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Burkina Faso - Le secteur informel de Ouagadougou

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204 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 2000
Lecture(s) : 98
EAN13 : 9782296359253
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BURKINA-FASO Le secteur informel de Ouagadougou

Dans la Col1ection « Villes et Entreprises» dirigée par Dominique Desjeux

Michèle ODEYÉ-FINZI, Les Associations Brazzaville. 1985.

en villes africaines.

Dakar-

Nourrir les villes en Afrique sub-saharienne. A paraître.
Alain MAHARAUX, L'Industrie au Mali. A paraître.

Martine CANACHO, Les Poubelles de la survie. La décharge municipale de Tananarive. A paraître. Guy MAINET, Douala. Croissance et servitudes. A paraître.

@ L'Harmattan, 1986
I.S.B.N. 2-85802-638-6

Meine Pieter van Dijk

TOME I

BURKINA-FASO Le secteur informel de Ouagadougou

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 PARIS

PREFACE

Secteur informel, secteur de/l'avenir? Plusieurs fois je m'étais posé la question. Il le fallait bien, .surtout quand on pense à la situation actuelle des pays du Tiers Monde, et notamment à ceux d'Afrique. Après plusieurs décennies d'indépendance pour la plupart, il est évident qu'ils n'ont pas pu améliorer sensiblement le niveau de vie des populations, ni leur apporter le bien-être social tant attendu. Analyses et rapports en conviennent: la voie en forme d'impasse qu'ils ont suivie jusqu'alors ne pouvait guère lès mener au succès. Des voix se sont élevées appelant à rompre la quiétude des pentes faciles, à libérer nos politiques de développement des symétries trompeuses, du mimétisme et de l'extraversion. Ce choix de la rupture impose de recourir entre autres à une autre théorie économique. Dans le passé, nous avions trop souvent cru que le secteur industriel, parce qu'il reposait sur de grands investissements et de gigantesques infrastructures entraînait ipso facto développement et bien-être. Aujourd'hui il nous faut en convenir: l'impact est resté superficiel, le circuit économique ne s'est g.uèreélargi, l'épargne nationale reste marginalisée. Le chômage ne cesse d'augmenter. Pourtant sous nos yeux naît une autre catégorie d'entreprises, celle des « emplois marginaux », du secteur informel. Nous ne saurions plus longtemps ignorer la multitude de ces petits métiers qui dans un environnement urbain excroissant, offrent des biens et services peu coûteux, adaptés aux réalités socio-culturelles et aux besoins des populations. Ces petites entreprises sont essentielles pour susciter cette société de richesse collective, qu'en d'autres lieux, j'avais préconisée. Elles permettent de réaliser des revenus substantiels, de créer des emplois, de régler quelques problèmes de chômage... Elles contribuent ainsi aux efforts de développement endogène et auto-centré. L'ouvrage de Meine Pieter van Dijk vient étayer ma conviction et 7

permet une discussion sérieuse du potentiel du secteur informel en Afrique. S'appuyant sur ses expériences en Afrique, sur les situations vécues à Ouagadougou et Dakar, il attire notre attention sur un cas de solidarité du pauvre au pauvre, sur l'esprit d'initiative et de survie qui anime ces entreprises de « l'univers de la débrouille ». Meine Pieter van Dijk, non seulement a su mettre en évidence la nécessité d'une stratégie, mais en offre quelques éléments.
Albert Tévoédjrè le Secrétaire général de l'Association mondiale de Prospective sociale à Genève

8

INTRODUCTION

Cette étude comprend deux parties. Le tome I concerne le secteur informel à Ouagadougou (en Burkina-Faso) et le tome II le secteur informel à Dakar (au Sénégal). Les recherches pour la présente étude du secteur informel ont été faites en 1976 (Ouagadougou) et 1977 (Dakar) lors de mon travail pour le Bureau international du Travail (B.I.T.). Les gouvernements burkinabé et sénégalais avaient demandé dans le cadre du Programme des Emplois des Compétences techniques pour l'Afrique (P.E.C.T.A.) du B.I.T. l'exécution d'une telle étude dans le but de connaître le potentiel de développement des petites entreprises du secteur informel dans leurs capitales. Une analyse détaillée des données a été faite en 1978 grâce à une subvention de la Fondation néerlandaise pour le Développement de la Recherche tropicale (W.O.T.R.O.). La version néerlandaise de la présente étude a été soutenue le 14 novembre 1980 comme thèse de doctorat à l'Université libre d'Amsterdam sous la responsabilité des professeurs H: Linnemann et J. W. Schoor!. Le ministère de l'Enseignement néerlandais a subventionné la traduction en français, effectuée par Mme Anne van Buuren-Fallou (les chapitres 1-4 et 7) et moi-même. La rédaction finale du texte a été possible lors d'un séjour à l'Institut de Recherches des Sciences humaines et sociales (N.LA.S.) à Wassenaar aux Pays-Bas. Meine Pieter van Dijk Institut royal des Régions tropicales Mauritskade 63 1092 AD Amsterdam Pays- Bas

9

Chapitre 1
DÉFINITION DU SECTEUR INFORMEL ET BUT DE LA RECHERCHE
Le Burkina-Faso compte environ 6 millions d'habitants. Deux cent cinquante mille personnes habitent la capitale Ouagadougou. Le pays est peu urbanisé et compte parmi les 25 pays les plus pauvres du monde. Dans les pays en voie de développement une grande partie de la population urbaine acquiert un revenu en travaillant dans le secteur informel. Ce sont des artisans, de petits commerçants, de petits transporteurs et tous ceux qui rendent service, tels que les cireurs de chaussures, les guides, les gardiens de voitures, etc. Jusqu'au début des années 1970, ces activités étaient le plus souvent désignées sous le terme « secteur traditionnel» et considérées comme moins importantes (1). Pourtant à Ouagadougou 73 % de la population urbaine active travaille dans ce secteur. Le gouvernement burkinabé a montré son intérêt pour ce secteur lorsqu'il a demandé au Bureau international du Travail (B.I.T.) de l'étudier. L'idée de fond est que l'on pourrait peut-être résoudre le problème du chômage dans ces capitales en développant ce secteur. Cette étude est entre autres, le résultat de cette demande. Dans ce premier chapitre, le secteur informel est précisé et l'étude y est comparée à d'autres études du secteur informel dans des villes africaines (2). A la fin du chapitre le but de l'étude et les questions de recherche sont formulées. La question de savoir si le secteur informel peut être envisagé comme un objectif pour une politique gouvernementale est discutée. Les chapitres suivants approfondissent les arrièreplans théoriques de la notion de secteur informel. Dans le chapitre 4 suit une discussion plus détaillée des questions de recherche et de méthodologie de l'étude.

11

1. La définition du secteur informel urbain
La distinction entre un secteur formel et informel est récente. Le B.I.T. a beaucoup stimulé la réflexion sur le secteur informel (3). Dans le chapitre suivant, nous examinons les arrière-plans de l'intérêt du B.I.T. pour le secteur informel et la discussion beaucoup plus vieille sur l'existence d'une économie dualiste dans les pays en voie de développement. La manière la plus simple de définir le secteur informel est d'énumérer les activités qui s'y rattachent comme il est fait dans le tableau 1-1 pour les plus importantes (4). Avec cela un certain nombre de caractéristiques pourraient être mentionnées. Dans le tableau 1-2 par exemple les caractéristiques citées par McGee (1974) sont présentées. Mais pas plus que l'on est d'accord sur les activités qui entrent et celles qui n'entrent pas dans l'énumération, l'on est d'accord sur les caractéristiques. La caractéristique « à pçtite échelle» est le plus souvent citée (5). Cela veut dire que la production a une importance limitée et qu'en outre, elle se fait le plus souvent à forte intensité de maind'œuvre sans qu'un capital important soit investi. Hart (1971), à qui l'on attribue le terme « secteur informel », parlait à l'origine de «informaI income opportunities» en opposition avec celles qui sont formelles telles qu'elles se présentent le plus sou-

vent sous la forme de travail salarié. Le rapport « Kenya» du B.I.T.
(B.I.T., 1972), qui a notamment donné de la notoriété au terme, analyse le rôle du secteur informel dans le processus du développement et suggère une politique de promotion de ce secteur. Le rapport se refuse cependant à définir le secteur et l'appelle « a way of doing things », caractérisé par la facilité d'accéder aux métiers à son compte: on a besoin de peu d'investissements initiaux, ni de diplôme, ni de permis; en plus on utilise surtout les matières premières locales, l'entreprise est le plus souvent la propriété familiale, la production se fait à une échelle restreinte, on utilise des techniques à forte intensité de main-d'œuvre et adaptées, les qualifications requises ne sont pas apprises à l'école et l'on opère sur les marchés échappant à tout règlement, ouverts à la concurrence totale (B.I.T. 1972: 6). Le rapport ajoute: «Informai sector activities are largely ignored, rarely supported, often regulated and sometimes actively discouraged by the Government. » L'objection à cette définition est que les caractéristiques citées sont difficiles à rendre opérationnelles (6). De plus l'on s'attire des difficultés si certaines caractéristiques sont valables tandis que d'autres non. C'est pourquoi je préfère une définition opérationnelle. Les caractéristiques du secteur informel peuvent être empiriquement fixées dans ce cas. Certains critères qui pourraient être utilisés pour une définition opérationnelle sont réunis dans le tableau 1-3. 12

TABLEA U ]-]
Sous-secteur/activité Activités artisanales Fonte de l'aluminium Fabrication de lits Brasserie Confection de vêtements Cordonnerie Tapisserie Menuiserie métallique Poterie Vannerie Menuiserie Forgeage Tissage Artisanat d'art Batik Fonte du bronze Bijouterie Sculpture

. Activités

les plus importantes du secteur informel à Ouagadougou et Dakar
Profession Artisan Fondeur d'aluminium Fabricant de lits Dolotière Tailleur Cordonnier Tapissier Menuisier métallique Potier Vannier Menuisier Forgeron Tisserand Artisan d'art Batikier Fondeur de bronze Bijoutier Sculpteur Tâcherons Ferrailleur du bâtiment Électricien du bâtiment Plombier Maçon Peintre Briquetier ou mouleur Artisan de service Garagiste Démolisseur de voitures Vulcanisateur Électricien (voitures) Réparateur de vélos et motocycles Meunier Horloger Réparateur de radios, téléviseurs et réfrigérateurs Réparateur de machines à coudre Ferrailleur - ramasseur Blanchisseur Transporteur de marchandises de bois d'eau de personnes Ouagadougou Dakar

2 36 1 26 1 7 8 42 123 7 20 2 29 -

4 5 3 2 45 33 74 31 I 199

1 2 3 1 2 1 54 19 71 48 6 19 5 18 44 40 3 4 91 1 1 467

Artisanat du bâtiment Fabrication de ferraillage Pose de l'électricité Plomberie Maçonnerie Peinture Fabrication de briques ou de parpaings Artisanat de service Réparation d~ voitures Démolissage de voitures Réparation de pneus Réparation de l'électricité (voitures) Réparation de vélos et motocycles Meunerie Horlogerie Réparation de radios, téléviseurs et réfrigérateurs Réparation de machines à coudre Ramassage de la ferraille Blanchissage Transport de marchandises de bois d'eau de personnes Total

3 23 26 11 12 -

10 33 II 10 10 31

301

(- = non étudié) ( . = ne figure pas dans la ville en question) 13

TABLEA U 1-2 :

Caractéristiques

du secteur informel selon McGee
Concernant la relation avec les clients, le gouvernement, etc. Les prix peuvent être discutés Relations personnelles avec les clients Pas de publicité Pas de crédit personnel institutionnalisé Pas ou presque pas d'aide gouvernementale Peu ou pas dépendant de l'étranger

Concernant le processus de production Technologie à forte intensité de main-d'œuvre En général entreprises familiales Peu de capitaux Horaire irrégulier Frais pas nécessairement fixes Peu de stock, le plus souvent de mauvaise qualité Peu de bénéfice en rapport avec le chiffre d'affaires Faibles frais d'entreprises fixes TABLEAU 1-3 : Critères pour une définition

opérationnelle

du secteur

informel

L'entrepreneur ne tient pas de comptabilité L'entreprise n'est enregistrée nulle part L'entreprise n'est pas raccordée au réseau électrique L'entrepreneur n'a pas de permis pour s'établir L'entrepreneur n'a pas d'emplacement fixe L'entrepreneur n'a pas d'atelier en parpaings ou en briques de terre L'entrepreneur ne dispose pas de certaines machines (à spécifier par activité) L'entreprise n'a pas de statut juridique (par exemple: Société Anonyme ou S.A.R.L.) Le personnel ne touche pas régulièrement le salaire minimum fixé par la loi Le personnel n'est pas inscrit à la Caisse de la sécurité sociale

J'ai opté pour les trois derniers critères parce que, dans les pays francophones de l'Afrique de l'Ouest, ceux-ci mènent à une nette distinction. De par une législation du travail importante, des syndicats actifs et une inspection du travail, toutes les entreprises sont tenues d'obtenir un statut juridique. de payer à leurs employés le salaire minimum fixé par la loi et d'inscrire ceux-ci à la Caisse de la sécurité sociale (l'institution qui perçoit les primes des assurances sociales). Dans le secteur informel il n'en est rien. Le cadre législatif n'offre paS d'autre statut que ceux de Société anonyme ou de Société à responsabilité limitée et celles-ci sont difficiles à fonder sans appui gouvernemental. Si, lors du travail sur le terrain, il y avait un doute quant à l'appartenance d'une entreprise au secteur informel, les enquêteurs vérifiaient si le salaire minimum était régulièrement payé à tout le monde et si l'entreprise avait un statut juridique (7). Les critères vont le plus souvent ensemble. Le critère le plus important est cependant le manque d'un statut juridique, parce que ceci implique le plus souvent que le personnel n'est pas enregistré et que le salaire minimum n'est pas versé. Sur le terrain en général l'on n'a pas de difficulté à déterminer quelles entreprises doivent être rattachées au secteur informel et quelles ne le doivent pas. La définition choisie semble convenir à un bon nombre de pays francophones d'Afrique. Dans les anciennes colonies françaises, il existe 14

une législation du travail détaillée qui contribue à cette dualité. Dans d'autres pays le cadre législatif sera différent et nécessitera une autre définition. Pour cette raison, et à cause de la critique sur la notion de secteur informel qui sera discutée dans le paragraphe 1-4, il n'est peutêtre pas utile de chercher une définition universelle. Le but des premières études du B.I.T. (dont celle-ci ne fait pas partie) était d'en arriver à une telle définition universelle (cf Sethuraman, 1976) pour pouvoir ensuite comparer différentes études. Dans l'étude actuelle il s'agit d'avoir une opinion sur le caractère et la dynamique propres au secteur informel urbain. Le caractère du secteur informel se modifiera en tout cas si l'on essaye de développer ce secteur. Cela implique qu'une éventuelle définition devra, elle aussi, être encore modifiée. Le mot secteur dans l'expression secteur informel est, dans cette recherche, employé au sens économique. Il s'agit d'un certain nombre d'activités économiques ayant quelque chose en commun. L'homogénéité supposée de la notion de secteur peut, selon Hugon et d'autres, (1977 : 15) être basée sur le type de produits ou de services que l'on fournit, sur le statut juridique ou sur le caractère moderne et monétarisé ou non de ces activités. Dans cette recherche l'homogénéité du secteur informel ne consiste pas dans le fait que les. mêmes marchandises ou services sont fournis, mais bien dans le fait que le statut juridique fait défaut dans les entreprises étudiées. Parfois on se demande si « informel» doit être entendu au sens juridique, ou s'il doit être entendu comme déviant des normes, usages et pratiques que la société bourgeoise a coutume d'utiliser dans ses activités économiques (fixation des prix, délais et conditions de livraison, modes de paiement via les banques). Cela pourrait signifier que les pratiques économiques sont régies par d'autres notions et lois que celles propres à l'économie occidentale. Je pars de la première signification, tandis que les autres significations possibles seront examinées à l'aide des données recueillies. Il est possible d'apporter quelques nuances au sein des catégories secteurs formel et informel et même de distinguer une troisième catégorie d'entreprises entre ces deux-là. Utilisant de nouveau le critère juridique l'on peut, à l'intérieur d'un secteur industriel à petite échelle, faire une distinction entre le secteur moderne industriel et le secteur informel. Les entreprises qui en font partie sont le plus souvent reconnues par le ministère des Finances (<<agréées »), ce qui implique que l'on est susceptible d'avoir des commandes de l'Etat. Pour cela il doit être prouvé que l'on a payé ses impôts par le passé. Cependant les entreprises qui posent une candidature pour obtenir un appui gouvernemental doivent le plus souvent se transformer en une Société anonyme ou en une Société à responsabilité limitée. Ces nuances sont présentées dans le tableau 1-4. Le secteur formel est subdivisé en secteur gouvernemental et en secteur moderne industriel et le secteur informel, en deux parties, l'une étant plus développée que l'autre. Pour cette dernière division l'on 15

utilise les critères « nombre d'employés» et « niveau technologique ». Cette division, qui sera utilisée dans le volume II de l'étude, tente de reconnaître le caractère hétérogène du secteur informel. La partie moins développée du secteur informel se compose alors surtout d'entreprises à une personne où le niveau technologique est le plus souvent très bas. Les entreprises plus développées ont le plus souvent quelques employés à leur service et utilisent souvent des outils plus coûteux. L'intérêt de cette distinction au sein du secteur informel est que pour les deux parties distinguées des directives différent~s et correspondant à leur niveau de développement doivent être formulées. Les projets de la Banque mondiale s'adressaient dans le passé plutôt aux petites industries. Il s'agit ici d'entreprises appartenant à des nationaux, mais qui ont, la plupart du temps, difficilement accès au crédit. Dans le cadre d'un tel projet, la Banque mondiale emprunte à un intermédiaire national, par exemple une banque ou une société d'intervention. Outre un crédit, une assistance technique est souvent accordée et une aide offerte à qui a besoin d'un statut juridique. On aide également de cette façon-là les nouvelles entreprises à se monter. Au Burkina-Faso ce secteur ne commence que depuis peu à se développer. Dans certains pays, la Banque mondiale a amorcé des projets en faveur du secteur informel, ce qui en fait signifie qu'au lieu d'aider des petites industries, l'on veut aider maintenant les entreprises qui se situent juste au-dessous.
TABLEAU 1-4 :. Les secteurs formel, industriel à petite échelle et informel: critères
Désignation Secteur formel: comprend le secteur gouvernemental et le secteur industriel moderne Secteur industriel à petite échelle Critères opérationnels Statut juridique légalement établi Paiement normal du salaire minimum, de même qu'inscription à la Caisse de la sécurité sociale Entre en ligne de compte pour un appui gouvernemental Doit acquérir un statut juridique Le plus souvent reconnu par le ministère des Finances Le personnel est inscrit à la Caisse de la sécurité sociale, il ne reçoit pas toujours le salaire minimum N'a pas de statut juridique Ordinairement le personnel ne reçoit pas régulièrement le salaire minimum Emploi régulier pour ouvriers ou apprentis Niveau technologique plus élevé: au moins un outil coûteux Le plus souvent entreprises à une personne, tout au plus un apprenti ou parfois un membre de la famille Niveau technolog!que plus bas

Secteur informel:

en général

La partie plus développée du secteur informel La partie moins développée du secteur informel

16

2. Activités traditionnelles modernisées et récentes
Etant donné qu'il n'était pas possible d'enquêter sur toutes les activités énumérées dans le tableau 1-1, il a fallu choisir. Un choix a été fait de concert avec les organismes gouvernementaux avec lesquels on a coopéré. Au Burkina-Faso, il en a résulté une dizaine d'activités qui pourvoient aux besoins essentiels de la population et dont aucun organisme gouvernemental ne s'est occupé jusqu'ici. C'est à la suite des critères utilisés qu'ont été étudiées à Ouagadougou surtout la partie la moins développée du secteur informel et à Dakar la partie la plus développée (8). Le secteur informel ne date pas évidemment du début des années 70, mais à la question de savoir comment ce secteur fonctionnait par le passé, il est difficile de répondre par manque de matériaux historiques. Certaines activités remontent au temps des activités artisanales traditionnelles, d'autres sont le résultat de modernisations importées depuis la colonisation. Les techniqu~s utilisées, elles aussi, se sont développées au cours du temps. Pour un certain nombre d'activités du secteur informel en Afrique occidentale, nous indiquons dans le tableau 1-5 si elles sont d'origine traditionnelle ou récente.
TABLEAU 1-5 : Origine d'un certain nombre d'activités du secteur informel en Afrique occidentale
Activités d'origine traditionnelle Brasserie Fonte du bronze Bijouterie Commerce Sculpture sur bois Confection de vêtements Cordonnerie Poterie Vannerie Teinture Forgeage Transport (traditionnel) Tissage Activités d'origine récente Fonte de l'aluminium Démolissage de voitures et vente de pièces détachées Fabrication de batiks Réparation de vélos et motocycles Garage, entreprises pour débosseler et peindre les voitures au pistolet Horlogerie Maçonnerie Tapisserie Menuiserie métallique Réparation de radios, téléviseurs et réfrigérateurs Réparation de machines à coudre Moulage au ciment Menuiserie

Hopkins (1973) a essayé de reconstituer l'économie pré-coloniale de l'Afrique occidentale. La plupart des gens étaient paysans et l'agriculture était en grande partie placée sous le régime de l'autarcie. Les paysans passaient .aussi du temps à des activités artisanales, tandis que quelques-uns se livraient au commerce et à l'élevage (9). Certaines tribus se spécialisèrent dans le commerce d'un certain produit. Hopkins 17

donne une idée du commerce et de la production de certains produits. Il signale que l'urbanisation apparut déjà aux xve et XVIe siècles (par exemple: Gao, Tombouctou et Djenné dans l'actuel Mali), mais que ces villes étaient peuplées principalement de paysans. L'unité économique la plus importante était le foyer et le lieu de commerce le plus important, le marché qui se tenait avèc régularité. Après une discussion sur l'agriculture et le commerce pn~;..coloniaux Hopkins remarque (1973 : 43) : « L'étude du secteur minier et industriel au temjJs pré-colonial amène à un certain nombre de questions importantes concernant: l'acquisition des compétences techniques, le type et le degré de spécialisation, le transfert du capital aux activités non-agricoles et non-commerciales et le volT-lmeet caractère de la demande des produits industriels. » Il traite brièvement de quelques techniques traditionnelles, entre autres la fonte du fer et sa transformation par forgeage, la saliculture, tous les stades de la confection des vêtements et le travail du cuir, la poterie et la préparation des aliments. L'artisanat était souvent protégé par des corporations qui influençaient les méthodes de production, le prix, la qualité et le choix de ceux qui avaient le droit d'exercer le métier. La qualité de membre était héréditaire et l'on pouvait l'acquérir après avoir travaillé une période comme apprenti. Les techniques traditionnelles ne se développaient que très lentement. Hopkins signale que les conditions pour une croissance continue et une modernisation de ces activités n'étaient pas remplies. La production à forte intensité de travail implique que le prix de vente ne peut pas baisser jusqu'à un niveau tel que bien des gens puissent s'offrir ces produits. Mais le type de marchandises que l'on fabriquait pouvait aussi pour le même prix être fait par n'importe qui. Enfin les revenus étaient bas et ne pouvaient pas non plus augmenter inopinément dans une économie autarcique. A la suite de l'introduction de plantes de culture industrielle durant la domination coloniale, nombre de paysans se sont efforcés de les cultiver, parfois au dépens des plantes alimentair.es, parce que le taux de change entre la plante de culture industrielle et le riz ou le blé était avantageux. Souvent l'on négligeait aussi l'activité artisanale secondaire et l'on achetait certains produits de consommation avec la recette de la récolte. Hopkins (1973 : 250) détermine que la disparition des artisanats traditionnels n'a pas été étudiée profondément. Le raisonnement que l'on avance est souvent basé sur la supposition que ces activités devaient forcément disparaître, parce qu'elles ne pouvaient pas faire concurrence aux produits importés meilleur marché. Il note aussi que, bien qu'il soit probable que certaines activités artisanales ont souffert de la concurrence européenne, il n'est pourtant pas question d'une liquidation totale de l'artisanat. La croissance du secteur informel est pour une partie même basée sur la modernisation des activités traditionnelles. Hopkins cite le tannage, le travail du 18

cuir, la poterie, la filature réparation de vélos comme à grande échelle. Il donne traditionnelles ont pu durer -

comme des activités qui ont subsisté et la une nouvelle activité, qui s'est développée quatre raisons pour lesquelles ces activités (Hopkins, 1973 : 251) :

Certains produits bénéficient de frais. fixes et de frais de transport peu élevés. Par exemple dans le cas des potières qui vendent leur modeste poterie sur le marché local. Quelques produits sont plus appréciés par le client que leurs équivalents importés. Par exemple la bière de millet (dolo) au BurkinaFaso. Quelques activités persistent parce qu'elles fabriquent un produit spécial. Les tissus par exemple ont toujours du succès au BurkinaFaso à côté des cotonnades modernes. Au- Sénégal, ils remplissent un rôle dans les cérémonies de mariage. Certains métiers durent parce qu'ils se servent de techniques nouvelles. Les tailleurs qui on( commencé à utiliser des machines à
.'

-

-

-

coudre par exemple.

Certains produits ont également une signification rituelle, grâce à laquelle ils conservent leur valeur; le commerce des noix de cola par exemple. Pour les activités étudiées on ,examinera à quel point les raisons citées jouent un rôle. Il est probable que d'autres facteurs ont contribué à ce que certaines activités existent toujours ou sont en voie petites industries locales concurrentielles. L'on essaiera de tracer le processus de modernisation pour chaque activité (10). La technologie joue ici un rôle important. Une vue sur le développement dans le passé peut procurer des suggestions quant au sens dans lequel la technologie devrait se développer dans le futur. L'intérêt de l'observaHon de Hopkins est qu'elle donne une dimension historique au secteur informel et qu'elle présente une théorie sur le développement du secteur informel sur laquelle on reviendra.

de disparition. L'un de ces facteurs est par exemple la - naissance de

3. Critique sur la notion de secteur informel et quelques alternatives
Bromley (1978 : 1033) résume un certain nombre de défauts de la notion de secteur informel. D'après lui il s'agit d'une division peu nuancée de l'économie et la division manque de logique parce que des critères différents sont utilisés simultanément pour distinguer les deux secteurs (cf. le tableau 1-3). On pense souvent à tort que les deux secteurs sont indépendants l'un de l'autre et qu'une indication absolument claire pour une politique en faveur du développement des deux 19

secteurs peut être donnée. De plus on perd souvent de vue le secteur informel à la campagne; on ne prend pas en considération d'autres secteurs de l'économie ou l'on est d'avis que le secteur informel n'a pas d'avenir. Enfin l'on confond foyers, quartiers, personnes ou entreprises comme unités de recheœhe et l'on assimile à tort le secteur informel urbain aux pauvres des villes. Je suis d'accord sur ce premier point et c'est pour cette raison qu'un seul critère a été. cherché pour cette enquête et qu'une subdivision plus poussée de l'économie urbaine est présentée (tableau 1-4). Quant aux relations entre les deux secteurs, celles-ci seront examinées dans cette étude. Des recommandations pour une politique concerneront aussi bien le secteur informel que l'ajustement réciproque du secteur formel et informel. Cependant l'attention ne sera pas portée sur le fonctionnement du secteur informel à la campagne (11). Je reconnais pourtant l'intérêt du développement des relations entre le secteur informel et d'autres secteurs économiques (agriculture et industrie). L'avenir du secteur informel pourrait peut-être justement se trouver dans le développement de relations entre les différentes parties de l'économie et dans un meilleur accord mutuel entre ces parties. L'unité de la recherche dans cette étude est l'entreprise: c'est l'entrepreneur qui a été interrogé. La question de Bromley de savoir si tous les pauvres sont dans le secteur informel est traitée dans le paragraphe 1.7. Une critique souvent entendue et faite à juste titre est que maintes notions différentes soient utilisées pour la subdivision de l'économie urbaine. Le plus souvent des définitions différentes sont aussi utilisées. Dans le tableau 1-6, quelques définitions fréquemment employées sont exposées. Il est évident que les différentes notions ne se rapportent pas toujours au même groupe de gens ou d'activités. Le but dans lequel cette division est faite est souvent différent. TABLEAU1-6 : Subdivisions alternatives de l'économie urbaine
Auteur Geertz (1963) Subdivision « Bazaar economy versus firm-centered economy» « Informal and formal activities» « Unprotected versus protected sector» Caractérisation de la distinction L'économie de bazar est née du système agraire, l'autre partie du système capitaliste. indépendant, ou salarié dans une entreprise moderne. Productivité faible dans le secteur non-protégé, dans le secteur protégé les ouvriers sont protégés par la loi, grâce à l'influence des syndicats. Le circuit inférieur comprend les activités de production traditionnelles comme celles des artisans, des transporteurs traditionnels et des métiers rendant service à la population.

Hart (1973) Mazumdar (1975)

Santos (1978)

« Circuit supérieur et inférieur»

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