//img.uscri.be/pth/a541ae0a1eb0a22774bfce1e67c0930d8f1814a9

Richelieu

-

Livres

Description

« L'autorité contraint à l'obéissance, mais la raison y persuade. »

Le nom de Richelieu vit dans la mémoire des hommes. Son génie ferme, fin et grave, s’impose à nos négligences passées et actuelles. Ses services sont de ceux qui subsistent : trois siècles se sont écoulés et les révolutions profondes qui ont affecté la France n’en ont pas épuisé toutes les conséquences. L’homme qui a donné au royaume de France des frontières définitives et pacifiées, l’homme qui a affirmé la suprématie du pouvoir royal contre les Grands, cet homme qui « a eu les intentions de tout ce qu’il fit » offre un exemple intemporel de rigueur et de probité politique.

Le Testament Politique du cardinal de Richelieu a été imprimé pour la première fois en 1688 à Amsterdam. Dans ce « manuel » de bon gouvernement destiné au roi Louis XIII et rédigé en 1641, le cardinal instille ses conseils sur la conduite des affaires de l’Etat, affirmant l’importance de l’autorité par la raison. La présente version, revue et corrigée, a été enrichie de manuscrits issus du dépôt des Affaires étrangères et de la bibliothèque de la Sorbonne.


Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 20 avril 2016
Nombre de lectures 3
EAN13 9782371160613
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Signaler un abus
Couverture-Richelieu2-mini.jpg

maximes d’Etat
ou
Testament politique

d’Armand du Plessis de Richelieu

Pair et Grand amiral de France, Premier ministre d’Etat sous le règne de Louis XIII du nom, roi de France et de Navarre.

ISBN : 978-2-37116-061-3
storia-ebooks.fr




Illustration de couverture : Portrait du cardinal de Richelieu. (Philippe de Champaigne, 1642)

Notice sur les manuscrits employés

Le Testament Politique du cardinal de Richelieu a été imprimé pour la première fois en 1688 à Amsterdam, dans une version pleine de fautes et d’imprécisions.

La présente version a été enrichie des manuscrits suivants:

1. Le manuscrit du Dépôt des affaires étrangères, formant un in-folio relié en parchemin, et contient 362 pages écrites. On lit au haut de la page du premier feuillet blanc : « Du Dépôt des affaires étrangères, avec les manuscrits originaux du ministère du cardinal de Richelieu », Au dos du manuscrit, on lit cette étiquette : « Testament Politique du cardinal de Richelieu, France 1742 ».

2. Le manuscrit de Sorbonne, également in-folio, relié en veau. Ce manuscrit vient de M. le Mâle Desroches, Secrétaire de M. le cardinal de Richelieu ; il le donna à la Maison de Sorbonne avec sa bibliothèque. En le collationnant avec celui du Dépôt des affaires étrangères, on a écrit sur les marges toutes les variantes ; de sorte qu’aujourd’hui ce manuscrit tient lieu de deux exemplaires.

3. Le manuscrit de M. Trudaine, conseiller d’Etat et du conseil royal, est du même format que les précédents, et vient de M. de Guénégaud, maître des Requêtes, envoyé en Portugal.

4. Le manuscrit de M. de Sainte-Palaye, également in-folio.

Ainsi le manuscrit du Dépôt des affaires étrangères et celui de Sorbonne peuvent être regardés comme deux originaux, puisque l’un a été trouvé parmi les papiers mêmes du cardinal, et que l’autre a été donné par son secrétaire, qui en connaissait l’authenticité. Les différences qu’on rencontre entre l’un et l’autre, sont pour la plupart des fautes de copistes. Sans doute les personnes attachées au ministre, les gens en place, furent empressés de se procurer des copies de cet ouvrage. Le manuscrit de M. de Sainte-Palaye doit être du nombre, ainsi que quelques autres que nous connaissons, et dont nous croyons inutile de parler.

Richelieu conduit le vaisseau de l’Etat (Maurice Leloir)

Maximes d’Etat
ou Testament politique

Aussitôt qu’il a plu à votre Majesté me donner part au maniement de ses affaires, je me proposai de n’oublier aucune chose qui pût dépendre de mon industrie, pour faciliter les grands desseins qu’Elle avait, aussi utiles à l’Etat, que glorieux à sa personne.

Dieu ayant béni mes intentions, jusqu’à tel point, que la vertu et le bonheur de V. M. qui ont étonné le siècle présent, seront en admiration à ceux de l’avenir ; j’estimai que les glorieux succès qui lui sont arrivés m’obligeraient à lui faire son histoire, tant pour empêcher que beaucoup de circonstances, dignes de ne mourir jamais dans la mémoire des hommes, ne fussent ensevelies dans l’oubli, par l’ignorance de ceux qui ne les peuvent savoir comme moi, qu’afin que le passé servît de règle à l’avenir.

Peu de temps après avoir eu cette pensée, je me mis à travailler, croyant que je ne pouvais commencer trop tôt ce que je ne devois finir qu’avec ma vie. J’amassai non seulement avec soin la matière d’un tel ouvrage, mais qui plus est, j’en réduisis une partie en ordre, et mis le cours de quelques années qu’en l’état auquel je prétendais le mettre au jour. J’avoue qu’encore qu’il y ait plus de contentement à fournir la matière de l’histoire, qu’à lui donner la forme, ce ne m’était pas peu de plaisir de représenter ce qui ne s’était fait qu’avec peine. Comme je goûtais la douceur de ce travail, les maladies et les continuelles incommodités auxquelles la faiblesse de ma complexion s’est trouvée sujette, jointe au faix des affaires, me contraignirent de l’abandonner, pour être de trop longue haleine.

Etant réduit en cette extrémité de ne pouvoir faire en ce sujet ce que je désirais avec passion pour la gloire de votre personne, et pour l’avantage de votre Etat ; j’ai cru qu’au moins je ne pouvais me dispenser de laisser à V. M. quelques mémoires de ce que j’estime le plus important pour le gouvernement de ce royaume, sans en être responsable devant Dieu.

Deux choses m’obligent à entreprendre cet ouvrage. La première est la crainte et le désir que j’ai de finir mes jours avant que le cours des vôtres se termine. La seconde est la fidèle passion que j’ai pour les intérêts de V. M., laquelle me fait non seulement désirer de la voir comblée de prospérité durant ma vie, mais me fait encore souhaiter ardemment d’avoir lieu d’en pouvoir voir la continuation, lorsque le tribut inévitable que chacun doit payer à la nature m’empêchera d’en pouvoir être le témoin.

Cette pièce verra le jour sous le titre de mon Testament Politique, parce qu’elle est faite pour servir après ma mort à la police et à la conduite de votre royaume, si V. M. l’en juge digne ; parce qu’elle contiendra mes derniers désirs à cet égard ; et qu’en vous la laissant, je consigne à V. M. tout ce que je lui puis léguer de meilleur, quand il plaira à Dieu de m’appeller de cette vie. Elle sera conçue en termes les plus courts et les plus nets qu’il me sera possible, tant pour suivre mon génie et ma façon d’écrire ordinaire, que pour m’accommoder à l’humeur de V. M. qui a toujours aimé qu’on vînt au point en peu de mots, et qui fait autant d’état de la substance des choses, qu’Elle appréhende les longs discours dont la plupart des hommes se servent pour les exprimer.

Si mon ombre, qui paraîtra dans ces Mémoires, peut, après ma mort, contribuer en quelque chose au Règlement de ce grand Etat, au maniement duquel il vous a plu me donner plus de part que je n’en mérite, je m’estimerai extrêmement heureux. Pour parvenir à cette fin, jugeant avec raison que le succès qu’il a plu à Dieu de donner par le passé aux résolutions que V. M. a prises avec ses plus fidèles créatures, est un puissant motif pour la convier à suivre les avis que je lui veux donner pour l’avenir ; je commencerai cet ouvrage, en lui mettant devant les yeux un tableau raccourci de ses grandes actions passées, qui la comblent de gloire, et peuvent être dites, à juste titre, le fondement solide de la félicité future de son royaume. Ce rapport sera fait avec tant de sincérité, au jugement de ceux qui sont fidèles témoins de l’histoire de votre temps, qu’il donnera lieu de croire à tout le monde, que les conseils que je donne à V. M. n’auront autre motif que les intérêts de l’Etat, et l’avantage de votre personne, de laquelle je ferai éternellement,

Sire,

Très humble, très fidèle, très obéissant, très passionné et très obligé sujet et serviteur.

ARMAND, cardinal duc de Richelieu.

EXTRAIT :

Chapitre neuvième
Qui traite de la puissance du prince

Section I
Qui montre que le prince doit être puissant pour être considèré de ses sujets et des étrangers

A puissance étant une des choses les plus nécessaires à la grandeur des rois et au bonheur de leur gouvernement, ceux qui ont la principale conduite d’un Etat, sont particulièrement obligés de ne rien omettre qui puisse contribuer à rendre leur maître si autorisé, qu’il soit par ce moyen considéré de tout le monde. Comme la bonté est l’objet de l’amour, la puissance est la cause de la crainte ; et il est certain qu’entre tous les principes capables d’émouvoir un Etat, la crainte qui est fondée en l’estime et en la révérence, a le plus de force, puisque c’est celui qui intéresse davantage chacun à faire son devoir. Si ce principe est de grande efficace au respect du dedans des Etats, il ne l’est pas moins au regard du dehors, les sujets et les étrangers regardant avec mêmes yeux une puissance redoutable, les uns et les autres s’abstiennent d’offenser un prince, qu’ils reconnaissent être en état de leur faire du mal, s’il en a la volonté. J’ai remarqué en passant que le fondement de la puissance dont je parle, doit être l’estime et le respect ; j’ajoute maintenant que c’est chose si nécessaire, que si elle tire son origine d’autres principes, elle est très dangereuse, en ce qu’au lieu d’être cause d’une crainte raisonnable, elle porte à haïr les princes qui ne sont jamais en plus mauvais état que lorsqu’ils tombent en une aversion publique.

La puissance qui fait considérer et craindre les princes avec amour, a plusieurs espèces différentes ; c’est un arbre qui a quatre diverses branches, qui tirent toute leur nourriture et substance d’une même racine. Le prince doit être puissant par sa réputation ; par un raisonnable nombre de gens de guerre continuellement entretenus ; par un revenu suffisant pour le soutien de ses dépenses ordinaires ; et par une notable somme de deniers dans ses coffres, pour subvenir à celles qui surviennent souvent lorsqu’on y pense le moins. Enfin, par la possession du cœur de ses sujets, comme nous le prouverons clairement.

Section II
Le prince doit être puissant par sa réputation, et ce qui lui est nécessaire à cette fin

La réputation est d’autant plus nécessaire aux princes, que celui duquel on a bonne opinion, fait plus avec son seul nom, que ceux qui ne sont pas estimés, avec des armées. Ils sont obligés d’en faire plus d’état que de leur propre vie, et ils doivent plutôt hasarder leur fortune et leur grandeur, que de souffrir qu’on y fasse aucune brèche, étant certain que le premier affaiblissement qui arrive à la réputation d’un prince, est, pour léger qu’il soit, le pas de plus dangereuse conséquence qu’il puisse faire à sa ruine.

Je dis hardiment en cette considération, que les princes ne doivent jamais estimer qu’aucun profit leur soit avantageux, s’il intéresse tant soit peu leur honneur, et ils sont ou aveugles ou insensibles à leurs vrais intérêts, s’ils en reçoivent de cette nature. En effet, l’Histoire nous apprend qu’en tout temps et en tous Etats, les princes de grande réputation sont toujours plus heureux que ceux qui, leur cédant en cette qualité, les ont surpassés en force, en richesses, et en toute autre puissance. Comme ils n’en sauraient être trop jaloux, leurs conseillers ne peuvent avoir trop de soin de faire valoir les bonnes qualités qui sont en leurs personnes.

Ceux qui formeront leur conduite sur les règles et principes contenus en ce présent testament, acquéreront sans doute un nom qui n’aura pas peu de poids dans l’esprit de leurs sujets et de leurs voisins, particulièrement si étant religieux envers Dieu, ils le sont encore envers eux-mêmes. C’est-à-dire, véritables en leurs paroles, et fidèles en leurs promesses, conditions si absolument nécessaires à la réputation d’un prince, qu’ainsi que celui qui en est destitué ne saurait être estimé de personne, aussi est-il impossible que celui qui les possède ne soit révéré de tout le monde, et qu’on n’ait grande confiance en lui. Je pourrais rapporter beaucoup d’exemples de cette vérité, mais ne prétendant pas que cet ouvrage soit un lieu commun, et aisé à faire par toutes sortes d’esprits qui voudraient extraire les bons livres, je me contente de ne rien mettre en avant qui ne soit si certain et si clair, que toute personne bien sensée en trouvera la preuve en son raisonnement.

Section III
Le prince doit être puissant par la force de ses frontières

Il faudrait être privé de sens commun pour ne connaître pas combien il est important aux grands Etats d’avoir leurs frontières bien fortifiées. C’est chose d’autant plus nécessaire en ce royaume, que quand même la légèreté de notre nation la rendrait incapable de faire de grandes conquêtes, sa valeur la rendra invincible à sa défense, si elle a de grandes places si bien fortifiées et si bien munies de toutes choses, qu’elle puisse faire paraître son courage, sans être exposée à souffrir de grandes incommodités, qui sont les seuls ennemis qu’elle a peine à vaincre.

Une frontière bien fortifiée est capable ou de faire perdre aux ennemis l’envie qu’ils pourraient avoir de former des desseins contre un Etat, ou au moins d’arrêter leur cours et leur impétuosité, s’ils sont assez osés pour venir à force ouverte. Les subits mouvements de notre nation ont besoin d’être garantis de la terreur qu’elle pourrait recevoir d’une attaque imprévue, si elle ne savait que l’entrée du royaume a des remparts si forts, qu’il n’y a point d’impétuosité étrangère assez puissante pour les emporter d’emblée, et qu’il est impossible de s’en rendre maître qu’avec beaucoup de temps.

La nouvelle méthode de quelques-uns des ennemis de cet Etat étant plutôt de faire périr par la famine les places qu’ils assiégent, que de les emporter de vive force, et de ruiner plutôt les pays qu’ils attaquent par grand nombre de cavalerie, que de s’y avancer de pied, avec des corps d’infanterie considérables, comme on faisait anciennement ; il est clair que les places frontières ne sont pas seulement utiles à résister contre tels efforts, mais qu’elles sont le salut des Etats, au-dedans desquels il est impossible que les ennemis fassent de grands progrès, s’ils laissent derrière eux des villes qui coupent et la communication de leur pays, et les convois tout ensemble.

Cette considération m’oblige à représenter que ce n’est pas assez de fortifier les places, et les munir seulement pour le temps qu’elles peuvent résister à une attaque de vive force, mais qu’il faut qu’elles soient au moins fournies de toutes choses nécessaires pour plus d’un an, qui est un temps suffisant ou pour ruiner une armée ennemie, ou pour donner lieu de les secourir commodément. Je sais bien qu’il est presque impossible aux plus grands rois de munir ainsi beaucoup de citadelles, mais ce n’est pas de même des grandes villes, où la société des hommes produit l’amas de beaucoup de choses, dont un gouverneur particulier ne saurait faire une assez grande provision, et où il est aisé d’obliger les habitants à se pourvoir de vivres pour un an, qui suffiront toujours pour six mois et plus, il on chasse les bouches inutiles, comme la raison le veut. Tant s’en faut qu’on prétende qu’un tel ordre puisse exempter les souverains d’avoir des magasins publics, qu’au contraire j’estime qu’il n’en sauraient trop avoir, et qu’après les avoir amassés, ils doivent établir de si bons ordres pour les conserver, qu’il ne soit pas libre aux gouverneurs, à qui par raison la dispensation en appartient, de les dissiper mal-à-propos, ou par pure négligence, ou par le désir qu’ils pourraient avoir de les convertir à leur profit.