//img.uscri.be/pth/bd199b87070734f4f43ab3b0b16b045d464184cb
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 5,95 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Altère ego.

De
123 pages
Quand on a la chance d'avoir grandi au sein d'une famille unie, quand on réussit à l'école sans trop avoir à étudier et qu'à peine adolescent on a un avenir déjà tracé dans le sillage d'un père à qui tout réussit, que peut-il arriver ? Tout et n'importe quoi. L'avenir n'est pas toujours fait des certitudes acquises, l'imprévu peut être au bout du tournant. En un instant, des années de route peuvent s'effacer pour faire place à un itinéraire alternatif. Un itinéraire auquel on n'est évidemment pas préparé.
Voir plus Voir moins

2 Titre
Altère ego

3Titre
Bernard Warnier
Altère ego

Nouvelles
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-02144-8 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304021448 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02145-5 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304021455 (livre numérique)

6 8 Altère ego.
INTRO
Voilà.
Maintenant tout est fini.
Je suis raide comme une vieille Hoffner
abandonnée par un bassiste désabusé. Les cor-
des ont cessé de vibrer, les micros sont off.
C’est ce qui s’appelle payer la note cash et au
prix fort.
Extérieurement, la machine n’est pas trop
esquintée. Un ou deux petits coups dans la
peinture mais rien de bien méchant. Les appa-
rences sont parfois trompeuses car sous une
enveloppe qui donne le change, la mécanique a
beaucoup souffert.
Trop.
Maintenant c’est la panne, profonde et irré-
versible.
Comment est-il possible de merder à ce
point-là ?
Pourtant, sur la ligne de départ, tous les es-
poirs étaient permis. Un fils de bonne famille et
de bonne éducation, un parcours clairement ba-
lisé, un but déterminé. Mais quand on s’évertue
9 Altère ego
à rendre sinueux à nausée un parcours rectili-
gne, la sortie de route est au bout d’une courbe.
A struggle for life, la vie est un combat. Moi,
j’ai l’impression d’avoir livré un combat contre
moi-même. Un combat que je viens de perdre.
J’aurais dû entendre, écouter toutes les voix
qui se sont élevées pour me mettre en garde.
J’aurais dû saisir une des nombreuses mains
tendues, m’y agripper. J’aurais dû réagir aux
coups de pieds dans le cul et aux baffes, chan-
ger de cap. Mais rien ni personne n’est jamais
parvenu à déboucher la sourde oreille. Les dés
étaient pipés, la fin était écrite.
Vous vous souvenez de ces films américains
où des jeunes gens, poussés par l’alcool et la bê-
tise grégaire, se livrent une course à la mort, au
volant de bolides lancés à toute allure vers le
précipice d’une falaise et où le vainqueur est ce-
lui qui sautera le dernier ?
C’est l’histoire de ma vie.
A l’une ou l’autre reprise, j’ai mis un pied
hors du véhicule mais jamais je n’ai sauté.
J’entendais des cris mais je ne les écoutais pas.
Maintenant c’est le vide qui est sous moi, le
néant absolu.
Je les imagine, ceux qui sont restés sur la fa-
laise et qui ne réalisent peut-être pas encore.
10 Altère ego.
48 CRASH
Onze heures du mat, plutôt raisonnable pour
un samedi. Au travers de mes cils, j’aperçois un
petit rayon de soleil blanc qui filtre entre les la-
melles des persiennes. J’ouvre attentivement les
portugaises et je suis plutôt satisfait, pas de
bruit de flotte sur les ardoises de la mansarde.
Hier soir, il pleuvait comme vache qui pisse, le
temps a l’air calmé.
J’écarte les persiennes du revers de la main
gauche et ferme les paupières face à la luminosi-
té. Effectivement, on dirait que le printemps
nous accorde un début de week-end agréable.
Vite, une douche. J’enfile un slip, mon futal
de la veille, je prends un tee-shirt noir dans la
garde-robe, une paire de chaussettes dans la ta-
ble de nuit et mes pompes en croco qui sont
restées sur le palier. Me voila prêt à affronter un
bol de céréales.
Je dévale les marches du grand escalier en
marbre pour débouler dans la cuisine. Je
m’arrête avant d’y pénétrer.
11 Altère ego
Quelque chose de bizarre m’interpelle et
stoppe mon élan. La double porte qui sépare le
hall d’entrée du living est entrouverte.
Vraiment bizarre à cette heure.
J’entends une voix sourde que je ne recon-
nais pas. Je me dirige tout doucement et en si-
lence vers le living. Il y a un je ne sais quoi dans
l’air qui me pousse à me la jouer en sourdine.
Il fait sombre dans la pièce.
Dos à moi, accoudés à la grande table, sont
assis deux flics. Ils font face à ma mère. Elle a la
tête cachée par ses mains, les doigts bien en-
fouis dans la tignasse. En m’entendant elle lève
la tête, son regard est tourné dans ma direction
mais elle ne me voit pas. Elle ne voit rien
d’ailleurs. Ses yeux sont injectés de sang, son
visage est bouffi, elle pleure.
Mais que s’est-il passé ?
Le plus âgé des deux flics se lève, vient vers
moi et se baisse légèrement pour avoir son vi-
sage à hauteur du mien, il pose sa main droite
sur mon épaule gauche.
Normalement, je devrais avoir un mouve-
ment de recul, je devrais éprouver de la mé-
fiance ou une certaine crainte. Rien de tout cela.
En croisant son regard je suis figé.
L’atmosphère me glace le sang. Je me mets à
trembler de tous mes membres.
Tout se bouscule dans ma tête.
12