Voyages au cœur de la planète islam

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Les révolutions arabes ont confirmé un paradoxe apparent: les revendications exprimées sont démocratiques dans leurs aspirations ; les mouvements islamistes demeurent une force importante dans les sociétés.
Pendant de nombreuses années pourtant, nous avons été inondés d'informations sur «l'exception arabe, «la menace islamiste», «la guerre contre le terrorisme», «le choc des civilisations», l'islamisme. Les images succédaient aux images, mais ce flot d'informations, au lieu d'éclairer, créait la confusion et ne permettait pas de percevoir les changements profonds qui se produisaient dans le monde musulman.
En lisant cette série d'articles de 1993 à nos jours, on perçoit non seulement l'ampleur des changements du monde musulman et des musulmans eux-mêmes, mais aussi leurs causes profondes. Loin de toute explication culturaliste, les débats à l'intérieur de ces sociétés, à l'intérieur même des mouvements islamistes, témoignent des bouleversements en cours.
De l'Iran au Maroc, de l'Égypte à l'Algérie en passant par la Palestine, nous verrons que les sociétés musulmanes sont très diverses et loin d'être homogènes... même si, partout, les femmes luttent pour leurs droits et ceux de leurs enfants.

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Date de parution 01 janvier 2011
Nombre de visites sur la page 3
EAN13 9782849242452
Langue Français

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Voyages au cœur de la planète islam
Diversité des sociétés musulmanes
Collection « Recto Verso »
(sous la direction de Sébastien Boussois)
À l’image de la collection Reportages chez le même éditeur, il est important de laisser la parole aux professionnels, universi-taires et intellectuels qui témoignent d’une réalité sociale, poli-tique ou culturelle, signicative des grands enjeux contempo-rains du monde. Il nous est vite apparu que « Reportages » devait s’accom-pagner d’une collection connexe et qui poursuivrait les mêmes objectifs mais non directement liés à l’enquête de terrain journa-listique. Il est toujours question ici de rendre compte du travail de l’auteur choisi sur plusieurs années, en sélectionnant avec lui les articles qui reètent le mieux l’évolution du sujet traité. L’idée attenante est de rendre accessible des travaux de recherches, qui sont une ressource inestimable parfois négligée par peur d’être inaccessibles au grand public, à des lecteurs curieux des grandes mutations du monde d’aujourd’hui. « Recto Verso » vous présente ainsi de manière abordable l’essentiel du sujet mais également les implications cachées...
dans la collection :
Les années noires du journalisme en Algérie, Brahim Hadj Slimane Humanitaire, diplomatie et droits de l’homme, Rony Brauman Les classes et quartiers populaires, Saïd Bouamama
Couverture : © Makoto Photographic Agency, Emma LeBlanc et Phil Sands (2010) © Éditions du Cygne, Paris, 2011
www.editionsducygne.com ISBN : 978-2-84924-245-2
Wendy Kristianasen
Voyages au cœur de la planète islam
Diversité des sociétés musulmanes
Éditions du Cygne
Sources des articles : les articles de cet ouvrage proviennent duMonde Diplomatiqueainsi que de traductions en français de la version en langue anglaise duMonde Diplomatique.
Introduction
Le monde musulman est en quelque sorte ma vie. Ca a commencé avec la Turquie de ma jeunesse : des années vécues à Istanbul, au bord du Bosphore, côté européen, et la découverte d’un Orient qui se voulait Occident, d’un islam qui souvent se niait, d’un monde complexe et polarisé entre laïques et prati-quants, à travers classes sociales, mais où les gens se respec-taient et s’entraidaient. Ce climat reposait sur un fort sentiment nationaliste : de ce qu’être turc veut dire. Aujourd’hui encore, au marché d’épices à Istanbul, je ressens le plaisir de la douce appellation traditionnelle «ablacim »– petite sœur aînée. Ces débuts m’ont permis de déchiffrer les autres pays de la région. En Iran, comme en Turquie, on sent ce même sens de soi, cette erté nationale, legs d’une longue histoire et d’un grand empire. Ensuite ce sont les pays arabes, mais surtout la Syrie, le Liban et la Jordanie, que j’ai visités pendant des années comme chercheuse chez Amnesty International. Puis c’est l’Égypte, ou je me rendais autant que possible, pour y travailler et essayer de transformer ma fushad’université en arabe égyptienne. Enn la Palestine : en 1988, trois mois après l’éclatement de la première intifada, je participe à un colloque (illégal) donné par l’université Bir Zeit qui s’est tenu à Jérusalem Est, et effectue de premières visites en Cisjordanie, en plein soulèvement. Une année plus tard, c’est la bande de Gaza, et la découverte, lente et difcile, de Hamas et du Djihad islamique. C’est le début du journalisme. En France, c’était pourLe Monde diplomatique. À partir de cette sélection de reportages, vous verrez que l’amitié avec le « Diplo » a continué durant de longues années – et à travers divers pays musulmans, du Proche orient et le Maghreb jusqu’à l’Asie du Sud-Est. Le point de départ fut la Palestine – et le Hamas, encore inconnu. Au long des années 1990 j’ai écrit dansLe Monde
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diplomatiquesur la montée de cette mouvance, vite connue pour ses attaques meurtrières mais mal comprise ; car l’accès à Gaza restait difcile, le Hamas ne souhaitait pas se faire connaître, la lutte contre l’occupation israélienne était d’une violence extrême, et le bande de Gaza restait parfaitement isolée, même de la Cisjordanie… J’ai témoigné des luttes au sein de Hamas, de sa difculté à entrer dans le jeu politique, voire democratique, tout en mainte-nant son rôle de resistance. En dehors de la Palestine une pareille évolution se dessine parmi les islamistes non-violents – entre autres, les Frères musulmans (de plusieurs pays) et les islamistes marocains et turcs – qui comprennent le besoin de faire valoir le pragmatisme plutôt que l’idéologie s’ils souhaitent devenir des acteurs politiques importants. Avec le 11 septembre 2001, on voit le désarroi chez ces mouvances islamistes non-violentes, obligées désormais à réagir au dé que représentent et Oussama Ben Laden et la notion du « choc des civilisations » : ils s’éloignent des militants. Au Maroc, par exemple, les attentats à Casablanca en 2003 conrment la voie des islamistes qui s’opposent à la violence : ils se présentent désormais comme les seuls acteurs capables de freiner les avan-cées d’al-Qaida. Cependant, avec les invasions de l’Afghanistan et l’Irak, le dé du « choc » augmente le long des années 2000. Depuis que j’ai écrit ces articles, le « printemps arabe » s’est déclenché. D’abord en Tunisie, puis en Égypte, il a apporté l’es-poir et un renouveau d’énergie et de détermination à tous ceux qui luttent contre des régimes despotiques en place depuis parfois quatre décennies. Dans le monde entier les musulmans observent ces nouveaux mouvements populaires qui se dressent à travers le monde arabe avec un grand courage, pour la démocratie. Ces grands réseaux, qui ne se sentent pas concernés par la vieille rhéto-rique anti-occidentale, ont des buts très ambitieux qui sont encore loin d’être garantis. Quel sera le rôle des islamistes dans cette pers-pective nouvelle ? Entendent-ils travailler, avec d’autres, pour un avenir pluraliste ? Le monde arabe, et musulman, nous donnera encore beaucoup à raconter.
Partie I : L’islam comme nouvelle voie politique
De la Palestine à la Turquie, du Maroc au Koweït en passant par l’Égypte et la Jordanie, nous assistons à l’émergence des islamistes dans la vie politique des pays du Proche orient et du Maghreb. Dans ces pages, on suit son évolution à travers deux décennies. On voit que dans chaque pays l’idéologie islamiste a dû composer avec des considérations nationalistes et des inté-rêts politiques. Pour jouer un vrai rôle politique et s’approcher du pouvoir, il leur faut agir au-delà de leurs sympathisants et toucher des publics plus larges. Que signie cette transforma-tion d’une vision d’un État islamique vers la défense d’un islam compatible avec la démocratie moderne ?
1. Les ambitions de Hamas : de l’islamisme radical à la logique nationaliste(1993)
Grâce à une organisation décentralisée calquée sur celle des Frères musulmans dont il est issu, Hamas s’est vite imposé, dans les territoires occupés par Israël, comme un mouvement nationaliste essayant de faire idéologiquement concurrence à l’OLP. Sur le terrain, ses activités de résistance et ses commu-niqués s’inspiraient des méthodes du Commandement national unié du soulèvement. Né à Gaza en décembre 1987, le Mouvement de la résistance islamique (MRI, «Hamas» étant un acronyme de ce nom) s’implanta en Cisjordanie dès l’été 1988 et se dota alors d’une charte. Celle-ci proclamait son engage-ment en faveur du nationalisme islamique et de la lutte armée (djihad); il y était clairement établi que«le nationalisme fait partie de la doctrine religieuse».
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Déjà, la rivalité avec l’OLP était manifeste. Le MRI agis-sait parallèlement au Commandement unié, non en son sein, et cette rivalité se manifesta publiquement sur le terrain dès le milieu de 1988. Voué à la libération totale de la Palestine, Hamas condamna l’acceptation par l’OLP, en novembre 1988, de la résolution 242 du Conseil de sécurité et du projet de deux États. La première année, les arrestations lui furent épargnées, ce qui lui laissa le temps de s’organiser. De sorte qu’il put survivre à l’emprisonnement, en mai 1989, de son chef, Cheikh Yassine, qui avait été arrêté avec d’autres cadres importants à la suite du meurtre de deux réservistes israéliens. En appelant à lutter pour Dieu et pour la Palestine, Hamas a trouvé une audience toute prête à le suivre dans les bastions religieux de Gaza et dans certaines régions de la Cisjordanie, autour de Hébron, Naplouse et Jénine. À Gaza, surtout, où le mouvement a pris naissance, son ardeur à fustiger l’immoralité, à imposer le port duhijab(voile) et à faire la chasse aux collabo-rateurs répondait aux aspirations de ses partisans – tandis que les adversaires de cette croisade morale qui touche aux aspects les plus sensibles de la vie palestinienne sont restés largement silen-cieux. La relative jeunesse de ses chefs, leur niveau d’instruc-tion élevé et leur probité morale lui ont aussi gagné l’estime de la classe moyenne urbaine. Et son audience s’est encore accrue au fur et à mesure que les nationalistes de l’OLP allaient de déboires en déboires dans les négociations de paix. Alors Hamas est apparu comme la principale voix exprimant le refus de tout accommodement avec Israël. L’échec de l’initiative de paix de l’OLP en 1988, l’affaiblissement de l’organisation en raison de ses prises de position lors de la guerre du Golfe, ont permis au MRI de s’afrmer politiquement − et de renforcer ses assises nancières − grâce à son attitude de prudence : il avait défendu le droit du Koweït à l’autodétermination tout en condamnant l’intervention occidentale. À la vingtième session du Conseil national palestinien (CNP), en août 1991, Hamas se déclara prêt à rejoindre
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