//img.uscri.be/pth/cddf339fd305bf42ca89c89b94928cb58fb78b3f
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 15,75 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Quel lendemain pour nos sociétés en France et en Italie ?

De
220 pages
Cet ouvrage passe au crible les entraves sociales qui freinent les économies de France et de l'Italie. Il propose une collaboration France-Italie repensée, dans l'intérêt des deux pays. Le défi de la compétition globale impose de ne négliger aucun facteur, y compris social, ayant un impact sur la productivité et l'efficacité.
Voir plus Voir moins

Quel lendemain pour nos sociétés en France et en Italie?

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Série « Globalisation et sciences sociales» dirigée par Bernard Hours
La série « Globalisation et sciences sociales» a pour objectif d'aborder les phénomènes désignés sous le nom de globalisation en postulant de leur spécificité et de leur nouveauté relatives. Elle s'adresse aux auteurs, dans toutes les disciplines des sciences humaines et sociales, susceptibles d'éclairer ces mutations ou évolutions à travers des enquêtes et des objets originaux alimentant les avancées théoriques à réaliser et les reconfigurations disciplinaires consécutives. Derniers ouvrages parus Bernard LEROUGE, Tchernobyl, un« nuage» passe..., 2008. Eric GEORGE et Fabien GRANJON, Critiques de la société de l'information, 2008. Philippe ARINO, Homosexualité sociale, 2008 Philippe ARINO, Homosexualité intime, 2008. Olivier LIETARD, La fin des inégalités. Manifeste du Parti pour l'Abolition de l'Usure (PAU), 2008. Philippe ARINO, Dictionnaire des codes homosexuels (Tome 1, de A à H), 2008. Philippe ARINO, Dictionnaire des codes homosexuels (Tome 2, de I à Z), 2008. Fabien GALZIN, La dictature du chiffre. Le libéralisme, la science et le « psy », 2008. Clotilde CHABUT, Parents et enfants face à l'accouchement
sous X; 2008.

A. B. LENDJA NGNEMZUE, Les étrangers illégaux à la recherche des papiers, 2008. E. BAUMANN, L. BAZIN, P. OULD-AHMED, P. PHELINAS, M. SELIM, R. SOBEL L'argent des anthropologues, la monnaie des économistes, 2008. Helmut F. KAPLAN, Fondements éthiques pour une alimentation végétarienne, 2008.

Antonio Greco

Quel lendemain pour nos sociétés en France et en Italie?

L'Harmattan

Ie>L'HARMATTAN, 2009 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07432-3 EAN : 9782296074323

« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils continuent de chérir les causes ». (BOSSUET) « ...n n'y a pas, tout simplement, le développement et le non développement. n y a des mécanismes mentaux, libérateurs ou inhibiteurs du développement, inégalement présents dans chaque société ». (Alain PEYREFITTE, La Société de Confiance) « La culture italienne est basée depuis longtemps sur ces deux valeurs: Esthétique et Théâtre. Par contre les cultures de plusieurs pays d'Europe sont basées sur les valeurs: Efficacité et Résultats ». (Un Italien converti à l'Europe)

NOTA BENE

L'édition originale de cet essai a été publiée en italien en février 2007. La crise globale actuelle du système bancaire est un événement qui confirme une fois de plus les idées exprimées dans le chapitre « Les années 2000 : progrès réel ou nouveau Moyen-Âge? » de ce livre.

REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier toutes les personnes qui m'ont aidé par leurs témoignages et par leur amitié, et plus particulièrement. - Giovanni GlACCHl, journaliste (en Italie, Espagne et République Tchèque) dont l'excellent travail m'a inspiré et dont les conseils m'ont été précieux. - Marie Jeanne CHARRE, professeur agrégé, dont la collaboration, en dépassant la simple traduction, m'a permis de trouver un équilibre entre vérité et sensibilités.

L'UNION EUROPÉENNE, LE NOUVEAU DÉFI DU VIEUX CONTINENT

Tous en Europe? En tout état de cause nous ne serons pas égaux. Même monnaie, mêmes taux d'intérêt, même banque centrale, mêmes objectifs de gestion publique, mêmes normes techniques de services. Certes. Mais structures mentales bien différentes. L'Union européenne s'est frayé un chemin dans les marchés mondiaux avec de grandes inconnues: comment concilier l'état d'esprit d'un Français avec le coeur d'un Italien? L'économie allemande pourra-t-elle, au vu de ses résultats, s'apparenter à celle d'un autre pays, ou bien devrons-nous toujours penser chaque fois que l'on fait un bilan à une Europe à deux vitesses? Les Français voudront-ils toujours être les premiers de la classe ou feront-ils preuve d'une flexibilité inespérée? Et nous Italiens, dans l'hypothèse d'une maturation sociale, auronsnous les capacités de recul et le réalisme des Anglais? Les Britanniques expriment mieux que tout autre pays les contradictions de l'Union. Si leur précédent leader Tony Blair disait que l'isolement du processus d'intégration serait une « suprême folie» pour la GrandeBretagne car « moins d'influence en Europe signifie moins d'influence tout court », les sujets de la Reine n'en étaient pas trop convaincus. Ils répliquaient à coup de « once» et de «pieds» comme système de mesure, ils voulaient «save the pound» c'est à dire sauver cette monnaie courante qui leur donna puissance et richesse. Et qu'ils ne voulaient partager avec personne, même si Blair, face à une majorité d'eurosceptiques, proclamait sans cesse qu'ils 9

donneraient bientôt leur avis par référendum et que le oui l'emporterait. «L'Europe que nous sommes en train de constituer - laissait entendre Blair - n'est pas un super État qui efface les nations mais une Union d'États souverains ». La grogne des sujets de Sa Majesté confirme combien il s'agit d'un problème de «tête », de convictions et, pourquoi pas, d'anti-économies. La fédération des mentalités n'est pas une tâche secondaire. L'historien Ernest Barker écrivait en 1927 : « Non seulement le caractère national se construit, mais il est continuellement fait et refait. Il n'est pas immuable. Une nation peut altérer son caractère au cours de l'histoire ». En paraphrasant Héraclite, je répondrais à Barker: « Le caractère d'une nation c'est son destin ». Les dimensions et la rapidité de circulation des capitaux dans le monde amplifient les difficultés des gouvernements voire les empêchent d'affronter les pressions générées par les marchés. Il s'agit d'une situation nouvelle opposée à la situation classique où les gouvernements forts et compétents agissaient sur les leviers traditionnels de l'économie, lesquels furent conçus à l'époque des économies séparées. En conséquence, quelles perspectives d'évolution pour les pays européens? Les pays gérés par des gouvernements forts et stables, au pouvoir centralisé comme la France, voient diminuer les leviers d'orientation de l'économie et doivent pour cela espérer que leur économie nationale soit assez résistante, que ses capacités d'initiative et de flexibilité soient en mesure de réagir aux fluctuations des marchés. Aussi est-il évident et nécessaire que l'économie française se modernise et élimine quelques entraves. Les deux grands atouts - créativité et flexibilité - de plus en plus indispensables dans le Village Global, montrent que l'Italie a encore quelques chances, vu que ses 10

capitaines d'industrie sont connus pour leur esprit d'initiative et d'adaptabilité. Parallèlement l'éternelle difficulté des gouvernements italiens à rejoindre les objectifs annoncés ne nous expose-t-elle pas à la risée de tous les pays qui y parviennent? Comment nous positionnerons-nous dans un monde où l'État fait le minimum et les industriels pourvoient au développement de l'économie? Selon Ralph Dahrendorf, dans un de ses essais sur l'UE : « Il ne peut arriver d'inspiration que de Londres ». Vers qui ? Vers quoi? Dahrendorf affirme que les milieux qu'il a fréquentés, en qualité« d'homme de Bruxelles », sont « d'un ennui mortel ». On passe des heures à discuter de sujets ne suscitant aucun intérêt: par exemple, poursuit Dahrendorf, en imitant les bureaucrates de l'Union, il vaut mieux affronter le problème des filets de pêche en pleine mer plutôt que d'autres problèmes bien plus importants! Il ajoute: «A l'ordre du jour de l'UE figurent pas mal de thèmes importants. Par exemple: - les conséquences de l'élargissement de l'UE vers l'Est; - l'intensification de la collaboration entre les États membres dans le cadre de la politique étrangère et de la sécurité ». Mais il faudrait ajouter d'autres thèmes: le chômage et l'exclusion (la sous-classe), la compétitivité économique, les réformes essentielles de l'État social et leur coût par individu, la loi et l'ordre, la moralisation des partis, des institutions, de la démocratie en général.

France: des cadres vieillissants En France, bureaucratisation et centralisation ont eu d'excellents effets dans les siècles passés. La pratique des 11

prises de décision au sommet a permis la formation d'un État fort qui s'appuie sur une structure étoilée. Or aujourd'hui dans l'Europe unie et dans le monde global où nous vivons, l'habitude de prendre des décisions au seul niveau central n'est plus adaptée à l'époque, c'est plutôt un handicap. Les mutations des années quatre-vingt ont été en effet centrées sur la de déréglementation et sur la privatisation des services. Or, ce qui frappe les étrangers, ce sont deux phénomènes particuliers qui gênent l'acheminement vers l'ouverture européenne de l'économie française. D'une part la grande différence, aussi bien dans les structures économico-sociales que dans la plupart des mentalités, entre l'univers parisien et les autres régions. D'autre part l'habitude de stratifier les élites selon les Universités d'où elles sortent. Les Grandes Ecoles constituent, telle une marque de fabrique, le futur et le but professionnel de leurs élèves. Par conséquent il ne sera pas nécessaire d'être compétent et d'avoir du succès pour convoiter une position élevée. Le sociologue Michel Crozier témoigne: «Nous avons les élites les plus stupides du monde, incapables de faire preuve de la moindre imagination. A cause d'un système de formation hiérarchique, où l'on apprend à donner des ordres et non des explications. Puisqu'on n'a rien expliqué et qu'on n'a rien voulu écouter, rien ne bouge au sommet de l'échelle hiérarchique. Pourquoi nos élites et nos dirigeants devraient-ils écouter alors qu'à l'ENA on leur enseigne qu'ils savent tout? ».

Italie: une Renaissance refusée «Nous avons un système éducatif obsolète, déclinant, réduit à la production de diplômes, dont la seule fonction 12

est de distribuer de maigres salaires à une pléthore d'enseignants... ; sans parler de la condition désastreuse, sans égal en Europe occidentale, de la recherche scientifique On a renoncé à préparer un avenir décent...; nous devrions nous décider à aborder les prétendus problèmes de multiculturalisme et nous ne bougeons pas... ; nous parlons continuellement d'Europe mais seulement pour nous demander si nous serons en règle avec les paramètres prévus par un traité auquel nous avions librement souscrit auparavant... ». Voici un acte de contrition signé par Angelo Panebianco, éditorialiste du « Carriere Della Sera », et probablement un des plus fins observateurs de ces dernières années. L'article est intitulé: « Prisonniers ». C'est exact, nous sommes prisonniers. A première vue d'une classe politique. En fait nous avons été prisonniers d'un à-peu-préisme diffus, d'un je-m'en-foutisme, d'un manque d'objectifs, de valeurs et de sens social, mais aussi de l'habitude à l'anarchie érigée en système de vie. En septembre 1992 quelque chose semblait se réveiller:
Tangentopoli (le scandale des pots de vin) - et la grande déception qui a suivi - venait de commencer. Mais il a

quelques années Di Pietro, un des piliers du pool des magistrats en charge de l'enquête, avertissait: « La rigoureuse application des lois ne suffit pas à rendre l'administration publique plus efficiente et plus transparente. Il convient de rétablir dans notre société les normes éthiques sans lesquelles sanctions et répressions demeurent sans effets ». La décadence se prolongera-t-elle longtemps? Probablement. La progressive disparition du concept de mérite dans de nombreux milieux économico administratifs, explique la baisse de la compétitivité et de la capacité productive ainsi que la fin de la paix civile. La 13

substance de notre pays est minée par une vermine très corrosIve: - l'enfermement de la politique et de la vie publique dans un environnement politico-affairiste. - la Mafia, à l'origine instrument de défense contre les ingérences et humiliations de la part des propriétaires latifondiaires, devenue ensuite un pouvoir bien assis; dans certaines régions la Mafia (d'ailleurs, combien y a-t-il de mafias ?) a remplacé le pouvoir de l'État. Ronchey écrit: « Malgré la démobilisation annoncée du système, perdure le plus fort étatisme économique associé au parti transversal des affairistes et des intrigants, et la plus forte corruption connue dans les sociétés occidentales ». Et Di Pietro: « Dans notre pays on continue à parler et à penser garantie à sens unique; les droits des individus mis en examen doivent toujours et en tout état de cause être assurés. Mais qui se soucie de ceux de la victime? Où est la démarcation entre ces deux droits? Bien entendu tout imputé doit avoir l'assurance d'un procès équitable; mais ensuite, en cas de condamnation, devrait toujours s'ensuivre une application de la condamnation. Au contraire, entre recours, exceptions, amnisties, remises de peine et prescriptions diverses, les imputés s'en tirent trop souvent. Et les victimes restent dans l'affliction ». Mais il y a pis encore, après ces observations qui donnent un bien sinistre éclairage sur notre pays. Les titres en Bourse et donc les entreprises qui travaillent sont trop souvent victimes de déclarations d'un politicien imprudent. Un industriel italien faisait remarquer: « Vu que mon titre en Bourse baisse, suite à un scandale aux idioties déballées par quelqu'un, je lance une belle OPA. Autrement dit j'achète tous les titres en circulation, puis je retire mon entreprise de la liste des entreprises cotées en bourse et je vais la placer à Francfort, à Londres ou à Paris. Là enfin 14

j'espère que mon entreprise sera évaluée selon ce qu'elle réalise ou non, mais non en fonction des problèmes digestifs de Bossi, de d'Alema ou de Berlusconi ce matin là ». De même Panebianco: « Le drame des Italiens n'est pas d'avoir un gouvernement pire qu'ewc Ils ne l'étaient pas et ne le sont en aucun cas. A la rigueur le drame des Italiens est d'avoir eu des gouvernements comme eux ».

Rassembler de nombreuses nations

L'Europe Unie voit le jour au prix de mille difficultés, mais avec l'avantage que tout n'est pas à rejeter. Les Anglais finiront par être convaincus, dit-on à Bruxelles, Allemands et Français rabattront de leurs prétentions (l'Europe à deux vitesses est une solution partielle et non définitive), les Italiens seront aiguillonnés surtout sur le plan commercial et l'exemple des Grands servira de stimulant aux petits pays. Nous revoici donc au point de départ: Comment feronsnous une Europe Unie si les mentalités nationales continuent à peser de façon encombrante? La solution consiste peut-être au contraire à passer les problèmes au crible: pas tout a été encore bien construit, aussi un effort commun est-il nécessaire. Est-ce du domaine du possible ou au contraire les égoïsmes prévaudront-ils? L'intérêt des citoyens de tout pays membre réside en une Union ayant du poids presque dans la vie quotidienne de chacun. Certains (les Anglais) avancent qu'il n'y a pas de raison de changer ce qu'il y a de bien pour une inconnue; pour certains d'entre eux il y a danger à répartir les bénéfices de l'Union, ce qui profiterait aux petits pays.

15

On peut sensément penser que l'histoire européenne - et avec elle les mentalités - s'achemine à long terme vers un progrès inévitable. Nous devons y croire. Et s'il n'en était pas ainsi, nous pouvons en comprendre les raisons. Introduction Quelle est la place de la France dans l'Union européenne? Et l'Italie s'en sort-elle? Cet ouvrage tente d'apporter des bonnes réponses, en se basant sur l'expérience de l'auteur qui a longtemps voyagé et travaillé en Europe. Initialement, les sentiments et les comparaisons suscités par la visite de différents pays européens n'étaient vécus que comme des expériences inconscientes, sans véritable réflexion sur les origines et conséquences des différences. Ceci jusqu'à ce que certains événements - les épisodes de la vie quotidienne - attirent mon attention. Choisir la formule «train+auto» plusieurs fois sur la ligne Milan-Paris; dormir dans un wagon-lit après un dîner rapide au self-service du train; se réveiller au beau milieu de la campagne française propre, ordonnée, uniforme. Descendre à Paris et suivre les flèches indiquant la cafétéria où des blondes hôtesses portant tablier rose vous indiquent la direction où les tables sont mises, avec du café fumant; et des croissants Tous les passagers sont rapidement restaurés lorsqu'une voix persuasive les informe qu'ils sont invités à se rendre sur la terrasse où la voiture les attend, tel un second croissant. Même voyage en sens inverse, toujours avec la formule « train+auto ». Lors de leur arrivée à Milan les passagers 16

cherchent les panneaux, inexistants ou dissimulés, susceptibles de leur fournir quelques indications sur le lieu où ils pourraient consommer le café promis par le coupon distribué dans le train. Ils trouvent enfin le bar, perché au sommet d'un escalier trop étroit pour permettre le passage de la masse des voyageurs d'un train. Ainsi, ceux qui ont déjà été servis se voient-ils contraints de descendre par ce même escalier en faisant des pieds et des mains pour se frayer un chemin parmi ceux qui, en sens inverse tentent de monter malgré la foule. Le service est lent, effectué par une seule personne pour tous les passagers du train; le café, quant à lui, est maigre. Après cet épisode éprouvant, les voyageurs retournent sur le quai. Là, ils observent et attendent la suite des événements: certains voyageurs, habitués à l'organisation française, supportent mal le fait qu'on ne procède pas au débarquement des voitures; sur le quai, un cheminot suit pensivement des yeux la foule des automobilistes confiants; après vingt minutes d'attente silencieuse on lui demande ce qu'il se passe et la raison pour laquelle personne ne procède au débarquement. Réponse sèche: le préposé au débarquement n'est pas arrivé et son assistant ne peut rien faire car il n'est pas autorisé à procéder seul ; au bout d'une heure notre automobiliste est déjà excédé de se trouver en Italie; certains voyageurs prennent alors l'initiative de débarquer eux-mêmes leur véhicule, mais cette tentative est aussitôt interrompue par le cheminot qui se lance dans une longue tirade sur les responsabilités en cas de fausse manœuvre; alors on demande qu'un policier réveille le préposé ou interpelle le chef de gare, mais... l'Italie n'est pas la France. On peut aisément deviner la suite. Lors d'une des conférences mondiales qui se tiennent périodiquement à l'Union internationale des télécommunications à Genève, chaque pays défend ses 17

propres intérêts, fait un certain nombre de propositions pour définir les normes de transmission pour les liaisons internationales. Bien que vivant sur des continents différents, de nombreux délégués se connaissent déjà. Une divergence d'opinions ou d'intérêts sur un sujet donné peut donner lieu à des discussions difficiles, durant parfois plusieurs jours. Certaines délégations, même si elles sont nombreuses, se contentent d'écouter et n'interviennent que rarement, comme la délégation italienne ou celles des pays sud-américains; d'autres au contraire s'impliquent constamment dans les débats et font des nombreuses propositions, comme la délégation nord américaine ou la plupart des délégations européennes. Mais la délégation française se comporte de façon très particulière: malgré le sérieux dont elle fait preuve et son indéniable compétence, elle éprouve parfois, par des attitudes qui lui sont propres, des difficultés à convaincre l'assemblée du bien fondé de ses propositions. En effet les représentants français sont toujours très clairs, prêts à préciser méticuleusement les moindres détails, mais ils font rarement preuve d'éloquence. Parfois ils ne parviennent pas à convaincre car ils s'expriment avec l'arrogance du donneur de leçons. Voire, un délégué peut bizarrement prendre un jour une position diamétralement opposée à celle que son collègue, siégeant à ses côtés, a exprimée le jour précédent. Enfin, ils ne perçoivent pas facilement le « feeling» de l'assemblée à laquelle ils s'adressent et ont parfois des difficultés à s'entendre avec autrui. On peut alors se demander pourquoi. Le fait d'avoir assisté personnellement à des événements de ce genre a éveillé ma curiosité; c'est la raison pour laquelle j'ai réfléchi, discuté, cherché à pénétrer plusieurs aspects de la vie en France et en Italie, par exemple: 18

-

l'origine de certains comportements; l'impact de ces comportements sur les activités économiques; pourquoi les Français n'ont pas toujours une communication facile entre eux et avec les européens; pourquoi les Italiens sont appréciés ou méprisés, selon les circonstances.

Cet essai ne veut pas dresser un catalogue des qualités des Français et des Italiens (elles sont bien connues), mais il met l'accent sur les aspects qui entravent les uns et les autres dans le cadre de la compétition européenne, et dans la vie sociale et économique des deux pays. Lorsque l'on découvre dans un miroir les premières rides sur son visage, ce n'est certes pas très agréable; mais il est nécessaire d'en freiner le processus grâce à des soins appropriés.

LE MARCHE COMMUN EUROPÉEN, UNE AUBAINE POUR LES ÉCONOMIES D'EUROPE L'intégration des pays de l'Union est un objectif défini au niveau politique, sur lequel on ne reviendra pas. On y trouve des aspects encore indéfinis, comme l'intégration éventuelle d'autres pays à l'Est. De quelque nature qu'elle soit, l'intégration finale des pays européens est un chemin sans alternative, malgré l'incertitude due aux éventuels obstacles ou aux ralentissements. Par exemple certains pays rencontreront des difficultés à appliquer les règles définies par les eurocrates de Bruxelles, néanmoins elles seront réglées avec le temps. Dans le processus d'intégration économique, l'objectif commun à tous les pays se résume en l'obligation de renforcer sa propre politique économique. Après 1993 chaque pays appartenant à l'Union a compris la nécessité de s'imposer dans la compétition, dans le plus grand nombre d'activités pour augmenter ses chances et éviter que son économie ne sorte vaincue de la confrontation. Toute économie qui aura le mérite de se conduire le mieux au sein de l'Union aura deux rôles à jouer: celui de savoir créer des potentialités de développement et de contribuer à la hausse du niveau de vie de son propre pays, et celui d'établir de solides remparts pour préserver l'Union des assauts des «tigres» asiatiques dont les commentateurs avaient déjà prévu le développement en 1990. Dans les années à venir la compétition en Europe sera toujours plus acharnée et elle demandera continuellement aux industriels des mises à jour de leurs méthodes de travail et de leurs stratégies. Comme dans une course de 21

chevaux où seuls les pur sang restent en piste; les chevaux sans pedigree et moins entraînés risquent d'être exclus des parcours européens. Des considérations de base aussi simples montrent quelles doivent être les principales préoccupations des exportateurs pour survivre à la compétition du Village Global. Les capacités d'organisation à la fois dans la production et dans la commercialisation sont fondamentales. Tout comme le choix de produits et de services commercialisables susceptibles de susciter l'intérêt des consommateurs de différents pays. Il est donc désormais nécessaire de penser en termes européens plutôt que nationaux. Par exemple, la collaboration dans le secteur marketing d'une société de personnes de différentes nationalités ne pourra être qu'un avantage. Les experts en économie s'attendent à ce qu'on trouve un plus fort potentiel compétitif dans les pays suivants: Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie. Ils ont tenté d'évaluer ces capacités, ainsi que le développement possible de l'économie de ces quatre pays. Leurs estimations semblent justes et bien fondées. Mais la réalité prouvera peut-être qu'elles ne le sont pas. Par exemple, on peut se tromper facilement dans l'estimation des possibilités de vente d'un produit à l'étranger ou dans l'évaluation des capacités compétitives des producteurs étrangers. Une illustration: suite au grand succès de Disneyland aux USA, un centre similaire a été construit à Paris, Eurodisney. Ce fut un échec pendant les trois premières années. Lorsque le niveau d'intégration et de compétition augmente dans la Communauté, la réaction des marchés est moins prévisible. Il n'est pas aisé de prévoir de quelle manière le goût du consommateur va évoluer dans les autres pays à cause de phénomènes de mode importés, de réactions différentes aux campagnes promotionnelles, de 22