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Les itinéraires européens de la soie

De
288 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 285
EAN13 : 9782296270114
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LES ITINÉRAIRES EUROPÉENS DE LA SOIE

Textes réunis et publiés par Françoise CLA VAIROLLE Marc-Henri PIAULT

LES ITINÉRAIRES EUROPÉENS DE LA SOIE
Routes de l'Échange
Deuxième Colloque Européen Nîmes 25-26-27 Octobre 1989

CONSEIL

DE L'EUROPE - COUNCIL OF EUROPE LES CHEMINS DE LA SOIE NIMES - CEVENNES

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

Sous le haut patronage de Madame Catherine LALUMIERE Secrétaire Général du Conseil de l'Europe, de Monsieur Jack LANG, Ministre de la Culture, de la Communication, des Grands Travaux et du Bicentenaire, de Monsieur Olivier STIRN, Ministre Délégué auprès du Ministre de l'Industrie et de l'Aménagement du Territoire, Chargé du Tourisme. Avec l'aide du Conseil de l'Europe, du Ministère de la Culture, de la Communication, des Grands travaux, du Ministère de l'Industrie et de l'Aménagement du Territoire, Chargé du Tourisme, de la Préfecture du Languedoc-Roussillon, de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Mission du Patrimoine Ethnologique, du Conseil Régional Languedoc-Roussillon, du Conseil Général du Gard.

Avec la collaboration de la Société Cogetex - WELL.

Publié avec le Concours de la Direction régionale des Affaires Languedoc - Roussillon

Culturelles

@

L'Harmattan,

1992

ISBN:

2-7384-1470-2

LISTE DES PARTICIPANTS

M. AGUIRRE-BIANCHI M. ALBERT Mme ANDRE Mme ARNAL

M. et Mme ARNAUD Mme BERTHOMIER Mme BERTHUIT-ROUJON
M. BERTICAT Mme BLANGY Mme BOUSQUET M. BROCHIER M. BUFFOLO M. CA VALIER-BENEZET

M. CERCLET M. CHAINE M. CHANDEZE Mme CLAVAIROLLE

- Travel for Culture (Suède) Comité Economique et Social Languedoc-Roussillon Comité Départemental du Tourisme du Gard Responsable du Service Régional de l'Inventaire DRAC Languedoc- Roussillon Agence Imatourism Cabinet Innovact Chargée de Mission - Conseil Régional Languedoc-Roussillon Institut Textile et Chimique de Lyon Direction Régionale de l'Agriculture et des Forêts Société Detour Forum International des Technologies Appliquées du Textile Centre d'Aide par le Travail La Maison des Magnans Sénateur - Vice Président du Conseil Général du Gard Ethnologue Musée Savoisien Biologiste Ethnologue Ethnologue - Les Chemins de la Soie
Cultour 5

Melle CLIER M. COLLIN M. CORDEIRO M. COSTA M. CROUZET M. CURRIE Mme DAO Mme de FONTANES

M. de MICHEAUX
M. DENIEUL Mme DERAIN Mme DOMENICHINI Mme DUBOIS M. DUCROS Mme DURIEUX

Mme FUCHS-ROTHLEY M. GAZAIS M. GOKAKIN M. GRAHAM

Mme HABRARD M. HATTORI

Conservation Régionale des Monuments Historiques Conservateur - Parc National des Cévennes Université do Minho Portugal Directeur de la Serica « Soie des Cévennes» Directeur de la Bambouseraie de Prafrance Secrétaire Général de l'Association Internationale de la Soie AgropoIis Museum, Montpellier Sous-Directeur Honoraire du Musée de l'Homme (Paris) Chargé de Mission - Direction Départementale de l'Agriculture du Gard Agence Economie et Culture Agence Orients Fondation de France Union Régionale des Foyers Ruraux Directeur du Parc National des Cévennes Département des Affaires Internationales-Ministère de la Culture Conseil de l'Europe Conseiller Général du Gard Expert au Ministère de la Culture - Turquie Directeur du Scottish Borders Tourist Board - Grande Bretagne Comité Départemental des Activités Culturelles du Gard Secrétaire Exécutif du projet « Routes de la Soie» -

Unesco 6

M. IMBERT
M. JACQUELIN M. JACQUES

M. LAMOUR

Directeur Régional des Affaires Culturelles Languedoc-Roussillon Conseiller sectoriel à l'Ethnologie Languedoc-Roussillon Centre des Cultures Scientifiques Techniques et Industrielles d'Alès Président du Comité Économi-

que et Social-

M. LAPORTE M. LAURAIRE

M. LE SCOUARNEC M. LHUISSET
Mme LOJEN

M. LOUIS
M. MAI ROT

M. MARTIN M. MARTIN M. MAS M.MONTI
M. MOREAU Mme MORRAL y ROMEU Mme NEGRE Mme NOUGAREDE

Languedoc-Roussillon Centre d'Aide par le Travail La Maison des Magnans Service Patrimoine - Office Départemental d'Action Culturelle de l'Hérault Direction de l'Industrie Touristique - Ministère du Tourisme Agence Etudes et Communication Commission des Communautés Européennes Direction de l'Aménagement du Territoire - Massif Central Directeur de la Chaine des Musées de l'Économie et du Travail de Franche Comté Agropolis Museum, Montpellier Directeur du Comité Départemental des Activités Culturelles du Gard Directeur Adjoint de l'Unité Nationale Séricicole - Lyon Ministère des Biens Culturels et de l'Environnement - Italie Agence Chamina Conservateur du Museu Textil de Terrassa - Espagne Conservateur du Musée du Vieux Nîmes 7

.

M. OBERMULLER M.OTKAN M. PERRIER M. PIAUL T
M. PORTES M. PRADES

M. PUECH M. PY
M. RAUTEMBERG M. RA YROUX M. RENAUDIN

M. REZZA
Mme RICHARD M. RIOLS

M. RONCONI

M. RUAS
M. SADOUL

M. SCHENK M. SIMONEAU

Cultour - Travel for Culture Suède Professeur au Département des Langues et Littératures Orientales d'Ankara - Turquie Architecte Directeur de Recherche au CNRS - Président des Chemins de la Soie Direction Régionale de l'Agriculture et des Forêts Comité Économique et Social - Languedoc-Roussillon Conservateur du Musée Cévenol - Le Vigan Comité Économique et Social - Languedoc-Roussillon Conseiller Sectoriel à l'Ethnologie Rhône-Alpes Directeur Général Agence Voyages et Créations Directeur de la Mission du Patrimoine Ethnologique Ministère de la Culture Directeur du Comité Départemental du Tourisme du Gard Société Detour Directeur de l'Office Départemental d'Action Culturelle de l'Hérault Responsable des Itinéraires Culturels - Conseil de l'Europe Vice-Président du Conseil Régional Languedoc-Roussillon Conseiller municipal, Adjoint au Maire de Saint Hippolyte du Fort Vice-Président de l'Association des Chemins de la Soie Conseiller Technique au Cabinet du Ministre de la Culture

-

8

M. SOULIER
Mme STEINER Mme STEVENSON M. TRA VIER

M. URBAIN M. WYLER

Directeur du Comité Régional du Tourisme - Languedoc-Roussillon Institut Textile et Chimique de Lyon Conservateur des Macclesfield Museums - Grande Bretagne Responsable du Musée des Vallées Cévenoles St-Jean-du-Gard Directeur de la Société Cogetex-Well Office National Suisse du Tourisme - Confédération Helvétique
du manuscrit :

Nous remercions pour l'aide à la préparation Christian Jacquelin et Martine Lombard

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Cette rencontre, présentée par Marc Henri Piault, Président des Chemins de la Soie, a été honorée par les interventions inaugurales des personnalités suivantes: Robert Ruas, Vice-Président du Conseil Régional du Languedoc-Rousillon. Francis Cavalier-Bénézet, Vice-Président du Conseil Général du Gard. Christian Jacquelin, Conseiller sectoriel à l'ethnologie, Culturelle, Languedoc-Roussillon. Philippe Lamour, Président du Comité Économique Dubravka Lojen, Déléguée de la Division Européennes. d'Action Direction Régionale de l'Action

et Social, Languedoc-Roussillon. Culturelle des Communautés

Eiji Hattori Secrétaire de la Task Force « Routes de la Soie ~~, UNESCO. Domenico Ronconi, Administrateur à la Direction de l'Enseignement, des Sports, Conseil de l'Europe. Pulat Otkan, Représentant du Secrétariat d'État de la Culture et

à la Culture de Turquie.

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PREFACE
Tourisme et Culture: deux notions trop souvent associées sans que l'on connaisse vraiment les raisons et les conditions d'une telle rencontre. Les itinéraires culturels européens de la soie proposent des parcours où le plaisir s'appuie sur une véritable intelligence des lieux. Il s'agit également d'une contribution à un développement économique local approprié qui ne serait pas entièrement sou, mis à ces modes de rentabilisation dévastatrice et aliénante qui ont déjà dégradé nombre d'environnements submergés par les concentrations bétonnières. Le parcours de ces routes de l'échange qui ont fait l'Europe permet d'en reconnaître les diversités complémentaires : aller à la découverte d'une communauté visible à travers les signes manifestes de préoccupations semblables mais exprimées différemment selon les lieux et les circonstances. Chaque culture est la propriété éminente de ceux qui l'ont produite: instrument d'échange, outil de reconnaissance et d'identification, lieux divers d'une réappropriation nécessaire de ce que les générations transmettent. Nos itinéraires ne veulent pas être des collections indéfinies d'objets de curiosité ou d'admiration mais la constante production d'un parcours-langage, l'expression et la recherche de sens qui ne soit pas unique. Projets et réalisations s'inscrivent à l'intérieur d'espaces concrets progressivement repérés et balisés. D'Espagne, de France, de Grande-Bretagne, d'Italie, du Portugal, de Suisse et de Turquie, nous avons noué les fils d'une nouvelle trame: de l'histoire mythique de la soie jusqu'aux techniques de la communication, de la gestion et de la promotion, préoccupés tout autant d'archéologie industrielle et de patrimoine culturel et social que de signalisation informatisée, des ethnologues, des voyagistes, des entrepreneurs culturels et économiques, des politiques et des
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administrateurs, des conservateurs de musées, des économistes et des communicants ont désigné des lieux entre lesquels établir un langage d'itinérance, d'interrogations, de création, de dialogue. Positions renouvelées entre le tourisme et la culture, le débat est ouvert pour désigner mieux à travers cette rencontre, la spécificité comme « vecteur économique» d'un patrimoine dont la préservation et l'enrichissement ne doivent en aucune façon se réduire à des comptes d'exploitation. M.H.P.

12

INTRODUCTION
LES CONDITIONS DE PRODUCTION D'UN ITINÉRAIRE CULTUREL L'exemple de la soie en Cévennes

Marc-Henri Piault
Une recherche-action L'organisation contemporaine du travail développe des formes de plus en plus diversifiées et contraignantes de « vacances ». Les temps de loisir sont organisés comme les autres moments de la vie quotidienne et la parcellari-. sation des tâches comme l'uniformisation des conditions d'existence portent en général à réduire, au moins en apparence, les distances sociales et culturelles: il n'y a plus qu'à consommer la diversité des lieux et des cultures, réduits à n'être que les éléments indéfinis d'une collection sans fin. Dans ces conditions le tourisme est proprement dévastateur car il impose des modalités uniformes et économiquement stratifiées. C'est une gigantesque opération de distraction, c'est-à-dire de détournement d'attention pour laquelle, afin de ne réveiller aucune question discordante, aucun désir de changement à l'égard de ce qui est apparemment « offert », il conviendrait de n'avoir à proposer que des produits stéréotypés, calibrés, évalués en fonction d'une remise en état conditionnée des touristes-vacanciers destinés à reprendre par la suite leur vie quotidienne sans questionnement embarrassant: il importerait donc au plus haut point de ne pas les confronter à des modes de vie 13

dont la différence serait susceptible de mettre en question le leur propre! A ces fins les sociétés d'accueil pour ces migrations saisonnières devraient se soumettre à des exigences qui ne sont pas nécessairement les leurs, offrir ce qui n'est pas nécessairement leur production naturelle mais ce qui, à partir de leurs apparences, pourrait être digéré sans dommage par n'importe quel visiteur extérieur. Trouver alors le plus petit dénominateur commun revient à effacer des spécificités vivantes, inscrites dans toute une histoire, pour ne considérer que des déterminations immédiates, conjoncturelles et choisies par rapport à des valeurs ou des intérêts extérieurs sinon contradictoires avec ceux de la société « visitée» et finalement modelée à un désir étranger. Face à cette nécessité périlleuse, il est effectivement possible de considérer la culture comme un produit et éventuellement commercialisable. Mais il est alors nécessaire d'appréhender la totalité du processus et de ne pas accepter seulement les conditions posées par un consommateuracheteur éventuel. Si l'on veut absolument raisonner en ces termes, la culture est avant tout la propriété de ses producteurs et il s'agit bien pour eux et puisque la nécessité s'en présente, d'en assurer dans les meilleures conditions, pour le mieux de leurs propres intérêts, la mise en circulation sur un marché d'échange imposé. Il y a pour les sociétés concernées l'urgence d'une appropriation de ce qui les constitue, afin qu'en se connaissant bien, en se reconnaissant en leurs œuvres et leurs activités, elles sachent repérer les forces et les faiblesses, les lieux de transformation ou d'ajustement possibles, les secteurs à protéger ou bien à renforcer à l'égard d'éventuelles agressions. Dans cette démarche il ne s'agit nullement de produire un front unanimiste qui se définirait comme un intérêt général, mais au contraire de repérer avec la plus grande acuité ce qui distingue et ce qui réunit, ce qui oppose et ce qui lie les différents éléments constitutifs d'une société locale. Ainsi seulement seront identifiées les voies d'un échange avec l'extérieur et les orientations des divers intérêts engagés. Dans cette perspective, l'identification culturelle et le dessein (en même temps que le dessin) de soi pour une société donnée, représentent une véritable ligne de résis14

tance par rapport aux risques, réels, d'invasion touristique: il s'agit en effet d'éviter l'exploitation pure et simple d'une matière première culturelle et environnementale qui serait seulement mise en forme par des expertsconditionneurs pour une consommation extérieure sans retour. La mise en forme, s'il y a lieu, de l'histoire culturelle et sociale locale est une entreprise correspondant à des besoins exprimés par les divers secteurs de la société elle-même qui doivent en gérer les conditions et les effets. Itinéraire intérieur de réappropriation culturelle, itinéraire intellectuel pour l'établissement d'une lisibilité de l'histoire sociale, itinéraire économique de reproduction contemporaine, itinéraire de transgression des barrières intérieures et des ignorances ou des stéréotypes extérieurs, l'entreprise est autre chose qu'une prise de connaissance organisée sinon organique de l'identité locale. L'itinéraire se présente comme une production constante, au présent, par et non à propos de la société. Projet économique, associant de nombreux partenaires, l'itinéraire doit assurer les conditions de son renouvellement et de son extension, notamment en établissant les liens avec d'autres itinéraires tant localement avec des problématiques différentes, qu'en France et en Europe sur le même thème. Il s'agit bien ainsi d'une exploitation concrète, extensive, gérant la circulation, le commerce des idées et des personnes. C'est dans le cours de son élaboration comme projet intellectuel et de sa réalisation comme chantier culturel, touristique, économique que l'itinéraire se constitue comme tel, inscrivant dans sa nature une dynamique nécessaire de renouvellement constant dans les conditions de sa pratique: il s'enrichit de ce qu'on le parcourt et, de la même façon, ceux qui le parcourent s'y confrontent, tant dans leurs idées reçues que sur leur mode d'appréhension de l'histoire qui nous façonne. C'est ainsi la dernière et décisive étape de notre parcours constitutif: l'épreuve même de la circulation et de la mise en service économique, touristique. Dès lors que le projet intellectuel s'est conforté d'une prise en charge par la société civile, les attentes extérieures, les demandes, les besoins d'un tourisme culturel, les représentations allogènes relatives à la société locale et à la soie, deviennent indispensables à saisir, à analyser, à prendre en compte. 15

C'est dans un même mouvement que l'approfondissement de la rech@rche ouvre au monde environnant et que la mise en place technique de l'itinéraire comme espace d'échange et de circulation exige la prise en considération des données contemporaines des procédures touristiques. On peut alors réaliser des études de faisabilité, différentes en nature des travaux poursuivis jusqu'alors et qui doivent déboucher sur une réflexion économique de développement local : phase ultime de ce qui est finalement une forme de recherche-action en ethnologie. Tentative pour représenter non seulement la logistique d'accueil pour l'itinéraire mais également pour présager les formes de circulation possibles et souhaitées en fonction des différentes modalités probables de séjour; études également pour élaborer les formes d'articulation nécessaires entre les différents lieuxévénements de l'itinéraire, l'exigence qualitative des diverses prestations, les instruments nécessaires à la circulation, la compréhension et le plaisir des parcours. Des démarches articulées Nos expériences permettent déjà de dégager quatre séries de démarches qui se suivent tout en se recouvrant partiellement comme les plaques articulées d'une armure ancienne. On peut les schématiser, en les nommant: - recherche, - fabrication, - fonctionnement, - expérimentation. Il s'agit, cependant, d'une chronologie théorique et en réalité leur chevauchement pratique n'est pas simplement le fait de circonstances mais participe d'une véritable nécessité : chaque démarche contrôle et valide les autres et contribue ainsi à un réajustement permanent des objectifs, à une négociation constante entre les différents partenaires de l'entreprise. Recherche Une première série constituerait la phase de recherche au cours de laquelle les opérations viseraient d'abord à 16

repérer et circonscrire l'objet, à évaluer sa place relative dans l'environnement et par rapport à d'autres objets. Il ne s'agit pas là d'une forme d'extraction visant à isoler le thème de l'itinéraire mais bien au contraire à le situer dans le réseau complexe des productions culturelles d'une formation sociale donnée. Cela revient à préciser les contours d'une production particulière, à lui donner ses coordonnées historiques sociales, économiques et techniques, suivre les modalités de ses transformations, tout en établissant les liens, les corrélations avec toutes les autres formes d'activité environnantes. Cette mise en place, non seulement n'est pas une mise en évidence par effet d'isolement, mais bien au contraire une désignation au sein même de l'ensemble articulé des productions culturelles et donc une démonstration de la pertinence du thème choisi comme lieu d'identification exemplaire. Identifier, distinguer, valider l'objet de l'itinéraire, c'est notre préalable à tout essai d'élaboration des conditions pratiques d'une circulation culturelle et touristique. Il s'agit d'une procédure pour faire émerger, reconsidérer et donc réapproprier une culture enfouie dans les mémoires. Opération de réhabilitation dont le propos est de désenclaver les traces d'une histoire et de savoirs que les échecs, les transformations et l'état présent des choses empêchent trop souvent de prendre en considération. Repérage dans le temps et l'espace des différents acteursproducteurs d'une culture, la mise en évidence de vécus différents et parfois antagonistes sinon contradictoires n'ouvre pas sur une considération nostalgique d'un passé révolu: elle vise au contraire à la compréhension de la situation contemporaine comme produit de cette dynamique antérieure. Le dévoilement dans l'histoire économique et sociale des entreprises locales à travers leurs diversités et dans la nature de leurs rapports, autorise à une reconsidération des stéréotypes prévalents. L'examen précis des initiatives locales, de la gestion des affaires concernant la soie, conduit à une réappréciation et peut-être à une réviviscence des représentations et des autonomies locales, de la qualité des projets économiques, de la diversité et de l'extension des pratiques de relation avec le monde extérieur. Ouverture et dynamisme, autonomie et esprit d'entre17

prise, repérables dans l'histoire de la soie au XIX- siècle notamment, font office de démonstration contre l'idée reçue d'un déterminisme environnemental et culturel de la dépendance et de la décadence dans le cas sur lequel nous avons travaillé en Cévennes: les difficultés aujourd'hui sont précisément le fruit d'une histoire avec le monde extérieur et non le produit d'une inadaptation ou encore moins uniquement d'une insuffisance intrinsèques. L'organisation du parcours-reconnaissance d'un paysage construit au cours des siècles et qui constitue la mémoire physique de toute société, permet de réfléchir sur les conditions locales d'un développement autonome et tout au moins initialement autocentré ; sans opérer des transferts analogiques abusifs, il est néanmoins possible de repérer les conditions de certaines initiatives historiques pour les comparer ou les mesurer à des circonstances contemporaines. L'objet de la recherche se constitue en fonction de l'élucidation première des coordonnées locales d'action et non pas avant tout par rapport à une configuration globaliste diluant les intérêts spécifiques à l'intérieur d'anonymes orientations générales: les données d'une économie sociale locale s'apprécient en fonction des ensembles qui la conditionnent mais également en fonction de dynamiques internes qui lui sont propres. En ce sens l'expérience dévoilée des industries anciennes constitue le fondement d'une réflexion contemporaine sur les formes modernes d'établissements économiques répondant à la fois aux ressources et aux besoins de la société locale d'aujourd'hui. Il s'agit également de retrouver les conditions de pratique et les persistances de savoirs antérieurs susceptibles de s'exercer de nos jours, dans le cadre de productions modernes et confortées par la profondeur d'un véritable ancrage culturel.

Fabrication
La deuxième série de démarches rendrait compte de ce que l'on pourrait appeler la fabrication de l'itinéraire, sa mise en forme concrète en tant que tel. Il est bien clair que cette étape ne peut s'appuyer que sur une phase de recherche déjà bien avancée et qu'elle revient en partie aux procédures de ce que l'on désigne souvent par « valorisa18

tion de la recherche ». En l'occurrence, et puisque nous construisons précisément un itinéraire, il s'agit avant tout de mettre en relation en temps et en espace les éléments constitutifs de l'ensemble. Réflexion méthodologique et technique sur les conditions pratiques de la compréhension de l'histoire et des déterminations et fonctions des environnements. Quelles seront les orientations privilégiées des circulations, les relations premières à établir où se combinent les durées possibles de parcours et les logiques de signification qui peuvent les sous-tendre? Ces modalités circonstancielles de parcours dépendent des possibilités et des conditions suivant lesquelles les lieuxévénements constitutifs de l'itinéraire peuvent être appréhendés : mettre en état de saisie, de compréhension, ce qui revient à ajuster l'ordre d'expression local, ce qui se montre, aux modes d'appréhension largo sensu par l'extérieur. En d'autres termes les modifications de parcours doivent être satisfaites sans pour autant que les nécessités d'accueil et de monstration en ce sens obligent la société d'accueil à ne pas se reconnaître pleinement dans l'image offerte. Cependant il ne s'agit aucunement, rappelons-le, de produire un système minimaliste d'adhésion qui supprime toute contradiction aux seules fins d'un unanimisme commercial de façade. L'objectif de l'itinéraire est au contraire de montrer les chemins de traverse, les voies sans issue et les parcours réservés tout autant que les lieux de rencontre et d'accord. Il ne s'agit pas d'imposer un parti-pris ni de supposer l'harmonie sans faille d'un ensemble cohérent où l'accord de tous impliquerait une solidarité sans faille, un communalisme exemplaire (il serait miraculeux !) : la présentation des lieux-événements dans l'ensemble de leurs relations possibles doit permettre une intelligence des processus sociaux à l'œuvre et éventuellement, pour un visiteur attentif, de prendre parti en identifiant les différentes forces agissantes, en reconnaissant l'intentionnalité des discours, la finalité des entreprises. L'ajustement instrumental de l'offre à la demande, c'est-à-dire la compréhension simultanée des besoins à la fois des producteurs culturels locaux et de leurs visiteurs actuels et potentiels, n'est à son tour réalisable qu'à partir d'une localisation rigoureuse non seulement des éléments primaires de l'itinéraire, cela va de soi, mais avant tout 19

des phases historiques, technologiques et sociales de la production de la soie sur place. Cette localisation dans l'espace et/ou dans la durée du processus global n'est pas un exercice de dégagement du contexte mais bien au contraire, et comme dans la phase de recherche pour distinguer et identifier le thème de l'itinéraire, un effort pour relier ces éléments sur place et dans le moment de leur exercice, à l'ensemble culturel local qui en permet la production et peut en être identifié. Sans doute est-ce là un moment essentiel de la fabrication de l'itinéraire et qui le distinguerait notamment d'une création environnementaliste essayant de saisir une société dans sa totalité. L'itinéraire en tant que tel, et tenant compte d'une effective pertinence identitaire de la soie par rapport à la région, vise à permettre d'accéder à une société, à une région par le biais d'une production constamment repérable: ainsi il s'agit d'aller là précisément où la soie était produite, transformée, vendue et il ne doit pas y avoir de doute quand aux limites (actuelles) de ces identifications. Ici ou là, on faisait ou on ne faisait pas de la soie. Par contre, dans un premier temps de définition, la saisie d'un éco-système régional butte constamment sur des problèmes d'inclusion ou d'exclusion de lieux et de phénomènes, de définition même des frontières d'un système démontrable. Approcher une région par la porte offerte d'une production particulière n'est pas la réduire abusivement, l'incliner excessivement à n'être saisissable qu'à travers une seule marque idendtaire : ce ne serait le cas qu'aux conditions de s'en tenir uniquement à un inventaire des objets et des techniques. Dès lors que l'accent est mis sur les conditions sociales de la production, c'est nécessairement toute la société qui peut apparaître à partir de la soie et non seulement dans la sériciculture ou la filature. En outre une production entraîne nécessairement au questionnement de ses conditions extérieures, sources éventuelles, débouchés, apports des techniques étrangères, influence des commerces, des concurrences, déterminations directes ou indirectes des ensembles politiques et économiques plus ou moins englobants. Ainsi la soie, sans tout exprimer d'une région, peut y introduire à partir des lieux précis de son histoire et qui tous renvoient à de multiples interrogations, à de multiples images échappant au seul cycle du mûrier et du ver
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à soie. Et c'est également pour les autochtones eux-mêmes une interrogation possible sur le monde extérieur, un lieu de comparaison puisque si la soie identifie la société, cette société n'identifie pas la soie qui appartient à une histoire universelle. Itinéraire de découverte interne, les Chemins de la Soie ne confinent pas une région dans une différence irréductible mais dessinent des spécifications à l'intérieur de réseaux d'influence, d'emprunts, d'échanges: ainsi est-il possible d'envisager l'apport original d'une région donnée à l'ensemble des productions culturelles des régions de l'Europe. Du particulier de la soie non pas comme produit mais produite il y a un accès à une société donnée dans sa plus vaste complexité et nous pouvons comprendre la singularité de cette société là par la place qu'elle prend dans l'ordre de la production de la soie en Europe et dans le monde. Fonctionnement Une troisième série de démarches présage, autorise et conditionne le fonctionnement de l'itinéraire. Nous ne ferons que les évoquer car nous en sommes encore au stade des expérimentations. Une condition interne nécessaire à la mise en œuvre de l'itinéraire est en fait, sur le terrain, sa lisibilité: baliser, rendre accessible. Liée à cette opération mais d'un point de vue extérieur, la popularisation du parcours doit permettre d'en faire un langage véhiculaire : instrument de rencontre pour les partenaires contemporains d'une culture européenne respectueuse des particularités qui la composent et ne peuvent l'enrichir qu'en maintenant la différence des lieux entre lesquels s'active l'échange. Dans le même travail pour élaborer des instruments d'accès et généraliser les processus de circulation, on devra se préoccuper à la fois des modalités de protection mais aussi d'adaptation et éventuellement d'échange des éléments-clés de l'itinéraire. Ce souci doit permettre de situer l'itinéraire dans une perspective dynamique et de ne pas en faire seulement un couloir plastifié de conservation et de préservation. L'hypothèse fondamentale, et qui est celle de la compréhension d'une société vivante, aujourd'hui, implique l'indispensable adaptation au temps, 21

l'évolution, l'enrichissement des parcours. Cette perspective de développement attache l'organisation économique même de l'itinéraire à la nécessité d'une constante réappréciation du contenu, d'une permanence des activités de recherche destinées à renouveler et à étendre la géographie compréhensive des parcours. On tiendra également compte des modalités de déplacement dont la pratique dans le temps peut apporter de nouvelles définitions des étapes et des liaisons entre les éléments constituants l'itinéraire: modalités évolutives et donc parcours modulables. Les configurations de circulation inscriront dans l'image offerte des questionnements nouveaux impliquant des recherches adaptatives, tant sur les réalités culturelles interrogées que sur leurs conditions et les procédures de compréhension et d'accès. En ce sens nous menons des recherches tout autant sur le contenu que sur les formes de communications spécifiques, traitant de ce qui n'est pas l'objet habituel des lieux classiques d'exposition : le vécu, les représentations, la mémoire et ses discours... Là encore le cheminement de la soie ne décrit pas seulement des lieux, des pratiques, des objets, il entraîne sur les traces d'une intimité sociale mais également vers les formes contemporaines du regard, il oriente sur les voies sophistiquées des technologies modernes de la monstration et de l'échange interactif. Ainsi, et par une sorte de nécessité interne à l'itinéraire, non seulement dans son établissement mais peut-être et surtout dans l'ordre de son fonctiomiement, notre propos de reconsidération d'une culture locale dans une perspective d'appropriation et d'échange, conduit à la production d'objets nouveaux, révélateurs des fonctions en même temps que des pratiques nouvelles de la culture: une tentative pour mettre en espace le temps de la mémoire.

Énoncer une culture européenne
Parcourant les différentes réalisations d'un même objet à travers le temps et l'espace, éclairant le déroulement d'une chaîne de production, les phases d'une histoire, les péripéties d'un récit déroulé dans le temps, situant un lieu particulier du fonctionnement social, les itinéraires cultu22

rels européens doivent se fonder sur une initiative décisive des populations locales pour assurer la nécessaire combinaison entre les conditions pratiques et techniques de la circulation, les motivations de la demande et l'ordre intrinsèque de la compréhension, l'intentionnalité du produit. Les itinéraires déjà constitués sur ce modèle participent non seulement d'une valorisation patrimoniale indispensable à l'autonomie locale mais ils contribuent notablement, à cette échelle, au maintien d'activités précédemment en péril et à la création d'emplois spécifiques. Dans l'ordre de l'échange, l'investissement autochtone permet de façon décisive l'ouverture sur des réalisations du même ordre en d'autres lieux. On serait tenté d'y voir le retour de dynamiques antérieures qui, dans les siècles passés, tissaient des liens transversaux entre les régions et les provinces sans nécessairement passer par l'autorité centrale des États. Reconsidération sans doute des contradictions entre les frontières nationales et l'ordre des échanges techniques et commerciaux. Un réseau d'organisations européennes consacrées au repérage et à la mise en relation d'espaces culturels comparables, permettrait une harmonisation des perspectives, la mise en commun d'instruments de parcours et l'établissement de systèmes de renvois et de correspondances entre les itinéraires. Ce serait également la mise en application des principes mêmes de ces itinéraires en pratiquant l'échange et le dialogue entre leurs initiateurs: une véritable dynamique culturelle serait alors non seulement une tentative pour mettre en espace le temps de la mémoire européenne mais le moteur d'échanges techniques et, comme nous le prétendons en Cévennes, de renouvellement et d'innovation économiques, une contribution décisive au déploiement de la culture européenne.

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I CHANTIERS ET PROJETS

Bilan des itinéraires inscrits dans le projet européen Méthode et réalisation
Intervenants: Museum (Grande Bretagne) Eulalia Morral y Romeu Conservateur du Museu Textil de Terrassa (Espagne)

. Moïra Stevenson Macclesfield Conservateur du
Clavairolle

.

. Françoise

Ethnologue, Chemins de la Soie (France) Guglielmo Monti Conseiller du Ministre des Biens Culturels et de l'Environnement (Italie)

.

Ethnologue, Sous-Directeur honoraire du Musée de l'Homme (France) Professeur au Département des Langues et Littérature Orientales d'Ankara (Turquie) Hakki Altay Gôkakin Expert au Ministère de la Culture (Turquie)

.

Monique

de Fontanès

. Pulat

Otkan

.

Modérateur:

. Domenico

Ronconi Conseil de l'Europe

27

SILK 8Y

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LOCATIONS

OF MUSEUMS, HERITAGE AND TOURIST ATTRACTIONS RELATED TO SILK AND THE SILK INDUSTRY

28