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Douala, croissance et servitude

De
646 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 72
EAN13 : 9782296346208
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DOUALADANS LA COLLECTION « VILLES ET ENTREPRISES»
Michèle ODEYE-FINZI, Les Associations en villes africaines. Dakar-
Brazzaville. 1985.
Guy MAINET, Douala. Croissance et servitudes. 1986.
Martine CAMACHO,Les Poubelles de la survie. La décharge municipale
de Tananarive. 1986
Alain MAHARAUX,L'Industrie au Mali. 1986.
Nourrir les villes en Afrique sub-saharienne. A paraître.COLLECTION « VILLES ET ENTREPRISES»
Guy MAINET
Docteur ès Lettres et Sciences Humaines
DOUALA
Croissance et servitudes
Préface de Guy LASSERRE
Editions L'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique
75005 Paris@ L'Harmattan, 1985
ISBN: 2-85802-571-9A VER TISSEMENT AU LECTEUR
Cet ouvrage reprend sous une forme condensée les thèmes
développés dans la thèse de Doctorat d'État de l'auteur:
« Douala, une grande ville africaine sous l'Équateur. Croissance et
mutations de la métropole camerounaise»
3 tomes, 1071 pages, 253 figures, 80 photographies, bibliographie, annexes,
soutenue le 19 octobre 1984 devant l'Université de Bordeaux III.
Composition du jury :
Président: Paul PELISSIER-
Rapporteur: Guy LASSERRE-
Assesseurs: Pierre BARRERE-
Jean-François MEDARD
Yves PEHAUT
Pierre V ENNETIERà Nicole,
Odile et HélènePréface
C'est en février 1972 que Guy Mainet commença à s'intéresser à la
ville de Douala comme sujet d'étude géographique en vue du Doctorat ès
Lettres. Douze ans d'enseignement supérieur à l'Université de Yaoundé,
des recherches multipliées sur tous les thèmes géographiques et dans
toutes les régions camerounaises à l'occasion de directions de travaux
d'étudiants et de sorties « sur le terrain », n'ont pas éloigné Guy Mainet de
sa ville de Douala; elles lui ont permis, au contraire, de mieux situer la
capitale économique du Cameroun dans son contexte national.
L'étude de Guy Mainet sur Douala enrichit l'abondante contribution
des géographes français à la connaissance du fait urbain en Afrique noire.
Mais par sa richesse, par son ampleur, cette contribution prend une
dimension particulière. L'ouvrage publié par les Editions de L'Harmattan
reprend l'essentiel de la thèse de Doctorat de l'auteur, sans sacrifier aucune
idée importante, mais en allégeant certaines descriptions. Le titre de la
thèse, « Douala, une grande ville africaine sous l'Equateur. Croissance et
mutations de la métropole camerounaise », mettait l'accent sur les trois
aspects fondamentaux de Douala: son africanité, sa situation équatoriale
et sa fonction de métropole. Le sous-titre révélait la volonté de l'auteur de
privilégier l'étude des mécanismes de la croissance urbaine conduisant à
une extension anarchique et démesurée, et, d'autre part, de décrire les
mutations accompagnant cette croissance. Le nouveau titre, plus bref, plus
percutant, «Douala, croissance et servitudes », se borne à souligner
l'explosion urbaine et l'ampleur des problèmes à résoudre. Quelques
chiffres permettent de mesurer l'importance de ces changements: 100 000
habitants en 1950, 300 000 habitants en 1972, plus d'un million d'habitants
dix ans plus tard. Dans le même temps, le tonnage du port passe de
500 000 tonnes (en 1950) à plus de 4 millions de tonnes. La ville s'étale
aujourd'hui sur 30 km d'Ouest en Est et sur 10 km du Nord au Sud. 80 0/0
des chefs de famille résidant à Douala en 1980 ne sont pas nés dans cette
ville; le cinquième seulement des logements actuels existaient en 1960 ;
%enfin, 80 des Doualais ont moins de 35 ans et un tiers seulement de la
population citadine peut être considérée comme occupée.
11Il faut une tranquille audace pour s'attaquer à un sujet de recherche
aussi vaste et aussi changeant. Douala est un perpétuel chantier, une ville
en constant renouvellement. Guy Mainet nous démontre qu'un homme
seul, à la condition d'être le géographe confirmé qu'il est, sachant jouer sur
tous les claviers de la recherche géographique, est en mesure de dominer
un tel sujet et de donner une image fidèle et dynamique de la grande ville
de Douala.
La minutie des enquêtes apparaît dans la richesse des développements
consacrés, par exemple, aux divers quartiers de la ville, aux ethnies qui y
vivent, aux activités des citadins de ces divers quartiers, aux moyens
d'existence de la population doualaise. Autant d'études approfondies,
souvent même très fouillées, sur lesquelles s'appuie Guy Ma'inet pour
s'élever vers des pages de synthèse qui éclairent magistralement les grands
problèmes posés par une ville africaine millionnaire. Le paysage comme
révélateur des structures de la ville, les mécanismes du contrôle incomplet
de l'espace urbain, la spécificité de l'action des divers groupes ethniques
dans la création urbaine, les formes de combinaison entre l'urbanisation
volontaire et le spontanéisme populaire, la présentation du quartier de
New Bell, celle de la «zone Nylon», la dynamique du front
d'urbanisation, sont autant de pages d'anthologie à la disposition de ceux
qui veulent comprendre les mécanismes de croissance et les problèmes
d'une grande ville d'Afrique noire.
Que dire, en quelques pages de préface, qui rtnde compte de
l'originalité de ce livre sans trop en altérer la richesse et en déformer les
perspectives? Le mieux est, peut-être, de souligner en quoi l'approche
géographique est originale par ses méthodes de recherches et par les
résultats qu'elle obtient.
Guy Mainet a privilégié l'enquête directe, ce qui lui a permis de
connaître la ville dans la diversité de ses quartiers et de ses rues. Ce travail
de terrain lui a permis de découvrir des aspects non abordés par les
enquêtes officielles et absents des statistiques: l'appartenance ethnique des
habitants, la distribution des ethnies dans l'espace urbain, les moyens
d'existence des Doualais, le rôle des femmes dans l'économie urbaine, les
comportements des chefs de famille, etc. Par observation directe, par
interviews, par questionnaires, ce géographe, parfois aidé de quelques
étudiants ou de quelques enquêteurs, a fait un irremplaçable travail de
première main, se faisant Doualais parmi les Doualais, pour mieux les
connaître et pour comprendre leurs problèmes.
Deuxième originalité - mais classique chez les géographes -, le
recours à l'expression cartographique chaque fois que la chose est
possible: 253 cartes et figures accompagnent le texte originel, rehaussé de
80 photographies et de six dessins à la plume. L'ensemble des cartes
12constitue un véritable atlas urbain, précieux instrument de réflexion et
d'action pour les responsables politiques et les aménageurs de la ville.
Cette étude appartient au genre des monographies urbaines. L'époque
est bien passée où certains critiquaient l'approche monographique. Toute
étude thématique urbaine est obligatoirement partielle, et ne prend pas en
compte l'ensemble des faits et des mécanismes qui expliquent la ville.
L'étude globale que nous donne Guy Mainet n'est évidemment pas
exhaustive. Chacun des thèmes abordés pourrait être approfondi par
l'auteur et faire l'objet d'une publication complémentaire. Mais rien de ce
qui concerne Douala n'est resté en dehors de ses investigations, ce qui lui
permet de présenter les authentiques spécificités de la ville. Faire une
monographie urbaine ne signifie pas habiller la ville d'un « prêt-à-porter ».
Dans sa recherche, Guy Mainet a privilégié les aspects originaux de Douala
et a fait du « sur mesure ».
S'il est vrai que les trois objectifs d'une étude urbaine faite par un
géographe doivent être, selon Paul Pelissier, le contrôle de l'espace urbain,
la détection et la mobilisation des voies africaines de l'urbanisation, et
enfin la définition du rôle des grandes villes dans le développement, on
s'aperçoit que Guy Mainet a parfaitement su explorer ces trois directions
de recherche.
Le contrôle de l'espace urbain, l'étude d'une urbanisation que son
élan et sa démesure rendent inhumaine, sont l'un des points forts de cet
ouvrage. Cartes et développements s'épaulent mutuellement pour éclairer
les réalités de la grande ville africaine. Les quartiers de la ville, les zones
d'extension périphérique de Douala, les stratégies foncières du partage du
sol, les formes d'habitat, l'ampleur des problèmes à résoudre pour
améliorer la vie quotidienne des Doualais, donnent lieu à des pages
nourries de connaissance. Cet ouvrage sur Douala mérite de devenir un
classique sur la méthode d'étude des quartiers d'une ville africaine. La
morphologie des quartiers est toujours accompagnée de l'analyse de la
société qui y vit et de la présentation des activités de cette population.
Cette trilogie définit le quartier. Guy Mainet distingue à Douala trois
grands espaces urbains divisés en quartiers. Le premier espace est celui de
la ville moderne, comprenant les quartiers centraux d'Akwa et de Joss, et
les quartiers résidentiels de bon standing (Bali, Nkondo, Bonapriso, etc.).
Puis vient la couronne des « quartiers populaires péricentraux », qui sont
eux-mêmes d'une grande diversité: New Bell surtout peuplé de Bamiléké
et de Bassa, Akwa où vivent les Duala, puis des quartiers de lotissement:
lotissement autochtone Duala (type Akwa II), lotissements allogènes non
bâtis (type New Deido), lotissements administratifs (cité SIC). Enfin voici
le troisième espace, celui des zones d'extension périphérique sur lesquelles
s'attarde l'auteur parce qu'elles sont révélatrices de la vigueur actuelle de la
croissance urbaine et des problèmes que posent ces nouveaux espaces
13sociaux: occupation sans titre, menaces de déguerpissement, assainisse-
ment de l'espace en voie de conquête, problèmes de l'eau et du
sous-équipement, bref tous les problèmes liés à la survie en ville. Ces
quartiers d'habitat spontané constituent, selon la formule imagée de
l'auteur, de véritables «coulées urbaines ». Telles sont la zone Nylon
Bamiléké au sud de la ville, les zones Maképé et Bépanda au nord.
Si nous nous sommes attardés sur l'étude des quartiers, c'est parce
qu'elle est révélatrice des résultats auxquels peut parvenir un géographe
menant des enquêtes systématiques et globales, accompagnées de coups de
sonde en profondeur sur tel ou tel point caractéristique de la situation, le
tout appuyé sur une bonne cartographie.
Nous aurions pu, tout aussi bien, mettre l'accent sur les qualités de
l'étude de la mosaïque ethnique doualaise, des structures familiales, des
migrations externes ou des migrations intra-urbaines, autant d'analyses
qui sous-tendent d'ailleurs le découpage de l'espace urbain. De longs
développements sont aussi consacrés aux revenus des Doualais, à leurs
modes et niveaux de vie, aux discordances entre la brutalité de
l'accroissement de la population urbaine et les offres d'emploi ou de
logements. D'où les stratégies pour résoudre les mille problèmes posés par
la vie en ville lorsqu'on est pauvre, et parfois démuni de tout: le logement,
le ravitaillement, le transport, la scolarisation des enfants, l'exercice des
petits métiers constituent autant de développements sur « l'espace vécu ».
Les qualités essentielles de ce livre résident dans la vérité des images
qu'il nous fournit, et dans le soin mis par l'auteur à bien souligner les
spécificités de sa ville: les rives du Wouri, la chaleur et la moiteur qui
règnent sur Douala recevant 4 mètres d'eau par an, le voisinage des marais
et des mangroves sont bien mis à leur place, au même titre que "lesgroupes
ethniques et l'histoire de la ville. La rencontre du fait autochtone
Duala-Bassa et de l'immigration massive des Bamiléké, riche de
conséquences sur l'organisation spatiale et les activités de la ville, est un
autre point fort de ce livre. Le processus de métropolisation est également
bien étudié. Rares sont les études urbaines où l'analyse de l'influence
régionale et nationale d'une grande ville est aussi bien conduite.
Pour conclure, voici une phrase écrite par Guy Mainet dans la
conclusion générale de son livre: « Douala résume toutes les chances et les
vicissitudes du pays dans son effort pour s'adapter au rythme du monde
moderne. C'est à Douala que se trouve l'origine principale des mutations
du Cameroun contemporain. »
Guy LASSERRE
Professeur de Géographie tropicale
à l'Université de Bordeaux III
14Avant-propos
Nous avons commencé à nous intéresser à la ville de Douala comme
sujet d'étude en février 1972. A ce moment-là, l'agglomération n'atteignait
pas encore trois cent mille habitants. Pendant une décennie, nous avons
donc pu suivre l'évolution extrêmement rapide de la population. Le
million d'habitants est désormais dépassé. Des seuils irréversibles ont été
franchis dans les domaines de l'économie et de la société urbaines.
Douala est une ville-port proche de l'Équateur. Pendant la période
coloniale, jusqu'au milieu du xxe siècle, la population resta stationnaire ou
progressa de manière arithmétique, en raison des conditions sanitaires ou
de l'atonie générale de l'économie de traite. Par contre, l'après-guerre
déclencha en chaîne toutes sortes de mutations dans la vie urbaine. La
population a été multipliée par 20 ou 25 depuis 1950. L'affirmation de la
puissance des secteurs d'exportation et d'importation a permis une grande
ext~nsion de la ville.
Douala est bien la métropole économique du Cameroun. Le centre
ville, avec les banques et les sièges d'entreprises commerciales, s'organise
par rapport aux emprises portuaires. Depuis quelques années, un nouveau
port le long du W ouri permet croissance et extensions industrielles en
grand nombre.
Le Cameroun présente un exemple assez rare de dualisme dans le
phénomène de métropolisation. Les situations les plus comparables nous
paraissent, pour des pays de population semblable, se trouver au Ghana ou
en Équateur. Encore faut-il observer que Douala a toujours été la ville
principale. Yaoundé a pris un essor réel depuis une dizaine d'années
seulement, en relation avec le développement économique global du
Cameroun et avec l'augmentation généralisée de la population des centres
urbains du pays. On pourrait souhaiter que les deux capitales politique et
économique croissent en se complétant. En fait, à l'analyse des forces en
présence, la rivalité entre les deux grandes villes nous semble bien fictive et
15artificiellement décrétée, tant est grande la supériorité de Douala dans le
domaine économique.
Nous avons essayé d'exprimer les spécificités de la ville de Douala,
parce qu'il nous était difficile d'entreprendre une étude réellement
exhaustive de la ville.
L'agglomération doualaise s'étale de plus en plus en superficie.
L'urbanisation se développe sur une grande échelle, sur plus de 30 km
d'ouest en est, sur dix km du nord au sud. Ce sont le plus souvent des
zones d'habitat spontané, gagnées sur des terrains marécageux parfois. La
société doualaise apparaît fortement marquée par plusieurs formes de
ségrégation. La question foncière jamais définitivement résolue est
responsable des grands partages de la ville. Les quartiers aisés, longtemps
cantonnés à la ville coloniale, s'opposent à la masse des quartiers
populaires africains.
D'autres clivages interviennent en outre, et empêchent une cohabita-
tion sereine des autochtones duala avec les allogènes bamiléké pour des
raisons historiques. Les Bamiléké ne ressemblent pas non plus aux autres
groupes ethniques non originaires de la ville. Leurs pratiques et leurs
comportements vis-à-vis du monde du travail (salariat et travail indépen-
dant), vis-à-vis de l'existence en ville, les rendent différents des Bassa ou
des ressortissants du Centre-Sud par exemple. Les rapports qu'ils
maintiennent avec leur région d'origine demeurent étroits et intenses. Le
poids de leur présence dans l'agglomération est indéniable. Le dynamisme
dont ils font preuve constitue un des principaux paramètres du système
urbain doualais.
La question des sources fut une de nos grandes préoccupations. En
fait, l'accès aux sources en lui-même est relativement facile. La bonne
volonté des services détenteurs est évidente le plus souvent. Mais la
question de la validité des sources et recensements officiels a été
constamment pour nous une raison de véritable inquiétude intellectuelle.
A maintes reprises, nous avons procédé à des enquêtes et à des
comptages précis, - avec l'aide de nos étudiants ou d'un personnel recruté
exprès -. Evidemment, les uns et les autres trouvèrent leurs limites devant
l'impossibilité où nous étions d'extrapoler à l'ensemble de l'agglomération
les données récoltées dans le cadre d'un quartier ou de sous-quartiers déjà
très dissemblables et originaux les uns par rapport aux autres.
L'enquête directe, pour nous, eut un mérite immense, celui de
permettre l'approche de points totalement occultés par les sources et
recensements officiels: l'appartenance ethnique, les moyens d'existence
des gens des quartiers, les comportements et stratégies individuels et
collectifs des chefs de famille. Sur un point particulier, par exemple, nous
avons cherché à apprécier l'importance du rôle de la femme dans
l'économie urbaine doualaise. Pour ce faire, 2 000 femmes furent
16interrogées par quatre enquêtrices à travers tous les quattiers-types de
l'agglomération.
Pour remédier à l'incertitude des données généralement obtenues,
nous avons choisi de construire des cartes ou de confectionner des
graphiques en grand nombre. C'est, nous le pensons, une forme
d'outillage tout à fait convenable pour effectuer les recoupements
nécessaires, pour découvrir des tendances générales et préciser les lignes de
clivage importantes. L'utilisation des figures participe de la recherche
dynamique d'une réalité difficile à saisir par d'autres moyens. Nous
produisons dans cet ouvrage près de 150 figures. On peut parler d'un
véritable atlas urbain...
17REMERCIEMENTS
Nous sommes redevable envers un grand nombre de personnes: nos
professeurs de l'Université de Bordeaux, nos anciens étudiants de
l'Université de Yaoundé. Certains noms reviendront souvent dans cet
ouvrage: Mouafo Dieudonné, Priso Dickens, Méka Elisabeth II,
Mougoué Benoît, Djandja Justin, Tchounkoué Serge, Pokam Wadja G.),
Tsémo Albert. Ils sont l'expression d'une étroite collaboration autour
d'une recherche commune. Plusieurs collègues camerounais nous ont
apporté un regard spécifique sur la ville de Douala en raison de leur
appartenance ethnique propre. Envers Paul Moby Etia, « autochtone de
Bonassama », nous avons une dette tout à fait particulière et amicale.
La fréquentation répétée de notre terrain de recherche en compagnie
des « professeurs visiteurs» invités par notre Département de Géographie
de Yaoundé nous a paru spécialement profitable. Que Messieurs les
Professeurs Jean Dresch, Paul Pélissier, Gilles Sautter, d'une part, et Guy
Lasserre, Pierre Barrère et Pierre Vennetier d'autre part en soient
remerciés!
Guy Lasserre et nous-même nous connaissons depuis un quart de
siècle. Il a dirigé nos travaux de recherche au Niger d'abord et au
Cameroun ensuite avec une attention soutenue, à la fois soucieuse et
affectueuse. Ce ne sont pas ces quelques mots qui pourront suffire à
expliciter la plénitude de nos relations personnelles.
Enfin, nous ne voulons pas oublier que le point final apporté à cet
ouvrage repose sur les sacrifices multiples consentis pendant trois lustres
par notre petite famille. Notre épouse a confectionné elle-même
l'abondante illustration de notre ouvrage. Son effort prenait appui sans
aucun doute sur notre commune passion pour la terre camerounaise.
18Présentation générale
de la ville de Douala
L'agglomération de Douala, la plus grande ville de la République du
Cameroun, est par ses fonctions, son aspect et sa mentalité, bien différente
de la capitale politique, Yaoundé.
Douala, c'est avant tout un site et une situation portuaires. Pendant
plusieurs siècles, Portugais, Hollandais, Anglais et Français y pratiquèrent
la traite des produits tropicaux et des esclaves. Les riverains duala en
étaient les pourvoyeurs et les intermédiaires obligés. Au XIXesiècle, des
compagnies commerciales allemandes et anglaises furent au point de
départ de la colonisation. L'appellation « Cameroon town» se traduisit en
« Kamerunstadt » après 1884. Ancien chef-lieu politique, remplacée par
Buea une première fois, par Yaoundé ensuite, la ville de Douala s'est
développée au rythme de l'essor économique du territoire
camerounais (1).
La fonction portuaire est à l'origine de toute son évolution. Dans
l'esprit des Allemands, Douala devait devenir une des têtes des grandes
voies de pénétration transafricaines. Mais à l'heure de leur éviction par la
guerre, en 1915, la ville n'était encore qu'un port modeste de 100 000
tonnes de trafic annuel, dans lequel les navires ne pouvaient accoster qu'à
des wharfs public et privés de faibles dimensions. La population plus ou
moins urbanisée dans sa masse atteignait seulement 15 000 habitants.
(1) L'appellation Cameroun dérive de « rio dos Camaroes » (la rivière des crevettes) en
portugais, ou de « rio dos Camarones » en espagnol. La première mention se trouve sur
une carte datant de l'an 1500. Avant 1884, Cameroons désigne Douala et la région de
l'estuaire du Wouri. Le fleuve Wouri se dit « CameroonsRiver » ou Kamerunflur. Après
les partages de la Conférence de Berlin de 1884/85, le terme Kamerun désigne l'ensemble
du territoire attribué à l'Allemagne, jusqu'au lac Tchad. La ville de Douala est dénommée
er janvier 1901, dix-sept ans plus tard,Kamerunstadt: Camerounville. Le décret du 1
Douala.transforme l'appellation Kamerunstadt en « Duala » =
19Dans l'entre-deux-guerres, les Français aménagèrent un quai en eau
profonde et équipèrent également la rive droite du fleuve Wouri, à
Bonassama. En 1939, la ville comptait 35 000 habitants environ (fig. 1).
Il faut attendre les années de l'après-guerre pour que des investisse-
ments plus abondants se matérialisent sur place et fassent de Douala une
ville-port d'importance africaine. En 1950, le trafic portuaire annuel
franchit le cap de 500 000 tonnes, et l'agglomération rassemblait 100 000
citadins (à la même date, Yaoundé et Abidjan regroupaient respectivement
30 et 60 000 habitants).
Comme dans tous les ports, l'industrie s'est développée à proximité
des emprises portuaires (quartier Akwa et Bonassama). Mais c'est vers
l'est, dans le canton bassa, que les autorités coloniales créèrent le « Centre
industriel de Bassa ». Véritable zone industrielle avant la lettre, cet
emplacement fut attribué' à des entreprises de grandes dimensions. Pendant
trois décennies, matières premières et main-d'œuvre ont afflué sur la place
de Douala. L'importance des transactions financières et commerciales avec
la « métropole» ou avec l'étranger avait fixé les sièges des banques, des
sociétés de commerce. L'industrialisation semblait ici une chose naturelle.
Les marchés de consommation local et national devenaient importants. La
ville, avec 260 000 habitants en 1970, 458 000 en 1976, est actuellement en
passe de devenir millionnaire en habitants. Le Cameroun, quant à lui, a
largement dépassé les dix millions d'habitants.
Le port et les industriels doualais desservent un arrière-pays élargi au
Nord-Cameroun, au Tchad et à la République Centrafricaine. La capacité
du port était arrivée à saturation, la rotation des navires était ralentie, le
trafic culminait à deux millions de tonnes. A partir de 1979, des travaux
d'extension importants, rapidement exécutés, ont porté la capacité
nouvelle à plus de sept millions de tonnes et des possibilités d'agrandisse-
ment sont envisageables à plus long terme. Actuellement, le trafic est
voisin de quatre millions de tonnes. Les conditions nautiques de l'estuaire
du Wouri, avec des dragages permanents pour maintenir la lame d'eau à -
8 ou - 10 mètres, obligent à prévoir la construction de ports en eau
profonde spécialisés, d'une part au Cap Limboh, près de Limbe (Victoria)
(raffinerie de pétrole) et au Rocher du Loup, au sud de Kribi (utilisations
industrielles des minerais et produits camerounais susceptibles d'être
exploités: bois, fer, bauxite et gaz naturel).
Par ailleurs, de grands travaux routiers (Douala-Victoria, Douala-
Kekem) ou ferroviaires (Douala-Edéa) ont renforcé les connexions de
Douala et de sa région. Des travaux importants en cours ou des projets
avancés (route Edéa-Kribi) accroîtront certainement encore l'hégémonie
de la capitale économique. La nouvelle aérogare de Douala, très moderne
et à grande capacité, est l'expression de ce dynamisme de la ville et de la
place qu'elle occupe au Cameroun et en Afrique noire.
L'agglomération de Douala présente une morphologie très compacte
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21et régulière par comparaison avec la capitale politique, Yaoundé, où de
nombreuses collines juxtaposées créent un site éclaté en digitations
multiples peu commodes à relier entre elles. A Douala, l'urbanisme est
donc, en principe, plus facile. Le site originel de la ville coloniale, une
succession de trois plateaux en bordure du Wouri séparés par la coupure
de deux vallons (Besseké, Mbopi), est désormais très largement dépassé.
Le flot des habitations s'est répandu sur les hauteurs de Bépanda (25 m) et
de Bassa (35-45 m) ou sur les bas niveaux, inférieurs à dix mètres
d'altitude, à New Bell autrefois, dans la zone Nylon ou à Bonabéri
aujourd'hui (fig. 2).
La forte cohérence du tissu urbain n'exclut pas la présence de terrains
non bâtis. Si les vallées sont de plus en plus envahies par un habitat
spontané mal maîtrisé, de grands terrains vagues subsistent par exemple
sur les immenses concessions des télécommunications (Bépanda- TSF,
New Bell-Frounkel), à l'emplacement de la future gare ferroviaire, ou
enfin dans le secteur industriel de Bassa. L'ossature de la ville semble
constituée par la grande boucle ferroviaire qui relie la ligne de l'Ouest au
Transcamerounais. Sur les marges urbaines les extensions paraissent
bloquées par des obstacles artificiels (les pistes d'aviation, les zones
industrielles) ou naturels (galeries forestières et mangrove). Cependant,
rapidement, le «front pionnier» parvient à se faufiler, à prendre pied
toujours plus loin, dans la forêt. Puis, au bout de quelque temps, le tissu
urbain se ressoude sans discontinuité et se densifie sur place. La zone
d'urbanisation active se profile d'ores et déjà à une vingtaine de kilomètres
du centre ville (fig. 10).
Le centre ville est devenu très excentré par rapport à l'avancée du
front d'urbanisation à l'intérieur des terres. Le véritable centre de gravité
se situe actuellement au cœur du quartier Yabassi, où on a choisi d'installer
d'ailleurs le « stationnement» (gare routière) de la ville.
Le plan de l'agglomération doualaise n'est pas homogène et la trame
des rues n'est pas régulière. Des lotissements ou des quartiers bien
délimités et correctement tracés (beaux quartiers du sud et de l'ouest, Cité
SIC à Bassa) s'opposent à des «zones» d'habitat populaire spontané
(Bépanda, Nylon, Maképé). En plein milieu se développe la marée
humaine des grands quartiers populaires plus anciens (Akwa, New Bell),
regorgeant d'activité et de mouvement.
La spécialisation des quartiers est nette. La ville moderne compte
deux secteurs distincts. D'un côté, le port et le centre commercial du
quartier Akwa; de l'autre, le plateau administratif de Bonanjo. Une
semi-couronne de quartiers péricentraux enveloppe le centre ville en
direction de l'est et juxtapose des quartiers peuplés d'autochtones ou
d'allogènes. Vers la périphérie, en une auréole externe, la succession des
zones bâties devient plus contrastée. On rencontre successivement
plusieurs formes antinomiques: lotissements aisés de Bonapriso-Nkondo
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23au sud-ouest, zone d'habitat spontané de Nylon au sud-est, Centre
industriel de Bassa, lotissement de bon standing de Ndogbong axé sur un
ancien village autochtone bassa, et de nouveau des zones d'habitat
spontané (Maképé et Bépanda). Vers le nord, d'anciens quartiers
autochtones s'ouvrent peu à peu à la vie citadine, à Deido et à
Akwa-Nord.
Pendant une quinzaine d'années, Bassa a fait figure de banlieue
industrielle autonome; l'évolution récente, avec l'avancée rapide et
persistante de l'urbanisation au-delà des points kilométriques 8, 10 et 14 le
long de la route de Yaoundé, l'a intégré au corps urbain.
Le même phénomène est observable à Bonassama-Bonabéri, où la
ville-satellite d'autrefois est 9.evenue, après la construction du grand pont
rail-route sur le Wouri, un vaste quartier d'extension composite de
l'agglomération doualaise.
Au total, à Douala, l'activité est intense et plus variée qu'à Yaoundé,
laquelle vit surtout à l'heure administrative. Les immeubles commerciaux
commandent l'allure architecturale de la ville. En arrière du port, les vieux
entrepôts, les immeubles désuets des grandes sociétés d'import-export
d'autrefois, les cases « coloniales» sont de plus en plus radiés de la carte,
tant les choses évoluent rapidement. Douala est une ville d'affaires active
où les étrangers viennent vivre et travailler en grand nombre. Les banques
et les compagnies d'assurances édifient des immeubles de prestige (et
nécessaires) toujours plus élevés (10-15 étages) ; la nouvelle agence de la
compagnie aérienne nationale, Cameroon Airlines, le nouvel immeuble de
la Caisse Nationale de Prévoyance Social, la tour de l'ONCPB (Office
National de Commercialisation des Produits de Base) sont les témoignages
d'une volonté de changement et attestent de la vigueur d'une économie
camerounaise en pleine mutation.
Douala est une ville originale. Un passé relativement long comme ville
coloniale, des composantes ethniques très contrastées, une «épaisseur
économique» prééminente dans le pays, telles en sont les principales
caractéristiques. Cependant, Douala demeure aussi une ville tropicale,
marquée par son climat (4 000 mm de précipitations annuelles), par ses
%hommes (50 des habitants sont des Bamiléké) et son croît démographi-
que (quatre-vingts pour cent de la population ont moins de 35 ans d'âge).
La jeunesse de la population, sa masse posent le problème crucial de
l'emploi, puisqu'à Douala le nombre des personnes réellement occupées
est estimé au tiers de l'ensemble des citadins.
Douala est une ville centenaire dont la vigueur n'a pas fini d'étonner.
Le rôle économique et humain de l'agglomération ne peut que croître dans
les années à venir, dans le cadre national ou international. Le problème
primordial à résoudre reste finalement celui d'un aménagement de la ville
correspondant au rythme de la croissance démographique et susceptible de
profiter à la fois à ses habitants et à l'ensemble des Camerounais.
24Livre premier
Cent ans d'évolution d'une ville-portDouala est originale à plus d'un titre parmi les grandes villes
d'Afrique noire. Elle n'a qu'un siècle d'existence. Cependant, les preuves
de préurbanisation ne manquaient pas bien des décennies avant que le
colonisateur allemand n'entre en jeu. On passa très vite, grâce à la présence
massive des autochtones duala, à une phase de « citadinisation » avancée.
Douala fut l'un des rares centres d'action de la colonisation allemande en
Afrique. Aussi les autorités allemandes purent-elles espérer voir grand et
investir largement sur place. Les Français ont succédé aux Allemands; ils
apportèrent avec eux d'autres méthodes et une autre philosophie de la
colonisation.
Ville de plusieurs colonisations, Douala présente plusieurs faciès
morphologiques. A la différence des autres villes coloniales, Douala a
laissé leur place aux Duala. Pendant un demi-siècle, le peuple autochtone
réussit à écarter du dialogue avec. l'Administration coloniale les autres
Africains, les « Etrangers ». Mais, après le tournant de l'après-guerre, il fut
numériquement submergé sous le flot des nouveaux citadins provenant de
régions relativement proches. La civilisation a\ltochtone résiste encore par
le biais de son appropriation du sol urbain, car elle refuse « légitimement
de quitter la terre des ancêtres objet et lieu de culte tout autant qu'espace
d'habitat» (1). Mais Douala désormais réagit et évolue en fonction d'une
autre civilisation, régionalement dominante, celle des allogènes bamiléké
surtout.
Cet historique fait apparaître « des formes de discrimination urbaine
(...) qui expliquent largement les profondes différences des paysages et des
modes de vie» (2) de l'agglomération doualaise.
(1) Dubresson (A.), L'espace Dakar-Rufisque en devenir. De l'héritage urbain à la
croissance industrielle, Travaux et Documents de l'ORSTOM, n° 106, Paris, 1979, 371 p.
(p. 213) (Biblio. n° 38).
(2) Pélissier (P.), Pour une géographie de la ville africaine, Bull. de la Soc.
languedocienne de géographie, Montpellier, jan-juin 1982, tome 116, fasc. 1-2, pp. 231-237
(Biblio. 75).n°
26PREMIÈRE PARTIE
UNE GRANDE VILLE CENTENAIRECHAPITRE PREMIER
UNE VILLE PORTUAIRE SOUS L'ÉQUATEUR
L'étude du site et de la situation de la métropole camerounaise permet
d'évoquer son environnement local et régional. Une ambiance climatique
équatoriale hyperhumide, un milieu estuarien, des caractères biogéogra-
phiques relativement homogènes expliquent quelles ont été les conditions
de la croissance de Douala.
1. L'ESTUAIRE DU WOURI, UN MONDE AMPHIBIE AMÉNAGÉ
Située au fond du Golfe de Guinée, non loin de l'Équateur, Douala
s'est bâtie entre fleuve et forêt. Les caractéristiques nautiques du port ne
sont pas exceptionnelles, néanmoins, dans le passé, les «bouches du
Cameroun» offraient beaucoup d'avantages (1).
Le port de Douala est établi par 4°1' de latitude N. et 9° 45' de
longitude E. au fond de l'estuaire du Wouri. La distance est de 28 km entre
Douala et la pointe de Souellaba, à proximité de l'Océan
Atlantique (fig. 3).
Accessible par tous les temps, déjà au cours du 1gesiècle il permettait
aux navires d'effectuer leurs opérations dans des conditions de sécurité
parfaite, ce qui le plaçait dans une situation privilégiée par rapport à la
plupart des autres ports de la Côte occidentale d'Afrique, dont le trafic
était considérablement gêné par l'existence de la « barre». En arrivant
d'Europe et au-delà de Monrovia, Douala était l'un des rares abris naturels
accessibles aux grands navires. Les cyclones tropicaux sont inconnus. La
(1) L'estuaire du Wouri correspond à l'ancienne appellation des «bouches du
Cameroun » ou de la « Rivière Cameroun ». On en retire l'adjectif « camerounien » pour
qualifier la région littorale proche de Douala et le climat hyperhumide de la région.
L'adjectif « camerounais » s'applique quant à lui à l'intégralité du territoire national.
299"
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50/1'00o 25km. .
Nkongsamba
1820
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12009
Fig. 3. - La situation nautique de Douala
30houle et le ressac sont très réduits. Les courants ne dépassent jamais quatre
nœuds. Le marnage atteint 2,80 mètres.
L'océan pénètre la basse plaine côtière par des rias à mangrove,
véritable dédale de criques et de chenaux, mélange de terre ferme et d'eaux.
Les bouches du Rio Cameroun servent de décor régional à la croissance de
Douala qui s'est installée sur des dépôts grossiers détritiques modelés en
plateaux et collines. Les bouches du Cameroun reçoivent les eaux de
plusieurs cours d'eau, le Wouri, le Mungo, la Dibamba et la Kwa-Kwa
dernier émissaire de la Sanaga au sud de la ville. Elles occupent l'ombilic
du bassin sédimentaire de Douala. Un mouvement de subsidence semble
continuer de nos jours. Des formations deltaïques importantes constituant
le soubassement de Douala et fournies par les anciens cours d'eau se sont
accumulées jusqu'au Pléistocène sur une centaine de mètres d'épaisseur.
Les terrains plus récents du Quaternaire (sables littoraux, vases noires de
mangrove et alluvions fluviatiles) ont été rencontrés, par des sondages, à
50-70 m de profondeur dans le lit du Wouri. « La néotectonique qui
accompagne les mouvements du Mont Cameroun est la responsable de
l'étagement du site de Douala, sans préjudice d'intéractions avec les
conséquences des oscillations du niveau marin» (2).
Les fleuves aboutissant aux bouches du Rio Cameroun drainent
principalement les hautes terres des provinces de l'Ouest et du Sud-Ouest,
intéressées par le climat « camerounien » d'altitude, humide et appartenant
au type de la mousson (fig. 4). Le cas de la Sanaga est plus complexe. Ses
eaux n'entrent en communication avec le système camerounien qu'en
période de crues, en septembre-octobre principalement, par la crique
Kwa-Kwa. Tous ces cours d'eau s'adaptent de près aux indications de la
tectonique cassante qui affecte le socle et les formations de couverture. Le
profil en long des rivières est coupé de rapides et de chutes. Le lit des
rivières est souvent encombré de bancs de sables.
Le Wouri présente un bassin versant plus complexe (12 450 km2) que
celui du Mungo. Il draine par ses affluents les massifs volcaniques du
Manengouba, des Bamboutos et la retombée sud du plateau bamiléké entre
Bafang et Ndikiniméki. Les transports en charge, du fait du couvert
forestier, se réduisent à des éléments fins.
Le régime hydrologique de l'estuaire et des fleuves qui l'alimentent se
caractérise par des hautes eaux correspondant au paroxysme pluviométri-
que de mousson (juin à fin octobre) et des étiages de février-mars. Dans ce
vaste plan d'eau débouche également la marée, de type «semi-diurne
régulière ». La cote des pleines mers à Douala est de 2,50 m en vive eau et
de 2 m en morte eau. Les débits des .crues du Wouri et des autres cours
(2) Morin (S.) et Mainet (G.), Le site de Douala. Notes morphologiques, CEGET-
C~~S, Bordeaux, 1984, Travaux et Documents de Géographie Tropicale, n° 51, pp. 37-78
(Blbho n° 208).
31Module specifique en litres/seconde,- km2
Mun go : 67. 8
Wouri : 37. 6 ! periode 1952_76)
Sanaga:15.7 (periode 1944-69)
...3
LES HYDROGRAMMES 6000 .m/ s
étiage: février
maximum: aoüLsept.
1000.m~s
50:'~
J A Jt 0
période 1951-64
n
Le WOUAI à Yabassi
2074 débit.. ..(régime équatorial camerounien) . - - - -- - - -- -l-Imoyen annuel I
3 _
1000 m/s année 1965 1 000
-
son 5
o~ o
Jt JtA A oo
Le MUNGO à Mundame (ORSTOM) La SANAGA à Edéa
(régime mixte équatotropical)
Fig.4. Hydrologie des rivières des bouches du Cameroun-
d'eau ont une importance beaucoup trop faible par rapport au débit de la
marée pour entraîner des variations notables du niveau moyen (à Douala,
1,52 m en saison sèche, et 1,69 m en saison des pluies). Du fait de l'apport
fluvial, la salinité est inexistante à Douala en saison des pluies.
L'estimation des apports sédimentaires dans l'estuaire du Wouri ne peut
être précise par suite de l'absence quasi-totale de cubatures systématiques.
La faible turbidité des eaux, la stabilité d'ensemble des fonds et des
chenaux classent le Wouri parmi les estuaires à sédimentation modérée (3).
(3) S.O.G.R.E.A.H.-S.C.E.T., Schéma d'aménagement à long terme de l'estuaire du
Wouri, O.N.P.C., Douala, 1981,2 tomes, 93 + 191 p. (Biblio. n° 226).
32Le chenal du Wouri est peu profond. Les accès au port de Douala
sont commandés par deux seuils, le seuil aval de 6 km et le seuil amont de
2 km. Le premier, sans dragage, est à la cote - 4 m, il est constitué de vase
molle, ce qui permet aux navires de 6 m de tirant d'eau de remonter à
toutes les marées (5 m 30 à mi-marée). Le second seuil, sablonneux, est à la
cote 5 m 30, il laisse un passage de 6 m 60 à mi-marée et de 7 m 30 aux
pleines et moyennes mers. Les navires de 8 m 80, à l'époque des
paquebots, pouvaient mouiller dans la rade de Manoka où les opérations
de chalandage se faisaient toute l'année dans de bonnes conditions (fig. 5).
Des dragages permanents pour maintenir le passage des navires à - 8,5 m
ou - 10 mètres sont aujourd'hui mis en œuvre avec des moyens
techniques modernes.
Enfin, il y a lieu de remarquer que Douala était au centre d'un réseau
de voies naturelles navigables, courtes mais drainant les produits de
l'arrière-pays (Dibombari, Yabassi, bois sur la haute Dibamba, liaison avec
Edéa par la crique Kwa-Kwa, desserte de l'avant-port de Manoka). Les
moyens de communications terrestres (ferroviaires et routiers) ont rendu
caduque l'utilisation de ces voies d'eau.
2. L'AMBIANCE CLIMATIQUE DE DOUALA
Mis à part le climat, la vie à Douala ne pose aucun problème d'ordre
pratique, a-t-on l'habitude de dire. Chaleur et humidité peuvent être
accablantes. La comparaison s'établit spontanément avec la capitale
Yaoundé, et ce n'est guère à l'avantage de Douala (fig.6). Yaoundé
bénéficie des bienfaits de l'altitude (700-750 m). Elle est éparpillée d'autre
part dans un site extraordinaire de collines et de montagnes de 1 000
mètres et plus. Le Mont Feubeu au nom évocateur (le « Ventoux» en
éwondo!) symbolise les conditions climatiques du lieu (air agité et
fraîcheur de la nuit). Les appareils de climatisation ne sont pas nécessaires.
Cependant, le climat yaoundéen pour des organismes fragiles peut prendre
aisément des allures de «faux bon climat» (allergies aux poussières,
refroidissemen ts).
Le climat de la côte est humide et chaud. De l'époque coloniale,
durant laquelle les séjours étaient de longue durée pour les Européens
installés au Cameroun, Douala a gardé la réputation exprimée en termes
crus d'être le « pot de chambre de l'Afrique ». A tout nouvel arrivant, on
s'empresse d'expliquer que « l'année s'y divise en deux périodes: la saison
des pluies et la saison où il pleut»...
a) UN CLIMATTRÈs PLUVIEUX(fig. 7)
Le climat de Douala se distingue par l'abondance de la pluviosité:
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34Total moyen dnnuel 4125
Pmm
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P m-----------
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100
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Courbe ombrothermique de DOUALA
Pmm 1587
0
Température moyenne annuelle 2385 I
.25
M
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I 0Pmm .20
I,
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5M 200200 .10
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100o 0
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50Courbe ombrothermique de YAOUNDE
.
a Itit u d e750 m d
o
températures30 10 525 20 15
annuelles
CI imatogrammes de DOUALA et YAOUNDE
Fig 6. Les données climatiques de Douala et de Yaoundé-
35plus de quatre mètres de précipitations moyennes annuelles. Le total des
précipitations annuelles n'a jamais été inférieur à 3 238 mm (pour la
période 1937-1972) à la station Douala-Aviation. Le record des pluies
observées se place en 1956 avec 5 328 mm. On peut dans l'ensemble parler
de régularité permanente des pluies d'une année à l'autre.
Selon l'indice de Gaussen appliqué aux précipitations et aux
températures moyennes mensuelles (Pmm ~ 2 To), sur la longue série de
36 années (1937-1972) réunie à la station Douala-Aviation, on relève la
présence de mois « secs» en novembre (2 fois), décembre (24 fois), janvier
(23 fois) et février (16). Sur les relevés, aucun mois sans pluie n'apparaît. La
longue période sèche, d'une durée de 120 jours, observée entre novembre
1982 et mars 1983 à Douala n'en semble que plus exceptionnelle...
A l'opposé, plusieurs mois ont connu de véritables « déluges », avec
plus de 1 000 mm dans le mois : juillet (3 fois, avec un record de 1 154 mm
en 1956), août (5 fois, avec 1 240 mm en 1966). L'année 1951 possède le
record des mois de septembre avec 979 mm et l'année 1953 celui des mois
de juin avec 862 mm. Pour ces derniers cas, le relevé extrême coïncida avec
le maximum mensuel de l'année considérée.
La pluie tombe sous forme d'averses plus ou moins brèves. La part
des grosses averses est déterminante pour expliquer le fort total annuel
(entre 60 et 80 jours par an). En année hyper-pluvieuse, l'apport des pluies
de saison « sèche» (premier et dernier trimestres) est important. Tous les
ans, la hauteur de pluies maximale tombée en 24 heures est supérieure à
100 mm, avec une moyenne interannuelle proche de 170 mm et des pointes
de record à 238 en 1964 et 235 en 1966 (fig. 8).
b) UNE TEMPÉRATURE SOUTENUE ET SANS CONTRASTES
La chaleur sans être excessive est surtout constante.
La température moyenne annuelle est de 26°3 à Douala. Les
moyennes mensuelles oscillent entre 24°7 et 27°4. L'amplitude annuelle
entre le mois le plus chaud et le mois le plus frais est ainsi de 2°7. Les écarts
de température entre le jour et la nuit, entre la période sèche et la saison
des pluies plus fraîche sont rarement supérieurs à 10° (fig. 7 et tableau I).
Les maxima moyens atteignent 31°8; les minima moyens ne
descendent pas en dessous de 22°4 (amplitude 9°4). Pour les maxima et
minima absolus, l'écart monte à 17° (36° en mars ou avril et 19° pour les
mois de saison sèche) (novembre, décembre et janvier). En mars et avril,
l'amplitude diurne est maximale, tornades et lignes de grains se multiplient
lorsque la mousson repousse vers le nord l'air continental. Après le
passage des pluies orageuses, le ciel est lavé, la forte insolation du moment
suscite des températures diurnes élevées; pendant les longues nuits
équatoriales, l'absence de nébulosité relative développe une fraîcheur
ambiante et une baisse momentanée des températures.
36mm
degrés700.
Les vents
.30600
100
500.
Tn
801----
.20400.
à 12 h
300.
40 .:
200 . .10
100
calme:
vents dommJts à 6h
1OO% .o o
et 12h.
,"~ .::
".__ .'Tx Moyenne des temp. max. journa~}éres 30 ~~...,':'.':',
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.,r;, min 23 .
:',i~Températures max. absolues 36.. .. to .,
'1 6~19min
401 ~e:t: ssw D
W_NWvent s29 ~9 2030
'
~~~;~s ~calm~.__~
.~ .~20 J
OJ A
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Vitesse moyenne du vent
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m3/s
Nombre de jours de pluie 232
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2,5
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Jours de brouillards:34,4 ..- -i
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~ ~_~ ~J
J JA SONOF M A M
Fig 7. L'ambiance climatique à Douala (année 1978)
37c) EFFET DE SERRE ET VENTILATION NATURELLE
Un climat hyperpluvieux, avec plus de 230 jours de pluie par an,
s'accompagne évidemment d'une nébulosité très élevée et d'une humidité
constante. Encore faut-il convenir que la moiteur et « l'effet de serre» ne
sont pas tous les jours le lot des Doualais. Des éléments perturbateurs dans
cette ambiance dominante contribuent à modifier la monotonie journa-
lière.
La ventilation de l'air tempère la moiteur ambiante. Les vents sont en
général très faibles le matin (fig. 7). Cette première impression d'un air
saturé (97 et 98 % d'humidité relative toute l'année vers 6-7 heures du
%matin) et immobile (80 de calmes en début de journée) surprend le
voyageur de nuit qui, au petit matin, pose pied sur la piste de l'aéroport de
la ville. Mais, au fil des heures, les vents se lèvent, deviennent modérés et
bienfaisants pour les organismes.
Les Européens ont recherché dans leur installation au rivage les
endroits où l'air était brassé naturellement: la façade des plateaux (la
« falaise» au-dessus du « beach») de Bonanjo et d'Akwa recevait la brise
de mer et se trouvait placée « au vent» par rapport au reste de la ville. Les
vents dominants viennent principalement du secteur sud-sud-ouest,
surtout en période de forte pluviosité (juin à septembre). Les vents
d'ouest-nord-ouest ont quelque importance de janvier à avril et sont
dominants pendant le mois d'avril. Les vents les plus violents déterminant
les fortes tornades sont surtout des vents de terre provenant des secteurs
est.
Le climat doualais est donc loin d'être uniforme. Si le climat semble si
désagréable le plus souvent, c'est surtout en raison de l'humidité constante
qui enveloppe la ville à chaque moment de l'année.
d) LE RYTHME DES SAISONS
Sur le plan pluviométrique et bioclimatique, les gens de Douala
distinguent plusieurs périodes distinctes au cours d'une année:
- De fin juin à mi-octobre, ce qui est ressenti comme la véritable
« saison des pluies », la ville devient semi-aquatique. Chaque mois reçoit
plus de six cents millimètres de précipitations: L'état hygrométrique de
l'air est à son degré maximal (88 % de moyenne mensuelle en juillet et
août) et arrive presque à la saturatwn (en août, la moyenne des humidités
%relatives maxima journalières se situe à 98 et les onze autres mois sont à
% !). Cette saison des pluies provoque des inondations en permanence96
dans l'agglomération. De grandes flaques barrent les artères de la ville. La
circulation s'arrête durant les abats d'eau les plus importants. Imper-
méables et parapluies deviennent alors dérisoires.
381012
1010 moyenne
en octus
J~F~M-A'-'~M'J-JASO--'-N[) )
(1941 _ 1957
Les basses pressions équatoriales à Doua la
__~ 4 heu res
250
2
1978 :1783 h
...1965: 1532 h
~-"~A~---'-'-O
1:: .\~
la nébulosité
moyenne. 7, 1à 6 h à 12 h : 6,4 (a nnée 1978)
194L 19551°° \\\\ ::,'
1125 h
50 '.~.,
Hum id i té relative o0
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moyenne 8380 30
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40 moyenne 87,3% 10 moyenne 28,4_
1957 1959
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)(1950_1957
Ux: moyenne des humidités relatives maxima journalières
Un: minima
en mm
238 23525J
2°l
170 mm moyenne
----..~-150~
I
100.
I
5
o
193 40 45 50 70 7875
)Hauteur de pluies max imale en 24 heures (en mm
Fig. 8. Les autres éléments du climat doualais-
39Tableau 1. Douala, ville surchauffée et humide-
J F M A M J J A S N D
°---- ---- ---- ---- ---- ---- ---- ---- -------- ---- ----
34,0 34,8Maxima absolus 36,0 35,8 35, 1 33,0 31 ,2 31 ,5 32,4 32,8 33,9 33,5
1941-1970 33,7
absolus 19,0 20,0 20,0 20,2 20, 1Minima 19,4 19,6 19,2 20,0 19,6 19,0 19,0
1941-1970 19,6
-------------------- ---- ---- ---- -------- ---- ---- ---- ---- ---- ---- ----
Maxima moyens 31,2 31 ,8 31 ,7 31 , 29,3 27,3 28,4 29,4 30,57 31 ,0 27 , 1 31 , 1
Tn 10,0
Minima moyens 23, 1 23,5 23,3 23, 1 23, 1 22,8 22,4 22,5 22,5 22,4 22,8 23,0
Tx 22,0
-------------------- ---- ---- ---- ---- ---- ---- ---- ---- ---- ---- ---- ----
Moyennes 27, 1 27,4 27,4 27,3 26,9 26, 1 24,8 24,7 25,4 26,5 27,0mensuel- 25,9
les
(T Tn Tx)+ 26,3= .-----
2
Amplitude annuelle = 2°7 Température moyenne annuelle:
26°3
J F M A M J J A S N D°---- ---- ----- ----- ----- ----- ----- ----- ----- ----- ------
P. mm
1937-1972 55,8 79,3 206, 1 233, 1 327,0 493,4 728, 1 648,5 607,4 144,3 47,3771,
°(36 an-
nées)
Total :
4 130,4
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Nombre de
jours de 6,6 8,7 16,6 18,2 24,2 28,4 26,0 14,3 6,321 ,5 29,7 27,9
pluie
23 ans
(
1950-
1972)
Total :
228,4
Source: Bangue B. pour les températures et Comité interafricain d'études hydrauliques.
(C.I.E.H.) 1978, pour les précipitations.
40- Pendant un mois, de mi-octobre à mi-novembre, un changement
se produit, les grandes pluies s'espacent. Le sol est gorgé d'eau et la
moiteur ambiante persiste. Les belles éclaircies sont nombreuses.
- De la mi-novembre à la mi-mars, s'installe la « saison sèche », ce
qui n'empêche pas les courtes tornades de la nuit. Le ciel est généralement
gris et bas, mais les périodes ensoleillées pendant plusieurs jours sont
possibles. C'est une époque de fortes chaleurs, dans la mesure où les pluies
espacées ne rafraîchissent plus le fond de l'air. Lorsque souffle le vent
continental (l'harmattan), les brumes sèches et la poussière obscurcissent le
ciel et les lointains. Les journées de brouillards sont les plus fréquentes en
décembre (5, 4 jours) et surtout en janvier (6, 8 jours en moyenne).
- Enfin, pour clore le cycle annuel, de la mi-mars à la fin juin, un
nouveau changement de temps s'annonce. C'est une période de gros
orages suivis par de belles éclaircies. Le nombre des jours de pluie
augmente de nouveau. En mars et avril, les journées sont les plus chaudes.
Le mois de mars tient une place à part. Les tornades y causent de
nombreux dégâts - quasiment tous les ans -. Un extrait de presse
(Cameroon Tribune, n° 1737 du jeudi 27 mars 1980) en témoigne:
« Une violente tornade s'est abattue dans la nuit du 22 au 23 mars dernier
à Douala. On déplore de nombreux dégâts à travers la ville. Il était un
peu plus de 22 heures, lorsque soudain se déclencha un grand vent qui,
pendant plusieurs heures sous des bourrasques soutenues a pris d'assaut
toute la ville. Redoublant d'effort, tout a été détruit sur son passage.
Toitures de maisons, voitures, maisons entières, des branches et des
arbres elles-mêmes, tout a été déplacé. Le mur du stade Akwa s'est
écroulé sous la force du vent. Une toiture de l'église Pierre et Paul s'est
envolée. Au camp Bertaut, on peut encore voir plusieurs tôles accrochées
aux lignes de courant. A Kassalafam, deux amoureux se disant
certainement de bonnes choses se sont subitement retrouvés ensevelis
sous un mur en tôles. Devant la pharmacie des Rails, plusieurs maisons
ont été entièrement rasées. Jusqu'ici heureusement, on ne déplore
cependant pas la perte en vies humaines, mais plusieurs familles sont
actuellement sans logis à travers la ville. Le chiffre total des dégâts ainsi
causés est estimée à plusieurs millions de francs. »
(Signé Jean-Paul EKOOLA)
e) UNE VARIANTE HYPERHUMIDE DU CLIMAT ÉQUATORIAL
Il n'est pas dans notre propos de fournir un schéma complet
d'explication des mécanismes du climat camerounien, proposé par d'autres
auteurs (4).
(4) Suchel .B.), la répartition des pluies et les régimes pluviométriques au Cameroun,cr
Thèse de JOCycle de Géographie, Université de Bordeaux III, 1971, 287 p. (Biblio. n° 86).
41La division en deux saisons principales est une impression que l'on
peut conserver du climat doualais, climat subéquatorial à allure tropicale
avec un seul minimum et un seul maximum annuel de précipitations
correspondant à l'influence directe de la mousson. Nous sommes en
présence d'une anomalie climatique caractérisée par l'hyperpluviosité des
mois de l'été due à la proximité relative des masses montagneuses (île
Bioko, Mont Cameroun, hautes terres de l'Ouest). Le climat « camerou-
nien » est une variante du climat équatorial de telle sorte que, lors des
années de moindres précipitations annuelles (années 1939, 1944), les
courbes des stations de Douala se rapprochent de l'allure générale du
profil de Yaoundé ou de Kribi (climat à deux saisons des pluies et à deux
saisons de répit pluviométrique).
Des pages qui précèdent, nous devons retenir que l'agglomération
doualaise s'est développée en s'adaptant au milieu naturel équatorial
environnant. Les données climatiques en particulier sont explicatives de la
ségrégation relative de l'habitat. Un déterminisme naturel s'y exprime
surtout par le rôle des vallées inondables et répulsives et par la recherche
des « plateaux» constamment exondés et bien ventilés. Les marigots ont
autrefois été des frontières entre ethnies autochtones. Les allogènes,
« laissés pour compte» dans le cadre de la ville coloniale, se sont rabattus
et ont été cantonnés vers les secteurs déprimés plus ou moins marécageux.
L'idée de « plateau », retrouvée dans la plupart des villes coloniales,
n'était pas simplement un symbole du commandement. Les premiers
colonisateurs avaient aussi recherché la proximité des berges du fleuve
pour leurs activités commerciales et pour la pêche. Une compétition
vigoureuse s'instaura, véritable affrontement entre les autochtones et les
Européens, pour occuper les hauts de la « falaise» et profiter des bienfaits
de la brise, à une époque où la climatisation n'était pas électrique et
reposait sur de savantes recherches des courants d'air dans les bâtisses
coloniales équipées de vérandas ou de toitures compliquées, construites
sur piP souvent. les constructions de la ville officielle étaient distantes les
unes des autres, à l'ombre des grands arbres, comme disséminées à
l'intérieur d'un grand parc naturel. dans les quartiers autochtones
également, on a laissé croître de grands arbres fruitiers )palmiers,
manguiers) pour avoir de l'ombre. l'habitacle réservé à la cuisine est séparé
du corps de bâtiment de la case, qui occupe le centre de la concession, pour
diminuer les risques d'incendie mais aussi pour éloigner les sources de
chaleur du lieu de repos ou de séjour. quand l'état du ciel le permet,
beaucoup de familles africaines préfèrent passer la nuit en dehors des
habitations.
423. LA GRANDE VILLE AU BORD DU FLEUVE
L'agglomération doualaise s'est étendue sur les deux berges du fleuve
Wouri. Un pont rail-route à la courbure majestueuse réunit la petite ville
de Bonabéri à Douala. Douala donne l'impression d'être plate et sans
relief. C'est d'ailleurs la ville des bicyclettes ou des vélomoteurs, ce qui lui
donne un air de ville asiatique, par opposition à Yaoundé où des ruptures
de pente incessantes imposent leur présence sur tous les itinéraires.
Une approche même sommaire permet de découvrir plusieurs
articulations maîtresses dans la topographie générale de Douala. Quelques
dénivellations s'imposèrent dès l'occupation du site originel (fig. 9).
Cependant, les influences directes de la topographie jouent aujourd'hui un
rôle bien plus grand que dans la ville de naguère. L'avancée du front
d'urbanisation vers l'intérieur rencontre des reliefs et des creux plus
contrastés. Initialement, au siècle passé, le site a pu sembler assez
insignifiant. Les transactions commerciales pendant des décennies se firent
au milieu du fleuve Wouri. Lorsque les Européens s'installèrent sur le
continent, la topographie immédiate se révéla commode pour les
extensions ultérieures. La commodité l'emporta largement sur le pittores-
que et le charme du cadre naturel.
Désormais, le site antérieurement choisi est largement dépassé. Les
extensions périphériques partent à l'assaut de nouveaux espaces. Dans ces
conditions, les données du relief~ou climatologiques demeurent toujours
déterminantes (pentes, exposition, ventilation), mais la disposition par
rapport aux zones de travail en termes de durée des déplacements compte
aussi beaucoup, devant le développement démesuré de l'agglomération
dans certaines directions.
Déjà les points kilométriques 14 ou 20 sont desservis régulièrement
par les taxis ou les bus de la ville le long de la route de Yaoundé. Les basses
terres de Bonabéri sont aussi concernées. Les projets d'extension à
échéance de l'an 2 000 envisageant une ville qui, d'ici là, aura doublé de
superficie.
On a commencé à construire un « Douala Nord» dans une opération
qui devrait toucher 500 000 personnes dans sa dernière phase. On
s'intéresse à l'aménagement de l'estuaire du Wouri dans sa totalité et on
pense à construire de nouveaux ponts pour enjamber le Wouri. La
possibilité de créer artificiellement des emplacements à urbaniser, à
conquérir sur le milieu fluviatile des îles à mangrove et des criques du
système estuarien, s'offre aussi comme une solution des années à venir. Il
nous faut donc prendre un peu de recul par rapport à la ville présente et
décrire largement dans l'arrière-pays les paysages naturels dominants et
l'environnement physique de l'agglomération doualaise.
43a) LE SITE ORIGINELpE DOUALA
La ville de Douala occupe une sorte de presqu'île assiégée par les eaux
et la mangrove entre le W ouri et la Dibamba. De petits affluents du Wouri,
au nord et au sud, entaillent un môle central jouant un rôle de château
d'eau et de ligne de partage des eaux (fig. 9).
La ville coloniale de Douala s'est d'abord située par rapport à la
« falaise », escarpement rectiligne, orientée N 40° entre Akwa-Nord et le
plateau Bonanjo. Les emprises portuaires successives, dès la décennie
1930, ont éloigné la « falaise» du trait de berge proprement dit, dégageant
une plate-forme appelée le « Beach », utilisée par les Pouvoirs publics et
les grandes sociétés de commerce, et parcourue par des voies de desserte
(voies ferrées et boulevard maritime). Globalement la « falaise» n'est plus
fonctionnelle, sauf à Akwa-Nord près de l'embouchure du Mbanya. La
dénivellation de la « falaise» est de l'ordre de 12-15 m au sud du pont et
15-22 m à la hauteur de Deido. Au sud-ouest de la ville, la « falaise»
change de direction et se trouve relayée par un escarpement perpendicu-
laire (orienté N 310°). La corniche, d'abord bien nettement dégagée au
pied de Bonanjo, perd de l'altitude au fur et à mesure qu'on se rapproche
de l'ancienne aérogare. En contrebas, les basses terres de la crique Tokoto
ont été bouleversées: les colmatages fluvio-marins recouverts de
mangrove et parcourus par des criques ont laissé la place aux extensions
aval du port.
En amont du pont, des îles nombreuses, verdoyantes, en forme de
bateau, encombrent le lit du Wouri, comme si des atterrissements
occasionnés par le «robinet» de Bonassama-Bonantoné avaient été
consolidés par conquête des formations de la mangrove.
A partir de la «falaise», trois plateaux taillés dans les sables et
graviers pliocènes se disposent du sud au nord: Bonanjo, Akwa et Deido.
Historiquement, ils ont joué un rôle important dans l'organisation
pré-coloniale de l'espace ou encore lorsque les Allemands voulurent
remettre en cause le schéma initial. Le plateau dédoublé Akwa-Bonanjo
dépassant à peine les 15 mètres s'incline légèrement en direction de
l'intérieur vers New Bell. Les seuls accidents ici sont les vallées de la
Besséké (suivie par le chemin de fer et occupée par la gare) et de son
affluent, le Bessoussoukou. La coupure entre ce dernier ensemble surélevé
et le plateau de Deido est très marquée. La vallée du Mbopi constitue
comme un large couloir où on installe la nouvelle gare centrale de
Bessengué. Le plateau de Deido est plus élevé aussi (18-22 m). Les vallées
affluentes sont nettement encaissées, en particulier celle du Nguété.
La ville coloniale englobant les trois plateaux désignés était occupée
par les Européens qui s'étaient imposés et par les Duala autochtones qui
avaient essayé de s'y maintenir. Les quartiers des «étrangers», des
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45Africains non-duala (5), étaient cantonnés aux secteurs déprimés situés au
sud-est de la ville. New Bell, sur le plan de la topographie, est une sorte de
bas glacis recueillant les eaux de pluie au profit de la Mgoua. La ligne de
partage des eaux avec le Mbopi est fort indécise, quelques mètres
seulement et laisse à penser à un ancien écoulement de sens opposé.
Sur l'autre rive, se trouvait une sorte de réplique du système des
plateaux Akwa-Bonanjo. Cependant, la dissection de l'ensemble est
grande et les plates-formes sommitales sont réduites à quelques lambeaux
dominant le fleuve d'une dizaine de mètres (derrière les Abattoirs de
Bonassama). La transition en direction de la vallée du Mungo s'opère par
croupes molles ne dépassant guère 5 m d'altitude. Les atterrissements
récents colonisés par la mangrove étaient tout désignés pour recevoir les
« polders» industriels de la M.A.G.Z.I. (la zone industrielle de Bonabéri).
Les liaisons avec l'ensemble Bonassama-Bonabéri ont été fondamentale-
ment modifiées depuis la construction du pont du Wouri, très bel ouvrage
de 1 800 mètres de longueur dont l'inauguration en 1955 interrompit
rapidement les allées et venues des chaloupes traditionnelles.
b) LE SITE CONQUIS PAR LA VILLE ACTUELLE (1980) (fig. 9)
Le site originel n'a guère été dépassé avant la période de l'Indépen-
dance, sinon par les Ateliers des chemins de fer et le Centre industriel
situés les uns et l'autre à Bassa sur un secteur d'interfluve déjà emprunté
par la voie ferrée de Yaoundé et séparant les marigots du nord et ceux du
sud.
Un deuxième volet de la topographie est désormais absorbé par les
gains spatiaux du périmètre urbain. Des plateaux plus élevés (plateaux de
Deido-Bépanda de 18-22 mètres, plateaux de Ndogbong-Bassa, supérieurs
à 25 mètres) ont été conquis par la prolifération des entreprises
industrielles, par l'habitat périphérique spontané ou non en direction du
nord, du nord-est et de l'est.
Les vallées principales du Mbanya, du Tongo Bassa et de ses affluents
(Ngongue et Kondi) éventrent largement cet ensemble de plateaux et de
collines atteignant jusqu'à 60 m d'altitude. En aval, ces rivières débouchent
dans une zone basse aux digitations profondes (la courbe des 5 m s'insinue
profondément entre les collines) colonis.~es par une forêt galerie
inondable. Cette dernière est souvent le dernier obstacle dressé par la
(5) Dans la période coloniale, le mot « étranger» englobe les non-Duala, c'est-à-dire les
Africains camerouna~s allogènes et les Africains étrangers au Cameroun. Dans un premier
temps, ils sont exclus"de la ville coloniale qui est réservée aux Européens métropolitains et
assimilésd'une part et d'autre part aux Duala autochtones. Le « quartier des étrangers»
(New Bell) fut peuplé de ressortissants des colonies anglaises ou françaises avant
d'accueillir Bamiléké et Nordistes.
46nature face à l'avancée inexorable du front urbain (Bépanda, Maképé,
Kondi).
Vers le sud, en contrebas de cet ensemble de collines de Ndogbong-
Bassa, s'est imposée une forme continue et systématique d'urbanisation
« sauvage». Celle-ci déborde des terrains suspendus le long d'un
escarpement rectiligne, orienté nord-ouest-sud-est manifestement d'ori-
gine structurale, en passant de Tergal à Nylon. Cette « coulée» d'habitat
spontané a littéralement envahi des secteurs qui étaient naturellement
soumis à des inondations saisonnières répétées. La zone Nylon a conquis
les terrains situés au niveau de la courbe des 5 mètres. Sa progression en
direction des basses terres de la Dibamba est amorcée. Mois après mois, on
occupe les interfluves séparant chaque marigot affluent de la Mgoua. Les
constructions progressent après une déforestation hâtive et systématique.
Lorsque la densité des cases est suffisante, l'emprise devient telle que le lit
mineur lui-même est rehaussé en remblaiement par les déchets ou par
terrassements. Un drainage minimum est préservé, car cette forme de
« bonification» des terrains à bâtir est une entreprise «collective
d'investissement humain et autogérée ».
La compétition pour ces terrains, naguère délaissés par les autoch-
tones, est grande. Les allogènes sont perpétuellement en quête d'une
parcelle pour être « chez soi ». Les autorités ont été amenées dans le passé
à prendre des mesures pour préserver les terrains nécessaires aux
extensions de l'aéroport (destruction du lotissement «sauvage» de
Bonadiwouta dans les années 1960). Les pouvoirs publics se devaient de
prévoir les futurs agrandissements de la ville: le projet de «Douala-
Nord» concerne des terrains encore libres de toute forme d'urbanisation.
Les premiers travaux se sont portés sur les basses terres de la vallée du
Mbanya au niveau de Bonamoussadi, au-delà du quartier d'Akwa-Nord.
c) LE SITE D'EXTENSION À LONG TERME DE L'AGGLOMÉRATION DOUA-
LAISE
Ici, nous changeons d'échelle. La carte au 1/100 OOOe remplace celle du
1/50 OOOepour englober les contours du grand site envisageable et
inéluctable à l'échéance de l'an 2000. Il faut prévoir des surfaces égales au
double ou au triple de la ville de 1980, l'agglomération devant avoir à ce
moment-là entre 2 et 3 millions d'habitants (fig. 10). Deux sortes de
terrains seront disponibles. Tout d'abord, la zone des collines de
l'interfluve majeur entre le Wouri et la Dibamba, de part et d'autre de la
voie ferrée jusqu'à J apoma et le long des routes principales de Yaoundé et
de Dizangué, sera certainement conquise par l'habitat du grand nombre ou
réservées à l'extension des zones industrielles, dès lors qu'une infrastruc-
ture routière à caractéristiques modernes permettra les transports rapides
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48sur des distances déjà respectables (25-30 km). Dans un deuxième temps,
mais certainement simultanément, les vallées, les basses terres de la
Dibamba ou les pourtours de Bonabéri, même s'ils présentent des terrains
plus difficiles à investir (sables côtiers, vases noires de la mangrove,
alluvions récentes) ne seront pas négligés pour autant par l'habitat
spontané pionnier. S'ils devaient permettre de se trouver à proximité d'une
source d'activité importante (zones industrielles, par exemple) ou d'un axe
de circulation, leur pouvoir d'attraction n'en serait que plus grand.
Certaines études prévoient d'annexer plusieurs îles à mangrove, soit en
amont du pont, soit vers la crique Olga. Des aménagements lourds
pourront supporter les dépenses d'atterrissement et de lotissement sur des
terrains artificiellement conquis en utilisant les produits du dragage du
chenal d'accès au port: extensions portuaires, champ de foire exposition,
grands ensemble de type « marina» pour un logement de grand standing.
On parle même de secteurs étendus attribuables à des possibilités
d'aquaculture dans le cadre du « Schéma d'aménagement à long terme de
l'estuaire du Wouri » (6).
226).6. SOGREAH-SCET, op. cit. (Biblio n°
49CHAPITRE II
LES ÉTAPES DE LA FORMATION DE LA VILLE
De nos jours, l'agglomération doualaise est une ville en pleine
gestation. Elle présente l'aspect d'un perpétuel chantier s'opposant de
façon frappante à un arrière-pays immédiat presque vide et où les modes
de vie et de travail sont encore assez traditionnels. L'invasion urbaine
mord, sans transitions, sur les paysages de grande forêt équatoriale
environnante, dès qu'on s'éloigne des accès principaux à la ville. Le site d'il
y a cent ans est largement dépassé.
1. CROISSANCE COMMERCIALE
ET ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE (fig. 11)
La ville de Douala, située sur le littoral, s'est imposée chronologique-
ment d'abord comme comptoir par le commerce, puis comme centre
administratif et industriel. Douala est contemporaine de la colonisation
européenne. Les conséquences de celle-ci furent l'introduction d'une
économie monétarisée, le développement de productions agricoles
tournées vers l'exportation, l'apparition d'activités non agricoles et
l'amorce de forts mouvements migratoires. Douala, pôle d'attraction
majeur, a drainé une grande part de l'exode rural. La concentration en un
même lieu des activités les plus diverses (commerce, transport, bâtiment et
travaux publics, industries de transformation, etc.) joua un rôle détermi-
nant dans l'urbanisation de Douala.
La croissance de la ville s'est faite pendant longtemps en concordance
directe avec celle des activités qui étaient à son origine. La comparaison des
courbes d'évolution du trafic portuaire et de la population de la ville le
prouve. « Au développement économique correspond presque point par
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80
Fig. 11. Croissance économique et-
évolution démographique à Douala
51point l'évolution démographique de la ville » (1) (R. Gouellain, p. 283).
Dans la phase coloniale, les autorités de la ville ne supportaient pas que la
main-d'œuvre excède les besoins. Mais dans les décennies récentes,
l'apparition d'un chômage endémique important autorise à poser la
question de la persistance de la similitude des deux courbes d'évolution.
Pour répondre à cette interrogation, il faudrait en fait pouvoir disposer
d'un outillage statistique assez complet pour déterminer l'importance de la
population actuelle de Douala.
Dans la période coloniale, les comptages étaient effectués par les chefs
de lignage dans un but fiscal. L'Administration s'inquiétait fréquemment
du nombre exact des hommes susceptibles de payer l'impôt. On ne cernait
pas exactement les femmes, les enfants ou même les vieillards, mais on
s'intéressait aux ethnies. Le premier dénombrement général de la ville,
effectué par le Service de la Statistique, se situa en 1956. L'individu y était
décompté comme une unité et non plus à travers son groupe. Le
recensement de cette année-là est également important pour nous, car il est
l'un des derniers à tenir compte de la rubrique ethnique, comme le sondage
INSEE de 1964-1965. Depuis l'Indépendance, les recensements se sont
espacés: 1967-1968 et 1976. L'appartenance ethnique n'est plus clairement
exprimée, de propos délibéré. D'autre part, l'évolution démographique
actuelle est devenue tellement rapide que la population arrive à doubler
(ou plus) entre deux recensements. L'imprécision concernant le chiffre
d'habitants de l'agglomération doualaise oblige, par prudence, à l'utilisa-
tion d'une fourchette largement ouverte. En 1983, Douala aurait un
million d'habitants avec un degré d'approximation que nous situons
à + ou - 200 000 individus! Il va sans dire que l'erreur sera lourde de
conséquences, si, comme il semble bien que cela doive se passer, on
retenait pour les prévisions de l'an 2000 contenues dans le schéma
directeur en cours de parution, la branche inférieure de la fourchette,
c'est-à-dire 800 000 habitants au lieu de 1, 2 million: un simple « oubli »
de 400 000 personnes par conséquent.
Un autre sujet d'étonnement se fait jour. Les pouvoirs publics n'ont
sans doute pas suffisamment observé que les extensions portuaires récentes
ont permis de doubler quasiment le trafic entre 1975 et 1983. En outre, la
capacité potentielle du port actuel peut admettre un nouveau doublement
du trafic. Si la croissance de la population doualaise devait continuer à
accompagner la tendance du trafic portuaire et évoluer au même rythme,
comme c'est vraisemblable, on peut craindre que la population doualaise
n'atteigne les deux millions d'habitants, avant même que les responsables
de l'agglomération ne s'inquiètent du sort du premier million de
Doualais...
(1) Gouellain (R.), Douala, ville et histoire, Institut d'Ethnologie, Paris, 1975, 402 p.
(Biblio. n° 162).
52Le développement de la ville de Douala a été et reste largement
dépendant des facteurs économiques exogènes, gouvernés par les exigences
du commerce extérieur. La ville garde une structure héritée du passé
colonial d'apparence classique en Afrique noire: dualisme «ville
blanche-ville noire », surpeuplement des quartiers populaires, multiplica-
tion de l'habitat spontané à la périphérie, question de l'emploi et du
chômage, etc. Des spécificités évidentes permettent cependant de dire que
Douala est unique, ou originale à sa façon. La composition ethnique de sa
population n'est en effet pas banale, avec des autochtones (duala et bassa)
très minoritaires et des allogènes dominés par le groupe bamiléké déjà
majoritaire à lui seul.
La question des terrains s'est toujours imposée comme un des
éléments majeurs de l'urbanisation à Douala. La configuration de
l'agglomération s'explique directement par l'évocation des partages du sol
successifs engendrés par des besoins en espace croissants. Comme la ville
est tout juste centenaire, le système foncier demeure un reflet encore très
fidèle des faits de création urbaine et de peuplement de la ville
(autochtones, allogènes, étrangers). Il s'impose comme une composante de
la réalité économique et socio-démographique de l'agglomération. Il est un
des moteurs de la dynamique de la ville, considérée comme un champ de
forces sociales, économiques et politiques.
2. DE LA COMMUNAUTÉ DUALA
À L'AGGLOMÉRATION DOUALAISE
Les Duala à partir du 18esiècle devinrent les intermédiaires privilégiés
de la traite des exclaves. Ils ont repoussé Bassa et Bakoko à distance de la
côte et les ont cantonnés dans les activités agricoles. Les Duala tenaient le
littoral, sur une bande côtière de 2 à 3 km, se réservant la pêche, activité
primaire noble. La côte était un lieu favorable aux échanges entre le
continent et les Européens. Pendant deux siècles, un peuple marchand
réussit à tirer parti de ces fonctions d'intermédiaires entre l'arrière-pays et
le commerce maritime européen.
a) LE DÉMARRAGE DE L'URBANISATION OU L'EXISTENCE D'UNE « CITÉ
PRÉ-COLONIALE»
La ville de Douala ne s'est pas formée en un jour, à partir de 1884,
avec le Protectorat allemand. Il faut certainement remonter au début du
XIXesiècle pour dégager les « bases écologiques de l'agglomération» (2).
(2) Gouellain (R.), 1975 (Biblio. n° 162).
53Le phénomène colonial appuyé uniquement sur le commerce de la traite a
multiplié les contacts entre Duala et Européens. Bien avant 1884, les
autochtones eurent des commis pour le commerce. Les missionnaires
après 1843 s'installèrent à terre et introduisirent l'usage de l'écriture
(traduction de la Bible en duala), ouvrirent les première écoles en 1845, un
dispensaire en 1849. Les administrateurs anglais assuraient la police et
mettaient de l'ordre dans les activités commerciales (<< Cour d'Equité »,
1856) sur les eaux de l'estuaire. Des commerçants européens de toutes les
nationalités fréquentaient les côtes. Le Wouri apparaissait ainsi comme
une région stratégique pour le commerce, en assurant l'entrée des
marchandises, et pour la pénétration des colonisateurs.
La première description de Douala est écrite par Robertson vers 1810.
L'expression « Cameroon town» est utilisée pour désigner la ville (2).
« La ville de Cameroons est à environ 15 miles de l'entrée de la rivière du
même nom... Il y a aussi une ville sur le rivage opposé (Hickorey town:
Bonabéri), mais on n'y fait point de commerce..Quelques-uns parmi les
commerçants du Cameroun sont riches et exercent un pouvoir
oligarchique sur le reste des indigènes qui se soumettent à leur décision
sans manifester la moindre opinion personnelle... »
En 1826,selon Jackson, il y a deux « kings» principaux et rivaux, Bell
et Akwa. Cette même année, le king Bell avait une habitation de style
anglais bâtie en bois, à étages, et aux fenêtres garnies de vitres. Des
structures presque urbaines et juridiques (droits fonciers) sont déjà en
place. Cette contexture ancienne confère à la cité une originalité historique
certaIne.
Vingt milliers d'individus étaient rassemblés sur le site de Cameroons
dès le début du XIXesiècle. Les trois plateaux Bell, Akwa et Deido (et en
plus Bonabéri-Hickory) étaient attribués, partagés et occupés intensé-
ment. Chaque plateau était comme un « quartier» avec son système de
voirie et de constructions alignées. Les rues étaient désherbées régulière-
ment. Les plateaux communiquaient entre eux. Les Bell occupaient la
partie la plus accessible, la mieux exposée de l'estuaire, celle où les
Allemands voudront s'installer. Avec les Allemands, il y eut éviction de
quelques groupes autochtones (les Bell), mais pas de tous. On ne procéda
qu'à un simple remodelage des «villages» pour le reste. La trame
fondamentale de la ville ne sera pas modifiée. Le dessin est déterminé par le
site en plateaux séparés par des vallées et pied à pied défendu par
«l'ancienne et tenace installation d'un groupe jaloux de sa position
côtière» (3). La ville coloniale s'est structurée à partir des villages
conjoints du temps de la traite. Par la suite, les colonisateurs se
(3) Gouellain (R.), 1975 (Biblio. n° 162). Robertson et Jackson sont cités par
Gouellain (R.).
54contenteront de surimposer d'autres formes, respectant par la force des
choses, une « matrice» écologique dont l'origine date du début du XIXC
siècle. La ville se développa en aménageant ce qui existait et non, comme
c'était le désir des colonisateurs, en recréant à la place des localités
d'origine des zones et des quartiers réservés et fonctionnels.
Les Européens avaient face à eux une société pluritribale territoriali-
sée et en voie d'organisation. La présence des Duala, les conditions
favorables à la création d'un port dans l'estuaire du Cameroun et
l'intensification du commerce au cours du XIXC siècle furent des facteurs
prépondérants pour le développement d'une ville.
Vers le milieu du siècle, des bateaux pontons européens se fixèrent au
milieu du W ouri (4). Leur présence de tous les jours, en toute saison,
favorisa l'installation des firmes anglaises et allemandes surtout; elle
allongeait la durée des transactions. Les «kings» duala, tout à leurs
querelles, ne pouvaient plus assurer la liberté ou la régularité du
commerce, ce qui entraîna l'intervention coloniale, avec accès à la terre du
littoral pour les Européens et occupation effective des hinterlands, au-delà
du territoire du rio Cameroun. Pour pouvoir continuer à s'imposer
l'aristocratie locale essaya de faire entrer les puissances européennes dans
ses jeux politiques, l'Angleterre d'abord, les Allemands ensuite.
Les Duala se soumirent d'abord à une firme commerciale (la
« Woermann» de Hambourg). La situation fut régularisée avec le
gouvernement impérial allemand quelques jours plus tard (12-14 juillet
1884). Le traité entre Allemands et Duala garantit la propriété duala au
bord du Wouri. Les autochtones ne pensaient accorder qu'un droit
d'occuper aux colonisateurs. Mais ce statu quo ne dura pas, dès lors que les
Allemands voulurent développer leur colonie (à partir de 1906) et acquérir
définitivement des terrains. Les Duala ayant perdu leurs monopoles
commerciaux et leur hégémonie politique sur l'hinterland s'orientèrent
vers l'exploitation agricole des vallées fluviales (Bas-Wouri, Bas-Mungo)
et aussi pratiquèrent des activités résultant du développement urbain.
Les Duala ont tiré avantage de la colonisation. La ville-port reçut leur
nom. Actuellement, ils représentent moins du dixième de la population
doualaise. Néanmoins, ils ont conservé de leur ancienne fonction
d'intermédiaires et de leur position hégémonique un prestige acquis au
cours des deux derniers siècles. Ils ont aussi joué un rôle actif en tant que
«créateurs de modernité» (5). La société duala a été emportée par
l'expansion économique et urbanistique assurant la croissance de la ville de
Douala. Il lui resta un capital foncier qu'elle s'efforça de préserver au
(4) Les Européens étaient contraints de résider sur les « hulks », navires désarmés
stationnant au milieu du fleuve.
(5) Balandier (G.), Économie, société et pouvoir chez les Duala anciens. Cab. d'Et.
africaines, 59, XV. 3, 1976, pp. 361-380 (Biblio. n° 150).
55maximum. Les autochtones ont voulu rester maîtres de terrains
ancestraux, qui étaient en même temps le sol de la ville de Douala. De cette
situation particulière allaient naître des problèmes d'urbanisme spécifiques
à Douala et un schéma de développement urbain tout à fait original parmi
les grandes métropoles africaines.
b) LES DÉBUTS DE LA PÉRIODE ALLEMANDE: LA CRÉATION DE LA
VILLE-PORT
C'est donc pour des motifs commerciaux que naquit la ville de
Kamerunstadt. Dès le départ, la fonction commerciale d~ l'agglomération
orienta et détermina la formation et la croissance de la cité. L'essor de la
colonie alla de pair avec la croissance de la ville, puisque tout convergeait
sur Kamerunstadt (commerce, armée, missions, administration). Une
stimulation réciproque s'établit entre elle et le pays.
Kamerunstad était l'un des points d'ancrage de l'économie camerou-
naise au même titre que Kribi ou Victoria. Pour répondre à l'accroissement
et à la diversification de la production, on aménagea le port. Les
installations portuaires furent un des axes de fixation de la ville. Mais la
morphologie de la ville dépendit aussi de la fonction administrative.
Kamerunstadt était le siège de l'administration' centrale du pays. Le plateau
Joss fut loti pour l'usage de l'administration de commandement et de ses
services techniques (le gouverneur et les grandes administrations,
logements des fonctionnaires, ateliers, cantonnements de la troupe). La
première voirie moderne de Douala se trouve donc dans cette partie
primitivement urbanisée de Joss. Les auteurs de l'époque insistaient sur le
charme apparent de Douala (malgré le climat) et l'impression d'activité de
la ville.
Curt von Morgen débarquant à Kamerun le 27 septembre 1889 décrit
la scène suivante (pages 13-14) (6) :
«Combien différemment je m'étais représenté ce lieu et que je fus
agréablement surpris! Au long de la rive du fleuve Kamerun (le Wouri)
on apercevait d'imposantes et élégantes maisons, le plus souvent en bois
et couvertes de tôles, qu'on me désignait comme les factoreries des
firmes allemandes et anglaises représentées à Kamerun. Sur l'esplanade,
devant chacune, les drapeaux qui avaient été hissés pour l'arrivée de
notre vapeur, indiquaient les propriétaires et leur nationalité.
Surélevé au-dessus des factoreries, sur le plateau de Joss, se dressait le
beau bâtiment, massif et aéré, du gouvernement, qui, avec les maisons
des fonctionnaires et les larges espaces verts tout autour, témoignaient de
(6) Morgen (C. von), A travers le Cameroun du Sud au Nord, Leipzig, 1893, traduction
française de Laburthe- Tolra (P.), Université de Yaoundé, 1972, 2 tomes, 374 p. (biblio.
n° 143).
56l'activité du premier gouverneur allemand, le baron von Soden. A la suite
du terrain gouvernemental s'alignaient les villages indigènes des Douala,
par ailleurs invisibles du fleuve; pour désigner les différents villages, on
utilise les noms de leurs chefs respectifs: villages Joss, Akwa, Bell et
Deido...
... Cet ensemble présentait avec l'arrière-fond pittoresque, un tableau gai
et original, qui témoignait en même temps de l'intensité du trafic
commercial. »
Nous avons évoqué le noyau Ooss et le port) qui commandera la
formation et l'extension du reste de la ville. Pour les Allemands de
l'époque, la ville se limitait au quartier européen (le plan de 1895).
er janvier 1901 transforma l'appellation de Kamerun-Un décret du 1
Kamerunstadt en ville de «Duala» et le territoire Kamerun engloba
l'ensemble de la colonie allemande et non plus Douala et la région de
l'estuaire. En 1902, Duala céda la fonction de capitale à Buea. Le centre de
la vie économique du Territoire semblait se déplacer vers le Mont
Cameroun. La prépondérance des côtiers avait disparu avec l'ouverture du
Territoire. L'esprit d'opposition des Duala se trouva accru lorsqu'on
supprima leur monopole commercial et lorsque les factoreries euro-
péennes purent installer des succursales à l'intérieur.
Cependant, l'érection de Buea comme capitale n'empêcha pas la ville
de Duala de continuer à jouer un rôle politique essentieL L'agglomération
devint chef-lieu d'une vaste circonscription incluant Yabassi, Baré et
Banen. En fait, le pouvoir économique aussi était resté à Douala. Le siège
des firmes commerciales n'avait pas bougé. La ville commandait à tout un
réseau de centres secondaires dans le Moungo, le pays bassa et le pays
bamiléké aussi autour de Baré et de Dschang. L'essentiel des grands
services n'avait pas quitté Douala (il y eut 70 fonctionnaires pour tout le
Cameroun en 1900, 238 en 1912). Le départ pour Buea s'était effectué pour
des motifs d'hygiène (Buea est à 900 mètres d'altitude), mais cela concerna
peu de monde. La police, la troupe restèrent concentrées à Douala. Les
commis indigènes duala utilisés dans les douanes, le port, le service des
eaux, demeurèrent en place.
A Douala, s'installèrent les premiers hôpitaux, les dispensaires, les
écoles privées et officielles, les églises et les temples, autant de preuves
d'une urbanisation effective et rapide.
Durant les premières années du xxe siècle, Douala bénéficia de la
gestion d'un administrateur de qualité, Brauchitsch, pendant 9 années
successives (fév. 1899 - sept. 1908). On l'a désigné comme le« Construc-
teur de Douala» (Schramm).
«Il a transformé le village africain traditionnel en ville moderne:
tracement de larges rues, assèchement du marécage de Bonaku,
amélioration et agrandissement du port, construction de la digue
57(passage surélevé) entre Joss et Akwa, assèchement du marécage entre
Akwa et Deido, début de canalisation de l'eau courante à Douala. »
(Cité par Gouellain R.) (7)
3. LA CRÉATION D'UNE VILLE MODERNE ET COLONIALE
JUSQU'EN 1945
a) LES PROJETS ALLEMANDS
Sur le plan de 1896, on peut observer comment les Allemands avaient
créé le premier noyau urbain centré sur le quartier administratif, installé
logiquement sur la partie sud du plateau de Joss. Sur la partie nord, on
avait laissé subsister les Bell autour du bâtiment de la « Pagode ». Le
secteur colonial privé, plus intéressé par la proximité des multiples petits
wharfs du port fluvial, s'entendait à se faire accepter sur le plateau d'Akwa,
à Deido ou encore à Bonabéri, en menant des tractations immobilières
avec les propriétaires coutumiers.
Après 1900, les Européens, plus nombreux, commencèrent à
s'étendre le long des rives d'Akwa, au-dessus du port, sans plan préconçu.
Il en résultait un mélange d'habitations européennes et africaines, mélange
qui n'avait indisposé personne pendant une vingtaine d'années. Mais vers
1910, on se mit à découvrir des « inconvéneints » à cette promiscuité:
« Les cases duala à proximité des quartiers européens, construites en
matériaux locaux, entourées de petites cultures et comportant puits et
trous d'aisance étaient devenues, disait-on, des foyers à moustiques
porteurs de paludisme» (8).
Une première expérience d'expropriation avait été accomplie en 1906
lorsqu'on avait acquis la presqu'île de Bonabéri pour construire le chemin
de fer du Nord. De la même manière, sur la rive gauche, on voulut prendre
prétexte de l'imminence de la construction de la ligne ferroviaire du Centre
pour effectuer une expropriation rapide. Les administrateurs voulaient
ainsi anticiper sur les conséquences prévisibles de la construction du
chemin de fer dans la ville: essor démographique, et donc une
compénétration accrue des populations européenne et africaine et une
inévitable augmentation du prix des terrains. Ils voulaient aussi aménager
des quartiers fonctionnels et résidentiels, plus viables et plus séparés tant
pour les Européens que pour les Duala. Cette pratique de se séparer des
(7) Gouellain (R.), p. 125 et suivantes (Biblio.
n° 162).(8) (R.), p. 131 (Biblio. n° 162).
58__ insta lIat ions portuaires
espace réservé à la ville européenne
)
(habitat et act ivi tés économ iques
Fre ie zone (zone verte)D
villages de recasement des
r;-:-ël
autoch tones exproprié 5L--.!J
~ voies ferrées
'~'"
~
1 200 mo
Fig. 12. Schéma du plan d'urbanisme allemand-
(d'après R. Gouellain)
Africains était déjà largement répandue dans les colonies anglaises,
françaises et belges (ainsi à Lagos, Old Calabar, Accra, Kribi et Victoria).
A Douala, seul un manque de crédits pour indemniser les Duala avait
toujours empêché les autorités d'entreprendre la transformation de la ville
afin de la rendre «viable» à l'élément européen. En plus, les Duala
résistaient à toute invasion en masse de leurs terrains, et à toute idée
d'expropriation définitive.
Le.successeur de Brauchitsch fut Rohm (1908-1914), son ancien
adjoint. Ce dernier élabora un vaste plan d'urbanisme qui voulait
appliquer les principes d'expropriation et de réinstallation des Africains
au-delà d'une « zone libre» imaginée déjà en 1900.
59Le plan directeur du « Gross Duala» présenté en 1910 exprimait
quelques idées simples qui s'emboîtaient les unes par rapport aux autres:
- établir une ville tropicale « saine» pour les Européens (la rive
gauche et la presqu'île de Bonabéri reçoivent la brise)
- aménagement prioritaire des installations portuaires et ferroviaires
- créer une zone de sécurité d'un kilomètre de large (fig. 12) au-delà
de laquelle il devenait nécessaire de transférer les Indigènes pour libérer la
ville européenne.
Les quartiers dans ce projet étaient tous séparés les uns des autres. Les
quartiers résidentiels et commerciaux européens se trouvaient séparés des autochtones par la « freie Zone» et des zones industrielles par les
voies ferrées. Les quartiers autochtones connaissaient entre eux-mêmes
une séparation matérialisée par la voirie et le chemin de fer. Ils
communiquaient avec la ville « européenne» par les artères prolongées de
celle-ci. L'aménagement de plusieurs cours d'eau et l'ouverture de canaux
étaient aussi prévus afin de permettre aux pêcheurs et aux transporteurs
fluviaux de produits vivriers de se rendre près des marchés locaux.
Ce plan devait être mis en place en douceur, avec l'accord des Duala,
comme une entreprise d'intérêt public. Le dédommagement des autoch-
tones s'effectuerait en espèces, puisque les terrains proposés leur
appartenaient déjà. On estima également que les Duala, peu tournés vers
les productions agricoles, préféreraient cette formule de compensation,
puisqu'on les voyait surtout s'activer dans des opérations non agricoles
(commerce, artisanat et pêche). Le financement était même assuré dans le
budget de l'année 1911. Mais une série de contretemps (dus aux longues
absences hors du Cameroun de l'administrateur et du Gouverneur auteurs
du projet) empêcha le passage à l'exécution des premières opérations.
Ensuite, les Duala avaient changé d'avis. Ils soulevèrent des difficultés
d'ordre juridique et politique. Ils s'opposaient à l'expropriation et à leur
éviction de leur terre ancestrale. Comme chaque clan avait un accès au
Wouri, ils reprochèrent aux nouvelles emprises portuaires de les gêner
pour aller pêcher et atteindre leurs plantations d'amont sur le Wouri.
Enfin, ils exigeaient que l'Administration réajuste les indemnisations en
fonction de l'évolution de la plus-value acquise par les terrains avec le
commencement des travaux... (9)
Ainsi, pour la réalisation d'un « Grand Douala», le colonisateur
voulait imposer une ségrégation physique réelle dans des quartiers où
Blancs et Noirs cohabitaient jusque-là.
Un nouveau gouverneur, en mars 1912 (Ebermaier) relança l'expro-
priation, non pas sur le plan général, mais partiellement sur le plateau Bell
(Bonanjo, Bonapriso, Bonadouma et Bali). Akwa et Deido seraient
(9) Gouellain (R.), pp. 129 et suivantes (Biblio. n° 162).
60concernés plus tard, selon les besoins. Les Duala s'opposèrent à cette
tentative faite pour les diviser (pétitions, voyage en Allemagne) et
s'insurgèrent contre leur éviction des rives du Wouri par les installations
portuaires. Malgré eux, l'opération de déguerpissement et les travaux
commencèrent en 1913 (déc.) : déboisement, nivellement, routes, puits,
échouage pour les pirogues. NeuBell était préparé (50 hectares, Il km de
routes, 500 cases et bâtiments). En mars 1914, 1 000 personnes dont 800
étrangers non duala étaient déjà recensées à Neu Bell. Les anciennes
habitations furent détruites sur le plateau Bell. Le chef duala Manga Bell
refusa Neu Bell et se réfugia à Bali, en pleine « freie Zone ». Il fut arrêté et
finalement pendu le 8 août 1914. La première opération avait été menée en
force. Mais, au total, en raison de la date et des événements de la guerre
1914-1918, cette épreuve de force se soldait par un échec des pouvoirs
publics: pour l'essentiel, les terrains coutumiers restaient dans le
patrimoine autochtone duala (hormis le plateau Joss toutefois)...
b) LA VILLE COLONIALE APRÈS 1914, UN REMODELAGE MODÉRÉ (fig. 13)
Après le départ des Allemands et le condominium franco-
britannique, la ville était relativement distendue par rapport au chiffre de
sa population (environ 20 000 personnes). Les indigènes occupaient un
espace de 7 à 8 km de long sur une largeur variant de 600 à 800 mètres.
L'agglomération se divisait en six quartiers: Joss, Bali, Akwa, Deido,
Bonabéri et New Bell. Il n'y eut pas de « Neu Akwa » et de « Neu Deido »
à cause de la guerre et de l'opposition des Duala: les opérations de
déguerpissement furent suspendues. Les populations européenne et
africaine s'interpénétraient donc, sauf à Joss.
« Pendant les opérations militaires de 1914, les premières victimes de
l'expropriation retournèrent sur leur précédent emplacement: le plateau
de Bali, que convoitaient l'administration et le commerce européen pour
le jour où il faudrait sortir de JOSS» (10).
New Bell fut occupé par des «étrangers» qui se déplacèrent du
plateau Akwa surtout à partir des années 1916-1917. Ces « étrangers»
étaient des Africains de l'Ouest (Nigeria, Gold Coast, Dahomey , Togo),
du Gabon ou des allogènes camerounais (les Haoussas). C'est aussi
pendant cette période que la « zone libre» - qui n'existait en fait que sur
le papier - se peupla davantage, dans l'anarchie la plus complète.
Pendant l'entre-deux-guerres, la population tripla presque de volume
(15 225 personnes dont 933 « étrangers» en 1916, 30 000 habitants en 1925
avec 7 000 étrangers et allogènes, et enfin 41 812 habitants en 1939 avec
(10) Gouellain (R.), p. 158 (Biblio. n° 162).
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Fig. 13. - La formation de la ville jusqu'à l'Indépendance
6220 790 «étrangers» au groupe duala). La masse des «non-duala» se
diversifiait en multiples groupes ethniques. Dans la période allemande, les
« étrangers» étaitent surtout des non-Camerounais. Mais en 1919, sur
4 000 « étrangers », 3 000 étaient Camerounais non-duala, 800 venaient
des colonies anglaises et 200 des colonies françaises. A cette même date, la
% d'autochtones et 25 % d'allogènes.population doualaise comptait 75
Pendant les années de crise (1930-1934),les « étrangers» diminuèrent
largement en nombre. La crise en stoppant les affaires renvoya les
allogènes dans les campagnes (12 800 en 1929,8 870 en 1933 et 17 424 en
1935). Inversement, les Duala qui étaient partis créer des plantations avant
1929 se réfugièrent dans leur ville (13 661 en 1928, 15 839 en 1933 et
21 022 en 1936-1937) (Fig. 14). Les allogènes étaient salariés en ville:
manœuvres, domestiques, ouvriers dans les exploitations forestières, les
entreprises de construction, mais beaucoup n'avaient plus de travail et
constituaient une population « flottante» que l'on s'efforçait de contrôler
par le système du « livret de travail» obligatoire. Les « inactifs» furent
expulsés de la ville.
En 1925, un plan directeur d'urbanisme reconsidéra l'extension des
quartiers européens et l'organisation des quartiers africains que les
allogènes envahissaient. La délimitation du périmètre urbain exclut New
Bell. La ville se composait donc des quartiers de Joss, Bali, Akwa, Deido et
Bonabéri. New Bell était considéré comme un bien collectif, en indivision,
du clan Bell. Mais ce point de vue officiel était grave de conséquences, car
accepter de négliger volontairement New Bell parce qu'il appartenait aux
expropriés de Joss, c'était laisser le « quartier» d'abord et la « ville des
étrangers» ensuite se développer sans aide et hors de tout contrôle
technique.. .
La cité projetée était divisée en « zones ». La zone européenne allait
de Joss à Deido, en bordure du Wouri (et rien vers le sud où pourtant il y
avait des terrains). En contact avec la première zone, on ne prévoyait plus
de no man's land mais on imposait aux Africains de construire « en dur» à
la façon des européens: on espérait par là réaliser la ségrégation désirée.
Dans la zone de contact se trouvait le quartier Bali réoccupé par les
expropriés Bell revenus de New Bell. Au-delà de ces deux divisions du
périmètre urbain, on trouvait la zone « typiquement indigène », astreinte
aux règlements de l'hygiène mais non à ceux de l'urbanisme...
L'administration française n'abandonnait donc pas ses prétentions sur
les terrains duala. Les Duala réagirent en réclamant Joss, avec le centre
administratif, que les Allemands (et non les Français) leur avaient pris. On
leur fit la proposition d'une aide concentrée pour le lotissement de Bali
(accord de 1926), mais eux préféraient obtenir des espèces individuelle-
ment. L'urbanisation de Bali ne progressa donc pas dans l'immédiat.
Ensuite l'occasion ne se représenta pas.
63mi Iliers
O NABER IB
POPULATION DUALA OE lDO
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PAR GRANDS QUARTIERS AKWA ~:
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100
80
60
40
20
o
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8454 64 7414 34 4404 24188-4 94
Fig, 14, Le profil ethnodémographique de Douala 1884-1983-
64De fait, la conjoncture devint défavorable aux Duala avec les effets de
la crise 1929-1930. Ils furent touchés par la mévente et la baisse des prix à
l'exportation. Ils retournèrent en ville, car les plantations étaient
abandonnées peu à peu. Privés de leurs ressources agricoles et limités aux
métiers urbains, les autochtones se rabattirent sur la spéculation foncière.
La location et la vente de terrains devinrent une source de revenus pour les
Duala. Le front uni de la. résistance duala s'effrita et l'administration
coloniale put entreprendre le remodelage de la ville. La loi du 21 juillet
1932 institua le régime foncier de l'immatriculation. On s'éloignait de
l'indivision lignagère et on essayait d'individualiser la notion de propriété.
La propriété privée favorisait les cessions de terre. En rendant possible
l'immatriculation des terrains, on valorisait le sol. Des terrains purent alors
être vendus (ou loués) à des Européens. En même temps, toute résistance
collective de la part du groupe duala devenait moins aisée. Désormais rien
n'arrêtait plus le développement de la ville moderne désiré par les pouvoirs
coloniaux. Le texte de 1932 donnait le moyen à la ville de s'européaniser
grâce uniquement « au jeu des lois économiques ».
Hypothèques et mouvements de ventes se multiplièrent. Les
Européens en profitèrent. Ils obligèrent indirectement les allogènes des
quartiers d'Akwa et Deido à partir vers New Bell, en 1935-1936. Ces « assainis» par ces départs devinrent plus faciles à urbaniser, car
les Duala étaient tout disposés à louer ou à vendre. L'urbanisation fut
poussée à ce moment dans tous les sens: agrandissements portuaires,
amélioration de la voirie le long du Wouri et perpendiculairement au
fleuve avec l'ouverture du boulevard Général-Leclerc-27 août 1940
(l'actuelle Avenue du président Ahmadou Ahidjo).
Pour rendre possible les agrandissements rendus nécessaires par
l'exiguïté du plateau Bonanjo, on s'attacha, sur le plateau Akwa, à créer un
centre résidentiel et commercial européanisé, en prétextant des actions
menées contre les taudis et contre les épidemies. En 1937, les habitations
« indigènes» furent exclues de la rue Poincaré (axe nord-sud). Les
occupants pouvaient rester sur place, en gardant la propriété du sol et en
reconstruisant en dur, ou bien gagner le lotissement « B » près de l'école
II)) ou « N godi ») aménagé pour recevoir lesrégionale «( Akwa
propriétaires incapables de construire selon les normes de l'hygiène et de
l'urbanisme. Le déguerpissement eut lieu après 6 mois ou un an de mise en
demeure.
Ainsi la «ségrégation mixte» du quartier Akwa avait présenté
l'avantage de laisser les indigènes propriétaires des terrains, qu'ils aient
continué à les occuper ou non. L'opération avait été menée en une année
entre la « falaise» et l'avenue Poincaré (actuel boulevard de la Liberté).
Cet espace venait compléter Joss urbanisé et européanisé depuis
longtemps. Ventes et locations se multiplièrent rapidement.
65A la veille de la Seconde Guerre mondiale, un tournant était pris dans
l'administration de la ville. Après une longue période de politique
pro-duala, on allait s'intéresser aux allogènes, plus nombreux que les
Duala désormais. L'administration avait pris conscience que l'attachement
féroce des Duala au sol ancestral n'était au fond que le sentiment
inconscient de cette situation (11).
On essaya de regrouper les «races» (ethnies) installées au petit
bonheur. Parmi les allogènes, les « Yaoundé» (Béti-Fang) étaient les plus
nombreux avant 1938. Le chef supérieur des « Camerounais étrangers à la
ville» était désigné dans leur groupe. Il côtoyait le chef des « Etrangers au
Territoire ». En 1938, les Bamiléké supplantèrent les Béti-Fang. Un très
fort mouvement d'immigration « Grass-Field» se développa. Les Bamilé-
ké finirent par évincer les Duala et les Haoussas ou les Togolais-
Dahoméens des activités commerciales.
On s'apprêtait à entreprendre une réorganisation totale de la ville
lorsque survint la guerre 1939-1945. Un esprit nouveau allait ressortir des
épreuves de la guerre. Douala (et Yaoundé) fut érigée en «commune
mixte» le 25 juin 1941. L'indigénat fut supprimé en 1944-1945. En 1944
encore, l'administration locale était réorganisée: aux quatre chefferies
duala on adjoignait maintenant 5 chefferies allogènes (avec des
particulières pour les groupements bamiléké, bakoko et « haoussa») et
une dixième pour le canton des originaires bassa. Ainsi, New Bell était
réintégré à la ville, après 20 ans de mise « hors la ville ». Il s'agissait d'un
quartier non urbanisé, difficile à contrôler (prostitution, bandes de jeunes).
Ici se répandirent les slogans politiques révolutionnaires ou contestataires
les plus dangereux pour le système colonial en place (R. Gouellain).
4. L'ÉVOLUTION CONTEMPORAINE: LES ÉLÉMENTS
ÉCOLOGIQUES ET SOCIOLOGIQUES
D'UN DÉVELOPPEMENT URBAIN DÉBRIDÉ (1945-1983)
a) UN CHANGEMENT DE RYTHME ET D'ÉCHELLE
En l'espace de deux générations, Douala a multiplié sa population par
20 entre 1945 et 1983. Cela donne la mesure des problèmes à résoudre.
Pendant cette dernière période, se sont dégagés les compartiments
d'une ville coloniale originale à trois faces (au lieu de la ville double
habituelle en Afrique noire).
(11) Gouellain (R.) (Biblio. n° 162).
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