Seul le devoir nous rendra libres
30 pages
Français

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Seul le devoir nous rendra libres

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Description


Campagne présidentielle 2012 !






Son diagnostic est décapant. Ses solutions sont radicales. Dominique de Villepin livre les raisons profondes de son combat politique et dévoile le projet qu'il nous propose pour redresser la France. Un projet qui s'articule autour de trois idées : le devoir, la dignité des citoyens et l'indépendance de la France.






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Informations

Publié par
Date de parution 23 février 2012
Nombre de lectures 43
EAN13 9782749125831
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture

Dominique de Villepin

SEUL LE DEVOIR
NOUS RENDRA LIBRES

COLLECTION DOCUMENTS

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Directeur de collection : Arash Derambarsh

Couverture : Laetitia Queste.
Photo de couverture : Photo © Patrick Kovarik/AFP

© le cherche midi, 2012
23, rue du Cherche-Midi
75006 Paris

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ISBN numérique : 978-2-7491-2583-1

du même auteur

Les Cent-Jours ou l’esprit de sacrifice, Perrin, 2001.

Le Cri de la gargouille, Albin Michel, 2002.

Éloge des voleurs de feu, Gallimard, 2003.

Un autre monde, L’Herne, 2003.

Le Requin et la Mouette, Plon, 2004.

Histoire de la diplomatie française (en coll.), Perrin, 2005.

L’Homme européen (avec Jorge Semprun), Plon, 2005.

Le Soleil noir de la puissance, Perrin, 2007.

Hôtel de l’insomnie, Plon, 2008.

La Chute ou l’Empire de la solitude, Perrin, 2008.

La Cité des hommes, Plon, 2009.

Le Dernier Témoin, Plon, 2009.

De l’esprit de Cour. La malédiction française, Perrin, 2010.

Notre vieux pays, Plon, 2011.

DEVANT VOUS

Devant ma page, je suis devant vous. Dans ce temps politique, l’image télévisuelle est partout, car c’est la loi d’une démocratie moderne. Mais l’écrit installe une relation différente : un engagement plus solennel, plus profond. Ces pages sont un lieu de rencontre entre nous, où il y a peut-être moins de spectacle qu’à la télévision, moins d’enthousiasme que dans un meeting, mais aussi plus de réflexion, plus de conscience. Écrire, c’est donner sa parole. Écrire, c’est se préparer à assumer ses actes.

 

Depuis que je me suis engagé dans cette magnifique aventure qu’est le service de la France et des Français, je ne cesse de vous côtoyer, de croiser vos regards, de partager mes réflexions avec vous, d’écouter ce que vous avez à dire et parfois à crier au responsable politique que je suis.

 

Je me présente à vous, et vous avez donc le droit de savoir qui je suis. C’est la moindre des choses. C’est pourquoi je veux me présenter en tant que personne, le plus simplement possible.

 

Je suis issu d’une famille de militaires, qui était tout à la fois traditionnelle et très ouverte, respectueuse de la liberté de l’esprit. J’y ai trouvé l’exigence de l’effort et du dépassement de soi, l’attachement aux valeurs familiales, un catholicisme pratiquant, l’amour de l’armée, un patriotisme intransigeant qui a conduit certains de ses membres à perdre la vie sur le champ de bataille, ou à rejoindre le maquis pendant la dernière guerre.

Il n’y a rien dans ces traditions dont j’aie honte, dont je sois gêné de parler, bien au contraire, car cette famille a exactement rempli le rôle qu’elle s’était assigné vis-à-vis de moi : me donner, avec ces valeurs, la chance extraordinaire de trouver ma voie et de m’y engager.

 

D’un côté, la tradition, de l’autre, la liberté. Grâce à ma famille, ce sont pour moi, depuis toujours, les deux faces d’une même pièce. Tout en étant issu d’un milieu favorisé, je déteste l’esprit des héritiers, la bêtise des rentiers, parce que l’éducation que j’ai reçue m’a protégé des préjugés de mon milieu. En cela, mon éducation fut profondément française et républicaine.

J’ai longtemps été un « mauvais élève », un « cas » presque, voué à un baccalauréat facile et sans débouchés prestigieux ; et puis un beau jour, à force de travail, mais surtout à force de chercher quelle serait ma voie, tout s’est dénoué, et celui qui n’avait pas la « tête d’un premier de la classe », comme me l’a dit un jour un camarade, l’est devenu. J’ai ressenti pendant mon parcours scolaire, tant en France qu’à l’étranger, une révolte contre l’étroitesse des critères d’excellence, et donc de jugement, appliqués aux élèves. Cette hiérarchisation entre les « bons », destinés au baccalauréat scientifique, et les « moins bons », relégués dans des filières sans prestige, n’a aucun sens. À un moment, j’ai été poussé vers ces « voies de garage ». Mes maîtres me faisaient alors bien sentir que mon destin social se jouait, que j’étais condamné à de petits rôles dans la société, et à voir indéfiniment les bons élèves, comme des météorites, traverser le ciel de la réussite au-dessus de mes yeux. Ce faux lien entre réussite et critères scolaires étroits a quelque chose de mortifère, dans la mesure où il abîme l’estime de soi d’élèves qui ne parviendront pas à s’engager dans la voie des grandes écoles. Le but de cette éducation étroite, punitive dans son principe, n’est pas de découvrir et faire fructifier des dons, mais de trier aveuglément. Or, la véritable excellence, c’est de réussir sa vie.

 

Réussir sa vie, c’est s’épanouir personnellement dans un rapport harmonieux avec la collectivité. C’est donner et recevoir. Pour donner, il faut avoir cultivé ses dons. Si vous installez quelqu’un dans l’idée qu’il a raté son entrée dans la société parce que son parcours scolaire n’a pas correspondu aux critères d’excellence étroits qui sont les nôtres aujourd’hui, il n’aura pas grand-chose à donner, à part sa révolte. Et il n’aura pas grand-chose à recevoir non plus, à part le minimum qu’une société accorde à ses éléments marginaux. C’est cette dialectique qui doit être cassée. Il est plus que temps de réconcilier méritocratie et diversité des dons. Il est temps que la transmission des savoirs se fasse au profit des personnes, et non pas pour récompenser des modèles de conformisme et de docilité.

 

Ce regard de contestation active sur la manière dont la réussite dans la vie était conçue par le système scolaire, je le posais aussi sur les réalités sociales que je découvrais. Les circonstances ont voulu que je passe une partie de ma jeunesse au Venezuela. Dans ce pays et à cette époque, les écarts entre pauvres et riches atteignaient des niveaux inhumains. Il aurait fallu être dénué de sensibilité pour ne pas être indigné par la condition faite aux plus humbles. Le milieu catholique associatif m’offrait la possibilité d’agir, et j’ai en effet donné de mon temps pour des œuvres sociales. C’était l’évidence, et je n’en tire aucune fierté particulière. L’indignation a été le premier moteur de mon engagement dans la société. L’indignation devant quoi ? Devant ce que je voyais : une vie sociale sans fraternité, dans laquelle les pauvres n’existaient pas aux yeux des riches. L’indignation devant le mépris, non pas ce mépris, parfois juste, qui a les traits de la colère, mais le mépris de celui qui ne veut pas voir la misère, parce qu’il a décidé que son prochain n’existe pas, n’a donc droit à rien, et surtout pas à un regard où son humanité pourrait se révéler. La peur de regarder ce qui vous met en cause, la peur de voir l’obscénité de sa richesse par rapport à l’étendue de la misère de son prochain, voilà ce qui me révoltait. C’est vrai, c’est une affaire de sensibilité, et même de passion, de colère, face au scandale que je voyais. Depuis cette expérience fondatrice, j’ai toujours considéré que la passion n’est pas honteuse, car elle change l’ordre des choses.

 

Pendant cette période, je rêvais la France, comme tous les exilés. On espère plus de la France quand on est loin d’elle. On est aussi tenté de l’idéaliser. Quand il dure, l’exil peut tuer le sentiment concret de la patrie, qui ne devient plus qu’un objet de fantasmes. Mais, en ce qui me concerne, j’ai vu dans le regard de mes amis sud-américains le prestige de mon pays, le halo de sympathie qu’il suscite, l’admiration pour ses œuvres, la passion pour sa culture. J’ai réalisé que j’appartenais à une nation dont on peut être fier sans orgueil. Un peu comme le seul mot « Alpes » déclenchait chez Stendhal un bonheur inouï qu’il décrit dans son Journal, grâce à la promesse d’Italie qu’il y entendait, le drapeau français fut pour moi, pendant cette période, une sorte de promesse d’avenir. Le registre de ma relation pour la France est d’abord sensible, car mon amour du pays est à la trame même de mes impressions de jeune expatrié. Nous avions des séances de projection de certains paysages et sites français dans mon école, à Caracas, et c’est au cours d’elles, en m’imprégnant de leurs beautés, que mon sentiment d’appartenance à la nation s’est forgé, d’autant plus fort qu’il était nourri de l’espoir qu’un jour proche, je reviendrais au pays.

 

J’y suis revenu et la réalité que j’ai découverte ne ressemblait pas à mes rêves. De retour à Paris, pour mes études supérieures, j’ai été vite déçu par le conformisme, la détestation de ce qui s’épanouit, de ce qui réussit, et par une forme de haine du bonheur et d’esprit de jalousie. Conformisme de ces militants de gauche, que je fréquentais pourtant et que j’aimais beaucoup, croisés à Nanterre, qui dévidaient leurs interprétations absconses des problèmes de l’Université, avec le seul souci qu’elles soient intellectuellement conformes à la doctrine, sans chercher à apporter des solutions intelligentes, humaines et concrètes. Conformisme de ces jeunes technocrates de l’ère giscardienne qui ne sortaient pas de cette pensée pseudo-moderniste et technicienne dans laquelle je voyais une passion triste, celle d’abaisser la France, de la ravaler, de la réduire à une puissance économique moyenne dont le passé, la passion et le sens étaient absents. La victoire de François Mitterrand en 1981 fut celle du sens sur la platitude, du désir de transformation sur le conformisme, de la volonté sur la médiocrité, et de l’idéalisme sur le matérialisme, avant d’être celle de la gauche sur la droite.

Je voyais en plus – le mot n’est pas trop fort – une haine de l’enthousiasme chez les élites ; pas toutes, bien sûr, mais je la ressentais comme un état d’esprit dominant. C’est une vieille maladie des classes supérieures françaises. La préférence pour le cynisme les conduit à trouver la générosité superflue, l’enthousiasme idiot, et à penser que la volonté est une impasse face au mur des puissances établies. Seuls leur importent l’ordre des choses et la manière d’en tirer parti. Voltaire le disait en se moquant : « Il n’y a rien de plus respectable qu’un ancien abus. » Respecter et faire respecter les injustices établies pourvu qu’elles vous profitent… C’est un savoir-faire que beaucoup de jeunes gens que j’ai croisés à l’époque avaient appris et accepté dans son principe. Je le leur laisse. Je n’étais pas fait pour ce que j’ai appelé plus tard « l’esprit de Cour ». Stendhal notait que nous sommes un pays de vanité, du moins en haut de la société. Il voulait dire simplement que nous jugeons beaucoup par les apparences que nous donnent les places, les statuts, la position, et non par rapport à la réalité des talents, et à la satisfaction qu’il y a de les voir s’épanouir. C’est vrai, singulièrement dans l’élite scolaire que je fréquentais, et c’est triste. De là vient que beaucoup sont à genoux devant et pour le pouvoir, devant l’argent, devant les symboles. Et en dehors de cela, ils ne voient rien. La véritable vie de la société leur est un mystère impénétrable, parce qu’ils sont tout entiers dans la sphère des intérêts du pouvoir établi, et ils ne savent pas comment on crée, comment on vit, comment on souffre ailleurs. Ils ne le savent pas, et cela ne les intéresse pas. Avant même d’entrer dans la carrière, ils ont un état d’esprit de vieux courtisans. Naturellement, j’avais aussi des camarades remarquables, dévoués à l’intérêt général, mais je n’en avais pas moins repéré chez beaucoup ce phénomène de renoncement à la vraie vie, d’enfermement volontaire dans les sujétions de l’existence d’un courtisan. J’en ai tiré une leçon : il fallait que les hommes de pouvoir pour lesquels je serais amené à travailler sachent d’emblée que je n’étais pas de la race des courtisans. Lorsque j’ai rencontré Jacques Chirac pour la première fois, c’était à l’occasion de la préparation d’un discours international où je ne ménageais pas mes critiques. Jacques Chirac a compris le message : mon but était de servir, y compris en prenant le risque de ne pas être orthodoxe. Servir n’est jamais flatter. La question du courtisan est : « Que veut entendre le pouvoir ? » La question du serviteur de l’État est : « Quel est l’intérêt général ? »

 

Le pouvoir peut détruire l’équilibre de la vie d’un homme, en ce sens qu’il est obsédant, absorbant, et que sa conquête ou son exercice peuvent éloigner un esprit de ses bases, de ses valeurs, de son point d’harmonie. C’est à la culture que je dois mon équilibre. À toute la culture, française naturellement, mais aussi les cultures du monde et des pays où j’ai servi, comme en Inde. Dans la lecture notamment, je trouve une vie plus large que la mienne, dans laquelle ma propre vie prend sens. Après avoir lu, on revient, comme après un voyage, différent et enrichi.

 

Après ma scolarité qui s’est achevée à l’École nationale d’administration, j’ai entamé une carrière de diplomate, et, à partir de là, je suis passé à des fonctions plus politiques. Le reste de mon parcours est connu. Ce qui l’est moins, ce sont les sentiments qui m’ont animé, et qui me conduisent devant vous aujourd’hui.

 

En effet, à regarder mon parcours de l’extérieur, je comprends que l’on puisse penser : il a eu la chance de croiser Jacques Chirac. Il a su gagner sa confiance et il a fait la carrière qui allait avec. Ce que je veux vous dire, c’est que chaque étape de cette carrière fut identifiée dans mon esprit à un combat. La question n’a jamais été de prendre un poste, mais toujours : pour quoi faire ? Dès lors que la mission a été claire et la priorité définie, j’ai pris mes responsabilités. Ce furent des responsabilités politiques au sommet de l’État.