Yougoslavie : de la décomposition aux enjeux européens

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Dans la défunte Yougoslavie comme dans la plupart des pays de l’ancien « bloc communiste », l’entrée dans la décennie 1990 fut une bifurcation historique majeure. Les nouveaux régimes en pleine mutation issus des premières élections pluralistes, en Europe de l’Est comme dans les républiques yougoslaves, devaient trouver leur place dans l’ordre mondial lui-même en recomposition.
La crise yougoslave marque en Europe une transition d’une rare violence, d’une ère à une autre. Quelle mémoire, quelle compréhension en gardera-t-on ? Comment en sortir ? La stabilisation politique d’après-guerre dépend d’une certaine « vérité » historique et d’une capacité à reconstruire des solidarités socio-économiques. Sur tous ces plans, l’Union européenne élargie a et aura des responsabilités majeures.
Voici plus de vingt-cinq ans que Catherine Samary sillonne la région pour en donner des clés de compréhension essentielles. Ce recueil regroupe des articles tels qu’ils ont été écrits au long de cette période d’éclatement de la fédération de 1991 à 2006, toujours à l’oeuvre aujourd’hui, avec leurs questionnements en temps réel...
Ils ont en commun d’avoir cherché à mettre en évidence des interprétations du passé et du présent ouvertes sur d’autres possibles, rendant compte de points de vue et de résistances qui ont été étouffés au sein des sociétés concernées. Ce livre nous dit qu’il n’y a pas plus de fatalisme balkanique que d’impossibilité d’imaginer une autre Europe permettant à ses peuples de vivre mieux ensemble...
Collaboratrice du « Monde Diplomatique », Catherine SAMARY est maître de conférence à Paris Dauphine, associée à l’Institut d’Études européennes de Paris 8. Chercheur à l’IRISES/Dauphine, elle est également l’auteure de plusieurs ouvrages sur l’ex-Yougoslavie, dont « Les conflits yougoslaves de A à Z », avec Jean-Arnaut Dérens aux éditions de l’Atelier.

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Date de parution 01 janvier 2008
Nombre de visites sur la page 19
EAN13 9782849240489
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0142 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Yougoslavie
de la décomposition aux enjeux européensCollection « Reportages »
dirigée par Sébastien Boussois
Parce que le monde d’aujourd’hui est plus complexe que du
temps de la guerre froide, à l’échelle d’un pays, d’une région,
d’une société, la collection « Reportages » s’est fixé pour objectif
de rendre clair et précis un sujet géopolitique en faisant appel
aux plus grands spécialistes de la question.
À cette mission de vulgarisation sans simplification, il faut
ajouter un autre objectif : celui de rendre compte aussi sur une
vingtaine d’années du travail de cet auteur, journaliste ou
chercheur, en sélectionnant avec lui les articles qui reflètent le mieux
l’évolution du sujet traité.
Au-delà, et face à l’évolution des supports de communication
du monde moderne et l’envie insatiable de « faire vite », c’est
l’envie enfin de mettre à l’honneur journalisme et recherche de
qualité, sans jamais céder aux sirènes de la mondialisation et de
l’uniformisation de l’information.
Déjà paru :
Israël, une société bousculée de Dominique Vidal
Illustration de couverture : Le pont de Mostar, www.fotolia.fr #4177463
© Éditions du Cygne, Paris, 2008
editionsducygne@club-internet.fr
www.editionsducygne.com
ISBN : 978-2-84924-048-9Catherine Samary
Yougoslavie
de la décomposition aux enjeux européens
Éditions du CygneDu même auteur :
Les conflits yougoslaves de A à Z, avec Jean-Arnault Dérens,
Éditions de l’Atelier, Paris, 2000.
La déchirure yougoslave. Questions pour l’Europe, Éditions
L’Harmattan, Paris, 1999.
Le marché contre l’autogestion : l’expérience yougoslave,
Publisud/La Brêche, Paris, 1988
Remerciements :
Je dédie ce recueil à ceux et celles qui m’ont aidée à percevoir,
ressentir et peut-être comprendre, de Belgrade à Sarajevo, de
Pristina à Tuzla, de Ljubljana à Zagreb... un peu de ce que fut le
passé puis la décomposition infinie de l’ancienne Yougoslavie.
Dragica, Faïk, Ivan, Mihaïlo, Milo, Milorad, Mladen,
Muhamedin, Nikola, Nina, Rada, Rastko, Sonja, Zagorka... Merci
de vos résistances, de vos témoignages parfois opposés, de votre
disponibilité en ces moments de vies tant bouleversées.
Je dois au Monde Diplomatique d’avoir pu contribuer à des
éclairages pluriels d’une "histoire immédiate" inachevée en
contredisant quelques "vérités" dans l’air du temps.
L’impitoyable rigueur, les questionnements et désaccords
d’Hubert sont profondément inscrits dans ce que j’ai appris tout
au long de ma recherche sur l’histoire yougoslave.
Catherine SamaryAvant-propos
de Sébastien Boussois
Après le premier ouvrage, Israël société bousculée : 25 ans de
reportages sur le terrain de Dominique Vidal, journaliste au
Monde diplomatique, qui a rencontré un lectorat toujours plus
sensible à la question du conflit israélo-palestinien, nous
avons souhaité nous intéresser à un autre conflit qui a marqué
le siècle, plus près de chez nous, à la porte de l’Union
européenne, au c œ ur de l’Europe : le « conflit yougoslave », ainsi
communément appelé et qui apparaît souvent comme aride et
aux violences insurmontables aux yeux du grand public.
Parce qu’à la manière de ce qui se passe au Moyen-Orient,
la mosaïque des peuples qui composent cette région, semble
vouée à une « balkanisation » identifiée à des conflits sans fin
et d’une rare violence, associés au découpage arbitraire de
frontières tracées au « cordeau » et insérés dans différentes
sphères de rapports régionaux et internationaux évolutifs.
La première guerre mondiale voit une profonde
recomposition du monde avec, face à la mise en place de l’URSS, le
dépeçage de l’empire ottoman et la dissolution de l’empire
austro-hongrois sous hégémonie des puissances colonisatrices de
l’Europe occidentale. Le Royaume des Serbes, Croates et
Slovènes (qui prit le nom de Yougoslavie en 1929), établi
comme « cordon sanitaire » contre la force d’attraction de
l’URSS, n’offrit aucune base pacifiée et durable de
rapprochement aux peuples concernés. Et le démantèlement du pays
envahi par les troupes allemandes et italiennes s’accompagne
de combats fratricides qui laisseront des traces durables.
Pourtant, la victoire, contre les forces d’occupation, des
parti5sans dirigés par le Parti communiste en 1945 voit l’espoir d’une
nouvelle Yougoslavie réunifiée, mais fédérant six républiques –
la Bosnie--Herzégovine, la Croatie, la Serbie, le Monténégro, la
Macédoine, la Slovénie; recouvrant cinq peuples : les Serbes,
les Croates, les Slovènes, les Monténégrins, les Macédoniens
(auxquels s’ajoutèrent les Musulmans bosniaques, reconnus
comme tels dans les années 1960) – ce à quoi on ajoute
souvent, trois religions principales (orthodoxe, catholique et
musulmane) ; et deux alphabets... Le principe même
d’autogestion mis en place par l’incontournable père de la nation, le
maréchal Tito, fera de la Yougoslavie un régime communiste à
part où les droits nationaux et sociaux vont connaître de
nombreuses réformes, en réponse à des conflits croissants. Après
la mort de Tito, en 1980 le pays entre dans une décennie de
crise interne et de paralysie croissante d’un système de plus en
plus confédéral, marqué par la montée des nationalismes et, en
Serbie, de Slobodan Milosevic auquel sera identifié au cours de
la décennie suivante, la politique de Grande Serbie.
Après le conflit de 1939-1945, on pouvait croire le
continent européen pacifié. Pourtant, après l’effondrement des
blocs, la chute du mur de Berlin, le « nouvel ordre mondial »
plus ou moins prédit par Georges Bush père, voit la guerre
revenir en Europe au début des années 1990. Incapable de
gérer la crise yougoslave, l’Union européenne comme les
Nations-Unies ont accumulé les « plans de paix » successifs
qui n’ont pas empêché les guerres de nettoyages ethniques.
La présence de l’OTAN au sol après la première guerre de
son histoire est-elle une stabilisation de la région ?
Les textes de Catherine Samary, depuis vingt cinq ans,
dans le Monde diplomatique notamment, aident à rendre intelligible
la complexité des facteurs internes et externes qui ont marqué
la crise et décomposition de la fédération yougoslave. Ils
soulèvent les questions du rôle politique déterminant de
l’Europe, pour elle-même et pour le reste du monde.Points de repères chronologiques
La première Yougoslavie
1918 : victoire des Alliés. Dissolution de l’empire ottoman et
de l’empire austro-hongrois. Création du Royaume des
Serbes, Croates et Slovènes.
1920 : création du parti communiste. 59 sièges aux élections
parlementaires, quelques dizaines de milliers d’adhérents. Il
est interdit et persécuté.
1929 : coup d’État du roi Alexandre Karadjodjevitch qui
instaure une dictature. Le royaume prend le nom de
Yougoslavie. C’est un système unitariste, sans républiques.
La deuxième guerre mondiale
1941 : invasion de la Yougoslavie par les troupes allemandes
et italiennes. Exil du roi à Londres. Proclamation de l’« État
indépendant de Croatie » (oustachis). Grande Albanie sous
contrôle fasciste. Début de la résistance des tchetniks de
Mikhailovitch (partisans de la monarchie serbe) soutenue par
les Alliés. Le PC lance le mouvement des Partisans (sans
soutien et contre l’avis de Staline).
1942 : les Alliés nomment Mikhailovitch ministre de la guerre.
En riposte le PCY crée le Conseil anti-fasciste de libération
nationale (AVNOJ) sorte de Parlement clandestin, sur des
bases fédératives doté d’un exécutif. L’Armée de libération
nationale, de plusieurs centaines de milliers de combattants
est organisée également sur des bases fédératives. Son
état7major est le CC du PCY.
1945 : réferendum et proclamation de la République fédérative
populaire de Yougoslavie qui abolit la monarchie.
La deuxième Yougoslavie : 1945-1991
1945-1947 : application du modèle stalinien centraliste. Les
tensions avec Moscou sont cachées.
1948-1949 : « excommunication » du PCY par Staline comme
« clique fasciste ». Milovan Djilas analyse la dégénérescence
bureaucratique de l’URSS comme cause de la crise.
1950 : introduction de l’autogestion ouvrière (droits de
gestion des travailleurs dans l’entreprise). Planification assouplie.
1952 : le PCY assouplit son fonctionnement en prenant le
nom de Ligue des communistes yougoslaves.
1955 : voyage de Khrouchtchev en Yougoslavie pour
présenter une autocritique publique.
1956 : première réunion du Mouvement des non alignés.
1965-1971 : réforme décentralisatrice du « socialisme de
marché » supprimant la planification sous pression des
républiques riches. Extension des droits syndicaux et
autogestionnaires. Confédéralisation du système (congrès des
républiques avant celui de la fédération ; augmentation des
pouvoirs des républiques, ancrage national des CC).
1968 : grèves contre les inégalités croissantes. Révolte
étudiante contre « la bourgeoisie rouge ». Revendication d’une
« autogestion de bas en haut », soutien aux combattants du
FLN vietnamiens.
Condamnation par le régime de l’intervention soviétique en
Tchécoslovaquie.
Émeutes au Kosovo : revendication du statut de «
république ».
1971-1972 : « printemps croate » revendiquant une plus
gran8de décentralisation marchande et notamment le contrôle des
devises du commerce extérieur + revendications culturelles
1972-1974 : campagne lancée par Tito contre les milliardaires ;
répression contre tous les mouvements autonomes
politiques, nationaux, syndicaux – de gauche ou de droite.
1974-1976 : nouvelle constitution ; élargissement des
pouvoirs des provinces autonomes et des républiques ; Le
Kosovo, province autonome de Serbie, est représenté dans
les instances fédérales avec un droit de veto contre toute
décision serbe ; renationalisation des banques ; introduction
d’une planification contractuelle autogestionnaire.
1980 : mort de Tito ; il est remplacé par une présidence
collégiale. Dette extérieure de 20 milliards de dollars révélée.
1981 : émeutes au Kosovo. Revendication du statut de «
république ». Répression.
1986 :pétition des Serbes du Kosovo. Le projet de
Memorandum de l’académie des sciences serbe est rendu
public.
1987 : S. Milosevic écarte ses opposants et consolide sa position
de dirigeant à la tête de la Ligue des communistes de Serbie.
1988 : « révolutions anti-bureaucratiques » en Voïvodine et au
Monténégro, favorables à S. Milosevic. Meetings de masse en
Serbie contre le « génocide des Serbes au Kosovo ».
Destitution des dirigeants communistes albanais.
1989 : amendements constitutionnels, acceptés par la
Fédération, supprimant le droit de veto du Kosovo dans le
cadre d’une autonomie subordonnée à Belgrade.
Manifestations albanaises. Envoi de troupes de la police
fédérale. Grève de la faim des mineurs de Trepca. Répression
sanglante et ratification par l’assemblée kosovare des
amendeements constitutionnels serbes. Célébration du 600
anniversaire de la bataille de Kosovo Polje. État d’urgence au
Kosovo.
Slobodan Milosevic est élu président de la République de
9Serbie par le parlement serbe.
Lois de transformation de la propriété et thérapie de choc
libérale introduite au plan fédéral par Ante Markovic.
e1990 : XIV et dernier congrès de la LCY, départ des délégués
croates et slovènes. Premières élections libres dans les
républiques. Franjo Tudjman est élu président de la Croatie.
Slobodan Milosevic est élu président de Serbie. Alija
Izetbegovic est nommé président de la BH dans le cadre du
partage des mandats entre partis nationalistes ayant promis
de régner ensemble. Nouvelle constitution serbe réaffirmant
la souveraineté de Belgrade sur les provinces. Adoption
d’une constitution en Croatie supprimant le statut de «
peuple » pour les Serbes. Le Parlement du Kosovo dissout par
décret de Belgrade se réunit et proclame la « République du
Kosovo » dans le cadre de la fédération yougoslave.
Licenciements massifs des Albanais. Organisation d’une
société albanaise parallèle.
La décomposition de la fédération
1991 : Crise de la présidence collégiale yougoslave. Plébiscite
des Serbes de Croatie pour leur maintien en Yougoslavie.
Réferendum boycotté par les Serbes de Croatie. début des
affontements armés en Croatie. Déclarations
d’indépendance de la Croatie et de la Slovénie (25 juin). Référendum des
Albanais du Kosovo en faveur de l’indépendance (30 septembre).
Référendum d’indépendance en Macédoine boycotté par les
Albanais. Prise de Vukovar (Croatie) après 86 jours de siège
par l’armée fédérale et les milices serbes. Autoproclamation
d’une République serbe de Krajina.
La Communauté européenne demande à des juristes
(Commission Badinter) de définir des critères pour les
demandes de reconnaissance que doivent lui adresser avant le
1023 décembre les républiques qui veulent quitter la
Yougoslavie. Le 23 décembre, l’Allemagne annonce sa
reconnaissance de la Slovénie et de la Croatie.
Rencontre de S.Milosevic et de F. Tudjman. Discussions sur
le partage ethnique de la BH.
1992 : accord pour l’envoi de 12 000 casques bleus en Croatie
dans les zones du soulèvement serbe. La CEE reconnaît la
Slovénie et la Croatie et demande à la BH d’organiser un
referendum d’indépendance. Proclamation de la 3è
Yougoslavie : la « République fédérale yougoslave » (RFY)
(Serbie-Monténégro) sur la base d’une nouvelle constitution.
Référendum d’indépendance de la Bosnie-Herzégovine
boycotté par les Serbes. Manifestation pacifiste devant le
parlement bosniaque. Débuts d’affrontements. Autoproclamation
de la « République serbe de BH ». L’armée populaire
yougoslave (JNA) se retire officiellement de la BH mais laisse le gros
des infrastructures et armes aux milices bosno-serbes. La
Croatie soutient officiellement l’indépendance de la BH, mais
le HDZ (parti de F. Tudjman) est purgé de ses éléments
pro« bosniaques » et l’Herceg-Bosna commence à se mettre en
place avec drapeau et monnaie croate.
Le Conseil de sécurité de l’ONU impose un triple embargo
(commercial, pétrolier et aérien) à la Serbie et au
Monténégro. La Slovénie et la Bosnie sont admises aux
Nations Unies qui rejettent la demande de la nouvelle
République Fédérale de Yougoslavie (RFY) d’y siéger.
1993 : Le Conseil de sécurité décide la création d’un Tribunal
pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY).
Guerre entre Croates et Musulmans. Rencontre S.
MilosevicF. Tudjman en juin qui proposent le partage de la BH en trois
entités ethniques. Plan Owen-Stoltenberg. Autoproclamation
de la « République d’Herzeg-Bosna » avec Mostar pour
capitale. Les quartiers musulmans de la ville sont rasés par les
milices croates soutenues par l’armée de Zagreb.
11Approbation conditionnelle du plan par Sarajevo et accord
serbo-musulman. Soulèvement et affrontements entre
l’armée de Sarajevo et la « province autonome de Bosnie
occidentale » fidèle à Fikret Abdic.
1994 : changement de personnel au sein des forces croates.
Bombardements de l’OTAN contre des cibles serbes.
Pression des États-Unis pour l’arrêt de la guerre entre forces
croates et musulmanes. Mise en place de la Fédération
croato-musulmane sous pression des États-Unis.
Été 1995 : Offensives de l’armée croate en Slavonie occidentale.
Offensives serbes contre les « zones de sécurité » instaurées
par l’ONU, dont Srebrenica (7000 morts). En août, l’armée
croate reconquiert la Krajina et en expulse des centaines de
milliers de Serbes.
21 novembre 1995. Réunis à Dayton (Ohio, États-Unis),
S. Milosevic, F. Tudjman et A. Izetbegovic négocient un
accord (signé à Paris en décembre) qui implique la
collaboration avec le TPIY, maintient la Bosnie-Herzégovine dans ses
frontières et entérine le partage ethnique en deux entités : la
Republika Srpska (RS) et la « Fédération croato-bosniaque ».
Levée partielle des sanctions contre la Serbie et le
Monténégro.
1996-1997 : Lancement des actions de l’Armée de libération
du Kosovo (UCK) . Condamnation du « terrorisme » et du
séparatisme par le secrétaire d’État adjoint américain John
Kornblum et les ministres français et allemand des affaires
étrangères.
1998 : Affrontements au Kosovo, dans la Drenica, contre une
base locale de l’UCK. Son dirigeant Adem Jashari et
trentesix personnes de sa famille sont tués. Montée en puissance de
l’UCK. Affrontements : 2 000 victimes et 250 000 réfugiés.
Plan Holbrooke accepté par Belgrade : retour des réfugiés,
autonomie provisoire du Kosovo pour trois ans avec
déploiement de 2 000 vérificateurs de l’Organisation pour la sécurité
12et la coopération en Europe (OSCE).
Janvier-mars 1999 : Massacre de Racak tuant une quarantaine
d’Albanais (janvier). Conférences de Rambouillet et Paris.
Échec de la première phase (6-20 février) : la délégation
albanaise refuse l’autonomie et les Serbes écartent la présence de
l’OTAN. Le dirigeant de l’UCK Ashim Thaci est reçu aux
États-Unis. Au retour (15-19 mars), la délégation albanaise
signe le projet ; une « annexe B militaire » est ajoutée
imposant l’OTAN au sol. Le projet est rejeté par la partie serbe.
23 mars - 9 juin 1999. Bombardements de l’OTAN.
Inculpation de Slobodan Milosevic par Louise Arbour,
procureure du TPIY, pendant la guerre. La résolution 1244
mettant fin à la guerre fait du Kosovo une « province de
Yougoslavie » sous protectorat de l’ONU.
10 décembre 1999. Mort de Franjo Tudjman
5 octobre 2000. Slobodan Milosevic reconnaît sa défaite aux
élections fédérales de septembre. Vojislav Kostunica devient
président de la Fédération yougoslave.
Le procès se Slobodan Milosevic
er1 avril 2001 : S. Milosevic, inculpé par le ministère de
l’Intérieur serbe pour malversations, se rend à la justice serbe.
28 juin 2001. Transfèrement de S. Milosevic au TPYI à la
Haye, sur décision du gouvernement serbe de Zoran
Djindjic, malgré un veto de la cour constitutionnelle. En
septembre l’accusation portée contre lui est étendue à la Croatie
(août 1991-juin 1992), et le 12 novembre 2001 Carla del
Ponte dépose un troisième acte d’accusation pour crimes
commis en Bosnie entre 1991 et 1995. La Procureure
demande le traitement des trois actes en un seul procès ce que le
Juge Richard May refuse. Mais la Chambre d’appel accepte le
er1 février 2002 la demande d’un seul procès – demande
sou13tenue par l’accusé, qui plaide non coupable et veut se défendre
lui-même.
12 février 2002 : début du procès sur la base des procédures
anglo-saxonnes. La première partie (accusation sur les trois
dossiers) s’est achevée l’été 2004.
11 mars 2006 : Slobodan Milosevic est retrouvé mort dans sa
cellule – pendant la dernière phase du procès (sa défense).
Selon le rapport d’autopsie (12 mars) il d’agit d’un décès par
infarctus du myocarde. Le 17 mars, le TPIY exclut la thèse de
l’empoisonnement dans un nouveau rapport d’analyses
toxicologiques.
Épilogue
3 juin 2006 : Indépendance du Monténégro mettant fin à
l’État de Serbie-Monténégro qui, sous pression de l’UE, avait
maintenu en 2003 la fiction d’un État commun de ces deux
républiques (sans monnaie commune !) supprimant déjà
toute référence à une Yougoslavie. Entre 1991 (indépendances
de la Slovénie, Croatie, Macédoine et Bosnie-Herzégovine) et
2003, avait subsisté une ultime République fédérale
yougoslave – RFY – composée de la Serbie (avec ses deux
provinces du Kosovo et de la Vojvodine) et du Monténégro, dont la
nouvelle constitution avait supprimé toute référence au
socialisme – sans consultation populaire. L’indépendance du
Monténégro met fin au processus de séparation des
républiques, pendant que s’ouvrent les négociations sur le futur
statut du Kosovo.Introduction
Pour la majeure partie des opinions publiques qui découvrent
la crise yougoslave au début de la décennie 1990, une
interprétation va d’abord dominer : celle de haines séculaires
inter-ethniques et proprement « balkaniques » qui auraient
seulement été étouffées par le régime de parti unique et libérées
(si l’on ose dire) par la démocratie. La mobilisation de
l’Histoire et ses mythes (1) pour légitimer l’appropriation
exclusive de territoires et pratiquer le revanchisme a
accompagné la violence des milices et l’instrumentalisation des
peurs par les médias nationalistes. Les réflexions de l’écrivain
croate Predrag Matvejevitch, lui-même directement soumis à
cet infernal contexte, l’expriment amèrement : « La parole
critique oscille entre trahison et outrage, notamment dans un
contexte plurinational : critiquer sa propre nation équivaut à
la trahir ; critiquer l’autre, à l’offenser. Être placé entre trahison
et outrage exténue la critique même, ou finit par l’annihiler.
Elle se voit remplacer par la surenchère : qui dit mieux ? » (2)
Les médias occidentaux ont eux mêmes souvent versé dans
une présentation ethnicisée des conflits : « les Serbes », « les
Croates », « les Musulmans », « les Albanais »... D’autant que
les « plans de paix » accompagnant en fait les « avancées » de
la guerre en Bosnie-Herzégovine, entérinaient la mise en
place d’« entités » ethniques, gommant les conflits politiques
traversant toutes les communautés.
Ce recueil est une résistance à ces pressions et
simplifications. Une conviction s’y exprime, en premier lieu : la
complexité et les tensions « balkaniques », les pages noires du
passé et les échecs sont intelligibles et n’impliquent aucune
15impossibilité de vivre ensemble. D’ailleurs, quelque
vingtcinq ans après le début de désintégration de la fédération, le
projet d’intégration de l’ensemble des anciennes républiques
et provinces de la Yougoslavie défunte dans la construction
européenne a été mis à l’ordre du jour, comme une nécessité
pour stabiliser la région(3). Et plusieurs articles reproduits ici
eévoquent des débats récurrents au XX siècle et jusqu’au
coeur de la crise récente du Kosovo sur des projets de
confédération balkanique, alternatifs à ceux de constructions
d’États-nations exclusifs. Les Balkans sont plus adéquats que
« l’espace yougoslave » (4) pour traiter de façon égalitaire les
questions nationales imbriquées (5). Et penser le
dépassement des tensions dans un projet multi-national et
relativisant les frontières est certainement aussi justifié que de
vouloir construire et élargir une Union européenne...
Si l’on rejette la thèse des haines fatales, comment
interpréter les causes de la crise et des violences commises – et
quelles réponses leur apporter ? Il n’y a évidemment pas de
consensus sur ces questions. Ce recueil exprime un point de
vue à contre-courant d’opinions dominantes sur deux types
d’interprétations/réponses concernant la décomposition de
la Yougoslavie : la premièce controverse concerne les enjeux
politiques et socio-économiques ; la seconde porte sur les
violences qui ont accompagné le démantèlement de la fédération.
Européaniser les Balkans ?
Face à l’échec des régimes de parti unique se réclamant du
socialisme, les peuples l’Europe de l’Est et des Balkans se
sont vu offrir le droit « d’adhérer à l’Europe » avec pour
précondition la généralisation des relations marchandes et des
privatisations, marqueurs du passage à une « économie de
marché ». Comme si leur Europe et leur histoire n’avaient pas
16existé et n’avaient rien à apporter ; comme si l’UE était
porteuse d’un modèle consensuel, stabilisé et universel. Quelle
histoire sera enseignée, avec tant d’arrogance ? Et quel
« modèle » socio-économique et politique sera appliqué ?
La résistance aux visions simplificatrices du passé/présent
est un enjeu démocratique et politique international très
actuel et multidimensionnel de « l’histoire en débat » (6)
(requérant le pluralisme des approches). Cette résistance est
importante à l’égard de la période de la guerre froide et de ses
lendemains en cours ; mais aussi pour tous les héritages
conflictuels (comme l’a prouvé la difficulté de la France à
assumer son passé colonial et à reconnaître qu’il y avait eu
une « guerre » en Algérie, ou sa tendance à établir par la loi
une « vérité historique »). Loin des comportements de
donneurs de leçons, il faudrait partager un soucis commun : la
remontée des nationalismes et idéologies pré-communistes
avec la réhabilitation de leurs héros s’accompagnent
d’interprétations fascisantes. En l’occurrence, il s’agit de rejeter
justement la possibilité de vivre ensemble, et tout gain de
l’expérience titiste. Il leur faut donc à la fois nier la popularité
réelle de la lutte multinationale des Partisans et réduire le
régime tististe à ce qu’il avait de dictatorial, pour mieux
réhabiliter, au nom d’un anti-communisme primaire, le fascisme
et ses alliés, avec son racisme et ses nettoyages ethniques...
Il en va du/des sens de l’histoire comme des enjeux
socioéconomiques. Ce sont les échecs et impasses du régime
titiste qui expliquent sa crise. Mais le marché et les privatisations
étaient-ils des réponses à ces échecs ? Nous soutenons
l’inverse. La fédération yougoslave a éclaté non pas parce que les
recettes néo-libérales prônées par le Fonds monétaire
international (FMI) aux pays endettés, comme l’était la
Yougoslavie dans les années 1980, n’y sont pas (assez)
appliquées, mais parce qu’elles l’ont été (7). Ceci ne signifie
évidemment pas que ces politiques sont la source unique des
17problèmes (8). Mais quand on prétend apporter des remèdes
à un mal, encore faut-il que le mal soit bien diagnostiqué, et
que les remèdes ne l’empirent pas... Il y a donc une certaine
dialectique des causes internes et externes de crise (les
politiques néo-libérales des institutions et pouvoirs dominant la
mondialisation trouvant des relais internes pour s’appliquer...
plus ou moins(9)). Certes le marché peut unifier un espace.
Mais sur quels critères ? Livré à la libre concurrence, il
aggrave les inégalités sociales et régionales. Et quand des
régions recouvrent des peuples spécifiques, il y a là un
facteur de désagrégation et de tensions, notamment autour
des mesures redistributives (budgétaires) qui signifient des
solidarités. Ces mécanismes étaient déjà à l’oeuvre avec
l’introduction d’un « socialisme de marché » dans la
Yougoslavie titiste à la fin des années 1960. L’échec du
système, fut justement la désagrégation des solidarités liée
à la fois à l’extension des mécanismes marchands et à
l’opacité bureaucratique de gestion des fonds sociaux et de
la planification.
Mais les réponses préconisées par le FMI à l’endettement
extérieur et généralisé du système dans les années 1980 ne
levaient en rien cette opacité. Elles l’aggravaient. Et leur
logique fut la remise en cause des droits autogestionnaires et
sociaux qui avaient au contraire un besoin organique de
démocratie pour devenir efficaces. La volonté de chaque
pouvoir républicain, et tout d’abord dans les plus riches
régions (Slovénie et Croatie) de garder les devises issues de
leurs exportations (quels que soient les apports des autres
régions dans la fabrication des produits exportés), de ne plus
contribuer aux budgets communs, et de privatiser pour leur
compte a enterré tout projet de Yougoslavie. Mais l’Union
européenne elle-même connaît des syndromes similaires,
tendant à désagréger les États multinationaux et remettant en
cause les solidarités budgétaires entre régions riches et pauvres
18au sein des États-nations comme dans les relations entre pays
membres. La logique de la baisse de la fiscalité pour attirer le
capital privé et celle du désengagement social des États
renforce cette faiblesse du budget européen (et des budgets
des États membres soumis à des contraintes monétaristes
étroites) au moment d’un élargissement dit « historique ». La
construction et l’élargissement de l’Union européenne sont
profondément fragilisés par ces politiques néo-libérales de
même que celles-ci ont aggravé et non pas résorbé les
tensions sociales et nationales en Yougoslavie. Mais les horreurs
des guerres de nettoyages ethniques ont mis au second plan
la perception des enjeux socio-économiques et tourné les
opinions publiques vers un interventionnisme militaire. Ce
qui soulève un autre ensemble de controverses.
Quels nationalismes dominants ?
La thèse d’un nationalisme dominant la crise de
l’exYougoslavie s’est substituée à celle des haines fatales, dans la
majeure partie des médias : le régime de Slobodan Milosevic
fut présenté comme l’agresseur de tous les autres (censés
n’être que purement « réactifs »), propagateur d’une Grande
Serbie attisant toutes les haines et guerres inter-ethniques.
Les défenseurs de ce point de vue allèrent jusqu’à assimiler le
pouvoir de Belgrade à un nouvel Hitler, prônant dès lors une
intervention militaire contre lui. Et puisque l’ordre mondial
néo-libéral devait apporter la paix, ne fallait-il pas l’imposer,
même par la force (10) ? Cette thèse a été puissamment
diffusée lors des bombardements de l’OTAN au cours desquels
Slobodan Milosevic fut inculpé par la procureure du TPIY,
Louise Arbour. Contre de telles approches, prépondérantes(11),
d’autres points de vue, plus marginaux (avec des variantes de
droite ou de gauche), ont au contraire présenté Slobodan
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