Revue Sang Froid 10

Revue Sang Froid 10

-

Livres
160 pages

Description

Sang-Froid a pour ambition, chaque trimestre, de plonger le lecteur dans l’univers de la justice, de l’investigation et du polar. Dans un monde ou l’overdose d’informations en continu empêche souvent la réflexion et la perspective, la rédaction de Sang-froid s'efforce de retrouver le “terrain”, d’observer et de relater les faits autrement. Et ce notamment en étant toujours plus près des acteurs de ces univers afin de permettre cet essentiel passage de témoin entre le journaliste et son lecteur.

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Ajouté le 28 juin 2018
Nombre de lectures 3
EAN13 9782369426967
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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n°10
MAIS AUSSI
POLAR
QUAND LA MAFIA La nouvelle
EXPLOITE LES MIGRANTS exclusive de
Drogue, armes, prostitution... SANDRINEComment les mafeux italiens
COLLETTEproftent de la misère
LE DIALOGUE POUR
SE RECONSTRUIRE
L'expérience prometteuse
de la justice restaurative HISTOIRE
LA VIGIE DES MORTS « J'ai inventé les mémoires
AU TRAV AIL d'Howard Hughes »
Portrait d'un syndicaliste qui
se bat pour faire reconnaître la
responsabilité des entreprises
ENQUÊTE
LA CONTRE-EXPERTISE
L'homme qui détecte DE THIERRY LEZEAU
Comment un ancien les tueurs en série
gendarme a fait rouvrir
l'affaire Céline Giboire
ENTRETIEN RÉVÉLATION
AVEC PETER JAMES Comment détourner
« Conan Doyle m’a fait devenir
un fonds souverainaccro aux romans policiers »
15 euros
SANG-FROID n°10 TRANSFERTS
ISBN : 978-2-36942-695-0
À qui proftent les millions du football ?www.revuesangfroid.fr n°10
Été 2018
SANG-FROID
Été 2018Cet été, retrouvez
Sang-froid
en versions longues
COLLECTION POLARSÉDITO
l’argent
Chère lectrice, cher lecteur,
D’autres, enfn, proftent de la vulnérabilité Dans ce dixième numéro de Sang-froid,
des plus démunis, à savoir les migrants qui une thématique se dégage au gré de nombreux
échouent sur les côtes européennes. C’est le cas articles : la soif de l’argent. C’est pour lui, par
notamment de ces gangs nigérians, de mèche exemple, que l’écrivain Cliford Irving décida
avec la Mafa italienne, qui exploitent de jeunes au début des années 70 de monter une arnaque
femmes et hommes ayant choisi de tout quitter sans précédent : écrire et publier
l’autobiograpour une vie meilleure. Leur nouveau quotidien phie d’une célébrité encore en vie, sans avoir son
s’avère pire que le précédent et mêle prostitu-accord ni même jamais le rencontrer. Il s’agissait
tion, drogue et armes. Ces contrastes, parfois du milliardaire Howard Hughes et le pari fut à
violents, sont ceux de notre monde…Cdeux doigts de réussir. Impensable aujourd’hui
à l’heure du Net et des réseaux sociaux.
Côté polar, cette fois-ci, c’est Sandrine Collette
Ce même argent est la première motivation des qui vous ofre une nouvelle des plus originales.
nouveaux intermédiaires du football. Depuis Là encore, l’argent et la course à la rentabilité
quelques années, à côté des agents détenteurs poussent les hommes à tout sacrifer. Et comme
d’une licence, s’insèrent des personnages peu Sang-froid veut tisser des liens entre la réalité
scrupuleux qui promettent monts et merveilles et la fction, qui mieux qu’un procureur suisse
aux familles d’apprentis footballeurs, voire auteur de polars pour dépeindre le monde
même de joueurs reconnus. Leur but ? Gérer d’aujourd’hui ? Le prometteur Nicolas Feuz
la carrière d’un futur Zidane et toucher de gros débarquera dans les librairies françaises cet
chèques au gré de ses transferts. Les clubs fran- été. Il devrait rejoindre une production variée,
çais, pourtant si prompts à donner des leçons, comme chaque été, largement chroniquée dans
participent à cette course folle en se montrant nos pages. Enfn, ceux qui auraient raté les
prépeu regardants pour attirer un joueur qu’ils cédents numéros pourront se jeter sur Crimes
pourront ensuite revendre à prix d’or. de Sang-froid, un recueil regroupant les dix
premiers auteurs ayant publié une nouvelle Les millions brassés deviennent des milliards
dans nos pages. De quoi avoir un aperçu de la dans l’enquête « 1MDB ». Ce scandale
interdiversité et de la vitalité du polar français actuel. national, qui éclabousse des célébrités comme
Passez un bel été ! nLeonardo DiCaprio, a pris naissance en Malaisie,
lorsque des hommes d’afaires se sont propulsés
aux manettes d’un fonds souverain pour s’ofrir Yannick DEHÉE // directeur de la publication
yachts, soirées de stars et villas de rêve. Stéphane DAMIAN-TISSOT // rédacteur en chef
Revue Sang-froid @RevueSangfroid Revue Sang-froid contact@revuesangfroid.fr
Été 2018 • SANG-FROID N°10 // 3sommaire
SANG-FROID N° 10 • Été 2018
Justice & Investigation
ÉCHANTILLON
Services secrets p.6
Justice p.7
Perles de prétoire p.8 à 9
Droit de suite p.10
RÉVÉLATION
La fausse autobiographie
d’Howard Hughes p.12 à 21
DOSSIER
Football : L’incroyable business
des transferts p.22 à 37
ENQUÊTE
Le détecteur des tueurs en série p.38 à 47
PORTRAIT
Michel Bianco, la vigie des morts au travail
p.48 à 55
RÉVÉLATION
1MDB, l’arnaque du siècle p.56 à 69
TÉMOIGNAGE
Afaire Giboire : la contre-expertise
de Thierry Lezeau p.70 à 77
INTERNATIONAL 22 DOSSIER Italie : Pour les migrants,
tous les chemins mènent à la Mafa p.78 à 87
Football :
L’incroyable LIVRES
business Politiques en garde à vue :
des transferts « Nous avons des techniques » p.88 à 89ENQUÊTE38
Le détecteur de tueurs en série
RÉCIT
Justice restaurative,
quand le dialogue répare p.90 à 101
AFFAIRE CLASSÉE
Mécili : Un crime d’État presque parfait
p.102 à 111
Polar
NOUVELLE
Le Tracteur, la nouvelle de Sandrine Collette
p.112 à 125
RENCONTRE
Peter James : « J’écris ce que j’aimerais lire »
p.126 à 133
PORTRAIT
Nicolas Feuz, le romancier du réel p.134 à 141
CRITIQUES
Nos incontournables grand format,
essais et BD de l’été p.142 à 156
Club des abonnés p.153 112Bulletin d’abonnement p.162 NOUVELLE
Le Tracteur, la nouvelle LE PROCHAIN NUMÉRO DE SANG-FROID
SORTIRA EN SEPTEMBRE 2018 de Sandrine ColletteÉCHANTILLON services secrets
Des cadres
de Daech piégés Qui sont les « traîtres » par WhatsApp
Avec l’aide des services irakiens, de la DGSE ?
la CIA vient de réussir un très
n mai, les médias joli coup contre Daech. En
français révélaient février dernier, les services E la mise en examen turcs mettent la main sur Ismail
de deux anciens de la al-Eithawiun, un des bras droits
DGSE pour trahison irakiens du leader de
l’organiau proft des services sation terroriste, Abou Bakr
secrets chinois. Ces al-Baghdadi, chargé notamment
derniers mois, des af- de gérer les comptes bancaires
du mouvement. L’homme était faires comparables ont
venu se réfugier en Turquie après éclaté aux États-Unis,
la chute du « califat ». Après en Grande-Bretagne
interrogatoire, les Turcs le re-et même (plus
discrèmettent aux services irakiens qui tement) en Russie !
partagent avec la CIA le contenu Les médias français
de son téléphone portable. sont restés très discrets sur le cas des « traîtres » français mais
L’appareil, équipé de la
messaSang-froid est en mesure d’en dire plus.
gerie WhatsApp, lui permet de
Henri M. est un lieutenant-colonel qui a servi comme chef de poste
dialoguer en toute sécurité avec
à Pékin en 1997-1998. Sa femme étant restée en France, l’ofcier est
d’autres cadres haut placés de
rapidement tombé sous le charme de l’interprète chinoise de l’am- Daech. Les espions américains
bassadeur Pierre Morel. Alertée sur ses probables « confdences  sur  décident alors de convoquer,
l’oreiller », la DGSE l’a rappelé à Paris et relevé de ses fonctions. toujours via WhatsApp, une
L’amour ayant raison de tous les obstacles, Henri M. a quitté le ser- réunion d’urgence des dirigeants
vice et est revenu en Chine en 2003 pour épouser sa belle, laquelle régionaux du mouvement. Le jour
est devenue responsable de la communication d’une entreprise venu, les forces spéciales
améfrançaise. Hélas pour les services et la diplomatie française, son cas ricaines et irakiennes capturent
quatre « gros poissons », dont n’était pas isolé à l’époque : des histoires similaires sont racontées
Saddam al-Jamal, commandant par Franck Renaud dans Les Diplomates. Derrière la façade des
en titre de Daech pour la région ambassades de France (Nouveau Monde éditions).
de l’Euphrate. Outre l’interroga-La deuxième « taupe » des services chinois, Pierre-Marie H., a
toire de ces belles prises, fait carrière à la centrale, boulevard Mortier, notamment au
serla CIA compte faire bon usage vice du… contre-espionnage ! Après une mise en disponibilité
des numéros de comptes ban-à la fn des années 90, il a réintégré le service de sécurité de la
caires occultes du mouvement DGSE, chargé de lutter contre les fuites. C’est ce dernier qui l’a
terroriste récupérés également.démasqué alors que, retraité, il tentait d’obtenir des
informations de ses anciens collègues. Selon la lettre d’information TTU,
Pierre-Marie H. s’était récemment « lancé en politique, en tant 
que membre d’un parti souverainiste ».
Ces deux afaires sont déjà anciennes pour la DGSE, mais la
décision de les judiciariser est un signal envoyé aux services
étrangers et un avertissement au personnel de la Défense.
D’autres afaires concernant les services russes et israéliens sont
Saddam al-Jamalen train d’être purgées de façon similaire.
6 // SANG-FROID N°10 • Été 2018
© ERIC DESSONS / JDD / SIPA
© DRÉCHANTILLON justice
États-Unis : un serial killer
retrouvé grâce à la généalogie
2,7milliards
C’est le montant, en euros, que
générerait chaque année le trafc
de drogue en France. Soit 0,1 point
du PIB, selon l’Insee, qui a pris en
compte pour la première fois cette
activité dans la croissance française
pour se conformer aux données des
autres pays européens. Un milliard
Il pourrait bien être le « Golden confondu par les enquêteurs, serait généré par le seul trafc de
State Killer », un tueur en série qui sont remontés à l’un de ses cannabis et 800 millions par celui
recherché depuis quarante proches en entrant dans la base de cocaïne. Mais s’agissant d’une
ans pour des crimes commis de données l’ADN recueilli sur activité illégale, ce montant reste
dans les années 70 et 80 en une scène de crime. Ce dénoue- peu aisé à évaluer : pour cette
Californie. L’Américain Joseph ment inespéré pourrait bien première prise en compte,
l’instiJames DeAngelo, âgé de 72 ans, donner des idées dans d’autres tut s’est basé sur l’année 2014 et
a été arrêté et placé en déten- afaires, et notamment celle sur s’est appuyé sur les enquêtes de la
tion dans la prison du comté de le Zodiaque, un tueur en série Mission interministérielle de lutte
Sacramento. Il est soupçonné ayant sévi dans les années 60 contre les drogues et les conduites
de douze meurtres, d’une cin- et dont les étranges lettres ont addictives (Mildeca) et de l’Institut
quantaine de viols et de plus inspiré un flm à David Fincher. national des hautes études de la
de cent cambriolages. C’est Les policiers en charge de l’en- sécurité et de la justice (INHESJ),
grâce à un site Internet dédié quête ont en efet fait part de réalisées auprès des
consommaà la généalogie, où les inter- leur intention de récolter suf- teurs. Possiblement faussé par les
nautes envoient leur ADN afn fsamment d’ADN sur ces mis - réponses de ces derniers, le chiffre
de retrouver leurs ancêtres, sives pour tenter leur chance à pourrait en réalité être bien plus
que cet ancien policier a pu être leur tour. élevé selon les spécialistes.
Dans la Marne, des juges remplacés par des avocats
C’est une illustration symbolique du manque de moyens, en particulier humains, de la justice : à Châlons-en-Champagne,
dans la Marne, face à l’absence de nombreux magistrats, des postes de juges sont temporairement occupés par…
des avocats. Le tribunal connaît en effet de grosses pénuries d’effectif, avec cinq magistrats absents sur quinze.
C’est pour les pallier et éviter le report des audiences que quinze avocats se sont portés volontaires à l’appel
du bâtonnier, Me Simon Couvreur. Temporairement, ils siégeront de manière bénévole sur l’estrade en tant
qu’assesseurs, aux côtés du président de l’audience correctionnelle. Passant, le temps d’une journée, de l’autre côté
de la barre et découvrant l’envers du décor de cette fonction qu’ils côtoient le reste de l’année. Un arrangement
autorisé par l’article L212-4 du code de l’organisation judiciaire, qui le permet en cas d’événements exceptionnels
et du moment que les magistrats professionnels restent majoritaires dans la formation du jugement.
Été 2018 • SANG-FROID N°10 // 7
© PAUL KITAGAKI JR. / AP / SIPAÉCHANTILLON tribunaux
// Par Julien Mucchielli
Illustration : Christelle Goth
Perles
de prétoire
Meurtre - Février 2018Les audiences des tribunaux ofrent
Cour d’assises de Parisparfois des échanges drôles, touchants,
voire complètement surréalistes. Petit
Le président à la témoin, qui forilège tous les trimestres.
s’emmêle dans ses déclarations :
« Madame, soit vous nous dites
n’importe quoi, soit vous avez dit n’im-Juge des libertés et de la détention - Avril 2018
porte quoi au juge d’instruction. »Tribunal de Paris
La témoin, vexée : « Au juge
d’instruction, sûrement pas ! »
Les avocats sont farouchement opposés à la comparution des
mis en cause dans des box intégralement vitrés. Fin avril, une
Meurtre - Février 2018 cinquantaine de pénalistes ont fait irruption dans une salle
Cour d’assises de Parisd’audience, où un détenu incarcéré faisait une demande de
liberté devant le juge des libertés et de la détention. C’est
l’illustre avocat Henri Leclerc qui a plaidé :
Le prévenu répond à une « Vous avez bien compris qu’en réalité, je prends la parole
question du président :au nom de tous ceux qui sont ici. Parce que je suis le doyen, et
– Je l’ai pas frappé à terre, que je suis le plus ancien manifestant. Car ce que vous voyez
ou alors juste dans les là, c’est une manifestation. Nous sommes résolus à ce que cet
jambes.homme ne comparaisse pas dans cette cage […] Car
voyez– Pourquoi ?vous, que la justice soit sévère, nous l’acceptons, qu’elle soit
– Pour le réveiller.prudente, c’est normal, mais qu’elle juge un homme dans une
– …cage, que le juge ne voie le visage de celui qui est jugé que
– Parce qu’il était évanoui. derrière une vitre, […] tout cela n’est pas digne. Nous croyons
– Ce n’est pas très indiqué.à une justice d’échange : le juge entend, écoute, et il juge un
– Vous auriez fait comment, homme qui est son égal. Nous sommes tous égaux devant la
vous ?justice. » Le détenu a comparu à la barre.
Violences sur conjointe - Mars 2018 - Tribunal de grande instance de Chalon-sur-Saône
La procureure sermonne le prévenu, un vieil homme qui, ivre, a frappé sa femme : « Sans la carotte et le bâton,
comme les ânes, monsieur n’avance pas. Alors on va prendre la carotte, c’est l’aménagement de peine, et le bâton,
c’est l’incarcération. »
8 // SANG-FROID N°10 • Été 2018eViolences volontaires - Mai 2018 - 23 chambre, Paris
« Main de fer & Gant de velours »
e président prend un air « J’ai pris un coup de lacrymo, est venu menacer tout le monde
las : « Voilà comment cette et le temps de reprendre mes avec un tesson, il s’est dirigé vers Lafaire démarre : le 27 mai, esprits j’ai vu mon frère étalé une autre entrée, je l’ai rattrapé,
deux individus se présentent à la dans le caniveau – Qui a utilisé on s’est battus », explique Samir.
discothèque Wanderlust, quai la bombe lacrymo ? – Le mon- Abou intervient et Christophe est
d’Austerlitz. Ils sont éconduits sieur de gauche », désigne-t-il. roué de coups.
par les portiers, se montrent Abou, 27 ans, reste impassible. La procureure bondit : « C’est
insistants, la mayonnaise va Le portier, employé par l’agence sans doute l’une des afaires
monter, ça se moleste, coups de de sécurité « Main de fer & Gant les plus graves inscrites au rôle
pied, coups de poing. Résultat : de velours », nie très calmement d’aujourd’hui ! » Il manque à
trente jours d’ITT pour l’un des avoir usé de sa bombe. C’est une éventuelle légitime défense
éconduits, quinze jours pour Samir, l’autre balèze qui partage la proportionnalité de la riposte.
l’autre. Monsieur, vous pouvez son box, qui a aspergé d’abord Elle demande quinze mois,
parler ? » Olivier, la trentaine, a Olivier, puis le grand frère. « Je dont cinq de sursis avec mise à
la mâchoire et le nez cassés. Il se l’asperge car il a mis sa main à sa l’épreuve (obligation de soin, de
pointe à la barre et marmonne poche, j’ai pensé que ça pouvait travail) et un mandat de dépôt
des phrases que personne n’en- être une arme, mais c’était une pour la partie ferme. Aboukader
tend, sauf le président qui opine bouteille de vodka, que j’ai remise n’a pas de casier, pas même une
gravement. Natacha, témoin im- aux policiers. » Voici un point qui garde à vue à son passif. Samir a
partiale, a vu « ce jeune homme pose problème : les policiers n’ont été condamné deux fois, il y a plus
recroquevillé, criant encore de relevé aucune empreinte sur l’ob- de quinze ans. La défense plaide
peur alors que les deux qui le jet, aucun témoin n’a vu cette la légitime défense (par principe),
frappaient étaient partis ». Elle le bouteille brandie, et les victimes et insiste sur les responsabilités
rassure. Une autre fêtarde, infr- ont les yeux comme des billes à familiales des deux prévenus, qui
mière de profession, a le temps de son évocation. ont des enfants à élever. Les deux
prendre son pouls : il s’évanouit. Il reconnaît : il a frappé Olivier. baraqués restent placides. Ils sont
Son grand frère, Christophe, « Pour me défendre, je n’ai pas eu condamnés à la peine requise,
moins amoché mais vraiment le choix, c’était menaces et com- mais échappent au mandat de
choqué, prend le relais à la barre : pagnie. » Puis : « Le deuxième dépôt. n
Été 2018 • SANG-FROID N°10 // 9ÉCHANTILLON en appel
Droit de suite
On reproche souvent à la presse de passer d’un article
à un autre sans forcément en reparler. Pour éviter cet écueil,
Sang-froid propose de revenir sur des sujets anciennement
traités et qui se trouvent de nouveau au cœur de l’actualité.
Le cyberharcèlement bientôt mieux « Des signes de vie » pour Ophéline
encadré par la loi Garin
Un pas de plus vers la fn de l’impunité sur Internet ? Dans Le 30 avril dernier, Margaret Garin a
la nuit du 16 au 17 mai, les députés ont adopté en première célébré un bien triste anniversaire, celui des
lecture le texte de loi de la secrétaire d’État chargée de l’Éga - deux ans de la disparition de sa petite-flle,
lité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, Ophéline (voir Sang-froid n°8, décembre
consacré aux violences sexistes. Le projet instaure notam- 2017). Soufrant d’importantes défciences
ment la pénalisation du harcèlement moral et sexuel mené mentales, la
en groupe : auparavant, seuls les actes répétés commis par jeune femme
un même individu étaient qualifés comme tel. désor mais
Même s’il ne se limite pas au Web, ce dispositif a en ligne âgée de
de mire les fameux « raids numériques », ces déferle- 19 ans n’avait
ments d’insultes et de menaces menés sur les réseaux jamais donné
sociaux (voir Sang-froid n°9, mars 2018). Il apporte un aucun signe
embryon de réponse au vide juridique béant qui régnait de vie depuis
jusque-là autour du cyberharcèlement, ce phénomène son départ du domicile de sa grand-mère.
quotidien sur Internet, souvent minimisé malgré ses Réinscrite en février sur le fchier des
conséquences destructrices pour les victimes. Reste à personnes recherchées après des mois
savoir si cette loi ira de pair avec une meilleure prise en de procédure, la brigade des mineurs de
compte des plaintes, qui aboutissent dans la plupart des Clermont-Ferrand a depuis fait savoir
cas à des non-lieux au motif de l’anonymat des coupables. qu’elle avait aperçu Ophéline plusieurs
Sans attendre l’entrée en vigueur du texte, une jurispru - fois dans cette ville. « Elle n’a pas encore
dence pourrait déjà voir le jour : été retrouvée mais si ces rencontres ont
celle du cas très médiatisé de Nadia déjà eu lieu à plusieurs reprises, on peut
Daam, cette journaliste qui, après espérer qu’elles se reproduisent dans les
avoir pris position contre le compor- prochaines semaines. Si cela arrivait, un
tement du forum Jeuxvideo.com, rendez-vous serait organisé entre Ophéline
s’était retrouvée assaillie de graves et sa grand-mère pour discuter, dans
menaces par ces mêmes internautes un premier temps, puis travailler sur les
en novembre 2017. Fait rare, deux conditions d’un hébergement », explique
des cyberharceleurs présumés ont comparu devant le tribu- Quentin Chaix, le chargé de communication
nal correctionnel de Paris le 5 juin. «Je veux pouvoir avoir de l’association CFPE-Enfants disparus.
une discussion avec ma flle et lui dire : “Tu vois, heureu - Fatiguée physiquement et mentalement par
sement, quelqu’un peut être puni quand il fait ce genre de cette épreuve, Margaret Garin aurait en tout
choses”, a confé l’intéressée à BuzzFeed. Elle a grandi avec cas retrouvé un peu d’espoir : « Ces signes
l’idée, qui est vraie, que ça reste impuni la plupart du temps. de vie sont un vrai soulagement pour elle »,
Je voudrais pouvoir lui dire que, parfois, on gagne. » n L.D. abonde Quentin Chaix. n S.D.T. & J.L.
10 // SANG-FROID N°10 • Été 2018LA FAUSSE
AUTOBIOGRAPHIE
D’HOWARD HUGHES
// Par Yvonnick Denoël et Clifford Irving
Traduction : Laurent Bury
12 // SANG-FROID N°10 • Été 2018
© DRRÉVÉLATION confessions
Il y a quelques mois mourait un auteur de polars très particulier :
Cliford Irving. Connu outre-Atlantique pour ses thrillers judiciaires,
il l’était aussi et surtout pour sa fascination envers les faussaires…
Un penchant qui le mena à sa perte lorsqu’il se mit en tête de publier
une autobiographie fctive du milliardaire Howard Hughes.
Dans les pages qui suivent, Sang-froid dévoile des extraits
des mémoires d’Irving où il raconte comment il parvint
à monter cette incroyable arnaque.
 
é le 5 novembre 1930, Cliford Irving rencontre impromptue avec Hughes et d’une
avait 39 ans quand il publia Fake, la bio- estime réciproque permettant de développer le Ngraphie du peintre faussaire hongrois projet d’un livre en commun mais aussi trouver
Elmyr de Hory, un génie du pinceau rencontré à un circuit plausible pour faire transiter l’argent
Ibiza où résidait l’écrivain. De Hory était capable que verserait l’éditeur à « Howard Hughes ». Cette
de produire à la chaîne des Picasso, Modigliani deuxième question fut résolue lorsque l’épouse de
ou Matisse plus vrais que nature, qui avaient fait Suskind, qui était suisse, parvint à ouvrir dans une
la fortune de galeristes peu scrupuleux. banque helvétique un compte au nom de « Helen
Son exemple inspira à Irving un projet fou deux R. Hughes » en trafquant son passeport de
ans plus tard, une arnaque littéraire de grande jeune flle. McGraw-Hill serait prié de rédiger les
ampleur. L’une des fgures les plus mystérieuses chèques à l’ordre de « H.R. Hughes » et le célèbre
de l’époque devait servir de support à ce projet :
secret bancaire suisse ferait le reste.
le magnat excentrique Howard Hughes, ancien
Sang-froid dévoile ici des extraits des Mémoires
propriétaire des studios de cinéma RKO, de la
d’Irving expliquant lui-même comment il
parcompagnie aérienne TWA ou encore
exploivint à produire un livre convaincant et à abuser tant de casinos. Ce dernier vivait alors retiré du
McGraw-Hill jusqu’à sa publication : il est rare de monde dans un hôtel des Bahamas et nourrissait
suivre ainsi de l’intérieur le travail d’un faussaire ! de multiples fantasmes sur son mode de vie et sa
Même d’anciens collaborateurs de Hughes qui ne santé mentale. Fasciné, le grand public était avide
croyaient pas à l’authenticité du projet furent ainsi d’informations alors que peu de livres étaient
contraints après lecture de reconnaître que le récit disponibles à son sujet.
et les expressions prêtées au milliardaire leur sem-Avec l’aide d’un ami écrivain, Dick Suskind, Irving
blaient authentiques. Pour ajouter à la confusion, développa, comme un jeu intellectuel, l’idée de
une société d’expertises graphologiques ayant vendre à son éditeur McGraw-Hill le projet d’un
livre d’entretiens avec le milliardaire reclus. pignon sur rue certifa que les lettres manuscrites
de Hughes acceptant de collaborer avec Irving Le projet présentait deux difcultés
principales : faire adhérer l’éditeur à son histoire d’une étaient authentiques !
Été 2018 • SANG-FROID N°10 // 13RÉVÉLATION confessions
de vent dans le bureau de Beverly Loo, histoire de
bavarder quelques instants avec les secrétaires et
les dactylos que je connais.
Beverly et moi avons pris un verre ensemble la
veille au soir, et elle me fait à présent traverser la
Depuis trois semaines, je suis en salle en direction du vaste bureau d’angle qu’occupe
communication intermittente avec Albert Leventhal, avec vue sur Wall Street et l’Hudson.
McGraw-Hill : je les tiens informés de Vice-président et directeur du département Livres,
mes progrès imaginaires avec Howard Albert est un petit homme coquet, à la peau tannée,
Hughes, qui n’est encore rien de plus qui doit prendre sa retraite d’ici un an. Dans le milieu
qu’une voix désincarnée au téléphone et de l’édition, il jouit d’une réputation excellente et mé -
l’auteur d’un message grifonné de ma- ritée. Il a le sens de la repartie, mais il y a dans sa voix «nière quasi puérile. Nous apprenons à nous connaître, un tremblement permanent et une ombre d’inquié -
Howard et moi, et nous envisageons de nous rencon - tude que dissimule son sourire charmant, comme s’il
trer au printemps. J’ai proposé d’écrire sa biographie avait l’impression que le monde risque à tout instant
ofcielle, d’enregistrer une série d’interviews, et de lui de s’écrouler autour de lui.
demander une préface qui accorderait sa bénédiction Après m’avoir présenté ses condoléances pour la mort
à mon texte. Pour que cet accord soit scellé, tout dé - de ma mère, il va droit au but.
pendra de notre entrevue. Une antipathie mutuelle « Ce que je ne comprends pas, dit fnement Albert,
n’aurait rien d’impossible : après tout, je bois, je fume c’est pourquoi un homme comme Howard Hughes,
et je fornique, et selon la légende, une fois la maturité qui a toujours évité la publicité, voudrait tout à coup
atteinte, Hughes a abjuré tous ces péchés, qu’il désap - que l’on écrive sa biographie. Et malgré tout le res -
prouve chez les membres de son entourage. pect que je vous dois en tant qu’auteur, je ne vois pas
pourquoi il voudrait travailler avec vous pour cela. Il m’a aussi fait part de ses exigences fnancières. Il
– Il faut bien qu’il choisisse quelqu’un, dis-je en veut un million de dollars, somme sur laquelle il pré -
éludant la première question. Dans tous les cas, lèvera un salaire fxe pour mes services. J’ai essayé de
vous pourriez toujours demander : “Pourquoi lui ?” »lui expliquer que c’est impossible, du point de vue d’un
Beverly vient à mon secours :éditeur, car les écrivains ne travaillent pas ainsi. « Eh
« Albert, il ne choisirait sûrement pas quelqu’un de bien, a dit Howard, nous en parlerons quand nous
très connu, du genre Norman Mailer, pas vrai ? nous rencontrerons. » Je rapporte ces conversations
Parce que dans ce cas-là, ce serait le livre de Mailer, à mon éditrice Beverly Loo, qui est d’abord horrifée,
pas de Howard Hughes. Clif est un choix idéal. C’est puis se radoucit quand je précise : « Howard pense
un professionnel, qui sait ce que travailler veut dire. en chifres ronds, mais je devrais pouvoir l’en
dissuaEt il ne laisse jamais son ego prendre le dessus.der. » Bien sûr, je sais que ces exigences sont
extrava– Ce n’est pas faux, acquiesce Albert à contrecœur. gantes, mais je veux que, dans l’esprit de McGraw-Hill,
Bon, voyons ces fameuses lettres. »ces deux concepts s’équilibrent : ils ont afaire à un
inJe les tire d’un dossier fatigué et je les dépose sur le dividu difcile, mais je suis de leur côté et je pourrai le
bureau bien rangé d’Albert. Beverly et lui les lisent ramener à la raison.
avec attention.
« Une chose est sûre, déclare Albert. Ce n’est pas une
Le lendemain de l’enterrement de ma mère, je me blague, ces lettres viennent bien de Hughes. »
présente chez McGraw-Hill, vêtu d’un costume gris Albert poursuit sa lecture. Je m’étonne : « Comment
et d’une cravate noire. Je connais bien le 19eétage du le savez-vous ?
département Livres ; par deux fois au cours des cinq – D’abord, il écrit toujours sur ce papier ofciel jaune.
dernières années, j’y ai occupé un bureau pour récrire Ensuite, je reconnais son écriture. Dans Life, ils ont
et peaufner la version fnale d’ouvrages que l’éditeur reproduit une longue lettre qu’il avait écrite pour
a publiés. Je suis présent dans l’entreprise depuis plus licencier un certain Robert Maheu. Je l’ai vue. Et
longtemps que tous les éditeurs actuellement en fonc - c’est exactement sa façon d’écrire, jusqu’à la marge.
tions. En cette matinée de février, je passe en coup – Vous l’avez ici, ce numéro de Life ?
14 // SANG-FROID N°10 • Été 2018« Elles étaient merdiques, mes lettres. Tu
ne peux pas imaginer à quel point elles – Non, mais je peux le retrouver. Laissez-moi fnir ces
étaient nulles. C’étaient les pires faux jamais lettres. »
fabriqués par la main de l’homme »Albert Leventhal a terminé. « Je retire
tout ce que j’ai dit. Maintenant je com -
prends. Il suft de lire ce passage. en double page, presque grandeur
Regardez bien, Beverly. Hughes écrit : nature, d’une lettre qui commence
“Je ne suis pas entièrement insensible à par « Chers Chester et Bill… ». Le
ce que les journalistes ont publié sur mon dernier paragraphe est celui que j’ai
compte…” Et il continue : “Je ne vou- vu dans Newsweek et qui m’a servi
drais pas mourir sans avoir dissipé cer- de modèle pour mes faux. J’achète
tains malentendus et sans énoncer la ce numéro de Life pour 50 cents et je
vérité sur ma vie. L’immortalité dont prends un taxi pour regagner l’hôtel
vous parlez ne m’intéresse pas, pas en Elysee.
ce bas monde. J’ai le sens du devoir. Les trois lettres sont enfermées
Je regrette beaucoup de choses de mon dans ma valise Harrods à
combipassé, mais je n’en ressens guère de honte.” naison secrète. Je m’écroule sur
– C’est très intéressant, commente Beverly, le lit et je les dispose à côté de la
quand il dit “pas en ce bas monde”. » double page de Life où fgure la
re-Moi aussi, j’ai trouvé cette formule très inté production d’une véritable lettre de
ressante, quand je l’ai inventée. Howard Hughes. J’ai le vertige, je
« Mais tout est très clair, s’exclame Albert manque d’air. Je contemple la vraie
en tapotant le tas de feuilles jaunes. Et lettre et les fausses pendant une
il le formule avec dignité et éloquence. dizaine de minutes, puis je quitte
Cet homme est malade et il veut faire l’hôtel et me dirige d’un pas vigou -
econnaître la vérité. reux vers une papeterie de la 55 Rue
– C’est aussi mon avis, dis-je. Est, où j’achète trois blocs de papier
– Il nous demande combien ? Un million de jaune ligné, un stylo Parker, un facon
dollars ? d’encre Waterman et un tampon
– Je lui ai dit que c’était hors de question. dateur.
J’ai dû lui expliquer quelques vérités fonda - Seul, face à l’absurde, on rit rarement.
mentales sur la pauvreté qui frappe le sec - Le rire raisonnable doit être partagé
teur de l’édition. avec un autre, et la seule personne
– Nous allons lui faire une ofre », dit avec qui je pourrais partager ce rire
Albert, un peu agacé. Il me rend les lettres. et un vague sentiment horrifé, c’est
« Conservez-les précieusement. Ne les perdez mon complice Dick Suskind, qui se trouve à 6000
kipas. Même si cet accord n’aboutit pas, chacune de ces lomètres. Seul, on ne peut que sourire et secouer la
lettres vaut probablement 25 000 dollars. tête, incrédule. Si ce numéro de Life s’était trouvé dans
– Alors il faut qu’il m’en écrive d’autres ! » le bureau de Beverly Loo et s’il avait été placé à côté de
J’éclate de rire ; Beverly et Albert rient aussi. mes lettres de Howard Hughes, la partie aurait aussi -
tôt pris fn. Deux semaines plus tard, à Ibiza, je m’en
ouvre à Dick. « Elles étaient merdiques, mes lettres.
Tu ne peux pas imaginer à quel point elles étaient
LES ESSAIS DU PERFECTIONNISTE nulles. C’étaient les pires faux jamais fabriqués par la
Dans l’arrière-boutique d’une librairie, je trouve une main de l’homme. Elles ne ressemblaient pas du tout
étagère remplie de vieux numéros de Life. Il me faut aux vraies. »
À New York, à l’hôtel Elysee, je m’installe au bureau quelques minutes pour dénicher le numéro du 22 jan -
vier, qui raconte comment Hughes a fui Las Vegas, et je travaille de midi jusqu’à 22 heures. M’entraînant
avec la photo de Robert Maheu, et la reproduction jusqu’à parfaitement imiter l’écriture, j’épuise les trois
Été 2018 • SANG-FROID N°10 // 15RÉVÉLATION confessions
blocs de papier. Puis je déchire les premières lettres, À l’aube, Pedro est venu me chercher en Volkswagen,
m’a conduit à Monte Albán et m’a désigné une vieille Buick garée je les jette à la poubelle, je glisse les nouvelles dans
dans un coin. L’homme qui m’attendait, assis à l’avant, était Howard le dossier que j’enferme dans la valise. Satisfait mais
Hughes, « une épave, une ruine émaciée et fatiguée ». Nous avons
afamé, je descends manger un cheeseburger et une parlé, nous nous sommes promenés parmi les temples. Le lendemain,
barre chocolatée. Pedro est venu me chercher et nous avons survolé les montagnes
en Cessna pour aller à Juchitán. « Montrez-les à Bob », me dit Beverly le lendemain
après-midi, une fois de plus dans le bureau d’Al -
Je tire de ma sacoche la photo-souvenir prise à l’aé -bert Leventhal. Je fais glisser les nouvelles lettres
roport de Mexico. « J’ai été suivi d’un bout à l’autre sur le bureau de Bob Locke, vice-président de
du voyage. Pedro m’a donné ça. L’un des hommes de McGraw-Hill. Dès qu’il a fni une page, il la fait passer
Hughes l’a prise à l’aéroport alors que je descendais à Albert et Beverly, qui les lisent pour la deuxième fois.
de l’avion, afn de pouvoir m’identifer.Ils ne constatent aucune diférence par rapport à celles
– Et pour s’assurer que vous étiez bel et bien seul, souligne qu’ils ont vues la veille.
Beverly. Eh bien, cet homme pense à tout. Vous devez Bob Locke formule alors l’ofre que je dois soumettre
avoir l’impression d’être dans un flm de James Bond.à Hughes. McGraw-Hill lui versera 100 000 dollars à
– Un peu. »la signature du contrat – Leventhal appelle ça la mise
de fonds –, 100 000 encore à la remise et acceptation
des interviews qui formeront la base du livre, et enfn
300 000 à l’acceptation d’un manuscrit fni et d’une LE HASARD DES DEUX I GRATTÉS
préface par Hughes en personne.
« Voyons les lettres », dit Graves.« Cela me paraît honnête, dis-je, mais c’est à Howard
Je les lui tends, Graves ajuste ses lunettes de lecture d’en juger, pas à moi. »
et les parcourt avec soin. Il en arrive à la dernière, où
Hughes présente les raisons pour lesquelles il veut que
De l’aéroport, un taxi m’emmène directement chez le livre soit écrit. La deuxième page semble retenir son
McGraw-Hill. Beverly Loo et Albert Leventhal intérêt. Il l’examine avec une concentration intense.
m’attendent. « Regardez, dit-il en me la rendant.
« Tout s’est bien passé. Vous avez reçu mon – Qu’y a-t-il ?
télégramme ? Il n’a pas voulu que je téléphone. – La façon dont il a écrit la lettreI. Vous voyez ? Il a
– Vous l’avez vu ? repassé dessus, il a gratté avec son stylo-plume là où
– Bien sûr que je l’ai vu. Il est d’accord. Il a accepté il l’avait mal tracée la première fois.
vos conditions. » – Je n’avais pas remarqué.
J’explique que j’ai d’abord attendu à La Nouvelle- – C’est une de ses habitudes, explique Graves. Je l’ai
Orléans, puis à Mexico, puis à Oaxaca, jusqu’à ce déjà vu dans d’autres de ses lettres, celles de notre
que le téléphone sonne enfn, à 5 heures du matin, le dossier. Très caractéristique. Tout comme la façon
deuxième jour à l’hôtel Victoria. Un homme qui s’est dont il construit ses phrases. » Il me tend la main en
présenté comme Pedro. J’ai répondu : « Je ne connais souriant. « Je pense que vous méritez des félicitations.
pas de Pedro. Qui êtes-vous donc ? – Un ami d’Oc- Vous avez réussi là où des journalistes professionnels
tavio. – Écoutez, il est très tôt et je ne suis pas d’hu- se cassent les dents depuis quinze ans.
meur à jouer aux devinettes. Je ne vous connais – J’accepterai les félicitations quand le livre sera
pas et je ne connais pas non plus votre ami Octavio. rédigé, dis-je avec modestie, et non sans une bonne
– Ah. Patience, señor. Octavio est l’homme que vous dose de vérité. Tant que ce n’est pas fni, je ne sais pas
êtes venu voir. » à quoi il ressemblera. Mais merci. »
Les deux I grattés dans ma lettre émanant de Hughes
sont un hasard que j’ai conservé parce que cela leur « Je pense que vous méritez des
donnait un air naturel. Dans la véritable lettre qui m’a félicitations. Vous avez réussi là où
servi de modèle – celle qui était reproduite dans Life – des journalistes professionnels se cassent
Hughes n’avait fait aucune erreur caractéristique. La les dents depuis quinze ans »
mauvaise mémoire de Graves m’étonne et me réjouit.
16 // SANG-FROID N°10 • Été 2018En haut, Howard Hughes, propriétaire également de la compagnie TWA, et, en bas, Clifford Irving, l’écrivain devenu faux biographe
Été 2018 • SANG-FROID N°10 // 17
© JIM WELLS/AP/SIPA © DRRÉVÉLATION confessions
C’est seulement plus tard, quand j’y repense en privé,
que je crois comprendre. Comme les autres, Graves
est humain, trop humain. Il veut y croire. « Ils nous
aideront jusqu’au bout, ai-je dit à Dick avant de quit -
ter Ibiza. Chaque fois que nous trébucherons, ils nous
ramasseront. Ne crois pas qu’ils soient nos ennemis.
Ce sont nos plus précieux alliés… »
« Bonne chance, dit solennellement Graves.
Prévenezmoi si nous pouvons faire quoi que ce soit pour vous. »
La dernière entrevue se déroule dans le bureau de
John Cooke, l’un des vice-présidents de
McGrawHill qui dirige le service juridique. C’est un grand
gaillard imposant, aux cheveux blancs. « Ce document
a été signé en votre présence ? » demanda Cooke,
en désignant mon contrat avec Hughes.
« À l’intérieur d’une voiture garée dans une petite rue
de San Juan. »
J’éclate de rire. Cooke et Faustin Jehle secouent tous
deux la tête, un peu surpris.
Cooke se renfonce dans son fauteuil pivotant. « Ce
type est incroyable. C’est l’homme le plus riche du
pays, il encaisse 400 000 dollars sur l’avance en ne
vous en concédant que 100 000, et vous devez payer
vous-même tous vos frais. Comment avez-vous pu
En haut, Clifford Irving, à New York en 1972
vous laisser embobiner comme ça ?et, en bas, Howard Hughes, en 1947, devant le Sénat
– Vous ne comprenez pas, John. Une fois l’avance
encaissée, Hughes ne partage plus rien. Toutes les
royalties seront pour moi. À long terme, j’ai des
chances d’y gagner plus que lui. C’est un pari, mais je
suis prêt à le tenter. »
Par la suite, Beverly Loo m’explique que la direc -
tion s’est inquiétée de la fabilité de ma relation avec
Hughes, bien plus que nous ne le soupçonnions,
Dick et moi, bien plus que personne n’a voulu nous
le révéler. Dans les premiers temps de ce canular,
deux choses ont permis de les convaincre. D’une part,
le fait que je sois prêt à prendre un risque fnancier et
à travailler pour une somme relativement dérisoire,
en pourcentage. Ils se disaient : Irving fait le pari
qu’il obtiendra de Hughes de quoi écrire un gros livre
formidable. S’il n’obtient rien, il ne gagnera pas un sou.
Donc il fera tout pour que ça marche.
Le raisonnement était juste, et ils avaient raison.
J’allais tout faire pour que ça marche.
« La deuxième chose qui les a convaincus, me ra -
conte Beverly, ce sont les premiers coups de fl que
vous m’avez passés depuis Ibiza. Vous les avez payés
de vos deniers. Quand Harold McGraw a appris
que vous ne nous les aviez pas fait payer, il a dit:
18 // SANG-FROID N°10 • Été 2018
© DR © RAY STUBBLEBINE/AP/SIPA« Le document est ferme et défnitif. Je
m’engage par contrat à rédiger “Clif prend manifestement la chose très au sérieux.”
la biographie offcielle de Howard Hughes. Il était impressionné.
Ce n’est plus une chimère. C’est réel »– Vous plaisantez ?
– Non, c’est la vérité.
– Ça l’a impressionné ? Le fait que j’ai payé moi- frontière polonaise. Howard n’en sait rien non plus,
même les appels depuis l’Espagne ? mais nous pensons qu’il approuvera cet héroïsme à
– Oui, bien sûr. Vous savez, la plupart des auteurs condition de se montrer dûment modeste quant à son
appellent en général en PCV. Même vous, en général, importance historique, quand viendra pour moi le
vous appelez en PCV. moment d’en faire le récit.
– Moi aussi, je suis impressionné. » Mais je n’ai pas
précisé par quoi. (McGraw-Hill a conclu un accord de prépublication pour les bonnes
De retour à Ibiza, je relate mon voyage à Dick, étape par feuilles du livre à venir avec le magazine Life, qui accepte de mettre
sa documentation à disposition de Irving.)étape. Le contrat McGraw-Hill m’arrivera par la poste
avant la fn du mois, signé par Harold McGraw en
perPar cette chaude matinée de juin, je vais à pied de sonne. Le document est ferme et défnitif. Je m’engage
ela 48 Rue jusqu’à l’immeuble Time-Life, près du par contrat à rédiger la biographie ofcielle de Howard
Rockefeller Center, et je prends l’ascenseur jusqu’au Hughes. Ce n’est plus une chimère. C’est réel.
e28 étage. Dave Maness apparaît, puis sa secrétaire me
dépose un trousseau de clés dans la main. « Nous vous
plaçons dans une pièce à part, m’explique Maness
« II N’Y AVAIT PAS GRAND-CHOSE » avec le plus grand sérieux. Ce sont les seules clés qui
en ouvrent la porte. Si vous voulez, enfermez-vous Au cours de ses recherches, Dick a photocopié tout ce
dedans. Les archives du journal sont dans le bureau. qui concerne Hughes dans les archives du Las Vegas
Sun, il a obtenu une liste des propriétés achetées Simplement, ne les emportez jamais à l’extérieur.
par Howard Hughes et certains de ses hommes de – Vous les avez consultées ?
paille, et il a déjeuné avec Mr Henry Vermilion, de la – Je n’ai pas eu le temps, s’excuse-t-il. J’ai juste jeté
Commission à l’énergie atomique. Puis, à Houston, il a un rapide coup d’œil. Il y a une lettre formidable, d’un
passé trois jours fructueux à la bibliothèque publique, pilote qui nous a écrit après les auditions sénatoriales
à consulter sur microflm des numéros du Houston de 1947, pour nous raconter les vols qu’il avait
efecPost et du Houston Chronicle remontant au début du tués avec Hughes. Ça a beau être un dingue, la lettre
eXX siècle. Il a pris son temps, pour bien s’imprégner est sacrément marrante. Il y a aussi deux ou trois
des us et coutumes de l’époque : le nom des grands choses que nous avons dû retirer du dossier parce
magasins, le prix des vêtements, des outils, des auto - qu’elles sont confdentielles, comme une conversation
mobiles et des maisons. Il s’est aussi rendu dans les téléphonique entre Hughes et un des directeurs de
deux-trois bonnes librairies de Houston et a envoyé Time, qui appartenait à cet homme et où il aborde des
à Ibiza un colis d’une vingtaine d’ouvrages. « J’ai un sujets qui nous paraissent devoir rester secrets.
ebeau livre illustré sur la 8 Air Force, mais il coûte – Ah, si c’est confdentiel, ça ne me regarde pas. »
cher. 15 dollars. Tu en penses quoi ? Il ouvre une porte et me fait entrer dans une petite
– Achète-le. » pièce. Une douzaine d’énormes dossiers sont empilés
Nous avons déjà décidé que Howard serait un héros sur le bureau. « Amusez-vous bien », dit Maness, et il
secret de la Seconde Guerre mondiale, qui avait sur - me laisse seul avec les dossiers.
volé la France pour des missions de reconnaissance, le Une vive lumière du nord éclaire cette petite pièce
eprésident Roosevelt lui ayant accordé un laissez-pas - située au 29 étage. C’est l’une de ces belles journées
ser prioritaire. Bien sûr, le grand public n’en a jamais claires qui donnent l’impression que l’air qui tourbil -
rien su, tout comme personne n’a jamais su qu’avant lonne à travers Manhattan est respirable et que les
son tour du monde en avion, réalisé en 1938, le général écologistes sont en train de gagner leur combat. J’ai
de l’armée de l’air Hap Arnold avait mandaté Howard pris des notes en ce sens avant même de me mettre au
pour pénétrer l’espace aérien allemand et photogra - travail et, bien plus tard, dans la version fnale de
l’auphier le renforcement de la présence militaire à la tobiographie, je ferais dire à Howard : « New York est
Été 2018 • SANG-FROID N°10 // 19RÉVÉLATION confessions
Le Caire de l’Amérique », ce qui traduit parfaitement nommé Frank Williams raconte avec des détails in -
mes propres sentiments. supportables le vol qu’il a efectué avec Hughes de
Les dossiers sont mieux rangés que Graves ne le Los Angeles jusqu’à Amarillo ; il accuse Howard d’être
croyait, même si l’indexation est faite au petit bonheur. l’un des plus mauvais pilotes qu’il ait jamais connus.
Les documents sont classés par ordre chronologique, à Je photographie les dix pages. Je trouve des listes des
partir de la fn des années 1920, quand Hughes était un petites amies de Hughes, avec l’analyse de leur milieu
néophyte à Hollywood, et continuent avec ses exploits et un tableau complet des liaisons possibles et des
aériens et ses aventures dans le monde des afaires, rumeurs. J’ai les genoux qui tremblent, j’ai du mal à
jusqu’à sa débâcle à Las Vegas. Mais ils contiennent me tenir debout ; à chaque photo, la mise au point
davantage que des articles de Time, de Life, de Fortune semble devenir de moins en moins nette. À la fn, j’ai
ou du New York Times. Je les feuillette jusqu’à ce que utilisé 12 pellicules et pris plus de 400 clichés pour
j’arrive à une liasse de pages jaunies : les notes ma- environ 300 documents. J’empile soigneusement
nuscrites prises par le correspondant de Time qui a les dossiers, je sors en titubant et je rends les clés à la
interviewé Hughes en 1938 alors qu’il venait d’atter - secrétaire. Dave Maness vient me dire au revoir.
rir à l’aéroport de Floyd Bennett Field, en rentrant de « J’ai lu la lettre du pilote, dis-je. Elle est marrante
son tour du monde. J’y trouve des impressions, des comme tout. » J’ajoute d’un air morose : « À part ça,
aperçus, des détails, des citations de propos tenus par il n’y avait pas grand-chose.
Hughes et par les quatre hommes de son équipage. – Je suis désolé. » Il a l’air sincèrement déçu.
Au bout d’une heure, tout le bureau est recouvert
de feuilles et j’ai le cœur qui bat. C’est un trésor.
Les dossiers sont remplis d’interviews inédites, de
phrases prononcées par des hommes politiques et des « BRAVO, PETIT GARS. ON SAVAIT
collaborateurs de Hughes, pour la plupart accompa - QUE TU POURRAIS Y ARRIVER »
gnées de la formule « De source anonyme ».
Les murs sont couverts de reproductions photo-Il y a Noah Dietrich, qui raconte au chef des bureaux
graphiques hautes de 2 mètres. Il y a Jean Harlow, de Time à Los Angeles qu’Ava Gardner aurait assom -
qui montre un joli décolleté ; Jane Russell dans une mé Hughes avec un cendrier en cuivre. Ou encore le
scène tirée du flm Le Banni, qui en montre encore général Harold George, directeur administratif de
plus ; notre homme à Nassau, séduisant et volon-Hughes Aircraft, détaillant comment Hughes lui em -
taire, arborant le casque et les lunettes d’un pilote des pruntait des pièces jaunes pour passer des coups de fl.
années 1930. Au-dessus, d’un impact étonnant, plu-« C’est le plus rapiat des fls de pute que j’aie connus »,
sieurs reproductions gigantesques de la jaquette du conclut George. Floyd Odlum, l’homme à qui Hughes
livre, blanche avec le titre en grosses lettres noires : le a racheté RKO, parle des rendez-vous de Hughes avec
message se détache avec autant de vigueur et de cer -des femmes et avec des hommes d’afaires. Et
toutitude que la une d’un journal. AUTOBIOGRAPHIE jours : « De source anonyme ». Aucun de ces récits
DE HOWARD HUGHES : PRÉFACE ET n’a jamais été publié.
COMMENTAIRE DE CLIFFORD IRVING. Je sens Je travaille de 10 heures du matin jusqu’à près de
se former sur mon visage un sourire idiot et je prends 17 heures. Pas de pause déjeuner. J’ai apporté une
une nouvelle gorgée de whisky on the rocks pour le barre chocolatée et je sors deux fois dans le couloir
faire disparaître. Tous ces gens prennent la chose au pour aller jusqu’à la fontaine à eau. Je suis tombé sur
sérieux, je suis obligé de me le rappeler. Tu as intérêt une série d’analyses réalisées par les journalistes de
à en faire autant. Ne craque pas, n’éclate pas de rire Time et de Fortune, qui ont enquêté sur les dessous
– ou c’est foutu. du prêt de 205 000 dollars consenti à Donald Nixon,
Il y a plusieurs mois, Dick m’a demandé : « Dis donc, le frère du vice-président, et qui détaillent aussi les
c’est possible que McGraw-Hill ait tout compris ? possibles magouilles de Hughes concernant TWA.
Qu’ils jouent le jeu parce qu’ils savent qu’on fnira par Un rapport énumère les faveurs que le gouvernement
semble avoir accordées à Hughes Tool, à Hughes gagner ? Tu crois qu’ils savent ?
Aircraft et à TWA à la suite du prêt Nixon. Je trouve – Que c’est un canular ? Mon Dieu, sûrement pas.
la lettre du pilote, dix pages dactylographiées où un Jamais de la vie. »
20 // SANG-FROID N°10 • Été 2018nos anciens numéros
0 0 0 N 6N 4 N 5
AU SOMMAIRE AU SOMMAIRE AU SOMMAIRE
• L’attentat français • Dossier : Quand la police craque • Le magicien de la CIA
qui n’a jamais existé • Art africain, le nouveau casino • Dossier : Quelle vie pour
les proches de tueurs ?• Dossier : Qui sont les nouveaux des évadés fscaux
• La face cachée de Luc Besson détectives privés ? • Attentat du Bardo : Les curieux
• L’homme qui hackait les élections ratés de la justice tunisienne • Le forissant business
• Piste agricole, les ratés • Quand Foccart espionnait des otages
de l’enquête Érignac Mitterrand et Anne Pingeot • Les disparus de Boutiers
• Quand la police de Rio • 48 heures avec Les Experts français • Les bébés disparus d’Israël
liquide une juge• L’espion japonais de la CIA • L’homme qui a fait chuter Cahuzac
• Entretien avec Peter May • Rencontre avec Philip Kerr • Entretien avec
• Une nouvelle de Marcus Malte • Une nouvelle d’Olivier Norek Arnaldur Indridason
• Une nouvelle de Ian Manook
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SANG-FROID du ou des numéro(s) .............
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Abonnement en ligne, • Dossier : Prostitution,
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• Quand les Juifs d’Hollywood
chaque numéro coûte alors
combattaient les nazis 15 euros
• Rencontre avec Jo Nesbø
• Une nouvelle d’Hervé Le Corre
Revue Sang-froid @RevueSangfroid Revue Sang-froid contact@revuesangfroid.fr
"TÊTIÈRE xxxx
JULIEN MUCCHIELLI STÉPHANE DAMIAN-TISSOT ALEC WILKINSON ALEXIA EYCHENNE
Journaliste Rédacteur Journaliste Journaliste
indépendant en chef et pour le New
indépenet chroni- cofondateur Yorker, Alec dante
queur judi- de la revue Wilkinson depuis
ciaire, Julien Sang-froid, est capable 2016, Alexia
Mucchielli écrit sur la justice Stéphane Damian-Tissot aussi bien d’écrire sur la Eychenne est spécialisée sur
et couvre des procès pour des s’intéresse particulièrement police que sur la musique. les questions sociales. Après
publications très diverses, aux afaires judiciaires et à Il faut dire que l’homme près de six ans passés à la
telles que Dalloz Actualité, l’investigation. Diplômé de s’y connaît puisqu’il a été rédaction Web de L’Express,
StreetPress, le magazine journalisme et originaire policier dans l’État du elle s’intéresse
particulièreSoixante-quinze ou de Lyon, il a été pendant Massachusetts puis musicien ment au monde du travail
So Foot. Il écrit depuis 2015 cinq ans responsable de la pour un groupe de rock avant et écrit régulièrement pour
sur le site de chroniques rubrique justice du mensuel d’intégrer la prestigieuse le média en ligne Les Jours.
judiciaires Épris de justice, Mag2 Lyon. Durant cette rédaction new-yorkaise. Elle y a réalisé plusieurs
dont il est coresponsable. période, il a couvert de Il est également auteur séries au long cours sur le
Depuis le premier numéro nombreux dossiers sensibles d’une dizaine de livres, dont quotidien des chômeurs, les
de Sang-froid, il est l’auteur comme l’afaire Neyret le dernier en date, The Ice chaufeurs Uber ou encore
des « perles de prétoire » ou celle des policiers de Balloon, est une biogra- la grève des cheminots. Elle
et de plusieurs enquêtes. Vénissieux. Passionné de phie de l’aéronaute suédois publie également des
reporIl est diplômé d’une sports, il a aussi été corres- S. A. Andrée qui tenta une tages dans Le Monde
diplomaîtrise de droit public pondant en France pour expédition polaire en ballon matique, Causette, la revue
(Panthéon-Sorbonne) le quotidien espagnol AS à hydrogène de la Russie au XXI, Libération ou Socialter.
et du Centre de formation pendant huit ans et pour la Canada avant de s’écraser sur Elle est membre du collectif
des journalistes. p.8 Cadena Ser. p.22 la banquise. p.38 « Les Incorrigibles ». p.48
OMAR BROUKSY  SANDRINE COLLETTE JEAN BERTHELOT ÉLISE LÉPINE
Journaliste Docteure Journaliste Diplômée
indépen- en science indépen- en lettres
dant, Omar politique, dant depuis modernes,
Brousky Sandrine 2001, Jean Élise Lépine
est basé au Collette Berthelot a d’abord
Maroc. Ancien correspondant publie son premier polar de La Glétais a étudié à intégré la rédaction des
de l’Agence France Presse en 2013 chez Denöel. l’IJBA, l’école de journa- hors-série du Point, avant
(AFP) dans ce pays, il est l’un Intitulé Des nœuds d’acier, lisme de Bordeaux, où il de devenir journaliste
indédes observateurs les mieux il remporte le Grand prix est désormais intervenant. pendante. Critique littéraire,
informés du Royaume. Fort de de littérature policière la Il est pigiste permanent elle collabore notamment
ses connaissances et de ses ré- même année. Suivront pour des médias nationaux avec le magazine Transfuge
seaux, il a publié deux enquêtes ensuite cinq autres livres dont les radios Europe 1 et et a fait partie pendant
retentissantes sur les dérives de chez le même éditeur : Un Radio Classique, l’heb- plusieurs années de l’équipe
ce pays : Mohamed VI. Derrière vent de cendres (2014), Six domadaire Grazia ou le de préparation de
l’émisles masques (Nouveau Monde fourmis blanches (2015), Il trimestriel Sang-froid. Il sion Bibliothèque Médicis,
éditions, 2014) et La République reste la poussière (2016), travaille aussi pour la presse difusée sur Public Sénat.
de sa Majesté. France-Maroc, Les Larmes noires sur la régionale, dont le quotidien Très intéressée par le polar,
Liaisons dangereuses terre (2017) et Juste après Le Courrier de l’Ouest et elle intervient également
(Nouveau Monde éditions, la vague (2018). Elle vit l’hebdomadaire Sud-Ouest comme chroniqueuse dans
2017). Egalement universitaire, dans le Morvan, un massif Mag, ainsi que pour les sites l’émission Mauvais genres,
Omar Brouksy enseigne à l’uni- de basse montagne situé Actualité de la formation et sur France Culture, et dans
versité de Settat, dans la région en Bourgogne-Franche- Far Ouest, , un site consacré Pistes noires, difusée sur la
de Casablanca. p.102 Comté. p.114 au Sud-Ouest. p.126 chaîne Polar +. p.134
Directeur de la publication Yannick Dehée • Rédacteur en chef Stéphane Damian-Tissot • Direction artistique Joanna Perraudin
Secrétariat de rédaction Laura Daniel • Correction Catherine Garnier • Illustrations couverture Thierry Chavant
Comité de rédaction Pierre Abramovici, Yvonnick Denoël, Jacques Duplessy, Franck Hériot, Alex Jordanov, Renaud Junillon,
Julien Mucchielli, Danielle Thiéry • Dessinateurs Thierry Chavant, Mathias Gally, Christelle Goth, Nicoby, Émilie Oprescu,
Charlotte Rousselle, Fred Salsedo, Stéphane Servain • Photographes Alexis Fogel, Martial Ruaud, Mylène Zizzo
160 // SANG-FROID N°10 • Été 2018