Socialisme : un combat permanent

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L’élimination de Jean-Luc Mélenchon et de Benoît Hamon, dès le premier tour de l’élection présidentielle de 2017, et la cuisante défaite de la gauche aux législatives prouvent plus que jamais la nécessité de l’union des forces progressistes et d’un éventuel Bad-Godesberg pour les socialistes. On peut espérer que les socialistes réformistes et les sociaux-démocrates sauront tirer les leçons de l’Histoire face à un capitalisme sournois et capable d’adaptation, sous la forme du libéralisme moderne et de la mondialisation tout en restant cependant victime d’une maladie chronique : la crise. Si l’on se penche sérieusement sur l’élimination du Parti Socialiste et de la France insoumise à l’élection présidentielle, on constatera néanmoins que la gauche s’est globalement bien défendue. L’union aurait permis de franchir au moins le cap du premier tour. Elle aurait dû éviter l’éparpil­lement de voix en se rassemblant davantage. Cela laisse supposer que les dernières défaites de la gauche sont surtout le fruit amer de l’inconscience et du manque de solidarité, voire de pragmatisme. « Il faut aller à l’idéal et comprendre le réel », disait Jean Jaurès. Après avoir confronté les idées à la pratique du pouvoir, après s’être contredit et avoir été incapable de faire la révolution, à l’exception de quelque réforme, le Parti Socialiste saurait-il révolutionner le XXIe siècle ? Deuxième édition, revue et augmentée.

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EAN13 9791091580212
Langue Français

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1.Du même auteur 2.Hors-Texte-1 3.Hors-Texte-2 4.Avant-propos 5.Introduction 6. Première partie : Héritage du socialisme 7. Citation - Jean-Jacques Rousseau 8. Chapitre I - De la crise à l'Est à la crise à l'Ouest 9. Chapitre II - De Babeu à Proudhon 10. Chapitre III - De Marx à Lénine 11. Chapitre IV - De Jaurès à Blum 12. Chapitre V - Qu'est-ce que le socialisme ? 13. Deuxième partie - La maladie infantile du socialisme 14. Citation - Édouard Guiton 15. Chapitre VI - De la politique 16. Chapitre VII - Socialisme et mouvement ouvrier 17. Chapitre VIII - Les congrès de l'histoire du socialisme français 18. Chapitre IX - La naissance du parti collectiviste 19. Chapitre X - Un nouveau projet socialiste 20. Bibliographie 21. Index des noms 22. Ouvrages déjà parus 23. L'Atelier de l'Égrégore
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Jacques LAUDET Gaspard-Hubert LONSI KOKO
Socialisme : un combat permanent
Tome I Naissance et réalités du socialisme
Collection Démocratie & Histoire
Deuxième édition, revue et augmentée ISBN : 979-10-91580-21-2 – EAN : 9791091580212 © L’Atelier de l’Égrégore, 2017 SIRET : 4874655360002 – courriel : atelieregregore@gmail.çom En France, le code de la Propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation des ayants droit. Cette pratique s’est généralisée au point que la possibilité pour les auteurs de créer des œuvres nouvelles est aujourd’hui menacée.
Avant-propos
Cet ouvrage sur les différents courants du socialisme est le fruit d’une rencontre entre deux camarades et amis, Jacques Laudet et Gaspard-Hubert Lonsi Koko, anciens militants de la section François Mitterrand, du Parti Socialiste, dans le quinzième arrondissement de Paris. L’un a connu la Convention des Institutions Républicaines (CIR) de François Mitterrand, au moment des grèves de mai 1968 ; l’autre, ancien réfugié politique natif de Kinshasa, a adhéré au Parti Socialiste français en 1995, après avoir fui, en août 1983, le régime totalitaire du maréchal Mobutu Sese Seko. Ces deux socialistes nous apprennent que, quelles que soient les péripéties qu’a connues le socialisme tout au long de son histoire, on retrouve une constante suivant laquelle cette philosophie politique joue un rôle primordial dans le déroulement des événements. De plus, le socialisme est aussi un phénomène universel. Il s’agit d’un humanisme actif dont les répercussions ont des effets sur tous les citoyens des pays d’Europe. C’est pour cette raison, entre autres, que les auteurs ont écrit cet ouvrage. Le socialisme n’est pas né d’hier ; c’est une idée qui fait son chemin depuis plus de deux siècles et qui n’a pas fini d’éclairer l’avenir. Son ancienneté suscite la nécessité d’en étudier les origines, dans la mesure où elle témoigne de l’importance de présenter ceux des penseurs socialistes qui ont joué un rôle déterminant en vue de sa pérennisation. C’est pourquoi les auteurs de cet ouvrage décrivent la pensée de la plupart des socialistes des grandes époques à travers leurs parcours et les actions initiées par eux. Ainsi souhaitent-ils aboutir au socialisme d’aujourd’hui. Ils en profitent pour définir, autant qu’il est possible, le socialisme proprement dit. Cette partie historique est importante, car la présentation de chacun de ces penseurs et de leurs thèses ouvre d’emblée le débat. Les auteurs constatentde factoprééminence du marxisme dogmatique, la qu’ils considèrent comme l’obstacle essentiel aux progrès du socialisme au XXe siècle. Cette observation les amène à définir le guesdisme, forme sectaire du socialisme, et à décrire ses évolutions jusqu’à nos jours. Dans cet ouvrage, du moins dans le second tome, il s’agit aussi de se pencher sur l’environnement capitaliste. Celui-ci est examiné dans sa réalité afin de démontrer son imbrication dans la société civile, comment il est à l’origine de l’action des classes sociales qui aliène la vie des travailleurs salariés depuis trois siècles. Si le guesdisme est considéré comme « la maladie infantile du socialisme », les auteurs essaient de montrer que les crises périodiques du capitalisme sont, à vrai dire, une calamité chronique. Ainsi, aboutissent-ils à une analyse de la nature réelle du travail humain, du rôle désormais dominant de la mécanisation et de l’automatisation de la production, ainsi que des circuits économiques fondamentaux ; ils montrent comment une politique socialiste nouvelle et cohérente pourrait enfin émerger à la suite de l’Histoire contemporaine. Même si Jacques Laudet et Gaspard-Hubert Lonsi Koko tentent de décrire longuement les théories socialistes, ils ont veillé à ne pas sombrer dans une approche doctrinale. Voilà pourquoi l’accent n’est pas mis que sur les idéologies connues, non plus seulement sur des faits économiques passés et présents dont ils cherchent à tirer les leçons devant aboutir à un système socialiste aux antipodes du communisme et du capitalisme sauvage. Ce système socialiste serait réformiste et, tout en respectant les lois du marché, en premier lieu la concurrence, en contrôlerait les excès : c’est-à-dire les monopoles, les oligarchies et,a fortiori, ce prurit du libéralisme sauvage à l’esprit mafieux : la corruption. Cet ouvrage a pour objet de susciter la réflexion et le débat aussi bien parmi les socialistes que chez toutes les personnes intéressées par l’Histoire politique de ces dernières décennies. De plus, comme les auteurs espèrent le démontrer, le socialisme en ce début du troisième millénaire épouse inéluctablement l’avenir. Il est l’aboutissement naturel de toute l’évolution de la société. Mais il reste à en trouver la forme définitive pour en confirmer enfin l’avènement, avec tout ce que cela comporte comme doutes et tergiversations. Conscients du fait que toute action a forcément des répercussions, négatives et positives, sur les conjonctures en cours, Jacques Laudet et Gaspard-Hubert Lonsi Koko rappellent le lien qui lie le passé au présent pour mieux préparer les enjeux à venir. C’est de cette façon que l’on abordera différemment, surtout sérieusement, le futur. Cet essai constitue donc un examen approfondi de l’ héritage socialiste qui a marqué les hommes et les femmes de notre temps. Il privilégie l’esprit de synthèse connu du scientifique, plutôt que celui d’analyse propre à l’historien.
Introduction
Étonnant à plus d’un titre, après avoir été le théâtre de deux Guerres mondiales des plus meurtrières, le XXe siècle a aussi servi de scène à la plus importante manifestation depuis la Révolution française de 1789 : à savoir la Révolution russe de 1917 et son prologue de 1905. À cet égard, le XXe siècle a été aussi riche en actualités que l’avait été le XIXe siècle dont les répercussions ont considérablement amplifié l’Histoire du siècle précédent Or, la dernière décade du XXe siècle a vu évoluer trois expériences, l’une en Europe de l’Est à partir de 1917 et les deux autres en Europe de l’Ouest. Elles ont été des prémices de la réalisation et de l’assise du socialisme. Les deux dernières se sont déroulées dans un pays occidental démocrate et parlementaire, la France, où le Parti Socialiste – sous la houlette de François Mitterrand en 1981, ensuite de Lionel Jospin en 1997 et de François Hollande en 2012 –, arriva à trois reprises au pouvoir par les élections. L’autre s’est passée dans un État au départ sous-développé d’Europe orientale, la Russie, où le Parti Communiste, après avoir appliqué une doctrine marxiste orthodoxe sous la conduite de Lénine, puis de Joseph Staline, avait établi un régime socialiste autoritaire issu de la révolution La première expérience a duré soixante-dix ans à travers la longue période qui s’est étalée pendant le développement industriel de l’énorme Union soviétique, la deuxième quatorze ans et la troisième cinq ans. Il n’en reste pas moins que les trois expériences ont échoué pour des raisons analogues, même si, en France, Lionel Jospin a pu reprendre le flambeau pendant cinq années à la suite de la dissolution hasardeuse de l’Assemblée nationale voulue par Jacques Chirac en 1997 et François Hollande a accédé à la présidence de la République après avoir battu Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2012, mais l’impopularité de la politique menée sous son quinquennat l’empêcherait de briguer un second mandat Cet ouvrage tente d’analyser ces phénomènes sociopolitiques. À cet effet, pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté, le propos est décomposé en deux tomes. Dans le tome I, la première partie montre comment et grâce à qui le socialisme constitue un héritage de l’Histoire. Disséquant celle-ci en époques de développement du socialisme, allusion est faite aux grands socialistes, à l’essentiel de leur vie et à leurs pensées. Dans la seconde partie de ce volume, il est évoqué la manière dont le dogmatisme a gangrené, dès le départ, le socialisme et la Révolution. Le guesdisme, en France, en est l’illustration principale : d’où l’importance de l’analyse de la nature, ainsi que des échos et des répercussions qui se prolongent jusqu’à la période contemporaine. Le tome II s’interrogera sur la façon d’agir. Que faire pour éviter les erreurs ayant été à l’origine des échecs de ces tentatives d’instauration du socialisme au XXe siècle ? Que faudra-t-il entreprendre pour créer politiquement des organisations aptes à la prise du pouvoir démocratique, et à leur maintien à la tête de l’État pendant au moins plusieurs dizaines d’années, sans pour autant recourir à l’aberration de la dictature du prolétariat ? Il s’agira ensuite de faire des propositions pour l’avenir, c’est-à-dire pour le XXIe siècle.
* * *
Dans le premier volume, il est fait le constat de la carence idéologique de l’Europe aussi bien à l’Est qu’à l’Ouest. Deux crises sont donc simultanées : celles du communisme et du capitalisme. Aujourd’hui, en Europe occidentale, des millions de pauvres gens vivent dans la rue et ne mangent pas à leur faim ; après la période d’intense développement industriel et économique de l’Europe et de l’Amérique (les Trente Glorieuses), ce fait montre à quel point le système est boiteux. Jacques Derrida a parlé d’une Nouvelle Internationale de la pauvreté et de la mendicité. Si la crise survenue à l’Est est à l’origine de l’effondrement des structures économiques et sociales mises en place par le communisme, elle a généré, en revanche, des mécanismes favorables à la jungle capitaliste. La misère du peuple est partout galopante. On dirait que le système du libéralisme à l’américaine n’a pu apporter le bonheur et la prospérité, mais, au contraire, a favorisé la pauvreté, la misère, la pénurie avec la soif de s’enrichir pour quelques-uns aux dépens du plus grand nombre. L’Histoire du socialisme peut être décomposée en quatre époques. La première, la plus ancienne, a commencé au début du XIXe siècle. C’est l’archéo-socialisme allant de François Noël Babeuf, dit Gracchus, à Pierre Joseph Proudhon. Les idées socialistes foisonnaient et se développaient davantage, alors que le mot « socialisme » n’était même pas encore inventé. Après Babeuf, dont le martyre est resté célèbre, les deux premiers penseurs socialistes étaient des chefs d’entreprise. Il s’agissait en France de Claude Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon, et de Robert Owen en Angleterre. Ils étaient riches, mais ils voulaient soulager la misère des ouvriers après avoir constaté leur aliénation. L’un comme l’autre s’étaient ruinés dans cette aventure, mais Owen avait pratiquement créé le syndicalisme en Angleterre tandis que Saint-Simon avait été à l’origine du premier Parti Socialiste authentique en France. Dans ces deux pays, les premières sociétés sont nées entre 1820 et 1848. Certains socialistes, comme Louis-Auguste Blanqui, croyaient à la nécessité d’une nouvelle révolution alors que d’autres, comme Charles Fourier, préconisaient une organisation communautaire de la société. Mais, dès la seconde révolution, les premiers socialistes politiques, tel que Louis Blanc, étaient élus
aux élections de mars 1848 ainsi que Pierre Joseph Proudhon et Victor Considérant. Proudhon, dont le socialisme était ouvriériste, s’est attaqué à l’État. Et s’il lançait l’anathème contre les autres socialistes et les communistes, il détestait aussi le jacobinisme. Pour lui, le moyen de la révolution sociale n’était pas politique mais il résidait dans une réforme totale de la société humaine sans État ni partis politiques. Étienne Cabet, quant à lui, s’était affirmé communiste et son livreVoyage en Icarie, paru en 1842, est très renommé. Quant à Victor Considérant, il a préconisé, le premier, un socialisme communal après avoir cru au développement de l’industrie par les machines. Enfin, Pierre Leroux, ami de George Sand – de son vrai nom Amantine Aurore Lucile Dupin – et élu en 1848 à l’Assemblée constituante, a popularisé en France avec ses amis duGlobe, dès 1831, le mot « socialisme » tandis que Proudhon l’utiliserait largement dans ses œuvres. La fin de l’archéo-socialisme était marquée par la révolution et la répression sanglante de juin 1848 qui provoqua le massacre par l’armée de près de 6 000 ouvriers. C’était aussi cette année-là qu’était publié leManifeste du Parti Communistede Karl Marx et Friedrich Engels. La seconde époque du socialisme avait trait au socialisme historique. Elle allait de Marx à Lénine. Pendant cette période, la pensée s’est développée d’une façon désormais décisive. Cette époque, historiquement chargée, qui allait de Napoléon III au congrès de Tours du Parti Socialiste SFIO en 1920, avait été à l’origine de la séparation des socialistes et des communistes. On y a constaté la défaite de 1870 et l’effroyable tuerie de la Commune en 1871, tandis que la Grande Guerre, celle de 1914-1918, était suivie de la Révolution russe en 1917 – celle-ci ayant été précédée, comme cela avait été signalé plus haut, de celle de 1905. Indépendamment de ces événements, il est indiscutable que le plus grand penseur de cette époque était Karl Marx. Ce dernier reste le plus important des socialistes de tous les temps. Seul à avoir intégré sa pensée dans la philosophie globale de l’Humanité, car il a été le premier des grands matérialistes modernes. Ses travaux sont fondamentaux, en particulierL’idéologie allemande, écrite en 1846 et publiée seulement en 1932, à l’aube du fascisme, et ignorée de la plupart des socialistes du XIXe siècle et ceux du début du XXe siècle.L’idéologie allemandeconstitue l’essentiel de la philosophie marxiste dogmatique qui s’est installée dans tous les partis socialistes et communistes de 1883 à 1933, de la mort de Karl Marx à l’avènement d’Adolf Hitler. Plus tard, Karl Marx publieraitLe Capital, étude poussée du mécanisme économique et politique du capitalisme fascisant. Le premier tome était paru en 1867 et les suivants seraient édités, grâce à l’aide financière de son ami Friedrich Engels, en 1885 et en 1894, après la mort de leur auteur. Engels avait aussi assisté matériellement Marx pendant toute sa vie et lui avait assuré, à son décès, une inhumation décente à Londres, pour laquelle il avait signé un contrat d’entretien de la tombe à titre perpétuel avec la municipalité londonienne. Après le décès de Marx, Engels serait cependant l’initiateur de la régression dogmatique du marxisme. En Allemagne, le principal rival de Marx était Lassalle. Ce dernier est hélas mort bêtement en duel, âgé de trente-neuf ans. Ferdinand Lassalle est considéré comme le père de la social-démocratie allemande. À la même époque, en France, Benoît Malon et Paul Brousse, à l’origine du réformisme français, avaient développé les thèses du socialisme municipal et régional : « le socialisme du possible ». Entre-temps, en Russie, le premier marxiste, Gheorghi Plekhanov, n’avait pas hésité à critiquer la Révolution russe de 1905 dont il disait qu’elle n’aurait jamais dû avoir lieu. Il avait osé combattre le bolchevisme. Enfin, Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, était certainement le plus important socialiste de la fin du XIXe siècle. On le considère comme le père du communisme, mais il avait abandonné le marxisme dogmatique avant 1910 et l’avait dénoncé dans la seconde moitié de son œuvre. Il est mort prématurément en 1924, sans avoir eu le temps de modifier sa politique d’origine. Joseph Vissarionovitch Djougachvili, dit Staline, lui succéderait. La troisième époque du socialisme est celle allant de Jean Jaurès à Léon Blum. C’était la période du socialisme moderne, la plus active de la pensée socialiste – ayant couvert outre la Révolution russe, la révolution et la contre-révolution allemandes d’après-guerre, l’avènement d’Hitler, les dictatures fascistes, Staline, la Seconde Guerre mondiale et la révolution chinoise. Le plus grand penseur socialiste de cette époque était évidemment Jean Jaurès. Ce dernier avait dominé non seulement le socialisme français, dont il est resté l’un des plus remarquables, mais aussi le socialisme international. Plus républicain que révolutionnaire, partisan d’un humanisme conciliateur, Jean Jaurès avait reçu des influences diverses : marxiste (lassalienne), syndicaliste-révolutionnaire, 1 utopiste, radicale et chrétienne (Lamennais). Son assassinat par Raoul Villain le 31 juillet 1914 fut, pour tous les socialistes, un coup presque fatal asséné par le fascisme commençant à la cohésion et à la légitimité du socialisme français. Jaurès était un pur réformiste qui définissait un socialisme de conciliation, en y incorporant la société démocratique et la République. Il n’y avait aucune orthodoxie doctrinale dans sa pensée, car il s’adaptait en permanence aux circonstances et aux événements. Il donnerait au courant réformiste ses lettres de noblesse et préciserait son identité en parvenant, sur toutes les grandes questions posées au socialisme, à une solution originale qui lui permettrait de se positionner au centre afin de rassembler. Adversaire des idées dogmatiques de Jules Guesde, Jean Jaurès avait adhéré au socialisme en 1893, au moment où le guesdisme se sclérosait. Il a été sans doute l’homme le plus haï. Créateur du journal L’Humanitéen 1904 sans pour autant avoir connuL’idéologie allemande, œuvre fondamentale de Karl Marx, il était un marxiste humaniste. Il pensait que l’abolition du capitalisme était juste et inévitable parce qu’elle relevait de la morale. Il proclama la nécessité d’une organisation ouvrière toujours plus
forte et son attachement à la Révolution française, ainsi qu’aux droits de l’Homme, est légendaire. Jean Jaurès avait été certainement le meilleur exemple d’acteur politique républicain et démocrate, dans la tradition d’un socialisme réel qui avait servi de modèle à beaucoup de réformistes à travers le monde. L’objectif du socialisme devait être, pour lui, la dignité de la vie. Antagoniste de Jean Jaurès, en Allemagne, Karl Kautsky était apparu comme le théoricien du marxisme dogmatique développé après la mort de Karl Marx. Il avait été longtemps le représentant du Parti Social-Démocrate Allemand à la IIeInternationale et avait partagé avec August Bebel le privilège de parler au nom de Karl Marx. Sa vision de l’avenir était prémonitoire car il avait entrevu la future ruine de l’Angleterre, les décolonisations et la transformation du Moyen-Orient. Kautsky considérait la dictature du prolétariat comme inévitable à l’issue de sa victoire, celle-ci étant inéluctable. Il avait préconisé la création d’un parti fort et organisé pour diriger la classe ouvrière. Cette thèse du « parti de type nouveau », comme disait Friedrich Engels, revenait sans cesse chez les marxistes dogmatiques. Rappelons que Karl Kautsky avait combattu Eduard Bernstein, qu’il traitait de révisionniste et le débat entre les deux hommes était très réputé. Kautsky avait été pris à partie au moment de la Révolution russe par Lénine qui dénonçait chez l’Allemand le manque d’imagination propre aux marxistes dogmatiques. Quant à Eduard Bernstein, il est aujourd’hui considéré, après l’effondrement du communisme au pied du mur de Berlin, comme celui qui avait eu raison avant les autres. Il avait été qualifié de révisionniste, car il niait le déterminisme de la fatalité du socialisme. Bernstein pensait que le nombre de riches et de possédants augmentait, ce que la période actuelle confirme largement à cause du sacre du régime libéral. Pour Eduard Bernstein, le mouvement représentait tout et le but n’était rien. Il ne croyait guère au conditionnement des masses par l’économie et avait constaté l’existence des classes moyennes dont le nombre ne cessait d’augmenter, ce qui serait confirmé à la fin du XXe siècle. Il défendait la démocratie et n’accordait aucun crédit à la dictature du prolétariat. L’œuvre de Bernstein est importante, car elle dénonce tous les arguments orthodoxes du marxisme dogmatique. Ses adversaires l’avaient accusé d’avoir abandonné la révolution au profit du réformisme ; c’est un fait que Bernstein, pourtant ami de Friedrich Engels, avait d’abord été réformiste comme Jean Jaurès. En Autriche, Otto Bauer deviendrait aussi un marxiste dogmatique, mais il soutiendrait ses thèses de façon modérée. C’était surtout un adversaire des chrétiens-sociaux, dont il dénonçait la duplicité. Il défendait un socialisme municipal et régional. À la modération d’Otto Bauer avaient répondu la prévoyance et la fougue d’Antonio Gramsci. Ce dernier avait appartenu à la gauche socialiste italienne, avant de devenir communiste après la Révolution russe. Reconnaissons-lui toutefois le fait d’avoir dénoncé le premier, sur le plan théorique, les risques de la dictature stalinienne. Gramsci s’était adressé à la classe des producteurs pour former une nouvelle civilisation, l’« Ordre Nuovo ». Il était considéré comme le père de la ligne d’évolution eurocommuniste du Parti Communiste Italien, jusqu’à sa mutation sociale-démocrate récente et sa transformation en Parti Démocratique de la Gauche. Avec Léon Blum, disciple de Jean Jaurès, on retrouve un réformisme humaniste qui encourageait un socialisme rationaliste et universel. Obligé de diriger le Parti Socialiste SFIO de 1920 à 1940, Léon Blum se heurterait toujours au dogmatisme des guesdistes, incarné par Paul Faure, le Secrétaire général de la SFIO, qui achèverait sa carrière à Vichy. Le guesdisme est apparu simpliste à Blum. Ce dernier refusait l’injustice sociale, l’inégalité des chances. Pour lui, « le socialisme [était] un choix délibéré. C’[était] une morale, presque une religion ». Léon Blum était le plus éminent des socialistes français de l’entre-deux-guerres. Son œuvre littéraire est important et son pouvoir de conviction demeure total. La période du socialisme moderne fut certainement la plus fructueuse sur le plan doctrinal. C’était aussi celle où des événements nombreux et importants ont constitué, côtoyant la pensée de tous ces grands leaders socialistes, un théâtre particulièrement révélateur de pratiques historiques. Enfin, François Mitterrand était un réformiste, à l’image de Jean Jaurès et de Léon Blum de la même façon que Lionel Jospin après sa période lamberto-trotskiste, qui a prolongé sa démarche de 1997 à 2002, et François Hollande qui a été élu président de la République française pour un mandat de cinq ans. Véritable homme de pouvoir, Mitterrand savait manier la synthèse en bon héritier de leaders du courant radical-socialiste ayant joué un grand rôle dans les combats entre factions socialistes. La quatrième période est celle du socialisme contemporain. Face à leurs adversaires réactionnaires et même à leurs partenaires républicains et radicaux, la position rigide des socialistes a rendu difficile le rôle du Parti Socialiste. Mais pour la première fois en France, le 10 mai 1981, les socialistes ont pu prendre le pouvoir grâce au suffrage universel. Pouvoir qu’il perdrait totalement en 1995 et reprendrait partiellement en 1997 avec Lionel Jospin et totalement en 2012 avec François Hollande. C’est donc dans la dernière partie de l’époque du socialisme moderne qu’a démarré l’expérience socialiste française avec la prise du pouvoir par grâce au pragmatisme de François Mitterrand. Mais le socialisme contemporain a fait ses premiers pas dans l’ambiguïté doctrinale, réformisme et marxisme dogmatique y coexistant simultanément. C’est pour cette raison qu’il a tourné court d’abord en 1988, puis en 1993 : d’où l’importance d’analyser le marxisme dogmatique qui s’était développé dans la dernière décade du XIXe siècle, dont la base était, en effet, le positivisme d’Auguste Comte. Cependant, le caractère du positivisme et de son produit, en l’occurrence la sociologie, est de plus en plus remis en cause. Cela rejoint la boutade de Raymond Aron selon laquelle :
« La sociologie paraît être caractérisée par une perpétuelle recherche d’elle-même.
Sur un point et peut-être sur un seul, tous les sociologues sont d’accord : la difficulté de définir la sociologie. »
Or, les marxistes dogmatiques, en premier lieu Friedrich Engels, conçurent l’héritage de Karl Marx dans l’optique de la philosophie positiviste. Ils y étaient entraînés par le considérable développement des sciences et des techniques à la fin du XIXe siècle. Après l’avènement de la machine à vapeur et avant celle du métier à tisser au XVIIIe siècle, l’industrie électrique naquit en 1879 avec la machine de Zénobe Gramme ; l’invention du mot « aviation » par Gabriel de Lalandelle fit son apparition en 1863, alors que Clément Ader ne volerait pour la première fois qu’en 1890 au château d’Armenvilliers. L’automobile fut fabriquée entre les années 1860 et 1890, grâce à l’ usage des premiers moteurs à explosion ; la pneumatique gonflable de Michelin fut inventée en 1895 et la métallurgie de l’aluminium en 1900. En conséquence, le développement du marxisme dogmatique avait accompagné l’impressionnant essor industriel de la fin du XIXe siècle, tout en ignorant l’humanisme de Karl Marx et en s’appuyant sur la philosophie d’Auguste Comte. La sociologie, telle que la concevait Auguste Comte, ne figurait pas dans l’œuvre de Marx. C’étaient les marxistes dogmatiques – tels que Jules Guesde, Karl Kautsky, August Bebel – qui, à la suite de Friedrich Engels, avaient fait l’amalgame entre le positivisme et leur interprétation duCapitalKarl de Marx. C’est pourquoi le caractère scientiste succinct de la philosophie positiviste a imprégné autant le marxisme dogmatique qui, sévissant encore aujourd’hui, a été la cause, entre autres, de l’effondrement soviétique. Et c’est parce que le scientisme a influencé pratiquement tout le XXe siècle, imposant une vision étriquée du modernisme, que le marxisme dogmatique a pu se développer et s’implanter dans tous les partis socialistes et communistes à la même époque. C’est seulement la publication en 1932 des œuvres initiales de Karl Marx, en particulierL’idéologie allemande, qui a montré que l’humanisme marxiste n’avait aucun lien avec cette vision mécaniste de l’Histoire. Mais, dès la fin du XIXe siècle, des socialistes réformistes, notamment Jean Jaurès et Eduard Bernstein, ainsi qu’au XXe siècle, Léon Blum et Antonio Gramsci, se sont battus contre cette grave déviation, qui devait aboutir en Russie au stalinisme, ainsi qu’à son totalitarisme antidémocratique et cruel, aux antipodes du socialisme. Ce constat débouchera sur la question de savoir ce qu’est le socialisme. Est-il une conception de la société dans laquelle l’Homme prime sur l’argent ? Est-il aussi devenu la seule vision humaniste claire de la politique moderne depuis deux siècles ? Notons que le mot « socialisme » est issu des idées de la bourgeoisie intellectuelle et a rejoint le mouvement ouvrier. Cette doctrine politique accompagne inévitablement la démocratie. Lorsqu’il lui est arrivé de la nier, voir de la renier, comme en ex-URSS, la société s’est effondrée. De nombreux critères caractérisent le socialisme, en particulier les notions de socialisation des instruments de production et d’échange, d’internationalisme. Le socialisme diffère d’un pays à l’autre, mais en ce début du XXIe siècle, certes douloureusement, une philosophie commune se dégage clairement. Il faut cependant comprendre comment les masses populaires le reçoivent et réagissent aux problèmes politiques. La politique n’existe pas par elle-même, pas plus que l’économie ou la géométrie. La politique, c’est l’affaire de tout le monde, l’affaire générale. Elle concerne tous les individus vivants, les citoyens, les travailleurs au plus profond d’eux-mêmes, dans leur subjectivité propre. Il n’y a pas de politique quand la démocratie est inexistante. Nier la démocratie en politique, c’est faire abstraction de la vie intime de chacun. De plus, les convictions politiques sont parfaitement subjectives et rarement raisonnées. Le marxisme dogmatique, au contraire, prétend que les réalités rationnelles, économiques et sociales conditionnent à l’avance la pensée publique. De ce fait, l’individu vivant conserve son libre arbitrage par le suffrage universel. Ainsi la politique relèvera-t-elle de la simple initiative personnelle au profit de l’affaire générale, de la gestion de la chose publique. Cependant, « la langue de bois » persiste et met toujours en avant le concept de « peuple » qui reste étranger à la vie et au citoyenlambda. Pourtant, les électeurs se prononcent en faveur des représentations qui agiront au nom du peuple. L’État se crée et une administration se met en place. Le danger, c’est l’enracinement de la bureaucratie lourde et irresponsable. En tout cas, c’est l’expression « socialisme scientifique », qui a été choisie par Jules Guesde sur une idée de Friedrich Engels pour désigner le marxisme orthodoxe, que nous qualifierons de dogmatique. Ce socialisme scientifique a dominé seul toute la pensée pseudo-marxiste pendant plus de cinquante ans, de la mort de Karl Marx en 1883 à l’année de la publication deL’idéologie allemandeen 1932. Mais il est nécessaire de l’analyser pour mieux comprendre ses implications. À cet effet, il serait judicieux de comparer l’histoire des mouvements ouvrier et socialiste. Le parallèle entre eux montre que l’un émane du domaine socio-économique, alors que l’autre est le fruit du politique. Ils ont pourtant chacun une relation différente avec le phénomène révolutionnaire et le monde ouvrier. Rappelons surtout que le mouvement socialiste a été conçu et s’est développé en l’absence de relation directe avec le monde ouvrier. Karl Marx assignerait, cependant, à la classe ouvrière la mission d’instaurer le socialisme. Mais le socialisme scientifique, c’est-à-dire dogmatique, l’affecterait au contraire au parti de type nouveau, comme le prônaient Jules Guesde et ses adeptes, parti dont la composition sociologique n’était pas essentiellement ouvrière, et qui assumerait quand même le rôle de guide de cette classe sociale. C’est le socialisme scientifique qui était à la base de la philosophie communiste des pays d’Europe de