25, 50 et 100 compagnons se réunissant chaque semaine une fois pour étudier notre théorie révolutionnaire. Et qu'ils s'enrôlent dans la J eshi Sali. Les soldats de l'A.N.C. qui viendront dans la Jeshi Sali (l'Armée Propre) devront recevoir une éducation prolétarienne, révolutionnaire et fraternelle. Là dans cette Armée Propre, ils ne seront plus des mercenaires ùe la terreur Il la solùe des impprialisles élrangers américains blancs. Bien au contraIre, ils deviendront les véritables combattants de la Liberté, de l'Égalité et de la Fraternité; ils deviendront productifs en participant activement aux tâches concrètes de l'édification car l'Armée Propre est avant tout l'armée des travailleurs extrêmement laborieux; ainsi ils seront enfin respectés et aimés par leurs frères, le peuple. Le sang ne doit pas couler entre prolétaires congolais I Il Y a dans l'Armée nationale congolaise des jeunes officiers intellectuels. Ils doivent porter la responsabilité historique qui leur incombe. Ce sont eux qui doivent convaincre et décider la masse des soldats prolétaires à adhérer à la Fraternité des pauvres et s'enrôler dans la Jeshi Sali. La contribution, que nous les hommes de race noire sommes en mesure d'apporter au progrès, au mieuxêtre, au Bonheur et à la Paix de toute l'humanité, dépasse de très loin l'éphémère prostitution des jouissances bourgeoises généralement sales et malsaines. L'édification en grand de la Fraternité prolétarienne ne peut absolument pas souffrir de comparaison avec l'illusion hallucinante dangereuse de la soi-disante « prospérité Il du capitalisme qui n'est en réalité qu'un volcan de misères prêt à vomir avec colère les flammes de la guerre, des horreurs et des atrocités. Il y a certainement dans l'Armée nationale congolaise des cœurs nobles et des esprits intelligents qui diront NON aux diables impérialistes étrangers américains, belges et juifs. Ils refuseront d'être des mercenaires noirs servant la cause injuste des oppresseurs blancs. Ils viendront dans la Il Jeshi Sali» où n'existeront plus des grades. En effet, la Jeshi Sali (l'Armée Propre) n'aura que des combattants et des commandants.

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La Jeshi Safi devra être forte et puissante. Une partie s'occupera de façon permanente et très active des tâches de l'édification: routes, rails, lacs, canaux, chantiers agricoles géants, fermes-écoles géantes, ateliers divers, entreprises industrielles, etc. L'autre partie moins nombreuse sera l'avant-garde guerrière extrêmement entraînée avec science et art; très redoutable et capable d'écraser et d'anéantir totalement tout agresseur quel qu'il soit. Les éléments de cette avant-garde guerrière devront être recrutés uniquement parmi les couches les plus pauvres des masses populaires des paysans et ouvriers. La Banque de la Paix. Pour réaliser ces objectifs nobles, justes et pacifiques, nous aurons besoin d'une très importante aide financière, matérielle et morale sur le plan mondial. Cela est possible à l'époque actuelle. Nous devrons faire montre de l'organisation la plus poussée, de la discipline de fer et du ferme sérieux des Congolais et des Congolaises réunis au sein de la Fraternité des pauvres. Cela dépend aussi du courage et de la détermination ferme de tous les hommes de race noire du monde entier. Jusqu'à ce jour, des révolutions ne pouvaient s'accomplir que dans le bain de sang et dans les flammes de la haine et de la violence. Mais en analysant aujourd'hui sérieusement les aspirations profondes des masses populaires du monde entier et les conditions de la lutte de classes, on remarque que la tendance irrésistible actuelle au sein de l'humanité s'oriente fatalement vers la non-violence et la résolution pacifique de toutes les questions humaines. Il en est ainsi parce qu'il existe des pays ouvriers chez lesquels le socialisme a triomphé et parce que les pays des hommes de couleur sont aussi aujourd'hui à l'O.N.V. Les hommes de race noire, qui sont les êtres humains les plus opprimés, les plus exploités et les plus humiliés, veulent et désirent intensément la révolution pour un monde meilleur et juste. Mais ils veulent et désirent une révolution armée pacifique et non violente parce qu'ils sentent bien que cela est très possible. Ce n'est pas là une attitude de lâcheté. C'est bien plutôt l'attitude de sagesse qui doit distinguer le fort du puissant. D'ailleurs

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toute l'humanité a aujourd'hui horreur des violences, des guerres et du sang versé souvent inutilement. Le gouvernement de la Fraternité se propose de réaliser une véritable révolution armée prolétarienne mais pacifique et non violente. Aussi nous créerons la Banque de la Paix dont le siège sera au Congo mais qui devra avoir ses bureaux partout dans le monde entier. Œuvre de tous les peuples de la terre, la Banque de la Paix sera l'organisation scientifique et systématique tle la collecte sur le plan mondial. Elle demandera à chaque être humain de la terre quel qu'il soit et où qu'il soit de verser une aumône à la Banque de la Paix. Ces fonds permettront au gouvernement de la Fraternité de vaincre par la révolution armée pacifique et non violente et d'édifier la Fraternité prolétarienne en Afrique. Nous savons qu'un milliard d'êtres humains, en majorité des paysans et des ouvriers, construisent le socialisme. Ils forment pour nous des pays frères et amis d'Europe, d'Asie et de Cuba. Ces frères de classe peuvent s'ils le veulent, nous verser à la Banque de la Paix une aumône généreuse considérable en finances et en matériels sous forme d'aide ou de prêts. En effet, ils sont les plus intéressés à la suppression des violences et des guerres et sont les véritables artisans de la Justice et de la Paix. Nos premiers pas se dirigeront vers eux pour débuter de façon efficace et avec succès. Nous savons qu'il existe plus d'un milliard de paysans et ouvriers pauvres d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. Ce sont les misérables du tiers monde; les damnés de la terre; les forçats de la faim qui sont les premiers intéressés par notre lutte armée pacifique et non violente qui est leur propre lutte. Ils seront prêts à faire le sacrifice et à verser à la Banque de la Paix l'aumône qui les sauvera. Enfin, il existe en Europe et en Amérique du Nord quelques centaines de millions de prolétaires. Ces prolétaires sont riches parce qu'ils jouissent du haut degré de l'évolution de leurs peuples et de l'accumulation excessive de toutes les richesses du monde chez eux. La conscience de classe de tous ces prolétaires riches est claire car ce sont eux les plus grands créateurs; ils sont très profondément attachés à la Liberté et à la Paix. Dès qu'ils nous comprendront parfaitement, ils donneront une aide

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lieurs du congo

puissante à la Banque de la Paix, en finances, en matériels et au point de vue moral. Là, dans le Nord, les Afro-Américains, ces Noirs les plus développés, qui possèdent une richesse émotionnelle et romantique extrêmement féconde, une violence morale, spirituelle et artistique abondante et intense, peuvent et doivent jouer un très grand rôle. En effet, ils peuvent émouvoir et influencer profondément l'opinion publique mondiale et toucher l'âme de toute l'humanité par des chants, par des manifestations pacifiques et par une immense propagande en faveur de la Banque de la Paix. Et de plus, ils doivent être les premiers à verser leur aumône obligatoire massive à la Banque de la Paix parce qu'étant les hommes de race noire les plus développés qui habitent le pays le plus opulent de la terre leur responsabilité historique est très grande à l'égard de la Fraternité des pauvres. Le succès et la réussite au Congo et en Afrique de l'édification de la Fraternité prolétarienne se traduiront nécessairement par le succès et la réussite de la lutte des noirs américains aux États-Unis mêmes. Ces fonds de la Banque de la Paix permettront au gouvernement de la Fraternité d'amorcer la révolution pacifique et non violente par la création au Congo ou

dans les régions frontières, des « Bases de la Fraternité». Il s'agit ici des régions que le gouvernement de la Fraternité va mettre en valeur conformément aux principes de notre théorie révolutionnaire. Au lieu d'entamer la prise du pouvoir par des coups de mitraillette et de mortier, le gouvernement de la Fraternité défrichera des miUiers d'hectares et construira pour les paysans et les ouvriers des villages modernes. Donc les fonds de la Banque de la Paix permettront au gouvernement de la Fraternité, avant même la prise du pouvoir, de : 10 lancer la « LONGUEMARCHE» qui sera soutenue par l'organisation de l'entraide et de la solidarité ancestrales. 20 lever la J eshi Sali (l'Armée Propre) bien équipée en armes et en matériels; c'est la Jeshi Sali qui fera le plus gros effort pour créer les Il bases de la Fra-

ternité ».

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3° financer les comités de Fraternité des villages et des provinces qui se seront très rapidement formés pour la création immédiate des chantiers agricoles et d'élevage; l'étabJissement des fermes et la construction sans tarder des villages modernes dignes des êtres humains d'aujourd'hui et répondant aux critères fixés par le plan. 4° d'entreprendre sur le plan mondial une immense et permanente campagne d'explication et d'éclaircissement de notre Hévolution armée pacifique et non violente; faire appel aux étudiants et aux intellectuels du monde entier afin qu'ils expliquent la portée réelle de notre cause juste et noble.

Les « bases de la Fraternité»

disposeront des écoles

et des universités pour former les cadres de la Fraternité des pauvres et de la Jeshi Sali. Elles disposeront des stations émettrices de radio et de tout l'équipement de la propagande de masse. Au fur et à mesure que nous gagnerons le pouvoir, le gouvernement de la Fraternité lancera, grâce à la Banque de la Paix, la construction d'immenses ensembles industriels destinés à produire tout ce dont les peuples africains ont besoin pour produire (moyens de production) et pour consommer. Le gouvernement de la Fraternité visera à n'importer que ce qui constitue la spécialité ou l'originalité exclusive d'autres peuples avec lesquels il faudra commercer. A ce titre la Banque de la Paix ressort être l'instrument le plus efficace pour l'accomplissement de la révolution armée pacifique et non violente victorieuse. Ce sera là, certainement, le grand départ vers l'établissement effectif de la Justice réelle et de la Paix véritable pour toute l'humanité. Vraiment, si nous réussissons avec succès grâce à la Banque de la Paix œuvre de tous les peuples de la terre, les canons et les bombardements sc tairont; et l'on n'entendra plus jamais parler de sousdéveloppement. Même si le capitalisme mondial s'effondre enfin, ce qui serait une bénédiction, la Banque de la Paix devra être en mesure de sauvegarder les intérêts fondamentaux réels des peuples blancs concernés d'Amérique et d'Europe dont la majorité est constituée des frères prolétaires riches à qui nous, les hommes de race noire, devons beaucoup.

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Grâce à la Banque de la Paix, l'édification de la Fraternité prolétarienne apportera sans aucun doute aux hommes du monde socialiste des horizons absolument nouveaux qui leur offriront le plein épanouissement humain et fraternel.

Nous sommes pour le mieux-être, pour le plus-être et pour
le bonheur réel. Pour les Congolais, les Africains et les hommes de race noire, l'édification en grand de la Fraternité prolétarienne devra se traduire par l'élévation vertigineuse et prodigieuse du niveau de vie matérielle, morale et spirituelle. Concrètement, dans les faits, le niveau de vie général du Congo et de l'Afrique devra tendre à rattraper, dans le laps de temps le plus court, le niveau moyen des paysans et ouvriers de race blanche dont les peuples sont les plus développés de la terre. Cela devra se traduire ainsi: grandes habitations modernes, confortables et dignes dans tous les villages; des hôpitaux et des centres d'hygiène dans tous les villages; des écoles; un milieu d'existence organisé, rationalisé, embelli et fleuri avec science et art; conditions d'existence meilleures et agréables définies par des travailleurs scientifiques et des artistes; organisation perfectionnée de la santé et de l'hygiène; alimentation scientifique riche, variée et étudiée par les travailleurs scientifiques pour donner au Congolais, à l'Africain et généralement à l'homme de race noire, le plus de forces vitales, le plus de calories et le plus d'énergie (des restaurants spécialement conçus à cette fin seront construits dans tous les villages); organisation scientifique et artistique, minutieusement soignée de la vie sociale morale; la morale fraternelle prolétarienne sera régie par des lois justes édictées par les travailleurs scientifiques et des savants. Le gouvernement de la Fraternité, grâce à la Banque de la Paix, pourra être en mesure en dix ou vingt ans d'offrir, au paysan noir actuel, le plus déshérité de la terre, toutes les possibilités matérielles et morales qui pourront le rendre capable d'inviter chez lui, dans sa propre demeure, un paysan blanc de Suède, d'Amérique ou de l'Union soviétique. Et que ce paysan blanc, riche, si développé puisse se reconnaître dans le paysan noir de la Fraternité

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prolétarienne; qu'il y trouve en abondance du lait, du miel et des fruits délicieux. Pour cela, l'édification de la Fraternité prolétarienne devra dès le début mettre au travail social productif chaque Congolais et chaque Congolaise; chacun selon ses aptitudes physiques et mentales; chacun rémunéré selon ses capacités et selon son travail; que chaque Congolais et chaque Congolaise travaille pour l'État fraternel. L'édification de la Fraternité prolétarienne devra dès le début offrir à chaque Congolais et à chaque Congolaise la chance égale de recevoir un enseignement obligatoire et de s'instruire à n'importe quel âge; chacun devra jouir de la possibilité illimitée de pousser des études au plus haut possible s'il se sent capable de le faire; en swahili et en langues ethniques bantoues. Alors qu'aujourd'hui toutes les richesses du sol et du sous-sol produites au Congo grâce à la sueur abondante des paysans et ouvriers congolais sont volées et pillées pour aller enrichir les impérialistes égoïstes blancs d'Amérique et d'Europe, demain toutes ces immenses richesses industrielles et agricoles devront rester pour enrichir chaque Congolais et chaque Congolaise; pour enrichir chaque Africain et chaque homme de race noire. Ces immenses richesses deviendront avec justice la propriété du peuple pour servir l'humanité tout entière. Dans l'édification en grand de la Fraternité prolétarienne, le mieux-être, le plus-être et le bonheur réel seront conçus comme étant l'état excellent du corps et l'état meilleur et excellent de l'esprit ainsi que de l'âme, qui rendent l'être humain fort, puissant, énergique, intelligent, créateur, vif et joyeux, sûr de lui-même, calme, souriant, sécurisé totalement, plein de lui-même, très organisé et discipliné de façon spontanée et naturelle, vraiment libre et heureux. Tout cela devra être assuré et garanti à chaque Congolais et à chaque Congolaise, à chaque Africain et à chaque Africaine. Et ce devra être obligatoirementla collectivité et la société qui l'assureront et le garantiront à l'individu grâce aux comités de Fraternité et grâce au gouvernement de la Fraternité. Nous avons tellement ce bonheur réel à cœur que lorsqu'un Congolais ou une Congolaise, un Africain ou une Africaine tombera gravement malade, les comités de Fraternité et le gouvernement de la Fraternité iront jU&..

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fleurs

du congo

qu'au bout du monde pour chercher à sauver le ou la malade. Ce bonheur réel vaut la peine d'être vécu et il faut que chacun de nous le connaisse grâce au gouvernement de la Fraternité. Pour offrir ce bonheur réel à chaque Congolais et à chaque Congolaise, le gouvernement de la Fraternité protégera et sécurisera avant tout le couple marié: homme et femme qui s'unissent dans l'amour, sachant parfaitement que l'Amour, la Fraternité et l'Amitié entre les êtres humains ont leur source intarissable dans les rapports qui régissent cette merveilleuse union de l'homme et de la femme; toute l'édification de la Fraternité prolétarienne fera du couple marié ce qu'il est: la cellule naturelle de la société humaine. En conséquence toutes les lois sociales seront étudiées soigneusement par les travailleurs scientifiques et sociaux de façon qu'elles mettent le couple à l'aise dans une sécurité toujours plus complète. Les travailleurs scientifiques devront procéder à des recherches très sérieuses pour établir ces lois justes. Ainsi, tout ce qui menacera la vie et l'union du couple sera sans aucun doute le grand Mal qu'il faudra absolument combattre avec les moyens les plus puissants; tout ce qui enrichira et consolidera la vie et l'union heureuse du couple sera le Bien qu'il faudra encourager et développer par les moyens les plus puissants. Comme cela, l'homme et la femme heureux dans leur vie la plus intime seront enfin en mesure de s'ouvrir sans aucune méfiance à la collectivité et à la société. C'cst ainsi que pourra se développer de façon grandiose et explosive l'esprit sain d'Amour et de Fraternité dans la société humaine. Le fils et la fille, nés du couple heureux qui baignera à ce moment-là dans le bonheur des couples heureux, seront heureux et c'est ainsi qu'ils deviendront utiles à la collectivité ; ils seront capables de grandes choses et feront preuve de créativité féconde et spontanée. Le bonheur des couples mis plcinement en sécurité sera certainement le grand Bonheur de la collectivité et de la société humaine. Aussi, tous les problèmes matériels, moraux et spirituels qui se poseront aux couples et tous leurs problèmes liés aux rapports sexuels devront être à juste titre la plus importante des préoccupations sociales et morales du gouvernement de la Fraternité qu'il faudra

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absolument résoudre par des lQis justes et correctes avec intelligence, avec science, et avec sagesse. C'est ainsi que chaque village ou chaque groupe de villages devront avoir leur institut d'éducation et d'hygiène sexuelles. C'est ainsi que le gouvernement de la Fraternité devra s'évertuer à résoudre tous les problèmes sexuels des non-mariés par l'établissement des foyers d'hygiène sexuelle. Pour réaliser cela, le gouvernement de la Fraternité devra faire appel,

grâce au « Palais de la famille humaine

Il

aux savants et

aux travailleurs scientifiques décidés à résoudre au mieux le problème humain le plus important. L'édification en grand de la Fraternité prolétarienne devra offrir une liberté pleine et totale à l'individu. L'individu devra se sentir parfaitement libéré complètement de toutes les entraves et oshtaeles matériels, moraux et spirituels qui l'oppriment et l'étouffent aujourd'hui. Tous ses problèmes et toutes ses préoccupations de l'existence seront résolus complètement par la collectivité et la société fraternelle, c'est-à-dire par les comités de Fraternité et par le gouvernement de la Fraternité. . L'on voit très hi en que notre souci primordial d'assurer et de garantir le bonheur réel au couple marié est justement le seul moyen efficace de l'assurer et de le garantir à chaque individu personnellement, homme ou femme. Il faut que la vie de l'individu homme ou femme devienne sur cette jolie planète Terre un magnifique paradis en fête; abondamment fleuri, plein de richesses et caressé par de beaux chants merveilleux. Pour le gouvernement de la Fraternité, le paradis de la femme réside chez son homme heureux; le paradis de l'homme réside chez sa femme heureuse; l'enfant est le plus beau fruit du paradis, le fruit le plus délicieux. Cependant, pour le gouvernement de la Fraternité, Liberté signifiera strictement conscience prolétarienne très élevée; morale juste, correcte et noble; organisation et discipline très serrées. Sans organisation scientifique et sans discipline de fer, les hommes de race noire échoueront lamentablement et causeront ainsi un très grand tort à toute l'humanité qui attend beaucoup d'eux. Pour concrétiser réellement cette organisation et cette discipline de fer, le gouvernement de la Fraternité fera appel à un important effectif des travailleurs sociaux révolutionnaires des pays capitalistes et des pays socialistes qui entre-

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fleurs du congo

prendront dans le cadre des activités du « Palais de la Famille humaine» une action de grande envergure pour rationaliser les rapports sociaux, en créant notamment dans tous les villages ou groupes de villages des Centres d'éducation sociale et médicale où les stages plus ou moins longs seront obligatoires pour tous, hommes et femmes, adultes, vieux et enfants. De plus l'entraînement à la défense de l'Afrique avec des armes sera régulier. La milice s'entraînera sous le commandement de la Jeshi Safi. L'éducation physique, l'athlétisme et les sports absorberont une part très importante du budget de l'État fraternel. Toute la Fraternité des Pauvres tendra à devenir une grande armée dont l'avant-garde sera la J eshi Safi; c'est alors que l'organisation et la discipline de fer joueront pleinement. Justifications et motivations de notre manifeste.

n est établi aujourd'hui de façon scientifique et claire, par le monde entier et très spécialement par l'O.N.V., que la situation mondiale est horriblement dramatique: une minorité des pays capitalistes dits développés d'Amérique et d'Europe se sont appropriés au cours de l'Histoire pour le moins 80 % de toutes les richesses actuelles d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine. Il existe entre ces pays dits développés d'Europe et d'Amérique du Nord et les pays dits sous-développés d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine, des rapports injustes colonialistes, néocolonialistes et impérialistes; autrement dit, les pays capitalistes dits développés oppriment et exploitent les pays dits pauvres et sous-développés. n est établi aujourd'hui de façon scientifique et claire que ces rapports injustes de néo-colonialisme et d'impérialisme tendent à se renforcer et à s'aggraver (on dit: le fossé qui sépare les pays pauvres des pays riches se creuse encore plus profondément et s'élargit davantage). Dans l'état actuel de ces rapports injustes, le néocolonialisme se présente comme suit: les diables impérialistes américains ont installé partout en Asie, en Afrique et en Amérique latine, des gouvernements militaires nationaux fantoches dirigés par des citoyens bourgeois qui pratiquent le culte du démon du dollar.

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De cette façon, l'oppression étant consolidée par des régimes qu'ils contrôlent absolument, les capitalistes monopolistes blancs et japonais organisent un immense et systématique pillage des richesses des pays dits sousdéveloppés d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine; ils appellent cela « l'interdépendance économique ». En réalité, les pays dits sous-développés sont littéralement cambriolés et dépouillés; ils s'appauvrissent chaque jour davantage. Il existe certes quelques villes dites « métropoles» dans ces pays. Des villes et métropoles, elles ne le sont que parce qu'il y vit des étrangers blancs et quelques récents bourgeois nationaux. Ces villes donnent la dangereuse illusion d'une certaine « prospérité », d'une certaine « civilisation », d'un certain « progrès». Cependant, cette illusion s'évanouit très vite dès que l'on sort à 5 ou 10 kilomètres de ces villes monstrueuses: là commencent des huttes et des grottes préhistoriques extrêmement misérables et indignes de l'être humain. Ce spectacle hideux et inhumain est généralement la curiosité préférée des « touristes» blancs qui sont devenus absolument incapables de sentiments nobles, ne trouvant là qu'un « contraste agréable» à « visiter» ; un « site exotique charmant ». A l'intérieur même de ces villes, les masses laborieuses des ouvriers et des « sans travail», qui constituent les 80 % de la population de ces villes, croupissent dans une misère insupportable. Généralement la hausse du coût de la vie y est vertigineuse tandis que le pouvoir d'achat des masses laborieuses diminue toujours. Comme remède à cette situation tragique qui évolue vers le pire, les régimes fantoches dits nationalistes, sous l'impulsion des impérialistes américains, installent un dispositif politique, militaire et policier terroriste pour, disentils, « prévenir la subversion». Cette terreur militaire,

policière et politique qui se veut être « la révoh,ltion » est
d'autant plus cruelle, atroce et féroce à la campagne. dans
où vivent les 90 les villages,

pays; les paysans et les ouvriers agricoles y sont considérés

%

de la population

de ces

par ces régimes comme étant des « êtres inférieurs et non
civilisés ». Très spécialement au Congo, l'image odieuse et horrible de la misère et des souffrances atroces des ouvriers et des u sans travail », ainsi que des paysans fuyant les villages,