//img.uscri.be/pth/f2ed51f0e6d757c21c8b3bf8fb24f3f068825ed8
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 11,25 €

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Vivement 2050 !

De
152 pages
Dans notre société, la vie quotidienne dépend d'un pétrole abondant et bon marché. En 2050, il sera en voie d'épuisement. Que seront nos vies à l'ère de l'après-pétrole ? Cet ouvrage présente l'évolution des transports des personnes et des marchandises, les conséquences sur la vie quotidienne, l'industrie, le commerce. La transition vers cette nouvelle société risque d'être difficile, et le futur sera ce que nous en ferons. Cet ouvrage présente les défis à relever pour y arriver le plus harmonieusement possible...
Voir plus Voir moins

Vivement 2050 !

Sciences et Société fondée par Alain Fuchs et Dominique Desjeux et dirigée par Bruno Péquignot

Déjà parus

Claude DURAND, Les biotechnologies au feu de l'éthique, 2007 . Bruno PINEL, Vieillir, 2007.
Régis MACHE, 2007. Alain GUILLON, La personne dans les sociétés techniciennes, de la personne, 2005. en France, Tome II:

Une mathématique

Marie-Thérèse COUSIN, L'anesthésie-réanimation des origines à 1965. Tome I: Anesthésie. Réanimation. Les nouveaux professionnels, 2005.

Fernand CRIQUI, Les clefs du nouveau millénaire, 2004. Karine ALEDO REMILLET, Malades, médecins et épilepsies, une approche anthropologique, 2004. Claude DURAND biotechnologies,2003. Pierre-Yves MORVAN, dés ?, 2002. (sous la dir.), Regards sur les

Dieu est-il un gaucher qui joue aux

Jacques ARSAC, y a-t-il une vérité hors de la science? Un scientifique s'aventure en philosophie, 2002. Jean-Georges HENROTTE, Entre Dieu et Hasard: scientifique en quête de l'Esprit, 2001. un

René GROUSSARD, Pierre MARS AL, Monde du vivant, agriculture et société, 1998. Alessandro MONGILI, La chute de l'U.R.S.S. et la recherche scientifique, 1998.

Michel Wautelet

Vivement

2050 !

Comment nous vivrons (peut-être) demain

Illustrations

de Serdu

L'Harmattan

@

L'HARMATTAN,

2007

5-7, rue de l'École-Polytechnique,

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04464-7 EAN: 9782296044647

Remerciements C'est avec plaisir que je remercie les nombreuses personnes avec qui j'ai pu discuter du problème de la vie quotidienne dans l'après-pétrole. Et plus particulièrement Patrick Brocorens, pour ses travaux sur le pic du pétrole.

Chapitre 1 1950, 2000, 2050 : trois sociétés différentes

Le futur m'intéresse, car c'est là que je veux passer le reste de mes jours. Par cette formule dont il a le secret, Woody Allen a parfaitement résumé l'intérêt que nous portons au futur, à notre futur. Cet intérêt est d'autant plus grand que nous sentons que nous vivons une période majeure de l'histoire de notre société occidentale, voire mondiale. Cette période est d'autant plus troublante qu'il s'agit d'une transition vers une situation nouvelle. Depuis les années 1950, il est évident que nous vivons dans une société où les sciences et les technologies jouent un rôle essentiel. Après la Seconde Guerre Mondiale, notre société occidentale a découvert la puissance de la science et de la technologie. S'en est suivie une époque d'euphorie scientifique dans les années 1960-1970: les Golden sixties. Tout le monde était alors persuadé que les sciences représentaient le sommet du génie humain. Les sciences allaient permettre de résoudre tous les problèmes. La conquête de l'espace, l'avènement de l'électroménager, l'automobile pour tous, la télévision, le confort domestique, l'abondance des biens étaient des facteurs qui ne pouvaient que développer notre croyance dans la toutepuissance des sciences et des techniques. Puis, retour de manivelle, dans les années 1970-1980, les hommes découvrent la fragilité de ce nouveau monde. La crise pétrolière de 1973, les accidents de pétroliers, la chute de quelques avions porteurs de bombes nucléaires, la pollution des rivières et des villes, le réchauffement de l'atmosphère, la course effrénée aux armements entraînent

9

un insidieux sentiment de catastrophisme. Tout cela est-il aussi sûr qu'on a voulu nous le faire croire? Au çatastrophisme des années 1980 succède la mise en perspective des problèmes dans la décennie 1990 avec, en prime, la fin de la Guerre froide et l'éloignement - mais pas la disparition - du spectre de la guerre nucléaire. Simultanément, on se rend compte que le développement anarchique ne peut se poursuivre indéfiniment. La préservation de l'environnement devient une préoccupation de toutes les générations. Il s'agit donc d'initier un système de «développement durable », dans lequel tout le monde devra trouver son compte. Le début du nouveau millénaire devrait voir des prises de décision importantes pour la survie de l'humanité. Il ne s'agit pas que de nous, les citoyens des sociétés développées, mais de toute l'humanité. Il ne faut pas que les habitants des régions en voie de développement atteignent un niveau satisfaisant de développement en répétant nos erreurs. Mais que faire, et comment? De « toujours plus » à « nettement moins » Des années 1950 à aujourd'hui, notre vie quotidienne n'a fait que s'améliorer, et le chemin vers un monde « durable» ne nous a encore demandé que peu d'efforts. Nous trions nos déchets, nous limitons notre vitesse en voiture, nous isolons mieux nos maisons. Tout cela reste simple à effectuer. Cependant, un élément vient perturber nos certitudes, notre confort: les augmentations répétées du prix du pétrole. C'en est fini de l'ère du pétrole bon marché. Et avec cela commencent à se poser des questions dérangeantes. 10

Jusque quand pourrons-nous utiliser notre voiture personnelle? Pourrons-nous encore nous chauffer à un prix raisonnable? Jusqu'ici, nous faisions confiance au progrès pour nous conduire vers un monde agréable à vivre. Il est vrai que, lorsque nous comparons la vie quotidienne en 1950 et celle d'aujourd'hui, les changements sont spectaculaires. En 1950, seuls quelques privilégiés avaient dépassé les frontières de leur pays. En 2006, rares sont les occidentaux qui ne sont pas allés à l'étranger. En 1950, la voiture était réservée aux riches; aujourd'hui, il y a environ deux voitures par ménage européen. En 1950, les femmes étaient souvent contraintes à de lourdes tâches ménagères: la lessiveuse électrique était chère, le lave-vaisselle inexistant, l'aspirateur peu répandu. Leurs petites mains étaient bien utiles pour réparer et coudre les vêtements de la famille. En 1950, la plupart des maisons étaient chauffées au bois ou au charbon, seules quelques pièces étaient chauffées, le chauffage central commençait à apparaître dans les habitations modernes. Aujourd'hui, on se chauffe au gaz naturel ou au mazout, toutes les pièces sont chauffées I'hiver, les maisons sont isolées thermiquement.

Il

En 1950, la plupart des maisons ne possédaient pas de salle de bains. En 2006, une maison sans salle de bains est inconcevable. En 1950, seuls quelques privilégiés possédaient un téléphone. Si la radio était présente dans de nombreuses familles, la télévision était encore réservée à une élite. L'information n'arrivait qu'avec plusieurs heures de retard. Aujourd'hui, nous vivons l'actualité du bout du monde en temps réel. Grâce à Internet, nous avons accès à des quantités gigantesques de renseignements divers, instantanément, à partir de bases de données situées partout dans le monde. En 1950, lorsque quelqu'un était malade, il ne pouvait que faire appel à son médecin de famille; lequel ne disposait pas de tout l'attirail technologique actuel. Le recours au spécialiste était exceptionnel, l'hôpital inaccessible pour la très grande majorité des gens. Aujourd'hui, on se soigne pour presque rien, I'hôpital est accessible à la plupart. On pourrait multiplier les exemples à l'infini. Tous ces progrès, tout ce confort sont plus fragiles que nous ne le pensons. Ils reposent sur une énergie illimitée. Or, au niveau mondial, environ 80 % de cette énergie provient de ressources fossiles, non renouvelables: pétrole, gaz naturel, charbon, voire uranium. En 2050, le contexte sera très différent. Tout le monde s'accorde sur le fait que le pétrole et le gaz naturel bon marché seront oubliés. Notre vie quotidienne en sera bouleversée. Depuis 1950, les « progrès» des scientifiques et technologues, la «croissance» des économistes nous plongent dans l'illusion que nous allons vers une société de plus en plus « confortable », que notre vie quotidienne ne peut que continuer indéfiniment à s'améliorer. Nous en aurons « toujours plus ». Pourtant, depuis une décennie environ, de plus en plus de voix se font entendre, clamant que nous courons droit dans 12

le mur. L'épuisement des réserves pétrolières, les changements climatiques, la pollution généralisée, la baisse de la biodiversité posent bien des questions. Le développement généralisé de notre société occidentale a épuisé des réserves qui ne seront plus disponibles pour nos enfants. Nous avons été imprudents, par excès d'optimisme et confort intellectuel. Nous allons devoir envisager de faire avec nettement moins.

r;

La société de 2050 sera différente de la société actuelle. Nous sommes à la fin d'une époque d'abondance, unique dans l'histoire de l'humanité. Face à l'inconnu, un premier réflexe est de lever les bras au ciel, de n'y voir que les aspects négatifs: baisse du niveau de vie moyen, régression du confort domestique, retour vers le passé. Demain sera(it) inévitablement moins bien qu'aujourd'hui. Cette peur du futur est paralysante pour beaucoup et contribue à développer le repli sur soi de nos sociétés occidentales. Mais pourquoi demain serait-il moins bien qu'aujourd'hui? Qu'est-ce qui, véritablement, justifie cette opinion? Demain ne sera-t-il pas ce que nous en ferons? Certes, demain sera différent d'aujourd'hui. Si 13

nous voulons que l'avenir reste agréable pour tous, il faut le préparer, et diriger toutes les énergies, les imaginations, les rêves vers ce futur inéluctable. Mais le futur n'est-il pas imprévisible? Depuis le début du vingtième siècle, la vie, dans nos sociétés occidentales, a pris un rythme inhabituel jusque là. Avec la mondialisation de l'information, avec les moyens de transport rapides, avec le règne du capitalisme effréné, la situation est devenue telle que demain est devenu imprévisible. Les événements se bousculent à un rythme fou, les hommes politiques ne visent plus que leur réélection, les grands patrons veulent la rentabilité immédiate, le court terme est la règle des puissants. Prévoir ce que sera le futur à moyen et long terme n'est la volonté de presque personne. Nulle part, on ne voit, chez les responsables, de projet à long terme. Pour se justifier, on fait appel à des notions de complexité, d'interdépendance des problèmes. S'il est bien vrai que le monde est devenu complexe, que bien des événements nous échappent, il est pourtant irresponsable de ne pas vouloir regarder le futur. Avoir le courage de regarder ce futur permettrait de prévoir et de ne pas prendre des décisions qui, intéressantes pour nous et à court terme, seront néfastes pour les générations futures. Ce qu'il faut aussi avoir présent à l'esprit, c'est qu'il est sans doute plus facile de prévoir certains aspects de la vie dans le long terme que dans le court terme. En effet, le court terme est surtout dicté par des décisions actuelles, sur des intérêts divers, des rapports de force actuels. Savoir quelle décision sera prise dans un conflit entre deux parties de puissance ou d'influence comparables n'est pas simple. Par contre, en ce qui concerne le long terme, s'il n'est pas possible de connaître les détails de ce qui s'y déroulera, il est des faits 14

prévisibles, incontournables, comme celui de l'épuisement des ressources pétrolières, voire très probables, comme le réchauffement climatique.

Ne pas vouloir tirer les conséquences de tels événements serait irresponsable vis-à-vis de nos contemporains et de nos enfants. Ne risquons-nous pas de prendre des décisions, logiques dans le contexte actuel, mais que nos enfants auront bien du mal à réparer. Nous savons les conséquences de décisions prises malencontreusement - mais avec de bonnes intentions dans les années 1960-1970. Ne répétons pas ces erreurs. Bien entendu, il faut se garder d'effectuer des prévisions trop précises. C'est que nous avons en mémoire les erreurs des futurologues passés. Lorsque l'on relit les auteurs anciens qui ont tenté d'imaginer l'an 2000, on ne peut qu'être amusé par ce qu'ils avaient annoncé. Lorsque l'on examine les chromos du début du siècle, on s'aperçoit que leur « an 2000 » est l'extension de leur époque, de leurs rêves. Nos parents et grands-parents avaient prévu les déplacements en hélicoptère personnel, les transports en commun en dirigeable, les voyages intercontinentaux à dos de baleine, la nourriture en pilules, et bien d'autres 15

choses. Pour eux, la maison aurait été chauffée par une pile au radium, mais sans le chauffage central. Les voitures seraient réservées à la classe bourgeoise, mais sans conduite intérieure. Personne ne semble avoir prévu les autoroutes, les grands magasins, le tourisme d'un jour, l'isolation des maisons ni, évidemment, le problème des déchets, la pollution de l'air et de l'eau, le réchauffement climatique, l'arme nucléaire ou chimique. Personne n'avait non plus entrevu le rôle de l'espace ou l'ampleur des télécommunications, voire de l'électroménager. Ni, surtout, le passage de la classe ouvrière vers la bourgeoisie. Quant aux auteurs des années 1960 - l'âge d'or de l'optimisme technoscientifique débridé - ils ne brillaient pas par leur réalisme. Les poubelles envoyées dans l'espace, l'avion nucléaire et bien d'autres gadgets devaient être monnaie courante en 2000.

Même sans sacrifier aux fantasmes de la vision prophétique, les prévisions scientifiques, jugées alors plausibles, des années 1960 se sont révélées fausses. Les rayons lasers devaient remplacer les conducteurs métalliques pour le transport de l'énergie électrique. Les 16

radiations nucléaires devaient modifier, de manière sûre et reproductible, la structure de l'ADN et guérir de nombreuses maladies. Mais personne n'avait prévu l'explosion d'Internet, des GSM, des GPS,... Quelques anticipations se sont certes réalisées, mais sous une forme le plus souvent très différente de ce qu'ils imaginaient. En fait, les prédictions sont un domaine tellement ancien, cela dure depuis suffisamment longtemps, que l'on peut examiner ce que les experts ont prédit et comparer avec ce qui s'est effectivement passé et se passe encore. Le livre de F.-B. Huyghe, Les experts ou l'art de se tromper, de Jules Verne à Bill Gates, est rafraîchissant à cet égard. Bien sûr, parmi tout ce qui a été prédit, certaines choses se sont réalisées. Tout le monde se souvient de certaines prédictions de Jules Verne et d'autres futurologues. Mais, comme le dit fort à propos F.B. Huyghe, «Si l'on accepte de donner un sens assez large à l'expression « prédiction vérifiée », on peut même soutenir que la plupart des événements notables ont été un jour prévus par quelqu'un dans la masse immense des prophéties démenties ». Tellement de nouveautés ont été prévues qu'il n'est pas étonnant que quelques-unes aient vu le jour. Toutefois, c'est sous une forme qui, souvent, est très différente de leurs rêves. Les raisons des échecs des prévisionnistes sont nombreuses: optimisme débridé, oubli de la nature de 1'homme, des coûts financiers, des ressources matérielles effectives, d'aspects politiques. En plus de ces éléments, il y a aussi, d'après Huyghe, « le jeu compliqué du désir ou de la lassitude des usagers, et une donnée stupide: chacun a un temps, des ressources et des capacités limitées. Dans un monde où personne ne sait à quoi correspondent toutes les touches de son appareil hi-fi (...), il est difficile de croire que demain tout le 17