Rosa, Lénine et la révolution
306 pages
Français

Rosa, Lénine et la révolution

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Français

Description

La figure de Rosa Luxemburg a souvent été placée au centre des dilemmes "révolution ou réforme sociale" et "socialisme ou barbarie", tout comme une partie importante de sa contribution politique a été développée entre les deux pôles de la révolution des conseils et la critique de l'expérience révolutionnaire bolchevique. Il reste toujours à développer ses apports au regard de thématiques toujours contemporaines (Classes et Crise) qui relancent l'actualité de la pensée et de la pratique de Rosa Luxemburg.

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Date de parution 25 mars 2019
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EAN13 9782140117435
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Exrait

Alessia J. MAGLIACANE
ROSA, LÉNINE ET LA RÉVOLUTION
OUVERTURE PHILOSOPHIQUE DÉBATS
Rosa, Lénine et la Révolution
Ouverture philosophique Collection dirigée par Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques. Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Roberto MIGUELEZ,Sur la rationalisation, Essais, 2019. Hamdou Rabby SY,Déconstruire l’imposture identitaire, Humanisme et éthique de la déconstruction, 2019. Jean-Michel CHARRUE,La philosophie néo-platonicienne de l’éducation, Hypatie, Plotin, Jamblique, Proclus, 2019. Komi KOUVON,La responsabilité éthique dans les sociétés postcommunicationnelles, 2019. Nikos FOUFAS,De la force et de la violence chez Thucydide, 2019. Christian MARTIN,L’amour de l’art ou l’évanescence du discours,2019. Lauréline CHRETIEN,Amour libre et anarchie,La révolution sexuelle selon E. Armand,2019. Marie-Pierre FRONDZIAK,Croyance et soumission, De la critique de la religion à la critique sociale, réflexions à partir de Spinoza et Freud, 2019. Karim BEN HAMIDA,L’utopie du cerveau global. Le web 2.0 et la construction sociale de la connaissance, 2019. Enrique DUSSEL,Vingt thèses de politique,2018. Fabrice MOUSSIESSI,Essai d’épistémologie comparative chez Imré Lakatos. Pour une nouvelle interprétation de la rationalité scientifique,2018.
Alessia J.MAGLIACANERosa, Lénine et la Révolution
© L’Harmattan, 2019 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-16628-5 EAN : 9782343166285
Les institutions de la Révolution et la pratique du Socialisme
Le mouvement universel du prolétariat vers son émancipation intégrale est un processus dont la particularité réside en ce que, pour la première fois depuis que la société civilisée existe, les masses du peuple font valoir leur volonté consciemment et à l’encontre de toutes les classes gouvernantes, tandis que la réalisation de cette volonté n’est possible que par-delà les limites du système social en vigueur.
LUXEMBURG,Centralisme e démocratie[1904, 1997 : 132]. L’approbation de principe du régime parlementaire est l’aveu sincère d’un indélébile esprit intérieurement bourgeois.
GROSS,Du parlementarisme[1919, 2011 : 150]. Tout objectif essentiellement révolutionnaire nie la légitimation morale de l’existence des ordres juridiques présents et passés ainsi que leur actualité historico-philosophique ; il transforme donc en une question exclusivement tactique le fait de savoir s’il faut compter en général avec les ordres juridiques et, si oui, dans quelle mesure.
LUKÁCS,Tactique et éthique[1919, 1973 : 389].
C’est dans l’analyse clairvoyante et puissante de Rosa Luxemburg du « mouvement universel du prolétariat vers son émancipation intégrale » que résidentetla critique la plus farouche à la tendance révisionniste de la social-démocratie allemande, telle qu’elle se présente dans l’exposé d’Edouard
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1 Bernstein , qui met en questionle passageau régime même 1 socialiste ,etdes conséquences des grandes l’évaluation
1  Voir la série d’articles publiés par Bernstein sur lesProblèmes du socialisme et parus dans laNeue Zeit, en 1897-1898, et notamment dans son livre intituléSocialisme théorique et social-démocratie (1912 pour la traduction française) d’après lequel un écroulement général du capitalisme s’avère de plus en plus improbable, grâce à une capacité d’adaptation manifestée par ce système, qui lui fait conclure que la lutte pratique de la social-démocratie ne doit pas tendre vers la conquête du pouvoir politique, mais vers l’amélioration de la situation de la classe ouvrière et donc vers l’institution du socialisme non à la suite d’une crise sociale et politique, mais au moyen d’une extension progressive du contrôle social et d’une application graduelle du principe de la coopération (arguments qui, par ailleurs, seront repris d’une manière presque opposée, favorisant l’autogestion des conseils, par Gramsci). Dans sonRéforme sociale ou Révolution ?(1899), Rosa Luxemburg se livre à une analyse pénétrante des moyens d’adaptation dont parle Bernstein et des conséquences pratiques des thèses (opportunistes) du révisionnisme en général quant au fondement scientifique du socialisme, et, en premier lieu, le fait que celui-ci cesseraitd’être objectivement nécessaire. Comme nous le lisons dans la première partie de ce travail d’économie politique : « en un mot, ce que nous obtenons ainsi, c’est une motivation du programme socialiste au moyen de la ‘connaissance pure’ ». La théorie du révisionnisme est placée devant un dilemme : «Ou bienla transformation socialiste est la conséquence des contradictions internes du régime capitaliste (…), et alors, en même temps que ce régime, se développent également les contradictions qu’il contient, (…), mais alors les moyens d’adaptation sont inefficaces (…).Ou bienles ‘moyens d’adaptation’ sont réellement en état d’empêcher un écroulement du système capitaliste et de rendre, par conséquent, le capitalisme capable de se maintenir en vie, donc de supprimer ses contradictions, mais alors le socialisme cesse d’être une nécessité historique, et il est alors tout ce qu’on veut, sauf le résultat du développement matériel de la société ». LUXEMBURG,Réforme sociale ou Révolution ?[1899, 1997 : 38-39]. N. d. A. : Là où le signifié de l’écriture ne se prêtait pas à malentendus ou à ambigüités politiques, on a préféré proposer une traduction en français effectuée par l’autrice ; par contre, là où le texte était susceptible d’être interprété (ou concrètement a été interprété) selon les différentes e visions du marxisme du XX siècle, on a préféré citer le texte en langue originale. Finalement, là où un débat s’était développé à partir de certains mots-clés du débat marxiste, l’autrice a tenté de rendre compte de ce débat (i.e., lorsqu’il y avait une présentation des textes de Rosa 8
décisions prises par les chefs bolcheviks, au lendemain de la prise du pouvoir par insurrection durant Octobre : notamment la dissolution de l’Assemblée constituante et l’abolition des libertés formelles. Alors même qu’à la tendance bolchevique revient le mérite historique d’avoir compris les vrais intérêts de la Révolution, en tant que seul parti qui poursuivit une politique réellement socialiste. Ce fut ainsi, souligne Rosa Luxemburg dans son essai sur la Révolution russe, la force motrice qui seule pouvait sauver la démocratie et pousser la Révolution en avant par rapport au premier stade dirigé par les « cadets », le parti constitutionnel 2 démocrate apparu en 1905, de la République bourgeoise. D’ailleurs, lire les évènements de Février comme une modernisation démocratique avec l’introduction de certains droits pour tous, et des institutions électives, nous ferait oublier qu’en 1917 en Russie le mot démocratie n’était pas utilisé en opposition à dictature ou à « Etat policier » Luxemburg qui ont souvent anticipé la publication même des textes originaux de Rosa). 1 Sur la situation des intellectuels en 1919, confrontés « à un problème psychologique énorme » qui est en fait « une interrogation interne sur la nature profonde et les arrière-plans de l’échec de la révolution en Allemagne », le psychanalyste anarchiste Otto Gross soulignait : « L’opposition caractéristique entre le révolutionnaire et le conservateur est plus lourde de conséquences et sépare davantage que la race, le sexe, la culture ou la classe ». GROSS,Situation des intellectuels[1919, 2011 : 145]. 2  Il ne fait aucun doute, souligne Rosa Luxemburg, qu’à ces deux questions, celle de la politique internationale pour une paix immédiate et celle de la terre, étaient liés les destins mêmes de la bourgeoisie libérale, e de la classe des entrepreneurs européens au début du XX siècle, et de la République. En somme, si la révolution reprenait en mars 1917 au point exact où la précédente avait interrompu son œuvre, dix ans auparavant, et que la République démocratique était le produit tout prêt, tout le pouvoir aux masses ouvrières et paysannes, tout le pouvoir aux soviets, « c’était là en effet le seul moyen de sortir de la difficulté où se trouvait engagée la révolution, c’était là le coup d’épée qui pouvait trancher le nœud gordien, tirer la révolution de l’impasse et lui ouvrir un champ de développement illimité ». LUXEMBURG,La Révolution russe[1918, 1997 :155-157]. 9