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Pauvreté, chômage et émigration des jeunes Africains

De
274 pages
La pauvreté matérielle dans de nombreux pays africains semble être à son apogée. Elle engendre des conséquences néfastes sur la vie des jeunes Africains qui se retrouvent au chômage depuis plusieurs années. En l'absence de politiques viables des Etats africains en matière de création d'emplois et de lutte contre la pauvreté, la misère des jeunes a atteint un seuil lamentable à partir duquel l'émigration vers l'Europe et l'Amérique s'entretient elle-même.
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Pauvreté, chômage et émigration des jeunes Mricains

Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

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Essè Amouzou

Pauvreté, chômage et émigration des jeunes Mricains Quelles alternatives?

L'Harmattan

@ L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.IT

ISBN: 978-2-296-10534-8 EAN : 9782296105348

Avant-propos
L'un des défis majeurs qui se posent aujourd'hui au monde entier et surtout aux pays en développement est sans conteste celui de l'emploi des jeunes. Il apparaît en effet, depuis quelques années, voire quelques décennies, de plus en plus urgent de relever ce défi comme condition sine qua non à l'éradication de la pauvreté et à l'atteinte d'un développement et d'une paix durables. Selon l'OIT, «le défi ne consiste pas seulement à créer davantage d'emplois; l'accès à un travail productif qui assure un revenu convenable est le moyen le plus sûr d'accroître la contribution des jeunes à la prospérité future de leur pays. »(OIT, 2005 : 1). Certes, la problématique de l'insertion professionnelle des jeunes est une préoccupation presque universelle aussi bien pour les pays développés que pour les pays sous-développés, surtout ceux d'Afrique subsaharienne. Et cette situation est imputable non seulement aux déterminants macroéconomiques, mais aussi et surtout aux facteurs démographiques. L'Afrique est en effet le continent le plus jeune: «Plus de 64% de la population était en 2003 âgée de moins de 25 ans, et selon l'ONU, ce pourcentage devrait se maintenir au moins jusqu'en 2015. »(DIAL, 2007: 2). Dans ce contexte, la question de l'insertion professionnelle des jeunes revêt des enjeux considérables et mérite une attention particulière. C'est d'ailleurs ce qui justifie le fait que, lors du sommet extraordinaire de l'Union africaine (UA) sur l'emploi et la réduction de la pauvreté en Afrique tenu à Ouagadougou en septembre 2004, les chefs d'Etat et de gouvernement participants ont adopté une déclaration, un plan d'action et un mécanisme de suivi qui plaçaient l'emploi et le travail décent au cœur du développement en Afrique. Cependant, tout n'est pas d'adopter des textes, mais de mettre en œuvre des politiques, des planifications stratégiques et soutenables destinées à résorber le chômage des jeunes. Et 7

sur ce plan, quelle analyse peut-on faire des actions menées par les dirigeants du continent noir? Comment se présente concrètement la situation de l'emploi des jeunes? Au Togo, passé l'euphorie et les espoirs qu'ont fait naître les périodes fastes d'après indépendance et surtout «le boom phosphatier» des années 70, il a fallu vite déchanter. En effet, après la croissance économique des années 60 et 70 qui a fait miroiter des espoirs d'un lendemain meilleur aux Togolais, ceux-ci vont vite revenir à la réalité. La crise économique des années 80, exacerbée par les troubles sociopolitiques des années 90 et la dévaluation du Franc CFA en janvier 1994 vont être à l'origine d'une profonde détérioration de la situation sociale déjà quelque peu précaire du pays. Certes, les mesures préconisées par les PAS sous la bannière des institutions de Bretton Woods ont quelque peu renforcé les performances de l'économie nationale, mais elles n'ont pas du tout amélioré les conditions de vie des populations; bien au contraire, celles-ci n'ont jamais été aussi précaires. Et l'un des secteurs ayant le plus pâti de cette situation est sans conteste celui de l'emploi public. L'Etat providence, pourvoyeur de la majeure partie des emplois a ainsi pris fin ouvrant la voie à l'auto-emploi au sein d'un secteur informel encore peu structuré et mal contrôlé. En clair, comme pour ses pairs de l'Afrique subsaharienne tels que le Niger, le Mali, le Sénégal pour ne citer que ceuxlà, la situation de l'emploi des jeunes est peu reluisante au Togo. Mais le drame réside aussi et surtout dans la pauvreté statistique que connaissent les pays sur le sujet. Très peu d'études ont été consacrées à cette question pourtant porteuse d'enjeux de taille. Or, la recherche de solutions à tout problème passe par la réalisation d'un diagnostic systématique et complet en vue de choisir les meilleures options possibles. L'absence de politique viable pour aider à réduire la pauvreté dans nombre de régions en Afrique Noire est responsable de l'exode des populations et surtout de l'émigration des jeunes 8

vers les pays du Nord qui continuent d'accueillir sur leur sol des Africains en quête d'une meilleure situation sociale. Aussi longtemps que de grands projets de société ne verront pas le jour pour ouvrir la voie à l'intégration de ces bras valides dans des secteurs d'activités, le phénomène d'immigration illégale n'ira qu'en s'aggravant.

L'auteur

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Introduction La réduction de la pauvreté reste le principal objectif des pays de l'Afrique sub-saharienne. Il n'est pas toujours facile de définir et de mesurer la pauvreté. Les conceptions passées résumaient la pauvreté comme la simple absence de revenu. Aujourd'hui, on a coutume de dire que la pauvreté englobe de multiples dimensions: sociales, culturelles, environnementales, politiques, économiques... Des auteurs tels que Amartya Sen, entrevoient la pauvreté comme le cumul de handicaps de ces différentes dimensions. Pour Sen, la pauvreté se définit comme étant la privation d'un ensemble de libertés élémentaires (liberté d'échapper à la famine et à une morbidité évitable, d'avoir accès à une vie sanitaire digne...) dont doivent jouir les individus. Ces diverses formes « d'absence de libertés réelles» empêchent aux gens de réaliser et de développer leurs potentialités ainsi que d'améliorer leurs «capabilités» (ensemble de fonctionnements qu'il peut choisir, liberté de choix). Dans cette façon d'appréhender la pauvreté, on considère les droits civiques et politiques ainsi que les droits économiques et sociaux comme les principaux enjeux et facteurs du développement et du progrès. Par conséquent, l'atteinte à ces libertés élémentaires et universelles engendre des inégalités entre les individus. Autrement dit, lutter contre la pauvreté c'est avoir conscience des inégalités et combattre la vulnérabilité des populations (le manque de ressource peut avoir des impacts sur la pauvreté, il s'agit d'échapper aux risques de marginalisation et d'exclusion de la société, aider les pauvres, les plus fragiles (l'auteur Nicolas SIRVEN s'est notamment penché sur le rapport entre pauvreté et vulnérabilité «De la pauvreté à la vulnérabilité: évolutions conceptuelle et méthodologique »).

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Face à toutes les difficultés que recouvre la pauvreté, l'assemblée générale de l'ONU a réaffirmé l'ambition de promouvoir les droits de l'Homme (le droit de chaque personne à la santé, à l'éducation, au logement, à la sécurité...). En effet, en Septembre 2000, a été adopté lors d'une session extraordinaire par cette même assemblée la Déclaration du Millénaire qui fonde un nouvel accord entre pays riches et pays pauvres. Le but de cet accord est de contribuer à améliorer les conditions de vie dans les pays pauvres et de garantir le développement humain. Les Objectifs du Millénaire pour le Développement (il existe 8 OMD) sont donc les principes et les valeurs extraits de cette déclaration, ils ont été édictés pour être réalisés dans les années à venir, soit pour être pleinement atteints à l'horizon 2015. L'idée centrale de ces objectifs est d'encourager les pays en développement à s'engager sur les chemins de la croissance et du développement durable. Selon Mahbub ul Haq , « le but de base du développement est d'élargir les choix des individus. En principe, ces choix peuvent être infinis et peuvent changer au fil du temps. Les gens estiment souvent que les accomplissements ne se réalisent pas, ou pas immédiatement, dans les chiffres de croissance ou de revenu: un meilleur accès à la connaissance, l'amélioration de la nutrition et des services de santé, l'accès à des moyens de subsistance plus sûr, une sécurité contre la criminalité et la violence physique, des heures de loisirs satisfaisantes, des politiques et des libertés culturelles et le sentiment de participer à des activités communautaires. L'objectif du développement est donc de créer un environnement favorable pour les personnes, qu'elles puissent jouir longtemps d'une bonne santé et mener une vie enrichis sante. » Le constat actuel montre que certains progrès ont été réalisés mais ne sont pas suffisants pour éradiquer complètement la pauvreté. Par exemple, sur le thème de l'éducation, certains pays ont réalisé des progrès notables en ce qui concerne la 12

scolarisation dans le primaire tandis que d'autres rencontrent des difficultés liées à l'épidémie de VIR/SIDA (en particulier ceux qui sont meurtris par les conflits). On peut noter également les disparités entre les zones rurales et les zones urbaines qui sont fréquentes dans les différents pays en voie de développement. Cette vision dynamique de la pauvreté établie précédemment «s'applique souvent aux jeunes du fait des nombreux obstacles que beaucoup doivent surmonter pour parvenir au statut d'adulte». Cependant, ce parcours est parsemé d'embûches. En effet, les jeunes se résument à participer activement à l'amélioration de leur qualité de vie et celle de leur famille, afin d'entrevoir des chances de sortir un jour de la pauvreté. Réduire la pauvreté revient alors, à intégrer dans les stratégies de développement des questions plus approfondies sur l'avenir des jeunes telles que l'emploi ou encore des thèmes relatifs à leur insertion sociale et culturelle. Ainsi, les stratégies d'emploi des jeunes occupent une grande place dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement, il s'agit de «formuler et d'appliquer des stratégies qui permettent aux jeunes de trouver un travail décent et utile (objectif 8, cible numéro 16)>>. Assurer «un plein emploi productif et un travail décent» permet d'intégrer les jeunes à la vie sociale et d'investir dans l'avenir. Par ailleurs, leur donner tous les moyens d'exploiter leur potentiel en leur offrant un emploi convenable et une activité productive équilibrée et profitable, leur permettrait de reprendre confiance en eux dans un contexte aux perspectives incertaines. Dans le monde entier, beaucoup de jeunes font face à la pauvreté, malheureusement l'Afrique subsaharienne reste la région du monde la plus problématique en ce qui concerne les stratégies de développement de l'emploi des jeunes. En effet, la situation sur le marché du travail est très alarmante et préoccupante car elle ne permet pas facilement aux acteurs 13

concernés de trouver des solutions quant à son remaniement et son amélioration. Les insuffisances du marché du travail affectent considérablement les conditions de vie des jeunes qui constituent la majeure partie de la population. Il s'agit très souvent de travailleurs pauvres qui ne bénéficient pas des moyens nécessaires pour bâtir leur avenir. Le Bureau International du Travail (BIT) stipule, que par définition, « une personne n'est considérée comme travailleuse pauvre que si elle est incapable de s'élever avec sa famille au-dessus du seuil de pauvreté (vivre avec l'équivalent d'un dollar par jour). » Il convient alors de se demander: en quoi l'amélioration du marché du travail et la contribution au développement de l'emploi des jeunes facilitent à la fois leur intégration au sein de la société et permettent de lutter contre la pauvreté? Comment se caractérise actuellement le marché du travail en Afrique sub-saharienne? Est-il globalement homogène pour toute la région? Investir et miser sur le développement et le potentiel des jeunes permettent-ils d'élargir favorablement leurs perspectives d'avenir et combattre durablement la pauvreté? Peut-on trouver des responsables de la situation critique du marché du travail, des inégalités entre les individus et de la pauvreté? L'éducation constitue-t-elle un outil de développement de l'employabilité des jeunes? En quoi cette passerelle qui conduit à l'emploi crée-t-elle en contrepartie des décalages entre les attentes des jeunes et la situation en temps réel sur le marché du travail? Comment l'Etat et les autres acteurs d'aide à l'emploi interviennent-ils dans le fonctionnement du marché du travail? La présente contribution tentera d'analyser la situation « critique» du marché du travail en Afrique subsaharienne. Il est globalement hétérogène, mais de nombreux pays sont confortés dans la même situation, à savoir que les évolutions 14

et les tendances générales indiquent que la majorité des pays sont quasiment soumis aux mêmes difficultés et qu'il existe de grandes similitudes sur les marchés du travail. Tout au long de ce sujet, il conviendra de tempérer les idées générales par des exemples, on retiendra les pays comme le Cameroun, le Niger, le Mali, le Sénégal et le Togo. L'emploi et le chômage des jeunes sont fortement dépendants de l'évolution économique et les quelques emplois proposés témoignent de l'incompétence et des faiblesses des économies africaines à offrir des emplois. Les jeunes sont sans précédent plus vulnérables et sont de plus en plus victimes de la précarité de l'emploi due à l'expansion incessante du secteur informel. Ensuite, il sera déterminé la responsabilité de l'éducation à l'égard de l'offre d'emploi pour les jeunes africains. La qualité de l'éducation est déterminante pour le développement de l'employabilité des jeunes. Mais si la réduction de la pauvreté est un enjeu primordial, les inégalités d'accès aux systèmes scolaires n'en restent pas moins importantes. Ainsi, les politiques éducatives doivent permettre de se concentrer sur l'éducation des filles et favoriser leur intégration entre autres. D'un autre côté on observe une inadéquation lors du passage de l'école à la vie. L'éducation doit permettre aux jeunes de se retrouver socialement, d'accroître les compétences et les attitudes favorisant leurs démarches futures pour trouver l'emploi qu'ils auront préalablement envie d'exercer. Pour autant, l'accent doit être mis sur les jeunes femmes, qui même scolarisées dès leur plus jeune âge, sont obligées de surmonter bon nombre d'obstacles (discriminations,...) qui les empêchent d'obtenir un emploi et de sortir de la pauvreté. Enfin, tous les pays qui souhaitent éliminer les saccages de la pauvreté se doivent de trouver les moyens d'offrir des emplois productifs et décents à ceux qui en souffrent. Il devient donc urgent pour les gouvernements et autres acteurs d'aide à l'emploi, de s'assurer qu'il y ait des efforts favorables engagés au niveau économique pour améliorer le fonctionnement du marché du travail. Par la suite, ces efforts 15

doivent se traduire par une croissance des emplois. Cela n'a pas toujours été évident. Il sera utile de comprendre pourquoi la crise des années 1980 illustrée à travers l'élaboration des plans d'ajustement structurel (PAS) a accentué la pauvreté en maintenant le marché du travail en Afrique dans une position délicate au sein de laquelle les entreprises sont très fragiles car pas assez compétitives. Un certain nombre de réformes ont été engagées pour pallier les difficultés que rencontre l'Etat dans la régulation du marché du travail. Ainsi, pour accroître continuellement la situation de l'emploi au niveau national tout en réduisant par ailleurs la pauvreté, les divers acteurs (ONG, société civile...) doivent élaborer des stratégies efficaces en faveur de la création d'emplois convenables et bien rémunérés mais également assurer la formation des personnes appelées à les prendre en charge. La place des jeunes est donc prépondérante quant à la mise en place des politiques de développement. C'est en l'absence de politiques viables en matière de création d'emplois dans nombre de pays en Afrique Noire que l'émigration des jeunes vers l'Europe et l'Amérique est allée de soi.

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ETAT DE LA PAUVRETE DANS LES PAYS DES MIGRANTS

UN APERCU GENERAL DE LA SITUATION DE LA PAUVRETEDANSLESPAYSDESMUGRANTS Que ce soit au Sénégal, au Mali, au Togo ou au Cameroun, en dépit des acquis de la science, de la technologie et des progrès accomplis dans les domaines économiques et sociaux à l'échelle planétaire, la pauvreté demeure un fléau mondial et tend à être perpétuelle. D'après le magazine international de l'actualité française n060, 4è trimestre 2008, la planète compte plus de 1,8 milliards d'habitants vivant en dessous du seuil de la pauvreté absolue et la majorité se retrouve en Afrique. L'impasse économique, la crise socio-politique, les conflits ethniques, la guerre civile, la famine, le sida, la malnutrition et la pauvreté sont les fléaux qui minent l'existence quotidienne des Africains. Dans le domaine de la pauvreté, les pays du continent se placent en première position, dans un contexte international caractérisé essentiellement par une constante avancée vers le progrès économique, considéré en ces dernières décennies comme le principal facteur du développement des pays africains. Tout porte à croire que dans ces dernières décennies les Etats africains ont systématiquement négligé les dimensions sociales du développement: la nutrition, la santé, le logement, l'éducation et l'emploi. Dans les pays en voie de développement et dans leurs villes, la majorité des gens est soumise à des conditions de vie et de travail indignes d'un être humain. Parmi les fléaux affectant les populations, la pauvreté apparaît très dangereuse. La famine et la malnutrition qui en découlent constituent des maux très graves actuellement répandus dans le monde entier. Dans ces pays d'Afrique où d'importants groupes humains ont un niveau de vie inférieur aux normes minimales acceptables, la pauvreté devient en fait une 19

caractéristique essentielle des populations tant urbaines que rurales. Beaucoup de. citadins sont devenus aujourd'hui incapables de se nourrir, de se vêtir, de se loger et d'éduquer leurs enfants parce que leurs conditions de vie se sont considérablement dégradées durant ces deux dernières décennies. L'existence devient ainsi une galère pour les citadins. Ces villes fascinantes sont des villes misérables, leurs lumières dissimulent un état de pauvreté et de dénuement qui portent atteinte à la vie de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants. Pour l'année 2005 et selon le Programme National de Lutte contre la Pauvreté (PNLP), «Le seuil de la pauvreté à Lomé par exemple peut être estimé à 82853 francs CFA par an et par tête d'habitants soit un équivalent de 227 francs CFA par jour ou par habitant. Le seuil de l'extrême pauvreté, quant à lui est évalué à 51426 francs CFA par an et par tête d'habitant, ce qui équivaut à 141 francs CFA par jour et par tête d'habitant ». A Lomé en particulier, la pauvreté de la masse des citadins est masquée par la musique des bars et le flot des conversations sur le dernier match de football. La pauvreté est devenue un phénomène réel et prend de plus en plus d'ampleur en milieu urbain. Du coup, elle devient inquiétante et mérite d'être étudiée. Malgré l'imposition des Programmes d'Ajustement Structurel (PAS), les Etats africains ne sont jamais arrivés à décoller de leur situation d'éternels pays pauvres et endettés. Plus les mesures sont drastiques, plus ils s'enfoncent dans le sous-développement. Les pays en voie de développement sont essentiellement caractérisés ces dernières années par l'accentuation et l'extension du phénomène de pauvreté. La recrudescence des facteurs engendrant la pauvreté prend une allure inquiétante et partout en Afrique les populations vivent dans des situations misérables.

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Dans les années 1960 et 1970, en dépit de quelques difficultés alimentaires et sanitaires, les populations africaines se sentaient généralement satisfaites de leur état de VIe. Mais les décennies 1980-1990 semblent être la période de décadence économique, sociale, culturelle, pour ces pays. Dans leurs rapports intérimaires, sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), les Nations Unies notent, du début des années 2000 à celui des années 2005, « des progrès sans précédent dans la lutte contre la pauvreté notamment en Asie, et des retards inacceptables notamment en Afrique Subsaharienne ». Si progrès il y a, ils sont désespérément lents. Quelques milliards de personnes vivent dans une misère absolue. Si leur proportion dans la population a baissé de 28 % à 21 %, leurs ressources n'ont en revanche augmenté que de 0,80 à 0,82 dollar par jour. Pas assez pour pouvoir acheter des antibiotiques afin de soigner une pneumonie, le vaccin contre la rougeole ou les sels de réhydratation pour guérir une diarrhée qui font défaut aux 30 000 enfants (11 millions par an ) mourant chaque jour de causes évitables. Au Mali, au Sénégal, au Niger et au Togo, le phénomène s'est révélé très alarmant surtout dans les centres urbains où beaucoup de personnes émigrent dans l'intention de trouver du travail. Par ailleurs, on parle de l'ampleur et de la gravité des problèmes sociaux qui accablent les citadins. Jean Marc ELA (1998 : 91), classait dans l'ordre les préoccupations des citadins de certaines villes africaines de la manière suivante: «l'insalubrité, l'insécurité, le banditisme, les difficultés de logement, les inondations, le manque de marché, le manque d'école, de dispensaires et pharmacies ». L'auteur mettait particulièrement en relief l'état de la dégradation des conditions de vie des couches démunies et défavorisées qui n'ont plus de moyens de se nourrir, de se soigner ou d'avoir un logement salubre. 21

Depuis 1985, il est difficile aux ménages de s'alimenter suffisamment et d'une manière générale il est démontré dans Réflexion. sur quelques aspects du niveau de la population de Kananga (ex-Zaïre) de K. KABAMBA, cité in bulletin -géographie de Kinshasa, 2005, PP 163-173 que dans certaines villes africaines 57,7% des ménages ne font qu'un seul repas par jour. De même au Sénégal, au Mali et au Togo, le pouvoir d'achat des travailleurs s'amenuise face à un coup de vie très élevé. Dans ce dernier pays, le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) estimé à 13 000 francs CFA par mois soit près de 20 euros ne permet pas aux ménages des agents permanents de se procurer le minimum de vivres nécessaires à la croissance des enfants. Comme le déclarait cette femme sénégalaise citée dans le mémoire de DEA (1998) de l'étudiant A. Komlan: «depuis 1982 les prix ont monté en flèche, le salaire de mon mari n'a pas augmenté depuis 1985, si bien qu'aujourd'hui, même les produits de base, je ne peux pas me les permettre. Nous ne mangeons maintenant qu'une seule fois par jour. » Le témoignage de cette femme reste valable sur tout le continent et démontre nettement la triste situation des foyers à faible revenu. Dans les années 1980, les pays africains ont entrepris des efforts d'ajustement de grande envergure, destinés à corriger les déséquilibres macro-économiques. Ces pays ont vécu une période de bouleversement politique et de régression économique. Les syndicats et les partis d'opposition ont lancé un appel à la grève générale, laquelle a paralysé tout le secteur moderne. Dans le même temps, l'aggravation de l'insécurité a provoqué un effondrement brutal des services publics et du commerce du transit. Dans certain pays comme le Togo, le versement de l'aide extérieure a été interrompu et le pm réel s'est abaissé de 6% en 2002 et de 15 % en 2005. Les individus ont été durement touchés par la crise. Le PNB par tête a diminué de 23%, des écoles ont fermé leurs portes et la qualité des services médicaux est tombée en dessous du seuil acceptable. 22

Pour arrêter cette situation, le gouvernement s'était dOnl1é lors de la revue annuelle du programme de développement financé par le PNUD comme objectif prioritaire de lutter contre la pauvreté avec un troisième partenaire, la Banque Mondiale (BM). C'est dans ce sens que la Banque mondiale a organisé avec l'appui du PNUD et la participation du gouvernement une série d'ateliers régionaux en vue de la formulation d'une stratégie locale visant la réduction de la pauvreté. Dix ans après ces efforts de l'Etat, le constat est décevant, la plupart des habitants de la ville de Lomé se retrouvent dans les difficultés à accéder aux soins médicaux, incapables de consulter les médecins et les infirmiers et de se payer les médicaments parce que coûtant excessivement chers. En outre, beaucoup de parents manquent de moyens financiers pour assurer l'éducation de leurs enfants, d'où le taux élevé de déperdition scolaire. La déscolarisation des élèves des cours primaires et secondaires s'expliquent généralement par l'incapacité financière des parents à subvenir à leur formation à cause des fournitures scolaires et des outils d'apprentissage devenus très extrêmement dispendieux. Cette situation hypothèque ainsi l'éducation des jeunes qui se transforment enfin de compte en enfants travailleurs ou domestiques. En conséquence le taux de scolarisation est tombé dans le primaire à 64% et les taux d'abandon et de déperdition sont respectivement 36% et 8% selon la Banque Mondiale. Par ailleurs, l'augmentation du nombre des Sans Domiciles Fixes (SDF), la persistance et l'intensification de la délinquance, la prolifération des logements insalubres sont des indices sociaux de la pauvreté dans les zones urbaines. En effet dans les quartiers populaires de Lomé, il est très fréquent de surprendre des jeunes et même des adultes se coucher sous les bâtiments publics ou s'entasser dans une chambre exiguë ou encore dormir sur les tables dans les marchés ou écoles. La délinquance juvénile prend de 23

l'ampleur et les jeunes préfèrent vivre dans les rues pour quémander leur pitance. Il apparaît. alors évident que la vie dans les villes africaines et surtout à Lomé est pénible aux enfants défavorisés qui doivent surmonter d'énormes obstacles socio-économiques. Enfin aux problèmes d'alimentation, de santé et de logement est souvent associé celui du chômage. Le chômage prend une allure inquiétante. A titre d'exemple le taux de chômage est de 70% à Lomé et jusqu'à 2008 on pouvait compter 61 000 jeunes diplômés sans emploi exerçant comme vacataires et contractuels dans les établissements privés de la ville de Lomé ou bien ils se font engagés dans les services à titre d'agents permanents avec un salaire très bas par rapport à leur niveau d'instruction. A défaut de ceci, ils pratiquent le métier de taxi moto communément appelé «zémidjan ». Le manque d'emploi devient ainsi une endémie généralisée affectant des groupes vulnérables constitués en majorité des jeunes de moins de 30 ans. La pauvreté est un fléau réel au Togo et partant commune à toutes les zones urbaines des pays en voie de développement (PVD) malgré les efforts consentis par ces Etats. Les Nations Unies dans le rapport sur la situation sociale dans le monde (1993), soulignent qu'en Afrique subsaharienne, la rapidité avec laquelle la situation économique s'est détériorée a aggravé la pauvreté. Elles mettent également l'accent sur la croissance économique et deux grands problèmes sociaux: le chômage et la pauvreté. Le rapport poursuit qu'en Afrique, les programmes d'ajustement structurel ont déprimé les revenus en milieu urbain; «L'extension de la pauvreté urbaine dans les pays en voie de développement dont l'inffastructure laisse à désirer a créé de graves problèmes d'assainissement et de pollutions ». Ce rapport soulève un aspect important des causes du chômage: l'ajustement structurel.

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Le Programme des Nations Unies pour le Développement dans son rapport sur la pauvreté intitulé '~vaincre la pauvreté humaine" insiste sur une meilleure gouvernance urbaine dans la mesure où une part croissante des pauvres du monde est regroupée dans les villes et cités. Aussi fournit-il un appui technique et consultatif en vue de la réduction de la pauvreté. Bien que ce rapport touche du doigt un point important, il ne fait pas une analyse approfondie des causes du regroupement des pauvres en milieux urbains. Un autre rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement, intitulé «partenaire contre la pauvreté» (200 I) afm d'aider les pays à lutter contre la pauvreté prône la gouvernance démocratique. En effet, dans ce rapport, le PNUD estime que «le succès d'un pays en matière de réduction de la pauvreté, voire la décision de s'attaquer aux problèmes, dépend de son premier chef, de la qualité de ses institutions, de ses politiques, de la responsabilité redditionnelle de ses dirigeants envers leurs administrés ». Il souligne l'importance de la décentralisation et alimente les débats sur les moyens à mettre en œuvre pour progresser et aider les pays à formuler et à appliquer des stratégies nationales de lutte contre la pauvreté. Comme on le constate, ce rapport impute essentiellement la réduction de la pauvreté à l'instance dirigeante. Mais il n'a pas mis en relief les actions que les pauvres doivent entreprendre et les comportements qu'ils doivent adopter pour accompagner les actions de l'instance dirigeante. Sans cela, la lutte pour la réduction de la pauvreté restera difficile. Pour bien cerner les dimensions de la pauvreté, John FRIEDMAN a entrepris un travail intitulé «Repenser la pauvreté: autonomisation et droits des citoyens» (1996), dans lequel il définit la pauvreté comme une dépossession. Selon lui, «des efforts que les pauvres déploient eux-mêmes afin de pourvoir à leurs besoins essentiels en matière de 25

logement, d'alimentation, de sécurité et autres seraient à l'origine de cette théorie ». Il évoque trois dimensions essentielles à retenir de la dépossession: . la dimension sociale qui renvoie au fait que les pauvres n'ont guère accès aux ressources indispensables à l'autoproduction de leurs moyens de subsistance; . la dimension politique qui est liée au fait qu'ils n'ont pas de programmes politiques clairement définis et ne peuvent pas faire entendre leur voix; . la dimension psychologique qui correspond à leur sentiment intériorisé d'une absence totale de valeur et à leur soumission passive à l'Etat; bien qu'il y ait un fond rationnel à cette théorie, on doit ajouter que la pauvreté est une notion multidimensionnelle et ne saurait être résumée à une simple dépossession. La Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED) dans son rapport: "Echapper au piège de la pauvreté" sur les pays les moins Avancés (2002), stipule que l'extrême pauvreté est générale et persistante dans la plupart de ces pays qui sont prisonniers d'un engrenage international de la pauvreté. Une pauvreté généralisée dans ces pays a des conséquences au niveau national qui font qu'elle devient persistante. «Entre 2005 et 2009, 81% de la population des pays les moins avancés pour lesquels on dispose de données vivaient avec moins de 2 dollars par jour, 50% vivaient dans l'extrême pauvreté, c'est-à-dire avec moins de 1 dollar par jour ». Ce rapport soulève un problème qui explique la faiblesse de l'économie des Pays les Moins Avancés: une économie extravertie, tributaire des produits primaires, faute d'industrialisation et dont les prix sont généralement fixés par les acheteurs (les pays occidentaux). Sophie BESSIS dans la synthèse du colloque de Roskilde qui s'est tenu du 2 au 4 mars 1995 et dont le thème était: «De l'exclusion sociale à la cohésion sociale» fait remarquer qu'à ce colloque, Richard KNIGHT, professeur à la faculté 26

d'Architecture de l'Université de Gênes et George WILHElM, secrétaire général adjoint de l'Habitat II, se sont siècle, la moitié de I'humanité demandé: « Au début du 21ème sera citadine, comment relever le défi de l'urbanisation à I'heure où les villes deviennent les lieux privilégiés du mal développement, de l'exclusion et de la pauvreté» ? Ainsi, les participants à ce colloque dans leurs débats sont allés au-delà du constat de la détermination, de l'état du monde, se démarquant des approches statistiques qui se bornent trop souvent à dresser l'état des lieux de la pauvreté mondiale. Ils se sont davantage penchés sur les processus qui la génèrent en utilisant des concepts dynamiques. Comme approches de solutions, ils recommandent le changement des modes de vie, la redéfinition des rôles de l'Etat, le retissage des liens sociaux, de redonner un sens à la démocratie, la réhabilitation des sciences sociales, l'élaboration de nouvelles formes de partenariat, le réaménagement des politiques de la ville. C'est là un exemple de travail qui a une analyse approfondie du phénomène de pauvreté en relation avec l'urbanisation et l'exclusion. Le sommet mondial sur le développement social, tenu à Copenhague a pour thème: «la pauvreté n'est pas seulement définie sur la base économique, elle a des dimensions sociales ». L'Etat doit jouer un rôle important en matière d'emploi en instaurant un système éducatif en adéquation avec l'emploi. Enfm le sommet estime que la migration comme réponse à la pauvreté entraîne marginalisation et exclusion dans les milieux d'accueil. Ce travail éclaire sur les relations entre pauvreté, chômage et exclusion mais l'on aurait souhaité qu'il étudie beaucoup plus en profondeur les interrelations entre pauvreté et chômage: est-ce la pauvreté qui engendre le chômage ou est-ce le chômage qui engendre la pauvreté? Jean Marc ELA dans «Population, pauvreté et Crise» (1998) décrit la persistance de la pauvreté en Afrique. Selon lui, bien que les travaux soient entrepris dans ce domaine, ils 27