Soldats et citoyens

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La nationalisation de la force armée par la conscription introduit une tension irréductible entre citoyenneté et discipline et pose concrètement le problème de la liberté politique. Cet ouvrage s'attache à montrer comment la Prusse et la France ont organisé ce service militaire en s'appuyant sur des sources officielles, mais aussi des documents personnels.

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EAN13 9782130737940
Langue Français

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Thomas Hippler
Soldats et citoyens
Naissance du service militaire en France et en Prusse
2006
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130737940 ISBN papier : 9782130536970 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
La nationalisation de la force armée par la conscription introduit une tension irréductible entre citoyenneté et discipline et pose concrètement le problème de la liberté politique. Cet ouvrage s'attache à montrer comment la Prusse et la France ont organisé ce service militaire en s'appuyant sur des sources officielles, mais aussi des documents personnels.
Remerciements
Ta b l e
Abréviations utilisées
Préface(Étienne Balibar)
d e s
Introduction : Citoyenneté et discipline Première partie. Le moment français
m a t i è r e s
Chapitre I. Construction de l’État et recrutement sous l’ancien régime 1 - Du recrutement féodal au « racolage »
2 - La milice (et comment y échapper)
3 - Les soldats et l’État
Chapitre II. Les lumières face au service militaire 1 - Esquisse d’une politique de la vertu
2 - Rousseau et le service militaire : l’enjeu des pratiques civiques
3 - Soldats-citoyens
Chapitre III. Armement populaire et service militaire pendant la révolution française 1 - La formation de la garde nationale
2 - Le débat de 1789-1790 sur la « constitution militaire »
3 - L’armée et les « volontaires nationaux »
4 - Citoyenneté ou Discipline ?
5 - L’unification de la force publique
Chapitre IV. État révolutionnaire et nation armée
1 - Quatre-vingt-treize
2 - « La mort est un rappel à l’égalité » : l’autocréation du peuple
3 - Abstraction et identification
4 - Les expériences militaires
5 - La construction d’un État populaire
Transition. Technologies de l’État, de la révolution française à la réforme prussienne Deuxième partie. Le moment prussien
Chapitre V. L’armée, la société et l’État dans la Prusse de l’ancien régime 1 - Construction de l’État et obligations militaires
2 - L’établissement duKantonsystem
3 - L’implantation sociale duKantonsystem
4 - L’armée prussienne en ligne de mire
Chapitre VI. L’idéalisme allemand et le service militaire
1 - Le défi de la guerre révolutionnaire dans la culture allemande
2 - Penser la révolution, théoriser la réforme
3 - L’« humiliation héroïque » de Kant
4 - La « frontière intérieure » de Fichte
Chapitre VII. Les réformes prussiennes et la conscription
1 - La force des nations
2 - Les principes de la réforme militaire
3 - La création d’un corps politique
4 - Le bourgeois et le citoyen-soldat
5 - Vers la guerre nationale
Chapitre VIII. Guerre nationale et conscription
1 - Administrer une insurrection
2 - Constitution et terreur
3 - L’armement populaire
4 - La conscription
Conclusion
Bibliographie sélective
Remerciements
et ouvrage est la version française, remaniée et abrégée, d’une thèse de doctorat Csous le titreCitizenship and Discipline. Popular Arming and Military Service in Revolutionary France and Reform Prussia, soutenue à l’Institut universitaire européen de Florence en décembre 2002. En premier lieu, j’ai une particulière reconnaissance envers Bo Stråth en raison de la bienveillance, la disponibilité et la confiance qu’il m’a témoignées tout au long des quatre années d’élaboration de ce travail. J’ai une dette envers Étienne Balibar qui a su encourager des questionnements qui transcendent les frontières traditionnelles des disciplines académiques afin de penser de façon critique notre présent historique, ainsi qu’envers Annie Crépin pour ses conseils, toujours pertinents, qui puisent dans sa parfaite connaissance de l’histoire de la conscription. Ce travail a également grandement bénéficié des nom breuses discussions que j’ai rs eues avec les P Peter Becker, Laurence Fontaine, Wolfgang Hardtwig et Peter Wagner : qu’ils soient remerciés pour leur amitié et leur soutien, leur disponibilité et leur gentillesse, leurs conseils et leurs encouragements. Ce travail n’aurait pas pu voir le jour sans l’accueil et le soutien financier des institutions suivantes : l’Institut universitaire européen de Florence, le DAAD, l’Institut historique allemand de Paris, le Centre d’histoire comparée de l’Europe de la Freie Universität à Berlin, l’École normale supérieure de lettres et sciences humaines à Lyon, l’Université de Californie à Berkeley, l’Université d’Oxford et le Leverhulme Programme « The Changing Character of War ». Je rem ercie tout particulièrement la bibliothèque de l’Institut universitaire européen, Serge Noiret et le service du prêt interbibliothécaire, en la personne de Marcello Scocci. Élise Marrou, Roberto Nigro, Hélène Quiniou et Emmanuelle Rosso ont relu le manuscrit et m’ont fait part de leurs commentaires, critiques et suggestions : qu’ils trouvent l’expression de ma plus vive gratitude. J’ai rencontré aide et écoute chez des amis et collègues qui, chacun à leur manière, ont contribué à ce que cet ouvrage voie le jour : Jérémie Barthas, Axel Berger, Ralph Blessing, André Bonelli, Chiara Bottici, Benoît Challand, Xavier Châtel, Sophie Collombet, Augusta Dimou, Axel Dopjans, Isik Gurleyen, Alix Héricord, Claudia Jansen, Alois Loeßl, Valérie Mathevon, Frédéric Mérand, Charlotte, Françoise et Lucien Nordmann, Germinal Pinalie, Julie Ringelheim, Paule Rosso, Savina Tarsitano, Luisa Tasca, Spiros Tegos, Jérôme Vidal et Martin Winter. Enfin, j’ai une pensée particulière pour mes parents dont le soutien inconditionnel, tout au long de mon existence, constitue sans doute l’apport le plus décisif.
Abréviations utilisées
Anthropologie
BNF
Corvisier
CRPr
DNA
Eckert
Éducation
FMM
Girard
GPStA
HU
IN
Lehmann 1809
Lehmann 1810
MM
Kant,Anthropologie du point de vue pragmatique, trad. Alain Renaut, Paris, Flammarion, « GF », 1993
Bibliothèque nationale de France
e André Corvisier,siècle auL’armée française de la fin du XVII ministère de Choiseul : Le Soldat, Paris, PUF, 1964
Kant,Critique de la raison pratique, trad. Luc Ferry et Heinz Wissmann, Paris, Gallimard, « Folio-Essais », 1985
Fichte,Discours à la nation allemande, trad. Alain Renaut, Paris, Imprimerie nationale Éd., 1992
Von Valmy bis Leipzig. Quellen und Dokumente zur Geschichte der preußischen Heeresreform, édition établie par Georg Eckert, Hannover-Frankfurt, Norddeutsche Verlagsanstalt O. Goedel, 1955
Kant,Réflexions sur l’éducation, trad. Alexis Philonenko, Paris, Vrin, 1993
Kant,Fondation de la métaphysique des mœurs, dans Métaphysique des mœurs, t. 1., trad. Alain Renaut, Paris, Flammarion, « GF », 1994
Georges Girard,Racolage et milice : le service militaire en France à la fin du règne de Louis XIV (1701-1715), Paris, Plon, 1922
Geheimes Preußisches Staatsarchiv, Berlin-Dahlem.
Kant,Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolite dans Kant,Opuscules sur l’histoire, trad. Stéphane Piobetta, Paris, Flammarion, « GF », 1990
Imprimerie nationale
« Preußen und die allgemeine Wehrpflicht im Jahre 1809 », sources publiées par Max Lehmann dansHistorische Zeitschrift, 61 (NF 25), 1889, p. 97-109
« Preußen und die allgemeine Wehrpflicht im Jahre 1810 », sources publiées par Max Lehmann dansHistorische Zeitschrift, 69 (NF 33) 1892, p. 431-461
Kant,La métaphysique des mœurs. Doctrine du droit, t. 2, trad. Alain Renaut, Paris, Flammarion, « GF », 1994
PP
Religion
SHAT
TP
Vaupel
WA
Winter
Kant, « Vers la paix perpétuelle », dansVers la paix perpétuelle. Que signifie s’orienter dans la pensée ? Qu’est-ce que les Lumières ? et autres textes, trad. Jean-François Poirier et Françoise Proust, Paris, Flammarion, « GF », 1991
Kant,La religion dans les limites de la simple raison, trad. J. Gibelin, Paris, Vrin, 1996
Service historique de l’armée de terre, Archives, Château de Vincennes
Kant,Théorie et pratique, trad. L. Guillermit, Paris, Vrin, 1992
Die Reorganisation des Preußischen Staates unter Stein und Hardenberg. Zweiter Teil :Das Preußische Heer vom Tilsiter Frieden bis zur Befreiung 1807-1814, Band 1, hg. v. Rudolf Vaupel (=Publikationen aus den Preußischen Staatsarchiven, 94), Leipzig, Hirzel, 1938
Kant,Werkausgabe, 12 vol., édition établie par Wilhelm Weischedel, Frankfurt/Main, Suhrkamp, 1974-1977
Die Reorganisation des Preußischen Staates unter Stein und Hardenberg, Erster Teil :Allgemeine Verwaltungsund Behördenreform, hg. v. Georg Winter, Band I : Vom Beginn des Kampfes gegen die Kabinettsregierung bis zum Wiedereintritt des Ministers vom Stein (=Publikationen aus den Preußischen Staatsarchiven, 93), Leipzig, Hirzel, 1931
Préface
« Ich, der Staat, bin das Volk ».
Étienne Balibar
(Nietzsche)[1]
elivre de Thomas Hippler, tiré d’une très belle thèse en histoire moderne Lsoutenue en anglais à l’Institut universitaire européen de Florence, adaptée et remaniée en français par son auteur, jeune philosophe et historien allemand – bref, parfait représentant de la nouvelle génération qui fera de notre continent, tôt ou tard, un espace unifié de travail et d’échanges intellectuels –, est, me semble-t-il, remarquablement documenté, pensé et écrit. Je suis heureux et fier de le recommander au lecteur. En apparence, ce livre traite d’une question érudite et spécialisée : comment, à tour de rôle, la France de la période révolutionnaire (autour de sa « levée en masse » de 1791-1793) et la Prusse réformatrice de la « guerre de libération nationale » (préparée dès le lendemain des conquêtes napoléoniennes, entre 1806 et 1813) ont-elles institué et perfectionné l’armée de conscription, fondée sur le service militaire masculin plus e e ou moins « universel », et destiné à devenir aux XIX et XX siècles l’une des bases de l’existence de l’État-nationen Europe (et au-delà), ainsi que, par voie de conséquence, l’un des enjeux de sa vie politique et l’un des instruments de son emprise sur la société ? Quelque importance que l’on accorde à cette question dans le cadre d’une culture historique digne de ce nom (et chacun conviendra que cette importance n’est pas mince, tant sur le plan des événements que sur ceux des généalogies institutionnelles et des mythes fondateurs de la nation), on risquerait de penser qu’elle n’a d’intérêt que rétrospectif. Or ce n’est pas du tout le cas. Au fil d’une lecture pleine de surprises et d’incitations à la réflexion, le lecteur se convaincra qu’elle mène au cœur d’une série de problèmes qui sont pour nous tous d’intérêt général, et d’une brûlanteactualité. Il en va ainsi parfois d’une enquête minutieuse et solitaire, qui semblait nous entraîner au fond des tiroirs d’archives, et soudain nous jette au présent sur la place publique. Pour le montrer sans conteste, mais aussi sans trop longs détours, je me concentrerai sur trois aspects du livre, de façon nécessairement allusive (ce qui, au fond, vaut mieux : le lecteur sera plus vite à pied d’œuvre). Le premier aspect concerne la « méthode comparative » de l’ouvrage, qui justement n’est pas une simple méthode, mais un parti pris épistémologique. Il s’agit de l’objet de l’enquête historique : un objet non pas à proprement parler « post-national » (quel historien peut croire au « post-national » ?), mais bientransnational, et pour cette raison posant de façon cruciale la question de savoir ce qu’il faut entendre historiquement par « l’Europe ». Ne nous contentons pas d’identifier ici un effet de mode, pour ne pas dire d’opportunisme. On peut en effet s’attendre à ce que, de plus