Moyen-Orient 2014 : Bilan géopolitique

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L'année 2014 a vu le Moyen-Orient terminer une boucle politique symbolique : trois ans après les « Printemps arabes », nous sommes en droit de nous interroger sur l'échec global ou localisé de ce formidable mouvement de démocratisation qui s'était enclenché en Tunisie en décembre 2010. Deux pays pionniers nous poussent au pessimisme et à une certaine nostalgie romantique du réveil arabe : le maréchal Sissi a été élu en 2014 président de la République arabe d'Égypte, fermant la parenthèse du flou politique post-révolutionnaire et la Tunisie a porté au pouvoir Beji Caïd Essebsi, 88 ans, chef du parti Nidaa Tounes, soutenu par d'anciens éléments du RCD, contre son rival Moncef Marzouki, ancien président allié aux Islamistes d'Ennahda.
Des décennies de dictature laïque avaient poussé les peuples arabes à croire en l'alternative incarnée par les islamistes et les porter au pouvoir. La crise économique et sociale grave que traversent le Monde, l'Europe, et par voie de fait le bassin méditerranéen, n'a bien sûr pas été résolue par les défenseurs de la charia.
C'est un monde méditerranéen pris entre espoirs et désillusions qui jongle entre conflits sans fin comme en Syrie, menaces inter-étatiques et intra-étatiques, démembrements d'État comme l'Irak, velléités d'indépendance éternelles pour certains comme les Kurdes, entre attirance pour le renouveau et crainte de l'avenir dans le même temps. Le choc géopolitique de cette année fut bien sûr la proclamation de l'État islamique (ISIS), ces hommes en noir agissant au nom du fait religieux et enfoncant un peu plus encore la région dans le chaos.

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Date de parution 01 janvier 2015
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EAN13 9782849243954
Langue Français

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Moyen-Orient 2014
Bilan géopolitique
Collection MEDEA
Dans la collection :
Les diasporas et réseaux transnationaux du Maghreb et du Moyen-Orient, Rukiye Tinas (coord.) Les pays du Conseil de coopération du Golfe,Emma Soubrier (coord.) Moyen-Orient 2013 : bilan géopolitique, collectif Être non musulman en terre d’Islam, collectif La Tunisie face à l’expérience démocratique, collectif Moyen-Orient 2012 : bilan géopolitique, collectif
Image de couverture :Patchwork mural, médina de Rabat, Sébastien Boussois © Éditions du Cygne, Paris, 2014
www.editionsducygne.com ISBN : 978-2-84924-395-4
coordonné par Sébastien Boussois
Moyen-Orient 2014
Bilan géopolitique
Éditions du Cygne
Un grand merci à Selim Bourokba, collaborateur de l’institut MEDEA, pour sa relecture attentive du présent ouvrage.
Introduction
L’année 2014 a vu le Moyen-Orient boucler une boucle poli-tique symbolique : trois ans après les « Printemps arabes », nous sommes en droit de nous interroger sur l’échec global ou localisé de ce formidable mouvement de démocratisation qui s’était enclenché depuis Sidi Bouzid en Tunisie en décembre 2010. Deux pays pionniers nous poussent au pessimisme et à une certaine nostalgie romantique du réveil arabe : le maréchal Sissi a été élu en 2014 président de la République d’Égypte, fermant la parenthèse du ou politique post-révolutionnaire, pour revenir à l’ordre et la Tunisie a porté au pouvoir Beji Caïd Essebsi, 88 ans, chef du parti Nidaa Tounes contre son rival Moncef Marzouki, ancien président allié aux Islamistes d’Ennahda. Finalement, Essebsi sera peut être contraint de gouverner avec eux. Des décennies de dictature laïque avaient poussé les peuples arabes à en l’alternative incarnée par les islamistes et les porter au pouvoir. La crise économique et sociale grave que traversent le Monde, l’Europe, et par voie de fait le bassin méditerranéen, n’a bien sûr pas été résolue par les défenseurs de la charia. Ils n’ont pas été plus incompétents, ni plus compétents que leurs prédécesseurs et probablement que leurs successeurs. La démocratie met du temps à s’imposer et les nombreuses incerti-tudes qui ont pesé sur beaucoup de ces pays, ont inquiété inves-tisseurs comme touristes. Nous espérons que 2015 apportera de l’espoir pour la région toute entière de l’ouest du Maghreb à l’est du Machrek mais les problèmes et la méance ne manquent malheureusement pas. Cette année, l’institut MEDEA s’est intéressé à la région sous trois angles : les peuples méditerranéens sont de plus en plus des groupes de citoyens qui cherchent à exister dans le nouvel espace
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politique régional, se déplacer face au manque d’optimisme et de croissance économique et sociale, rêver encore et toujours d’une Europe qui peine à dénir ou redénir ses relations avec le monde arabo-musulman d’aujourd’hui. Ces peuples méditerranéens restent inexorablement coincés dans leur combat pour le changement politique et la survie économique. C’est un monde méditerranéen pris entre espoirs et désillu-sions qui jongle entre conits sans n comme en Syrie, menaces interétatiques et intra-étatiques, démembrements d’État comme l’Irak, velléités d’indépendance éternelles pour certains comme les Kurdes, entre attirance pour le renouveau et crainte dans le même temps. Le choc géopolitique de cette année fut bien sûr la proclamation de l’État islamique (ISIS) : alors que tous rêvent d’un Califat qui a laissé à l’humanité des richesses historiques, architecturales, scientiques, sans égal, ceux qui défendent l’avènement du Califat moderne ne font que semer la terreur et, au prétexte de protéger l’oumma, font bien sûr bien plus de tort que de bien à la communauté toute entière. Des hommes en noir agissant au nom du politique n’ont jamais laissé de grande trace positive dans l’Histoire.
Sébastien Boussois
I. Citoyens et humains du Moyen-Orient
a) Perspective euro-méditerranéenne du processus de Rabat
Par Marco Stefan, chercheur associé, doctorant à l’Université de Ferrara
Au début du printemps arabe, les relations euro-méditerra-néennes sont brusquement revenues sur le devant de la scène de la politique européenne et de ses acteurs. L’Union européenne a alors réorienté sa politique vers l’Europe du Sud en réaction aux revendications politiques et sociales, et à l’incertitude liée aux transitions politiques dans la région. Celle-ci est devenue un laboratoire pour vérier la cohérence et l’efcacité de l’action extérieure, réformée en 2009 par le traité de Lisbonne[1]. Si la réponse à moyen et long-terme aux révolutions arabes implique que l’UE redénisse sa stratégie régionale, très complète mais encore largement inachevée (et demander enn un réajustement général de la Politique Européenne de Voisinage), un développe-ment important de la dimension extérieure de la politique euro-péenne de migration et d’asile était nécessaire pour réagir à la crise[2]. Depuis l’explosion de ces révoltes, l’UE a fait des efforts importants sur le plan politique, opérationnel et régulateur pour assurer la sécurité de ses frontières extérieures au sud[3], et a progressivement activé de nouveaux outils de coopération internationale pour gérer conjointement les traversées de la Méditerranée par les ressortissants de pays tiers[4]. Mais l’ins-tabilité chronique et l’absence d’opportunités économiques dans les pays de la rive sud ont continué de causer des dif-cultés systémiques (et des abus fréquents) dans la gestion de la mobilité dans la région euro-méditerranéenne [5]. Bien que le
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but de la politique migratoire de l’UE soit de mettre en œuvre « l’Approche globale de la migration et de la mobilité » (une stra-tégie qui vise à renforcer le dialogue avec les pays partenaires, et à intégrer la migration dans le cadre de la politique extérieure européenne)[6], l’UE est souvent critiquée pour maintenir une approche étroite, hiérarchique et sécuritaire dans le contrôle des frontières extérieures[7]. De telles critiques sont récurrentes, en particulier sur la politique migratoire en Méditerranée, où les enjeux humanitaires sont aujourd’hui concentrés et où les atteintes aux droits fondamentaux sont le plus à même de se produire. Les programmes d’échange de données, les patrouilles conjointes et les opérations de recherche et de sauvetage en mer peuvent aider à limiter le taux de mortalité et empêcher les migrants d’embarquer dans des voyages hasardeux en Méditerranée. Néanmoins, la poursuite d’une stratégie globale et de grande ampleur sur la migration n’est pas seulement nécessaire pour améliorer les droits de l’homme et octroyer des garanties adéquates à ceux qui recherchent la protection de l’UE et du droit international, mais elle est aussi essentielle pour maîtriser les coûts politiques et nanciers élevés liés à la surveil-lance des frontières extérieures maritimes de l’UE. Autrement dit, les réponses aux pressions migratoires et humanitaires en Méditerranée, qui doivent être soutenables sur les plans poli-tique et juridique, doivent être xées dans un système de gouver-nance mieux articulé, qui établisse des responsabilités partagées dans les domaines de la régulation et des opérations, ainsi que des lieux pour les migrations légales dans les pays d’origine, de transit et de destination. Parmi les plateformes déjà existantes (multilatérales, bilaté-rales et unilatérales) de coopération pour la gestion des migra-tions dans la région euro-méditerranéenne, le « Dialogue Euro-africain sur la migration et le développement » constitue une initiative interrégionale plus dynamique, intégrée et inclusive de traiter les chemins migratoires vers l’Europe, depuis l’Afrique
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