Mobiliser les énergies, mobiliser les territoires

Mobiliser les énergies, mobiliser les territoires

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Français
267 pages

Description

Cet ouvrage présente la politique locale de sécurité routière et son dispositif, analyse son fonctionnement, ses résultats, et propose des principes méthodiques et des outils pour la conception et la mise en oeuvre d'une politique publique nationale territorialisée. Il s'ouvre sur les témoignages de six délégués interministériels à la sécurité routière.

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Date de parution 04 décembre 2018
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EAN13 9782336857770
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Yvon Lebas, Michèle Mazo, Philippe Perret, Françoise Steinhart et Bruno Thiberge
Mobiliser les énergies, mobiliser les territoires La politique locale de sécurité routière de 1982 à 2008
© L’Harmattan, 2018 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr EAN Epub : 978-2-336-85777-0
SIX DELEGUES INTERMINISTERIELS A LA SECURITE ROUTIERE TEMOIGNENT
Témoignage de Pierre MAYET REAGIR
Nommé depuis quelques mois Délégué Interministériel à la Sécurité Routière et Directeur de la sécurité et de la circulation routières, je faisais l’inventaire des nouveaux moyens disponibles pour accomplir cette mission. Alors que les moyens mis e n œuvre jusque-là par la loi, et de grandes communications nationales, avaient produit leurs ef fets, et semblaient s’épuiser (de plus de 17 500 morts par an – on était passé à 12 500)… Depuis trois ans, on ne progressait plus.
J’envisageais d’agir dans deux directions nouvelles : √ La formation du conducteur, ce qui a conduit à l’ apprentissage anticipé de la conduite à 16 ans, √ Mais surtout de décentraliser l’animation de la politique de sécurité routière au niveau de la proximité, et pour cela, je pouvais compter sur la confiance que j’avais dans le réseau territorial de l’administration de l’Equipement.
Je venais d’amorcer un programme « objectif -10 % » cherchant à susciter attention et émulation à l’échelle territoriale des départements. L’idée était simple : il s’agissait de faire un challenge des statistiques annuelles des accidents dans le département, en animant la communication et en réalisant des actions concrètes sur le réseau routier géré par les DDE ou par les illes avec un objectif de réduction de 10 % dans les statistiques d’accident.
Mais aussi je cherchais à connaître ce que la recherche sur la sécurité routière avait à dire. J’avais ainsi décidé de rencontrer sur place à Aix-en-Provence une équipe de recherche de l’ONSER qui travaillait sur la phénoménologie de l’accident ; c’est un événement brutal qui survient et se déroule en quelques secondes, pour les acteurs et victimes ou témoins qui sont des personnes ordinaires comme nous le sommes tous. Ils rencontrent soudain le drame et ses conséquences. L’équipe de recherche animée par M. Fernandez intervenait « à c haud » sur les accidents survenant sur le territoire relevant du CHU et du SAMU pour effectuer une enquête permettant de reconstituer les circonstances et le déroulement de l’accident avec tous les facteurs impliqués, la mobilisation des secours et leur intervention dans la prise en charge médicale des victimes et les dommages à long terme y compris les conséquences familiales, afin d’avoir une vue complète sur l’accident et toutes ses conséquences. Les récits de ces reconstitutions m’avaient frappé par la force dramatique de l’émotion que j’avais éprouvée.
Au retour de ce voyage à Aix, j’étais décidé à m’engager et à faire partager par le plus large public cette émotion provenant de ce type de connaissances phénoménologiques de l’accident, au bénéfice d’une conscience plus aiguisée des responsabilités et des risques de la sécurité routière.
J’ai la mémoire précise de la réunion de travail qu e j’ai tenue dans mon bureau avec Jean-Paul Morel, mon adjoint, pour un premier débriefing de ce que j’avais ressenti à Aix, et voir comment la force émotive d’enquêtes comme celles-ci pouvait-el le être mise à contribution, pour que la communication en sécurité routière puisse émettre u n message de vérité et de conscience à même de toucher chacun dans l’expérience intime de sa propre vie et de sa propre manière de conduire.
Avec Jean-Paul Morel, devant notre paperboard, notre discussion portait sur le moyen de passer à l’acte ou la force de l’émotion révélée par ce type d’enquête viendrait mobiliser la force d’agir, la force de réagir. Réagir ! Nous en étions là. Et, soudain, l’acronyme s’impose avec la force d’une évidence : Réagir par des Enquêtes sur les Accidents Graves, et des Initiatives pour y Remédier. C’est la naissance de l’idée. Il ne reste plus qu’à définir le projet : 10 000 accidents mortels ou graves par an, autant dire 200 par semaine, soit en moyenne deux par département, donc autant de communications de proximité dans la presse quotidienne régionale. La méthodologie de ces enquêtes n’est pas celle de l’approche scientifique et doit
s’adapter à un pragmatisme territorial, en mobilisa nt la compétence des corps de métier impliqués (gendarmerie, police, services de secours pompiers et SAMU, gestionnaires de réseau routier, réparation automobile et même de la pratique de la conduite). effectifs ne pouvaient qu’être des professionnels du territoire motivés et volontaires, car Les nous ne disposons pas de capacité de financement de leurs interventions. C’était donc une idée folle ! Ça l’était d’autant plus que très vite, nous avons vu que notre idée se heurtait à une réalité incontournable, celle de l’enquête judiciaire qui f aisait intervenir police ou gendarmerie sous le contrôle de la Justice. J’ai tenté ma chance auprès du directeur général de la gendarmerie qui m’a confirmé que c’était en effet tout à fait impossible de faire participer de s gendarmes à une enquête autre que l’enquête judiciaire. Mais devant mon insistance, il m’a offert une chance de pouvoir effectuer une expérience avec des gendarmes à qui il permettrait de participer à cette deuxième enquête. Je n’ai jamais cessé de remercier Monsieur Barbeau pour avoir permis cette expérience, telle qu’elle a pu se développer pendant plus de 20 ans. La participation des médecins du SAMU a été un extraordinaire moteur dans le développement des enquêtes. Je me souviens du colloque ou 300 d’entre eux sont venus à Paris rue des Saints-Pères (à côté de l’ancienne faculté de médecine) pour rendre compte de leur toute fraîche expérience et pour discuter des conditions de leur participation aux équipes de REAGIR. Le directeur général de la santé a pris la parole pour dire non à tout ce que les mé decins demandaient ; j’ai dû, comme Délégué Interministériel, contredire mon collègue et intervenir en disant qu’ils le faisaient déjà, démontrant que c’était possible. Il ne fallait pas que ces 300 médecins volontaires puissent repartir complètement découragés.
Je veux dire ma reconnaissance et mon admiration po ur le degré exceptionnel de motivation de l’équipe nationale de REAGIR, du réseau des formateurs qu’ils ont su recruter, et qui a permis de recruter et de former 6000 inspecteurs départementaux de la sécurité routière et aussi, de certaines équipes territoriales qui ont su innover, inventer des communications créatives et des réalisations originales. Je veux les remercier pour la fécondité de leurs engagements et la qualité de leurs coopérations. Lorsqu’aujourd’hui on fait avec un peu de recul l’évaluation du programme REAGIR, on s’aperçoit qu’il a conduit à une diffusion à l’échelle nationa le de nouveaux savoirs pragmatiques sur la conduite automobile et la maîtrise de ses risques qui est une référence renouvelée aussi bien pour la formation à la conduite que pour les communications de sécurité routière. Les progrès sont au rendez-vous. De 12 500 tués par an au lancement de REAGIR, nous en sommes à 3000 ! Les porteurs de ce programme, qui n’ont pas cherché à s’en remettre à de nouvelles relances de niveau national, et ont fait preuve d’une remarquable résilience, peuvent être fiers de leur œuvre, parce qu’elle compte dans l’atteinte de tels résultats. Pierre MAYET Délégué interministériel à la sécurité routière 1982/1985
Témoignage de Pierre GRAFF
Garches. Hôpital Raymond Poincaré.
Tous les directeurs de la sécurité et de la circulation routières se sont rendus dans cet hôpital qui soigne -avec d’autres- beaucoup des grands accidentés de la route. On ne sort pas intact de ce genre de visite… Quand je suis arrivé à la tête de la DISR-DSCR (Délégation interministérielle à la sécurité routière – Direction de la sécurité et de la circulation routi ères), j’étais habitué, de par mes fonctions précédentes, à étudier et gérer des dossiers complexes. A la DISR-DSCR, j’avais vite compris que j’aurai pl us que ma part de « dossiers complexes » ! J’avais compris que pour espérer être efficace et convaincre il fallait agir sur tous les leviers en même temps : définir une politique de résorption des points noirs routiers, améliorer la formation à la conduite -ce fut le lancement de la conduite accompagnée-, améliorer la fiabilité des véhicules ce fut le contrôle technique obligatoire-, et enfin s’attaquer avec le permis à points au comportement de certains automobilistes, en particulier combattre les vitesses excessives et inadaptées. Je dois dire que sur tous ces sujets, le pouvoir po litique s’est engagé résolument et beaucoup d’associations ont été un soutien, constant et charismatique. De plus la DISR-DSCR était par son organisation et les compétences qu’elle regroupait, assez bien adaptée à l’action. Mais à cette époque, le corps social était loin d’être unanime : la lutte contre les excès de vitesse était violemment contestée, même le port de la ceinture n’était pas admis par tous, beaucoup de lobbies se rebiffaient et voyaient dans les mesures en préparation une grave atteinte à leurs intérêts. Les oppositions semblaient par moment insurmontable s. On était pris de vertige, voire de découragement. Mais il y avait cette visite à Garches ! Il ne s’agissait pas de « dossiers » ! Il s’agissait de vies brisées ! Il fallait avancer, coûte que coûte. Et c’est là que pour ma part, j’ai pris conscience que la DISR-DSCR disposait, pour avancer, d’un atout maître : la politique locale de sécurité routière. Une sous-direction, dédiée aux actions interministérielles, disposait en son sein d’une équipe -à laquelle appartenaient Madame Steinhart et Monsieur Lebas, deux des co-auteurs de cet ouvrage-animée d’une foi inébranlable, regorgeant d’idées et prête à s’engager à fond dans la mise en œuvre d’actions locales. Il était clair qu’une grande partie de la solution était là, que la bataille devait absolument se gagner aussi et peut-être d’abord au niveau local. Là on pouvait faire prendre conscience de l’horreur de l’accident, ce qui n’était guère faisable au niveau national à cette époque de communication institutionnelle assez timorée, là on pouvait décli ner finement les orientations nationales, là on pouvait prendre des initiatives originales, là on pouvait dialoguer avec les collectivités territoriales, là on pouvait toucher la presse régionale, là enfin on pouvait étudier, analyser, comprendre les mécanismes de l’accident. C’est tout le développement de cette politique locale de sécurité routière que raconte ce livre. Lisez-le. ous verrez comment avec somme toute des moyens assez modestes, une équipe motivée, imaginative et intelligente a réussi à déployer sur le terrain une politique nationale et à l’enrichir considérablement par un foisonnement d’initiatives. ous lirez non seulement des souvenirs mais aussi un exercice fécond de retour d’expérience.
Je voudrais souligner aussi la volonté d’entreprendre de cette équipe, qualité que l’on attribue parfois par préjugé au seul secteur privé. Une administration, traditionnelle à bien des égards peut donc égaler les meilleurs sur ce point, en voici la preuve.
Bravo aux rédacteurs de ce livre qui laissent ainsi une trace de cette belle aventure dont ils peuvent être fiers et qui a fortement contribué à l’amélioration de notre sécurité sur les routes. Qu’ils servent d’exemple, qu’ils inspirent tous ceux qui aujourd’hui luttent contre les accidents de la route parce que, malgré les grands progrès accomplis, Garches est toujours là !
En un mot, un grand merci pour ce livre-témoignage.
Pierre GRAFF Délégué interministériel à la sécurité routière 1987/1990
Témoignage de Jean-Michel BERARD
L’amélioration de la sécurité routière, quels que s oient les progrès restant à accomplir, est aujourd’hui une évidence. Ce succès est le fruit d’une prise de conscience progressive des usagers et d’efforts collectifs qu’une politique publique cohé rente et continue, au-delà des alternances démocratiques, a organisé depuis bientôt un demi-siècle, permettant de surmonter la résignation de l’opinion face à une prétendue fatalité et de démon ter les manœuvres des lobbies et de leurs démagogues. Avec le recul, deux éléments me paraissent avoir été déterminants à chaque étape importante de cette réussite : la volonté politique, voire l’engagement personnel des plus hautes autorités de l’Etat et une démarche concertée entre les acteurs concernés, qu’il s’agisse des différents ministères, des élus locaux, des agents économiques ou du secteur associatif.
C’est sur ce volet partenarial que cet ouvrage se r évèle aussi instructif qu’original. Maîtresse d’œuvre de la politique locale de sécurité routière, qu’elle aura incarnée avec autant de loyauté professionnelle que de compétence technique au sein de la DSCR pendant près de trente ans, l’équipe animée par Françoise Steinhart et Yvon Lebas manifeste une fois encore son esprit pionnier. Elle le fait non seulement par la pérennité de sa solidarité par-delà les échéances statutaires de la fonction publique, mais aussi par sa capacité à analyser une expérience, forte pour ceux qui y ont été associés, comme je l’ai été quelques années, et à la partager, notamment avec ceux qui ont aujourd’hui la charge d’animer des politiques d’intérêt général. C eux-ci y trouveront des références utiles à leur réflexion et à leur pratique, à défaut d’un exemple formellement transposable en un temps où l’empreinte de la décentralisation a substantiellement modifié le fonctionnement de la vie publique locale.
La déclinaison territoriale d’une politique nationale est par nature placée sous le signe du pluralisme et les thèmes évoqués dans le présent ouvrage porte nt la marque de cette diversité, aussi je me bornerai à souligner les deux facteurs qui m’ont paru directement conditionner l’efficacité d’une telle démarche et qui au temps de leur exercice des responsabilités ont fondé la légitimité des auteurs : – L’expertise, dans un domaine où tout un chacun te nd trop souvent à sacrifier aux approximations, voire aux « propos de café du commerce ». L’effort de formation permanente des Inspecteurs départementaux de sécurité routière y a significativement contribué. Je vous invite d’ailleurs à vous reporter aux développements consacrés à la procédure « Réagir » dont l’approche pluridisciplinaire a fait beaucoup pour la prise de conscience du caractère multifactoriel des accidents. De même, si l’on veut bien considérer qu’un minimum de formalisme n’est pas un excès de technocratie, la double démarche programmatique (P DASR) et planificatrice (DGO) permettant de dégager des priorités partagées entre partenaires s’est révélée une méthode pédagogique précieuse et un instrument de coordination efficace ; – Le travail en réseau, condition de l’animation d’ une politique locale. L’ouvrage est particulièrement éclairant sur ce point, qu’il s’agisse de l’organisation du pilotage national, du recours au pivot préfectoral au niveau départemental, du recrutement pluraliste des partenaires au sein et hors des administrations, du partage de l’information et de référentiels, des contacts personnels et des sessions de formation, propices aux partages d’expérience et à la solidarité dans un engagement militant dénué de sectarisme.
Ce fut un atout pour le délégué interministériel qu e j’étais que de bénéficier du concours des auteurs ; c’est une chance pour le service public qu’ils aient aujourd’hui souhaité partager l’analyse de leur expérience ; c’est justice pour eux qu’il l eur en soit rendu témoignage ; c’est un privilège pour moi que d’avoir été sollicité pour le faire.
Jean-Michel BERARD Délégué interministériel à la sécurité routière