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Milicianisation et engagement politique au Congo-Brazzaville

De
188 pages
Avec les processus de démocratisation des années 1990, les grandes formations politiques ont dû créer différentes milices politiques (Ninjas, Cobras, Cocoyes) et bandes armées (Zoulous, Mambas, Nsilulu...), l'auteur met en lumière la dynamique des processus de formation des milices politiques, les enjeux de la mobilisation partisane des jeunes sur la base des identités ethno-régionales et politiques et la pertinence du phénomène milicien en relation avec l'engagement politique.
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Milicianisation et engagement politique au Congo-Brazzaville

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01347-3 EAN : 9782296013476

Etanislas NGODI

Milicianisation

et engagement politique au Congo-Brazzaville

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Harmattan Hongrie Espace Fac..des L'Harmattan Sc. Sociales, BP243, Université Kinshasa Pol. et Adm. ~

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- RDC

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus Lamine TIRERA, Abdou Diouf et l'Organisation Internationale de la Francophonie, 2006. Wilfrid DANDOU, Un nouveau cadre constitutionnel pour le Congo-Brazzaville, 2006. Augustin RAMAZANI BISHWENDE, Église-Famille de Dieu dans la mondialisation, 2006. Grégoire BIYOGO, Histoire de la philosophie africaine, 2006. Tome I : Le berceau égyptien de la philosophie Tome II : La philosophie moderne et contemporaine Tome III : entre la postmodernité et le néo-pragmatisme Mamadou Aliou Barry, Guerres et trafics d'armes en Afrique, 2006. Rudy MASSAMBA, L'Afrique noire industrielle, 2006. André-Hubert ONANA MFEGE, Les Camerounais et le général de Gaulle, 2006. André-Michel ESSOUNGOU, Justice à Arusha, 2006. Alexandre GERBI, Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine, 2006. Nicolas METEGUE N'NAH, Histoire du Gabon, 2006. P.-C. BAKUNDA ISAHU CYICARO, Rwanda. L'enfer des règles implicites, 2006. J. TAGUM FOMBENO, L'action des syndicats professionnels

en Afrique noire francophone, 2006.
J. F. MAKOSSO KIBAYA, L'information stratégique agricole en Afrique, 2006. M. ELOUGA, V. NGA NDONGO et L. MEBENGA T AMBA (eds), Dynamiques urbaines en Afrique noire, 2006. Djibril DIOP, Décentralisation et gouvernance locale au Sénégal, 2006. Camille KUYU, Les Haïtiens au Congo, 2006. Adama GA YE, Chine - Afrique: le dragon et l'autruche, 2006. Ali CISSÉ, Mali, une démocratie à refonder, 2006. Jerry M'PERENG DJERI, Presse et histoire au CongoKinshasa, 2006.
"

Ce livre est le résultat des enquêtes de terrain menées dans les villes congolaises auprès de jeunes miliciens. La collecte des données nous a permis de développer les points de vue qui n'engagent que l'auteur de ce travail. Nous n'avons nullement la prétention d'écrire en totalité l'histoire des milice au Congo, car comme le souligne le professeur congolais Théophile OBENGA
« L'histoire est difficile à occulter, tant que vit l'humanité))

INTRODUCTION
La démocratisation au Congo-Brazzaville, débutée avec la conférence nationale de 1991 a été émaillée près de dix ans durant par des conflits armés qui ont déstructuré la vie politique et économique nationale. Dans le contexte de belligérance des années de la première transition démocratique, le pays a été comme pris en otage par des milices politiques de diverses obédiences. Les jeunes y ont joué un rôle déterminant à la fois comme acteurs et victimes de la situation qualifiée par certains spécialistes de crisogène et conflictogène qui a inauguré la culture milicienne. Les différents conflits armés ont eu pour conséquence immédiate au plan social, la mobilisation, l'engagement, la manipulation et l'instrumentalisation des jeunes dans les milices politiques dans le but de conserver, conquérir ou reconquérir le
POUV01r.

La démarche historique et sociologique semble nécessaire pour mieux comprendre la dynamique des processus de formation des milices politiques et les enjeux de cette mobilisation partisane des jeunes sur la base de la manipulation partisane des jeunes sur la base de la manipulation des identités ethno-régionales ou politiques. La montée à tous les niveaux des comportements déviants ne cesse d'inquiéter de nombreuses collectivités. La milicianisation traduit le processus de radicalisation, de mobilisation et d'émergence des milices dans le champ social. Elle est de plus en plus remarquable dans les pays en situation de guerre. C'est le cas du Libéria, de la Sierra-Léone, du Soudan, de l'Ouganda, de la Côte d'Ivoire, du Rwanda, de la Somalie, de la République Démocratique du Congo. Ce phénomène laisse émerger de nombreux acteurs dont les enfants soldats, les seigneurs de guerre, les jeunes, les marchands d'armes et trafiquants de drogue, les multinationales et sociétés écrans impliquées dans les réseaux d'élite, les leaders politiques, les écuries...

8 La milicianisation montre la volonté de ces acteurs sociaux que sont les jeunes à se valoriser et à se reclasser au sein d'une société en crise qui est la leur. L'introduction de nouvelles logiques de régulation du jeu politique et surtout la socialisation d'une culture politique autoritaire apparaissent impérativement aux yeux des observateurs et analystes comme des moyens d'accumulation économique et symbolique. Notre intérêt dans cet ouvrage est de traiter de la question du destin des milices politiques, partagées entre intégration et sabordement. Le phénomène des milices n'est pas une nouveauté. Il remonte aux années 1964 avec des répercussions politiques sur la scène congolaise. Il s'est amplifié avec la démocratisation des années 1990. Il nécessite de ce fait une approche analytique qui à notre avis tiendrait compte de la perspective historique fondée sur la base des données empiriques, la dimension économique, sociologique et anthropologique et la dynamique structurelle actuelle. Dans cette étude, nous traiterons de l'historicité du phénomène milicien au Congo-Brazzaville, la dimension du phénomène à l'ère de la démocratisation des années 1990 puis l'engagement et la recomposition de l'imaginaire du milicien congolais et enfm la géostratégie de la violence milicienne. Cette étude sur les milices politiques du Congo-Brazzaville est loin d'être une simple compilation des travaux des spécialistes, mais une revue critique de la littérature existante et surtout l'interprétation des résultats de nos enquêtes de terrain dans les lieux de résidence des miliciens tant en zones rurales qu'en zones urbaines Dans la trajectoire de cette réflexion, il sied de signaler malgré le caractère parcellaire et partisan de la littérature, l'ampleur et le volume des connaissances disponibles sur le phénomène des milices politiques au Congo. De nombreux auteurs congolais ont abordé cette question à savoir Rémy Bazenguissa (1996,1998), Patrice Yengo (1998), Joseph Tonda et Henri Ossebi (1998), Dorier Appril (1997), etc., sous différents angles.

Première Partie

HISTORICITE DU PHENOMENE MIUCIEN

CHAPITRE I
COLONIALE
Dijinitions

DES MILICES

du concept de milices

L'usage du terme milice au lieu de bande armée ou groupe d'autodéfense prête parfois à confusion. D'où la nécessité d'une défmition claire et nette des concepts. Malgré l'abus de langage, on appelle milice, les bandes privées, armées illégalement, voire et surtout clandestinement par des leaders politiques pour assurer leur sécurité. D'après le Larousse élémentaire, la milice est un corps de troupe, une armée, une formation paramilitaire organisée en vue d'une action temporaire de police ou de guerre. Selon le Petit Larousse, la milice est une troupe levée dans les communes pour renforcer l'armée régulière ou encore une organisation paramilitaire constituant l'élément de base de certains partis totalitaires et de certaines dictatures. Toutes ces conceptions peuvent être applicables au Congo-Brazzaville. C'est pourquoi il apparaît important de voir la structure du phénomène milicien à l'origine. En effet, le phénomène des milices se reproduit en plusieurs séquences historiques qui reflètent le contexte de leur naissance et de leur développement. Le milicien est une figure familière du paysage politique congolais. Pourtant, les avis parmi les observateurs du champ politique congolais divergent sur l'origine et la naissance du phénomène des milices. En effet, sur les milices qui restent intrinsèquement liées à l'exercice des violences dans le champ politique congolais, nombre d'observateurs et d'analystes du système politique confondent souvent les événements générateurs desdites violences avec les acteurs eux-mêmes.
Naissance des milices coloniales

Pour légitimes et indignées qu'apparaissent les opinions respectables autour des milices et du bilan de leur action, la référence à la problématique de l'Etat colonial et à sa genèse en Afrique Centrale permettrait de mieux situer les origines du

12 phénomène milicien. En effet, l'histoire de l'Etat en Afrique Centrale permet d'observer l'émergence du phénomène des milices en concomitance avec les sociétés concessionnaires au Congo belge et au Congo français1. La référence à la problématique de l'Etat colonial (Français ou Belge), à sa genèse en Afrique centrale permet de dater de manière heuristique la naissance des milices dans cet espace. La naissance des milices est concomitante aux sociétés concessionnaires au Congo français et dans l'Etat indépendant du Congo. Coquery-Vidrovitch évoque l'origine des milices employées comme des forces supplétives ou auxiliaire des troupes coloniales, des milices d'occupation 2. L'origine coloniale des milices est corroborée par Pierre l<.alck dans la biographie consacrée à Barthélemy Boganda, député et 1er Président de la République centrafricaine. « Les sociétés (concessionnaires) engagèrent, sous prétexte d'assurer leur sécurité et la garde de leurs produits et marchandises des milices privées, recrutées dans les colonies de la côte ou d'anciens membres de la force publique du Congo léopoldien. Rassemblés à coup de fouet par ces miliciens, les villageois étaient transférés dans les camps éloignés de leurs villages... »3. Il existe des témoignages accablants sur les exactions commises sur les populations par les milices coloniales, privées ou publiques, dans le cas des forces auxiliaires aux gardiens. En effet, les excès commis par les milices des compagnies concessionnaires sont à l'origine de la mission d'enquête confiée à De Brazza le 15 février 1905. Les exactions commises par ces milices ont eu un grand retentissement comme le dit Nzaba Komada: «Partout sanglante et inhumaine, la colonisationatteignit sans doute les limites de l'horreur dans ce bassin du Congo, où elleprit franchement la forme d'un génocide, et il s'en fallut de peu qu'elle n'ait abouti, comme en certaines
contrées du continent américain, à l'extermination totale »4.
1 DEPELCHIN cr.), De l'Etat indépendant du Congo au Zaïre contemporain (1885-1974). Pour une démystification de l'histoire économique et politique. Dakar, Codesria, Karthala. 2 Le Congo au temps des compagnies concessionnaires, 1898-1930, Paris, Mouton, 1972,

pp. 91-94. 3 KALCK (p.), Barthélémy BOGANDA - Elu de Dieu et des Centrafricains. Paris, Sépia, 1995, p. 27. 4 NZABA KOMADA-YAKOMA (R.), L'Afrique centraleinsurgée- La guerre du Kongo- Warra- 1928-1931, Paris, L'Harmattan, 1986, p. 10.

13 Or, Aimé Césaire5 assimile la «mission civilisatrice» coloniale à la barbarie dans laquelle les milices portèrent une lourde charge. Sous l'Etat colonial, les milices ont sévi comme forces supplétives des effectifs du corps des Gardes-cercles bénéficiant du vaste territoire de l'Empire. Ces gardes servaient avec une redoutable efficacité dans les «Territoires» d'où ils étaient « étrangers ». Au Moyen-Congo, les miliciens coloniaux étaient reconnaissables à leur coiffure constituée de chéchias rouges et portaient très souvent les noms de «Mbou/ou-Mbou/ou» et de
« Tougourous ».

Chez les Bandas Yanguére en Oubangui-Chari, nous rapporte Pierre IZalck « les Blancs venaient faire la queue pour obliger à la récolte du caoutchouc avec leurs Tougourous étaient confondus avec ces ennemis »6. L'implication des congolais dans la politique remonte de la période de la Deuxième Guerre mondiale entre 1939 et1945. Les compétitions électorales successives opposant trois personnalités influentes que sont Jean Félix Tchicaya, leader du Parti Progressiste Congolais (PPC), Jacques Opangault, président du Mouvement Socialiste Africain (MSA) et de l'abbé Fulbert Youlou, fondateur de l'Union Démocratique et de la Défense des Intérêts africains (UDDIA). La période coloniale au Congo est caractérisée par une série de crises socio-politiques ouvertes, traduisant une instabilité chronique. Il est à noter que, les pouvoirs coloniaux ont introduit des frustrations idéologiques dans les instances de gestion de pouvoir dans la plupart des colonies. La politique de « diviser pour mieux régner» traduit l'incapacité de l'élite politique postcoloniale de construire un Etat capable de transcender et de sauvegarder les intérêts nationaux. L'événement le plus couramment invoqué reste la guerre de 1959 et sa prégnance sur la conscience politique des acteurs politiques, entrepreneurs ou exécutants des basses besognes que sont les milices. La prégnance de cet événement apparaît à travers les analyses comme celles de J.M. Wagret7 ainsi que les
5

A. Césaire Discours sur le colonialisme, aris, Présence Africaine, 1955. P
générale du

6 Kalck (p.), op. cit., p. 31. 7 J.M. WAGRET. Histoire et sociologiepolitiques du Congo, Paris, Librairie Droit et de Jurisprudence, 1961.

14 développements plus récents comme ceux de Rémy BazenguissaGanga8 ou Tsamouna l<.itongo9. L'instrumentalisation des clivages ethniques explique en grande partie la difficile construction de l'Etat-nation au Congo. L'antagonisme entre les partisans de l'UDDIA (Bakongo) et ceux du MSA (Bangala) en 1959 traduit l'allure d'un conflit ethnique entre les nordistes et les sudistes. Les jeunes s'organisent en groupements ethniques pour lutter durant les journées sanglantes de février 1959. L'impulsion visionnaire qui a modelé l'Etat congolais consistait à réorganiser, remodeler et reconstituer les communautés. Ce qui laisse apparaître l'échec dans la mesure de la captivité du pouvoir. Le régionalisme et le clientélisme prennent aussitôt place dans le champ social. La mobilisation des jeunes dans les différents groupements associatifs et politiques au lendemain de la guerre de 1959 inaugure une période de ré dynamisation de la jeunesse congolaise. L'histoire devait se faire de continuité et de ruptures, de permanences et de changements. A cet égard, l'émergence des mouvements syndicalistes et des groupes d'études communistes annonce l'ère du socialisme congolais. L'autre événement structurant du champ politique congolais qui a servi à poser des balises et à nourrir l'imaginaire des entrepreneurs de tous ordres est la Révolution de 1963 et l'action prépondérante menée par les milices dont la naissance serait concomitante à cet acte fondateur. Cette confusion se donne à lire chez Bonnafé10 et chez Obengall. La matérialisation de la déconfiture de la situation devient palpable en 1963 avec la Révolution congolaise de 1963. Au moment des indépendances en 1960, le Congo s'est doté d'une armée nationale avec l'aide de la France. Or, la France a toujours considéré l'Afrique comme un réservoir de soldats pour sa politique et la défense de ses intérêts dans l'Empire. Faute
8

BAZENGVISSA-

GANGA

(R.), us

voies du politique au Congo. Essai de Sociologie

politique. Paris, Karthala, 1997, 459 p. 9 TSAMOVNA KITONGO, «Ethnies et urbanité dans la lutte politique au Congo après 1959» in Africa revista di studi e documentazione dell'instituto Italano - Africanon, Anno XLV, n° 4, déco 1990, pp. 665-679. 10 BONNAFE (p.), «Vne classe d'âge politique, la JMNR de la République du Congo-Brazzaville» in Cahiers d'Etudes Africaines, vol. XIII, 1968, pp. 327-368. 11 OBENGA (rh.), Histoire sanglante du Congo-Brazzaville 1959-1997 - Diagnostic
d'une mentalité politique africaine. Paris, Présence Africaine, 1998.

15 d'une Nation et en présence d'un Etat composé d'une pluralité d'ethnies/nations, l'armée post-coloniale était loin d'être une armée nationale au sens général du terme. Avec les indépendances, la confusion qui règne dans la répartition des fonctions entre les forces armées chargées de la défense et les forces de sécurité (police, gendarmerie) se répercute dans la création et l'utilisation de l'armée au détriment des revendications populaires. La conscription supposée rassembler toutes les ethnies, concerner toutes les forces vives de la société ne sera jamais appliquée. Devant l'utilisation controversée de l'armée, la militarisation des classes sociales et la politisation de l'armée, la frustration des couches marginalisées ne tardent pas à mettre en jeu la lutte des classes d'âge. Elle est soumise à des contraintes provoquant sa dénaturation par rapport au schéma de la spécificité militaire. Ce chapitre préliminaire met en évidence l'origine coloniale des milices au Congo-Brazzaville. L'évolution contemporaine du phénomène milicien s'inscrit dans cette perspective. Ce sont surtout les milices révolutionnaires et populaires qui vont dans la mémoire collective tramer l'histoire politique du Congo-Brazzaville.

CHAPITRE II
LES MILICES REVOLUTIONNAIRES Les mutations intervenues dans l'empire français ont été le résultat de l'action conjuguée des élites politiques dans les colonies. Le processus de réformes a abouti aux indépendances en 1960. Au Congo, l'abbé Fulbert Youlou devient le premier Président de la République. Les tergiversations de la construction de l'Etat post- colonial conduisent à la chute de ce dernier et à l'instauration d'un système révolutionnaire dès 1964. Ce nouveau système politique de gestion monopartite a débouché sur la succession de nombreux coups d'Etat, les luttes de pouvoir, le fractionnement socio-politique, la déconfiture de l'élite et surtout la dégradation économique et sociale. La mise en place des polices parallèles amorce l'ère de la milicianisation du champ politique au début des années 1960. Le processus de formation des milices dites révolutionnaires nécessite que l'on revienne sur le contexte qui a entraîné la naissance de ce phénomène et les enjeux de la militarisation de la jeunesse congolaise. La formation des milices révolutionnaires trouve son fondement dans un contexte historique précis marqué par une crise multidimensionnelle qu'il faille étudier et décortiquer.
Militarisation Révolutionnaire

La mobilisation syndicale d'août 1963 avait abouti à la chute de l'abbé Fulbert Youlou. Ces manifestations entreront dans l'histoire du Congo sous le nom prestigieux des Trois glorieuses12. Les racines de la mobilisation engagée par les syndicalistes contre le régime de Fulbert Youlou entre le 13 et le 15 août 1963 trouvent leur fondement dans le séjour de Sékou Touré à Brazzaville juin 1963, la volonté présidentielle de révision des accords de coopération avec la France, l'hostilité de la hiérarchie ecclésiastique, la mauvaise gestion économique, le lâchage
12

NSAFOU,

G. Congo: de /0 démocratie à la démocrature, Paris, L'Harmattan,

1996,

p. 19

18 politico-messianique des matsouanistes et le projet mal négocié du parti unique.13 La Révolution congolaise a marqué le coup d'envoi de l'effondrement des régimes installés à l'indépendance. Avec le basculement du Congo dans le camp socialiste) l'armée devait subir plutôt une réorientation générale dans le cadre du socialisme scientifique. La mise en place des milices révolutionnaires obéit donc à la logique de dissension entre les forces armées incapables de s'adapter au nouveau système idéologique et les autorités politiques fortement ancrées dans les discours socialistes. A la suite de la démission de l'abbé Fulbert Youlou le 15 août 1963, c'est Alphonse Massamba-Débat qui le succède. Le parcours du militantisme incite de voir la contribution de cette figure politique dans la formation des premières milices au Congo. Ce processus se réalise en deux temps: la mise en place du système socialiste puis la formation de la J:MNR et la défense civile.
Mise en p/ace du {Ystème socia/iste

Dans l'effervescence révolutionnaire issue des journées des Trois glorieuses, Massamba-Débat s'appuie sur de nouvelles figures en créant le Mouvement National de la Révolution (:MNR) ainsi que les organes de masse comme la Jeunesse du Mouvement National Révolutionnaire, des femmes à travers l'Union Révolutionnaires des Femmes du Congo et la Confédération Syndicale Congolaise. Malgré son attachement au socialisme bantu et sa résistance feutrée contre la politique des nationalistes tout azimut, Massamba-Débat céda sous la pression des enrayés du :MNR, les maoïstes et les autres. Il s'ensuit une cacophonie autour du concept de socialisme au Congo. Dans les Etats issus de la décolonisation, l'option socialiste a été le corollaire de l'anticolonialisme. Elle supposait une démarche et un processus révolutionnaire en rupture avec le modèle antérieur qualifié de néo-colonial et anticommuniste. Dans le cas du Congo, le choix du socialisme impliquait l'alignement du
13Lire BERNAULT, F. Démocraties
ambiguës Paris, L'Harmattan,

en Afrique centrale Paris, Karthala, 1996 GANGA, Voies du politique au Congo, - BAZENGUISSA-

1997