Président Macky Sall
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Description

Cette chronique est un témoignage fidèle et objectif des sombres moments que le Sénégal a traversés lors de la dernière élection présidentielle qui a conduit Macky Sall au Palais Roume. Lorsqu'il n'était encore que candidat, Ramatoulaye Sarr Diagne l'a accompagné dans l'épreuve de l'injustice et de la cabale du PDS résolu à l'abattre. Chassé du pouvoir par un mentor ravagé par un amour aveugle pour son fis, Macky Sall a été finalement récompensé.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2014
Nombre de lectures 15
EAN13 9782336348438
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Titre
Copyright























© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
EAN Epub : 978-2-336-69854-0
P RÉFACE

Il était écrit que le bateau naviguerait en eaux troubles et que le capitaine qui le redresserait aurait pour nom Macky Sall. Il était écrit que le peuple indolent et pacifique se secouerait et qu’il se révolterait un 23 juin. Il était également écrit que ce peuple briserait ses chaînes et réclamerait une seconde indépendance, soixante-deux ans après les premières indépendances.
Pour raconter ce combat populaire qui a abouti à l’accession de Macky Sall à la magistrature suprême : une femme, une intellectuelle, madame Ramatoulaye Sarr Diagne, dans une volonté d’éclairer la lanterne des futures générations sur le péril qui a plané sur l’avenir du peuple sénégalais à cause de l’entêtement inadmissible, incompréhensible, inconcevable et incongru d’un homme assoiffé de pouvoir et trop âgé en plus ; bref un Mugabé de l’Afrique occidentale.
Plus qu’une apologie, cette chronique est un témoignage fidèle et objectif des sombres moments que notre pays a traversés à cause de la décision controversée du Conseil constitutionnel.
Le ton pathétique nous informe sur le patriotisme de la narratrice qui, ébranlée jusqu’au plus profond d’elle-même, ne parle plus avec la bouche, mais avec le cœur pour dénoncer, à l’image de beaucoup de compatriotes, le scandale de cette candidature de trop qui a failli plonger le pays dans le gouffre.
Les faits racontés dans ce pan de l’histoire de notre pays sont réels. La narratrice qui suit les événements au fil des jours en fait un récit chronologique qui commence le 27 janvier, jour de verdict du Conseil constitutionnel qui devait valider les candidatures et se poursuit jusqu’au 4 avril qui coïncide avec la célébration de la fête de l’indépendance avec le nouveau président fraîchement élu, son excellence Macky Sall.
Rien n’échappe au regard ému de la chroniqueuse qui s’est intéressée aux moindres détails de ce tournant décisif de l’histoire de notre pays. Le verdict impopulaire du Conseil constitutionnel qui a osé valider la candidature de Wade et la révolte généralisée qui s’en est suivie, avec son cortège de martyres issus des bavures policières, ont ébranlé plus d’un Sénégalais, et madame Ramatoulaye Sarr Diagne, dans la première partie de son livre, en parle avec beaucoup d’amertume. Dans ce combat pour le respect de la Constitution, toutes les forces vives de la nation se sont impliquées : des politiciens révoltés par une sentence qui sonnait comme un glas, une société civile déterminée à mettre un terme à douze ans de gabegie, de malversations, d’arrogance et d’impunité, mais aussi une jeunesse désabusée par l’alternance et réclamant le départ de Wade qu’elle avait pourtant triomphalement élu en 2000.
C’est sur ce fond de combat populaire que débute la deuxième partie du livre, intitulée « Un scrutin bien singulier », dans laquelle, la narratrice évoque la campagne électorale qui a débuté avec le meeting de Wade à Mbacké et celui de tous les autres candidats unis dans un seul front à Dakar, plus particulièrement à la place de l’Obélisque. Ce bloc ne va pas tarder à se fissurer avec un groupe de candidats embastillés à Dakar et continuant à dénoncer la candidature de Wade et le candidat Macky Sall à la rencontre de ses compatriotes des autres régions du Sénégal.
Le ridicule de Wade s’accrochant aux foyers religieux et déployant tous les artifices pour décrocher un ndigël est également mis en relief et la chroniqueuse insiste fortement sur les allures de médisances, de calomnies, de menaces et de violences que prend cette campagne au point de créer, malgré l’enclenchement du processus électoral, une incertitude quant à l’organisation du scrutin et de pousser certains à proposer le report des élections.
Occasion est également offerte à la narratrice de s’incliner devant la bonté divine qui a apaisé le jeu et rétabli l’ordre malgré le chaos pressenti. Contre toute attente, le dimanche 26 février, les Sénégalais ont voté dans la paix et dans la sérénité. Ils ont déjoué les pronostics d’embrasement du pays et la narratrice salue cette belle leçon de démocratie du peuple sénégalais qui a décidé de transposer la bataille dans les urnes et d’évincer le candidat qui s’est imposé et qu’elle appelle « Carton rouge » pour montrer que le jeu électoral est faussé et que Wade fait office de hors-jeu.
Dans la troisième partie de son livre, intitulée « Un second tour incontestable », la chroniqueuse se penche sur la suite du processus électoral. Le second tour dont la campagne électorale a démarré le mercredi 7 mars à minuit donne aux candidats de l’opposition, réunis dans la coalition « Bennoo bokk yaakaar », l’occasion rêvée de faire un tir groupé sur Wade et de l’éliminer le soir du 25 mars par un score-fleuve de 65,08 pour cent, bien que son camp, qui a manqué d’arguments pour faire du tort à Macky Sall et le discréditer, ait versé dans la médisance et essayé de le mettre en conflit avec les religieux.
C’était sans compter sur la maturité du peuple sénégalais qui a su faire la part des choses et être son propre Conseil constitutionnel en invalidant la candidature de Wade, plongeant ainsi le pays dans une nouvelle ère que la narratrice célèbre dans la quatrième partie de son livre. Son candidat, le nôtre, par la grâce de Dieu, est devenu le quatrième président de la République du Sénégal et Wade, qui faisait office de monarque assoiffé de pouvoir, a eu un dernier sursaut de lucidité pour reconnaître sa défaite et féliciter son adversaire. Le peuple sénégalais a encore triomphé et la narratrice qui s’en félicite dresse avec lucidité le tableau sombre du régime de Wade caractérisé par une panoplie d’erreurs qu’elle se fait un plaisir de lister dans cette partie.
Quant à l’ère Macky Sall, elle s’ouvre dans l’espoir de lendemains meilleurs, comme ces pluies hors saison qui arrosent le pays depuis l’annonce de sa victoire. Après une prestation de serment le lundi 2 avril devant le Conseil constitutionnel, le nouveau président officiellement installé dans ses fonctions peut alors rejoindre le palais présidentiel où doit se dérouler la cérémonie de passation de service avec le président sortant, le père qui avait renié son fils.
Pour la narratrice, c’est l’apothéose, le triomphe de la justice divine qui récompense Macky Sall injustement chassé du pouvoir par un mentor ravagé par un amour aveugle pour son fils Karim Wade. Toutefois, la narratrice comblée n’arrête pas pour autant son récit. Par devoir de mémoire, elle rend compte du premier discours du président le 3 avril, diffusé à 19 heures 30 par la Radio télévision sénégalaise (RTS), et continue son récit jusqu’au 4 avril avec la célébration du cinquante-deuxième anniversaire de l’accession de notre pays à la souveraineté nationale et la formation du gouvernement, le soir. Le livre se clôt par les recommandations qu’elle a bien voulu adresser à tous les acteurs du jeu politique.
Plus qu’une simple chronique, ce texte est une ultime recommandation à l’intention de tous les candidats, de tous les Sénégalais, de ne pas sacrifier notre Sénégal à nous tous sur l’autel des intérêts cryptopersonnels. Avec une franchise surprenante, elle prodigue des conseils à tous, y compris à son candidat et aux populations de Fatick, dans le seul but de voir le nouveau président qu’elle appelle son « frère » triompher de sa mission et faire émerger le Sénégal.
À l’instar de beaucoup de Sénégalais en général et des Fatickois en particulier, madame Ramatoulaye Sarr Diagne a accompagné le candidat Macky Sall dans l’épreuve de l’injustice subie et de la cabale du PDS résolu à abattre un homme dont la seule faute a été de demander des comptes au ministre « de la Terre, des Cieux et des Eaux » – Karim Wade – qui, en plus, était le fils adoré de son père.
Victime d’un complot orchestré par la loi Sada Ndiaye, le « fils du Sine », comme elle aime l’appeler, avait préféré son honneur au pouvoir en choisissant de démissionner. La narratrice, qui a été conquise par cet homme imbu de valeur, se garde toutefois de verser dans le larbinisme ou une reconnaissance injustifiée. Son admiration pour Macky Sall est conditionnée par l’injustice dont il a été victime et l’affection de ce dernier vis-à-vis du Sénégal qu’il a servi avec loyauté du temps de Wade.
C’est l’angoisse, comme elle l’a si bien dit, la souffrance morale, la peur bleue, l’inquiétude sans rémission de voir le pays sombrer, qui l’ont poussée à prendre la plume pour écrire afin d’éviter à son Sénégal qu’elle aime tant l’erreur qui a fait basculer beaucoup de pays dans un gouffre aux profondeurs insondables. Mais comme elle le dit dans l’avant-propos, son intention, dans cette chronique, est double. Au-delà de cette première intention d’immortaliser ces moments de hautes tensions sociales dans un pays considéré pendant longtemps comme une référence démocratique, madame Ramatoulaye Sarr Diagne a un autre projet : celui de suivre son candidat dans la mêlée et de voir comment il se comporte.
C’est cette passion commune que nous partageons pour notre candidat devenu le président de la République qui m’a valu l’honneur et le privilège de préfacer ce livre qui s’adresse à tous les Sénégalais, aussi bien ceux d’aujourd’hui que ceux de demain. Un pan important de l’histoire de notre pays y est inscrit, dans ses moindres détails. Dans un style simple, clair et accessible, l’auteur fait beaucoup de clins d’œil aux lecteurs et prévoit par anticipation les critiques qui ne manqueraient certainement pas de ses détracteurs.
L’admiration de madame Ramatoulaye Sarr Diagne pour son personnage est demeurée intacte. Elle nourrit d’ailleurs le vœu de le célébrer encore dans les « Chroniques d’une magistrature » qu’elle a déjà commencé à rédiger et dont la première année qui est déjà bouclée sera bientôt publiée. Nourrie de l’intime conviction que ce mandat qui s’inscrit dans la rupture convaincra les Sénégalais, la narratrice qui prie pour que Dieu apaise le magistère du nouveau président rêve déjà d’avoir le privilège d’écrire les « Chroniques de la seconde magistrature » de l’homme à la gouvernance sobre et vertueuse en qui elle croit profondément.
Maître Boubacar Diallo
Directeur de cabinet politique de Son Excellence Macky Sall au moment de cette préface
A VANT-PROPOS

L’angoisse a assailli mon être. Le doute m’a hantée et ne m’a plus quittée. Voilà que, tout d’un coup, mon Dieu, je me suis mise à frémir, me disant que les portes du bonheur allaient se refermer sur mon pays. Mon cœur parlait, j’écrivais cette chronique. Pour moi, tout allait devenir sombre, rien ne serait plus comme avant. Je présageais des lendemains tristes, je voyais mon peuple déchiré, anéanti, je me disais que c’en était fini pour mon pays.
Comme beaucoup de mes compatriotes, je me suis trompée. Le soir du 25 mars, comme par miracle, la tempête s’est apaisée d’un coup. Mon peuple s’est relevé, droit sur ses jambes, mon candidat a gagné et son adversaire a reconnu sa défaite. Dieu a sauvé ce peuple fièrement debout, revendiquant sa place dans le concert des nations, affrontant fièrement l’avenir et narguant tous ceux qui ont osé le défier.
Je garde de ma hantise passée le souvenir douloureux de mes frissons. J’en garde la foi profonde qui doit guider l’humanité que Dieu seul conduit. J’en garde la conviction que cette terre est bénie et que nous nous devons de remercier Dieu qui nous a secourus in extremis. Le Sénégal n’a pas sombré, mais il a été menacé et j’en ai tressailli. J’avais oublié que les malheurs forgent et que les erreurs permettent de se redresser.
Malgré toutes les craintes et les menaces, mon pays, le Sénégal, a survécu. Il a survécu à la décision du Conseil constitutionnel qui semblait partiale, à l’entêtement d’Abdoulaye Wade, à la détermination du peuple à se faire justice. Mon pays a trébuché, mais il n’est pas tombé. Il a fait preuve de maturité. Des ténèbres, la lumière a jailli. Et voici l’enfant du Sine prêt à présider à la destinée du peuple. Ce digne fils de mon terroir, Seigneur, nous te le confions. Fais qu’avec lui, ce doute ne nous assaille plus jamais. Fais-en un homme de paix, un homme avisé qui respecte la volonté de son peuple.
Puisque tu l’as choisi, Seigneur, guide-le, éclaire-le, pour que plus jamais je ne vive la tourmente que j’ai vécue avec son prédécesseur, au point de penser que mon pays allait basculer dans l’horreur.
Quand je m’épanchais sur la belle page blanche, je ressentais terriblement cette angoisse dont je voulais me départir, et j’avais deux projets : faire une chronique et suivre le candidat Macky Sall. Je ne suis pas journaliste et je ne suis peut être pas outillée pour écrire une chronique, mais ma soif de retracer les événements a pris le dessus sur mon manque d’expérience, et j’ai tenté d’écrire ce que la presse relayait au fil des jours. Tant pis si je n’ai pas écrit une chronique.
Mes lecteurs me reprocheront d’être partiale dans mon analyse. Peu importe. J’ai du sang noble dans les veines. Ce sang me recommande grandeur et dignité dans tout ce que j’entreprends. Il m’interdit de me comporter en larbin, mais il ne m’interdit point d’aimer et de témoigner. Certes, l’analyse recommande la lucidité et l’objectivité, mais, mon candidat, c’est Macky Sall et je ne m’en suis jamais cachée. Tous ceux qui me connaissent savent que je l’ai défendu bec et ongles contre ses détracteurs.
C’est dans les moments difficiles que j’ai choisi de l’accompagner, parce que c’est le soir de sa démission de l’Assemblée nationale que, pour la première fois, je me suis rendue à son domicile, la nuit, pour faire partie de ceux qui marchaient ce jour-là, à Fatick, la terre natale dont il est le maire, pour dénoncer l’injustice dont il a été victime, alors que, pendant tout le temps qu’il a été dans le gouvernement et a eu tous les honneurs, je n’ai jamais été chez lui.
Je défendais un homme victime d’une injustice et je me disais que rien ne pouvait justifier ce geste de Wade à l’endroit de Macky Sall qui s’est fait le devoir de le servir, en toute loyauté.
Macky Sall venait de perdre sa mère et je présageais déjà les difficultés d’un fils livré à lui-même. Quand la mère n’est plus, l’épouse se dédouble et devient mère et épouse. À la tendresse d’une épouse, Marième Faye devrait associer le regard protecteur d’une mère, bien que, de là où elle était, maman Coumba Thimbo pouvait encore veiller sur son fils. Que de peine j’ai éprouvée pour ce fils renié par son père idéologique !
De cette épreuve, le fils de Fatick est sorti vainqueur. La noblesse lui a dicté de se démettre de toute fonction élective. Et ce que Wade lui a arraché pour protéger son fils, le peuple le lui a rendu, deux ans plus tard. Brave, il a poursuivi son chemin, sans jamais se retourner. Fidèle aux valeurs ancestrales, il a refusé d’avaler ses vomissures. La page du Parti démocratique sénégalais était définitivement tournée et j’avais l’intime conviction que cette page, il ne la rouvrirait jamais, quand bien même le mot « jamais » ne sied pas en politique.
Comme toujours, il avait attendu le temps nécessaire pour fonder l’Alliance pour la République (APR), son parti, et je savais qu’il ne ferait jamais volte-face. C’est pour cela que j’ai nourri le vœu secret de le célébrer, dans une œuvre où je voulais, par la même occasion, célébrer un autre homme, un guide religieux pour qui j’ai beaucoup d’estime, Cheikh Papa Ndiaye 1 . Ce livre qui serait titré Le spirituel et le temporel devrait me permettre, dans la partie intitulée « Le temporel », de retracer le parcours glorieux de celui qui est devenu, aujourd’hui, le quatrième président de la République du Sénégal.
Quand j’ai lu le livre de Diène Farba Sarr 2 , qui retraçait le parcours de Macky Sall, je me suis détournée de ce projet. Je voulais avoir la primeur d’écrire sur lui, je ne voulais pas jouer les seconds rôles. Le 27 janvier 2012, jour du verdict du Conseil constitutionnel, l’idée m’est venue d’écrire une chronique sur les événements. Je ne savais pas encore que Macky Sall allait remporter les élections, je ne pouvais pas le savoir, mais le désir de retracer les événements et de le suivre dans cette tourmente m’obsédait. Alors, j’ai pris une feuille blanche et j’ai commencé à écrire.
De ce chaos que je redoutais, est sortie une lumière, le candidat Macky Sall, le fils du Sine, le quatrième président. C’est son destin, le nôtre aussi, puisqu’il va conduire la barque où nous sommes et qui, je le souhaite, arrivera à bon port.
Tant pis si vous estimez que je fais ses éloges ou que l’euphorie de la victoire m’aveugle. Le peuple qui l’a élu croit en lui et espère qu’il ne décevra pas.
Ce livre, cher lecteur, tu devras le lire intelligemment. Dans beaucoup de passages, je te parle, mais je me parle aussi et je parle aux autres candidats, surtout à mon grand-père Wade qui a forcé le passage et qui nous a fait craindre le pire. Tu distingueras les faits que je raconte de l’analyse que j’en fais. Comme moi, tu auras la liberté de les analyser, à ta manière, et tu auras, peut-être, une autre vision des faits. L’analyse est flexible, mais les faits sont immuables. Je voudrais que les générations à venir sachent que le pays a frôlé la catastrophe à cause de l’entêtement d’un homme et de la cupidité de son entourage et que ce miracle qui nous a sauvés n’arrive pas tous les jours. Je voudrais leur apprendre à se ressaisir et à toujours mettre l’intérêt supérieur de la nation au-dessus de tout.
Les événements que je raconte sont ceux que mon peuple a vécus pendant cette période, même si certains d’entre eux ne nous honorent pas. S’il y en a qui sont faux, c’est la presse qu’il faudra accuser, et non le chroniqueur. Les faits que je raconte dans les rubriques « Journal de la campagne » , du premier tour, ont été relayés, exclusivement, par la Radio télévision sénégalaise, média d’État, qui avait ce privilège. La plupart d’entre eux n’ont pas lieu le jour indiqué, mais la veille.
Pendant le second tour, mes sources d’informations ont varié, puisque chaque télévision faisait son journal de campagne. Les faits racontés peuvent se dérouler le jour du journal de la campagne, vu que les candidats ne sont plus que deux. Les autres faits relatés proviennent des directs organisés pendant les périodes de crise, des différents journaux télévisés, de la presse écrite ou orale. Les meetings du candidat Macky Sall à Fatick, c’est moi-même qui les ai suivis et qui les raconte.
Bonne lecture.
1 . Cheikh Papa Ndiaye est un guide religieux qui habite à Tournal, un hameau non loin de la commune de Fatick, sur la nationale 1.
2 . Diène Farba Sarr, secrétaire général de la municipalité de Fatick, nommé directeur général de l’APIX, puis ministre de la Promotion des investissements et des partenariats, est l’auteur d’un livre intitulé Macky Sall, un combat pour la République (éditions Sentinelles, Dakar, 2011).
C HAPITRE I L E COMBAT D’UN PEUPLE

Déception de tout un peuple qui aspirait à une démocratie exemplaire. Échec d’un homme qui avait le devoir moral de réaliser ce processus de maturation démocratique. Entêtement fatal d’un homme et, peut-être, d’une institution. Mobilisation de tout un peuple déterminé à faire rétablir la justice. Incertitude, impasse, chaos… Quel avenir pour le Sénégal ?
Tout un rêve brisé, tout un processus biaisé avec, au bout, toute une image renversée, piétinée, méprisée : celle du Sénégal. Tout un mythe qui s’effondre et dont je fais la chronique et l’analyse à partir de la date fatidique du 27 janvier 2012, jour de verdict du Conseil constitutionnel, à qui le peuple n’assigne qu’une seule mission : celle de dire le droit et donc d’invalider la candidature de Wade.
Vendredi 27 janvier 2012.
Point de départ de la chronique, de la tragédie. Le point d’arrivée, je l’ignore : c’est l’avenir du Sénégal qui laisse le peuple perplexe.
Acteur principal de ce jour : le Conseil constitutionnel. Avec lui, un tournant historique pour notre pays qui doit conforter son image de référence démocratique en Afrique ou perdre la face. Devant cet enjeu historique, une institution, le Conseil constitutionnel, mais aussi un homme, le président Abdoulaye Wade. Tout le destin d’une nation accroché à un fil ténu : une institution que certains disent être sous le joug des intérêts matériels et égoïstes de ses membres, sous la coupole d’un manipulateur, d’un despote sénile, celui-là même dont la candidature a été le sujet de tous les débats.
Candidature de la honte ? De la forfaiture ? Nos institutions sont-elles solides au point de défier Wade ? Diakhaté 1 et compagnie oseront-ils défier le maître absolu ? Crainte et suspicion du peuple face à la question qui brûle toutes les lèvres : la justice sénégalaise peut-elle se réclamer d’une indépendance quelconque ?
Mode de désignation du Conseil constitutionnel, tentative de corruption, moralité des membres du Conseil constitutionnel, autant d’arguments sur la balance. Le M23 2 , sceptique, se mobilise malgré l’interdiction de la manifestation. Pression européenne ou américaine, sursaut de lucidité ou capitulation face à la détermination du peuple ? La marche de contestation de la candidature de trop sera autorisée en fin de compte à la place de l’Obélisque devenu le symbole d’une nouvelle indépendance au Sénégal.
La place de l’Obélisque draine un monde fou, une foule hystérique. Jeunes, artistes, société civile et politiciens s’y sont donné rendez-vous. Le rendez-vous historique à ne pas manquer, celui du combat pour la restauration de la démocratie, pour l’application du droit et l’avènement d’une république respectable et respectée, la restauration de la république des valeurs et du droit.
Après le sursaut patriotique du 23 juin, la reculade n’était plus possible. Le verdict des urnes ne pouvait pas s’appliquer à maître Wade, mais aux autres candidats, et le seul verdict que les populations semblaient attendre du Conseil constitutionnel devait être l’invalidation de sa candidature.
La place de l’Obélisque pourra-t-elle faire le contrepoids de la machine du pouvoir si soigneusement huilée ?
Après des heures d’attente infernales, les sermons religieux fusent de toutes parts et rappellent l’importance de la paix. Dans la rue, les manifestants ; dans ses murs, le Conseil constitutionnel, barricadé, et sous haute surveillance. Après la prière du vendredi, à la place de l’Obélisque, c’est toujours la mobilisation. « Takusaan » 3 , « Timiss » 4 et « Guéwé » 5 ne dissuaderont pas la foule, décidée à attendre le verdict.
23 heures. Verdict de la honte, du complot et du forcing. Ô surprise, ô trahison, la candidature de Wade est validée. Celles de Youssou Ndour, Kéba Keindé et Ibrahima Sarr sont invalidées. Diouma Dieng Diakhaté crée la surprise. Parmi les candidatures féminines, une autre, celle d’Amsatou Sow Sidibé, est également validée.
Les contestataires, ahuris, dénoncent le scandale de la validation de la candidature de Wade et veulent se faire justice. Les responsables politiques optent pour un repli stratégique. Youssou Touré, leader syndical et politique, les attaque violemment. Il parle de lâcheté, de bourgeoisie de l’opposition.
Le démenti d’Alioune Tine 6 est cinglant. Flairant l’infiltration du M23 par des éléments du pouvoir, vu que ceux qui jetaient des pierres et des sachets d’eau sur la foule ne pouvaient pas être ceux qui combattaient la candidature de Wade, les leaders politiques avaient choisi, en toute responsabilité, de se retirer pour mettre en place une autre stratégie.
Le jeu d’intimidation des forces de l’ordre, qui les avaient suivis jusqu’au siège de la RADDHO 7 pour brûler leurs voitures et s’accaparer de certains de leurs documents confidentiels, fut vain. Alioune Tine promettait des lendemains de combat, pour faire face à ce que certains considèrent comme un coup d’État constitutionnel.
La foule de jeunes ne veut entendre parler d’aucun report. Elle veut déferler dans les rues de Dakar et manifester sa colère. Pour elle, le suspense avait trop duré. C’est tout de suite, ici et maintenant, qu’il fallait le résoudre. La banlieue ne veut pas être en reste. Partout, à Dakar, des affrontements entre forces de l’ordre et citoyens. Colobane est assiégé. De la Maison du Parti socialiste, la police extirpe des innocents qu’elle tabasse et défère. Les forces de l’ordre se jettent sur les manifestants qui ripostent par des jets de pierres. Les grenades lacrymogènes encensent la foule de jeunes et de femmes qui progresse malgré tout. Dans ce tumulte sans nom, l’inévitable se produit.
Le jeune policier Fodé Ndiaye succombe aux coups de briques de la foule déchaînée. La foudre de la foule n’avait pas épargné Fodé, qui s’en était allé, en croyant défendre sa patrie.
Déjà un mort sur la conscience. Mais sur la conscience de qui ? Apparemment, les manifestants semblent n’avoir rien à se reprocher. Ils continuent leur combat malgré l’annonce de la funeste nouvelle. Les régions ne se font pas prier. Mbour donne le ton. Les affrontements sur la route nationale arrêtent la circulation. Fatick se bat jusqu’au petit matin. Diourbel entre dans la mêlée. Kaolack et Saint-Louis suivent le pas et la rébellion contre la décision du Conseil constitutionnel devient presque un mot d’ordre national.
Vingt-quatre heures pour faire recours et changer peut-être la donne. L’espoir est-il permis ? Le Conseil constitutionnel entendra-t-il raison ?
Pour les partisans de Wade, justice a été rendue : maître Wade est candidat et ce verdict est celui qui sied. Les avocats du PDS décident de faire recours. Macky Sall, Idrissa Seck et Cheikh Tidiane Gadio, candidats de l’opposition et anciens pandores de Wade, sont indexés.
Pour beaucoup, le parti au pouvoir cherche, comme dans ses habitudes, à divertir les Sénégalais. La seule candidature que le Conseil constitutionnel a l’obligation d’invalider est celle de Gorgui 8 , car elle est anticonstitutionnelle. D’ailleurs, Wade lui-même a eu à dire qu’il avait verrouillé la Constitution et qu’il ne pouvait plus briguer un troisième mandat. Seulement, paraît-il, ces propos n’ont aucune valeur juridique. La non-rétroactivité de la loi est également évoquée.
En attendant le verdict définitif du Conseil constitutionnel teinté de scepticisme, le combat se poursuit sur fond d’émeutes et de sang, au grand regret des religieux qui appellent au retour à la paix.
Samedi 28 janvier.
La veille a été âpre. Ce chapeau, il a fallu le faire porter à quelqu’un et c’est tout naturellement qu’Alioune Tine va payer les pots cassés. Le samedi 28 janvier, à l’aube, la DIC 9 ira cueillir celui qu’elle considère comme le responsable moral du M23, mais ne put mettre la main sur lui que vers dix-sept heures. Alioune Tine n’avait pas passé la nuit chez lui, comme son épouse le fit savoir aux agents venus le cueillir. Ceux-ci ne purent le retrouver que dans l’après-midi chez son avocat. N’étant pas en règle pour s’introduire dans le domicile privé de l’avocat de monsieur Tine et procéder à son arrestation, la DIC, structure d’enquête de la police souvent instrumentalisée par le régime, a dû rebrousser chemin et attendre, patiemment, que maître Boucounta Diallo veuille bien conduire son client dans leurs locaux sis au centre-ville de Dakar.
Le verdict définitif du Conseil constitutionnel, quant à lui, ne sera que la confirmation de la première sentence. Wade sera de la partie, et cela semble largement suffisant pour conforter les manifestants dans la conviction que le droit n’a pas été dit.
Pour tempérer les ardeurs du M23, Alioune Tine dont la police a procédé à l’arrestation, cet après-midi, passera sa première nuit en prison. Il y restera tout le week-end, malgré les protestations des Sénégalais et l’indignation des organisations des droits humains et de la presse.
Lundi 30 janvier.
Alioune Tine est toujours en prison. Il ne sera libéré que le 31 janvier, tard dans la soirée. C’est justement ce mardi 31 janvier qui a été choisi par le M23, pour protester contre la validation de la candidature de Wade par le Conseil constitutionnel.
Rendez-vous est encore donné à la place de l’Obélisque. Le M23 veut mobiliser le maximum de personnes pour démontrer à l’opinion internationale que Wade n’a qu’une minorité avec lui. Le bruit court que la marche n’est pas autorisée. À 16 heures, radio Walfadjri précise que le préfet a cédé, face à la détermination du peuple.
La foule devient de plus en plus nombreuse. Ceux qui n’avaient pas osé sortir, avec l’interdiction de la marche, peuvent, désormais, rejoindre leurs compatriotes au front, le front pacifique de mobilisation sociale pour le retrait de la candidature de Wade.
Partout, des pancartes. Sur une d’elle, on pouvait lire : « 3 mandats, 3 morts déjà, Wade stop ». La première résistance après le verdict définitif du Conseil constitutionnel se présente sous le sceau de la détermination du refus de la candidature de Wade.
À la place de l’Obélisque, les sifflets rouges, représentent l’allégorie du vol perpétré par Abdoulaye Wade, qui venait de commettre l’irréparable, en violant la Constitution qu’il devait être le premier à protéger. Le mouvement Y’en a marre 10 se démarque. Assis à même le sol, sur la place de l’Obélisque, il veut lever toute équivoque concernant son attitude qui se veut pacifique, malgré la détermination à poursuivre le combat. Le Talatay Nder 11 ne se fera pas dans les flammes, mais dans la ténacité du peuple à faire respecter sa Constitution. Il s’agit, pour le M23, d’amener maître Wade à se rendre compte d’une évidence : le peuple qui l’avait porté au pouvoir lui a tourné le dos, non pas parce qu’il n’a pas bien géré le pays, mais parce qu’il a violé la Constitution en briguand un troisième mandat.
Justement, le constat qui se dégage, lorsqu’on procède à l’analyse de cette mobilisation à la place de l’Obélisque, c’est que tous ceux qui s’y trouvent ne sont pas obligatoirement des politiciens, des opposants au régime libéral. Dans cette immense foule debout, il y a aussi de nombreux citoyens sénégalais qui n’exigent qu’une seule chose : le respect de la Constitution du Sénégal. La preuve, la riposte vient de partout. À l’image de Dakar, beaucoup de Sénégalais, animés de cet esprit patriotique, ont manifesté leur mécontentement dans les rues de leurs localités, sans compter tous les Sénégalais frustrés qui n’ont pas osé sortir de chez eux. À ceux-là, vous ajouterez ceux qui se disent responsables et qui pensent que leur place n’est pas dans la rue et, cela, quel que soit le combat qu’on y mène ; ceux qui pensent qu’ils ne doivent pas risquer leur vie et ceux qui, le plus naturellement du monde, se disent que c’est injuste, mais qu’ils ne peuvent pas réparer l’injustice ou que les autres doivent se battre à leur place.
Après Kaolack qui a marché sur la transgambienne, Matam s’est mobilisée. La commune d’Ourossogui a fait front contre la candidature de Wade. La campagne électorale commencera-t-elle dimanche ?
Les manifestations du M23 continuent à se dérouler à la place de l’Obélisque. Les jeunes déplacent les barrières de sécurité installées par les forces de l’ordre qu’ils défient et provoquent. Ils disent que l’heure n’est plus aux discours mais aux actes. Armées jusqu’aux dents, les forces de l’ordre observent.
Dans son édition titrée « Où va le Sénégal ? », la télévision TFM surplombe la foule avec ses caméras. Les pancartes parlent plus que la foule. « La Constitution n’est pas un brouillon », lit-on sur l’une d’elles.
Appel est lancé aux forces de l’ordre de protéger les citoyens qui ont le droit de manifester pacifiquement leur colère. Les politiciens sont de la partie. Macky Sall, Amath Dansokho, Cheikh Tidiane Gadio, Youssou Ndour, Cheikh Bamba Dièye, Talla Sylla, Moustapha Niasse et maître El Hadj Diouf ont tous répondu à l’appel du peuple. À 18 heures 56, Idrissa Seck se pointe à la place de l’Obélisque, avec ses troupes. Les « Nous voulons la paix, mais avec la justice » témoignent de l’état d’esprit de la foule éprise de justice.
Les États-Unis, par la voix de leur secrétaire d’État chargé des questions africaines, prennent clairement position dans cette crise sénégalaise, en demandant à Wade de passer le témoin démocratiquement à quelqu’un d’autre. L’insécurité sous-régionale affectera-t-elle le Sénégal ? Nos morts dissuaderont-ils notre Gorgui national 12 , avide de pouvoir et sourd à tous les appels de paix ?
Les manifestants veulent se rendre au palais présidentiel. Les premiers affrontements avec les forces de l’ordre commencent, malgré les tentatives de contrôle des leaders politiques, vers 19 heures 25. Sur une pancarte, des manifestants ont écrit : « Wade, apprends que 1+1= 2 », pour lui rappeler qu’il a déjà fait deux mandats et que notre Constitution ne lui permet plus de se présenter à nouveau.
À 19 heures 30, la manifestation déborde. Les grenades lacrymogènes dispersent la foule qui s’engouffre dans la Médina, à Fass et autres quartiers de Dakar. Que se passera-t-il cette nuit ? Les jeunes ont-ils fui pour sauver leur vie ou pour redéployer d’autres stratégies ? Les forces de l’ordre peuvent-elles contrôler tout le pays ?
À 20 heures 40, une autre annonce, terrible : une fillette fauchée par une voiture des forces de l’ordre. L’innocente vendeuse d’eau aurait péri dans l’incident, sous l’indifférence des forces de l’ordre dont le seul souci est de disperser la foule, comme le montre si bien l’édition spéciale de la télévision Walfadjri.
Pour Moustapha Niasse, interrogé dans cette édition, Wade met en place une stratégie de report des élections. En plongeant le Sénégal dans le chaos, il veut prendre l’opinion internationale à témoin afin de pouvoir légitimer le report des élections et rester encore au pouvoir. Cela, Moustapha Niasse soutient que les Sénégalais ne l’accepteront pas et qu’ils feront tout pour déjouer ce plan machiavélique.
Cheikh Bamba Dièye, lui, affirme à 20 heures 10 sur Walf TV, que ce rassemblement est celui du peuple, même si les leaders politiques ont déçu en se dispersant, sans rien dire aux populations. Pour lui, l’opposition doit s’organiser et tirer toutes les leçons de ce qui est arrivé aujourd’hui.
Jacques Habib Sy de la société civile, pris en direct à TFM, a demandé aux responsables politiques de faire ce que les autres peuples ont fait en Libye et en Égypte. Il soutient que la riposte doit être plus vigoureuse, pour éviter de donner à l’ennemi la possibilité de se refaire des forces et de revenir, plus ragaillardi, le lendemain.
Les blessés se comptent par dizaines. Un autre mort sur la conscience. À quand la fin de la tragédie ? Le pays survivra-t-il à ce chaos ? Dans ce tumulte, on entrevoit encore une pancarte des manifestants où la lâcheté du Conseil constitutionnel est mise en relief en ces termes : « Les 5 chiens ont validé la candidature de Wade. »
Des témoins, invités à TFM, soulignent la barbarie du policier conducteur de la citerne d’eau chaude qui a foncé en trombe sur les manifestants et fauché l’étudiant Mamadou Diop. L’un des témoins affirme qu’il ne sera pas surpris d’entendre que d’autres sont morts dans l’incident, car la voiture de police a fait tomber plusieurs personnes.
Les journalistes, dépêchés dans les différents endroits de la rébellion, relayent les informations et mentionnent la violence des événements.
Les religieux sortent de leur léthargie. Le porte-parole du khalife général des niassènes 13 demande à Abdoulaye Wade de retirer sa candidature, pour la paix sociale, à la télévision Walfadjri, dans la nuit. Farba Senghor 14 tente de faire le démenti, sur cette même chaîne qui lui signifie que ce n’est pas à lui de le faire parce qu’il n’appartient pas à la famille religieuse.
L’intervention de Tivaouane crée la surprise. Serigne Abdoul Aziz Sy Junior parle de sabotage du gamou de Tivaoune, comme si la célébration de la naissance du Prophète Mahomet (PSL) n’incombait pas à tout musulman. Ce discours semble reléguer le combat pour le respect de la Constitution du Sénégal au second plan alors que la paix sociale et le culte religieux sont subordonnés à ce préalable.
La nuit du 31 janvier se passe dans l’inquiétude et l’angoisse de lendemains compromis pour le Sénégal. Les préparatifs du gamou prirent le dessus sur la détermination des Sénégalais et l’accalmie sembla revenir, le temps de la célébration de la naissance du Prophète (PSL).
Mercredi 1 er février.
L’intervention du porte-parole du khalife général des mourides, pendant la nuit du 31 janvier, commence à être contestée. On lui reproche de ne pas s’en tenir aux propos du khalife quand il a appelé au respect de la décision du Conseil constitutionnel. Les commentaires et supputations vont obliger le khalife à intervenir lui-même, pour rétablir les faits et se réclamer auteur de toutes les déclarations de son porte-parole, à qui il fait entièrement confiance.
Le ministre des Affaires étrangères du Sénégal, Madické Niang, parle de souveraineté nationale et condamne les nations qui seraient tentées de faire de l’ingérence dans les affaires intérieures de notre pays, oubliant que, quand les droits humains ne sont pas respectés, aucune souveraineté n’est possible. D’ailleurs, la communauté internationale a été interpellée par la coalition « Macky 2012 15 «.
Les étudiants se révoltent. Alors qu’ils commémoraient la mort de l’étudiant Balla Gaye 16 , leur camarade Mamadou Diop est encore victime du massacre policier. Empêchés d’assister à la levée du corps du camarade Mamadou Diop à l’hôpital Aristide Le Dantec, ils ont assiégé l’avenue Cheikh Anta Diop, brûlé des pneus et un bus de Dakar Dem Dikk 17 . Podor pleure ses deux morts qu’il vient d’enterrer et soutient que la riposte sera terrible.
Contrairement aux propos avancés par Madické Niang, la France affiche une position sans aucune nuance par rapport à la crise sénégalaise. Alain Juppé tranche nettement en faveur du peuple sénégalais, en demandant le retrait de la candidature de Wade qui, selon lui, devrait s’appliquer les conseils sages et avisés qu’il prodiguait jadis à Khadafi.
Jeudi 2 février.
Après Taïba Niassène, le guide religieux Serigne Abasse Sall de Louga exhorte Wade à quitter le pouvoir et à laisser les commandes aux jeunes. Il a dit être au service de la vérité et refuser toute forme de corruption. Il s’est également adressé aux forces de l’ordre à qui il a demandé de tempérer les ardeurs.
Le mouvement de jeunes activistes de Y’en a marre de Rufisque fustige l’attitude des religieux qui font des sermons de paix aux populations au lieu de dire la vérité à Wade. Saint-Louis entre dans la danse avec le M23 et les étudiants. La ligue des imams et prédicateurs riposte. L’imam Youssoupha Sarr de Guédiawaye condamne la candidature de Wade.
Dans l’émission de France 24 sur les élections au Sénégal, Wade est vu comme un monarque prêt à tout pour rester au pouvoir, fragilisant ainsi les espoirs de paix et compromettant l’image d’un pays qui a toujours été considéré comme une référence démocratique.
En dehors du problème constitutionnel qui semble être réglé, vu que le Conseil constitutionnel, à tort ou à raison, a tranché, il faudrait se poser la question à savoir ce que Wade pourrait bien apporter au Sénégal, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans et après douze ans de pouvoir. Et puis, même sous l’angle du droit, le Conseil constitutionnel a-t-il dit le droit ? De l’avis de certains experts, le problème de la candidature de Wade est beaucoup plus politique que juridique. Pour eux, Wade n’a pas verrouillé le nombre de ses mandats à deux, parce qu’il n’a pas précisé qu’il allait se l’appliquer à lui-même. Il a juste verrouillé la durée du mandat, qui est passé de sept ans à cinq ans, renouvelable une seule fois. Toujours, selon ces experts, la Constitution souffre de deux problèmes fondamentaux. Le premier problème de notre Constitution serait son écriture et le second celui du fond, parce que, justement, le président n’a jamais précisé qu’il allait s’appliquer cette loi.
À dire vrai, ce point de vue n’est pas le plus partagé. L’analyse des profanes et de beaucoup d’experts en Constitution semble donner raison au M23 qui fustige la candidature de Wade. Pour beaucoup, son premier mandat a été pris en compte, et c’est pour cette raison qu’il sera, exceptionnellement, le seul président qui puisse faire douze ans, depuis la réforme de la Constitution. En effet, l’article 27 de la Constitution dit clairement : « La durée du mandat du président de la République est de cinq ans. Le mandat est renouvelable une seule fois. Cette disposition ne peut être révisée que par une loi référendaire. » Par conséquent, si l’esprit de la loi était tel que le pensent les défenseurs de Wade, la réforme de la Constitution, en 2001, n’aurait aucun sens.
Aussi, si l’esprit de la loi était d’éviter qu’un chef d’État s’éternise au pouvoir, quels que soient ses réalisations et ses mérites, Wade, en restant encore au pouvoir, ferait dix-neuf ans d’exercice et remettrait en question le fondement de cette loi. À l’évidence, cette candidature est celle de trop, vu que même la nature semble la récuser. À quatre-vingt-cinq ans, Wade est déjà le président le plus âgé du monde, même si la nature lui a fait certaines faveurs. En briguant un troisième mandat, cherche-t-il à défier la nature ? Que tente-t-il de montrer ? Qu’il peut aller au-delà des limites fixées par la nature ? Prépare-t-il une passation de pouvoir en douce pour son fils Karim, tout-puissant ministre d’État, ministre « du Ciel et de la Terre » ?
Certes, le peuple pouvait accepter le verdict du Conseil constitutionnel ; mais qui connaît mieux que Wade la Constitution du Sénégal ? Si celui-là même qui a été à l’origine de la réforme de la Constitution et a participé à sa rédaction a affirmé l’avoir verrouillée au point de ne plus pouvoir se présenter pour un troisième mandat, le simple fait qu’il se soit rétracté peut-il pousser le Conseil constitutionnel à valider sa candidature ?
Sans pression aucune, Wade a eu à déclarer qu’il ne pouvait pas briguer un troisième mandat. C’est vrai que, sur le plan juridique, il lui est possible de se rétracter, mais les valeurs morales et l’éthique peuvent-elles permettre à un chef d’État de se dédire quand il veut ?
Les Sénégalais peuvent-ils accorder leur confiance à quelqu’un qui ne respecte pas sa parole ?

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