Pierre Bérégovoy en politique

-

Français
240 pages
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Description

Vingt ans après sa mort, un collectif d'historiens revient sur la carrière politique de Pierre Bérégovoy. Car par-delà le mystère de sa disparition, nous trouvons un homme politique atypique, formé en dehors du sérail. Ce livre revient sur son parcours et son ascension au sein du Parti socialiste puis au sein du gouvernement. Il permet enfin de restituer dans une perspective historique "l'affaire Bérégovoy", qui conduisit l'élu de Nevers à se suicider le 1er mai 1993.

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Publié par
Date de parution 01 avril 2013
Nombre de lectures 47
EAN13 9782336664507
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Pierre Bérégovoy en politique



Cliopolis

La collection d·histoire politique du CHPP,
sous la direction du Professeur Jean Garrigues


Déjà parus


Philippe Lacombrade et Fabien Nicolas (dir.)
Vin et République
2009

Pierre Allorant, Noëlline Castagnez et Antoine Prost (dir.)
Le Moment 1940. Effondrement national et réalités locales
avril 2012

Luis P. Martin, Jean-Paul Pellegrinetti et Jérémy Guedj (dir.)
La République en Méditerranée.
Diffusions, espaces et cultures républicaines
e e
en France, Italie et Espagne (XVIII²XX siècles)
novembre 2012








Sous la direction de Noëlline Castagnez et Gilles Morin,
avec la collaboration d·Alexandre Borrell

Pierre Bérégovoy en politique



Actes du colloque organisé
par le Centre d·histoire de Sciences Po
et le Comité d·histoire parlementaire et politique
à Paris les 28 et 29 mai 2010.


















En couverture: Pierre Bérégovoy avec Henri Krasucki, n°2 de la CGT, au
Congrès du PS de Valence en octobre 1981 (collection Fondation Jean-Jaurès²
Pierre et Monique Guéna).































© L'HARM ATTAN, 2013
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00716-8
EAN : 9782343007168

Les auteurs


Noëlline Castagnez
MaîWUH GH FRQIpUHQFHV G·+LVWRLUH j O·8QLYHUVLWp G·2UOpDQV
Christian Chevandier
3URIHVVHXU G·+LVWRLUH j O·8QLYHUVLWp GXHavre
Fabien Conord
Docteur en Histoire
HW SURIHVVHXU DJUpJp j O·,87 GH &OHUPRQW-Ferrand
Michel Dreyfus
Directeur de recherche au CNRS, Université Paris I²
Panthéon-Sorbonne
Frédéric Fogacci
'RFWHXU HQ +LVWRLUH GH O·8QLYHUVLWp 3DULVIV-Sorbonne
et professeur agrégé
Mathieu Fulla
'RFWHXU HQ +LVWRLUH GX &HQWUH G·+LVWRLUH GH 6FLHQFHV 3R
et professeur agrégé
Jean Garrigues
ProfesseurG·+LVWRLUH j O·8QLYHUVLWp G·2UOpDQV HW SUpVLGHQW GX &+33
Laurent Jalabert
3URIHVVHXU G·+LVWRLUH j O·8QLYHUVLWp GH 3DX
François Lafon
0DvWUH GH FRQIpUHQFHV G·+LVWRLUH j O·8QLYHUVLWp 3DULVI²
Panthéon-Sorbonne
Gilles Le Béguec
3URIHVVHXU G·+LVWRLUH pPpULWH j O·8QLYHUVLWp 3DULV 2XHVW
Nanterre La Défense
Christine Manigand
3URIHVVHXU G·+LVWRLUH j O·8QLYHUVLWp 6RUERQQH QRXYHOOH ²Paris III
Gilles Morin
e
&KHUFKHXU UDWWDFKp DX &HQWUH G·+LVWRLUH VRFLDOH GX ;;siècle²
Université Paris I Panthéon-Sorbonne
Antoine Rensonnet
'RFWRUDQW j O·8QLYHUVLWp GH 5RXHQ
Jean Vigreux
3URIHVVHXU G·+LVWRLUH j O·8QLYHUVLWp GH %RXUJRJQH



AN
CAD
CAP
CAS
CDS
CED
CEF
CERES

CES
CFDT
CFTC
CGT
CHEFF

CHSP
CHT
CIG
CIR
DVD
DVG
FEN
FFI
FGDS
FJJ
FLN
FN
FNIC
FNSP
FO
IEG
IPMF
JS
MITI
MLP
NPS
NRS
OCI
OURS

Table des sigles

Archives nationales
&HQWUH G·DFWLRQ GpPRFUDWLTXH
&HUWLILFDW G·DSWLWXGHprofessionnelle
CentreG·archives socialistes
Centre des démocrates sociaux
Communauté européenne de défense
Commission exécutive fédérale
&HQWUH G·pWXGHV GH UHFKHUFKHV HW G·éducation
socialistes
Conseil économique et social
Confédération française démocratique du travail
Confédération française des travailleurs chrétiens
Confédération générale du travail
&RPLWp SRXU O·KLVWRLUH pFRQRPLTXH HW ILQDQFLqUH GH OD
France
&HQWUH G·KLVWRLUH GH 6FLHQFHV 3R
&HQWUH G·KLVWRLUH GX WUDYDLO
Conférence intergouvernementale
Convention des institutions républicaines
divers droite
divers gauche
)pGpUDWLRQ GH O·eGXFDWLRQ QDWLRQDOH
)RUFHV IUDQoDLVHV GH O·LQWpULHXU
Fédération de la gauche démocrate et socialiste
Fondation Jean-Jaurès
Front de libération nationale
Front national
Fédération nationale des Ingénieurs et Cadres
Fondation nationale des Sciences politiques
Force ouvrière
industries électriques et gazières
Institut Pierre Mendès France
Jeunesses socialistes
Ministry of International Trade and Industry
Mouvement de libération du peuple
nouveau Parti socialiste
Nouvelle Revue socialiste
Organisation communiste internationaliste
Office universitaire de recherches socialistes

7

PCF
PCI
PMSUD
PR
PSA
PSU
PU
PUR
RdN
RPR
SFIO
SME
SNES
SNI
STO
UCRG
UDF
UEM
UGCS
UGS
UNR

8

Parti communiste français
Parti communiste internationaliste
Pour un mouvement syndical uni et démocratique
Parti républicain
Parti socialiste autonome
Parti socialiste unifié
Presses universitaires
Presses universitaires de Rennes
République de Normandie
Rassemblement pour la République
6HFWLRQ IUDQoDLVH GH O·,QWHUQDWLRQDOH RXYULqUH
Système monétaire européen
Syndicat national des enseignants du second degré
Syndicat national des instituteurs
Service du travail obligatoire
Union des clubs pour le renouveau de la gauche
Union pour la démocratie française
Union économique et monétaire
Union des Groupes et Clubs socialistes
Union de la gauche socialiste
Union pour la nouvelle République

Remerciements


Nous tenons à remercier le professeur Jean-François Sirinelli, qui
IXW j O·RULJLQH GX FROORTXH GHV HW mai 2010 surPierre Bérégovoy en
politique OH &HQWUH G·+LVWRLUH GHSciences PoHW OH &RPLWp G·+LVWRLUH
parlementaire et politique, qui en ont assurp O·RUJDQLVDWLRQ DLQVL TXH
OH JURXSH VRFLDOLVWH GH O·$VVHPEOpH QDWLRQDOH TXL QRXV D DFFXHLOOLV OH
second jour. Nous devons aussi remercier les grands témoins qui ont
accepté de participer aux débats que nous ne pouvons
malheureusement pas reproduire, maisTXL RQW QRXUUL O·pFULWXUH GH
cet ouvrage : Jean-Claude Colliard, Laurent Fabius, Pierre Joxe, Louis
Mermaz et Hubert Védrine. Nous remercions également le
professeur Jean Garrigues qui accueille cet ouvrage, issu du colloque,
dans la collection Cliopolis. Nos remerciements les plus vifs vont,
HQILQ j O·DVVRFLDWLRQ GHVanciens membres du cabinet de Pierre
%pUpJRYR\ TXL D VRXWHQX GqV O·RULJLQH O·RUJDQLVDWLRQ GX FROORTXH
GRQW HOOH DYDLW VRXKDLWp OD WHQXH HW TXL QRXV D GRQQp O·DFFqV HQ DYDO
et en amont, à des témoignages et autres précieux documents, ainsi
TX·j OD PDLULH GH 1HYHUV OHVTXHOOHV RQW WRXWHV GHX[ UHQGX SRVVLEOH OD
publication de ce livre.
Les illustrations de cet ouvrage, dont celle de la couverture,
proviennent pour la plupart du fonds Pierre et Monique Guéna, que
la Fondation Jean-Jaurès a bien voulu mettre à notre disposition.
Nous sommes redevables, en outre, à Olivier Rousselle,
àO·DVVRFLDWLRQ /LEpUDWLRQ-1RUG j O·2856, à Pierre Collombert,
à Michel Mendès France et à Plantu.
Nous remercions enfin Thierry Mérel de la FJJ et Frédéric
&pSqGH GH O·2856 SRXU OHXUV FRQVHLOV HW OHXU SHUPDQHQWH
disponibilité.

Noëlline Castagnez et Gilles Morin

9

Avant-propos

Claude Bartolone,
présidentGH O·$VVHPEOpH QDWLRQDOH


Vingt ans après la mort de Pierre Bérégovoy, ce remarquable
ouvrage collectifpiloté par Noëlline Castagnez et Gilles Morin vient
combler un manque. Le regard distancé des historiens du politique
SHUPHW GH GpSDVVLRQQHU HW G·REMHFWLYHU OH SDUFRXUV G·XQ KRPPH
politique qui ne peut se résumer aux polémiques sur sa tragique
GLVSDULWLRQ 4X·LO PH VRLW SHUPLV, dans cet avant-propos, de parler de
O·hRPPH GH O·DPL GX FDPDUDGH GX 3DUWL VRFLDOLVWH TXL, avec
conviction et humanisme, fut de tous les combats, de la Résistance à
François Mitterrand, en passant par Pierre Mendès France. Pierre
%pUpJRYR\ QH VLpJHD TXH SHX GH WHPSV j O·$VVHPEOpH QDWLRQDOH:
deux ans, de 1986 à 1988, puis de mars 1993 à sa mort. Pour autant,
Q·HQ GRXWRQVpas, Pierre Bérégovoy fut un grand socialiste. Il eut un
U{OH PDMHXU DX VHLQ GH O·pTXLSH GHcampagne de François Mitterrand
et fut un artisan incontournable deO·exercice du pouvoir par la
gauche.
Grand expert des questions économiques et sociales, Pierre
Bérégovoy contribua grandement à ce que la gauche gère les affaires
GDQV OD GXUpH HW QRQ SDV VHXOHPHQW j O·RFFDVLRQ GH EUHIV ©épisodes »
(que la droite qualifiait, à un moment, «G·DFFLGHQWV») de la vie
politique française (révolution de 1848, cartel des gauches de 1924,
Front Populaire en 1936« ,O V·DWWHODLW j FHWWH WkFKH LPPHQVH DYHF
O·KXPLOLWp TXL OH FDUDFWpULVDLW, mais surtout avec sérieux et
GpWHUPLQDWLRQ '·DERUG FRPPH VHFUpWDLUH JpQpUDO GH O·Élysée, puis
comme ministre aux Affaires sociales puisj O·eFRQRPLH HWaux
Finances, et enfin comme Premier ministre, Pierre Bérégovoy
dégageait une force tranquille qui inspirait le respect à tous et, en
premier lieu, aux hauts fonctionnaires qui le servaienW OXL TXL Q·DYDLW
pas suivi la voie royale des prestigieux concours de la «noblesse
G·Étatª HW TXL Q·pWDLW SDV LVVX GX VpUDLO GHV JUDQGHV pFROHV.
En 1992, je faisais partie des premiers députés socialistes à
plaider ouvertement, par une tribune dansLe Monde, en faveur de
son accession au poste de Premier ministre, compte tenu de ses
mérites éminents et de son parcours, ce que décida François
Mitterrand le 2 avril 1992. Il ne disposait alors que de douze mois
MXVTX·DX[ SURFKDLQHV pOHFWLRQV OpJLVODWLYHV GH PDUV SRXU

11

AVANT-PROPOS

redresser la barre dans une conjoncture économique déprimée.
Était-ce une mission impossible ? Pierre Bérégovoy ne regarda pas à
OD GLIILFXOWp HW j O·LPSRSXODULWp TXH signifiaitsa nomination.
Trop heureuxde pouvoir à nouveau être utile au Président de la
République et à la gauche en général, il garda le cap : construction de
O·(urope (adoption du traité de Maastricht par référendum),
transparence du financement de la vie politique, désinflation, priorité
GRQQpH j O·DFFURLVVHPHQW GH OD FRPSpWLWLYLWp HW GH O·LQQRYDWLRQ GHV
entreprises. Il en fallait du courage politique et du sang-froid pour
tenir ce discours de vérité dans la tempête.
/·XVXUH GX SRXYRLU HW XQ FK{PDJH HQGpPLTXH HXUHQW UDLVRQ GH OD
confiance des Français et la politique menée par la gauche fut
VDQFWLRQQpH GXUHPHQW SDU OHV pOHFWHXUV 1RXV Q·pWLRQV SOXV TX·XQH
petite sRL[DQWDLQH GH GpSXWpV VRFLDOLVWHV j O·$VVHPEOpH QDWLRQDOH j
avoir survécu à la vague bleue de mars 1993. Pierre Bérégovoy en
faisait partie, réélu à 53,70 % des voix dans son fiefde la première
FLUFRQVFULSWLRQ GH OD 1LqYUH &·HVW HQ HIIHW GDQV FH GpSDUWHPent, sur
OHTXHO O·RPEUH GH )UDQoRLV 0LWWHUUDQG Dvait plané pendant un
demisiècle,TX·LO DYDLW VX VH IDLUH DGRSWHU SDU GHV 1LYHUQDLV DXVVL ILGqOHV
TX·H[LJHDQWV
Le maire de Nevers avait, cependant, pris cette défaite collective
FRPPH XQ DIIURQW SHUVRQQHO (Q YpULWp HW VDQV MDPDLV V·HQ SODLQGUH
LO pWDLW EOHVVp GH Q·DYRLU SDV pWp FRPSULV GHV )UDQoDLV; dH Q·DYRLU SDV
su les convaincre du bien-fondé de sa politique. Comme Pierre
0HQGqV )UDQFH O·XQ Ge ses maîtres, il aurait voulu que les Français
comprennent sa politique de rigueur économique et de progrès
social.
Alors que la majorité présidentielle élue en 2012 doit accomplir le
redressement économique de la Nation dans un contexte
économique très difficile, sans renoncer à la justice sociale et tout en
SRXUVXLYDQW OD OHQWH pGLILFDWLRQ G·XQH (XURSH SROLWLTXH HW
progressiste LO QRXV IDXW UHGpFRXYULU OD SHQVpH HW O·DFWLRQ GH FHW
KRPPH G·eWDW 3OXV TXH MDPDLV OD ILJXUH GH 3LHUUH %pUpJRYR\ VRQ
parcourV FRPPH VHV LGpHV QRXV VRQW SUpFLHX[ 7RXW O·LQWpUrW GH FHW
RXYUDJH TXH M·DL OH SODLVLU GH SUpIDFHU HVW GH UDSSHOHU OHV SULQFLSDOHV
pWDSHV G·XQH FDUULqUH SROLWLTXH TXL IDLW KRQQHXU j OD *DXFKH HW TXL
fait honneur à la République.

12

Introduction

Noëlline Castagnez et Gilles Morin


Que reste-t-il du parcours politique de Pierre Bérégovoy, vingt
ans après sa tragique disparition, dans une opinion publique
largement façonnée, il est vrai, par les médias ? Fut-il seulement l·un
des Premiers ministres du second et difficile septennat de François
Mitterrand, un homme d·État qui, parce que son honneur avait été
« jetéaux chiens», selon les mots du président de la République,
er
choisit de se donner la mort le 1 mai 1993? Depuis lors, des
journalistes lui ont consacré plusieurs ouvrages «grand public».
Certains d·entre eux n·ont pas hésité, à des fins d·audience, à agiter la
thèse du complot pour remettre en cause son suicide et ont même
1
inspiré un documentaire télévisé . D·autres, plus rigoureux, ont joué
2
le jeu de la biographie d·investigation , mais n·ont pu empêcher que
persiste une vision rétroactive, comme si sa fin trouvait
inéluctablement son explication dans son parcours jugé atypique.
Parce qu·il n·était pas issu du sérail, s·impose alors la seconde image
accolée à Pierre Bérégovoy, celle du fils d·immigré russe, ouvrier
dans sa jeunesse et autodidacte, parvenu à l·avant-dernière marche
3
du pouvoir, Matignon .
C·est pour dépasser cette image simpliste et déterministe que des
historiens se sont rassemblés et ont tenté de retracer et d·expliquer le
parcours en politique de Pierre Bérégovoy, de ses premiers
engagements militants, syndicaliste et socialiste, en passant par les
différentes étapes qui le conduisirent de la SFIO au PSA/PSU, puis
au NPS et enfin au Parti socialiste issu d·Épinay, jusqu·au
gouvernement. Car c·est bien de Pierre Bérégovoy en politique et
non au pouvoir qu·il s·agit. À l·issue de ce travail collectif, il n·est pas
certain que les origines populaires de Pierre Bérégovoy et son trajet
d·autodidacte constituent sa vraie singularité comme le voudrait la
vulgate. En revanche, mettre en perspective son parcours politique
sur la longue durée se révèle une démarche heuristique fructueuse
pour l·historien, et ce pour plusieurs raisons. D·abord, étudier Pierre

1
Cf.Éric Raynaud,8Q FULPH G·eWDW /D PRUW pWUDQJH GH 3LHUUH %pUpJRYR\, éditions
Alphée-Jean-Paul Bertrand, 2008, 254 p. et le documentaire de France 3,La double
mort de Pierre Bérégovoy, 2008.
2
Citons surtout Christiane Rimbaud,Bérégovoy, Paris, Perrin, 1994, 466 p.
3
Sylvie Marion, pour écrire/·pFROH GH OD YLH RX OD )UDQFH DXWRGLGDFWH(Paris, J.-C. Lattès,
HXW SOXVLHXUV HQWUHWLHQV DYHF 3LHUUH %pUpJRYR\ DORUV TX·LO pWDLW j 0DWLJQRQ

13

INTRODUCTION

Bérégovoy situe d·office le chercheur sur le terrain de l·histoire
immédiate, avec peu d·archives publiques² voireprivées²
accessibles et donc en quelque sorte hors-sol. Mais cette quête
biographique offre aussi de riches opportunités de rencontres avec
les contemporains de Pierre Bérégovoy, proches ou moins proches,
lesquels peuvent non seulement apporter leurs témoignages, que
l·historien sait depuis longtemps historiciser, mais aussi ouvrir leurs
4
archives .Sans vouloir revenir ici sur les enjeux méthodologiques
5
bien connus de la biographie , cette occasion de susciter des sources
²ou écrites orales²à elle seule que l justifierait·histoire politique
systématise la démarche. Ensuite, l·itinéraire politique de Pierre
Bérégovoy, avec ses différentes terres d·accueil, ses étapes, ses
espoirs et désillusions, constitue pour l·historien un bon fil
conducteur pour approfondir notre connaissance de cette génération
qui porta l·alternance en 1981 et qui dut ensuite affronter les réalités
du pouvoir. Enfin, analyser, de son entrée en militance jusqu·à
Matignon, l·ethos et la culture politiques de Pierre Bérégovoy, ce
syndicaliste anticommuniste, ce mendésiste, ce «politique-expert »
des affaires économiques et sociales, ce mitterrandiste pragmatique,
ce négociateur du Programme commun²et l·on en oublie²permet
de mieux évaluer à quel point son parcours fut riche, à défaut d·être
complètement atypique, au-delà des clichés. Là encore, outre l·intérêt
biographique en soi que représente l·étude d·une grande figure de la
e
V République,il convient de souligner que cet ouvrage se veut aussi
un apport à l·histoire de la gauche alors qu·elle ambitionnait le
pouvoir et qu·elle finit par le conquérir.
Notrelivre, par conséquent, suit dans ses grandes lignes un
ordre chronologique, sans pour autant s·interdire de mettre en
perspective différents moments de la biographie de Pierre
Bérégovoy lorsqu·ils se font écho. Il revient, tout d·abord, sur ses
premiers engagements et les fondements de sa culture politique, puis
analyse l·ascension de celui que l·on serait tenté d·appeler un «
anti6
sabras » ,de son compagnonnage avec Pierre Mendès France à


4
Enlisant les notes, le lecteur découvrira que les auteurs ont su utiliser fonds
privés et correspondances et susciter des témoignages de contemporains. Que
O·DVVRFLDWLRQ GHV DQFLHQV PHPEUHV GX FDELQHW GH 3LHUUH %pUpJRYR\ TXL D UHQGX FHV
recherches possibles, en soit ici remerciée.
5
'DQV XQH ORQJXH OLVWH G·RXYUDJes épistémologiques, ne citons que François
Dosse,Le pari biographique. Écrire une vie, Paris, La Découverte, 2005.
6
(Q UpIpUHQFH DX[ FLWR\HQV MXLIV QpV VXU OD WHUUH G·,VUDsO )UDQoRLV 0LWWHUUDQG
appela «les sabras» les socialistes nés à la politique au moment du congrès
G·eSLQD\ RX SHX GH WHPSV DSUqV

14

INTRODUCTION

l·équipe de campagne de François Mitterrand en 1981, pour enfin
apporter des éclairages inédits sur la période où, avec les socialistes, il
est au pouvoir.
Si l·on reprend la trame biographique de Pierre Bérégovoy, quels
sont les différents fils qui s·entrecroisent dans ce livre ?
Le lecteur y trouvera d·abord la question de ses origines
populaires et de leur poids éventuel sur son parcours et son image.
Pierre Bérégovoy naquit, en effet, le 23 décembre 1925 à
Déville-lèsRouen en Seine-Inférieure et était le fils d·un officier ukrainien de
l·armée tsariste, réfugié en France et qui devint ouvrier, avant de
tenir un café-épicerie avec son épouse. Son père tombant malade,
Pierre, aîné de quatre enfants, dut interrompre ses études et, muni de
son CAP d·ajusteur-fraiseur, entra en 1941 dans une usine de tissage
puis, en octobre 1942, à la SNCF, avant de finalement être embauché
à Gaz de France en 1951. Plusieurs auteurs reviennent sur ses
origines et sa formation, non seulement pour en préciser le contenu
en Normandie (Antoine Rensonnet), mais aussi pour en interroger la
portée sur ses rapports au communisme et à l·URSS (Noëlline
Castagnez), ainsi que sur l·utilisation de son image de «fils du
peuple » une fois au gouvernement (Christian Chevandier).
La profonde connaissance qu·avait Pierre Bérégovoy du milieu
syndical et des affaires socio-économiques et les compétences qui lui
étaient reconnues en la matière constituent une autre problématique
forte, que nous avons d·ailleurs voulu illustrer en couverture.
Le Comitépour l·Histoire économique et financière de la France
avait déjà étudié son action dans ce domaine, mais alors qu·il était au
7
pouvoir .Or, avec les cheminots, Pierre Bérégovoy participa à la
Résistance et s·engagea dans les FFI)RUFHV IUDQoDLVHV GH O·LQWpULHXU
puis, dès septembre 1944, dans l·armée. En 1946, il adhéra à la SFIO
de la Seine-Inférieure et rejoignit également la CGT, qu·il quitta pour
FO dès sa création en 1947, son appartenance ultérieure à la CFDT
étant débattue dans cet ouvrage. Michel Dreyfus retrace le parcours
de ce syndicaliste réformiste, qui dura une vingtaine d·années, et qui
fut déterminant dans la carrière du futur expert en affaires
économiques et sociales, comme le montre Mathieu Fulla. Or cette
expertise, reconnue au ministre de l·Économie et des Finances qui
occupa Bercy à plusieurs reprises entre 1984 et 1992, eut aussi un
rôle en politique, tant intérieure qu·extérieure. Elle intervint dans le
jeu de chaises musicales de Matignon de 1991 raconté par François


7
CHEFF,Pierre Bérégovoy XQH YRORQWp GH UpIRUPH DX VHUYLFH GH O·pFRQRPLH -1993,
3DULV 0LQLVWqUH GH O·pFRQRPLH GHV ILQDQFHV HW GH O·LQGXVWULH &+()) p.

15

INTRODUCTION

Lafon. Demême, elle influença sa conception de l·Europe et sa
politique européenne, comme le montre Christine Manigand.
Le troisième axe de ce livre consiste à étudier les différents
compagnonnages et le cheminement qui conduisirent Pierre
Bérégovoy, comme bon nombre de militants, de la deuxième gauche
au parti d·Épinay, et donc au ralliement à la stratégie mitterrandienne
d·union froide avec les communistes. À la SFIO de la
SeineInférieure, devenue Seine-Maritime, de 1946 à 1957, il fit son
apprentissage du métier politique, comme le raconte Antoine
Rensonnet. Au PSA et au PSU jusqu·en 1967 puis après son entrée
au NPS en 1969, Gilles Morin montre qu·il s·affirma comme un
homme d·appareil et un cadre avec lequel il fallait compter. Il
rejoignit finalement, sans être un « sabra », la majorité mitterrandiste
en mars 1972. Ce faisant, Pierre Bérégovoy collabora avec
différentes figures éminentes de la gauche: Pierre Mendès France,
dont il se réclama lors de son discours d·investiture en 1992 et avec
lequel il eut une longue relation qu·évoque Frédéric Fogacci; plus
brièvement Alain Savary, et bien entendu François Mitterrand, deux
rencontres qu·analysent respectivement Laurent Jalabert et Jean
Vigreux.
Ce livre, enfin, tente de restituer dans toute sa complexité une
indubitable ascension politique dont le tragique dénouement ne doit
pas faire oublier les tâtonnements voire les échecs. Fabien Conord
revient ainsi sur la longue quête d·implantation locale de Pierre
Bérégovoy avant qu·il ne soit élu maire de Nevers en 1983 et député
en 1986. Après son rôle actifdans la campagne présidentielle de
1981 étudié par Jean Vigreux, Gilles Le Béguec révèle l·épisode
souvent méconnu du passage de Pierre Bérégovoy au secrétariat
général de l·Élysée au lendemain de la victoire de mai 1981. François
Lafon explique pourquoi Édith Cresson lui fut préférée à Matignon
en 1991, avant qu·il ne soit finalement nommé Premier ministre en
1992. Il revient, enfin, à Jean Garrigues de mettre en perspective
« l·affaire Bérégovoy » et de décrypter son processus de fabrication.
Aller au-delà des images fixées par les médias et des explications
toutes faites, telle est bien l·ambition de ce livre et de tous ses
contributeurs.

16

















Partie I

Premiers engagements
et culture politique






Illustration 1. Au service militaire au sortir de la Résistance.
(archives Libération-Nord)




À la SFIO de la Seine-Maritime,
l·apprentissage du métier politique

Antoine Rensonnet


Pierre Bérégovoy est né le 23 décembre 1925 à Déville-lès-Rouen
et il s·identifie, durant toute la première partie de sa vie, au
département de la Seine-Inférieure. Le début de sa biographie est
1
connu .C·est un élève doué qui n·a pas l·opportunité de continuer
ses études et qui doit commencer à travailler dès l·âge de seize ans.
La guerremarque un tournant pour lui puisqu·il entre dans un
mouvement de résistance à l·été 1943 et participe à la bataille du
Rail ;il s·engage ensuite dans les FFI ce qui le conduit à Lyon en
octobre 1945, où il entre à la SFIO. Les raisons de son adhésion au
Parti socialiste restent méconnues. Il semble avoir eu très jeune un
intérêt pour la politique, éveillé notamment par son instituteur, et
avoir été marqué par l·expérience du Front populaire. De plus,
l·héritage familial d·un père qui a fui la Russie à l·avènement des
bolcheviks et le côtoiement des communistes au sein des FFI l·ont
2
éloigné du Parti communiste sans altérer une sensibilité de gauche .
Au printemps 1946, il retourne à Rouen. Aussi la première
séquence de sa carrière politique²menée en parallèle d·une carrière
syndicale même s·il donne très vite la priorité à la première²se
faitelle dans le département de Seine-Inférieure, devenue
Seineer
Maritime le 1janvier 1955, puisqu·il ne le quitte qu·à l·été 1957 pour
raisons professionnelles. Ce que je voudrais montrer et interroger ce
sont les premiers engagements, les premières responsabilités et les
premières ambitions de Pierre Bérégovoy et voir dans quelle mesure
ses débuts en politique ont pu influencer la suite de son parcours.
Pour ce faire, je reviendrai tout d·abord sur la carrière militante de
Pierre Bérégovoy en Seine-Inférieure, ensuite je m·intéresserai à la
vie²tourmentée²de la Fédération SFIO de Seine-Inférieure et aux
conflits qui traversent celle-ci. Enfin, j·examinerai sa position dans

1
Lesrenseignements concernant le parcours de Pierre Bérégovoy sont issus de
O·RXYUDJH GH &KULVWLDQH 5LPEDXGBérégovoy, Paris, Perrin, 1994, 468 p., de la notice
de Gilles Morin dansLe Maitron (Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du
mouvement social de 1940 à mai1968, t.2 (dir. parClaude Pennetier), Paris,
LespGLWLRQV GH O·$WHOLHU S74-77) et deLa République de Normandie
(désormaisRdN) notamment le numéro du 6 juin 1952.
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NDLR. Voir sur ce sujet,infra, Noëlline Castagnez, « Face au communisme : de
O·KpULWage familial à la confrontation sur le terrain », p. 69sq.

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PREMIERS ENGAGEMENTS ET CULTURE POLITIQUE

deux événements politiques majeurs qui ont particulièrement secoué
la vie du Parti socialiste : la querelle de la Communauté européenne
de défense (CED) et les débuts de la guerre d·Algérie.

LA CARRIÈRE DU MILITANT ENSEINE-INFÉRIEURE

Responsabilités et actions
Revenu en Seine-Inférieure au printemps 1946 alors qu·il a donc
déjà adhéré au Parti socialiste, Pierre Bérégovoy connaît une rapide
ascension au sein de la Fédération. S·il est difficile de saisir les
raisons exactes de celle-ci, il ne fait guère de doute qu·elle est très
largement due à une intense activité militante.
Ainsi, dès mars 1947, il devient le secrétaire fédéral des Jeunesses
socialistes (JS) qui sont alors en crise, puisque leur Bureau national
vient d·être dissous ; cet épisode est d·ailleurs peut-être l·une des clés
de son accession à des postes de responsabilité au sein de la
Fédération. Puis, en août 1948, il devient secrétaire fédéral adjoint de
la Fédération de Seine-Inférieure. Enseptembre 1948,il intègre le
cabinet de Christian Pineau, alors ministre desTransports, où il est
chargé des relations avec les syndicats et en profite pour devenir le
principal animateur du journal fédéral socialiste de la
SeineInférieure,La République de Normandie ²qui succède le 11 avril 1949 à
Cité Nouvelle ² mêmes·juin 1952pour en êtreil lui faut attendre
nommé, officiellement, directeur gérant. Enfin, il entre, en
janvier 1949, à la commission exécutive de la section de Rouen, l·une
des plus importantes du département, et en devient le secrétaire
en novembre 1950. Bien qu·il quitte les cabinets ministériels lorsque
Christian Pineau cesse, enfévrier 1950,d·être ministre, il continue
d·assumer l·ensemble de ses fonctions²fédéral adjoint, secrétaire
secrétaire de la section de Rouen-Droite (peut-être avec quelques
interruptions), directeur deLa République de Normandie ²jusqu·à son
départ de Seine-Maritime en 1957. Pourtant, il ne devient jamais
permanent socialiste et continue, parallèlement, à travailler à Gaz de
France.
Toutes ses responsabilités, dont sa fille Catherine dit qu·elles
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étaient «son moteur» , supposent un investissement très important
et une activité protéiforme. Les signes de sa participation à la vie de
la Fédération socialiste de Seine-Inférieure comme dirigeant fédéral
sont multiples ; on peut ainsi souligner plusieurs d·entre eux.


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/HWWUH GH &DWKHULQH &RWWLQHDX j O·DXWHXU avril 2010.

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