Une société de chiens. Petit voyage dans le cynisme ambiant

Une société de chiens. Petit voyage dans le cynisme ambiant

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Français
225 pages

Description

Qui croit encore à ce qu'il fait ? Nous vivons dans une société d'acteurs désabusés. L'effondrement des idéologies et des croyances laisse libre cours au jeu des petits calculs et des grands intérêts. Le cynique moderne se situe en apparence aux antipodes de son ancêtre de l'Antiquité. Mais, se prenant pour un Dieu et vivant comme une bête, il partage avec Diogène le mépris du genre humain. Or cette maladie de la morale sociale se révèle contagieuse. Le cynisme des puissants exerce des effets en cascade sur l'ensemble de la société. Instrumentaliser autrui sans scrupules, tout ramener à soi, profiter de la confusion des genres, abuser du pouvoir de l'argent, professer que toutes les vérités se valent : nos cyniques ont plus d'un tour dans leur sac pour se frayer un chemin dans un monde réduit à une jungle. Cet essai démonte quelques-uns de ces stratagèmes maîtrisés par d'importants personnages. De Thierry Ardisson à Nicolas Sarkozy, en passant par Jean-Marie Messier ou Bernard-Henri Lévy, les cyniques tiennent le haut du pavé dans nombre de sphères. Le moralisme ostentatoire du discours public masque mal ce règne généralisé de la ruse et cette primauté des rapports de forces. Promoteurs d'un état de défiance généralisée, les cyniques nous préparent une société de chiens.















Éric Dupin est journaliste. Ancien éditorialiste à Libération, il a collaboré à de nombreux titres de la presse française. Auteur de plusieurs essais, il enseigne l'analyse des médias à l'Institut d'études politiques de Paris et publie un blog (http://ericdupin.blogs.com).






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Date de parution 25 janvier 2018
Nombre de lectures 1
EAN13 9782021395570
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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UNE SOCIÉTÉ DE CHIENS
Du même auteur
Oui, non, sans opinion Cinquante ans de sondages Ifop Interéditions, 1990
L’Après-Mitterrand Le Parti socialiste à la dérive Calmann-Lévy, 1991
Le Disciple Ou les dix leçons que Jospin apprit de Mitterrand Plon, 1998
Sortir la gauche du coma Comprendre les racines d’un désastre Flammarion, 2002
L’Hystérie identitaire Le Cherche Midi, 2004.
ÉRIC DUPIN
UNE SOCIÉTÉ DE CHIENS Petit voyage dans le cynisme ambiant
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
COLLECTION«LHISTOIRE IMMÉDIATE» DIRIGÉE PAR JEAN-CLAUDE GUILLEBAUD
ISBN : 978-2-02-139694-2
© Éditions du Seuil, mars 2006
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une util isation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et const itue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle .
www.seuil.com
REMERCIEMENTS
Je tiens à remercier le dessinateur Mandryka qui a accepté d’illustrer de son talent la couverture de ce livre ainsi que Jean-Claude Guillebaud qui m’a soutenu dans cette délicate entreprise.
À Anne, Alice et Claire
INTRODUCTION
Sans foi ni loi
Un salarié doit-il viser le travail bien fait ? Plaire à ses supé-rieurs hiérarchiques ou, à tout le moins, ne point leur poser de problèmes est autrement plus efficace. Un intellectuel doit-il dire ce qu’il pense ? Répéter ce que racontent ses voisins de coterie est infiniment plus prudent. Un homme politique doit-il œuvrer au bien public ? Soigner son image et sa com-munication est incomparablement moins risqué. On pourrait égrener longtemps les nouvelles normes comportementales générées par le cynisme ambiant. Croire à sa fonction sociale est devenu le signe d’une pathétique naïveté. Comme si les dés n’étaient pas pipés ! Comme si chacun ne poursuivait pas son strict intérêt personnel au mépris, plus ou moins dissi-mulé, de valeurs désormais surannées ! Quand tout le monde triche ou presque, bien sot est celui qui demeure honnête. Gare à ce demeuré qui s’écarte du mode de vie dominant de l’époque. Il sera pris pour un lâche, un prétentieux, un archaïque, un bigot, un idéaliste, bref, un crétin. Ne pas être dupe est devenu l’obsession contemporaine. Surtout ne pas croire une seconde aux vieilles injonctions morales. Se persuader que la société n’est qu’une immense jungle où la survie suppose la ruse, la tromperie et la rouerie. 11
UNE SOCIÉTÉ DE CHIENS
Ne jamais faire confiance à quiconque. Ne se fier qu’aux purs rapports de forces. Se dire que le monde se divise entre les poires et ceux qui les mangent. Se défier comme de la peste de tous les beaux discours, mais exceller à les tenir avec un sérieux papal pour abuser les gogos. Cultiver un scepticisme systématique aux confins du nihilisme. Au final, ne vénérer que la réussite, et l’argent qui en est devenu l’universelle mesure. J’exagère ? Sans doute. Le cynique intégral est heureuse-ment une espèce assez rare. Le bestiaire social présente tout un dégradé de caractères et de comportements. On est toujours le cynique de quelqu’un. Mais le cynisme moderne est si proliférant qu’il apparaît comme un des modes d’expression du conformisme. Le phénomène est trop répandu pour relever de la tare morale personnelle. Il a pris une dimension de masse qui autorise une approche de type sociologique. À sa source se situe probablement la crise des identités col-lectives qui caractérise la modernité1. Les croyances d’antan ne sont plus que l’ombre de ce qu’elles étaient. En Occident, du moins, la religion a énormément perdu de son emprise sur les esprits. L’injonction morale en a fatalement été atteinte. Plus récemment, les croyances idéologiques ont également été frappées de décrépitude. La morale sociale s’en est trou-vée fortement dévaluée. Lorsqu’on ne croit plus ni aux dieux ni même aux hommes, il est pour le moins étrange de s’astreindre à « bien se comporter ». Dans un monde désenchanté2, privé de toute illusion transcendantale et
1. J’ai tenté de présenter les multiples aspects de cette crise des identités collectives dansL’Hystérie identitaire, Le Cherche Midi, 2004. 2. En référence aux travaux de Marcel Gauchet :Le Désenchantement
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