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Réflexions sur l'universalisme

De
263 pages
Penser en termes universels, n'en déplaise à la déclaration dite universelle des droits de l'homme, c'est plonger dans l'infantilisme stratégique, en ignorant que la loi des intérêts exclut à priori toute programmation générale entre les peuples, nations et Etats de configurations et de puissances différentes. La véritable évolution du monde, la seule qui soit positive, est celle qui élimine la théorie d'un seul monde, et valorise une approche pragmatique en fonction des intérêts et des spécificités.
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Réflexions sur l'universalisme
2005

Points de vue Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus

Jean-Claude 2008.

SHANDA TONME, Repenser la diplomatie.

2004, qui

Jean-Claude SHANDA TONME, Ces dinosaures politiques bouchent I 'horizon de l'Afrique. 2003, 2008. Jean-Claude SHANDA TONME, de guerre. 2002, 2008. Jean-Claude 2001, 2008.

Pensée unique et diplomatie

SHANDA TONME, L'Orée d'un nouveau siècle.

Jean-Claude SHANDA TONME, Le Crépuscule sombre de la fin d'un siècle tourmenté. 1999-2000, 2008. Jean-Pierre MARA, Oser les changements en Afrique. Cas de la Centrafrique, 2008. René NGANOU KOUTOUZI (sous la direction), Problématiques énergétiques et protection de l'environnement en Afrique, 2008. Calixte BANIAFOUNA, La Bataille de Brazzaville. 5 juin-15 octobre 1997. Le coup d'Etat le plus long et le plus meurtrier du monde: 10 000 morts, 2008. Ange Edouard POUNGUI, A cœur ouvert pour le Congo Brazzaville, mon beau pays. Entretien avec Calixte Baniafouna, 2008. André CHAMY, Saddam Hussein: le crime et la potence, 2008. Jean-Claude MAYIMA-MBEMBA, La Violence politique au Congo-Brazzaville. Devoir de mémoire contre l'impunité, 2008.

Jean-Claude SHANDA TONME

Réflexions sur l'universalisme
2005

L'Harmattan

DÉJÀ PARUS DU MÊME AUTEUR

Le Crépuscule sombre de lafin d'un siècle tourmenté. 1999-2000, 2008. L'Orée d'un nouveau siècle. 2001, 2008. Pensée unique et diplomatie de guerre. 2002, 2008. Ces dinosaures politiques qui bouchent l 'horizon de l'Afrique. 2008. 2003,

Repenser la diplomatie. 2004, 2008.

@ L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique,

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06132-3 EAN : 9782296061323

JANVIER-FÉVRIER-MARS

2005

1. LA BANALISATION DES POUVOIRS SALES 2. HYPOCRISIES CRUELLES 3. NOUS N'ATTENDRONS PAS LES ÉTATS-UNIS 4. UNE ANNÉE DE GRANDS CHANGEMENTS 5. AU-DELA DU TOGO: UNE QUESTION DE QUALITÉ 6. AU-DELA DU TOGO: UNE QUESTION DE QUALITÉ (2) 7. POUVONS-NOUS CHANGER LE DÉSESPOIR? 8. ETHNIE DE POUVOIR ET ETHNIE SANS POUVOIR 9. LES ORPHELINS DE LA MAUVAISE GOUVERNANCE 10. QUAND DEMAIN ARRIVERA! Il. LE FMI EST-IL EN CAUSE?

1.

LA BANALISATION DES POUVOIRS SALES

Le malheur des uns est sans aucun doute, une leçon pour les autres, et en même temps, une excellente occasion pour une profonde interrogation. Mais que sommes nous vraiment, où allons-nous, de quoi demain sera fait, et comment nous en sortirons-nous? La trop bonne habitude de porter des accusations stériles d'opposants, d'agitateurs et d'aigris à l'encontre de quelques rares Africains qui par ci et par là résistent encore et refusent de succomber à l'ère du temps qui voudrait voir dans les pires régimes totalitaires, des instruments de paix et de stabilité, ne nous découragera point. Notre conviction n'a jamais cessé de grandir, sur le fait qu'un jour, demain ou après demain, le monde entier se lèvera et nous donnera raison, applaudissant à notre passage, et louant nos écrits comme des faits de guerre. Qui donc a soutenu que des individus violents, tortionnaires du silence, faiseurs de misères, et responsables, de toutes les épithètes négatives sur l'Afrique, étaient des sains, des amis fréquentables de nuit comme de jour, des types que l'on qualifie de grands hommes sans jamais consulter leurs peuples, et au point de couvrir leurs sépultures de gloire? Nous ne mêlerons pas notre voix à celles, banales et tardives, qui voient dans l'effacement d'Eyadema, un simple événement. Nous ne resterons pas au stade de la contemplation, ni à celui de l'injure. Ce que suscite en nous, la mort de ce monsieur, c'est une profonde interrogation, après que sa vie nous a inspiré le plus amère des dégoûts. Mais que voudrait-on en fait insinuer, en plongeant ce pauvre cadavre dans un débat sur une quelconque succession? Ce qui est en cause, ce n'est ni Eyadema, ni son fils, ni le pouvoir. Ce qui est en cause, c'est nous, c'est l'Afrique, c'est le monde noir, c'est notre dignité d'êtres humains, d'hommes libres, de membres, d'une société de l'universel pour reprendre si bien Senghor. Voici donc venu le

temps d'une décision claire et nette pour chacun de ceux qUI ICI ou ailleurs, voulaient jouer à cette sordide comédie qui consiste à faire comme si tout allait bien en Afrique, comme si nous avions aux sommets des pouvoirs, des gens propres. Personne ne devrait maintenant nous poser des questions sur notre statut de contestataire ou d'opposant, car il est devenu incontestable, que les opposants à notre bonheur, ce sont ces vautours, ces voleurs de bien être et ces truands qui confisquent le pouvoir jusqu'à la mort. Ont-ils peur des procès ou sont-ils tout simplement complètement fous du pouvoir? L'histoire ne serait que mensonge pour quelqu'un qui a quitté le monde en 1990 et qui sort de son coma aujourd'hui. Qui donc imaginait que ces salauds auraient le culot, un si grand culot, de vouloir nous tenir en laisse pour l'éternité, allant de père en fils, et en petit-fils? La tentation de la pérennisation d'une monarchie dictatoriale qui ne dit pas son nom mais qui ne se cache pas, ne nous inquiète pas seulement, elle nous renvoie à une autre interrogation bien plus honteuse: lorsque Georges Bush déclare après les attentats du Il septembre que « l'Amérique est attaquée par des sauvages », et pose le problème de la confrontation des valeurs et des civilisations, il s'agit en réalité des résultats d'un long travail d'analyse. La mise en scène togolaise est le symbole de toute notre mauvaise conscience et implique l'exposition au reste du monde, à la fois des limites de notre civilisation, et des travers de notre culture. Il ne sert à rien de verser dans des condamnations de circonstance, car le mal est profond, structurel et chronique. Et puis, le courage, 1'honnêteté intellectuelle et un certain amour pour la vérité, exigent que nous disions sans détour, que l'affaire togolaise, est le même film qui attend le Cameroun, le Gabon, l'Egypte et bien d'autres encore, si d'ici au j our du malheur imparfait, les rapports des forces en restent au stade où ils sont. Il est bon de se souvenir, que le schéma togolais renseigne beaucoup et articule tous les ingrédients d'une décrépitude tout à la fois morale, institutionnelle, politique et diplomatique. Mais pourquoi Paris devrait-il parler en deux temps et par deux voix, l'une du président Chirac qui exprime des admirations et des amitiés pour un dictateur sanguinaire, et l'autre du Quai d'Orsay qui exige le respect de la

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Constitution? Mais pourquoi devrait-on prendre tant de pincettes pour parler de criminels qui sont responsables de la mort de millions de personnes? Combien d'Africains sont morts et combien mourront-ils encore à cause de la confiscation des pouvoirs par ces truands que l'on accueille en grandes pompes au nom de ce qu'ils sont des Chefs d'Etat? Et si nous célébrions les traîtres de la France et de l'Amérique? Nous vivons un drame permanent dont la disparition de monsieur Eyadema ne constitue qu'une des épisodes. Ne nous reprochez pas de cracher sur les morts, car certains morts valent la célébration. Qui ne serait pas content des malheurs de son tortionnaire, son geôlier, son oppresseur? La voix des peuples se perd toujours dans ce silence dont seuls les cœurs connaissent la substance, et les louanges si lointaines des autres, ne sont rien du tout, sinon la meilleure preuve que le disparu servait les autres au lieu de servir les siens. L'occasion est bien plus excellente, pour confirmer et soutenir nos moqueries inlassables à l'endroit de ces brouillons de circonstance que les pouvoirs sales appellent « constitution ». La dictature est le règne du pouvoir personnel, contre le peuple, sans le peuple, pour tuer et humilier le peuple. On décide de tout, de simulacres d'élections, de révisions constitutionnelles, de la durée des mandats, de la classification des citoyens en autochtones, minorités, etc. On prend ensuite appui sur quelques intellectuels affamés dépourvus de toute dignité et de tout respect de quelconques valeurs, pour s'affirmer Etat de droit. La réalité dans la situation togolaise, c'est que les militaires n'ont fait qu'exécuter un scénario conçu et imposé par l'illustre dictateur avant sa mort. Le président de l'Assemblée nationale comme tous les autres détenteurs de petits postes, ne sont que des faire-valoir. Tout le monde là bas comme ici, est au service d'un pouvoir personnel et familial tortionnaire, totalitaire et absolutiste. S'il faudrait nous trancher la tête, il faudrait tout au moins que nous ayons dit la vérité et dénoncé ce qui de notre avis, recouvre tous les scandales de notre mise à la marge du monde et les causes indiscutables de notre arriération. Il convient de rappeler qu'à l'époque de la folle rumeur sur la mort du Chef de l'Etat camerounais, des cercles ethniques proches du pouvoir s'étaient déjà

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concertés pour décider de la mise à l'écart du président de l'Assemblée nationale dans l'éventualité d'une problématique successorale. La montée en première ligne de l'Union africaine, de l'ONU, et de quelques autres instances respectables, traduit bien plus un embarras, que l'adhésion à une nouvelle approche radicale et pragmatique concernant les questions africaines. C'est à une idée complètement neuve de la gestion du pouvoir, de son émanation et de sa dévolution qu'il convenait de se référer. Hélas, ce que nous découvrons avec plus de chagrins que hier, c'est que les pourfendeurs des criminels togolais, ne sont pas encore prêts à faire le saut pour dénoncer et interpeller les autres acteurs des drames de même nature en préparation. C'est ce que l'on dira du Tchad, du Cameroun, du Gabon, ou de l'Egypte qu'importe. Il ne faut pas un ordinateur très sophistiqué pour entrevoir les mêmes drames en perspective. Il faut ainsi, s'interroger plus que l'on ne condamne, et anticiper sur les drames plus que l'on n'apporte des secours. Le gouvernement du monde ne saurait plus s'accommoder de pouvoirs qui enferment les peuples dans des régimes de plusieurs décennies par la force, l'humiliation et l'oppression. Il s'agit de dire non à ces génocides lents mais certains, qui ruinent les intelligences, tuent les génies, et aggravent les fractures entre les nations. C'est parce que l'on a banalisé les pouvoirs sales, que la tentation d'instauration des monarchies obscurantistes, gagne du terrain en Afrique. Les Eyadema n'ont-ils pas reçu récemment l'onction de l'Union européenne, au point d'organiser une fête qui s'est soldée par la mort d'une dizaine d'enfants innocents manipulés par les criminels du pouvoir? La responsabilité de ceux qui de l'intérieur ou de l'extérieur encouragent ces régimes est lourde, et il n'y a plus de doute, que le jour viendra où, les procès forceront chacun à venir se repentir après avoir accepté la sentence des juges. La mort de monsieur Eyadema n'est pas en réalité un malheur pour les patriotes africains, c'est une belle occasion d'information, de renseignements, d'enseignements et de mise en garde. Pour tous ceux qui n'ont pas souvent compris le sens de notre lutte et des bruits vexatoires de notre plume, voici venu le jour de la vérité. Chacun

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peut mieux apprécier ce qui nous attends, et prendre conscience du piège dans lequel des régimes si méchants nous ont enfermé. On nous a eu, en banalisant les pouvoirs sales, en nous faisant croire qu'il est normal qu'un individu s'accroche à un poste de responsabilité pendant des décennies, sans toujours rendre compte, et au nom d'une paix et d'une stabilité dont il est seul le bénéficiaire, renforcé par des comparses de l'extérieur./.

Il

2.

HYPOCRISIES CRUELLES

Nous nous sommes depuis assignés pour mission, et tout en faisant un devoir, la lecture de l'évolution du monde et son rapport avec notre situation interne. Il y a longtemps, que l'espèce d'intellectuelle qui se plaisait à réciter les noms des grandes capitales européennes et à invoquer à tout vent les auteurs étrangers pour impressionner son entourage, a perdu toute attention en Afrique. La gravité des problèmes quotidiens, l'exacerbation des souffrances et de la misère, imposent dorénavant le réalisme. Tous les débats des années 1970 sur la prétendue troisième voie ou encore la voie authentiquement africaine de développement, n'auront rien produit et auront au contraire, agrandi les frustrations et les fossés. Ce constat est fait pour mieux situer nos attentes de maintenant, et indiquer sans détour, comment nous envisageons l'apport des autres, nos relations avec le reste du monde, et la contribution éventuelle des institutions internationales à l'élaboration de solutions pour l'Afrique. Pourquoi d'ailleurs l'Afrique? L'actualité la plus récente est constituée d'événements qui sont pour nous riches d'enseignements: Au sommet des riches à Davos, Jacques Chirac innove en proposant une taxe spéciale sur toutes les transactions internationales pour dégager annuellement environ dix milliards de dollars destinés aux pays pauvres; le premier Ministre britannique Tony Blair, propose quant à lui, un plan Marshall pour l'Afrique. Pendant ce temps, on vote à Bagdad sous la supervision des Etats-Unis et de l'ONU, l'opposition ivoirienne réunie en Afrique du sud propose une sortie de crise par des élections entièrement organisées par l'ONU en écartant Laurent Gbagbo, la transition vacille au Congo démocratique, et enfin, Israéliens et Palestiniens semblent maintenant résolument décidés à négocier une paix durable et définitive. C'est aussi dans ce contexte que l'Union africaine constate son impuissance à Abuja, et que Kofi Annan arrive, s'arrête à Yaoundé pour parler encore de Bakassi à un Paul Biya introuvable dans les sommets.

N'oublions pas de parler du simulacre de référendum envisagé au Tchad, et de la Centrafrique où malgré l'accord de Libreville, une autre guerre civile se prépare par la faute d'un petit soldat devenu président. Ce tableau des nouvelles du monde, n'est pas un banal exposé, c'est le miroir qui nous permettra bientôt de situer la substance de notre analyse du moment. Mais de quoi avons-nous réellement besoin en Afrique et de quoi souffrons-nous? La question mérite d'autant plus d'être posée, qu'il nous semble que ceux qui avec une certaine frénésie relancent toutes sortes d'initiatives pour aider l'Afrique, donnent l'impression de se livrer au contraire à une insoutenable hypocrisie. Il faut soigner la maladie et non passer son temps à parler de la maladie sans même citer ses causes et les responsables de la pathologie. Nous voulons entendre que les humanistes de l'Occident ont condamné les dictateurs déguisés qui évoluent dorénavant sans craintes ni doutes partout en Afrique, et qui sont seuls responsables du sort triste que l'on dépeint ici. A Paris comme à Londres, personne n'ignore les causes effectives de la situation actuelle des pays africains. Mieux, on ne rate aucune occasion de se moquer de ces chefs d'Etat nègres qui n'ont en réalité jamais abandonné leurs traditions sauvages, et qui font subir à leurs concitoyens les pires humiliations. La démarche de l'opposition ivoirienne intervient au seuil de tous les efforts de paix qui se sont soldés par l'échec depuis les Accords de Linas Marcoussis. C'est le constat, qu'il est trop tard pour ramener la Côte-d'Ivoire dans la raison, qui amène à réinventer la soumission des peuples au diktat des institutions internationales. En fait, il est de plus en plus clair aujourd'hui, que sans une tutelle complète de l'ONU sur de nombreux pays, les chances d'une évolution démocratique s'avèrent nulles, et la guerre civile apparaît comme inévitable. Ce qui crée l'émoi des justes et des patriotes africains, c'est cet oubli volontaire, cette insouciance, voire cette indifférence des grandes puissances lorsqu'il s'agit du continent noir. Il n'est pas possible que les Etats-Unis aient si bien compris qu'il fallait prendre en charge le processus électoral ailleurs, et manquer d'attention pour imposer la

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même orientation au Cameroun, au Congo, en Tunisie ou en Côted'Ivoire. Le jeu du chat et de la souris que l'Union européenne joue avec le régime d'Eyadema relève de la même hypocrisie.

Les solutions ne passent pas par l'aide, par des taxes internationales ou par un quelconque plan Marshall. Nous ne sommes pas des pays pauvres, nous sommes simplement des pays mal gouvernés en proie à des fous du pouvoir. Comment vouloir ramener la situation de l'Afrique à une question d'assistance, alors que les comptes des dignitaires du continent alimentent les banques étrangères? Les propositions actuelles qui se concentrent sur des démonstrations de générosité, relèvent d'une habitude trop connue de se donner bonne conscience et de se moquer des africains. Nos rois ne fréquentent-ils pas les meilleurs palaces du monde, en séjour de travail ou en villégiature gourmande et dépensière? Les dynasties ethniques qui ont confisqué le pouvoir sur le continent avec l'appui des ramifications mafieuses occidentales, ne sont ni infaillibles ni inconnues. Elles agissent en plein jour et à visages découverts. Elles travaillent à enfoncer le continent dans un cycle d'injustices et de pauvreté qui ne laisse entrevoir que désordres et guerres civiles à l'horizon. Les régimes ethno centrés africains se sont installés dans des systèmes de féodalité où des individus ont dépassé toutes les limites de la décence dans l'appropriation et le détournement des biens publics. Le cas du Cameroun entre dans ce modèle, comme un inexplicable gâchis à l'exemple de la gestion de l'Office nationale de radio et de télévision dont le patron vient d'être limogé. Si le peuple attend avec impatience de voir congédier les autres gestionnaires arrogants et pilleurs de la trempe qui polluent la République, il est surtout impatient de les voir arrêter, juger et condamner, et leurs biens saisis. La logique de l'Occident inquiète et trouble à la fois. Des pays tenus par de véritables gangs de truands officiels préparent activement la guerre civile à travers une gouvemance calamiteuse, irresponsable et discriminatoire. Les citoyens sont comptés en ethnies et traités en tribus négatives. Le tout est planifié par les textes officiels, par les règlements, par des constitutions visibles au quotidien dans les faits. La haine a été institutionnalisée. Que ce soit au Congo de Sassou ou en Ouganda de

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Museveni, c'est l'origine ethnique qui prime. Et le Rwanda que l'on dit calme après son génocide de 1994, n'est que la démonstration d'une dictature ethnique où les hutus ont été contraints au silence et à la soumission, complètement tenus à l'écart du pouvoir. De quoi sera fait demain sinon de nouvelles vengeances et de nouvelles crises? Au plan strictement économique, le pays est mis en coupes réglées au moyen de marchés fictifs, d'entreprises familiales écrans, et d'agents de l'Etat fantômes. L'Etat dans ces conditions, est devenu une institution étrangère aux citoyens, avec pour seule relation, l'oppression par une fiscalité qui ne se justifie par aucune réalisation infra structurelle. On fait voter des lois fiscales d'oppression par une Assemblée monocolore aux ordres. Les peuples crient leur colère ou étouffent momentanément leurs désirs brûlants de vengeance. Qui en Occident, à Paris, à Genève ou au siège de l'ONU n'est pas au courant? Qui, dans cette presse occidentale si intéressée par le sort d'un journaliste otage en Irak n'est pas au courant? A quoi servent donc les missions diplomatiques si ce n'est, comme le précise la convention de Vienne sur les relations diplomatiques, de s'informer par tous les moyens? La logique consiste-t-elle à attendre le feu? La nouvelle approche de ces gens là est cruelle, hypocrite et gravissime. Commencez à vous découper avec les machettes, ruinez vous complètement, et faites déjà couler le sang., alors nous arriverons avec la seule solution qui compte: forces d'interposition; aide humanitaire par nos ONG; nouvelles institutions enfin; dialogue et réconciliation nationale; gouvernement de transition, puis élections, et enfin stabilité sous notre contrôle. Cette équation morbide est entrain de s'imposer et devrait entrer dans le processus de changement dans tous les pays où une révolte violente n'aurait pas renversé à temps le pouvoir, et obliger à des changements radicaux. Dans le contexte des régimes où la gestion ethnique est à son paroxysme, les risques de guerre civile ne sont que plus grands, dans le cas où le détenteur du pouvoir, soucieux de se ménager une sortie honorable, n'hésiterait plus à congédier brutalement ses frères du village. Le cas du Cameroun est à ce point encore assez illustratif. Après avoir placé ses frères ethniques à la tête de la majorité des entreprises

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publiques du pays, le président n'a plus le choix aujourd'hui que de les enlever tous, à de rares exceptions comme la Caisse nationale de prévoyance sociale. Or cette perspective est déjà perçue par certaines élites de la tribu comme une humiliation inacceptable, même si l'on ne conteste pas leur gestion désastreuse. L'embêtant c'est que à l'observation, même des mesures d'urgence tendant par exemple à rééquilibrer les influences des ethnies dans les appareils étatiques, ne seront pas suffisants pour arrêter les grands procès, lesquels apparaissent maintenant comme inévitables devant l'ampleur des détournements. L'on pourrait penser qu'en recherchant la négociation à l'intérieur de l'ethnie régnante, le détenteur du pouvoir serait en mesure d'éviter les perspectives de révolution de palais et de complot des proches. C'est peine perdue. La réalité c'est que, une longue complaisance a donné le temps à des voyous promus au nom du village, de constituer des milices privées dormantes qui se lèveront au premier signal pour essayer de préserver les privilèges acquis. La logique de guerre civile apparaît ici, comme une juste conséquence, mais avec la certitude que ceux qui la commenceraient, la perdraient, et perdraient sur tous les plans, y compris la totalité des pouvoirs dans la république. En tout état de cause, il est regrettable, que plus d'un demi siècle après les résolutions de l'Assemblée générale de l'ONU sur l'octroi de l'indépendance aux peuples et territoires non autonomes (1514), et le droit de chaque peuple à choisir sa propre forme de gouvernement (1541), nous soyons obligés malgré nous, de solliciter un retour dans une situation de tutelle, voire de colonie. Nous partageons, à contrecœur, la proposition de l'opposition ivoirienne d'une prise en charge de l'organisation des élections par l'ONU. C'est la seule alternative maintenant garantissant une participation de tous les citoyens dans un processus transparent et impartial. C'est cela que la France, les EtatsUnis, la Grande-Bretagne et les autres partenaires multilatéraux devraient soutenir. Le reste n'est que pure hypocrisie. Si nous sommes libres de choisir démocratiquement nos dirigeants, nous nous gérerons bien, et votre aide ne sera pas nécessaire, de même que tous vos plans Marshall et autres.

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Notre conviction est inébranlable, que dans le cas d'un pays comme le Cameroun ou le Tchad, il n'est pas possible, il ne peut pas être possible, et il ne sera pas possible, dans les conditions de division ethnique et de gouvernance tribale actuelle, de faire avancer la pays, de faire des élections propres, et de garantir une paix durable, sans une tutelle internationale de circonstance. La vérité ici, c'est que plus de la moitié des camerounais en âge de voter, n'ont jamais eu le privilège de toucher une carte d'électeur. La vérité encore, c'est qu'aucun recensement des populations dans une autocratie administrative, ne peut être honnête. La vérité c'est que les citoyens sont inscrits sur les listes électorales et sont traités quotidiennement en fonction de leurs origines ethniques. Tout sera fait pour que les citoyens originaires des ethnies perçues comme contestataires, soient tenues loin des urnes et pour que leurs voix ne comptent pas. C'est la réalité vécue du Cameroun où plus de 90% des citoyens de la capitale, considérés comme allogènes, une notion bizarre implicitement consacrée par la constitution du pays, ne votent pas. La vérité c'est que sans une conjonction de facteurs sous les auspices des nations unies, aucune élection ni réorganisation ne sera possible. Le NEP AD ne fait donc plus recette et aucune réduction ou annulation de la dette ne changera notre sort, tout comme aucun plan Marshall ni taxe sur les transactions ne changera nos gouvernants. Nous avons besoin de démocratie et de participation citoyenne aux grands choix de notre destin et non de compassion intéressée. Nous ne sommes pas pauvres, et nous ne le serions que par la volonté et le cynisme de nos gouvernants, lesquels procèdent pour leur accession et pour leur maintien au pouvoir, de la barbarie et de la dictature. C'est le même Occident qui a tout mis en œuvre pour défaire les Milosevic et Saddam, qui contemplent sans mot dire, les Idriss Déby et autres Conté s'introniser présidents à vie. C'est le même Occident qui veille sur des élections propres ailleurs qui se tait devant de simulacres de consultations en Afrique. C'est cruel comme hypocrisie. Mais comment accepter que l'on trouve des moyens pour aller chasser un despote là bas, et se contenter des proclamations de pitié et des promesses d'aide sans conviction ici? Qui croira que les Etats-Unis

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ont les moyens militaires pour faire la guerre en Irak et manquer les moyens pour chasser le régime génocidaire de Khartoum. Que le Congrès américain ait décrété qu'il y a génocide au Darfour sans prendre des mesures concrètes pour y mettre fin, est significatif d'une forme de racisme intéressée qui cultive les dollars sur les cadavres des pauvres et de tous les damnés de la terre. Il faut sans doute donner raison à ce nouveau ministre des Affaires étrangères d'un grand pays d'Afrique centrale, qui soutien que la diplomatie n'est finalement qu'une grande école d'hypocrisie où les pays riches et puissants font jouer aux pauvres, des rôles dans lesquels ils n'y comprennent rien, et mettent en avant les hommes qui leur plaisent. En fait, l'Occident est seul maître de l'ordre du jour de la diplomatie internationale, et décide quelle cause doit occuper les médias et préoccuper l'ONU. On comprend dès lors que la prolifération des régimes où les citoyens ne sont que des instruments de combines ethniques suicidaires, ne leur dit rien. C'est pourquoi on peut avoir une pensée douloureuse pour le génocide des Juifs sous le régime nazi, et s'accommoder de tous les massacres ethniques en Afrique. Hypocrisie. En attendant que d'autres générations se montrent disposées à aller au-delà de la dénonciation de cette hypocrisie et à renverser effectivement les tendances morbides de leurs stratégies, il n'y a pas et il ne saurait exister d'autres solutions de changement dans le temps présent, en dehors d'une mobilisation des consciences, et d'une sensibilisation des élites, en commençant par celles qui ont l'illusion de gérer le pouvoir parce que le détenteur est de leur village. Ce que prépare demain, est tout simplement triste. L'expérience a montré à suffire, qu'en présence de révolutions subites, l'Occident lâchait très vite tous ceux qu'elle soutenait hier. Les grandiloquents hauts fonctionnaires et autres tireurs de ficelles qui s'affichent avec ostentation comme les profiteurs des régimes corrompus et illégitimes, devraient méditer les exemples des partisans Mobutu, Bokassa et autres Hissen Habré. Le monde changera, que l'Occident le veuille ou non, et surtout qu'il changera sans préavis et sans qu'il soit besoin de faire l'économie

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d'éventuelles guerres civiles. Si tant est que le souhait de l'Occident c'est de souhaiter la prolifération des théâtres de guerres civiles pour occuper ses milliers d'ONG et occuper ses millions de chômeurs, le souvenir des marines américains quittant précipitamment la Somalie après une série d'attentats très meurtriers, indiquent les limites de cette stratégie, et nous conforte dans l'inéluctabilité des changements. Il importe enfin, de réitérer qu'il ne peut pas être question de parler de la voix ou de la place de l'Afrique avant d'avoir réussi la démocratisation effective de tous les Etats du continent. Débattre sur la représentation du continent au Conseil de sécurité relève pour nous d'une grossière fuite en avant pour ne pas dire d'une parfaite futilité. Sans l'expression libre des peuples qui par les urnes choisissent leurs dirigeants et leurs représentants, toute expression internationale demeure biaisée, imparfaite, et mal fondée. Il y a donc un préalable de qualité et de qualification avant une revendication d'existence et d'influence sur la scène internationale. Comment devient-on membre de l'Union européenne? C'est bien de s'informer à ce sujet, et on comprendra qu'on ne peut pas s'encombrer de dictatures et prétendre au respect, ce que fait l'Union africaine./.

02 février 2005

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3.

NOUS N'ATTENDRONS

PAS LES ETATS-UNIS

La plus simple et la plus éloquente réponse qu'il convient de donner aux propos de Georges Bush qui, dans son discours d'investiture, a fait la promesse aux peuples vivant sous le joug de la tyrannie de les aider à se libérer, est à chercher dans l'histoire. Sans une profonde rétrospective historique en effet, il est possible de se perdre dans les contradictions d'une actualité qui déroute complètement les jeunes qui n'ont plus le flair ou l'intelligence de confronter le passé et le présent avant de se faire un jugement définitif sur le sens des actes posés par les gouvernants du monde. En dépit de l'expérience plus que négative des années 1990, il existe toujours des hésitations quant à la position à adopter en face de disputes sur l'utilité ou l'inutilité des apports extérieurs pour la libération et l'émancipation des peuples. L'Amérique est certes l'exemple d'un grand rassemblement de nations et de peuples unis dans une immense croyance aux vertus religieuse. L'Amérique est cette grande puissance impériale qui aura marqué toutes les étapes importantes de notre humanité au cours du siècle dernier, par une volonté d'enseigner au reste du monde, par un désir ardent de cultiver sinon d'imposer ce qu'elle considère comme la meilleure forme de gouvernement partout sur la planète. C'est cette Amérique impériale de Truman, cette Amérique vibrante de compassion apparente et de charité que les Kennedy avait su popularisé, qui est quand même replacé aujourd'hui dans le fauteuil de donneur de leçons. Mais devrait-on oublier les crimes de la CIA à travers le monde, les barbaries de la sale guerre du Vietnam, et la tricherie ignoble du Watergate? Rien n'est donc en réalité nouveau, mais pour nous, les choses prennent simplement une autre gravité à cause des échecs de l'Afrique, sa trop grande marginalisation, et le jeu incompréhensible des Etats-Unis lorsqu'ils désignent les tyrans en fonction de la géométrie de leurs

intérêts du moment. Dans un discours mémorable prononcé au Fullton College à Mobil dans l'Etat de l'Alabama en 1947, le président Harry Truman énonça les grandes lignes de ce qui deviendra la doctrine classique de la politique étrangère des Etats-Unis pour les prochaines décennies en ces termes: « les Etats-Unis soutiendront les peuples vivant sous la domination totalitaire partout dans le monde, et contiendront le communisme par tous les moyens ». Les livres d'histoire ont depuis livré au monde, des résultats qui n'ont rien de glorieux. En lieu et place de la liberté, on a eu des coup d'Etats sanglants, des renversements des régimes démocratiques élus, des assassinats, des coups tordus en tous genres avec l'aide de barbouzes souvent infiltrés dans les firmes multinationales. Les Lumumba, Cabral, Samora Machel et bien d'autres en ont fait les frais. Aujourd'hui, le président Georges Bush, reproduit un discours qui est la copie conforme de celui de Truman, annonçant la guerre contre la tyrannie, l'assistance aux peuples soumis, la guerre éternelle pour le triomphe de la liberté. Faut-il rappeler que dans ce que le président appelle la Tyrannie, les pays africains victimes des pires affres des totalitarismes modernes, ne sont pas cités. Si le Zimbabwe est mis en exergue dans la démonstration de Condoleeza Rice, personne ici ne peut douter qu'il s'agit de régler son compte à un nègre qui a osé défier non pas les règles de la démocratie, mais les règles non écrites qui veulent qu'un pauvre Noir ne s'attaque pas si ouvertement aux intérêts de la race blanche. Ce Mugabe, nous l'avons écrit ici, n'est pas un exemple de dirigeant qui nous honore, mais comment ne pas comprendre le problème de redistribution des terres qu'il pose, même s'il le fait mal, à contretemps et avec des intentions de manipulation? En réalité, l'histoire n'est pas neutre et ne saurait l'être. A chaque étape de notre évolution, les faits et les déclarations nous ont livré des enseignements suffisants sur ce que devraient être le rôle et la place de chacun. Staline n'avait aucun complexe à mettre en garde les nationalistes du Tiers-monde contre le rêve d'une révolution venue de l'extérieur. C'est-à-dire qu'à l'opposé des idéologues de la grande Amérique, on ne pensait pas à Moscou qu'il fallait vendre des fantaisies

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aux peuples opprimés en leur faisant miroiter une assistance extérieure capable de changer le cours des choses dans leurs pays. Nous y sommes encore maintenant avec la nouvelle affaire que le raz-de-marée en Asie et en Océan indien a crée. Pourquoi les aider tant et si vite, en nous abandonnant? Les africains qui se fendent en protestations douces sur la rapidité avec laquelle l'occident a débloqué l'argent pour les pays victimes du Tsunami, commettent une erreur impardonnable. Avons-nous seulement lu l'histoire et avons nous fait un bon bilan de nos rapports avec le monde, de notre coopération avec les autres peuples, de notre apport à l'avancement du monde, et enfin, de la considération réservée à notre forme de gouvemance à travers le monde? Pour combien comptons-nous dans le monde, et que valons-nous dans les calculs des Etats-Unis en termes de dollars, d'ordinateurs et de nouvelles technologies? Le président Bush lorsqu'il parle du monde, est très loin de nous, il est plus proche de ces pays et de ces peuples d'Asie, où il est possible d'investir un dollar et d'en récolter dix en toute sécurité, et où des dirigeants pétris de nationalisme, conduisent inexorablement leurs peuples vers les nouvelles technologies et les grandes avenues de la civilisation matérialiste, la seule qui tienne la route dans le nouveau village planétaire. Attendrons-nous les Etats-Unis dans ces conditions? Notre réponde est un non catégorique. Chaque peuple réalisera sa révolution, parce qu'il a la mission de renverser le régime qui l'oppresse et de choisir lui même par ses voies propres et ses moyens appropriés, les dirigeants qui lui conviennent. C'est la même Amérique qui déclare vouloir lutter contre la tyrannie pour amener la liberté partout aux peuples, qui n'a pas bougé d'un seul pouce après tous les truquages électoraux en Afrique. Mais que dit donc Bush du Tchad, du Cameroun, du Congo, du Togo ou du Gabon? C'est donc quoi l'explication de la tyrannie? Non, nous n'attendrons pas l'Amérique, et nous n'avons plus le droit de rêver. Les apports extérieurs n'ont jamais réellement libéré un peuple. Lorsque se précipitent les dons et les charités, c'est qu'il y a audelà d'un humanitarisme enchanté, une évidente collusion des intérêts

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qui ne disent pas si facilement leurs noms. Mais pourquoi nous plaindrons-nous en réalité? Lorsqu'une délégation de l'UPC se rendit à Pékin pour solliciter l'intervention du gouvernement chinois afin qu'Ernest Ouandié ne soit pas exécuté, elle n'eut droit qu'à cette réponse laconique: «allez porter la nouvelle au peuple Kamerounais, que le gouvernement, le peuple et le grand parti communiste chinois sont à ses côtés et lui expriment toute leur solidarité ». Dans la pratique, il n'y eut aucune action des Chinois vers le régime d'Ahidjo. Le nationaliste camerounais fut lâchement assassiné par un peloton d'exécution en plein Jour. Ainsi vont les jeux et les enjeux de tous ceux qui depuis Washington, et ailleurs dans le monde, nous annoncent des soutiens pour nous débarrasser de nos tyrans. L'Afrique n'est rien dans ce jeu, et les peuples africains n'ont même plus le statut de singes d'hier, tant qu'ils n'ont pas pris les armes, et tant qu'ils n'ont pas mis en œuvre, des intelligences vives et des déterminations à toutes épreuves pour se libérer par eux mêmes. Les quelques trois cent mille morts du Tsunami, ne représentent vraiment rien par rapport aux victimes des sinistres de l'Afrique sur une seule année? Mais qui donc nous a imposé le NEP AD et où en est-on? Que sont devenus tous ces programmes sur l'Afrique? Non, nous n'attendrons ni l'Amérique, ni aucune autre puissance, ni aucun autre bienfaiteur. L'histoire n'a pas prévu dans ses enseignements, d'autres méthodes en dehors de la révolte, des luttes, de la guerre et de la remise en cause totale des systèmes et des régimes d'oppression. A chacun son tyran, et à chacun ses moyens et ses stratégies pour défaire son tyran. La lutte pour la liberté n'est l'invention d'aucun peuple, elle est une urgence pour chaque peuple soumis à l'oppression, à la dictature, à l'humiliation et la destruction de sa dignité./.

26 janvier 2005

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4.

UNE ANNÉE DE GRANDS CHANGEMENTS

Jamais depuis une décennie, nous n'avions été aussi à l'aise pour exprimer un espoir et lire dans l'avenir. Jamais en effet, des événements positifs ne s'étaient autant présentés dans notre quotidien pour nous redonner confiance et atténuer nos inquiétudes pour les lendemains. Certes, nous n'avons jamais milité pour la fatalité et le défaitisme, de même que nous n'avons jamais conseillé à qui que ce soit, de sacrifier sa dignité et ses droits citoyens au nom de ce qu'il faut manger maintenant et par tous les moyens. De Yaoundé à Khartoum en passant par Gaza et Tel-Aviv puis Washington et Bagdad, et ce malgré Abidjan et Bangui, nous assistons en ce début d'année, à un formidable réveil de l'espoir. A ma mère qui me demandait le 31 Décembre au soir si je me porte bien, je me souviens lui avoir répondu que je n'avais qu'un seul souci, c'est que ceux qui nous gouvernent retrouvent le chemin de la sagesse, de la raison et de la vérité, sans quoi elle devrait s'attendre à me voir mourir dans la rue buté comme un terroriste dans un cortège de citoyens en colère contre les injustices. Je me souviens que sa réaction fut un long silence, des pleurs, puis cette exclamation: mais à qui veux-tu nous abandonner si tu te fais tuer pour ce que tu appelles lajustice! Après avoir suivi le discours du Chef de l'Etat camerounais devant le corps diplomatique, j'ai rappelé ma mère pour lui annoncer que je n'aurai pas à descendre dans la rue, parce que le Cameroun aura bientôt retrouvé le chemin de la sagesse et de la raison. Peu de citoyens camerounais ont en réalité mesuré la portée de la prise de position du président Paul Biya en faveur des Accords de Marcoussis d'une part, et de la souveraineté de l'Irak, d'autre part. Les institutions du Cameroun aujourd'hui, la répartition des richesses, la gestion des équilibres ethniques, le découpage électoral, le système de gouvemance et sa pratique administrative, constituent tout en effet tout ce que les Accords de Linas Marcoussis ont condamné, rejetés et rangés à la poubelle. A Marcoussis, on a mis fin à la ruse ethnique, à la

domination d'une ethnie sur les autres, à la dictature d'une région sur les autres. A Marcoussis, on a condamné l'exclusion et la discrimination. On a refusé là-bas, le genre de système qui chez nous fait que le sud du pays a un député pour vingt cinq mille habitants, pendant que l'Ouest, le Nord-ouest, et le Littoral ont un député pour plus de trois cents voire quatre cent mille habitants. La déclaration du Chef d'Etat camerounais est d'autant plus à féliciter, qu'elle intervient après que des intellectuels et quelques leaders d'opinions désireux de perpétuer un système d'exclusion et d'incompétents, se soient amplement exprimés dans le sens contraire dans les médias. Ce n'est pas une vue de l'esprit que de dire que le changement et l'avènement de la justice sont inéluctables. Le Cameroun changera inévitablement, et il est à craindre que le jour où le président de ce pays décide de se ranger du côté de la raison historique, des résistances folles en provenance de son propre entourage, voient le jour. Nous n'étions pas si loin, lorsque dans notre dernière analyse, nous exposions les théories essentielles des révolutions de palais. L'histoire a le secret de ces moments où les dirigeants, y compris les plus cyniques et les plus conservateurs, posent des actes inattendus et prennent leurs sujets et même leurs ennemis par surprise. Cette évidence nous renvoie toujours à un effort de compréhension de ce que fut la vie de Nelson Mandela en prison pendant 27 ans, et ce qui décida quelqu'un comme Che Guevara, à abandonner le luxe d'un poste de ministre de l'Economie à Cuba, pour se replonger dans le maquis des peuples en lute contre les impérialismes et l'oppression. Entre l'Accord qui vient d'être signé à Nairobi pour mettre fin à 26 ans de guerre civile au Soudan et l'élection présidentielle qui vient de désigner un nouveau président de l'autorité palestinienne, il n'y a ni accident, ni imprévision, ni fausse note. Le seul enseignement valable aujourd'hui, est qu'il faut savoir attendre, patienter, négocier s'il le faut, et sans doute prendre les armes lorsque c'est nécessaire, mais seulement si c'est nécessaire.

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