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Brasilia entre le mythe et la nation

De
236 pages
Brasilia devient au mois d'avril 1960, trois ans et demi après le début des travaux, la nouvelle capitale du Brésil, détrônant ainsi Rio de Janeiro. Dans cet ouvrage, l'auteur, par l'analyse des discours politiques prononcés à l'époque, montre que paralèllement à l'entreprise de développement, de modernistaion et d'intégration voulue par le président Juscelino Kubitschek, cette construction "visait à refonder un mythe de la nation aux fortes implications symboliques".
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Márcio de Oliveira
BRASILIA entre le mythe et la nation
R E C H E RC H E S A M É R I Q U E S L A T I N E S N
Préface d’Hervé Théry
Traduit du portugais (Brésil) par Nathalie Dessartre et Eduardo Nadalin
BRASILIA ENTRE LE MYTHE ET LA NATION
Recherches Amériques latines Collection dirigée par Denis Rolland et Joëlle Chassin La collectionRecherches Amériques latinespublie des travaux de recherche de toutes disciplines scientifiques sur cet espace qui s’étend du Mexique et des Caraïbes à l’Argentine et au Chili. Dernières parutions
Patrick HOWLETT-MARTIN,La politique étrangère du Brésil (2003-2010). Une émergence contestée, 2013. Denis ROLLAND, Marie-José FERREIRA DOS SANTOS et Simele RODRIGUEZ,Le Brésil territoire d’histoire. Historiographie du Brésil contemporain, 2013. César CARILLO TRUEBA,Plurivers. Essai sur le statut des savoirs indigènes contemporains, 2013. Aristarco REGALADO PINEDO,L’ouest mexicain à l’époque des découvertes e e et des conquêtes (XVI– XVIIsiècle),2013. Guillermo ZERMENO PADILLA,La culture moderne de l’histoire. Une approche théorique et historiographique, 2013. Guillaume LETURCQ, Frédéric LOUAULT, Teresa Cristina SCHNEIDER MARQUES (dir.),Le Brésil : un laboratoire pour les sciences sociales, 2013. Erwan DUFFAIT,et Vilcabamba. PouvoirLes routes incas de Machu Picchu et mémoire des les Andes péruviennes, 2013. Maria Chaves JARDIM,Syndicats et fonds de pension durant le gouvernement Lula, 2013. Véronique LECAROS,La conversion à l’évangélisme. Le cas du Pérou, 2013. Elena CICCOZZI,Les Galápagos, gouvernance et gestion démocratique des ressources naturelles, 2013. e Guillaume GAUDIN,siècle.Penser et gouverner le Nouveau Monde au XVII L’empire de papier de Juan Díez de la Calle, commis du Conseil des Indes, 2013. Susana VILLAVICENCIO,Sarmiento et la nation civique. Citoyenneté et e philosophie de la nation (Argentine XIXsiècle), 2012. Véronique LECAROS,L’Église catholique face aux évangélistes. Le cas du Pérou, 2012. Emilie DORÉ,Lima, Labyrinthe urbain. Quête de modernité et désarroi identitaire dans un quartier populaire, 2012. e Enrique PILCO PAZ,Musiciens, religion et société dans les Andes auXXsiècle (Pérou), 2012.
MÁRCIO DE OLIVEIRABRASILIA ENTRE LE MYTHE ET LA NATION Préface de Hervé Théry traduit du portugais (Brésil) par Nathalie Dessartre et Eduardo Nadalin
© L’HARMATTAN, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02964-1 EAN : 9782343029641
PRÉFACE « BRASILIA N’AURAIT JAMAIS DÛ EXISTER »
Dès les premières pages de son introduction, Márcio de Oliveira écrit cette phrase surprenante : « Brasilia n’aurait jamais dû exister ». Cependant il continue :« Maiscelle qui n’aurait jamais dû exister est devenue, dans les faits, la nouvelle capitale du Brésil ». Ce paradoxe est le cœur de son livre, résultat de recherches menées pour sa thèse de doctorat et qui cherchent à comprendre l’émergence d’un projet –la construction d’une nouvelle capitale –qui enflamma l’imagination de la nation. Le fil conducteur de l’analyse est donc de chercher à replacer la construction de Brasilia dans une narration mythique, que l’auteur traque dans les discours prononcés pendant les années de sa construction, entre 1956 et 1960, tant ceux du fondateur de la ville, le président de la République, Juscelino Kubitschek de Oliveira, que ceux des deux principaux architectes de Brasilia, Lúcio Costa et Oscar Niemeyer. Il montre que Juscelino Kubitschek –ou «JK »,comme il est généralement appelé au Brésil– avait une proposition audacieuse pour moderniser un pays jusque-là principalement agraire, et que, parallèlement au fait d’être un vaste programme de modernisation de ses principaux secteurs économiques, la construction de la nouvelle capitale visait à refonder un «mythe de la nation» aux fortes implications symboliques. Selon Márcio de Oliveira, «pour le gouvernement JK, par conséquent, Brasilia est devenue le moyen le plus rapide et le plus efficace de développer l’intérieur du pays, de le moderniser et de l’intégrer ». Non pas tant par ses effets concrets, bien réels pourtant, comme le réseau de routes reliant la nouvelle capitale à toutes les parties du pays, Amazonie comprise, que par la force du discours justifiant l'aventure de sa construction: «L’hypothèse générale de ce livre est que les argumentsmudancistas [favorablesau changement de capitale] développés par le gouvernement JK ont progressivement conquis les soutiens populaire, intellectuel, économique, politique et militaire, pendant la période qui s’étend du début de la construction jusqu’à l’inauguration, parce qu’ils ont donné un reflet positif à l’image générale qu’on avait du Brésil à l’époque.» Il rejoint là les
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arguments développés par Laurent Vidal dans un autre grand livre (lui aussi tiré de la thèse de l'auteur),De Nova Lisboa à Brasília. L'invention d'une e e1 capitale, XIX -XXsiècle .Dans un premier temps, Márcio de Oliveira présente une brève biographie de JK, le contexte sociohistorique ainsi que les principaux événements de son mandat (1956-1961). Il analyse ensuite la relation entre le programme du gouvernement et la reconstruction du mythe de la Nation, et montre comment l’arrière-plan régional et l’histoire des idées desmudancistas ontcontribué au désir mythique de construction de la nation. Il ne s'en tient pourtant pas aux discours, et analyse de façon précise la construction de la ville, se demandant « s’il y a eu une priorité consciente dans la construction et, dans ce cas, quel en aurait été le sens », montrant de façon argumentée comment, dans sa matérialité même, Brasilia est un « mythe en béton », pour reprendre l’un de ses titres les mieux venus. Il détaille notamment – et ce sont là des éléments peu connus et qui aident à comprendre le fonctionnement actuel de Brasilia– comment le plan original de Lúcio Costa a été modifié afin de favoriser l'intégration sociale dans la nouvelle capitale. Il donne, par exemple, la raison pour laquelle, au-dessus desquadras résidentielles300, ont été créées lesquadras700 destinées exclusivement à la construction de maisons ; il explique également comment a été créée une série dequadrassupplémentaires, dites à bas prix, avec des immeubles de trois étages maximum, sans ascenseur et sans pilotis et comment, pour construire les nouvelles séries dequadras, laNovacapa dû renforcer les deux nouvelles voies, alors appelées avenues, lesL2 etW3; il montre pourquoi, sur cette dernière, laNovacapdécidé de créer une a nouvelle série dequadrascommerciales, aujourd'hui la principale de la ville hormis lesshopping centres, apparus bien plus tard. Ce souci du détail, cette analyse fine des paysages et du zonage urbain trahissent la familiarité de l'auteur avec sa ville, dont la clé est donnée dans la première phrase du livre : « Je suis arrivé à Brasilia en 1964. La ville n’avait alors que quatre ans et était encore un énorme chantier ». À la fin du premier paragraphe, il indique: «Ce sont peut-être mes souvenirs d’enfance qui m’ont conduit à essayer de comprendre quelles raisons auraient pu mener un pays si peu développé, comme c’était le cas du Brésil dans les années 1950, à prétendre construire une ville destinée à devenir la future capitale du pays dans un délai si court de trois ans et demi. »
1 Paris, IHEAL éditions, 2002, 344 p.
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La biographie de l'auteur aide à comprendre sa familiarité avec une ville qu'il a vue grandir en même temps que lui, et comment le bagage intellectuel qu'il a acquis chemin faisant, tant en France qu'au Brésil, l'a mis à même de comprendre et d'expliquer la naissance du mythe: Márcio de Oliveira est diplômé en sciences sociales de l’Université de Brasilia (1983), titulaire d’une maîtrise en sociologie (1987) et d’un doctorat en sociologie (1993) de l’Université de ParisV et a été, en 2011, professeur invité à l’Institut des Hautes Études de l’Amérique latine (Université Paris 3). Bien que sa carrière l'ait éloigné de Brasilia, il est évident qu'il garde un grand attachement pour sa ville (démentant ainsi ceux qui croient que ses habitants ne peuvent pas créer de liens affectifs avec cette ville si fonctionnelle). Il est donc clair que pour lui, –et sans nul doute il en convaincra ses lecteurs français – il est bien, et bon, que Brasilia existe. Hervé Théry Directeur de recherche au CREDA-CNRS
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