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Pensée et idéologie arabes. Figures, courants et thèmes au XXe siècle

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Description

Depuis les années quatre-vingt, l'islam focalise sur lui toutes les attentions, au point de donner l'impression que le monde arabe ne pense qu'à travers le prisme de la lecture islamiste. Les récentes révolutions arabes montrent qu'au cours du vingtième siècle, d'autres aspirations sont présentes dans la pensée et l'idéologie arabes, qui ont pour nom : justice, démocratie, liberté, dignité, répartition des richesses. Comment restaurer la grandeur de la civilisation arabo-musulmane ? Quel modèle de développement et quel régime politique conviennent-ils à la société ?

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Date de parution 01 septembre 2011
Nombre de lectures 188
EAN13 9782296466357
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

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PENSÉE ET IDÉOLOGIE ARABES
e FIGURES, COURANTS ET THÈMES AU XX SIÈCLE
Comprendre le Moyen- Orient Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud
R. PORTEILLA, J. FONTAINE, P. ICARD, A. LARCENEUX (dir.),Quel État pour quelle Palestine ?,2011. Guillaume VAREILLES,Les frontières de la Palestine. 1914-1947, 2010. Aline BALDINGER,Israéliens – Palestiniens. Libres paroles au-dessus du mur, 2010. Mohamed EL BATTIUI,LaGestion de l'eau au Moyen-Orient, 2010. François SARINDAR,Lawrence d'Arabie. Thomas Edward, cet inconnu, 2010. Marie-ThérèseOLIVER-SAIDI,Le Liban et la Syrie au miroir français (1946-1991), 2010. André POUPART,Adaptation et immutabilitéen droit musulman, 2010. Mohammed GUENAD,Sayyid Qutb. Itinéraire dun théoricien de lislamisme politique, 2010. Alireza MANAFZADEH,La construction identitaire en Iran, 2009. Firouzeh NAHAVANDI (dir.),Mouvements islamistes et Politique, 2009. Kazem Khalifé,Le Liban, phœnix à l’épreuve de l’échiquier géopolitique international (1950-2008), 2009. Barah Mikaïl,La Syrie en cinquante mots clés, 2009. Jean-Jacques LUTHI,Lire la presse dexpression française enÉgypte, 1798-2008, 2009. Aurélien TURC,Islamisme et Jeunesse palestinienne, 2009. e e Christine MILLIMONO,La Secte des Assassins, XI - XIII siècles, 2009. Jérémy SEBBANE,Pierre Mendès France et la question du Proche-Orient (1940-1982), 2009. Rita CHEMALY,Le Printemps 2005 au Liban, 2009. Anne-Lucie CHAIGNE-OUDIN,La France dans les jeux dinfluence en Syrie et au Liban, (1940-1946),2009. May MAALOUF MONNEAU,Les Palestiniens de Jérusalem. Laction de Fayçal Husseini, 2009.
Ali AOUATTAH
PENSÉE ET IDÉOLOGIE ARABES
e FIGURES, COURANTS ET THÈMES AU XX SIÈCLE
L²Harmattan
Du même auteur
ETHNOPSYCHIATRIE MAGHREBINE. Représentation et thérapies traditionnelles de la maladie mentale au Maroc,L’harmattan, 1993.
© L÷HARMATTAN,2011 5-7, rue de l÷École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55354-5 EAN : 9782296553545
INTRODUCTION
Depuis quelques années, l'attention des médias et des analystes s'est focalisée sur le phénomèl'islam politique ne de « ». De la « volution islamique»en Iran à l²activisme politique islamiste enÉgypte, en Algérie et au Liban, et aux diverses actions terroristes perpétrées dans plusieurs endroits du monde, en passant par des pays devenus islamistes comme le Soudan et l'Afghanistan, celui-ci a acquis le statut d²objet de recherche auquel est réservée une grande place dans lesécrits et leséditoriaux consacrés au monde arabo-musulman. Cette approche immédiate, instanta-née, entreprise sous le poids de l²actualitépolitique, demeure souvent globalisante, cet Autreétrangeétant analyséen termes de rejet dans l'irrationnel et le fanatisme. Elle estégalement partiale et exclusive dans le sens où, en mettant l²accent sur la seule approche islamiste et sur les seuls textes qui prêtent à controverse, elle occulte les autres courants qui ont animéle champ intellectuel arabe. Or l'idéologie islamiste ne constitue qu²une composante parmi d²autres de cette pensée arabo-musulmane qui s'est forgée et s'est instituée comme instrument de réflexion et de recherche d'alternative au retard du monde arabo-musulman. Depuis un siècle, la rencontre brutale avec un Occident dominant et moderne a rendu lancinante la nécessitéde sortir de ltat du sous-développement matériel et scientifique. Peu de sujets auront soulevéautant de passion et fait l'objet d'autant de débats parmi les musulmans d'hier et d'aujourd'hui que le face à face entre l'islam et la pensée moderne, qui a engendréautant de réponses différentes qu²il y a d²approches diverses et dissemblables, elles-mêmes déterminées par la diversitéintellectuelle, politique, sociale et religieuse du monde arabo-musulman contemporain. C'est à la fin du XIXe siècle que commença effectivement à se for-ger dans la pensée arabo-musulmane une profonde conscience du«retard» sur autrui et de l²laobligation de Nahda(renaissance). Cette prise de conscience fut formulée sous forme d'un questionnement majeur, repris par les différentes générations d²intellectuels qui ont animéle champ de la pensée et de l²idéologie arabes :«Pourquoi les musulmans sont-ils en retard alors que d'?autres sont en avance ». Cette question a sous-tendu toute la génération des artisans de laNahdaet est devenue le moteur d'un formidable débat qui n'a cesséd'animer depuis lors le champ intellectuel arabe, la conscience du retard stant muée en un courant de pensée réfléchissant aux
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conditions de la renaissance, polémiquant avec l'Autre (l'Occident), notamment sur la pertinence de lui emprunter les aspects qui sont supposés avoir fait sa force. Le coup d'envoi de ce mouvement fut donné lorsque Jamal Eddine al-Afghani et Mohamed Abdou fondèrent l²Association « al-³Urwa al-Wuthqa » (Lien indissoluble), qui réunissait des intellectuels et des penseurs du tout le monde musulman et dont la finalité était de convier les nations musulmanes à l'union, à la solidarité, à la renaissance, à la lutte contre la colonisation et à la libération des pays musulmans. La production intellectuelle dans le monde arabo-musulman depuis le XIXe siècle est donc travaillée par cette tension que crée la dynamique de la double relation à l'Autre et au passé. C'est un sujet qui est évidemment très vaste et embrasse des domaines aussi variés que la politique, la religion, l'art, la philosophie, les m§urs, etc., mais qui, in fine, se ramène à une question centrale, qui concerne l'attitude à adopter vis-à-vis de cet Autre qui nous révèle, par un jeu de miroir compliqué, aux problématiques de la modernité et de l²authenticité : Faut-il refuser la modernité par un retour pur et simple à notre passé ? Ou y adhérer à partir d'une réinterprétation de ce même passé ? Ou encore adhérer à la modernité par une rupture totale et définitive avec le passé ? Les trois solutions donnent à voir une problématique posée en termes de choix entre le monde occidental dans l'économie, la politique, la culture…, et le patrimoine arabo-musulman, considéré comme étant en me-sure d'offrir un modèle de rechange à toutes les problématiques de la vie moderne. Les attitudes devant un tel questionnement sont au nombre de trois : a) attitudes « modernistes » appelant à l²appropriation du modèle occi-dental moderne, sous prétexte qu²il est le modèle qui s'impose historique-ment comme la façon civilisationnelle valable pour le présent et le futur ; b) attitudes « salafistes » optant pour la récupération du modèle arabo-musulman tel qu'déchéance », et la « décomposition » il était avant la « ou du moins s'appuyer sur lui pour en construire un autre capable d'apporter des solutions particulières aux nouveautés de l'époque moderne ; c) des attitudes « sélectives » appelant à prendre ce qu'meilleur » il y a de « dans les deux modèles et de les brasser dans une formule unique réunissant les caractéristi-ques de la modernité et de l'authenticité. Les options ainsi envisagées mettent en évidence trois stratégies qui sont soit de continuité, soit de rupture avec le passé, soit encore de compro-mis. Dans la pratique, elles prennent formes en débouchant sur des formes et des modes d'action qui vont du traditionalisme au modernisme en passant par l²éclectisme. Cette schématisation n'est cependant que théorique. En réalité, les trois attitudes sont, chacune à sa façon, traversée par diverses orientations influencées généralement par les idéologies du moment. On peut ainsi trouver, selon les dires de Mohamed ³Abed al-Jabiri, parmi les défen-seurs de la modernité, ceux qui sont porteurs d'idéologies au contenu libéral, d'autres porteurs d²idéologies au contenu salafiste ; d'autres encore appelant à un nationalisme étriqué, alors que d'autres sont plutôt pour un nationalisme arabe étendu… Parmi ceux qui prônent l'authenticité, il y a le salafiste qui refuse toute institution moderne sous prétexte qu'elle relève de lajahiliyya (période antéislamique) ; il y a le salafiste modéré qui accepte les institutions
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modernes qui ne se contredisent pas avec les lois de lachari'aou qui peuvent être interprétées dans le cadre de celle-ci ; il y a aussi le salafiste herméneutique qui appelle à la recherche dans les institutions et les valeurs de la civilisation arabo-musulmane celles qui ressemblent aux institutions et aux valeurs de la civilisation contemporaine… Parmi ceux-ci et ceux-là, on trouve les détenteurs de l'attitude régionaliste, du nationalisme arabe, ou du panislamisme. Ceux qui adoptent la position sélective sont davantage concernés par la diversité des combinaisons : il y le salafiste aux tendances libérales, le libéral aux tendances salafistes, le marxiste arabe, la marxiste nationaliste, le nationaliste libéral, le socialiste nationaliste, le salafiste arabiste, l'arabiste rationnel aux tendances salafistes, le rationaliste arabiste aux tendances libérales ou marxistes… etc. (1). Le présent ouvrage va porter sur les thèmes et les figures qui ont animé les différents courants et alimenté le débat sur des notions telles que la modernité, la tradition, la laïcité, l²indépendance intellectuelle, le statut de la femme, etc., l²objectif étant de situer les points de vue d²intellectuels qui sont soit des clercs, soit des penseurs ou des juristes. Le choix que nous avons opéré parmi les intellectuels dont nous présentons les positions et les approches n²est évidemment pas exhaustif. L²échantillonnage que nous pro-posons est purement opérationnel, n'impliquant nullement l'existence d'une frontière théorique tranchée entre les divers courants. Les penseurs auxquels nous avons affaire sont souvent engagés, ils ne peuvent dès lors être enfer-més dans des cadres rigides étant la mobilité de leur pensée et de leurs réflexions ; de même que les différents courants de pensée qui sont à l'§uvre dans le monde arabo-musulman ne sont pas toujours, en dépit de leurs diver-gences, exclusifs les uns les autres. Les spécialistes du développement de la pensée arabe contemporaine s'accordent pour en situer l'émergence à la fin du XIXe siècle, qui corres-pond à ce qu'on a identifié comme une irruption de la modernité dans les sociétés arabo-musulmanes, irruption qui provoque la confrontation entre un Occident fort - revêtu de tous les prestiges de la puissance militaire et technique, et de l'organisation politique et économique - et des sociétés mar-quées par une décadence et un immobilisme pesant. Cette problématique du sous-développement du monde arabo-musulman ou de la plupart de ses sociétés a hanté les esprits de ses intellectuels depuis lors. Ainsi, plusieurs explications, sur lesquelles nous aurons l²occasion de revenir, ont été avancées pour élucider ce mystère de la décadence ou du retard (al-inhitat ou al-ta’akhur) du monde musulman. Au-delà des explications proposées sur le déclin du monde arabo-musulman, l²interrogation qui obnubilelespen-seurs arabo-musulmans est portée sur la marge de man§uvre et la possibilité que le monde musulman s²intègre au système international et devienne un pôle stratégique et un acteur agissant sur la scène internationale. Nous sommes là devant une des caractéristiques de la pensée arabe contemporaine : le débat y est fortement conditionné par le contexte géopolitique. Son statut a été déterminé sur ce mode dès le début, lorsqu²elle ______________________________ 1.Ichkaliyyat al-fikr al-‘arabi al-mou’asir(Problématiques de la pensée arabe contemporaine), Beyrouth, Markaz dirassat al-wahda al-³arabiyya, 1979, pp.15-16. 9
fut sommée de méditer le fait colonial et la domination occidentale. Depuis, elle n²a eu de cesse d²être animée par l²injonction d²être l²exégète des différentes mutations culturelles du monde arabo-musulman. De ce fait, il nous est loisible de repérer une certaine évolution de la pensée arabe en la rattachant à quelques périodes historiques majeures qui vont de la période de l'Empire ottoman finissant à la période récente en passant par celles des colonisations et des indépendances. Ce qui implique que la pensée ne peut être analysée, vu l²évolution des thèmes et des préoccupations, en dehors du contexte social et politique dans lequel elle se meut. Les idées ne sont pas de simples produits qui peuvent émerger et s'échanger, entre autres, dans le cadre des rencontres entre les civilisations. Elles sont inséparables des mouvements sociaux et politiques, représentant eux-mêmes des forces et des intérêts sociaux contradictoires et aspirant à la reconstruction ou la transfor-mation de l'ordre prévalant. La pensée arabe a donc été fortement influencée par les appréhensions de la société arabe, enjointe de participer à la mise en perspective de quelques chantiers historiques, notamment la construction d'une nation purifiée des conflits communautaires, l'achèvement de l'indépendance, l²établissement de la justice sociale. Dans ces débats, deux données sont constamment présentes : l'Occident, perçu comme un défi (le besoin de l'affronter coexiste avec l'émulation des modèles et des paradigmes occidentaux), et l²islam, élément central de la culture arabe et acteur incontournable dans les différentes visions politiques et socio-culturelles supputées. L'analyse de la pensée arabe sous cet aspect, c'est-à-dire en tant que séries d'intenses débats menés par des intellectuels représentatifs de mouve-ments contradictoires, suppose qu'il y ait des périodes spécifiques durant lesquelles ces intellectuels étaient conscients des points de vue des uns et des autres, et qu'ils polémiquaient à leurs sujets chacun à partir de sa propre perspective. Les observateurs et les historiens du développement de la pen-sée arabe ont essayé de délimiter des phases, des périodes et des catégories dans ce développement. Nous préconisons ici une délimitation en quatre grandes périodes : la première couvre le déclin de l'Empire ottoman et la confrontation avec l'la deuxiOccident ; ème correspond à la colonisation et aux luttes nationalistes ; la troisième correspond aux constructions nationales après les indépendances ; et la quatrième couvre la période récente, celle qui va de la guerre de 1967 jusqu'à nos jours. Encore une fois, cet agencement n²est qu²une façon parmi d²autres de se représenter le champ intellectuel arabe. Les idées et les auteurs sont mobiles, la mise en catégories qui leur est apposée se justifie par le seul degré de lisibilité qu²elle peut assurer à un domaine, en l²occurrence celui de la pensée, qui sans elle, pourrait pâtir d²une certaine inintelligibilité.
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