Les océans français en 36 interviews
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Description

Qui sait aujourd'hui que la France possède 11 millions de Km² d'océans et 350 îles ? Et que cela représente le deuxième patrimoine maritime au monde après les Etats-Unis ? Les océans sont de plus en plus abandonnés non seulement à la pollution, mais surtout aux pilleurs des mers, au point que leur vie propre est en danger. Une nouvelle ère s'ouvre pour l'humanité où les océans doivent être repensés comme des organes vitaux de la planète qu'il faut sauver...

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Publié par
Date de parution 01 décembre 2008
Nombre de lectures 201
EAN13 9782336257877
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Les océans français en 36 interviews

Bertrand De La Ronciere
© L’HARMATTAN, 2008
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmttan1@wanadoo.fr
9782296073838
EAN : 9782296073838
Sommaire
Page de titre Page de Copyright Préface d’Yves Jégo Secrétaire d’État à l’Outre-mer INTRODUCTION CHAPITRE 1 - Nous rendons-nous compte des Il millions de km2 d’océans français ? CHAPITRE 2 - Souveraineté CHAPITRE 3 - Points prioritaires à développer CHAPITRE 4 - Surveillance (Garde-Côtes ?) CHAPITRE 5 - Développement durable CHAPITRE 6 - Clipperton CHAPITRE 7 - Mise en Valeur du patrimoine maritime CHAPITRE 8 - ZEE : Faut-il les garder  ? CHAPITRE 9 - La Marine française a-t-elle assez de moyens ? CHAPITRE 10 - Communication CHAPITRE 11 - Jeunes CHAPITRE 12 - Ministère de la Mer CHAPITRE 13 - L’Europe CHAPITRE 14 - Synthèses finales DEUXIÈME PARTIE - Interviews intégrales de six personnalités
CHAPITRE 15 - Arnaud Réglat-Boireau CHAPITRE 16 - Isabelle Autissier CHAPITRE 17 - L’enseigne de vaisseau, François-Olivier Corman CHAPITRE 18 - Capitaine de corvette, Pierre Maigne CHAPITRE 19 - D’un officier de marine jeune et marin expérimenté (5 ans de navigation, 6 ans d’état major) CHAPITRE 20 - Le contre-amiral Olivier Lajous CHAPITRE 21 - Le Commandant Hubert Dunant CHAPITRE 22 - Michel Rocard CHAPITRE 23 - Conclusion
Illustrations ANNEXE ABRÉVIATIONS
Préface d’Yves Jégo Secrétaire d’État à l’Outre-mer
Le droit de la mer a consacré l’exercice par l’État français de droits souverains sur de vastes espaces maritimes qualifiés de « zones économiques exclusives » ( ZEE ). La France est ainsi à la tête de « 11 millions de kilomètres carrés d’océans français » c’est-à-dire du deuxième plus grand domaine océanique du monde après les USA.
Bertrand de la Roncière, au fil des pages de ce remarquable ouvrage, fruit de trente-trois entretiens avec « les gens de mer » et de son expérience d’officier de marine, nous éclaire sur l’incontestable atout de ce patrimoine maritime qui permet à la France de bénéficier d’une position privilégiée sur la scène internationale. Nation riveraine des trois océans Atlantique, Indien et Pacifique, mais également de l’Antarctique, de la Méditerranée et de la mer du Nord, la France est présente dans la quasi-totalité des instances internationales de préservation de l’environnement et de négociation du droit maritime international ainsi que dans de nombreuses instances de coopération régionales.
Les potentialités économiques de la mer sont considérables et exacerbent les convoitises. La conquête des espaces océaniques ne fait que commencer. Les enjeux économiques et politiques liés au monde maritime sont plus que jamais au cœur des préoccupations des Etats. Ainsi, les débats passionnés sur le programme d’extension des limites du plateau continental suscitent espoirs pour les uns, craintes pour les autres. Par leur intensité, ils témoignent de la compétition qui s’exerce désormais sur les espaces maritimes. Toutes les grandes nations du moment, notamment la Chine, l’Inde, la Russie et le Brésil, développent leurs flottes navales - militaire, marchande, scientifique et de pêche - et revendiquent leurs droits sur les espaces maritimes.
Car c’est en mer que l’homme trouvera les ressources en protéines et en énergies nécessaires à la survie d’une population mondiale qui pourrait atteindre 9 milliards d’individus en 2050. Les « champs marins » , au-delà de l’exploitation off shore du pétrole, du gaz et des granulats, et demain sans doute des nodules polymétalliques, permettent l’accès à des sources d’énergies renouvelables très prometteuses : énergie thermique des mers, énergies des courants et des marées. C’est aussi en mer que l’on trouvera dans l’extraordinaire richesse de la biodiversité marine les molécules qui permettront de lutter contre les maladies, notamment celles liées au vieillissement humain. Les espoirs des chercheurs en la matière sont considérables. La France reste l’un des leaders des sciences de la mer, domaine dans lequel elle a été pionnière et où elle doit maintenir ses efforts.
Il faut valoriser les espaces océaniques français, en faisant de l’Outre-mer français le lieu de départ d’une nouvelle conquête économique et scientifique. Cette conquête doit avoir le souci permanent de l’environnement et de la protection des espèces pour éviter que, soumis à l’appétit des nations et des « multinationales », les espaces océaniques ne deviennent à leur tour « un far West » . Il faut dès à présent mobiliser tous les talents, toutes les volontés et toutes les compétences pour promouvoir une exploitation raisonnée des océans et des mers, dans une logique de développement durable. Car la mer est hélas un espace fragile agressé depuis trop longtemps par l’activité humaine. La prise de conscience du rôle majeur des mers et océans pour la santé de notre planète n’en est qu’à ses débuts. Tous les services de l’État sont associés à ce défi qui doit conduire à « faire de la mer l’avenir de la Terre. » Puisse cet ouvrage y contribuer en aidant à la mobilisation de nos élus, de nos entrepreneurs, de nos scientifiques, de nos marins et de nos concitoyens.

INTRODUCTION
La lecture d’un article du commissaire général de la marine Arnaud Réglat-Boireau dans la revue « la Baille » - revue de l’association amicale des anciens élèves de l’Ecole navale - sur les 11 millions de km 2 d’océans français , a été mon chemin de Damas.
En effet, ce sujet que j’ignorais, l’auteur le connaissait bien, puisqu’il avait fait partie de la délégation française lors de la discussion et de la signature du fameux traité de Montégo Bay, port de la Jamaïque, en 1982, sur la « Convention sur le Droit de la mer » dont nous donnons le texte en annexe. C’est cet accord qui créa les fameuses zones économiques exclusives (ZEE) lesquelles s’étendent dorénavant autour des îles appartenant aux puissances signataires « dans un rayon de 200 milles marins, sur le plateau continental - fonds qui s’étendent au-delà de la mer territoriale - lorsque sa morphologie le permet ». Ce système permet d’attribuer à la France 11 millions de km 2 d’océans pour lesquels la communauté internationale lui a confié l’usufruit des ZEE.
Jamais avant de l’avoir lu, je n’avais vu ni entendu chiffrer l’immensité du patrimoine maritime français, vaste comme cinq fois la surface de l’Europe. Et pourtant je suis ancien officier de marine et rédacteur dans « la Baille », revue de l’association des anciens élèves de l’Ecole navale. J’ai été stupéfait de l’ampleur et de la nouveauté de l’information... et de la faiblesse de mes connaissances. Ali Baba devant sa caverne avait dû ressentir la même impression que moi.
J’ai donc décidé de faire une enquête en interviewant des personnes d’importance, proches de la Marine, pour leur demander si elles avaient la même impression que moi, ce qu’elles pensaient de cette donnée nouvelle dont on ne parle jamais et si l’on pouvait faire quelque chose pour alerter, sinon informer les Français, à commencer par les médias et ceux qu’on appelle « les politiques ».
En progressant dans mes entretiens, j’ai découvert une autre caverne d’Ali Baba qui se profilait derrière la première : le nouveau concept de développement durable. La personne qui m’a ouvert les yeux est Isabelle Autissier, notre Tabarly féminin, lorsqu’elle m’a déclaré, au cours d’une interview, que les océans étaient de plus en plus pillés, impunément, même les nôtres, que si cela continuait nous allions assister à la disparition des ressources halieutiques, les océans devenant progressivement « abiotiques », selon son expression, et que cette désertification risquait même d’entraîner à terme la disparition de l’espèce humaine.
La suite de mon enquête a confirmé que pour s’opposer à ce que certains n’hésitent pas à appeler aujourd’hui un désastre écologique en cours, la France avait un rôle fondamental à jouer, puisqu’elle est la deuxième puissance au monde à posséder une aussi grande surface maritime.
Là encore je n’imaginais pas la gravité de la situation pour elle et pour la planète. C’est au fur et à mesure de ces interviews, réalisées sur une période d’un an et demi, que je me suis rendu compte que nous étions en train de passer dans une nouvelle ère de l’histoire de l’humanité, celle de la lutte pour sa survie. En effet jusqu’ici les nations raisonnaient en termes de forces, d’empires, de guerres de dominations... A présent on voit poindre et se développer beaucoup plus rapidement qu’on ne pensait les préoccupations environnementales qui sont en train de prendre le pas sur les désirs de conquêtes.
Il est vrai que ce phénomène ne touche pour l’instant que quelques pays développés ; ce ne sont pas d’ailleurs les plus grands prédateurs des océans, mais ce sont les plus puissants. Parmi eux, la France.
Un sondage récent d’un journal du matin montrait qu’une grande majorité des jeunes adultes se déclare désireuse de « sauver la planète ». Expression qui devient même à la mode. Des personnalités du monde entier font entendre leur voix pour défendre cette cause nouvelle. En lisant leurs témoignages, il ressort du contexte que ces personnes songent surtout aux gaz à effet de serre. Mais progressivement elles vont se rendre compte de l’importance des océans dans cette lutte pour la vie.
« La mer est l’avenir de l’humanité », ou encore « le XXIème siècle sera celui des océans », ai-je entendu plusieurs fois au cours de mes entretiens. La terre est en voie de céder à la mer la place prépondérante qu’elle a occupée pendant des millénaires chez la plupart des peuples, dont le nôtre.
Le présent livre que je propose au public reproduit de façon thématique, en vingt-et-un chapitres les extraits fidèles des trente-cinq entretiens que j’ai eu l’honneur d’obtenir de la part des personnalités aussi diverses qu’un ex-chef d’état-major de la Marine, plusieurs officiers généraux de haut rang, un élève de l’Ecole navale, deux officiers embarqués, des jeunes officiers de l’armée de terre, une illustre navigatrice, des écrivains connus, un ancien Premier ministre, une personnalité proche du Secrétariat général de la Mer, des préfets de l’Outre-Mer, des personnalités du Musée National de la Marine, un professeur dans une école d’ingénieurs, un universitaire amoureux actif de la mer, une haute personnalité de l’état-major de la Marine, le directeur de l’Ecole de guerre navale, le fondateur d’une société de lobbying , une doctorante thésarde de l’océan Pacifique, deux dirigeants des instituts de la Mer (IFREMER et IFM) ... les autres séduiront aussi le lecteur....
Qu’ils en soient vivement remerciés. Certains ont préféré rester discrets, voire anonymes, j’ai noté toutefois leur fonction. Les textes ont été pour la plupart approuvés ; les interviews de ceux pour lesquels je n’ai pas eu de corrections sont publiées telles quelles. Ce qui a compté pour moi, ce n’était pas tant la fonction de l’interviewé que la qualité de ses idées sur les sujets abordés. Il est intéressant, m’a-t-il semblé, de rencontrer sur un même sujet la diversité des opinions même si certaines sont analogues.
D’un autre côté, le classement thématique fait que lorsque les thèmes abordés sont cousins, les opinions des personnes interviewées peuvent être voisines. Si cela permet de bien cerner et consolider le sujet, l’inconvénient, j’en suis conscient, est que le lecteur trouvera des redites.
Les vingt-et-un chapitres décrivent donc de diverses façons l’immense patrimoine maritime français vu sous les rapports de la France, de la Marine et des océans français riches de leurs 350 îles. L’ordre des chapitres n’est pas donné suivant l’importance du sujet qu’ils traitent, mais suivant sa place logique dans le tableau que j’ai tenté de peindre.
L’ouvrage présente toutefois en deuxième partie, in extenso, huit de ces interviews qui m’ont semblé emblématiques : le commissaire général de la Marine Arnaud Réglat-Boireau, Isabelle Autissier, François-Olivier Corman jeune enseigne de vaisseau, major de l’Ecole navale, le capitaine de corvette Pierre Maigne qui a navigué sans arrêt pendant quinze ans, l’amiral Olivier Lajous commandant le centre d’enseignement supérieur de la Marine, l’officier supérieur de l’armée de terre Hubert Dunant, Michel Rocard un des hommes politiques qui s’intéresse le plus à la mer et à l’outre-mer ; enfin, un jeune officier de marine de l’état-major central.
Au moment où paraît le Livre Blanc de la Défense incluant la Marine sans hélas la développer comme les mers françaises le méritent, je souhaite que ce livre puisse être utile à la réflexion pour l’avenir et à la recherche pour la solution des deux préoccupations de la France et de la Marine : d’une part, celle de conserver et promouvoir la souveraineté française sur son patrimoine océanique ; d’autre part, le souci de plus en plus marqué d’encourager les actions en faveur du développement durable de ces 11 millions de km 2 d’océans.
Je suis convaincu que, plus vite qu’on ne le pense, les Français dont le caractère humain ainsi que la passion pour les idées, généreuses et rationnelles, sont des traits constants, sauront surmonter leur indifférence séculaire aux choses de la mer : en effet ils commencent à se rendre compte de l’importance de celles-ci pour l’humanité, et bientôt ils auront à cœur de revêtir leur « furia francese » et de demander à leurs marines, via les politiques, de relever les défis que présentent la préservation et l’exploitation de ces 11 millions de km 2 d’océans et leurs îles.
Ils se rendront vite compte que ce patrimoine fait désormais partie non seulement du domaine français mais aussi de la responsabilité de la France devant les nations, en attendant que son exemple soit suivi par l’Europe et le monde.
CHAPITRE 1
Nous rendons-nous compte des Il millions de km 2 d’océans français ?
1 - La France, notamment la Marine française, se rendent-elles bien compte des 11 millions (bientôt 12) de Km 2 d’océans et des 350 îles, dont 210 outre-mer, que possède la France? 1
Les extraits d’entretiens qui suivent, et que l’auteur a eus avec diverses personnalilés, rendent compte de la conscience qu’ont respectivement la France et sa Marine sur le gigantesque patrimoine maritime que passède notre puys.
Interviews
Réponse unanime : La France, non. La Marine, oui
Alain Pierret — ambassadeur de France
Je ne suis pas du tout persuadé que nos compatriotes aient saisi l’importance de la chose et je pense au contraire que la grande majorité d’entre eux l’ignore et que ceux qui savent n’en voient pas l’intérêt.
Vice-amiral Gard (directeur du Musée National de la Marine)
Je répondrai : La Marine oui : les marins sont conscients de l’importance de ce patrimoine maritime français et nombre d’entre eux patrouillent ou ont patrouillé dans ces zones régulièrement.
Les Français, non, pour la plupart.
Les politiques, plus, mais sans doute pas assez.
Amiral PR, ancien inspecteur général - Les hommes politiques actuels : rien sur la mer
Que la Marine en soit consciente, c’est une chose, quant aux moyens, c’est une autre chose. Le Français n’a pas l’esprit maritime. On a vu lors de la campagne présidentielle avec les questions posées aux candidats sur TF1 : rien sur la mer. Le Français ne sait pas ce qui se passe en mer et sur mer.
Non. Pourquoi ? Que faire ?
Isabelle Autissier — faire rêver
Non. Les Français s’en fichent, cela ne les intéresse pas. Ils tournent le dos à la mer.
Cousteau a réussi à les faire rêver. Ce qu’ils demandent, c’est cela : “ Merci de nous faire rêver ”.
CB - une personnalité des conférences d ’ IFREMER (institut français de recherche sur la mer) —
Non. Ni la France ni les Français. On ne se rend pas compte des opportunités qu’offre la mer : en France on ne vit pas tourné vers elle. Nous nous en sommes même protégés, au cours de l’histoire, en construisant des fortifications. Les politiques non plus ne pensent pas à elle : la mer n’a pas d’électeurs. Il n’existait pas jusqu’à ces derniers temps de lobby maritime, Le cluster maritime français vient de se fonder dans le but d’en constituer les éléments. Gardons espoir.
Explication historique
Michel Rocard, ancien Premier ministre
La France non. Pourtant elle est le pays d’Europe qui possède la plus grande longueur de côtes. Il y a toujours eu quelque chose de bizarre dans notre comportement vis-à-vis de la mer à travers notre histoire. Je ne suis pas historien, - il faut relire Braudel -, mais pour ma part j’observe que la sortie du Haut Moyen-Age se fait vers le commerce chez la plupart de nos voisins d’Europe, et d’abord vers la mer dans les pays les plus avancés de l’époque : Gênes, Venise, Espagne, Portugal, Scandinavie, Ligue hanséatique, Angleterre...pas en France. Notre pays est le cas unique où la sortie s’est faite par voie de terre. Paris est une des rares capitales qui ne soit pas liée à la mer. Conséquence majeure : notre population va se mettre à négliger la mer. De grands navigateurs français ne seront pas soutenus. Et pourtant nous avions toutes les chances.
Mais la vie française va s’organiser par voie de terre : cela va entraîner un renchérissement des prix des denrées : il faut “paver” les routes que l’on emprunte instinctivement alors que la voie d’eau ne coûte pas cher ; on doit créer une police pour en surveiller le trafic. L’orientation donnée à l’histoire par ce trait a pesé fort sur notre destin.
Nos derniers rois ont porté davantage d’attention aux régiments terrestres plutôt qu’à la Marine. La France aura gagné quelques batailles navales certes, mais Napoléon, notre plus grand stratège, perd la guerre par la mer. Et cela, il ne le pardonne ni à la mer ni à la Marine ; ses poilus non plus. Trafalgar ne favorise pas la réputation de la Marine dans l’administration impériale et dans l’opinion. Par exemple, alors qu’on va dire “ mon commandant ” à un officier de l’armée de terre, contraction de “monsieur le commandant”, dans la Marine après Ttafalgar, quand on s’adresse à un officier de Marine, on supprime le “mon”. C’est une sanction protocolaire.
Importance du chef d’expédition navale - Le Français pas commerçant Le professeur Etienne Taillemite, (historien, ancien président de l’Académie de Marine)
Jacques Chardonne a écrit : “ le Français est un être clos .” Les Français sont en effet peu tournés vers le monde extérieur, ce qui a pour eux comme conséquence une faible aptitude au commerce maritime. Les marins du XIXème siècle avaient une réelle ouverture d’esprit vers l’extérieur, ils fréquentaient les mers et ports du monde, ce qui leur ouvrait l’esprit.
Ceci dit, les Français aiment à être commandés. On doit compter, pour les entraîner dans les expéditions maritimes, comme dans toute grande entreprise, avec le charisme du chef. C’est le plus souvent à cause de cette qualité qui stimule les équipages, que le chef réussit dans ses actions. Sous Louis XIV, on peut citer des officiers généraux possédant ce talent : les marins Tourville, Duguay-Trouin qui n’avaient rien à envier aux terriens, Turenne ou Villars. Au siècle suivant, citons les amiraux de La Motte-Picquet, Lapérouse, Suffren.
Océans : recherche faible. Ports trop nombreux, peu modernes
Francis Vallat, président du Cluster Maritime français et de l’IFREMER
Oui et oui. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, on ne cesse de mettre cela en avant dans les milieux professionnels, les milieux administratifs et les milieux du commerce, de façon telle que cela devient presque contre-productif. Et démobilisateur car un tel atout est loin d’être suffisant pour faire d’un pays une grande nation et un grand Etat maritimes.
Je reconnais que pour le Français moyen, c’est non. Lui n’en n’a peut-être pas assez conscience
On dit que ce patrimoine est un élément de puissance : argument que l’on ressort pour se plaindre qu’on n’a pas de politique maritime proportionnée à nos possessions, ce qui n’est pas faux. Il est évident qu’il faut avoir une politique maritime, tout simplement parce que c’est indispensable pour un pays comme le nôtre.
Autre chose : aujourd’hui, certes, toutes les ressources de ces millions de km2 ne peuvent pas être exploitées. Il faut reconnaître que pour ce faire, les investissements à réaliser par la France seraient tellement importants qu’on ne les met pas au rang des priorités. Il ne faut pas pour cela jeter la pierre aux politiques qui ont continuellement des arbitrages difficiles à faire...et les nodules polymétalliques, c’est quand même du très très long terme !
En 1978, j’ai passé un an en Hollande et ai fait une première note sur les nodules. C’est vrai que ça n’a pas bougé beaucoup depuis, nulle part. Tout cela n’est pas évident à réaliser, et très lourd à financer pour un résultat très lointain.
Cela dit, ça n’est pas pour rien que la plupart des pays ont défendu pied à pied leur plateau continental, origine des ZEE. C’est une réserve pour les recherches de tous ordres dans le futur. A notre époque cette préoccupation est dans l’air du temps. C’est tant mieux et on voit d’ailleurs émerger des volontés de progrès structurant autour de ces notions, d’autant que les résultats des recherches scientifiques dans ces zones sont encourageants.
A un autre point de vue, certains se demandent si le fait de posséder des milliers de kilomètres de côtes est pour eux une richesse. En effet cela entraîne presque mécaniquement une multiplicité de ports, et donc une dispersion des moyens disponibles, une concurrence interne parfois négative, etc....Voir à cet égard les avantages objectifs des caractéristiques géographiques de petits pays comme la Belgique et la Hollande qui font porter le gros de leurs efforts sur deux ou trois ports en tout.
A noter aussi que les pays où les ports se développent le plus rapidement, comme la Chine, Singapour...n’ont pas nos lois protectrices : chez nous, il faut exproprier, faire des enquêtes d’opinion, résoudre des oppositions politiques... c’est objectivement bien plus compliqué de développer un port dans nos pays démocratiques, sophistiqués et bien entendu plus complexes..
J’ai d’ailleurs déjà développé ces idées :
J’ai en effet écrit il y a trois mois « qu’il était plus facile de faire un port dans les petits pays car il n’y a pus de dispersion possible, on est obligé de concentrer ses efforts. Il y a même des Etats-Ports comme Singapour. En France chacun défend son pré-carré ».
« La longueur des côtes n’est donc pas forcément un atout. Regardez l’Angleterre : c’est une île, avec beaucoup de ports, mais elle n’a pas les plus grands du monde. Il y a dans le reste de l’Europe des ports plus importants. A cela deux raisons :
re Primo : la longueur des côtes entraîne le handicap de la multiplicité des ports : en France 500 ports français, parmi eux quelques ports importants : Dunkerque, Le Havre, Nantes -Saint Nazaire, Marseille... ; moins importants, Lorient, La Rochelle, etc. Cette prolifération rend les choses plus compliquées à gérer. Pourtant la France est au bout, tout au bout de la péninsule Europe. Mais elle n’a pas l’équivalent de Rotterdam qui en plus dispose d’un énorme hinterland avec le Rhin..
Secundo : tous les problèmes sont chez nous rendus plus ardus du fait que la France est un état de droit où la loi et la discussion démocratique sont primordiales et entraînent des lourdeurs pour les prises de décision... »
Importance des médias
En parle-t-on bien ?
Personnalité proche du SGMer -- on en parle dans les milieux initiés
Si votre préoccupation est de savoir si cette proposition est pleinement prise en compte par ceux qui savent, on peut répondre qu’à chaque colloque qui traite de la mer, on commence par rappeler cette donnée fondamentale.
Précisons, pour commencer, que l’agrandissement des ZEE françaises à 350 milles au-delà de la zone actuelle (200 milles) et sur le plateau continental prolongé, selon la convention en préparation, s’exercerait seulement sur les fonds et les sous-sols. Elle porterait en effet à près de 12 millions de km 2 la surface des mers françaises. Le Secrétariat général de la Mer, dispose es-qualité de la carte des permis d’explorations entre Polynésie et Nouméa. Ainsi que de nombreux permis accordés par l’Autorité internationale des Fonds Marins ( située à Kingston), créée par la convention de Montégo Bay de 1982.
C.B.- IFREMER (institut français de recherche sur la mer) - pas de vision pusséiste, la mer c’est l’avenir : Mardis de la mer —
Car la mer rapporte plus qu’on ne le pense, elle pourrait le faire plus encore mais on s’imagine que c’est quelque chose de trop traditionnel, pas assez moderne.
Il faut se débarrasser de cette vision passéiste.
On commence à s’apercevoir que la mer, c’est l’avenir. Réalise-t-on que c’est par la mer que vient internet  ? En effet le câble à fibres optiques qui crée internet, traverse les mers, sans l’autorisation de quiconque. En outre, grâce à la recherche maritime, IFREMER notamment, le CNRS, l’IRD (institut de recherche et développement), on découvre tous les jours que la mer renferme des ressources dans ses grands fonds, minérales comme les nodules polymétalliques, ou vivantes comme certaines bactéries, qui peuvent révolutionner la médecine et les moyens nutritionnels. On ne connaît pas toutes les espèces vivantes dans la mer, beaucoup s’en faut. On ignore encore nombre de propriétés ou réactions chimiques à l’intérieur des milieux marins ou à leur contact avec l’atmosphère. La mer recèle des trésors de connaissances à découvrir.
Avec des amis, nous avons décidé d’informer nos concitoyens en commençant par l’Université et avons fondé les mardis de la mer.
Médias
Les “ mardis de la mer ”, qui sont des conférences-débats gratuits se déroulant à l’Institut Catholique de Paris, accueillent régulièrement 180 à 200 assistants dont beaucoup d’étudiants. Mais le public est différent selon les sujets traités : les constructions navales amènent un certain public, le thème “mer et musique” un autre, etc ...ce qui semble normal, mais ce qui montre la grande diversité des centres d’intérêt.
Sensibilité des gens et préoccupations des jeunes
Al Lajous (CESM) — savoir en parler à la sensibilité et à l’imagination de la population et aux nouvelles préoccupations des jeunes
La France, l’opinion publique, le peuple : clairement non. D’ailleurs, les 11 millions de km 2 d’océans, c’est une chose que les gens ont du mal à concevoir, on ne peut se les représenter. Des 350 îles, on retient “îles”, mot qui fait rêver, j’en reparlerai. Pour intéresser l’opinion publique, il faudrait rendre ce message humain, c’est-à-dire trouver quelque chose qui le rende sensible aux gens. Il faut imaginer une façon différente de parler de cette question si importante.
Les hommes et femmes politiques de France, quant à eux, se rendent-ils compte de ce que vous annoncez ? Peu d’entre eux s’intéressent à la mer et aux possessions françaises. Ils les ignorent. Quelques députés peut-être s’en rendent compte. Mais pour la plupart, ils ne savent pas que la France possède toutes ces îles, tout ce patrimoine.
S’ils sont sensibles aux océans, souvent c’est parce qu’ils leur font peur, à cause des catastrophes dont les médias sont friands.
Transformer les messages des médias
Al Lajous (suite) - sentiment — rêve — faire vibrer les jeunes
En parlant des médias, ce qui fait cruellement défaut dans l’information actuelle, c’est que, sauf événements dramatiques évoqués ci-dessus, le maritime n’y a pas sa place. Bien plus, France Télévision n’est pas globalement favorable à la chose militaire : Thalassa , cette émission consacrée à la mer qui a une excellente audience, parle peu des bateaux gris de la Marine nationale et de leurs missions.
Pour attirer l’attention du grand public sur ce patrimoine français méconnu, on ne le fera pas avec des mots sérieux. Il faut l’intéresser par le côté sentimental, par des histoires d’hommes et de femmes. Il faut le toucher, utiliser des personnages populaires contemporains qui font rêver : Tabarly, Cousteau, Maud Fontenoy... On ne passera jamais le message sous l’angle géopolitique : cette approche est réservée aux universitaires, population très importante qu’il faut aussi convaincre.
Revenons aux 350 îles françaises. J’ai pensé que le mot “ île ” était un mot magique. C’est une bonne occasion de faire porter l’attention du public sur ces thèmes. Nous avons imaginé avec un ami journaliste et reporter, Stéphane Dugast, et avec Michel Bez, peintre officiel de la Marine, de faire un livre sur les îles des mers du Sud que nous voulons mettre en scène. Car nous pensons que les îles sont une vraie chance pour la France.
Nous allons imaginer une nouvelle façon de raconter ces portions de France sur les océans.
Les hommes politiques n’en parlent pas assez.
Certes, les Français sont repliés sur eux-mêmes, sur leur hexagone : pour eux la mer c’est le bout du monde. Pourtant là-bas, à Shanghaï, on est en train de construire en ce moment un port sur une surface grande comme celle de Paris. Les Français l’ignorent : on ne le leur dit pas. Pourquoi ?
On leur tait aussi que notre pays a une chance folle : avec les 11 millions de km 2 d’océans dont la France a l’usufruit plein et entier, elle est la deuxième puissance au monde à avoir la responsabilité d’un si grand patrimoine. Elle est en outre présente sur tous les océans de par les 350 îles qui lui permettent d’avoir sous sa coupe ces fameuses zones exclusives économiques, dites ZEE, qui forment les 11 millions de km 2 . Cela lui donne une autorité considérable lorsqu’elle parle dans les assemblées internationales. Les hommes politiques s’en rendent-ils compte ? Et les médias ? On dirait vraiment qu’ils s’en moquent.
Un ancien commandant de navire de guerre à Mururoa  : la mer, don de la nature, crée des obligations.
La France est bordée par les mers les plus passantes. C’est un don de la nature qui donne des obligations. On pourrait lui demander :“ France, qu’as - tu fait de ta vocation maritime ? ” Et ajouter cette remarque fine de Vidal de la Blache “ La géographie commande quand les Français ne font pas les sots ”. La Bourgogne, ma province, a toujours été traversée par des courants commerciaux internationaux, ce qui a donné à beaucoup des pensées de voyages et de met : nous avons eu un grand marin Jean de Vienne, nom donné à une frégate qui a été récemment au Liban.
Problèmes
Géographie trop abstraite
Commdndant Hubert Dunant — même les cartographes négligent les océans
Je remarque d’abord qu’on n’a jamais, dans les écoles, donné à la mer et la marine toute l’importance qu’elles méritent. Cela vient notamment de la représentation cartographique de la géographie de la terre sur les cartes et atlas courants. On y voit rarement les océans dans leur immensité : la mer occupe les deux tiers de la planète et cela ne se voit pas. Les cartes coupent le Pacifique en deux ou plusieurs morceaux. Ailleurs on voit surtout les terres. Nous sommes “cartocentrés” (ou victimes de cette représentation réductrice).
Cela dit, que les marins se rendent compte de l’importance de ce patrimoine maritime, oui. Par contre, les aviateurs et les terriens, moins.
On peut évoquer ici les considérations intellectuelles opposées des écoles anglaises et allemandes. L’école géopolitique anglo-saxonne, avec MM Spykman et Mac Kinder à la fin du XIXème siècle, mettait en avant le poids de la maîtrise des mers pour la possession de la planète. Tandis que l’école allemande, donnait l’avantage à la périphérie pour maîtriser le centre. L’Asie Centrale devenait ainsi le but et le pivot des relations internationales.
Capitaine de corvette Pierre Maigne (14 ans de navigation)- les îles
Les officiers de marine ne peuvent ignorer cette réalité.
Les Français en ont une idée plus abstraite, normalement abordée pendant leur scolarité, mais rarement rattachée à des notions concrètes. D’ailleurs beaucoup ne voient aucun intérêt à s’intéresser à la question. Les îles sont loin et leurs zones économiques exclusives sont une notion réservée à quelques spécialistes du droit international à l’exception de celle qui jouxte la Métropole. Alors ces 11 millions de km2 sont plutôt considérés autant comme des invitations au voyage ou à l’évasion que comme un patrimoine à valoriser ou un joyau à protéger.
Problème au niveau des hommes politiques
Personnalité ex - responsable outre - met
La France n’est pas un pays qui s’intéresse aux possessions maritimes. Les politiques français donnent l’exemple du désintérêt. Sans parler des médias.
En 1978, Raymond Barre avait lancé le concept de « l ’ action de l’Etat en Mer » qui a été organisé et instrumentalisé par la Marine nationale, les marines de France. Cette organisation fonctionne de façon efficace, surtout depuis le renforcement du rôle du Préfet Maritime, par le décret de février 2004 qui fait de lui un acteur à part entière de la haute administration. Il est le référent de l’Etat en mer. L’AEM s’exerce surtout dans les mers voisines de la métropole.
Mais au niveau planétaire, est-il possible pour la France d’exploiter ces Il millions de km 2  ? C’est une considération qui reste conceptuelle et qui ne se traduit pas par de vraies décisions ; un problème dont on ne sait par quel bout l’attaquer. Pourtant on se rend bien compte que cet immense patrimoine fait de la France un grand pays.
La Polynésie française est grande comme l’Europe : mais comment cette réalité se traduit-elle pour nous Français ? Nos gouvernants sont souvent « le nez dans le pare-brise », et n’arrivent pas à prendre le sujet à bras le corps, si toutefois ils ont bien conscience de son importance et de sa portée. Cela n’empêche pas les rares politiques qui en parlent de faire des phrases dans le sens de la valorisation de la France. Mais on constate que, qu’ils soient de droite ou de gauche, finalement ils n’ont pas d’idées sur le sujet. Il serait injuste de leur en faire grief car le problème est difficile... et mal expliqué par les connaisseurs.
Problème budgétaire
Amiral HF — la Marine n’arrive pas à obtenir budget suffisant
Bien sûr que la Marine s’en rend compte. Tout le monde dans la Marine, de près ou de loin, a été concerné par une action dans la ZEE. Ainsi l’amiral commandant les forces navales en Océan Indien, Alindien, est président de la Commission maritime de l’Océan Indien (Marine Réunion, gendarmerie, pêches, douanes et autres acteurs de la zone)
Il faut savoir que la France a aussi l’usufruit de ce qu’il y a sous le fond des ZEE. Les ressources qu’elle peut exploiter sont aussi là. La convention de Montégo Bay l’a bien prévu.
Qui dit ZEE, dit contrôle, dit moyens. C’est le budget de la Défense qui paie le contrôle des ZEE. Aux USA, les Coast Guards ont leur propre budget.
Le budget, c’est là le nerf de la guerre.
Finalité de ce patrimoine ?
Al Régis Merveilleux du Vignaux - pourquoi ?
Votre excellent questionnaire est plutôt axé sur le “ comment ” de la mise en valeur des 11 millions de km 2 d’océans français et leurs 330 îles, en voyant les choses du particulier au général. Pour ma part, je mettrais d’abord en avant le “ pourquoi ”.
Je me demande quelle est la finalité de l’exercice de notre souveraineté sur ces domaines maritimes.
Pourquoi continuer à mettre en valeur ? Et d’abord qu’est-ce qui justifie notre présence ? Qu’est-ce qui nous pousse à y rester ?
Grandeur et puissance
Est-ce la grandeur de la France ? Cette notion est liée à la puissance de la France. Or, depuis le milieu du XXème siècle, cette puissance ne peut plus s’envisager avec les critères d’avant. D’abord ses attributs, qui étaient à l’époque le privilège du monde occidental, sont à présent de plus en plus partagés par des grandes nations émergentes comme l’Inde et la Chine. Ensuite si la France exerce encore la souveraineté politique sur les régions du globe incluses dans les 11 millions de km 2 , aujourd’hui celle-ci est atténuée, mise en question par le désir d’hégémonie des populations locales, par leur tendance vers l’autonomie, voire l’indépendance. Reconnaissons que ces orientations ont été rendues possibles par les structures installées par la France.
Monde globalisé
Alors, peut-elle prétendre seule à la souveraineté de ce domaine, dans le monde d’aujourd’hui ? Car ce monde n’est plus celui de la colonisation. C’est un monde globalisé qui s’oriente vers cinq grands blocs : les Etats-Unis, l’Europe, la Chine, l’Inde, Le Brésil.
La France ne peut y être toute seule à part. Elle y sera présente à travers ce que sera l’Europe, car seuls nous ne sommes capables de peser sur aucun des blocs extérieurs à l’Union.
ZEE inutiles
Journaliste, professeur école nationale d’ingénieurs - les ZEE ne servent à rien
Je suis en opposition de phase avec ceux qui sont enthousiastes de ces Il millions : ils sont frappés d’inutilité. Certes nous avons la seconde ZEE mondiale et les océans transportent 80% de nos besoins. Mais nous avons à redresser une balance négative de 60% de notre consommation.
Ces surfaces ne recèlent jusqu’ici pas un gramme d’hydrocarbure.
Il y a peu de travail de fait sur ces zones. Exemple : le câble EASSY est-africain partant de Monbasa, où va-t-il passer ? Il faut obtenir un droit de passage pour le poser dans certaines zones ...Qui va payer ?
Une ZEE coûte cher : rien que pour la surveillance. Et on ne l’exploite pas. Déjà en Polynésie française la surveillance de la zone requiert deux frégates et deux avions Falcon à 1000 heures de vol par an- Or les 5 millions de km 2 d’océans polynésiens sont pillés par d’autres que des Français : par les coréens, chiliens, japonais, etc. Sans parler de Clipperton et de ses 430. 000 km 2 que la France n’a pas les moyens de surveiller et qui sont continuellement pillés de leurs ressources halieutiques.
Conscients d’un atout considérable
Le Préfet des TAAF (xerres australes antarctiques françaises) Michel Champon les TAAF en ont conscience
Oui, pour les TAAF, et c’est une fierté, car les TAAF avec 2,5 millions de km 2 de ZEE maritimes apportent à la France le quart de l’ensemble de la surface des océans français. Nous sommes, aux TAAF, plus que conscients de l’importance géopolitique et maritime de ce patrimoine. C’est un atout considérable pour la France dont on n’a pas pris conscience à sa juste valeur : la Marine, si. Les Français, non. Pour des raisons historiques et culturelles, nous ne sommes pas un peuple tourné vers la mer. Cependant, la France est un pays incroyable à l’échelle du monde car elle est présente partout !
Christina Baron, directrice du MNM (musée nationale de la Marine) Toulon —
Je répondrai en tant que française : non, la France ne s’en rend pas bien compte. Culturellement nous sommes des gens de terre. Les choses ont peu évolué depuis des centaines d’années, je le vois bien étant donné ma fonction. Si vous parlez de la mer à un paysan du Centre, cela ne le touche pas.
Pourtant la France en tire les bénéfices que sont : d’abord une présence, un drapeau, une nationalité, une langue, ensuite une appropriation de territoire, de patrimoine maritime immense.
Ces chances lui donnent un atout considérable : celui de la légitimité à pouvoir s’exprimer devant les nations, à être acteur dans un conflit, à monter un projet à plusieurs partenaires...
L’enseigne de vaisseau François Olivier Corman (Ecole navale) —la nation oublieuse de l’intérêt, mais sensible aux aspects sentimentaux, La marine gère heureusement et développe la communication
Oui. La Marine, pas les Français. Tabarly disait “La mer, pour les Français, c’est ce qu’ils ont derrière eux quand ils regardent la plage”. C’est la différence avec les Anglais qui habitent dans une île et pour qui la mer fait partie de la vie.
La Marine nationale essaie de peser de toutes ses forces pour que l’opinion la prenne en compte.
Il y a eu une époque où les mers lointaines sont devenues populaires, par exemple lors des expéditions en Terre Adélie avec le bâtiment « Commandant Charcot » , dans les années 1950. Aujourd’hui, c’est oublié. Les zones d’intérêt économique de la France sont oubliées, sinon inconnues du public, sans parler des ZEE.
Mais la Marine se rend compte de ses responsabilités et elle a réparti ses navires dans les zones principales de son empire maritime. Elle envoie ainsi l’Albatros, les patrouilleurs de type P 400 et les frégates de surveillance à la recherche des bateaux en action de pêche illicite, elle emploie le binôme hélico — frégate, elle dote la lutte contre le narco-trafic, le terrorisme maritime et la piraterie de moyens adaptés (commandos, ETRACO ,...) et participe activement à la lutte contre l’immigration clandestine.
En outre, à nouveau de façon plus ou moins directe, mais de plus en plus, la marine de France se fait connaître : exemple, l’expédition de Jean-Louis Etienne à Clipperton, ou l’expédition Vanikoro sur les traces de Lapérouse, avec les navires Batral Jacques Cartier et Dumont d’Urville, l’intervention au Liban, Isabelle Autissier au pôle sud, la libération des otages du Ponant.
Mais cette prise de conscience des Il millions de km 2 d’océans ne peut se faire chez nos compatriotes de façon efficace que si les meneurs de l’opinion et les pouvoirs politiques prennent les choses en main. C’est ce qui s’est passé pour les dernières expéditions Lapérouse auxquelles le Chef de l’Etat s’est intéressé.
Avantage de la mer sur la terre
Amiral Oudot de Dainville (d’uprès notes prise à la conférence au “mardi de la mer” du 7 novembre 2006)
La Marine, oui. Les marins se rendent compte du rôle croissant de la Marine dans ce domaine. La sanctuarisation terrestre actuelle fait que, sur terre, on perd sa liberté d’action.
Au contraire avec la mer, les marins jouent un rôle sans cesse plus important et ils ne laissent pas d’empreinte au sol. Lorsque la crise éclate sur terre, la manière de la traiter est le plus souvent d’ordre maritime. “Comme je l’ai dit, la mer garde sa liberté au contraire de la terre ”.
Les grandes clefs de demain sont doubles : dissuasion et maîtrise des océans. La dissuasion. La France doit maintenir la composante de défense, essentielle, que constitue la dissuasion. Se pose alors la question des alliances : comment ouvrir nos capacités de dissuasion à nos alliés? C’est une question complexe dont la solution prendra beaucoup de temps. Il ne pourra y avoir que des solutions de compromis. Participer à la maîtrise des océans. Celle-ci permet à la France, à ses alliés, à l’Europe demain, d’agir sur les mers et de profiter de la liberté que cette maîtrise nous offre.
Cette maîtrise implique trois conditions : une surveillance du trafic, une bonne liaison entre alliés, une capacité d’action....
Amiral Jean-Charles Lefebvre (ancien Chef d’Etat major de la Marine) - Pour la population, les ZEE sont vides. Mais la Marine travaille pour l’avenir.
Certes, la Marine est consciente. Mais il convient de mettre les choses en perspective.
D’abord, il y a une différence fondamentale entre la ZEE Atlantique qui jouxte nos côtes métropolitaines et couvre une zone d’intérêt national et stratégique majeur, et les ZEE d’outre-mer qui s’étendent sur des espaces démesurés, qui constituent de loin la plus grande part de nos « onze millions de km 2 » mais qui sont essentiellement vides. Et je ne parle pas de la mer Méditerranée si vitale pour nous, mais dont la configuration interdit toute sorte d’appropriation de la part des états riverains.
Ensuite, il faut bien considérer que lorsque les choix fondamentaux ont été faits pour la remise à plat des programmes entre 1991 et 1996, je devrais même dire leur remise en cause, le dispositif permanent de notre posture de sûreté a été reconduit dans son format du moment et intégré dans ce qu’on a appelé le « socle ».
Les grands débats ont évidemment porté sur les très grands programmes (porte-avions, sous-marins nucléaires, Rafale, Hawkeye, missiles). Il se trouve que nous avions alors une panoplie de moyens (frégates de surveillance, patrouilleurs, BATRAL, avions de surveillance maritime) qui n’avait pas été prise en défaut de façon flagrante et dont la reconduction ne posait pas trop de problèmes. A l’échelle des enjeux budgétaires majeurs, leur coût de possession et de renouvellement restait « dans le bruit de fond ».
Le modète Armées 2015, rendu public en février 1996, élaboré après six mois de débats extrêmement animés au sein du comité stratégique sous l’autorité du ministre, et structurés par plusieurs conseils de Défense présidés par le Président de la République en personne, a pérennisé le format des moyens d’outre-mer au titre de la protection et de la prévention 2 , étant entendu que, pour ce qui concerne la métropole, l’importance et la polyvalence des moyens stationnés dans nos ports et bases permettait de faire face à toutes les situations relevant de l’exercice des missions de souveraineté au large.
Elément de prestige océanique - L’Australie
Amiral Bertrand Lepeu (institut français de la mer) — importance des 11 millions pour la position internationale de la France
Je crois honnêtement que sur ce plan-là, grâce à la communication interne dans les écoles de la marine, dans Cols Bleus, par les messages du CEMM (chef d’état-major de la marine), notamment, cette question est connue dans la Marine. En revanche, on ne peut pas dire que tout le monde en tire les conséquences.
Mais il est sûr que la position internationale que donne à la France son patrimoine d’Outre-Mer est perçue nettement chez les marins.
Clémence Mallatrait, (doctorante) — garder le monopole français dans les affaires océaniennes
Si on parle de la Marine française, oui, elle s’en rend compte La plus grande partie de ces possessions se trouvent dans l’Océan Pacifique, le plus grand océan du monde. Il est certain que cela interpelle les marins et les chefs de la Marine pour qui la surveillance maritime d’une zone si vaste n’est pas évidente. Mission difficile qui, même limitée, demande des moyens importants. En outre notre Marine est la seule marine du monde à s’impliquer au cœur des affaires océaniennes, les autres puissances s’en désintéressent...
La France, qui a un pied-à-terre dans tous les océans, a jusqu’ici l’intention de conserver ces domaines maritimes et territoires dont les traités internationaux lui reconnaissent la souveraineté ou l’usufruit.
J’ai une question à poser à M. Rocard. La voici :
Q — Monsieur le Premier ministre, ces actions dans les domaines émergents que sont l’environnement, la pêche, la protection de la biodiversité, l’évaluation des ressources des fands sous-marins, le sauvetage contre les typhons et tsunamis, le maintien de l’ordre contre les pillages des mers, font-elles croître l’influence diplomatique de la France, par exemple dans le Pacifique Sud ?
Réponse de Michel Rocard, ancien Premier ministre
R - Tout à fait. Cela deviendra de plus en plus important. Je dois vous dire que j’ai moi-même œuvré pour accroître cette influence. Il y a eu dans les années 90 un forum pour nous évincer du Pacifique Sud. J’ai réussi à le faire échouer. Le secrétaire général du Forum m’a dit que j’avais rendu un fier service à la zone Pacifique.
Amiral Laurent Mérer - élément de prestige qu’il faut conserver à tout prix
Oui et non. Les marins français, eux, en sont conscients : ils ont expérimenté le rayonnement français dans le monde. Il faut qu’ils continuent à s’en rendre compte. Les mers et les îles françaises en sont un élément majeur.
Mais il faut qu’il y ait des bateaux pour y aller. La flotte de surface se renouvelle : elle doit continuer, car c’est avec les navires de premier rang et aussi avec les Batral et les patrouilleurs qu’elle peut et doit être là où il se passe quelque chose. Ce renouvellement a été prévu ; il a commencé avec les frégates Horizon, la première commande des FREMM (frégates multimissions ). Il a fallu et il faudra se battre pour que le processus ne ralentisse pas : ces constructions navales neuves conditionnent l’existence de la Marine française.
Concernant le domaine maritime français, la France métropolitaine ne se rend compte ni de son existence, ni de son étendue, ni de sa valeur. En revanche, les Français d’Outre-Mer mesurent cette donnée fondamentale.
Nos compatriotes n’ont pas conscience de la place qu’a notre pays dans le monde, de son prestige.
Pourtant, la France est attendue dans de nombreux endroits de la planète sur le plan culturel, mais aussi politique, maritime, économique, scientifique ...car ces pays souhaitent rétablir un certain équilibre en contrebalançant la domination que les Etats-Unis exercent sur eux.
En Australie, on nous dit, - depuis la cessation des essais de Mururoa -, à nous marins : “Venez, pour que nous travaillions ensemble : nous sommes plus proches de vous que des Etats-Unis ”, cette phrase, je l’ai entendue souvent. De même en Egypte : comment expliquer que les Egyptiens aiment autant la France alors qu’ils sous-traitent une grande partie de leur défense aux Etats-Unis? Même en Allemagne, nous voyons se développer un phénomène analogue.
Rôle incontournable de la Marine : contrôle et sauvegarde Commissaire Général de la Marine (2S) Réglat-Boireau
La France oui. Les Français non. On ne leur en parle pas, Thalassa non plus.
La Marine, nationale ou marchande, oui. Les commandants sont sensibilisés par « le manuel pratique à l’usage du commandant », leur livre de chevet. La création de la notion de sauvegarde maritime, destinée à sauver des vies et protéger les frontières, venue remplacer et ennoblir celle de service public, éclaire mieux cette mission de contrôler nos possessions tant métropolitaines qu’outre-mer.
Cet intérêt pour le droit de la mer appliqué se manifeste dans l’enseignement aux futurs officiers de Marine. Le fait que l’Ecole du Commissariat de la Marine soit maintenant à l’Ecole navale et que les élèves-commissaires soient chefs de quart produit une culture commune qui vient imprégner l’ensemble du corps par cette sensibilisation au droit de la mMer. Cette connaissance nouvelle pour les officiers de marine est indispensable pour les aider à mieux surveiller ce patrimoine maritime immense.
Préfet Paul Roncière, (ancien haut-commissaire en Polynésie française, ancien Secrétaire général de la Mer) — Marine nationale, pilier de la puissance française — expérience séculaire
Le niveau de responsabilité est gouvernemental ; c’est là que réside la volonté de soutenir une politique maritime. Mais dans notre pays plutôt continental, cette faculté n’est pas instinctive.
Nous devons constater une certaine méconnaissance de ce sujet, pourtant extrêmement fécond, malgré nos trois façades maritimes, nos 5 000 km de côtes métropolitaines, nos zones économiques exclusives - les deuxièmes plus grandes du monde. Ces enjeux considérables sont insuffisamment pris en considération. Pourtant la Marine demeure un élément majeur de notre patrimoine maritime même si elle est naturellement soumise à des arbitrages dans le cadre de l’Interarmées et s’inquiète de voir ses moyens réduits dans le temps.
Il est vrai que les coûts d’une flotte ne sont pas ceux d’il y a un siècle : ce ne sont plus les coques qui sont chères mais la technologie qu’elles renferment. Notre marine se situait il y a peu au 4 ème rang mondial en tonnage, dans la mesure où on ne tient pas compte du Japon qui a une marine d’autodéfense ; la nôtre a une mission de présence mondiale avec l’aéronavale et le ou les porte-avions, moyens auxquels s’ajoute la dimension de la dissuasion nucléaire.
L’importance de la mer aux yeux de beaucoup de nos concitoyens se manifeste surtout par les aspects sportifs médiatiquement bien couverts ou ludiques : la Course du rhum, Tabarly, etc.
On semble méconnaître la dimension stratégique de l ’ espace maritime , et pourtant 90% du trafic mondial de marchandises transite par mer. Malgré cela, la marine marchande régresse : le pavillon national est passé du 4 ème au 27 ème rang. Il est vrai qu’une partie de la flotte marchande sous contrôle d’armements français comprend des navires sous pavillons tiers. Cette diminution se fait à l’avantage des grandes compagnies internationales. Certes il faut raisonner européen, mais les principaux pavillons européens actuels sont maltais ou grecs. En cas de crise, la dimension nationale reste nécessaire.
Avoir des bateaux, c’est avoir des marins. Il est indispensable de mieux valoriser les métiers de la mer, métiers comportant certes de fortes contraintes, mais extrêmement diversifiés.
Notre pays ne doit pas perdre son savoir-faire maritime. Celui-ci concerne la navigation, mais aussi la construction navale, où là aussi nous disposons d’un remarquable savoir-faire. Même si les Chantiers de l’Atlantique ont été récemment rachetés par une société norvégienne, il est important que nous conservions sur notre côte cette activité industrielle. Il est toutefois bon de rappeler que notre pays est le 1 er constructeur au monde pour les navires de plaisance. La Diretion des Constructions Navales — DCN - elle-même connaît depuis plusieurs années une réorganisation en profondeur liée notamment à sa perte de statut de constructeur unique pour le compte de la Marine.
CHAPITRE 2
Souveraineté
Question: Quelle est, selon vous, la priorité pour la France pour protéger ce patrimoine maritime ? - le maintien de la sauveraineté, - la mise en valeur humaine, économique et scientifique, - le développement durable ?
Interviews des réponses
Conférencier des « Mardis de la mer » - don divin
Les trois options vont de pair. Le drame de la mer est qu’on doit l’aimer pour ses différentes composantes : tout se tient. Si on s’intéresse à un des aspects de la mer, puis ensuite à un autre, ne risque-t-on pas de tomber dans le bricolage ?
La France a intérêt à conserver ce patrimoine maritime.
Si elle a souvent eu des ratés dans son histoire maritime, elle tient aujourd’hui entre ses mains cette occasion unique de reconsidérer sa chance à travers la géographie que lui ont attribuée en bonne et due forme les nations du monde. Car ces ZEE lui sont bien confiées par le consensus de la communauté internationale, formalisé par des traités officiels du type Montego Bay. Le dieu de la mer Poséïdon lui donne des îles ainsi que les mers qui les entourent. N’est-ce pas un don merveilleux ? Conservons-le, car que nous réserve l’avenir ?
Vice-amiral Gard, directeur du Musée national de la Marine — métier de la France
Ce sont trois éléments de la même question si la France fait son métier d’exercer sa souveraineté.
Capitaine Ronan de Cadoudal - souveraineté primordiale
La souveraineté est une mission prioritaire qui entraîne les actions militaires et politiques. Il faut effectivement assurer et renforcer la présence française aussi bien dans le contrôle douanier ou policier que pour assurer la présence stratégique. Sa souveraineté étant ainsi assurée, la France peut développer la mise en valeur économique et la protection écologique de ses possessions. Si la France veut tenir un rang international, il lui faut une Marine forte. Tous nos grands chefs d’Etat l’ont dit depuis Richelieu.
Vice-Amiral inspecteur général de la Défense — développement durable sur le plan humain : Service militaire adapté
Notre priorité est de maintenir l’exercice de la souveraineté maritime.
Il faut être respecté, donc reconnu, pour faire œuvre positive et action humanitaire. A la Réunion ma première mission a été pour affirmer notre souveraineté, non pas pour faire le propriétaire qui fait son tour, non pas pour la défense du pré-carré, mais pour promouvoir le développement durable de la région maritime et de ses habitants. Ainsi d’ailleurs que pour aider à celui de notre voisine avec laquelle tant de liens nous unissent, Madagascar.
Voici comment : la France, à la demande du gouvernement malgache, a aidé à développer dans la région le service militaire adapté, déjà mis en place par ailleurs, et avec succès, en Polynésie. Le pays a été divisé en 22 «centres de service militaire», un dans chaque région malgache ; il y en a 18 en milieu rural et 4 en milieu urbain. Ces centres sont dédiés à l’apprentissage des métiers au cours d’un service d’un an. A l’issue, l’Etat malgache donne au titulaire un petit lopin de terre ou un petit patrimoine. C’est un départ d’action pour les ONG. Les fonds viennent de l’Etat, de la France, de l’Union Européenne. Il s’agit de remettre la grande île dans une spirale ascendante.
C’est cela qu’il faut encourager pour que notre souveraineté soit reconnue comme bénéfique et positive dans la Région. Notre coopération ne constitue-t-elle pas un aspect important du développement durable dans le domaine de l’humain ?
Commandant Hubert Dunant, stagiaire Ecole de guerre
Je dirais, pour la Marine, que la priorité est au maintien de la souveraineté. Grâce à l’Action de l’Etat en mer, elle peut exercer le pouvoir judiciaire et faire respecter la loi internationale.
Vice-Amiral ancien commandant dans l’océan Indien
Il n’y a plus d’Armée de Mer mais une Marine nationale qui exerce la souveraineté de la France à l’égard de toutes les mers qui nous sont attribuées.
Bertrand Galimard-Flavigny, journaliste écrivain
Je mets la souveraineté en premier. En tant que marine militaire, son rôle principal, c’est de “sauvegarder”. D’abord sauvegarder la souveraineté française sur les mers du monde qui lui appartiennent. Mais la Marine a-telle assez de bateaux pour faire respecter cette mission première? Je ne le crois pas.
Arnault Réglat-Boireau, commissaire général de la Marine de1ère classe (2S)
Pendant longtemps, on a appelé service public l’action de la marine, des marines, à l’encontre des terroristes, des trafics illicites, des immigrations clandestines, des surveillances des pêches à l’intérieur de nos eaux territoriales en métropole et outre-mer. L’amiral Battet en 2002 lui a substitué le terme de «sauvegarde maritime» . La Marine nationale exerce cette mission au large.
Cette mission de sauvegarde a pris tout son sens aujourd’hui après le débarquement d’un millier de Kurdes sur une plage varoise en 2000 et le coup de tonnerre du 11 septembre 2001. Près des côtes, dans le cadre de l’Action de l’Etat en mer chaque administration est maîtresse de ses affaires dans son domaine de responsabilité en mer : douanes, affaires maritimes, pêches, gendarmerie maritime...
Préfet Roncière, ancien Haut-Commissaire en Polynésie française, ancien Secrétaire général de la Mer
Le rôle premier de la Marine nationale est d’assurer la souveraineté de la France en mer et notamment surveiller les approches maritimes de notre territoire ce qui a d’ailleurs conduit à réarmer plusieurs sémaphores. Son 1 er rôle est d’assurer la défense ; il s’agit d’une force militaire. En haute mer, elle est le seul moyen dont dispose la France pour exercer ces missions. Mais la Marine assure également des missions de sécurité générale, de police en mer notamment pour lutter contre les trafics illicites (drogue dans les Caraïbes), voire contre l’immigration clandestine...
Elle permet de projeter nos forces à l’extérieur et en situation de crise apporte les moyens pour soutenir nos ressortissants (exemple du Liban récemment) ou participer à des opérations humanitaires.
Ses moyens d’observation sont de plus en plus sophistiqués même si certains ne relèvent pas de sa seule compétence (usage des satellites). Il est en effet important d’être bien renseigné pour pouvoir agir efficacement.
Personnalité proche du SGMer
La convention internationale de Montego Bay ( voir en annexe) reconnaît nos ZEE sans la moindre réserve. Si nous sommes présents dans le Pacifique sud et si nous pouvons discuter avec les Australiens, les Néo-Zélandais, c’est parce que la France est présente en Nouvelle-Calédonie. De même, si nous pouvons discuter avec les Américains, les Brésiliens... c’est parce que nous avons des ZEE en Amérique.
Ces territoires sont comme des porte-avions à quai. Ce sont des points d’appui politiques sur le plan international. D’ailleurs, qui en France le conteste sérieusement ?
Isabelle Autissier, navigatrice
Les îles outre-mer ? Ce sont des reliquats d’empire, du temps où nous avions tendance à aller partout dans le monde. Maintenant, si des territoires souhaitent prendre leur autonomie, qu’ils la prennent ! Il existe des endroits très français comme la Guadeloupe, la Martinique, alors, gardons-les ! Il faut s’adapter.
Quant aux océans, ils se gardent tout seuls ! A cette réserve près que nous sommes responsables de nos ZEE : il est donc de la responsabilité de la France de les gérer. C’est notre devoir, notre travail, et d’ailleurs cela nous rapporte un peu d’argent.
Je crois qu’il est un peu dans la mission de la France de faire respecter la législation, en exerçant la police maritime, l’assistance aux populations, aux marins en détresse, en luttant contre la pollution, etc.
Sur le plan international, il s’élève maintenant des voix parmi les nations pour agir en faveur de la préservation des espèces, menacées par les pêches sauvages, la pollution...C’est à nous France de gérer nos ZEE dans ce sens, d’autant que la demande devient de plus en plus pressante d’une année sur l’autre. L’exemple du pillage des mers australes françaises en matière de légine, poisson recherché par les Asiatiques, est un bon exemple de nos responsabilités nouvelles. C’est à ce nouveau titre que la France devient une nation maritime très importante et, du fait de sa puissance, écoutée.
Pierre Maigne capitaine de corvette
La souveraineté. Il faut y croire.. Car attention ! Le risque en France de l’absence d’une politique dynamique de la mer est qu’à plus ou moins longue échéance, notre pays puisse être évincé de ses possessions du Pacifique Sud. La diaspora chinoise est importante et contrôle une bonne partie de l’économie. La Chine a une volonté politique très forte à sa tête et qui a le temps comme partenaire. Il ne lui serait pas très compliqué de prendre la mise.
Michel Rocard, ancien Premier ministre - les terres et les hommes
La responsabilité des 11 millions de km 2 d’océans tient aux terres émergées qu’ils entourent. La souveraineté française ne résistera pas aux drames de la pauvreté : d’où l’importance du développement de ces territoires. Je vais en parler.
Enfin, je ne distingue pas le développement durable et le développement tout court. Pour traiter cela il faut examiner les choses dans une perspective historique.
L’exclusive
Il y en effet un procès historique à faire : on a maintenu naguère comme principe de relation entre France et colonies “l’exclusive”. C’est-à-dire l’interdiction de commercer avec les pays étrangers voisins. Le naissance de cela remonte à nos rois pour qui les colonies étaient faites pour être exploitées pour le seul profit de la métropole. En maintenant l’exclusive on a interdit toute forme de développement économique. C’était la règle quand j’étais ministre du Plan sous François Mitterrand.
Secrétariats permanents
Pour régler le problème il a fallu que je sois Premier ministre. Il fallait sortir de ce ghetto. J’ai donné l’ordre à nos préfets de promouvoir l’insertion du département dans l’ensemble régional. C’est dans cet esprit qu’à l’égard de DOM-TOM, j’ai créé des secrétariats permanents dans trois zones : Pacifique, Océan Indien, Caraïbes. J’ai obligé les préfets, hauts commissaires, ambassadeurs des zones concernées à se rencontrer régulièrement pour établir une ouverture sans laquelle il ne peut y avoir de développement. Pour la présidence de ces réunions, il fallait procéder alternativement. Je me suis inspiré de l’exemple des Agences de Bassin, organismes qui s’occupent des problèmes de l’eau en France et qui ont été créés en 1964 par Yvan Cheret.
Cette organisation fonctionne admirablement bien. La France est divisée en six bassins dont les administrateurs sont des élus, des collectivités locales, des associations, des industriels. Les six directeurs sont deux ingénieurs des Mines, deux ingénieurs des Ponts-et-Chaussées, deux ingénieurs du Génie rural. De sorte qu’aucun grand corps de l’Etat n’en a le monopole. J’ai donc pu créer un équilibre pour la gestion de ces secrétariats permanents partagés entre diplomates et préfets. Les premiers secrétaires généraux se sont passionnés pour cette tâche nouvelle.
En outre, chacun des départements d’outre-mer a reçu le statut de Région. Hélas! le Conseil d’Etat a refusé de fusionner les deux assemblées, départementale et régionale.
Les Contrats de Plan
Enfin, j’ai inventé les Contrats de Plan. J’ai décidé que tous les cinq ans, les territoires devaient s’entendre avec l’Etat pour mettre de l’ordre, dans une négociation d’égal à égal. Depuis ces contrats, on peut dire que les départements d’outre-mer ont vocation à penser leur avenir, et peuvent en outre passer des contrats de développement avec les pays étrangers voisins.
Mais par l’affaire de la betterave, la métropole a failli asphyxier nos DOM. Elle a préféré favoriser le sucre provenant de la betterave métropolitaine, oubliant ainsi que Bonaparte avait créé cette méthode de production sucrière pour répondre au blocus anglais. Cette mesure de faveur a ainsi très affaibli la production du sucre local en Martinique, Guadeloupe, Réunion, ce qui a fragilisé le développement économique de ces pays.
Je dirai en conclusion qu’avec l’inversion de “l’exclusive” par les “secrétariats permanents” et les “Contrats de Plan”, j’ai, je crois, commencé à remplir les conditions du sauvetage de ces régions.
L’Outre-Mer, il faut y penser, avoir des idées, sinon c’est l’assistanat permanent et en cas de crise, la pauvreté qui revient.
Alain Pierret, ambassadeur de France
En Antarctique, nous avons un accord avec l’Italie concernant la base polaire de Concordia . Il est sûr que pour alimenter cette zone, il faut avoir des moyens maritimes.
Rappelons-nous l’action de la France en 1983 quand le Vanuatu, après son indépendance, a enlevé la plaque de souveraineté des îlots Matthew et Hunter qui font partie de la Nouvelle-Calédonie et l’a remplacée par le drapeau du Vanuatu. Ces îlots situés à 500 km à l’est de la Nouvelle-Calédonie induisent une ZEE considérable. La France y a rétabli sa souveraineté.
Dominique Nasse CV(H) rédacteur-en-chef de la revue « la Baille », revue de l’association des anciens élèves de l’Ecole navale
Une histoire vraie
Q - Pouvez-vous nous raconter votre mission de souveraineté sur les îlots Matthew et Hunter, en 1975 ?
Un matin d’octobre 1975, Marine Nouméa apprend que dans la nuit, un chalutier soviétique a signalé une fusée rouge, à environ 300 nautiques dans l’Est de la Nouvelle-Calédonie.
L’avion de patrouille maritime Neptune P2V6 de la 9S, en train de décoller pour une patrouille dans le grand lagon nord-ouest, reçoit une autre mission : aller voir à 300 nautiques dans l’est, qui a bien pu tirer une fusée rouge. En survolant Matthew pour caler ses recherches, il aperçoit sur le rivage des naufragés en train de lui faire des signes frénétiques, et sur la côte un chalutier raïwanais durement échoué. Il leur lance aussitôt un sac de farine ( !) avec lequel ils écrivent dans le sable qu’ils sont 20, sur l’île depuis trois jours.
Avec la Bayonnaise, je reçois l’ordre d’aller les chercher. Trente heures plus tard, nous approchons de Matthew par nuit sans lune, en zodiac. La falaise de Matthew, îlot volcanique, est en basalte noir et tombe verticalement sur une petite plage de sable noir. Au rythme de la houle, une plage blanche de ressac, et en haut de la plage, un feu rougeoyant qu’ont allumé les naufragés. En approchant, on les découvre, tous debout derrière le feu, tous coiffés d’un bandeau blanc. Pour nous, c’est un moment intense d’exercice de notre métier. Pour eux, la certitude de survivre. L’image est pour moi inoubliable. Retour à Nouméa.
L’événement a aussitôt provoqué une réflexion au niveau gouvernemental, qui a fait apparaître qu’il était bon de confirmer la souveraineté française sur les îles Matthew et Hunter. Le traité de Montego Bay, en 1982, allait attribuer aux îles rattachées aux Etats signataires une Zone économique exclusive (ZEE) de 200 milles de rayon : en 1975, cette disposition était déjà en gestation. Cette ZEE représentait pour les îles Matthew et Hunter 270 000 km 2 de surface océanique, équivalente à la moitié de la surface de la France métropolitaine.
On a donc renvoyé deux mois plus tard la Bayonnaise pour sceller des plaques de souveraineté, en bronze, indiquant que ces deux îles étaient sous la souveraineté française.
Les Nouvelles-Hébrides, qui étaient à l’époque un condominium franco—britannique, sont devenues indépendantes en 1980 et ont formé la république indépendante du Vanuatu. En 1983, un yacht fut envoyé par ce nouvel Etat pour desceller la plaque sur Hunter. Ensuite il devait se rendre à Matthew ...lorsque la Dunkerquoise l’en empêcha. Ce qui ne dispensa pas, à l’époque, Radio-Australie d’annoncer que le Vanuatu avait pris possession des deux îlots. Mais la France décida d’y assurer désormais la présence de détachements militaires.
N.D.L.R . — 1) Aujourd’hui en 2008, le contentieux n’est pas tout à fait levé entre la France et Vanuatu sur cette question sensible. La France vient même de demander de ne pas compter ces îlots sur le plateau continental de la Nouvelle Calédonie....
2) Par ailleurs, après l’arrêt des essais nucléaires, nos relations avec l’Australie ont changé, pour arriver à un point de bonne entente telle que ce pays demande à la France, d’augmenter le nombre de ses patrouilleurs dans les ZEE qui lui sont adjacentes - Nouvelle Calédonie et TAAF - par désir de mutualiser nos forces dans la lutte contre toutes sortes de nuisances qui affectent ces régions océaniques et dont l’une des principales est le pillage des océans.
CHAPITRE 3
Points prioritaires à développer
Question :
Quels sont, selon vous, les points que la Marine (les 5 marines) pourrait développer plus particulièrement pour améliorer la mise en valeur de ces Océans ? De ces îles ?
Militaires (défense des possessions, exercices interarmées et internationaux, formations des jeunes îliens, formation des réserves...),
Maritimes (routes maritimes, cartographie, courants, sauvetage, relations avec bateaux scientifiques),
Policières (surveillance des narcotrafics, immigrations et pêches illicites), Diplomatiques (relations avec les autres nations, escales),
Humaines et Relationnelles (médias, opinion, marines et états voisins, escales) Scientifique - Environnementales
Marine marchande (routes maritimes, ports, etc) ?
Réponses des interviewés
Militaire
Conférencier des Mardis de la mer — militaire d’abord
Militaire. Il n’y a pas assez de bateaux pour exercer toutes nos responsabilités maritimes, quel que soit leur objet. D’ailleurs ils naviguent de moins en moins. Il faut reconnaître que la Marine nationale elle-même diminue quantitativement : c’est ainsi que, pour la première fois depuis quarante-cinq ans, il n’y a pas de groupe aéronaval permanent. Pour cela, il nous faut un deuxième porte-avions dans les meilleurs délais.
Faute d’une Marine nationale suffisante, la France ne peut pas être à la hauteur de ses responsabilités qui sont grandes. Sans parler de ses missions de marine de guerre et du respect de ses alliances, c’est une lourde tâche de surveiller une zone de 11 millions de km 2 . Elle devient de plus en plus difficile quand il s’agit de faire respecter l’environnement maritime puis le développement durable.
Enseigne de vaisseau F.O. Corman - militaire
Mon avis est qu’il faut porter l’effort partout.
A commencer par l’effort militaire : à l’Ecole Navale, les «Bordaches» (élèves de Navale) ont l’impression que la Marine ne fait pas assez de bateaux “mili”. Par exemple, les frégates de surveillance n’ont pas d’armement sous-marin ; certes, les frégates type La Fayette en sont un peu plus nanties. Les frégates Horizon , voilà enfin des bateaux armés ! Si l’on continue à vouloir ne faire que des bateaux du genre Mistral, on risque de montrer que l’on néglige les armements des bateaux de guerre.
Militaire et Policier
Al L. — militaire et policier
Il y a 40 ans il y avait dans la Marine nationale trois cents bâtiments de surface, aujourd’hui on n’en compte environ cent. Il résulte de ce fait que malgré les progrès de la technique, le don d’ubiquité de la marine n’est plus le même, sa présence physique allant en diminuant. Il est vrai qu’il existe des moyens de surveillance par satellites. Mais ils sont encore insuffisants qualitativement et quantitativement. Et puis il faut des bateau pour intervenir à leur signal.
Vice-amiral F — militaire et policier
Mon classement est à l’évidence en premier militaire, en second maritime. Je dirais que le terme maritime inclut la marine marchande.
Militaire et maritime : En 1991-92 dans la guerre du Golfe au moment de l’embargo sur l’Irak, nous contrôlions toutes les voies maritimes, spécialement la voie maritime qui passe par le détroit de Tirana, au nord-est de la Mer Rouge, vers Akaba où débarquaient tous les matériels qui étaient acheminés par une seule route vers l’Irak. Nous bloquions bien sûr l’approvisionnement en essence.
Les forces en place étaient à 85% américaines, à 12% françaises, le reste se partageait entre d’autres puissances dont les Saoudiens, lesquels n’envoyèrent qu’un bateau pendant un jour. La France avait sur zone en permanence une frégate avec mission d’exercer un droit de visite avec les commandos marine. Sa participation fut particulièrement efficace et appréciée : au bout d’un certain temps, les matériels débarqués formaient à Akaba un gigantesque parc, en panne.
Troisième au classement : l’aspect policier - narcotrafics, immigration et pêches illicites
Le reste, c’est si on a le temps
Du diplomatique, de l’humain, il faut en faire, mais ce n’est pas notre mission première. Ce n’est pas le métier de fond de la Marine. Il n’y a plus d’armée de mer mais une Marine nationale qui exerce la souveraineté de la France à l’égard de toutes les mers qui sont à elle.
Par différence, on voit qu’on ne demande pas à l’armée de terre de contrôler le territoire métropolitain. Alors que ce contrôle sur mer, c’est le rôle de la Marine, et un peu de la Douane.
C’est normal. Je prends un exemple : j’ai un hectare de terre. Bon. Si je ne puis le contrôler, en suis-je vraiment le propriétaire? La propriété, c’est l’affirmation de la possession Exemple : la légine, poisson très cher, est souvent pêchée en Océan Indien par des Asiatiques, presque toujours illégalement. Avec le navire l’Albatros, nous exerçons notre contrôle.
De toute façon, notre droit reste imprescriptible. Le contrôle de ces zones impose de mettre en œuvre des moyens nautiques, qui ont un coût. Coût de surveillance, coût d’occupation.
Iles garnisons
Allons plus loin : dans nos ZEE, il y a ce qu’on appelle «les Iles Eparses» de l’Océan indien et du canal du Mozambique - Tromelin

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