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Repenser la diplomatie

De
241 pages
Concentrant son attention sur la situation des autocraties africaines, l'auteur montre l'urgence de réinventer la diplomatie, pour trouver les nouveaux termes de référence, les nouvelles valeurs et les nouveaux mécanismes qui atténueront la tendance aux régimes dominés par les familles, les villages, les ethnies et les clans solitaires.
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Repenser la diplomatie
2004

Points de vue Collection dirigée par Denis Pryen Déjà parus

Jean-Claude SHANDA TONME, Ces dinosaures politiques bouchent I 'horizon de l'Afrique. 2003, 2008.

qui

Jean-Claude SHANDA TONME, Pensée unique et diplomatie de guerre. 2002, 2008. Jean-Claude 2001,2008. SHANDA TONME, L'Orée d'un nouveau siècle. sombre de la

Jean-Claude SHANDA TONME, Le Crépuscule fin d'un siècle tourmenté. 1999-2000, 2008. Jean-Pierre MARA, Oser les changements Centrafrique, 2008.

en Afrique. Cas de la

René NGANOU KOUTOUZI (sous la direction), Problématiques énergétiques et protection de l'environnement en Afrique, 2008. Calixte BANIAFOUNA, La Bataille de Brazzaville. 5 juin-15 octobre 1997. Le coup d'Etat le plus long et le plus meurtrier du monde: 10 000 morts, 2008. Ange Edouard POUNGUI, A cœur ouvert pour le Congo Brazzaville, mon beau pays. Entretien avec Calixte Baniafouna, 2008. André 2008. CHAMY, Saddam Hussein: le crime et la potence,

Jean-Claude MA YIMA-MBEMBA, La Violence politique au Congo-Brazzaville. Devoir de mémoire contre l'impunité, 2008. Banianga MUNONGO, démocratie, 2008. Congo-Kinshasa: le chemin de la

Jean BRUNA TI, De l'esclavage nazis, 2008. Jean-Roger ZIKA, Réflexions Gaston Kelman, 2008.

des Noirs à celui des camps

sur la question noire. Réponse à

Jean-Claude SHANDA TONME

Repenser la diplomatie
2004

L'Harmattan

DÉJÀ PARUS DU MÊME AUTEUR

Le Crépuscule sombre de lafin d'un siècle tourmenté. 1999-2000, 2008. L'Orée d'un nouveau siècle. 2001, 2008. Pensée unique et diplomatie de guerre. 2002, 2008. Ces dinosaures politiques qui bouchent I 'horizon de l'Afrique. 2008. 2003,

@ L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique,

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06131-6 EAN : 9782296061316

JANVIER-FÉVRIER-MARS

2004

1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9.

LA PEUR A CHANGE DE CAMP RECONSTRUCTION! LENDEMAINS DE GESTION ETHNIQUES? SOMMES-NOUS PERDUS? CES PESTIFERES DE L'INTELLIGENCE LA PERDITION DES TOTALITAIRES LE DEVOIR D'ALERTE L'ERE D'INTERNET ET DU TELEPHONE MOBILE POUR UN REARMEMENT MORAL DU MONDE

10. NOUS N'ACCEPTERONS AUCUN COMPROMIS Il. LES ENSEIGNEMENTS D'HAÏTI

12. DIPLOMATIE DU CRIME 13. LE DESASTRE AMERICAIN ET NOUS 14. NOTRE RESPONSABILITE

1.

LA PEUR A CHANGE

DE CAMP

Il Y a des peuples libres comme il y a des gouvernements libres, des hommes d'Etat libres, des politiciens libres et des individus libres. L'inverse, est facile à déterminer et traduit une situation de malaise, de trouble psychologique, de doute, d'incertitude, et de méfiance permanente. Ce qui caractérisait le monde d'hier à l'échelle des grandes puissances, c'était ce que les géostratèges ont appelé l'équilibre de la terreur, exprimant en cela la retenue mutuelle devant la certitude de menace redoutable que chaque camp représentait pour l'autre. Hors de ce couple au sommet, les relations entre le centre et la périphérie, en somme entre les grandes puissances et les petits Etats, étaient incontestablement fondées sur la domination et la dictature sans partage des premiers sur les seconds. Il en résultait par conséquent une peur qui engendrait une servitude totale dont la preuve était l'abandon de toute manifestation de souveraineté et le suivisme lors des votes au sein des organisations internationales. Au plan purement interne, la transposition de ce jeu des rapports des forces dans les relations entre gouvernants et gouvernés, a constamment produit un type de citoyen imparfait, craintif, et sans aucune dignité. La règle première était donc, placée dans le contexte des dictatures, qu'il ne soit même pas possible de revendiquer ses droits les plus élémentaires. Les bouleversements qui marquent l'évolution de l'humanité grâce aux innovations technologiques et la tendance à l'unification matérielle du monde, ont changé complètement les données. Nous sommes confrontés à un phénomène nouveau qui n'a pas encore livré toutes ses implications, mais qui déjà, permet de changer les rôles. dans l'orchestration des attitudes et la définition des postures sociales.

En effet, ce que l'on désigne terrorisme dans le grand brouhaha des rapports internationaux aujourd'hui, serait tout simplement un phénomène de maturation des antagonismes que les stratèges occidentaux et leurs grandiloquents intellectuels ont du mal à comprendre, à appréhender et par conséquent à analyser. Il y a, de notre point de vue, une redistribution des rôles dans le travail de façonnement du monde qui ne dépend plus uniquement de la fortune, de la situationgéographique ou des antécédents historiques. Le principe même de la redistribution des rôles dont il est question, appelle à une révision déchirante des langages et des approches dans la gestion des rapports entre les peuples d'une part, et la gestion entre gouvernants et gouvernés puis entre riches et puissants, d'autre part. Nous avons profondément réfléchi sur la question, et assistant au grand désordre de ces derniers j ours dans les aéroports européens et américains, nous ne sommes que plus confortés dans notre observation selon laquelle, ceux qui ont maintenant très peur, ne sont pas ceux qui avaient peur hier. Certes, tout le monde continue à avoir peur, mais la peur et son intensité ont changé de camp. Hier, les avions de combat de dernier cri, les porte-avions sophistiqués, les missiles, les chars et les bombes de toutes natures, constituaient la garantie, pour leurs détenteurs, d'une puissance absolue. Les grandes puissances faisaient peur et étaient assurées de dormir dans un sommeil de roi. A la moindre désobéissance d'un petit, on l'écrasait et c'était tout. Les temps ont changé, et les intelligences universelles ont éclaté en une kyrielle de forces et de contre forces insaisissables disséminées à travers la planète. La démonstration est faite, que ce que l'on appelle les fous de Allah et les terroristes de toutes sortes, sont plus redoutables pour la santé et la tranquillité du banquier, du citoyen, de la ménagère et de l'écolier américain et japonais, que ne le sont les avions, les missiles et toutes les armes nucléaires pour le jeune palestinien, l'étudiant camerounais ou le taximan sénégalais.

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On découvre seulement aujourd'hui en Occident, que les pauvres, les laissés-pour-compte et tous les damnés de la terre, sont en mesure d'enlever le sommeil au président des Etats-Unis, d'empêcher les avions de décoller, de fermer les restaurants et les supermarchés. Tout le monde tremble, et tout le monde a peur. Mais ceux qui ont accumulé tant de biens, volé ou pillé par-ci et par-là, réalisent qu'ils n'ont plus la tranquillité nécessaire pour en jouir. A leurs portes, guettent des gens invisibles, déterminés et certains d'avoir raison. Ceux qui hier allaient à la conquête des terres et des hommes loin de leurs frontières, semaient la mort dans les colonies, prenaient des esclaves, déversaient des tonnes de bombes sur le Vietnam, sur l'Algérie, en pays bamiléké et en pays bassa au Cameroun, découvrent la peur. De Port-au-Prince en Haïti en passant par Washington et Yaoundé, la peur qui a gagné les dirigeants, est une peur salutaire devant la montée de la colère des victimes de la haine et de la mauvaise gouvernance. La liberté a aussi changé de camp. Les hommes libres et les gouvernants libres sont ailleurs. Ils ne sont pas ceux que l'on proclame ou qui se définissent comme tels, ils sont ceux qui marchent sans peur, et ruminent leur revanche qu'ils peuvent à tout moment faire exploser au moyen des bombes. Lorsque on est obligé de vider les rues et de fermer les commerces pour circuler, on est sous la peur par ce qu'on craint à tout moment, un acte désespéré ou planifié, venant de tous ceux qui ont si longtemps été offensés. La peur des gouvernants atteint le stade suprême dans les dictatures les plus idiotes où, en lieu et place de la République et de l'Etat, des clans de voyous reconvertis dans la politique du crime, du vol et de l'exclusion, ont instauré des sociétés anarchiques aux sommets desquelles ils trônent. Le discours sur le terrorisme est ainsi devenu, une fuite en avant permettant de masquer la maturation de la contestation de pouvoirs illégitimes qui ont conduit le monde dans la division, la confrontation ouverte des cultures et la guerre inévitable des religions. Les répondants internes ne sont que plus déterminés à s'accrocher à ce discours, dont la substance tend à dénier aux peuples opprimés, le droit inaliénable de se

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libérer par tous les moyens, et de recourir, au besoin, à la lutte armée. Le droit, mieux le devoir de révolte, est inscrit dans les grands principes de l'ONU. C'est un axe essentiel du Droit international. Il va donc sans dire, que le recours à l'argument de la préservation de la paix comme astuce pour justifier la fraude électorale, le refus de l'alternance démocratique et le blocage du débat politique, n'est ni acceptable, ni fondé moralement et juridiquement. Il s'agit de l'expression de la peur de ceux qui gouvernent, et il importe qu'à tous les niveaux, l'on prenne conscience de leur fragilité. Les victimes ne devraient pas avoir peur à la place des coupables. En fait, le nouvel équilibre de la peur, n'a rien de l'équilibre de la terreur qui a géré les relations entre les grandes puissances jusqu'à la destruction du mur de Berlin. Les dictateurs sont démunis en face de citoyens plus intelligents et plus déterminés. Ni Bush, ni Bongo et consorts, n'ont plus les moyens d'une sécurité absolue aujourd'hui, car la menace est devenue diffuse et insaisissable. Dans ce contexte, un autre jeu hautement plus serré et plus intéressant se joue à l'intérieur des dictatures voraces et insolentes du continent. L'arrogance des pouvoirs extraverties, illégitimes et majoritairement ethniques, cède de plus en plus la place à la peur et au doute. Les maîtres et leurs valets, vivent dans la crainte des grands procès qui ne sauraient plus attendre longtemps. Les discours pompeux, les motions de soutien des courtisans et toutes sortes de décrets qui empêchent les citoyens libres de vaquer à leurs occupations, symbolisent plus le divorce total que l'autorité. C'est la peur, et devant la peur, on fait comme en Iran, en sautant sur l'occasion d'un malheur pour flatter les gens que l'on a durement offensés.

05 janvier 2004

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2.

RECONSTRUCTION!

De tous les slogans et mots d'ordre utilisés par les politiques et les agents de développement de toute nature, pour imprimer une orientation idéologique ou pour indiquer les bases de leurs actions sur le plan macroéconomique dans un pays, « reconstruction » est de loin celui qui porte une signification grave. Un regard sur 1'histoire du monde des quarante dernières années, rappelle les occasions où l'on a eu recours à ce mot, apporte des précisions sur ses contours. On parla de la reconstruction de l'Union soviétiques dix ans après la révolution bolchevique de 1917, suite aux échecs des premières applications brutales de la collectivisation. Il en fut encore question toujours en URSS après la guerre au regard des destructions immenses infligées au pays par l'armée d'Hitler (plus de vingt millions de morts, cinq mille ponts, des milliers de villes, cent mille usines, dix mille écoles détruits). Le plan Marshall, l'on se souvient, fut initié pour reconstruire une Europe complètement ravagée et détruite à 70% après la même guerre de 1945. De façon plus récente, citons les cas de l'Afghanistan, de l'Irak, du Libéria, de la Sierra Léone, de la RDC, de la Centrafrique, et avant eux, les anciennes colonies portugaises et les pays de la péninsule indochinoise, détruits tantôt par les guerres d'impérialisme, les guerres de libération, la guerre civile. Il convient dès cet instant, de dégager une typologie d'articulation matérielle, événementielle, politique voire diplomatique de la destruction des pays à reconstruire. Que se passe-t-il en fait, qu'est ce qui caractérise les pays à reconstruire, et à quel processus fait-on appel pour le faire? Nous observons que le trait commun des pays à reconstruire, est qu'ils sont mal en point, dévastés par la guerre et plongés dans un relatif chaos. Lorsque la guerre a pris, la désolation générale impose une forme de reconstruction de l'ensemble des bases d'un Etat et d'une société modernes. En dehors de la guerre, il y a la mauvaise gouvernance, avec

le même résultat: reconstruction.

la destruction,

la ruine,

puis

la nécessaire

Dans les cas d'occupation brutale par une puissance étrangère avec ou sans l'aval des institutions internationales les plus représentatives, la reconstruction prend des allures d'une réparation obligée, menée par les nouveaux maîtres. C'est exactement cela qui est en cours en Irak. Le deuxième trait caractéristique des Etats à reconstruire, c'est l'indispensable refondation des institutions. La refondation passe inévitablement par la mise en place de nouvelles bases représentatives avec une légitimité incontestable. Il s'agit ici d'une assemblée constituante comme celle qui vient de se réunir en Afghanistan et qui est envisagée pour l'Irak. On chasse les anciens maîtres, quand on ne les tue pas, les arrête, les juge et les jette en prison. En somme, pour reconstruire, il faut refonder, et pour refonder, il faut réunir une assemblée constituante légitime, laquelle a la charge de concevoir, de discuter, d'adopter et de valider de nouvelles institutions. On comprend bien ici qu'il s'agit principalement de la constitution par laquelle, les représentants du peuple, choisis selon les critères des rapports des forces dans le pays, déterminent la nature du régime, les types d'organes, les types de pouvoirs, les rapports entre les pouvoirs, et les grands équilibres politiques et économiques. Le troisième et dernier trait important, est la qualité, l'identité, et le statut des gens qui gèrent la reconstruction. De façon catégorique, il est inacceptable de permettre à ceux qui sont responsables de la destruction, de se présenter de se mêler de la reconstruction. On ne peut pas à la fois être le pyromane et le pompier. Il va donc de soi qu'au Cambodge, les Khmers rouges ne pouvaient pas se charger de la reconstruction, après avoir plongé le pays dans la ruine et les massacres. C'est valable pour le Libéria, le Congo ou le Cameroun. Replaçons tous ces éléments d'observation et d'analyse dans les situations réelles et actuelles de certains Etats africains, pour tirer toutes les conclusions qui s'imposent. On a entendu parler de rénovation au

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Gabon, de rectification au Burkina Faso, de renouveau au Cameroun. Jusque-là, la prudence du langage et les exigences de la manipulation thématique, avaient contenu les piètres auteurs de ces slogans dans un discours qui évite à soigneusement parler de reconstruction, afin de ne pas assumer leurs responsabilités. Voici pourtant arrivé le temps de la reconnaissance des catastrophes, annoncées non pas par quelques opposants excessifs ou par quelques intellectuels avides de critiques stériles, mais bien par les hauts gestionnaires du pouvoir. En effet pour la première fois, les responsables d'un pays en apparence stable, tranquille et prospère, estiment, après un diagnostic sévère fait pour eux-mêmes et par eux mêmes, que la reconstruction s'impose. Nous sommes en présence d'un aveu clair, qui traduit ce que nous n'avons pas cessé d'affirmer depuis très longtemps, mais que quelques mauvais esprits par excès de zèle, ont cru contredire. Il faut saluer le courage du président de la République du Cameroun qui, après avoir assumé la responsabilité de la crise de l'électricité dans son message du 31 décembre 2002, a fait mieux dans son message du 31 décembre 2003. En lançant la reconstruction comme la priorité pour la Cameroun, le Chef de l'Etat ne peut pas être plus clair: le pays est ruiné et navigue dorénavant vers des eaux très troubles. Il faut agir. Effectivement, rien ne tient presque plus débout au Cameroun. L'Etat n'est plus qu'un fantôme et les institutions, livrées à des clans, sont globalement mises entre parenthèse. Nous vivons une anarchie qui fait penser à une division du pays en une multitude de zones franches politiques. Chaque détenteur d'une parcelle d'autorité use et en abuse à souhaits. Les budgets publics sont gérés et considérés comme des dotations personnelles en récompense des soumissions politiques. Mais alors, s'il convient de saluer le courage du président, il faut aller jusqu'au bout de la logique de la reconstruction, en se référant à la typologie structurelle que nous avons mis en exergue tantôt.

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En effet, si nous sommes d'accord qu'il faut reconstruire le Cameroun, il faut également convenir qu'une assemblée constituante s'impose. Il s'agit pour une fois, de cesser la roublardise observée avec la tripartite, et le fameux conseil consultatif qui rédigea la constitution tordue et biaisée de 1996 dont la seule application demeure la durée du mandat du Chef de l'Etat. Une Assemblée constituante, devrait être montée sur la base des rapports des forces réelles des différentes composantes du pays, qu'elles soient ethniques, régionales, socioprofessionnelles et autres. En fait, le choix est très restreint. Soit nous prenons les devants pour éviter les hésitations et les drames d'un Gbagbo en Côte-d'Ivoire, soit, nous préparons la tragédie d'un Mobutu du Zaïre. Par ailleurs, en restant fidèle à la lecture des expériences investiguées, il faudrait se mettre entête que la reconstruction du, Cameroun ne pourrait pas se faire avec ceux qui ont géré et mis le pays dans l'Etat de ruine. En termes évidents, partis et personnels politiques responsables de la calamité, devraient être tenus à l'écart. D'ailleurs, le président en identifiant l'immobilisme et la corruption comme des sources du mal, trace lui-même les repères, de l'identité des reconstructeurs. Ces derniers se situent en dehors de sa chapelle partisane, n'en déplaise aux journalistes officiels qui interprètent mal sa pensée. De notre point de vue, la reconstruction s'impose effectivement, mais par la voie d'une Assemblée constituante légitime. Cette logique exclue d'avance une candidature du Chef de l'Etat à une quelconque élection, et remet en cause même le principe d'une élection dans le contexte actuel. Les rédacteurs du message ont-il bien pesé les mots?

12 janvier. 2004

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3.

LENDEMAINS DE GESTION ETHNIQUE

Pendant qu'au Cameroun le président de la république martèle dans son message de fin d'année la lutte contre la corruption, au Gabon, c'est le premier ministre qui fait de même en précisant qu'il ne saurait être question de se cacher sous le manteau de ministre pour s'enrichir. Ailleurs, ce sont des magistrats qui sont carrément révoqués, et des hauts responsables des forces de l'ordre sont jetés en prison. L'éthique de la bonne gouvemance est devenue sans doute une préoccupation, réelle et sérieuse par-ci, pure proclamation et fictive par là, sans doute sous la pression tantôt des bailleurs de fonds, tantôt sous une pression sociale explosive qui annonce d'énormes dangers politiques. Au delà du principe et du caractère événementiel des actions ou des promesses d'action, il se pose un problème de fond dont l'analyse commande beaucoup d'attention voire de prudence. En effet la répression de la corruption, des détournements des deniers publics et de tous les autres avatars de la mauvaise gouvemance, risque de produire une véritable fracture ethnique dans les populations. Il ne s'agit point de remettre en cause les politiques de répression, mais plutôt, pour l'analyste que nous sommes, d'exposer toutes les conséquences et d'en tirer de meilleurs enseignements pour une transition mieux ordonnée. Il convient déjà, de faire observer que la gestion ethnique est par essence subjective dans sa philosophie, discriminatoire dans ses applications, et obscurantiste dans ses résultats. Les régimes qui ont fait des préalables ethniques une doctrine de conduite et d'évolution, ont construit des mondes chimériques où le sens de l'Etat, de la République, et de la citoyenneté ont complètement disparu. En somme, la politique a été dans l'ensemble ramenée à la prévalence des familiarités villageoises. La conséquence ultime qui en résulte, est la désinvolture dans le respect des valeurs, et l'absence du sentiment du devoir, de la morale, et

partant de l'obligation de bonne conduite devant les lois, les hiérarchies, et toutes sortes de codes qui fondent la cohérence et la cohésion sociale. Ce tableau a été suffisamment décrit et expliqué dans ces mêmes colonnes pour qu'il n'y ait plus besoin de s'y attarder longuement. Le point focal de notre réflexion actuelle se base sur l'observation des conséquences à court ou à long terme, et ce dans le contexte d'une révision des champs politiques. La tradition de succession des régimes dans les systèmes démocratiques, introduit le concept de « spoil system» comme une conséquence logique des mutations aux sommets de l'Etat et de la République. L'administration Bush débarque avec ses hommes et chasse l'administration Clinton avec ses hommes. Chirac débarque Jospin et met fin au règne d'une équipe de gestionnaires qui suivent Jospin dans sa chute. La différence dans les cas de ces deux pays tout de même démocratiques sans conteste puisqu'il y a au moins changement régulier au sommet de l'Etat, c'est que certaines règles élémentaires de vie publique et d'organisation de l'Etat sont respectées. Le fait de piller les deniers publics est exclu, ce qui empêche les rancœurs. Rentrons en Afrique pour situer les éléments de notre analyse. Lorsque l'on parle de changement aux sommets de l'Etat, l'affaire prend une autre ampleur et une signification autrement plus grave et plus dangereuse. La simple hypothèse d'une correction des systèmes de gestion et de conduite des affaires de l'Etat, met automatiquement en cause et àjuste titre, une ethnie, celle s'identifiant au pouvoir. Les lendemains de gestion ethnique offrent ainsi l'occasion de comprendre les ressorts du favoritisme, de la concussion et de la prévarication de toutes natures. Il s'agit d'une situation qui ne va pas sans grands dangers pour la cohésion nationale et l'orchestration des outils de la répression. Comment fera-t-on pour éviter que tous les condamnés pour détournements ne soient pas majoritairement d'une même ethnie? Comment voudra-t-on associer de force, des gens qui n'ont exercé aucune responsabilité, dans le déroulement des grands procès pour le

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simple plaisir de mouiller tout le monde, en somme toutes les ethnies? Les premiers exemples connus de procès contre les faits de détournement ont produit des conséquences qui devraient interpeller ceux qui organisent l'exclusion ethnique dans la distribution des responsabilités dans le pays. Le risque que court tous les régimes de gestion ethnique, n'est pas seulement de ruiner un pays et de produire des cancres dans tous les domaines. Le risque le plus inquiétant, c'est que un jour, on se retrouve avec des prisons remplies des élites d'une même ethnie. Que dira-t-on et à qui se plaindra-t-on alors? Le paradoxe du «spoil system» dans ce que nous avions déjà qualifié ici de démocraties de brousse réside dans ce retournement douloureux de situation à brève échéance. Lorsque l'on a géré en privilégiant son ethnie sans aucun souci de mérite et de compétence, on ne peut s'interroger par la suite sur les raisons de la ruine du pays et encore moins sur l'identité de leurs auteurs. La logique de la gestion ethnique ne cornporte-t-elle pas en ses entrailles les germes du pourrissement social et politique? Il suffit de multiplier le nombre de fonctionnaires par deux parce que l'on incorpore tous les frères du village, pour provoquer des tensions permanentes de trésorerie avec une masse salariale énorme sans rapport avec les besoins réels de l'Etat. Il suffit de privilégier le recrutement des cancres en dehors des concours et en dehors des exigences de compétence, pour avoir une administration inefficace. Il suffit de se sentir proche du Président parce que l'on se réclame de son ethnie, pour ne plus respecter la loi, pour s'estimer intouchable et au-dessus de toute hiérarchie et de tout règlement. Et le jour où tout cela a pris fin ou que votre frère ne pense plus qu'à sa survie politique, vous devenez des prisonniers. La réalité porte donc à penser que des réflexions devraient dès à présent être engagées sur les lendemains des gestions ethniques, au delà des dimensions institutionnelles inévitables. Le zèle de certains individus, y compris de certains intellectuels qui ne semblent pas lire les perspectives sombres de demain est tout simplement atterrant. Nous pensons que certains esprits fins devraient prendre les devant pour tenter

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d'atténuer l'ampleur des subjectivités ethniques dans les gestions quotidiennes et la répartition des responsabilités. Les exemples de certains pays, ne mettent pas seulement mal à l'aise, ils provoquent une forme de répulsion intellectuelle et morale. Lorsque, ainsi, la quasi totalité des responsables les plus importants de l'Etat, les premiers collaborateurs du chef de l'Etat, la quasi-totalité des journalistes des médias officiels, les directeurs généraux des plus importantes entreprises publiques, les principaux responsables de l'armée et de la police, la majorité des représentants de l'Etat dans les villes et villages, sont de la même ethnie, chacun devrait imaginer les lendemains difficiles qui les attendent et qui certainement ne s'expriment pas en bonheur et en tranquillité. Les régimes africains ont gardé, dans la logique des traditions féodales les plus rétrogrades, une tendance à sacrifier une identité sur l'autel d'une mauvaise gouvernance qui privilégie un autocrate dont le champ d'intelligence est limité au périmètre réduit du village. Ce faisant, on aboutit à une situation où tout ce qui ressemble au prince ou sort de son village, sera maltraité et vomit le jour de la moindre mutation. Sans aucun discernement, on ne retiendra plus que le principe de l'exclusion de ceux qui ont géré hier: le parti du village, les enfants du village. Nous disons NON!

19 janvier 2004

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4.

SOMMES-NOUS PERDUS?

Aux fidèles lecteurs de cette chronique qui ont sans aucun doute, noté un changement de ton vers plus d'accusations dans les propos depuis un temps, nous voulons en toute franchise, non pas nous amender, car nous nous estimons justifiés dans cette évolution, mais les inviter à s'associer intimement à nos interrogations. Nous avons aussi, et à juste titre, fondé l'intelligence et le centre de notre analyse des choses et des faits du monde, d'abord sur ce qui nous préoccupe, directement ou indirectement. Ce qui nous touche, nous concerne, et constitue les sources de notre vie, c'est l'Afrique, et plus près le Cameroun. Ainsi, jour après jour, nous avons mûri notre pensée, et mieux centré nos intérêts, pour ne pas courir inutilement derrière une actualité internationale qui, parfois, n'a que trop servi à nous éloigner de nos problèmes, de nos malheurs. Nous nous méfions dorénavant de cette tendance dont on sait, que ceux qui nous gouvernent, se servent tantôt pour nous abrutir, tantôt pour nous mater et perpétuer leurs pouvoirs sales. Oui, nous avons le devoir, voire l'obligation de nous interroger profondément et bruyamment sur un certain nombre de choses et d'événements, et à partir de là, tenter de situer les sources de tous nos maux. Il n'y a plus de choix à faire maintenant entre les notions de bien et de mal. On commence à ne plus trouver la moindre trace de quelque chose de bien chez nous, sinon des verbes et des verbes, des mots et des mots, des promesses et des promesses, le tout dans un enchaînement infernal de mensonges, de trahisons et de cupidités. Nous en sommes maintenant à nous demander, si l'Afrique a encore une place dans le monde, à en juger par la bêtise de nos gouvernants. Si l'espoir a un prix, la pitié et la compassion aussi en ont un. Lequel ?

De Douala à Abidjan en passant par Dakar et Brazzaville, les drames da la mauvaise gouvemance s'étale dans une logique du diable. Dans ce décor obscur et pathétique, le constat de l'état des lieux ne nous laisse presque plus d'espoir pour un avenir meilleur. Mais où allons-nous vraiment? Dans une des plus décevantes démonstrations de trahison de l'élite ou de son inutilité, les avocats camerounais ont, dans un brouhaha inoubliable, renforcé la dénomination déplorable de « robes sales» qu'un observateur leur avait déjà collé à la suite de manquements graves de la part de certains de leurs collègues. Le petit monde des juristes au Cameroun retient à peine son souffle en apprenant qu'un corps d'élite, cette hauteur, serait plongé dans des pratiques qui n'envient rien aux usages électorales frauduleuses des pires dictatures. Non content de fermer les lieux sur les pires violations des droits de l'homme, le barreau aurait-il maintenant adopté les modes de fonctionnement du régime? Et comme si cela ne suffisait pas, le pays, le plus connu de l'Afrique francophone pour la qualité de ses universitaires; se retrouve pris au piège d'une bande de mercenaires serviles qui agitent le spectre d'une présidence à vie. Nous cherchons encore à comprendre comment tout cela peut se mettre en place, même de façon expérimentale, sans subir des protestations véhémentes de quelques citoyens lucides et nationalistes. Serions nous perdus? Quand un corps de métier prestigieux, sous le couvert d'une bizarrerie dite Arc-en-ciel, en vient à cultiver les pires travers de la fraude, que reste-t-il comme garde fou pour les valeurs légalistes qui fondent la République et tout le corps de règles que la société instrumentalise ? A Abidjan, on a suivi, comme un compte de fée, un criminel justifier sans se cacher, le meurtre d'un journaliste, sous, les applaudissements de partisans encouragés par un contexte politique volatile, où la chasse à l'autre pour sa différence est devenue un sport. Un avocat a ainsi voulu que le meurtre de Jean Hélène ne fût qu'un banal accident de travail excusable. Sous des accents d'amusement, l'Afrique est en réalité en train d'être abandonnée par tout le monde, par des gens biens, par tous ceux

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qui de l'autre côté, des mers, croyaient que chez nous on pouvait encore rêver, travailler, aller se faire de l'argent, changer un peu, et découvrir une autre intelligence. Nous sommes en train de devenir des proscrits. Que personne ne s'hasarde plus vraiment à croire que l'Afrique fait toujours recette. La réalité est à peine soutenable. Même le tourisme n'est plus à l'ordre du jour. Que l'on s'appelle Orange, Aes-Sonel, Bouygues, le souci n'est plus de planter durablement un arbre et de bâtir des affaires. Ceux qui nous fréquentent dorénavant, sont des temporaires. Qui donc va laisser la relative transparence de la vie en Europe, pour s'enfoncer dans nos forêts où un Chef d'Etat décide des jours fériés à sa guise, où un agent des impôts peut fermer une entreprise de mille personnes quand il veut, où les services publics sont inexistants, où un policier peut vous supprimer la vie sans crainte, où le magistrat rend des jugements de complaisance, où l'école, la famille, la politesse, et la honte n'ont plus de sens? Un jour ce sont des corps des immigrés clandestins que l'on repêche sur les rives de la méditerranée, un autre ce sont des cadavres qui se décomposent à ciel ouvert dans une rue de Kinshasa ou de Kampala. Et dans ce contexte, il n'y a presque pas de garantie d'alternance politique par la voie des urnes. Sommes-nous définitivement perdus donc? Hier, nous avions une Afrique de syndicats et de relative organisation d'une société civile qui, avec peu de moyens; savait marquer le temps et maintenir l'espoir, produisant les Um Nyobé et autres. Aujourd'hui tout cela n'existe plus. Dans les lycées, les universités, les écoles et les lieux de travail, le silence a pris le pas. Parents et enfants ne demandent plus qu'à survivre, pas à résister les armes à la main. Quand à Libreville, des gamins à force de souffrances s'enflamment et saccagent, on dresse contre eux, une armée de répression qui sans pitié et sans aucun égard pour la vie, tire dans tous les sens. Le plus grave c'est que la colère des enfants arrive à peine à émouvoir ces élites voraces tapis dans les bureaux où ils savent ruiner le pays avec des jeux de crayons empoisonnés. Pourtant, ce qui se passe à Libreville, est identique qu'après qui se passe à Garoua où des opérateurs économiques ulcérés par des agents

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publics corrompus, en viennent à fermer leurs boutiques et à décréter l'émeute. Il n'est plus besoin de voir pour croire. L'Afrique a dépassé les limites de la honte. Dans ces mêmes colonnes, nous prédisions déjà qu'après Lomé, Tunis, et Conakry, le Cameroun allait être la prochaine honte du continent à travers les manigances de ceux qui sans crainte ni foi, nous conduisent à reculons dans des présidences à vie. Nous y sommes. Tout est tellement planifié, qu'il est inutile de vouloir atténuer la portée de l'événement. Après tout, que vaut le silence si les faits rendent encore mieux compte des intentions que les discours? Le Cameroun avait soutenu la guerre des Etats-Unis en Irak sans jamais le dire ouvertement, mais la présence de Paul Biya à la Maison Blanche le jour même du déclenchement des hostilités, a suffi pour comprendre. La trahison des élites est lourde, et l'abandon de l'Afrique à son sort est à la hauteur des dégâts causés par cette trahison. C'est ici même et non plus à Washington ou Paris, qu'il faut chercher et détruire les racines du mal. Que vaut et à quoi sert un professeur d'université, un avocat, un ingénieur, un médecin ou un architecte, si devant tant de fraudes, de crimes et de tricheries, il choisit de se taire? Ils sont de plus en plus ouvertement militants des mauvaises causes, au point de salir la robe, 1a toge ou le costume. C'est inacceptable. Sommes-nous perdus? L'horizon se lit en lettres sombres, et nous avons le devoir d'entretenir nos interlocuteurs avec le langage et les adjectifs de tous ceux qui en leurs temps, ont su mettre leur sang et leur vie en jeu, pour réveiller et soulever les nations./.
26 janvier 2004

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5.

CES PESTIFERES

DE L'INTELLIGENCE

Nous sommes, aujourd'hui comme demain, déterminés à convoquer l'histoire, pour témoigner dans les procès inévitables, que nous préparent des autocraties d'une extraordinaire dangerosité. Nous n'avons pas la prétention de constituer dès à présent, le tribunal spécial qui statuera sur les cas qui nous interpellent avec urgence. Nous tenons, néanmoins à annoncer au monde proche et lointain, que la cruauté des épreuves auxquelles nous soumettent certaines intelligences, nous confère la place confortable de procureur. Cette place de procureur, nous la méritons, parce que nous avons choisi notre camp. Dans cette logique, c'est de bon droit, que nous sommes également appelés à organiser le travail de greffe lequel consiste à préparer les dossiers de l'accusation. Nous ne connaîtrons ni les hésitations, ni les impréparations, ni la confusion du Tribunal pénal pour le Rwanda, et nous n'aurons, pas, besoin de l'ONU pour programmer et conduire les audiences. Nos dossiers seront à jour, tant les prévenus ont excellé dans, la désinvolture, le dédain, et le viol des consciences, souvent au nom d'une science dont ils n'avaient aucune conscience, véritable ruine de l'âme. De la science, nous en parlerons tout le long de nos futurs procès, car non seulement nous conduirons ces procès avec les meilleurs techniques de la science juridique, mais encore nous mettrons la science au cœur des principales interrogations pour essayer de comprendre pourquoi, les plus grands crimes contre l'humanité furent tolérés ou, justifiés par des scientifiques. Nous avons suffisamment averti les lecteurs de cette chronique, sur notre volonté de puiser dans, le Cameroun dorénavant transformé en laboratoire du mal, les ingrédients de l'analyse de l'évolution du monde et de l'espèce humaine. C'est une approche à la fois dialectique et didactique, qui valorise, explique et juge d'abord ce qui est local et urgent.

Parlons de cette science et de ces scientifiques, dont certains par simple appropriation des titres académiques, se sont faits humains qu'ils croient au-dessus du commun des morts, et habilités à décréter la virginité des dictatures. Lisons l'histoire à propos. C'est d'abord dans la science et par la science, que les premiers racistes fondent l'infériorité de certains peuples, notamment les indiens et les Noirs, et Justifient l'esclavage. C'est encore dans les rangs des meilleurs hommes de sciences, que l'on retrouve les théoriciens d'Adolf Hitler sur la race aérienne. Les procès en cours eu Rwanda, montrent à suffire, le rôle central des intellectuels dans la conception et la mise en œuvre du génocide. L'ivoirité, c'est toujours eux. Enfin pour rester fidèle à notre nouvelle ligne de travail, 1'histoire récente du Cameroun nous renvoie aux discours de certains intellectuels, hommes de science avérés, durant les années de braise, celles des villes mortes, celles où l'on a cru un instant, que le peuple souverain, vengerait ses martyrs des années 1950 et 1960 en triomphant de l'autocratie. Nous devons nous souvenir, qu'alors que la pouvoir vacillait et que son chef ne se contentait plus que de la respiration de sa capitale villageoise, nous entendîmes quelques-uns de ces intellectuels dont les tribunaux de 1 'histoire se chargeront de rappeler les noms, encourager la création d'une république ethnocentrée. On sait ce qu'ils ont fait par la suite, avec cette constitution de 1996, véritable instrument de guerre civile à retardement. Déshabillez donc l'intellectuel, et voici exposés les poubelles et les cimetières des nations. De tout temps, des hommes de science, pour certains irréprochables au plan technique, ont prêté leurs auréoles aux criminels, aux causes injustes, et aux prédateurs des pouvoirs. Certains l'ont fait spontanément par naïveté sans mesurer la portée et les ravages de leurs actes, pendant que d'autres l'ont fait dans un engagement conscient, par pur choix idéologique. Mais il y a de tout temps eu besoin, de tracer une ligne de démarcation nette, entre ce qui relève de la provocation pour alimenter le débat entre des écoles de pensée, et ce qui relève d'une conduite opportuniste tendant à promouvoir des intérêts obscurs.

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